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La vie romanesque de Lou Andréas-Salomé -3-

Publié le par Perceval

Lou part vivre quelques mois à Vienne. La-bas. elle se lie avec Marie Von Ebner-Eschenbach. la grande dame des lettres autrichiennes. Frieda-von-Bulow--1857-1909--et-Lou.jpgElle sort beaucoup avec son amie la baronne Frieda von Bülow qui est romancière et qui a vécu en Afrique où elle a fondé les premiers hôpitaux au Zanzibar et à Dar-es-Salam. Elle rencontre des écrivains célèbres comme Arthur Schnitzler qui remporte un grand succès avec sa "Liebelei". Autour de Schnitzler tourne un groupe d'écrivains qui se réunissent au fameux café "Griensteidl", parmi lesquels on compte Hugo Von Hofmannsthal, Félix Salten. Peler Altenberg et, Richard Beer-Hofmann : en 1895-96, il fait à Lou une cour assidue, et finalement lui préfère une fille de 16 ans: Paula. employée chez un de ces Konditorei si réputés a Vienne. Lou se console en prenant pour amant un jeune médecin de huit ans son cadet. spécialiste en endocrinologie et qui suit assidûment le séminaire de Freud sur les névroses, Friedrich Pineles. qu'on appelle Zemelt. Il a une soeur Broncia qui est peintre et qui fait le portrait de Lou.

arthur-schnitzler.jpg Friedrich-Pineles.jpg
Ecrivain et critique, Arthur Schnitzler suit très tôt les traces de son père, grand médecin juif, et étudie la médecine et la psychiatrie à l'université de Vienne. Sigmund Freud devient l'un de ses amis et, sensible à sa plume, le pousse à écrire. Il débute la rédaction de pièces de théâtre qui sont jouées à Prague. En 1895, 'Libelei' lui assure une solide notoriété en Autriche et en Allemagne.

Dans la maison de la féministe Mayreders, Lou  fait la connaissance de Broncia qui est accompagné de son frère, Frédéric.  Le Dr Pineles Friedrich (1868-1936) est un médecin de l'hôpital général de Vienne ("Vienna University Hospital") et a sept ans de moins que Lou. Il est né dans une famille juive prestigieuse qui  avait émigré de Galicie en l'Autriche. 

 Par son charme, sa formation approfondie, son intelligence et ses intérêts philosophiques et littéraires, il semble avoir fasciné Lou progressivement.(1868-1936)


Tout en poursuivant sa liaison avec Zetnelt, elle a d'autres amants, toujours jeunes et qu'elle fascine. Lou-Andreas-Salome-1900.gifSans doute, se plaît-elle dans ce rôle d’initiatrice, - venue tard à la sexualité - elle veut libérer les autres en même temps quelle se libère elle-même ; mais elle conserve la même exigence morale et la même quête spirituelle : elle cherche Dieu qu'elle dit avoir perdu. Il ne s'agit pas là d'hypocrisie : son comportement est toujours dicté par un raisonnement sans complaisance envers elle-même. La liaison avec Pineles se termine par un avortement et un tragique renoncement à toute maternité.

 Arthur Schnitzler «L'intérêt que je portai ensuite à d'autres hommes m'entraîna ailleurs.» Mais, dans les années 1895-1896, à Vienne, marquée par « l'imbrication de l'érotisme et de la vie littéraire », Lou passe beaucoup de temps avec l'écrivain, dramaturge et médecin autrichien, qu'elle juge, parmi ses amis, « le plus important ».

-       Lou Andréas-Salomé en 1900 -

Au début de l'année 1897, à l'âge de 36 ans, elle rencontre un homme digne de sa sensibilité et de son talent. René Rilke qui a alors 22 ans. C'est elle qui change son prénom en Rainer-Maria.

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Rainer Maria Rilke avec Lou Andreas Salomé et des amis.

Cette femme qui ne cessait de penser que l’épanouissement de l’esprit passait en priorité par le refus du corps se donne avec passion à Rilke. Il la surnomme « mon buisson ardent ».

A Berlin, Rilke a déménagé et habite près de Lou et de son mari... Ils se voient tous les jours... Le 25 avril 1899, ils partent à trois pour un premier voyage en Russie...

L’amour dure trois ans, l’amitié lui survivra plus de trente. Elle le guide sur le chemin du dépouillement de l’écriture, comme « une mère et une muse attentive ». Il transforme cet esprit parfait en femme, cette princesse de neige en amoureuse passionnée. « J’ai été ta femme pendant des années parce que tu fus la première réalité où l’homme et le corps sont indiscernables l’un de l’autre », lui écrira-t-elle.

Rainer-Maria-Rilke-and-Lou-Andreas-Salome-in-Russia--1897-.jpg Lou-Andrea-Salome--Rainer-Maria-Rilke-.chez-le-p-copie-1.jpg
Rainer Maria Rilke et Lou Andreas Salome en Russie (1897) Lou Andrea Salomé, Rainer Maria Rilke...chez le poète russe Drojine

L'alternance, chez Rilke, d'exaltation lyrique et de dépression, inquiète Lou, qui, après trois ans de passion, ménage une rupture.  Ils reviennent de Russie, voyage fondateur d'une nouvelle relation désirée par Lou, au désespoir de Rilke

«  Dernier soir de l'année. Ce que je veux de la prochaine année, ce dont j'ai besoin, c'est presque exclusivement du calme – plus de solitude, habitude perdue depuis quatre ans. Cela reviendra, il le faut. Pour le reste, mon regard ne se porte aujourd'hui que sur l'expérience que l'année 1900 m'a apportée, la Russie » En Russie avec Rilke.Rainer-Maria-Rilke-and-Clara-Westhoff-in-Rome--1903.jpg

 

Rilke va épouser Clara Westhoff ( artiste peintre ) le 29 avril 1901, et devient le père d'une petite Ruth en décembre. A l'annonce du mariage, Lou Andréas-salomé est scandalisée, croyant que Rilke garderait son indépendance d'esprit et se vouerait à sa création.

 

La dernière et longue aventure de «connaissance de soi par l'autre», Lou Andreas-Salomé la vit avec Freud. Elle le rencontre en 1911. Freud aussi est amoureux d'elle, mais, la sublimation aidant, leur liaison, forte, reste de respect, d'admiration, de partage intellectuel, et est renforcée par l'amitié que la fille de Freud, Anna, porte à Lou. 

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Dante Gabriel Rossetti et ses " Béatrice " - Elizabeth Siddal - 2

Publié le par Perceval

Revenons, à Dante Gabriel Rossetti, Parallèlement à son activité picturale, il traduit et publie des poèmes de Dante ainsi que d'autres auteurs italiens du Moyen Âge, toujours passionné par cette époque.

La vie privée de Rossetti fut profondément liée à son œuvre, surtout dans ses relations avec ses modèles et muses : Elizabeth Siddal et Jane Burden.

 *

Ophelia-by-John-Everett-Millais.jpg

* Elle s'appelle Lizzie Siddal, et elle est le visage des peintres préraphaélites. Elle est le visage d'Ophélie du peintre John Everett Millais d'Ophélie, et d'un grand nombre d'œuvres de Dante Gabriel Rossetti. Elle est née le 25 Juillet 1829.lizziesiddaldotcom.jpg

Lizzie travaille chez modiste nommé Mme Tozer . Et c'est là que sa vie va changé. Elle est grande et mince avec une chevelure rousse et luxuriante, et la peau pâle. Sa beauté est à l'opposé de ce qui est admis comme l'idéal de la beauté victorienne. Lizzie a 20 ans, et rencontre le peintre Walter Deverell qui tente de peindre une scène de la Nuit des Rois et, devant elle, il sait qu'il a trouvé le modèle qu'il cherchait, et il doit convaincre la mère de la jeune fille, pour qui «  être modèle »  s'apparente à la prostitution, mais elle sait également que cette tache devrait être -pour la santé fragile de sa fille- plus facile et mieux payée que son emploi chez Mme Tozer. 

Quand elle pose pour le célèbre «  Ophélia «  de John Everett Millais, habillée dans une baignoire chauffée par des lampes. Elle attrape une pneumonie et son père menace Millais, jusqu'à ce qu'il paye les honoraires du médecin.

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Grâce à Deverell, Lizzie fait la connaissance des autres artistes associés à la Confrérie préraphaélite, y compris Millais, et de celui qui allait devenir le centre de sa vie, Dante Gabriel Rossetti . 

Ce fut pour lui un choc et pendant dix ans elle hante littéralement ses toiles. La sœur de Rossetti, Christina, écrivit ce sonnet un soir de Noèl 1856, évoquant l’obsession de Dante Gabriel:
« Un visage ressort de toutes ses toiles,
Une figure identique est assise, marche ou se penche
Il se repaît des traits de son visage jour et nuit 
Non telle qu’elle est, mais telle qu’elle remplit ses rêves »

Durant tout ce temps, Rossetti respecte la chasteté et la réserve de Lizzie. 

Portrait de Elizabeth Siddal par Dante Gabriel Rossetti 186

Il établit, sans doute, un parallèle avec la relation entre son illustre homonyme, Dante, et Béatrice. Ainsi Elisabeth est la femme infiniment désirable mais inaccessible. 
Comme il n’en est pas moins homme, Rossetti a de nombreuses maîtresses ( notamment Fanny Cornforth, une prostituée dont il est tombé amoureux.)

Lizzie écrit de la poésie, souvent avec des thèmes sombres sur l'amour perdu ou de l'impossibilité de l'amour vrai. Rossetti diffère le mariage, car ils sont de classes très différentes, et le peintre craint la réaction de sa propre famille. Ils seront fiancés pendant dix ans et, plusieurs fois, Rossetti abandonne l'idée du mariage.

Le mariage a lieu le mercredi 23 mai 1860.

Rossetti n'est guère fidèle, ce qui accentue la mélancolie de Lizzie. L'année suivante, elle donne naissance à une petite fille morte-née.

Beata_Beatrix-2.jpg
Beata_Beatrix

La nuit du 10 février 1862 ils dînent au restaurant. Rossetti raccompagne Elizabeth chez eux pour ensuite rejoindre une maîtresse. Il revient à 23h30 et la retrouve inconsciente, ayant absorbée une dose de laudanum 10 fois supérieure à la normale. Elle décède le 11 février 1862 à 7h20, à l'âge de 32 ans. C'est probablement un suicide, mais la police conclue à une mort accidentelle pour éviter la honte. 

C'est après sa mort qu'il peint ses plus belles toiles, notamment Beata Beatrix, dans laquelle il idéalise, sous les traits de son épouse décédée, la Béatrice de Dante. Il retrouve également Jane Morris, muse des dix dernières années de la vie de Rossetti sans que le mari, William Morris ne songe trop a s'en plaindre.
Jane lui inspire ainsi une suite poétique qu’il décide de faire publier avec l’ensemble de son oeuvre poétique. Hélas, la majeure partie reposait à six pieds sous terre, suite à un fâcheux sentiment de culpabilité!...

Rossetti, de nuit, fait ouvrir la tombe de Lizzie, et retire ses poèmes. Son cadavre apparaît étonnamment bien préservé, en particulier sa chevelure qui a poussé... Après publication, L'édition des poèmes n'est pas un succès et cet acte de profanation hante Rossetti pour le reste de sa vie. 

Les dernières années sont sombres : ses passions de la littérature et de la peinture l'ont quitté, il devient sénile et se retire à Birchington-on-Sea où il vit, totalement reclus, souffrant d'un délire de persécution. Il s'éteint, seul, en 1882.

***

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La vie romanesque de Lou Andréas-Salomé -2-

Publié le par Perceval

«A toute époque, il m'a semblé qu'un frère se cachait en chacun des hommes que je rencontrais», écrit Lou Andreas-Salomé dans Ma vie.

Lou-Andreas-Salome-3.jpg Après les précautions indiquées dans un article précédent.... Je rappelle: Lou Salomé, arrive à Rome en avril 1882. Elle entre alors dans le brillant cercle d'intellectuels, d'écrivains et d'artistes qu'animait Malwida von Meysenbug, la grande dame du féminisme allemand, amie de Wagner, de Mazzini et du révolutionnaire russe Alexandre Herzen. C'est par son l'intermédiaire que Lou fait la connaissance de Paul Ree. Celui-ci tombe immédiatement amoureux d'elle et lui propose le mariage. Leurs infinies discussions, leurs pérégrinations «sous la clarté de la lune et des étoiles» annoncent, aux yeux de Malwida, une merveilleuse idylle.

Lou Salomé, elle, rêve à l'amitié, en une alliance tripartite philosophique.

( …) Et, une telle «communauté», elle veut vraiment la fonder, avec Paul, Malwida, et d'autres «frères», pour vivre une expérience de liberté. Malwida refuse. Paul Ree, est partant, il avait déjà fait, avec un ami, Friedrich Nietzsche, le projet d'une «Eglise invisible» qui réunirait des esprits choisis, communiant dans les mêmes valeurs.

Je passe ...(…) pour arriver à ceci: Nietzsche «Je renonce volontiers à toute intimité et à toute proximité, si seulement je puis être assuré de ceci: que nous nous sentions unis en ce à quoi les âmes communes n'accèdent pas.» Lou, pendant les trois semaines de leur séjour à Tautenburg, s'enivre à l'annonce de la mort de la métaphysique qui rend à l'homme les énergies investies dans la religion et la morale, et Nietzsche, «associe sa compagne à l'exploration de cette Amérique»

 

Lou-Andreas-Salome_-friedrich-Carl-Andreas-1886-2.jpg

 

Friedrich Carl Andreas: L'éternel mari de Lou, est un homme très réservé, professeur de langues orientales, un grand savant, expert en histoire, en sciences naturelles, en archéologie, en zoologie, et un médecin extraordinaire, qui usait de techniques peu orthodoxes, empruntées aux phytothérapies traditionnelles, au totémisme, à l'ésotérisme. En plus de quarante de vie conjugale, il n'aura pas le moindre rapport sexuel avec Lou.

En juin 1887, Salomé se marie avec un homme qui la fascinait par ses connaissances et l'absence de conformisme : l'orientaliste réputé Friedrich Carl Andréas (Lou a 26 ans. Friedrich Carl Andreas 41ans. Ils resteront mariés près de quarante-trois ans. ) ; et c'est - celui qu'elle a aimé et vénéré comme dieu – le pasteur Gillot – qui la marie. Gillot ignore que l‘union n'était pas et ne serait jamais consommée... ( Finalement, elle n'a pu respecter cet engagement … !) Elle souhaitait que ce mariage ne change rien de sa relation avec Paul Rée, à qui elle estimait ne pas pouvoir dire que son mariage excluait l'amour physique, car cette révélation au sujet de ce contrat aurait pu écorner limage d'Andréas aux yeux des hommes.

 

En 1892, elle rencontre à Berlin un journaliste marxiste, Georg Ledebour qui sort alors de prison où l'avait conduit ses activités politiques. Il deviendra d'ailleurs le fondateur du Parti Social-démocrate allemand. Il se rend compte de la particularité de l‘union de Friedrich Carl et de Lou. il devient son premier amant, elle a 30 ans.

Friedrich-Carl ne supporte pas cette liaison. Lou préfère rompre afin d'éviter une confrontation violente entre les deux hommes. Ne réussissant pas encore une fois à former un trio. elle souffre de décevoir et son amant et son mari. Après cette rupture avec Georg Ledebour. Lou voyage...

 De plus en plus célèbre, auteure reconnue de commentaires de l'oeuvre de Nietzsche, de romans et d'essais remarqués sur l'érotisme ou les héroïnes du théâtre d'Ibsen, Lou, partout où elle passe, provoque l'émoi, de Rome à Vienne, de Paris à Berlin.

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Figures de femmes dans Ibsen, de Lou Andréas-Salomé:

En 1892, Lou Andreas-Salomé publie un des tout premiers essais consacrés de son vivant à l'oeuvre du dramaturge Henrik Ibsen. L'ouvrage, qui mêle littérature,critique et poésie, fut vivement loué par la critique allemande de l'époque, qui salua sa finesse et sa pertinence. Dans ces pages, la femme de lettres germano-russe restitue avec une justesse époustouflante l'âme et le destin des héroïnes qui illuminent les six drames familiaux d'Ibsen (Nora, Helene Alving, Hedwig, Rebecca, Ellida et Hedda). En évoquant ses contemporaines imaginaires, c'est d'elle-même, et de toutes les femmes, que parle Lou Andreas-Salomé.

Henrik Ibsen ( 1829-1906 )

 A Paris. elle s'intéresse au ‘Théâtre libre » d'Antoine, qui est la réplique de celui de Berlin fondé à la même époque et dont elle a fréquenté les animateurs et les auteurs. Elle écrit un essai au sujet des héroïnes d'Ibsen qui, très ébloui par la jeune femme, l'avait pris pour modèle lorsqu'il écrivit Hedda Gabler: Lou n'aime pas du tout ce personnage féminin. Elle rencontre d'autres écrivains scandinaves à Paris : Knut Hamsun et Hermann Bang. Elle connaissait déjà Strindberg qu'elle admirait.

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Frank Wedekind et Tilly Newes ( son épouse ) jouent tous deux dans 'Lulu' 1905

Frank Wedekind Le dramaturge connaît Lou à Paris, en 1894, en partage la bohème et la folle vie nocturne. En échange de sa passion, Lou lui donne assez peu. Elle raconte l'épisode parisien avec Wedekind dans Fenitschka. Wedekind, lui, en tirera Lulu, dont Alban Berg fera un opéra.

 

 

Elle a une liaison avec Frank Wedekind et fréquente les milieux interlopes de Paris. A cette époque, Lou est déjà célèbre et lancée dans les milieux artistiques et intellectuels où son intelligence sa culture. sa beauté et sa grande féminité la font remarquer. A Paris, elle écrit beaucoup : des fictions, des nouvelles et des pièces de théâtre qui contiennent des éléments directement autobiographiques.

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Lou Andreas-Salomé - romancière, essayiste, psychanalyste et poète - voulut toute sa vie parvenir à la connaissance de soi par d'autres.

Ses oeuvres avant 1900:

  • Im Kampf um Gott (1885)
  • Henrik Ibsens Frauengestalten (1892)
  • Friedrich Nietzsche in seinen Werken (1894)
  • Ruth (1895)
  • Jesus der Jude (1895)
  • Aus fremder Seele (1896)
  • Fenitschka (1898)
  • Eine Ausschweifung (1898)
  • Menschenkinder (1899)

Lou fait paraître en 1885 son premier roman, Une lutte pour Dieu, sous le pseudonyme d'Henri Lou, qui la rend célèbre dans l'Europe littéraire. Le roman retrace abondamment, même sous la forme déguisée de fiction, des pans entiers de la relation triangulaire complexe de Paul Rée, Nietzsche et elle-même.

Les Personnages féminins d'Ibsen (1892) forment son premier ouvrage savant. Parallèlement à ces travaux littéraires, Lou Andreas-Salomé s'adonne de 1891 à 1898 à des essais sur la religion. Le texte de 1896 notamment, Jésus le Juif, est lu par Rainer Maria Rilke qu'elle ne connaît pas encore. Le roman Ruth (1895) relatant, là aussi par le déplacement de la fiction, son premier amour pour le pasteur Hendrik Gillot, affermit une nouvelle fois sa renommée littéraire.



 

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La femme est l'avenir de l'Eglise ...

Publié le par Perceval

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Le 18 avril 2012, le cardinal américain William Levada, alors préfet de la Congrégation pour la doctrine de la foi, demande, à la suite d’un rapport de Mgr Leonard Blair, évêque de Toledo (Ohio), CTA-LCWR.JPGune refonte complète de la Leadership Conference of Women Religious (LCWR), la plus importante organisation de religieuses américaines, regroupant 57 000 religieuses : celle-ci ferait face à une crise pastorale et doctrinale « grave », beaucoup de religieuses américaines s’étant éloignées du « centre christologique fondamental et de l’attachement à leur consécration religieuse »

 

Une fois de plus, elles font parler d’elles. Les Sœurs de la Miséricorde, l’une des congrégations religieuses les plus importantes aux États-Unis, bien connues pour leurs positions progressistes, ont manifesté publiquement leur soutien à Roy Bourgeois, un prêtre que le Saint-Siège vient d’excommunier et de réduire à l’état laïc pour avoir participé à l’ordination d’une femme prêtre. « Son engagement en faveur du rôle des femmes dans l’Église reflète le nôtre », ont même précisé les religieuses, au risque de jeter de l’huile sur le feu, au moment où Rome a demandé explicitement à leur organisation représentative, la Conférence des supérieures des religieuses (LCWR), de revoir ses positions doctrinales « erronées » (lire La Croix du 19/04 et 18/12/2012)

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Sister Maryanne O’Neill interviews a family applying for help at the Brother Andre Outreach Center


 « Nous avons pris Vatican II très au sérieux », assure Sœur Maureen Fiedler, qui anime chaque semaine un programme de radio interreligieux. Elle-même est entrée dans la congrégation de Lorette un mois avant l’ouverture du Concile. « Nous avons mis à jour nos vies en intégrant le message de justice et de paix du Concile. Nous avons puisé aussi à la source des intuitions de nos fondatrices pour répondre aux signes des temps et aux besoins des personnes à la marge dans notre société. »

« Dans nos communautés, explique Sœur Simone Campbell, présidente du réseau de promotion de la justice sociale Network, à Washington, nous sommes passées d’un mode de vie hiérarchisé à un gouvernement fondé sur le dialogue et la concertation. Nous avons appris à écouter profondément les mouvements de l’Esprit Saint pour parvenir à une décision. Notre obéissance religieuse n’est pas militaire ! Nous vivons dans une démocratie alors que Rome fonctionne comme une monarchie. »Jesus-with-the-Nuns.png

Elles dénoncent plus ou moins ouvertement la « domination des mâles »,la « patriarchie ». « Beaucoup d’entre nous se sont engagées dans la société pour défendre l’égalité des sexes, ce qui nous a conduites à revendiquer les mêmes droits dans l’Église, plaide Sœur Maureen Fiedler. Certes, certaines femmes ont de hautes responsabilités dans les diocèses. Mais elles n’ont pas leur mot à dire sur les décisions doctrinales ! »

« La vie est bien plus compliquée que les étiquettes “pro life” ou “pro choice”. Quand on est au plus près des gens, on partage leurs conflits intérieurs, et on ne peut s’enfermer dans une position doctrinale », argumente Sœur Pam, assistante sociale à Southbend dans l’Indiana. « Nous travaillons aux marges, et les situations que nous rencontrons ne sont pas écrites dans les livres. Nous cherchons à écouter l’Esprit Saint pour prendre la meilleure décision », résume Sœur Mary Tiernan.

 

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Source: " La Croix " du 18 décembre 2012, et sites des religieuses LCWR

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Maternité - Nativité

Publié le par Perceval

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Dans un petit village, une jeune fille vivait les dernières années de son adolescence. Pour qu'elle échappe aux conditions de vie difficiles qu'avait toujours connues sa famille, ses parents espéraient qu'elle pourrait faire un bon mariage. Tout était prévu mais un jour, son destin bascula : Gabriel vint lui annoncer qu'elle aurait un enfant comme aucune autre femme n'en avait porté.
Le petit village s'appelait Nazareth, Gabriel était un archange, la jeune fille se prénommait Marie et son enfant allait changer l'histoire de l'humanité...

 

L ‘ORIGINE

« D’où suis-je venu ? Où m’as-tu pris ? »
demandait Bébé à sa mère.

Elle répondait, moitié pleurant, moitié riant, et le serrant sur sa poitrine :
« Tu étais caché dans mon ooeur, mon chéri, tu étais mon désir.
Tu étais dans les poupées de mes jeux d’enfant,
et quand chaque matin je modelais l’image de mon dieu dans l’argile,
je te faisais, je te défaisais.
Tu étais inclus dans la divinité de notre foyer, et l’adorant, je t’adorais.
Dans tous mes espoirs, mes amours, dans ma vie, dans la vie de ma mère tu as vécu.
Dans le sein de l’Esprit immortel qui règne sur notre foyer, tu as été dorloté, au long des âges.
Quand mon coeur d’adolescente s’ouvrait à la vie, tu l’environnais tel un parfum.
Ta tendre douceur fleurissait en mes jeunes membres.
comme dans le ciel la lueur ardente qui précède le lever du soleil.
Toi le préféré du Ciel, le jumeau de la lumière du matin,
tu as descendu le fleuve de la vie et tu es venu t’échouer sur mon coeur.
Contemplant ton visage, le mystère me submerge; toi, qui appartiens à tous, te voici mien.
Craignant de te perdre, je te serre très fort sur mon coeur.
Par quel miracle le trésor du monde est-il devenu prisonnier de mes bras frêles ? »

(Rabindranath Tagore)

SCHONGAUER-Martin-Nativite-v.1480-Panneau-de-bois-37-5x28cm.jpg

Maurice-DENIS--1870-1943----La-nativite.jpgMaurice DENIS (1870-1943) - La nativité

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Aragon et Elsa: le "mentir" vrai ...

Publié le par Perceval

LES YEUX D'ELSA,  de Louis Aragon (1897-1982)

Tes yeux sont si profonds qu'en me penchant pour boire
J'ai vu tous les soleils y venir s'y mirer
S'y jeter à mourir tous les désespérés,
Tes yeux sont si profonds que j'y perd la mémoire.

Les vents chassent en vain les chagrins de l'azur
Tes yeux plus clairs que lui lorsqu'une larme y luit
Tes yeux rendent jaloux le ciel après la pluie
Le verre n'est jamais si bleu qu'à sa brisure.

Les vents chassent en vain les chagrins de l'azur
Tes yeux plus clairs que lui lorsqu'une larme y luit
Tes yeux rendent jaloux le ciel après la pluie
Le verre n'est jamais si bleu qu'à sa brisure.

Cachent-ils des éclairs dans cette lavande où
Des insectes défont leurs amours violentes
Je suis pris au filet des étoiles filantes
Comme un marin qui meurt en mer en plein mois d'août.

J'ai retiré ce radium de la pechblende
Et j'ai brûlé mes doigts à ce feu défendu
O paradis cent fois retrouvé, reperdu,
Tes yeux sont mon Pérou, ma Colconde, mes Indes

Il advint qu'un beau soir l'univers se brisa
Sur des récifs que des naufrageurs enflammèrent,
Moi, je voyais briller au-dessus de la mer
Les yeux d'Elsa... les yeux d'Elsa... les yeux d'Elsa ...

Elsa-triolet-1925.jpg

Elsa Triolet en 1925

Elsa Kagan est née à Moscou en 1896 et est
décédée à Saint Arnoult en Yvelines en 1970. Elle a fréquenté très jeune les milieux intellectuels de la capitale russe. Elle est aussi la soeur cadette de Lili Brick, la femme du poète russe Maïakowski. Sa beauté, son charme et son intelligence font d'elle une sorte de muse d'un groupe d'écrivains : le "groupe futuriste".
Mariée à un français, André Triolet, elle séjourne à Berlin et à Tahiti. Ce dernier voyage inspire son premier roman écrit en russe "A Tahiti" (1926. Deux autres suivent : "Fraise des bois" (1926) et "Camouflage" (1928).
Elle rencontre Louis Aragon en 1928 à Paris dans une manifestation. Dès lors leur deux vies sont inséparables. 

******

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Les mains d'Elsa


Donne-moi tes mains pour l'inquiétude

Donne-moi tes mains dont j'ai tant rêvé

Dont j'ai tant rêvé dans ma solitude

Donne-moi te mains que je sois sauvé

Lorsque je les prends à mon pauvre piège

De paume et de peur de hâte et d'émoi

Lorsque je les prends comme une eau de neige

Qui fond de partout dans mes main à moi

Sauras-tu jamais ce qui me traverse

Ce qui me bouleverse et qui m'envahit

Sauras-tu jamais ce qui me transperce

Ce que j'ai trahi quand j'ai tressailli

Ce que dit ainsi le profond langage

Ce parler muet de sens animaux

Sans bouche et sans yeux miroir sans image

Ce frémir d'aimer qui n'a pas de mots

Sauras-tu jamais ce que les doigts pensent

D'une proie entre eux un instant tenue

Sauras-tu jamais ce que leur silence

Un éclair aura connu d'inconnu

Donne-moi tes mains que mon coeur s'y forme

S'y taise le monde au moins un moment

Donne-moi tes mains que mon âme y dorme

Que mon âme y dorme éternellement.

Louis-Aragon--1897-1982-.jpg
Durant la guerre, elle prend rang auprès des écrivains résistants et participe à la fondation des Lettres Françaises et du comité national des écrivains. "Le cheval blanc" (1943) montre la recherche d'un bonheur insaisissable. "Les amants d'Avignon", paru d'abord clandstinement sous le pseudonyme de Laurent Daniel, en 1943, retranscrivent de façon directe l'expérience de la résistance. Réuni avec un autre récit,"Yvette" publié aussi dans la clandestinité, ils constituent le volume "Le premier accroc coûte deux cents francs" qui obtient le prix Goncourt en 1944.
Elle n'oublie pas ses origines russes et traduit un choix de vers et proses de 1913 à 1930 de Maïakowski (1957). Elle s'attache aussi à traduire le théâtre de Tchekhov, notamment "Platonov", encore mal connu en France (1967).
Après avoir publié La Mise en mots (collection Les Sentiers de la Création, éditions Skira, 1969) et Le Rossignol se tait à l'aube (1970),
Elsa Triolet meurt d'un malaise cardiaque le 16 juin 1970 dans la propriété qu’elle possède avecAragon, le Moulin de Villeneuve, à Saint-Arnoult-en-Yvelines. 


*****

Il y a trente ans ... Le 24 décembre 1982, Louis Aragon s'éteint à son domicile de la rive gauche.

«  éternel orphelin symbolique en quête de qui voudrait l'adopter, l'accueillir », résume Philippe Forest.

Né le 3 octobre 1897, « de père et de mère non dénommés ».Autour de lui, les adultes jouent une comédie sociale dans un vertige d'identités masquées. Le père se fait passer pour son « parrain », sa mère pour sa sœur, ses grands-parents pour ses parents adoptifs. Son géniteur n'est autre que Louis Andrieux, préfet de police de Paris, député, ambassadeur, haute figure de la IIIe République, et sa mère, Marguerite Toucas-Massillon, une grisette du Bon Marché. On truque donc son identité, au profit d'un être de fiction…

 En 1914-1918, poilu et jeune médecin, enseveli sous les décombres d'un bombardement, il est laissé pour mort.

En 1939-1945, il entre dans la clandestinité et sert la Résistance.

Il aura été de toutes les aventures intellectuelles et politiques de son époque : dadaïsme, surréalisme, réalisme socialiste, communisme, « moscoutaire » aligné et zélé, romancier, poète, journaliste, chantre de l'amour fou auprès d'Elsa et inverti fastueux après la mort de l'amante.

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ARAGON Louis et TRIOLET Elsa,  Au 2e congrès des écrivains de l’U.R.S.S en 1960  

 

Pierre Juquin « En 1937, Aragon approuve les procès de Moscou ! Or parmi les victimes, il y a le général Primakov qui est son beau-frère. C’est le compagnon, l’amant de la soeur d’Elsa Triolet, Lili Brick. Staline le fait assassiner comme beaucoup de généraux, de maréchaux, d’officiers soviétiques. Aragon prend la défense de l’Union soviétique pour deux raisons. La première : il considère que la révolution bolchevique à la fin des années 1920 est un événement qui compte pour l’avenir de l’espèce humaine. Quels que soient les horreurs, les crimes, les fautes qui aient pu être commis là-bas, il s’est passé quelque chose. Et il croyait que c’était définitif. On était d’ailleurs beaucoup à le croire ! Il approuve aussi les procès car il a peur de Hitler et’il voit dans l’URSS un rempart militaire et politique contre le fascisme. La France et la Russie lui apparaissent comme la bonne et belle alliance pour prendre en tenaille l’Allemagne hitlérienne. Mais au même moment, Aragon applaudit au congrès d’Arles au cours duquel Maurice Thorez affirme que la révolution a deux leaders : non seulement l’Union soviétique, mais aussi la France avec sa Révolution française, sa Commune, son mouvement ouvrier et le front des Français. Je ne suis pas sûr que ça ait beaucoup plu à Staline ! Au fond, si Aragon soutient les procès, c’est qu’il n’a pas encore compris le stalinisme.

Aragon se montre tantôt avec un masque blanc, tantôt avec un masque rouge. Il aimait le spectacle et sans doute souffrait-il du vieillissement. Le fait est qu’il ne voulait pas montrer son visage. Et cet homme double disait : « Je ne suis pas celui que vous croyez. »

 

« Chez Aragon, tout est vertige. » Pour Philippe Forest , (Vertige d’Aragon, de Philippe Forest, Éditions Cécile Defaut):   Aragon relève de cette figure du vertige, et à plus d’un titre. « Fils de personne, (…) découvrant le monde alors que celui-ci s’écroule », il se donne deux points fixes, le communisme et Elsa. Mais c’est aussi de la littérature qu’il attend cet hors-limites. »

« On insiste sur ce que ces métamorphoses successives supposent de soumissions répétées à des jougs contradictoires, mais jamais on ne dit le courage, la colère, l'insouciance feinte, l'indifférence vraie qui rendirent possible aussi ces arrachements dont chacun fut à sa manière un périlleux saut dans le vide », plaide Philippe Forest.

 

DANIEL BOUGNOUX, universitaire, co-responsable de l'édition des Oeuvres romanesques d'Aragon à La Pléiade :  « ce couple n’avait rien d’idyllique. Dans les romans, les descriptions de violence, de passion dévorante, de jalousie omniprésente, de crises d’identité liée à la présence de l’autre ou de sa possible absence font de ce couple un enfer.

Elsa n’en pouvait plus de ses poèmes dithyrambiques qu’il préférait à la vie réelle. Il s’isolait pour les écrire et repoussait Elsa quand elle entrait dans son bureau, prétextant qu’il lui écrivait un poème d’amour. Paradoxe et narcissisme de l’auteur qui se replie sur l’amour de son amour. Les blessures de ce couple nous touchent et peuvent croiser le roman de chacun d’entre nous. Le « nous » de ce couple est très conflictuel. Aragon en parle souvent (« Il n’y a pas d’amour heureux »), mais le « nous » du Parti ou de la Nation est encore plus sujet à désespérance et à crise. Le « nous » communiste est encore moins assuré que le « nous » conjugal. Il y a, chez Aragon, un drame du « nous » et néanmoins une exigence tenace de ne pas être enfermé dans le « je » . Toute sa vie, il a combattu « le monstre ébouriffé de l’individualisme », cet « analphabétisme social ». »


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Dante et ses " Béatrice " -1-

Publié le par Perceval

En contrepoint de la femme « moderne » préfigurée par Lou Andréas-Salomé, « muse » malgré elle ; il y a le mythe de Béatrice, celle imaginaire de Dante, et celle « fantasmée » de Dante Gabriel Rosseti au travers de plusieurs de ces modèles...

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de Henry Holiday (1839 - 1927):  Dante_and_Beatrice (1882-4)

Etude-For-A-Vision-der-Fiammetta-Pre-Raphaelite-Frerehood-D.jpgQue ce soit d'un point de vue pictural ou littéraire, l’œuvre de Dante Rossetti est gouvernée par la figure tutélaire de Dante Alighieri. A l'âge de vingt et un an, il inverse ses trois prénoms initialement ordonnés Charles Dante Gabriel , pour placer Dante en premier.

Ainsi, Rossetti va-t-il, dans le sillage du maître, perpétuer à sa manière désordonnée le culte de la Dame, qui trouve ses racines dans la tradition féodale de l'amour courtois célébré par les troubadours. La femme aimée – la jouvencelle – est à la fois objet de dévotion, muse et inspiratrice. Spartali-par-Dante-Gabriel-Rossetti.jpgPour les «  fidèles d'amour », nom de la société secrète à laquelle Dante appartenait, et dont Rossetti va, semble t-il, calquer les principes avec quelques uns de ses comparses artistes, la pratique de la poésie se fonde sur l'expression du sentiment amoureux sacralisé au plus haut point. La femme adorée est à la fois source d'inspiration et miroir, dans lequel se reflète un amour supérieur...

Comme Dante, Rossetti espère atteindre l'indicible, toucher à l'ineffable et à l'éternel de la féminité à travers ses muses qui doivent représenter l'incarnation divine de l'Amour.

 

 

Pour ce qui est Dante Alighieri, le grand poète italien. Il est né à Florence en 1265 ; il sera exilé pour avoir pris part aux luttes intestines de sa patrie et meurt à Ravenne en 1324.

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Portrait de Dante Alighieri, la ville de Florence et l’allégorie de la Divine Comédie de Domenico di Michelino (1465)
Le poète, présentant son ouvrage ouvert, se tient devant le paysage symbolique de la Divine Comédie : à gauche, l'enfer ; au fond, le paradis, auquel mènent les sept cercles du purgatoire ; à droite, la ville de Florence.


- Il a à peine neuf ans lorsqu’il fait la connaissance de Béatrice Portinari (1266–1290).

Boccace nous raconte cette rencontre :

« C'était le 1er de mai, jour où, selon la coutume, Folco Portinari, homme en grande estime parmi ses concitoyens, avait rassemblé chez lui ses amis avec leurs enfants. Dante, alors âgé de neuf ans seulement, était du nombre de ces jeunes hôtes. De cette joyeuse troupe enfantine faisait partie la fille de Folco, dont le nom était Bice. Elle avait à peine atteint sa huitième année. C'était une charmante et gracieuse enfant, et de séduisantes manières. Ses beaux traits respiraient la douceur, et ses paroles annonçaient en elle des pensées au-dessus de ce que semblait comporter son âge. Si aimable était cette enfant, si modeste dans sa contenance, que plusieurs la regardaient comme un ange. Cette jeune fille donc, telle que je l'ai décrite, ou plutôt d'une beauté qui surpasse toute description, était présente à cette fête. Tout enfant qu'était Dante, cette image se grava soudain si avant dans son cœur, que, de ce jour jusqu'à la fin de sa vie, jamais elle ne s'en effaça. Était-ce entre deux cœurs un lien mystérieux de sympathie, ou une spéciale influence du ciel, ou était-ce, comme quelquefois l'expérience nous le montre, qu'au milieu de l'harmonie de la musique et des réjouissances d'une fête, deux jeunes cœurs s'échauffent et se portent l'un vers l'autre? Il n'importe; mais Dante, en cet âge tendre, devint l'esclave dévoué de l'amour. Le progrès des années ne fit qu'accroître sa flamme, et tant, que pour lui nul plaisir, nul confort, que d'être près de celle qu'il aimait, de contempler son beau visage, et de boire la joie dans ses yeux. Tout en ce monde est transitoire. A peine Béatrice avait-elle accompli sa vingt-cinquième année, qu'elle mourut .
A son départ, Dante ressentit une affliction si profonde, si poignante, il versa tant et de si amères larmes, que ses amis mirent qu'elles n'auraient d'autre terme que la mort seule, et que rien ne pourrait le consoler . »

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« J’espère écrire d’elle ce qui jamais ne fut dit d’aucune femme. » (Dante Alighieri, La Vie nouvelle)

- Leur seconde rencontre a lieu, à l'âge de 18 ans, le 9e jour du mois. Le chiffre 9 est ici un chiffre symbolique d'une extrême importance, puisqu'il symbolisa la Perfection. Dante laisse alors éclater sa passion extrême pour Béatrice. « Un jour il advint que cette très noble dame était assise en un lieu où l'on entendait louer la Reine de gloire, pour moi j'étais à une place où je voyais ma Béatitude. » 

Peut-être, limitée par les règles de l’amour courtois, Béatrice, lors de ses deux rencontres, ne semble pas accorder à Dante une attention particulière...!

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Muse, égérie, femme fatale..? Lou Andréas-Salomé ...

Publié le par Perceval

Lou-Andreas-Salome-2.jpgC'est vrai, une femme remarquable est bien souvent qualifiée de muse ou d'égérie, voire même de « femme fatale » qui pourrait signifier  un être séducteur, artificiel, et à qui l'on attribue une féminité redoutable... Ce malentendu de départ, peut orienter la connaissance d'une artiste, d'une écrivaine ; et c'est ce qui – semble t-il – est arrivé, pour Lou Andréas-Salomé (1861-1937).

Is-Mons-Lou-Andreas-Salome.gifUne biographie d'Isabelle Mons, tente de restituer à cette auteure et intellectuelle sa véritable dimension... Ce livre m'intéresse d'autant plus, qu'il tente de comprendre – sans a-priori féministe,  les enjeux  d'une relation intime qui peut s'établir entre un homme et une femme. Lou vit plusieurs relations:

- Un pasteur « maître spirituel » : Hendrick Adolph Gillot, qui lorsqu'il devient amoureux casse le mythe du dieu-père ...

- Amitié avec le philosophe Paul Rée, qu'elle imagine pouvoir partager avec Nietzsche  rencontré en 1882. Echec d'une tentative de vie commune et chaste à trois ...

- Mariage sans relation charnelle avec Friedich Carl Andreas

- Amitié avec Rilke (1875-1926), poète, avec qui elle découvrira la passion amoureuse ( de 1897 à 1900 + 30 années d'amitié épistolaire …). Ils partent en Russie ...

 - Amitié avec Freud: elle lui portera l’attention d’une collaboratrice. ( à Vienne de 1912-1913 )

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Lou Andrea Salomé, Rainer Maria Rilke...chez le poète russe Drojine Lou SALOMÉ, Paul REE et Friedrich NIETZSCHE, 1882

 

Il est toutefois réducteur de voir en elle la simple inspiratrice ou l'héritière de trois hommes de renom car elle est aussi célèbre pour ses relations avec tous les penseurs et scientifiques qui ont contribué à bâtir l'Europe de la modernité.

Née en 1861 dans la Russie d'Alexandre II, Lou Andreas-Salomé traverse l'Europe de la modernité, dotée d'un triple patrimoine linguistique (russe, français et allemand) qui marque à vie son itinéraire intellectuel.

 

En 1909, Une lettre du critique d'art allemand Otto Grautoff, recommande à A. Rodin, Lou Andréas-salomé, alors compagne de Rainer Maria Rilke ( lui même secrétaire de Rodin...)

« La célèbre amie de notre grand philosophe Friedrich Nietzsche, Madame Lou Andreas-Salomé, une femme de lettres très célèbre en Allemagne et en Russie, est à présent à Paris 

Lou-Andreas-Salome-6.jpget a le grand désir de vous présenter ses hommages et d'admirer vos derniers travaux. (...) Madame Salomé est une femme fort intelligente et très instruite.

 Elle a écrit un livre très important sur Nietzsche et un autre sur Ibsen, encore plusieurs romans. Elle est une amie de Monsieur Simmel et de Monsieur Rilke et garde des souvenirs incomparables de Nietzsche étant la seule femme que Nietzsche a aimée. »

Lou est bien alors une figure intellectuelle charismatique …

 

La rencontre avec Freud en 1911 est la note finale, superbe, d'une vie consacrée au savoir qui s'achève par l'analyse. Lou Andreas-Salomé se veut femme sans être féministe, affranchie des contraintes conjugales et ouverte aux rencontres dans le seul souci de trouver par une quête intime le chemin qui mène à soi. En toute liberté.

 

J'y reviendrai ( je termine mes lectures ...)

 

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De l'amour courtois et du mariage

Publié le par Perceval

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La christianisation des moeurs fut très lente. Dans les premiers temps, à l'époque mérovingienne, la polygamie, qui n'existait presque plus à Rome, était encore pratiquée par l'aristocratie barbare. Jusqu'au père de Saint Louis, Louis VIII (monté sur le trône en 1223), les rois francs sont restés polygames!

mariage_nuitdenoces_XII.jpgLe mariage était un contrat civil, passé devant un notaire et limité à l'Europe méridionale. A partir du XIIe siècle, l'Eglise va étendre petit à petit son pouvoir sur le mariage: elle l'institue en sacrement (mais il ne le deviendra vraiment qu'au XVe siècle, quand on le célébrera à l'intérieur d'une église, et non plus devant) et elle impose son modèle: l'indissolubilité des liens et la monogamie. Ce faisant, elle donne plus de libertés aux époux qu'ils n'en avaient jusque-là. 

L'époque, selon, Jacques Le Goff, n'était pas si romantique. Et l'amour, pas vraiment courtois, si ce n'est l'adultère. En fait, le christianisme vint donner un tour de vis supplémentaire au lourd couvercle qu'avaient posé les derniers Romains sur le couple marié. Et la chair devint péché...

Le haut Moyen Age avait repris les interdits de l'Ancien Testament (inceste, nudité, homosexualité, sodomie, coït pendant les règles), Désormais, le corps est diabolisé, assimilé à un lieu de débauche. Il perd sa dignité. Des maladies comme la peste viennent, dit-on, d'une sexualité coupable, fût-elle pratiquée au sein du mariage (la fornication ressort à la surface du corps).  "La conception ne se fait pas sans péché", écrit le théologien Hugues de Saint-Victor, au début du XIIe siècle.arthur2.jpg

Le mariage est indissoluble, pas de divorce, contrairement aux romains … Alors, on se réfugie dans l'adultère. C'est précisément ce que reflète la littérature courtoise … Tristan et Iseut... Guenièvre et Lancelot... 

 

Pour comprendre les relations qu’entretiennent les hommes et les femmes au Moyen Âge, il est important de saisir la manière dont le sexe féminin est perçu. La perception que la société portait sur la femme est influencée par trois visions différentes : - Il était malheureusement admis que ( par la Genèse ! ) la femme est à l'origine du péché originel. - Le culte de la Vierge, qui lui apporte un aspect plus louable et respectable... - en fonction des valeurs et de la violence de la noblesse féodale, qui voit la femme comme un être faible et vulnérable.

De plus, dans la noblesse, il est plutôt rare, voire pratiquement impossible, de faire un mariage d’amour . Le mariage des jeunes filles, arrangé par le père, le frère, ou tout autre membre de la famille, est une possibilité de conclure des alliances importantes.

Il va sans dire que l’amour n’était pas nécessairement un préalable au mariage. D’ailleurs, dans la plupart des cas, l’amour était vécu dans les relations extraconjugales.

C’est au cours du XIe siècle, dans un élan de renouveau que l’amour courtois prend davantage de l’importance en France.

Grâce à l'essor économique et commercial, la noblesse découvre, à côté des émotions fortes de la guerre, les plaisirs du confort, du luxe, des étoffes rares et des bijoux précieux. Elle se plaît à un raffinement de manières et de sentiments

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A partir du moment où le mariage devient un choix librement et mutuellement consenti, l'idée de la séduction est apparue. Le sentiment amoureux prend alors toute sa place, et un jeu peut s'instaurer entre hommes et femmes.

Guillaume IX ( 1071-1126), l'un des premiers troubadours à fixer des codes du lyrisme courtois, est un grand amateur de femmes, et des plaisirs de la vie - il fut excommunié pour avoir répudié son épouse légitime -... ressent malgré tout la nécessité de civiliser les mœurs amoureuses chevaleresques... sans doute, afin de rivaliser l'idéal du culte marial, qui plaçait une femme « exemplaire » au-dessus de toutes … L'amour courtois, est une sorte d'idéal laïque d'un culte à la dame ( en ciel un dieu, en terre une déesse )... Il s'agit, il est vrai, d'un phénomène littéraire, qui s'est en tout cas d'abord exprimé dans la poésie, mais ceci n'a pas manqué d'avoir un effet civilisateur sur les mœurs chevaleresques et d'imposer un nouveau code de comportement, notamment dans le domaine amoureux.

Ainsi s'élabore un nouvel art de vivre qui s'épanouit dans les cours royales et princières, et qui tient son nom de la vie de cour : la courtoisie. Aliénor d'Aquitaine (1122-1204), mariée d'abord au roi de France puis au roi d'Angleterre, protège les troubadours et favorise l'essor des romans.

 

concile-Latran.jpgEn 1215, le quatrième concile de Latran officialise, pour la première fois, la notion de mariage chrétien monogame, indissoluble et respectueux des interdits de consanguinité.
Ce mariage chrétien venait remplacer ce qui n’était alors qu’un pacte familial et devenait un «sacrement de l’Église», voire le seul cadre autorisé de la sexualité.
Les époux devaient respecter des règles très coercitives de continence conjugale, un des objectifs du mariage chrétien étant de tenter de refréner la sexualité féminine considérée alors comme «irrépressible» dans la sillage d’Ève.
Malgré cette officialisation les autorités ecclésiastiques demeurèrent très réticentes face à la sexualité conjugale, considérée comme un mal nécessaire, ainsi qu’en témoignent ces propos d’Innocent III: «Le coït, même conjugal, ne peut s’accomplir sans le prurit de la chair, l’ardeur de la convoitise, la puanteur de la luxure…»

 

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Pour le changement : cherchez les femmes.

Publié le par Perceval

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Le Top 100 des « penseurs mondiaux » du magazine Foreign Policy comprend de plus en plus de femmes, en particulier des artisanes du changement politique :

- La birmane Aung San Suu Kyi, occupe d'ailleurs la première place de Top 100.

- Deux pakistanaises : Malala Yousafzai, 15 ans, symbole de la lutte pour l'éducation des filles, et la blogueuse Sana Saleem, 25 ans.

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Malala la militante anti-talibans avait été prise pour cible par des islamistes pakistanais  alors qu'elle sortait de son école.

 Sana Saleem, une blogueuse et intellectuelle musulmane

- La tunisienne Ahlem Belhadj et la syrienne Rima Dahli. Les trois membres du groupe Pussy Riot condamnées en Russie figurent aussi dans le Top 20. Foreign Policy salue également la lutte pour les droits de l'Homme au Bahreïn, incarnée par quatre militants dont deux jeunes femmes, les sœurs Maryam et Zainab Al-Khawaja, 25 et 29 ans.

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Zainab Al-Khawaja

 

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Maryam  Al-Khawaja

 

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L'activiste Rima Dali arrêtée à Damas pour une bannière demandant la fin du massacre

 

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La tunisienne Ahlem Belhadj 

 

Des militantes institutionnelles, comme la présidente du Malawi, Joyce Banda (22ème), « qui imagine une nouvelle Afrique libérée de la corruption ». Ou encore Sima Samar (41ème), la présidente de la Commission indépendante des Droits de l'Homme en Afghanistan.

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Des françaises :

Esther Duflo, régulièrement saluée outre-Atlantique, bien plus qu'en France, pour ses travaux sur la pauvreté.

La patronne du FMI Christine Lagarde, est distinguée « pour avoir, contrairement à d'autres, investi au Moyen-Orient ».

Malheureusement, seulement 6 femmes sont dans le classement des 71 personnes les plus puissantes du monde dressé par le magazine Forbes

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