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Les couples mal assortis - Lucas Cranach

Publié le par Perceval

La série des couples mal assortis ( thème populaire) que Lucas Cranach ( 1472-1553) représente dans l'art officiel ; est en lien avec son engagement pour la réforme. Ces images ne montrent pas une transaction, encore moins une scène de prostitution, mais bien une réflexion sur ce qu’est un bon ou un mauvais couple.

le Protestantisme confère à la femme un statut plus valorisé que dans l’ancien christianisme où, finalement, la femme n’a aucun rôle à jouer. Désormais la femme accompagne son mari, participe à ses activités, donne son avis, elle devient actrice politique et économique. Mais, attention … ! Cranach dénonce le danger d’une perversion féminine, mais aussi masculine ...

Un amour vénal où chacun trouve son intérêt. En se donnant pour l’argent, la femme est folle d’accepter de vivre avec un être qu’elle méprise, de son côté, l’homme perd toute raison, subjugué par ce qu’il ne devrait pas posséder.

Les couples mal assortis - Lucas Cranach
Les couples mal assortis - Lucas Cranach
Les couples mal assortis - Lucas Cranach
Les couples mal assortis - Lucas Cranach
Les couples mal assortis - Lucas Cranach
Les couples mal assortis - Lucas Cranach
Les couples mal assortis - Lucas Cranach
Les couples mal assortis - Lucas Cranach
Les couples mal assortis - Lucas Cranach
Les couples mal assortis - Lucas Cranach
Les couples mal assortis - Lucas Cranach
Les couples mal assortis - Lucas Cranach

Tandis que l’homme à l’aspect hideux s’empare de la femme, celle-ci, de sa main droite, pioche dans sa bourse.

Le mauvais couple est fondé sur le sentiment de concupiscence, pour la chair d’une part, pour l’argent d’autre part. Nous assistons à une scène de prédation que met bien en scène un jeu de mains fort habile. Le bon mariage au contraire, pour Luther, est un mariage chrétien, une école de vertu, un lieu de vie spirituelle. C’est donc une question brûlante, une question d’actualité que Cranach thématise, dès 1522, en même temps que Luther publie ses travaux aux accents pamphlétaires sur le mariage : l’Appel à noblesse chrétienne dénonce la déréliction de la vie monastique et le concubinage des prêtres. La captivité babylonienne de l’Eglise (1520) réclame la suppression du célibat ecclésiastique.

Les couples mal assortis - Lucas Cranach
Les couples mal assortis - Lucas Cranach

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Brigitte Lustenberger

Publié le par Perceval

Brigitte Lustenberger (1969, CH) a étudié l’histoire de la photographie à l’Université de Zurich.


Ses photographies se présentent en effet comme des mises en scène puisque leurs protagonistes sont appréhendés tels des personnages, selon une approche théâtrale. Elle les dirige avec soin à la manière d’un réalisateur de cinéma, en travaillant avec eux sur leurs gestes et leurs expressions faciales

Dans l’univers de Brigitte Lustenberger, tout est recherche du dépouillement pour mieux se focaliser sur les visages.

Elle sait combien ce genre photographique est par essence un mélange de connivence et de cruauté, destiné à obtenir en un temps succinct l’expression la plus juste et la plus sincère de la vérité du modèle. À la croisée de la matière et de l’esprit, du corps et de l’âme, du visible et de l’invisible, la face exprime les sentiments cachés, les humeurs et les affects. La multitude des expressions échappe à la répétition. Physiologiste de la psyché, la photographe traque et sonde la personnalité d’hommes et de femmes dans leurs attitudes et les inflexions de leur regard, afin de restituer l’irréductible singularité de leur présence. Mutiques, ils apparaissent dans la pleine intensité de leur être, tous saisis à la lumière naturelle dont Brigitte Lustenberger utilise l’action modelante à la façon d’un sculpteur maniant la glaise, puis qu’elle transcende plastiquement par la perfection des tirages.

Avec ces faces qui semblent surgir de mémoires perdues, Brigitte Lustenberger joue de la temporalité en imaginant leur fuite prématurée dans l’oubli. Si elles cristallisent le sentiment d’identité de l’homme, l’artiste suggère également qu’elles ne cessent de se dérober, d’échapper aux tentatives de les cerner et de les fixer une fois pour toutes. « Miroir des mouvements de l’âme », le visage dévoile le moi profond sans jamais l’exhiber ou l’épuiser.


Cette mise en relief de l’épiderme fournit un autre reflet de nous mêmes, de notre précaire humanité. Peu à peu les expressions s’altèrent, les flétrissures apparaissent, les joues se creusent, les cheveux blanchissent. Révéler le vieillissement nous aide à accepter notre impuissance devant l’avancée inexorable du temps, à affronter ce déclin inéluctable que les valeurs occidentales font redouter. Ces portraits constituent un moyen de retenir ces visages et de lutter contre leur anéantissement. Ainsi leur existence ne disparaîtra pas complètement, elle sera prorogée par les regardeurs, dépositaires de la mémoire.

Ce texte est de Julia Hountou pour - Bscnews.fr/


« Un miracle que nous ne voyons même plus, tellement il est commun, c’est qu’aucun visage humain, autant qu’il en existe et qu’il en ait existé, n’en reproduit un autre. […] Il n’y a pas un seul vivant qui reproduise exactement et trait pour trait l’un des milliards de visages qui nous ont précédés. Un être humain est tiré à un exemplaire unique et jamais reproduit depuis que le monde est monde. » (François Mauriac, Ce que je crois, Grasset, Paris, 1962, p. 34.)

 

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Lettres d'amour: Diderot – Sophie Volland -2/2-

Publié le par Perceval

En 1755 Sophie Volland devient la maîtresse de Diderot. Elle s’appelle « Louise-Henriette » mais Diderot la rebaptise '' Sophie '', en grec 'sagesse'.. Leur relation passionnée dure cinq ans. Puis, Madame Volland surprend les amoureux ensemble, et surcroît de malchance, Madame Diderot découvre une lettre de Sophie à son mari. Madame Volland emmène Sophie sur ses terres et Madame Diderot menace, en cas de divorce, d’interdire à Diderot de voir Angélique, sa fille chérie !

C’est à partir de ce moment que Diderot développe la métaphore d’Héloïse et Abélard pour évoquer leur amour. Les deux amants n’ont plus qu’une solution pour continuer à communiquer : s’écrire !

Le libertin et Sophie, échangent alors une correspondance passionnée et savante … Sophie, curieuse de tout, au courant des écrits des philosophes comme de ceux des scientifiques. Son intelligence vive, son jugement pertinent en font la correspondante privilégiée de Diderot pendant 14 ans.

À la cour de Versailles, Diderot peut compter sur de puissants protecteurs, à commencer par la marquise de Pompadour et Malesherbes, le directeur de la librairie.

Plus fort encore, la tsarine Catherine II de Russie lui apporte son soutien et, pour le libérer de ses tracas financiers, lui achète sa bibliothèque tout en lui en laissant l'usage. Diderot va rendre visite à sa bienfaitrice en 1773 à Saint-Pétersbourg.

En 1769, Diderot devient l’amant de madame de Maux.

En 1773-74 il effectue le voyage à Saint-Petersbourg auquel Catherine II l’invitait depuis des années. Il en revient épuisé et affaibli.

Denis Diderot décède le 31 juillet 1784, six mois après sa maîtresse Sophie Volland.

Sans doute, dans cette correspondance, Sophie par ses retards, ses lenteurs , n’y exprimait peut-être qu’une « liaison douce », toujours en deçà des attentes du philosophe. Si cette correspondance a pu s’accomplir dans la durée, c'est que Sophie était une destinataire à la hauteur.

Cette relation est exigeante, de la part des deux amants : Diderot ne s’adresse pas à Louise-Henriette, le véritable prénom de mademoiselle Volland, mais à Sophie, la sagesse, pseudonyme qui évoque cette muse parfaite dont rêve tout philosophe. Lectrice enthousiaste, sensible et indépendante, telle est Sophie. Diderot écrit d’elle qu’elle a « de l’esprit comme un démon » (15 septembre 1760)…

« Jamais passion ne fut plus justifiée par la raison que la mienne. N’est-il pas vrai, ma Sophie, que vous êtes bien aimable ? Regardez au-dedans de vous-même. Voyez-vous bien, voyez combien vous êtes digne d’être aimée, et connoissez combien je vous aime » (Paris, le 23 juillet 1759 )

L’oeuvre de Montaigne, auteur de prédilection de la jeune femme, a pu servir de guide ou d’emblème à la relation entre les deux amants, si l’on en croit le testament de celle-ci et l’association qu’elle fera, comme Diderot des années auparavant, entre un ouvrage intellectuel et un objet de faveur évoquant le corps de l’aimée :

« Je donne et lègue à Monsieur Diderot sept petits volumes des Essais de Montaigne, reliés en maroquin rouge, plus une bague que j’appelle ma pauline. »

Si l’écrivain invoque très tôt le modèle héloïsien pour définir la relation de maître à disciple qui l’unit à Sophie, c’est pour lui donner bientôt un rôle égalitaire au sein de leurs joutes intellectuelles, favorisées par une certaine androgynie physique et morale du personnage : « Ma Sophie est homme et femme quand il lui plaît » ( 10 mai 1759 ).

La correspondance révèle un personnage très important : Marie-Charlotte Volland, la sœur benjamine de Sophie, surnommée ''Uranie''... la sœur de Sophie rêvait l'amour mais était dans l'incapacité de la vivre. Elle eaimait les galanteries sans céder aux hommes de peut d'être abandonnée. La relation Diderot-Sophie-Uranie en devient étrange, insolite, complexe. Uranie semble « se fondre » dans leur amour et sa présence est ambiguë :

« Je vous félicite toutes deux, chères sœurs, de vous posséder. Je serai souvent en esprit entre l’une et l’autre, mettant vos mains entre les miennes, ne sachant laquelle des deux j’aime le plus ; autant ami de l’aînée que de la cadette ; partageant également mon respect et mon estime. »

« Votre sœur vous aime bien ; j’admire comme elle se prête à votre délire. Ne levons pas tout à fait ce petit rideau ; c’est bien assez d’en avoir écarté un point. Si vous saviez, mon amie, combien les discours les plus passionnés sont maussades pour ceux qui les écoutent de sang-froid ! Uranie nous voit tous deux dans la cahutte à travers les barreaux ; elle vient s’appuyer sur le trou, et causer gaiement avec nous. » (le 22 septembre 1761 )

La mort des amants

Lettre de Diderot à Sophie Volland

"Ceux qui se sont aimés pendant leur vie et qui se font inhumer l'un à côté de l'autre ne sont peut-être pas aussi fous qu'on pense.
Peut-être leurs cendres se pressent, se mêlent et s'unissent. Que sais-je? Peut-être n'ont-elles pas perdu tout sentiment, toute mémoire de leur premier état.
Peut-être ont-elles un reste de chaleur et de vie dont elles jouissent à leur manière du fond de l'urne froide qui les renferme.[...]
Ô ma Sophie, il me resterait donc un espoir de vous toucher, de vous sentir, de vous aimer, de vous chercher, de m'unir, de me confondre avec vous lorsque nous ne serons plus.
S'il y avait dans nos principes une loi d'affinité, s'il nous était réservé de composer un être commun; si je devais dans la suite des siècles refaire un tout avec vous; si les molécules de votre amant dissous venaient à s'agiter, à se mouvoir et à rechercher les vôtres éparses dans la nature!
Laissez-moi cette chimère. Elle m'est douce. Elle m'assurerait l'éternité en vous et avec vous...
" (Lettre du 15 octobre 1759)

Lettre de Diderot à Sophie Volland

Lettre de Diderot à Sophie Volland

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Lettres d'amour :Diderot – Sophie Volland -1/2-

Publié le par Perceval

Denis Diderot (1713-1784)

Denis Diderot (1713-1784)

Denis Diderot  a entretenu pendant plus de vingt ans une relation épistolaire avec Sophie Volland (1725-1784). Cette femme, issue d’un milieu de financiers et de fermiers généraux, était très cultivée et pouvait jouer le rôle de confidente. Mais ses réponses ne nous sont pas parvenues et nous ne possédons aucun portrait d’elle.

Alors, il faut ''imaginer'' la réalité : Ils se rencontrent au Palais-Royal, sur le banc d’Argenson, c'est ce que l'on dit … Ou, dans un salon parisien. Par le biais de familles interposées, Diderot s'est fait inviter chez une dame qui a 3 filles : les Volland. L’aînée et la cadette sont mariées, seule celle du milieu est célibataire : c’est Sophie. Mademoiselle Volland est célibataire, elle a 38 ans, elle appartient à une famille de fermiers Généraux.

Diderot, alors est marié, il a 41 ans, il travaille à l’Encyclopédie. Il a épousé une jeune femme sans argent. Né à Langres dans une famille de la bourgeoisie, il vient à Paris en 1728, tonsuré et portant le titre et l’habit d’abbé pour poursuivre ses études religieuses. Il se marie en 1743 avec Marie-Antoinette Champion malgré la farouche opposition de son père... Il lui sera toujours fidèle et infidèle, c’est à dire qu’il eut de nombreuses maîtresses, mais il ne l’abandonna jamais. De leurs quatre enfants, seule Marie-Angélique atteindra l’âge adulte.

Sophie Volland est cultivée, curieuse, elle est de constitution frêle, porte des lunettes. Très curieuse de tout, au courant des écrits des philosophes comme de ceux des scientifiques, son intelligence vive, son jugement pertinent en firent la correspondante privilégiée de Diderot pendant 14 ans. Diderot conservait son portrait réalisé par la peintre Anne Vallayer-Coster, enchâssé dans la couverture d'un livre, qui malheureusement n'a jamais été retrouvé.

C’est une relation intellectuelle qui naît dans un premier temps. Sophie ''est'' dans un célibat, elle tient un salon austère. Elle passe son temps à s’échapper dans des livres de philosophie, Montaigne est son auteur préféré. Diderot constate que cette femme est unique en son genre. Elle se tient au courant de toute la vie intellectuelle.

Et des rendez-vous vont s’organiser... Diderot, de son côté à des ennuis sans nombre : il est victime de la censure, de la police, il est pourchassé et réprouvé.

Ils vont avoir des conventions ( ruse amoureuse ) : ils se rencontreront sur le banc d’Argenson à Paris. L’allée de Foix est cette allée qui figure dans Le neveu de Rameau : c’est cette allée où circulent les courtisanes. Ce serait la raison pour laquelle Diderot aurait dit dans Le Neveu de Rameau qu’il suit ses idées sans ordre, de même qu’on suit ses courtisanes sans ordre ; il dit même cette belle phrase : « Mes pensées sont des catins ».

Ils se rencontrent aussi au théâtre, Diderot achète un billet bon marché, Sophie Volland se rend dans une loge louée à l’année. Ils échangent alors des regards langoureux. Ils fusionnent sur les grands succès de Voltaire.

Ils se sont donc rencontrés en 1755, mais nous n’avons des lettres qu’à partir de 1759 ! Parce que Sophie s'auto-censure, elle aurait détruit les 1ères lettres. En 1759, ils s’écrivent deux fois par semaine : tous les jeudis et les dimanches ; jusqu’à ce que mort s’ensuive. Mais, Sophie n’est pas toujours à Paris....

Madame Volland a une propriété vers Vitry-François, au bord de la Marne. Elle doit gérer ce domaine elle-même. C’est en Champagne, et elle a l’appât du gain. Elle a un homme de confiance et tous les étés, elle quitte Paris début juillet et elle ne rentre à Paris qu’à la Saint-Martin avec Sophie. Sophie doit accompagner sa mère au château, et le château est très humide. Il est agréable l’été, mais elle tient Sophie au château jusqu’au 15-20 décembre ! Alors même que le château devient invivable.


Lettres de Diderot

Paris, le 10 juillet 1759.

J’écris sans voir. Je suis venu ; je voulais vous baiser la main et m’en retourner. Je m’en retournerai sans cette récompense ; mais ne serai-je pas assez récompensé si je vous ai montré combien je vous aime ? Il est neuf heures, je vous écris que je vous aime. Je veux du moins vous l’écrire ; mais je ne sais si la plume se prête à mon désir. Ne viendrez-vous point pour que je vous le dise et que je m’enfuie ? Adieu, ma Sophie, bonsoir ; votre cœur ne vous dit donc pas que je suis ici ? Voilà la première fois que j’écris dans les ténèbres : cette situation devrait m’inspirer des choses bien tendres. Je n’en éprouve qu’une : je ne saurais sortir d’ici. L’espoir de vous voir un moment m’y retient, et j’y continue de vous parler, sans savoir si j’y forme des caractères. Partout où il n’y aura rien, lisez que je vous aime.

… juillet 1759.

Je ne saurais m’en aller d’ici sans vous dire un petit mot. Hé bien ! mon amie, vous comptez donc beaucoup sur moi ! votre bonheur, votre vie sont donc liés à la durée de ma tendresse ! ne craignez rien, ma Sophie, elle durera, et vous vivrez et vous vivrez heureuse. Je n’ai point encore commis le crime, et je ne commencerai point à le commettre : je suis tout pour vous, vous êtes tout pour moi ; nous supporterons ensemble les peines qu’il plaira au sort de nous envoyer ; vous allégerez les miennes, j’allégerai les vôtres. Puissé-je vous voir toujours telle que vous êtes depuis quelques mois ! pour moi, vous serez forcée de convenir que je suis comme au premier jour : ce n’est pas un mérite que j’aie, c’est une justice que je vous rends. L’effet des qualités réelles, c’est de se faire sentir plus vivement de jour en jour. Reposez-vous de ma constance sur les vôtres et sur le discernement que j’en ai. Jamais passion ne fut plus justifiée par la raison que la mienne. N’est-il pas vrai, ma Sophie, que vous êtes bien aimable ? Regardez au dedans de vous-même ; voyez-vous bien ? voyez combien vous êtes digne d’être aimée, et connaissez combien je vous aime. C’est là qu’est la mesure invariable de mes sentiments.

Bonsoir, ma Sophie, je m’en vais plein de joie, la plus douce et la plus pure qu’un homme puisse ressentir. Je suis aimé, et je le suis de la plus digne des femmes. »

 

Le 1er novembre 1759.

J’ai vu toute la sagesse des nations, et j’ai pensé qu’elle ne valait pas la douce folie que m’inspirait mon amie. J’ai entendu leurs discours sublimes, et j’ai pensé qu’une parole de la bouche de mon amie porterait dans mon âme une émotion qu’ils ne me donnaient pas. Ils me peignaient la vertu, et leurs images m’échauffaient ; mais j’aurais encore mieux aimé voir mon amie, la regarder en silence, et verser une larme que sa main aurait essuyée ou que ses lèvres auraient recueillie. Ils cherchaient à me décrier la volupté et son ivresse, parce qu’elle est passagère et trompeuse ; et je brûlais de la trouver entre les bras de mon amie, parce qu’elle s’y renouvelle quand il lui plaît, et que son cœur est droit, et que ses caresses sont vraies. Ils me disaient : Tu vieilliras ; et je répondais en moi-même : Ses ans passeront avec les miens. Vous mourrez tous deux ; et j’ajoutais : Si mon amie meure avant moi, je la pleurerai, et serai heureux la pleurant. Elle fait mon bonheur aujourd’hui ; demain elle fera mon bonheur, et après-demain, et après-demain encore, et toujours, parce qu’elle ne changera point, parce que les dieux lui ont donné le bon esprit, la droiture, la sensibilité, la franchise, la vertu, la vérité qui ne change point. Et je fermai l’oreille aux conseils austères des philosophes ; et je fis bien, n’est-ce pas, ma Sophie ?

Au Grandval, le 18 octobre 1760.

Nous recevrons, vous mes lettres, moi les vôtres, deux à deux ; c’est une affaire arrangée. Combien d’autres plaisirs qui s’accroissent par l’impatience et le délai ! Éloigner nos jouissances, souvent c’est nous servir ; faire attendre le bonheur, c’est ménager à son ami une perspective agréable ; c’est en user avec lui comme l’économe fidèle qui placerait à un haut intérêt le dépôt oisif qu’on lui aurait confié. Voilà des maximes qui ne déplairont pas à votre sœur. J’en ai entendu de plus folles encore. Il y en a qui disent qu’on ne s’ennuie presque jamais d’espérer, et qu’il est rare qu’on ne s’ennuie pas d’avoir. Je réponds, moi, qu’on espère toujours avec quelque peine, et qu’on ne jouit jamais sans quelque plaisir. Et puis la vie s’échappe, la sagacité des hommes a donné au temps une voix qui les avertit de sa fuite sourde et légère. Mais à quoi bon l’heure sonne-t-elle, si ce n’est jamais l’heure du plaisir ? Venez, mon amie ; venez que je vous embrasse, venez et que tous vos instants et tous les miens soient marqués par notre tendresse ; que votre pendule et la mienne battent toujours la minute où je vous aime et que la longue nuit qui nous attend soit au moins précédée de quelques beaux jours.

 

21 juillet 1765.

Dépêchez-vous, faites-moi préparer une niche grande comme la main, proche de vous, où je me réfugie loin de tous ces chagrins qui viennent m’assaillir. Il ne peut y avoir de bonheur pour un homme simple comme moi au milieu de huit cent mille âmes. Que je vive obscur, ignoré, oublié, proche de celle que j’aime, jamais je ne lui causerai la moindre peine, et près d’elle le chagrin n’osera pas approcher de moi. Est-il prêt, ce petit asile ? Venez le partager ! Nous nous verrons le matin ; j’irai, tout en m’éveillant, savoir comment vous avez passé la nuit ; nous causerons ; nous nous séparerons pour brûler de nous rejoindre ; nous dînerons ensemble ; nous nous promènerons au loin, jusqu’à ce que nous ayons rencontré un endroit dérobé où personne ne nous aperçoive. Là nous nous dirons que nous nous aimons, et nous nous aimerons ; nous rapporterons sur des fauteuils la douce et légère fatigue des plaisirs et nous passerons un siècle pareil sans que notre attente soit jamais trompée. Le beau rêve !

( A suivre )

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Katerina Belkina, photographe

Publié le par Perceval

Katerina Belkina, photographe
Katerina Belkina, photographe
Katerina Belkina, photographe
Katerina Belkina, photographe
Katerina Belkina, photographe
Katerina Belkina, photographe
Katerina Belkina, photographe
Katerina Belkina, photographe
Katerina Belkina, photographe

Katerina Belkina est née en 1974, à Samara, une ville dans le Sud-Est de la partie européenne de la Russie. Elle a grandi dans un milieu artistique, a étudié la peinture et la photographie... Katerina Belkina a été nominé pour le prestigieux Prix Kandinsky (comparable au prix britannique Turner) à Moscou en 2007. Danseuse, photographe, peintre. À l'heure actuelle, Katerina Belkina vit et travaille à Berlin. Elle a récemment (2015) remporté le Lucas-Cranach-International Award, et le Prix international de la photographie (IPA) en 2012...

L'artiste travaille sur des ''séries'' avec des thèmes comme l’architecture, le travail à domicile, le portrait... Le plus souvent, elle part d'une idée abstraite

Belkina s'investit ensuite longuement sur la manipulation d'images et la retouche...

Pour en savoir plus sur l'artiste, vous pouvez visiter son site officiel .

Le travail d'Anastasia Bolchakova se perçoit comme une succession d'historiettes associant des objets issus de son propre univers domestique à des moments qu’elle a passés avec eux au quotidien. Ces micros récits sont apparemment sans lien entre eux car, placées sous le signe d’une attention continue mais flottante, ils constituent le chemin que se fraye l’inspiration au milieu d’un quotidien où dominent le trivial et le futile.

Pourtant ce qu’il s’agit bien d’interroger, comme le note Georges Perec « c’est la brique, le béton, le verre, nos manières de table, nos ustensiles, nos outils, nos emplois du temps, nos rythmes. » Ces objets du quotidien, nous les appréhendons avec l’artiste sous la forme d’un aller-voir-ce-qui-se-cache-derrière notre vision du réel ; et c’est donc avec les yeux neufs et toute la malice de l’artiste que d’une certaine manière nous allons incarner son personnage dans un film un peu surréaliste qu’elle projette sur le grand écran d'un lieu d'exposition. " Surréaliste " car les collages physiques et conceptuels entre des objets dont les fonctions sont inadéquates (type manucure de faux ongles sur gants Mapa) provoquent la contamination du champ de l’expérience sensible par l'imaginaire.

« Depuis toute petite, je peins et je danse, en alternance, et c’est encore ce que je fais aujourd’hui. Ma route semblait tracée : le lycée spécialisé en arts, l'école d'arts plastiques, j'ai ensuite travaillé chez un éditeur, où ma main, habituée au papier, a touché un ordinateur pour la première fois.

La photographie a toujours été présente dans mes activités artistiques. Mon grand -père et mon père faisaient de la photographie, et petite, je savais déjà comment les images apparaissaient sur le papier. J’avais 12 ans la première fois que j’ai mis les pieds à l'atelier photo. Le "vrai" cours sur l'art photographique, je l'ai suivi à l'âge de 26 ans. Jusqu'alors, je m’intéressais et je touchais à tout : je dessinais, sculptais, coupais, cousais, collais, peignais... Je n'avais aucune idée de ce que serait mon métier plus tard. La question "Comment ?" ne se posait pas, c'est une question de technique et d'instruments. Le plus important, c'était "Quoi ?". Après j'ai travaillé à la télévision pour réaliser des spots en 3D. Et parallèlement, j’ai fais beaucoup de photographie. C’est à ce moment -là que quelque chose a commencé à prendre forme, quelque chose qui existait depuis toujours en moi, mais qui nécessitait une évolution artistique personnelle, ce que vous pouvez observer aujourd’hui. »

Sources : http://www.exprmntl.fr/

 

Katerina Belkina, photographe
Katerina Belkina, photographe
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L'incandescente Emily Dickinson -2/4-

Publié le par Perceval

Churchill, William Worcester (1858-1926) -Woman reading in a settee c.1905-1910

Churchill, William Worcester (1858-1926) -Woman reading in a settee c.1905-1910

J’étais la plus menue de la Maison –

Je pris la Chambre la plus exiguë –

La nuit, ma petite Lampe, mon petit Livre –

Et un seul Géranium –

 

Installée de façon à attraper les lingots

Qui ne cessaient de tomber –

Et juste mon Panier –

Laissez-moi réfléchir – je suis sûre

Que c’était tout –

 

Je ne parlais jamais – sauf quand on m’adressait la parole –

Et alors, je répondais brièvement à voix basse –

Je ne pouvais supporter de vivre – à voix haute –

Le tapage me gênait tant –

 

Et si ça n’avait pas été si loin –

Et si quelqu’un de ma connaissance

S’y était rendu – J’ai souvent pensé

Que je pourrais mourir – sans qu’on s’en aperçoive –

« Emily ne fut pas emprisonnée malgré elle, non elle voulait vivre à distance de tout, loin des chairs et des réalités ; Des lettres à des amants jamais rencontrés, des articles découpés, et le rituel de l’écriture. » (2)

Elle écrit, « pour brûler, ses passions mutilées, castrées, elle les déverse en mots enflammés. Presque 40 ans à tenir son journal et le rendre plus réel que la réalité. Sa seule obsession fondamentale est la mort, toujours à ses côté comme un gros chat fidèle et indifférent. Elle la nourrit et l'engraisse pour vieillir ensemble. » (2)

 

Je cessai de souffrir, mais si lentement

Que je ne vis pas partir l’angoisse –

Et sus seulement en me retournant –

Que quelque chose – avait anesthésié le Chemin de la douleur –

 

Je ne pourrais non plus dire quand cela changea,

Car je l’avais portée, chaque jour,

Aussi constamment que ma robe de Fillette –

Que j’accrochais à la Patère, le soir.

 

Seul le Malheur ne changea pas – il se Lova tout contre moi

Comme les Aiguilles – que les dames enfoncent doucement

Dans des Molletons ronds comme des Joues –

Pour ne pas les perdre –

 

Impossible de trouver la trace, de ce qui consola –

Sauf que, à la place du Désert –

C’est mieux – presque la Paix –

 

 

* Emily Dickinson est née le 10 décembre 1830 à Amherst (Massachusetts) ; fille d’Edward Dickinson, homme de loi, plusieurs fois membre du Congrès, et d’Emily Norcross. Austin. Son frère aîné, est né un an auparavant. Lavinia, sa sœur cadette, naîtra en 1833.

En 1846, publication en Angleterre des poèmes des Brontë et, l’année suivante, de leurs trois romans : Jane Eyre, Wuthering Heights et Agnes Grey.

- 1848, est l'année du début d’amitiés précieuses, notamment avec Benjamin Newton, stagiaire chez son père, qui joue un rôle d’initiateur (il lui enverra en 1850 les poèmes d’Emerson) et Susan Gilbert, sa future belle-sœur et principale destinataire de ses poèmes.

En mai 1855, elle voyage à Washington et à Philadelphie, où Emily a pu entendre et rencontrer le Révérend Charles Wadsworth.

Leaves of Grass, de Walt Whitman ; et Aurora Leigh, poème-roman d’Elizabeth Barrett Browning.

- En 1856 a lieu le mariage d’Austin avec Susan Gilbert.

Pour récapituler, Emily a passé hors de chez elle, une année au collège de Mount Holyoke à South Hadley et lors de rares séjours, à Washington ou à Boston.

 

Puis, elle prend la décision de ne plus quitter « la maison familiale, voire même sa chambre à coucher quand il y avait des invités. C’était une femme de chambre qui donnait à présent les bonbons aux enfants. Emily ne s’habilla plus qu’en blanc. Comme la page blanche ? » (1)

 

Les êtres d’Épreuve, sont Ceux

Que signale le Blanc –

Les Robes Étoilées, parmi les vainqueurs –

Marquent – un moindre Rang –

Tous ceux-là – ont Conquis –

Mais ceux qui vainquirent le plus souvent –

Ne portent rien de plus commun que la neige –

Nul Ornement, mais des Palmes –

La Reddition – est un genre inconnu –

Sur ce sol supérieur –

La Défaite – une Angoisse surmontée –

Remémorée, tel le Mille

Tout juste franchi par notre Cheville en fuite –

Quand la Nuit dévorait la Route –

Mais nous – chuchotant à l’abri dans la Maison –

Nous bornions à dire – « Sauvé » !

 

Emily Norcross Dickinson, mother of Emily Edward Dickinson

 

 

Point n’est besoin d’être une Chambre – pour être Hanté –

Point n’est besoin d’être une Maison –

Le Cerveau a des Couloirs – qui surpassent

L’Espace matériel –

 

Bien moins dangereuse, la rencontre à minuit

D’un Fantôme extérieur

Que la confrontation avec celui qu’on a à l’intérieur –

Invité plus glaçant-

 

Bien moins dangereux, de traverser une Abbaye au galop,

Poursuivi par les Pierres –

Que désarmé, de se rencontrer soi-même –

Dans un Lieu solitaire –

 

Nous-mêmes derrière nous- mêmes, cachés –

Devrions tressaillir plus fort –

Un Assassin dissimulé dans notre Appartement

Est infiniment moins horrifiant –

 

Le Corps – emprunte un Revolver –

Et verrouille la Porte –

Sans prêter attention à un spectre supérieur –

Ou Pire encore –

Sources :

  1. Daniel Thomières - Université de Reims Champagne-Ardenne

  2. Gil Pressnitzer - Site Esprits Nomades :

  3. Christine Savinel ( le nouveau dictionnaire des auteurs)   

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Un voyage en Egypte, après 1900 -4/4-

Publié le par Perceval

Un voyage en Egypte, après 1900 -4/4-
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"Accroupi dans les vapeurs bleu et rose d'une aube naissante, le Winter Palace étirait le long du Nil sa façade de vieux cake rassis, entre deux bouquets de palmiers mités par la pollution du gasoil. Le vieil hôtel, toutefois, perpétuait crânement une époque disparue, celle où Thomas Cook and Sons étaient encore les seuls dispensateurs d'exotisme. Des rechampis jaune d'oeuf soulignaient dans un ensemble marron indécis les détails d'une architecture où l'entrelacs modern'style le disputait aux palmettes de lotus pharaoniques. Immuable, le vieux caravansérail tenait la dragée haute aux années dans l'alignement du grand temple des Thoutmosis et des Aménophis, y maintenant un tourisme qui avait glissé, par les effets du temps, de la villégiature chic à une industrie de masse. Cependant des stores orange, flambant neufs, tirés sur les terrasses et un vieux mobilier en rotin, ressorti des greniers pour remplacer les sièges et les tables de plastique, plus conformes au goût de la clientèle des tours-operators, laissaient présager un changement...." Pierre Combescot - Le Songe de Pharaon.

Le Steam Ship Sudan est le dernier témoin de la navigation sur le Nil à la Belle Epoque. Dans son sillage flotte l’esprit visionnaire de Thomas Cook et l’histoire des plus belles croisières sur le fleuve.

En 1869, la création du canal de Suez ouvre la voie au transport maritime entre Europe et Asie. L’économie et le tourisme de l’Egypte en profitent. Thomas Cook, visionnaire entrepreneur britannique, mise alors sur ce pays mêlant des millénaires d’histoire à une douceur de vivre unique. Convaincu que ce potentiel attirerait l’aristocratie britannique, Cook et son fils (Cook & Son) organisent la première croisière sur un bateau vapeur loué au khédive.

En 1876, L’Egypte passe sous protectorat britannique. Cook développe alors ses voyages sur le Nil. En 1880, il obtient la concession de toute la navigation touristique.

1911-1921 : Une nouvelle flottille de vapeurs Cook composée de l’Egypt, l’Arabia et le Sudan, est créée. Plus rapides, ils réduisent à 20 jours la durée d’une croisière Le Caire-Assouan. Ladies et gentlemen se précipitent à bord.

1922-1935 : Sudan et tourisme fluvial coulent des jours heureux sur le Nil. Diplomates, hommes d’affaires, archéologues naviguent à la découverte de l’Egypte et de ses sites. En 1933, Agatha Christie, accompagne son mari alors en mission archéologique à bord du bateau. Lors de ce voyage, la romancière trouve l’inspiration de Mort sur le Nil.

1939-1991 : La Seconde Guerre Mondiale sonne le glas du tourisme en Egypte. Le Sudan est laissé à quai pendant plus de 50 ans. Au début des années 90, face à la démocratisation du tourisme et le nouveau boom des croisières sur le Nil, un armateur égyptien remet le Sudan en exploitation pour le compte d’un tour opérateur allemand, puis le bateau est à nouveau abandonné.

 

« Nous abordons; le voyage est fini, tout à fait fini, voyage charmant, si facile que œ n'est qu'une longue promenade, cinq semaines pendant lesquelles, libre de tout souci matériel grâce aux soins incessants et prévoyants de l'agence Lubin, je n'ai eu qu'à me laisser vivre et à admirer, voyage ou je n'ai pas eu une désillusion, où tout ce que j'attendais s'est trouvé être plus intéressant, plus beau, plus grandiose que je ne l'attendais, où le rêve a été surpassé par la réalité, dont pas un accident, pas même un ennui n'a assombri une seule journée, voyage accompli au milieu d'aimables compagnons qui, inconnus la veille resteront, je l'espère, les amis de demain, heures enfin qui compteront parmi ces belles heures de la vie dont le souvenir vous charme encore longtemps après qu'elles se sont écoulées.

Et pourtant, quand le lendemain, lourd d'une nuit passée en wagon, je me réveille à l'aube, que les paysages familiers courent derrière les vitres, coteaux bourguignons aux sommets boisés, vallées encore voilées de la brume matinale, moutonnement des collines, allées de peupliers au bord des ruisseaux, jolis villages dont les toits fument, rivières paisibles glissant dans les prés argentés du givre de la nuit, et, quand sur tout cela, pointant soudain au-dessus du plateau ondulé, le soleil lance sa première flèche, que tout renaît, frémit, s'illumine, pâlissent les souvenirs des longues rives basses du grand fleuve, des champs verts déployés au seuil des rochers jaunes troués d'hypogées, des palmiers balancés au-dessus des villages où passent les hommes bruns aux robes claires et les femmes voilées, pâlissent même ceux des énormes temples à demi ensevelis, des colonnes debout ou écroulées, et je répète la phrase du vieil Heinsius : « Après celui du Ciel, il n'est pas de royaume plus beau que le tien, ô France, ô douce France ! » H.R. ''Cinq semaines en Egypte'' 1903.

Autre source : Un Voyage En Egypte; Au Temps Des Derniers Rois - Alain Blottiere

Un voyage en Egypte, après 1900 -4/4-
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Voir aussi:

Un voyage en Egypte, après 1900 -1/.- - Il était une fois ...

 - L'Égypte a sa saison : on n'y séjourne que de Novembre en mars, quand le pays prodigue la douceur de ses journées tièdes. Le fou furieux ...

Un voyage en Egypte, après 1900 -2/.- - Il était une fois ...

 - Un voyage en Egypte, après 1900 -2/.-. Arrivée à Alexandrie : « A notre dernier dîner à bord, le cadran est encore avancé de 25 minutes = total ...

Néfertiti, la Belle venue d'ailleurs... -1/3- - Il était une fois ...

 - Une reine ( et ancienne princesse d'Égypte) qui vient de mettre au monde une petite fille... Son père est le souverain d'un royaume prospère et ...
 

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Sophie Busson

Publié le par Perceval

 

 

 

 

 

 

Sophie BUSSON ( née en 1945) , vit et travaille en Bretagne .

Critique

Au moins, Sophie BUSSON ne saurait faire de l'ombre à d'autres peintres soucieux de protéger leurs acquis et leur technique !

Sa façon de travailler, de créer, d'imaginer son oeuvre, se place entre le trompe l'oeil et un surréalisme historique qui laissent coi, non seulement d'admiration, mais provoquent une stupeur peu courante au su et vu de la composition et de l'audace qui président à la genèse des multiples rites et mythes développés par l'artiste. Par le dessin, la gravure, l'aquarelle, la peinture et la litho, Sophie BUSSON a totalement métamorphosé son existence, et en véritable autodidacte habitée par le talent, sa voie s'est tracée vers l'expression vivace et méthodique des multiples sortilèges émis par les contes merveilleux ou libertins, les échos bibliques, ou la magie incomparable de paysages idylliques ou de jardins mythiques où se love une végétation maléfique. Quelle grâce dans les attitudes de ses modèles féminins, captivants ou mystérieux, dont la nudité fruitée se pare de tissus généreux aux multiples plissés. Exprimant la poésie, l'émotion, la nostalgie ou l'angoisse, tous ces êtres obsèdent par leur présence déliée, sous la magie d'un pinceau, d'un crayon, d'un burin bouleversant d'élégance et de promesses

André RUELLAN, critique d'art

 

 

Sophie Busson
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L'incandescente Emily Dickinson -1/4-

Publié le par Perceval

L'incandescente Emily Dickinson -1/4-

En 1862, Emily Dickinson a 32ans.

« C’est la fille de l’homme le plus riche d’Amherst, Massachusetts. Elle n’a pas besoin de travailler, sa famille a plusieurs domestiques, elle a accès à la grande bibliothèque familiale, elle a pu faire d’excellentes études et son père lui a offert un piano pour ses quatorze ans. Elle aide la cuisinière à faire des gâteaux pour le repas du soir et elle distribue des bonbons aux enfants du voisinage. Il serait impossible de trouver vie plus réglée. » (1)

Emily est fille de petite bourgeoisie puritaine, nourrie à la Bible à haute dose, de Ralph Waldo Emerson (poète et philosophe, figure de proue du courant de pensée transcendantaliste) (note*), de Hawthorne, mais aussi Shakespeare, Dickens, Emily Brontë et les romantiques anglais, sans oublier ses contemporains américains, le sentimental Henry Longfellow par exemple... Elle semble vivre dans une cellule intellectuelle fermée, provinciale et hantée par le péché. Elle était vieille avant que d’être, cousant et tissant, comptant ses deuils nombreux qui se succédaient autour d’elle.

« Tout semble ridicule et excessif : père autoritaire, mère douce et transparente, sœur aussi, effacée qu’elle, un frère incapable d’habiter à plus de quelques mètres de cette maudite maison qui dévorait ses habitants. » (2)

Le Vent n’est pas venu du Verger – aujourd’hui –

Mais de plus loin –

Il ne s’est pas arrêté pour jouer avec le Foin –

Ni menacer un Chapeau –

C’est un gars- toujours de passage –

Tu peux en être sûr –

 

S’il laisse une Pigne devant la porte

Nous savons qu’il a grimpé à un Sapin –

Mais Où est le Sapin – Dis –

Tu y as été, toi ?

 

S’il apporte des Odeurs de Trèfles –

C’est Son affaire – pas la Nôtre –

Alors c’est qu’Il était avec les Faucheurs –

Aiguisant les Heures qui passent

En douces pauses de Foin –

Sa façon à Lui – par un Jour de Juin-

 

S’il lance du Sable, et des Galets –

Les Chapeaux des petits Garçons – et du chaume-

Avec parfois un clocher –

Avec un cri rauque « Ôtez-vous de mon chemin, que diable »,

Qui serait assez idiot pour rester ?

Hein – Dis-

Tu serais, toi, assez idiot pour rester ?

Le Vent commença à faire danser l’Herbe

Sur un Ton comminatoire et grave –

Il lança une menace à la Terre –

Et une autre menace, au Ciel –

Les Feuilles se dégrafèrent des Arbres

S’éparpillant de-ci- de-là –

La Poussière comme des Mains se creusa pour former une coupe

Et lança la Route au loin –

Les Chariots se pressèrent dans les rues

Le Tonnerre se hâta lentement –

L’Eclair montra un Bec Jaune

 

Puis une Griffe livide-

Les Oiseaux Barricadèrent leurs Nids_

Le Bétail se terra dans sa Grange-

Puis vint une Goutte de Pluie Géante

Et puis comme si les Mains

Qui tenaient les Barrages, avaient lâché,

Les eaux naufragèrent le Ciel,

Mais négligèrent la Maison de Mon Père –

Fendant seulement un Arbre en quatre morceaux –

( note *) C'est dans l'est de l'Etat du Massachusetts, à Concord, au nord de Boston, où aux côtés d'Emerson vivaient notamment Henry David Thoreau et Nathaniel Hawthorne, que battait au XIXe siècle le coeur de ce « mouvement » tout à la fois intellectuel, spirituel et littéraire. Un mouvement anticonformiste qui bouscula l'Eglise unitarienne, dominante en Nouvelle-Angleterre, en prônant le primat de l'intuition sur la raison, et secoua la société de Nouvelle-Angleterre tout entière en rejetant le positivisme matérialiste au profit d'un retour à la nature. Thèmes qui infusent dans les poèmes d'Emily Dickinson, où l'émerveillement face au monde et à la Création, doublé d'une sensualité intense, se mêle à un mysticisme inquiet assez éloigné de l'orthodoxie protestante :

« Je me dis, la Terre est brève

Et l'Angoisse -- absolue

La douleur partout,

Et alors ?

Je me dis, on peut mourir

Les Forces les plus vives

sont vouées à la Corruption,

Et alors ?

Je me dis qu'au Ciel

Cela risque d'être la même question

Avec une nouvelle Equation

Et alors ? »

Sources :

  1. Daniel Thomières - Université de Reims Champagne-Ardenne

  2. Gil Pressnitzer - Site Esprits Nomades :

  3. Christine Savinel ( le nouveau dictionnaire des auteurs)

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Un voyage en Egypte, après 1900 -3/4-

Publié le par Perceval

Un voyage en Egypte, après 1900 -3/4-

Le Caire :

« Un tel encombrement pourrait faire croire à quelque fête, s'il n'y manquait cette expression particulière qui se dégage des foules lorsqu'un événement commun tourne les esprits dans un même sens ; procession rituelle, enterrement d'un notable, élections générales ou marché. Ici, rien ne réunit les éléments de ce puzzle humain que notre voiture frôle à chaque tour de roue. Mais pourquoi vouloir les réunir ? C'est encore céder au goût de la couleur locale et croire que des êtres vêtus autrement que nous sont des acteurs, qu'ils sont une pièce à jouer. Il ne s'agit heureusement plus de cela. Nous sommes dans un autre monde » Claude Aveline.

L'hôtel Oberoi Mena House, est construit en 1869 face aux pyramides.

Le khédive Ismâil Pacha, vice-roi d'Égypte, ne pouvait choisir meilleur emplacement pour y édifier, en 1869, son pavillon de chasse et y accueillir ses invités de marque. Le souverain fait agrandir les lieux à l'occasion de l'ouverture du canal de Suez, y reçoit l'impératrice Eugénie. Et construit une route entre Le Caire et Gizeh pour qu'elle puisse accéder commodément aux pyramides. Vendu à de riches Anglais, le pavillon prend ensuite le nom du pharaon Mena, s'agrandit à nouveau et, dès 1889, est équipé d'un golf. Au tournant du siècle, le Mena House devient un hôtel de luxe pour les premiers touristes fortunés, les têtes couronnées et les politiques. En 1943, il accueille ainsi la « Big Three Conference » entre Chiang Kai-shek, Roosevelt et Churchill, qui devint un habitué de l'hôtel.

"Nous avions été prendre le déjeuner du matin aux pyramides, sur la terrasse du Mena House. Le ciel ne s'était pas encore couvert. Le soleil étincelait. Les oiseaux chantaient. Chéops ressemblait à un gigantesque pâté de sable fait au moule". Jean Cocteau, Maalesh.

A partir de 1880, l'Egypte devient une station à la mode et chic hiver pour les voyageurs européens. Le climat près de la Grande Pyramide de Gizeh, en dehors du Caire, est évidemment meilleur que dans la ville. . Pendant l'hiver, il y a pas de routes boueuses (dues à la pluie occasionnelle), pas de poussière dans l'air et aucun trafic...

Le palace Old Cataracte d'Assouan, trône au-dessus du Nil tel un monolithe rose de l’âge d’or. Sur la terrasse de l'hôtel, les gourmets apprécient à l'heure du thé un délicieux High Tea et la vue sur l’île Éléphantine. Agatha Christy a trouvé ici l'inspiration pour son roman policier devenu un 'classique' :« Mort sur le Nil (1933)». Winston Churchill, le roi Farouk et Lady Diana comptent également parmi les illustres visiteurs de ce palace construit en 1899.

« Assouan est une vraie beauté d'Orient. La lumière y est violente, le soleil âpre mais tempéré par une brise fraîche qui aide à supporter la chaleur du jour. » Comtesse de La Morinière, 1911

 

Le Old Winter Palace, est situé sur la Corniche, en plein coeur de Louxor. Ses suites ont accueilli les plus grands personnages de l'histoire. Ce palais, construit en 1886 et rénové en 1995, est la plus belle illustration de l'architecture victorienne de la fin du siècle dernier et combine parfaitement l'opulence de son glorieux passé avec la modernité d'aujourd'hui. Le Old Winter Palace offre une plongée dans les fastes de temps anciens.

Architecture victorienne, jardin tropical, mobilier refait à l’identique… tout évoque l’ancien Palais d’Hiver où se retrouvaient autrefois princes, archéologues et écrivains dans un havre de luxe, au bord du Nil, à quelques minutes des fabuleux temples et tombeaux de l’antique Thèbes.

En 1907, "L'Egyptian Gazette" annonce ainsi l'ouverture du Winter Palace de Louxor. "La party a commencé par un lunch inaugural dans le site prestigieux de la Vallée des Rois puis s'est poursuivie par des discours et une distribution de nourriture aux équipes qui ont travaillé à la construction du bâtiment".
Le Winter Palace de Thomas Cook est, dès lors, prêt à accueillir la bonne société cosmopolite d'Égypte et du monde : "Ses aménagements sont tout ce qu'il y a de plus moderne et de plus luxueux, lumière électrique et ascenseur" (Comment visiter l'Égypte, 1911-1912).

En 1907, Pierre Loti écrit: « le Winter Palace, un hâtif produit du modernisme qui a germé au bord du Nil depuis l'année dernière, un colossal hôtel, visiblement construit en toc, plâtre et torchis, sur carcasse de fer ». Visiblement, très remonté, il continue ainsi "Dans l'alignement pompeux du Winter Palace, des boutiques se succèdent : on y vend tout ce dont s'affublent les touristes : éventails, chasse-mouches, casques et lunettes bleues. En plus la bimbeloterie du Soudan : vieux couteaux de nègre, peaux de panthère et cornes de gazelles".
En 1914, l'égyptologue Georges Legrain fait le constat suivant "Les touristes étrangers, Cooks and Cookesses, sont 'quelques milliers' chaque année à Louxor et en Haute-Egypte. La ville vit en grande partie au rythme de ses occupants étrangers, touristes, voyageurs, savants et administrateurs, à savoir du mois d'octobre au mois d'avril, la haute saison se situant de janvier à mars. Il est difficile d'évaluer leur importance."

Voir aussi:

UN VOYAGE EN EGYPTE, APRÈS 1900 -1/.-

UN VOYAGE EN EGYPTE, APRÈS 1900 -2/.-

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