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La vie de Palace à Aix les Bains – 3/.- ''Le Lac'' de Lamartine

Publié le par Perceval

Abbaye d'Hautecombe, la nuit sur le Lac du Bourget

Il y a exactement 200 ans, naissaient sous la plume d'Alphonse de Lamartine (1790-1869) les strophes du célèbre poème "Le Lac". Nous avons effectué à cette occasion, une ''croisière'' nocturne sur le lac du Bourget nommée ''Les amants du lac ''. Sur les notes de "La Jeune Fille et la Mort" de F. Schubert interprétées par un quatuor de musiciens, dialoguaient les mots même du poète portés par un récitant... Ils nous ont fait revivre la force de l'amour et la douleur de la séparation. Un très beau moment romantique.

 

En Octobre 1816, Alphonse de Lamartine, dépressif, vient prendre les eaux et le bon air à Aix-les-Bains.. Il trouve dans ce décor, à la fois puissant et apaisant, le calme et le repos...

Lamartine fait la connaissance de Julie Charles, une pensionnaire malade qui fréquente les thermes : « un profil pur, pâle, transparent, encadré dans les ondes noires d'une chevelure lisse et collée aux tempes ».

Alphonse de Lamartine, de son nom complet Alphonse Marie Louis de Prat de Lamartine, né à Mâcon le 21 octobre 1790 et mort à Paris le 28 février 1869 est un poète, romancier, dramaturge français, ainsi qu'un homme politique qui participa à la Révolution de février 1848 et proclama la Deuxième République. Il est l'une des grandes figures du romantisme en France.

Jeune homme oisif et séducteur, Lamartine voyage en Italie et occupe une éphémère fonction militaire auprès de Louis XVIII.

Julie Charles (Paris, 1782 ou 1784 - Paris, 1817), née Julie Bouchaud des Hérettes, appartient à une famille de planteurs de Saint-Domingue, elle a épousé Jacques Charles, un célèbre physicien français. Lamartine fera passer sa muse à la postérité sous le nom d'Elvire.


 

Lamartine, donc, loge dans une pension en haut de la ville. Dans la chambre voisine réside une jeune femme, Julie Charles. Elle souffre de tuberculose pulmonaire, et se sait condamnée. Au cours d'un voyage à Hautecombe, sur le lac soudain en tempête, le poète sauve Julie d'une barque en perdition. Leur idylle éphémère et passionnée, plus désespérée qu'adultère, sera l'emblème de l'amour tel que le concevra le XIXème siècle.

 

Leur amour, scellé lors d'une tempête, est impossible car Julie est mariée.

Les deux amants font de nombreuses promenades en barque sur le lac du Bourget. Ils se réfugient dans la Grotte Bourdeau loin du monde et hors du temps.


 

Lamartine part le 26 octobre. Il revient à Aix l'été suivant 1817, fidèle à leur promesse commune, Lamartine vient retrouver Julie à Aix ; elle n'est pas au rendez-vous, trop malade pour faire le voyage. Le jeune homme est seul en ce mois de septembre ; il fait de longues promenades sur les lieux qui ont bercé leur amour et durant ces heures d'anxieuse attente, confie à sa plume sa mélancolie. Julie ne peut plus quitter Paris, elle meurt trois mois plus tard. 

"O Lac, l'année à peine a fini sa carrière, Et, près des flots chéris qu'elle devait revoir, Regarde, je viens seul m'asseoir sur cette pierre Où tu la vis s'asseoir !"

"Que le vent qui gémit, le roseau qui soupire, Que les parfums légers de ton air embaumé, Que tout ce qu'on entend, l'on voit ou l'on respire, Tout dise : "Ils ont aimé !"

Ce drame inspire Lamartine, les vers les plus passionnés de ses '' Méditations poétiques ''. Le poème '' Le lac '' aborde un thème encore assez méconnu à l’époque; celui des sentiments personnels, il marque le premier manifeste du romantisme français. Lamartine incarne cette première forme de la liberté d’expression. De jeunes auteurs, comme Victor Hugo ou Alfred de Musset sont littéralement séduits par la musicalité et la richesse des rimes de ses poèmes extrêmement modernes pour l’époque. Ce recueil, et aussi le roman "Raphaël", feront d'Aix-les-Bains, dans l'esprit du grand public, le paysage romantique par excellence.

Aujourd'hui, après être passé devant la jolie mairie et, laissé sur la droite un petit kiosque à musique, on parvient place Carnot. Ses maisons élégantes aux crépis colorés, à la mode italienne, lui confèrent un visage attrayant. Sur la gauche, une parfumerie a remplacé la pension Perret, où Lamartine logea en 1820, 1823 et 1830.

En 1820 y furent négociées les clauses de son contrat de mariage avec Mary-Ann Birch, une Anglaise « pleine d'agrément ». Avec elle, il viendra en villégiature dans la belle villa Chevalley que l'on découvre au-dessus des thermes, facilement accessible par un sentier bien balisé. Hélas abandonnée (l'État propriétaire envisagerait d'en faire un centre culturel ou administratif...), cette bâtisse carrée, sans affectation, jouit d'une vue superbe sur les pentes d'Aix et sur le lac.

En redescendant par le nord, on emprunte le boulevard des Côtes, bordé de villas cossues. Au numéro 10 se dresse le musée Faure, justement réputé pour sa merveilleuse collection impressionniste. Au dernier étage de l'élégant bâtiment, reconstitution évocatrice de la chambre de l'écrivain à la pension Perrier.

 

Le recueil des Méditations est publié en 1820 et obtient un succès fulgurant. Lamartine épouse la même année Mary Ann Elisa Birch, une jeune Anglaise, et occupe des fonctions de secrétaire d'ambassade en Italie avant de démissionner en 1830.

Alphonse de Lamartine revient à Aix-les-Bains et séjourne plusieurs fois à Châtillon à l'été 1819, rencontre le baron Hyacinthe Rambert de Châtillon. C'est à cette même période, qu'il demande la main d'Elisa Birch. Le château inspire une des Méditations poétiques de Lamartine, « La Retraite ».


Des personnalités ont séjourné à Aix-les-Bains :

En 1811, Madame de Staël, lasse de Coppet, vient à Aix retrouver Madame Récamier, et Benjamin Constant qui devient son amant. 
En 1832, Alexandre Dumas Père croise Honoré de Balzac, qui écrit à Aix "Le Médecin de campagne". 


George Sand situe autour du lac du Bourget l'action de "Mademoiselle La Quintinie". 
Sous Napoléon III, Marie de Solms, exilée de Paris, tient salon littéraire. 
Guy de Maupassant vient à Aix, Verlaine aussi qui souffre d'arthrose du genou. Puis Puvis de Chavannes, Sarah Bernhardt, Saint-Saëns, Rachmaninov, Jean Moulin, Bergson, Edwige Feuillère, Claudel, Yvonne Printemps, Pierre Fresnay. 
Et qui n'a pas chanté là ? Mistinguette, Trénet, Montand, Line Renaud, Luis Mariano, Chevalier, Brassens, Piaf, Aznavour...

Mais la reine d'Aix-les-Bains, c'est la reine Victoria, qui venait là incognito sous le titre de Comtesse de Balmoral. Elle se plaisait tant à Aix, pour l'eau, pour le climat, qu'elle voulut en 1888 acquérir un domaine sur la colline de Tresserve pour construire une résidence. Ce projet ne se réalisa pas.

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Juarez Machado: Lovers et Tango

Publié le par Perceval

Juarez Machado: Lovers et Tango
Juarez Machado: Lovers et Tango
Juarez Machado: Lovers et Tango
Juarez Machado: Lovers et Tango
Juarez Machado: Lovers et Tango
Juarez Machado: Lovers et Tango
Juarez Machado: Lovers et Tango

Juarez Machado est né en 1941 à Joinville dans l'état de Santa Catarina au sud du Brésil. Il a fait des études à l'école des Beaux Arts du Parana à Curitiba.

En 1966 il s'est installé à Rio de Janeiro, il a commencé à travailler pour la télé qui démarrait à Rio, ainsi que pour le théâtre. Il a fait des décors, des costumes des dessins d'architecture, des caricatures pour les journaux (même politiques). Il a été aussi acteur et mime pendant assez longtemps. 

Ce qu'il peint : « Tout ce qui fait la vie : le métro, la rue, les lieux que je fréquente. Mais aussi  la musique, la danse, le champagne, les femmes, l'amour, les années 25-30, car c'est une époque qui me plaît et que j'aurais aimé vivre. Et par dessus tout, le tango parce que c'est une danse sensuelle, nostalgique, qui prend aux tripes . C'est l'abandon de l'autre dans une harmonie totale... »

Juarez Machado: Lovers et Tango
Juarez Machado: Lovers et Tango
Juarez Machado: Lovers et Tango
Juarez Machado: Lovers et Tango
Juarez Machado: Lovers et Tango
Juarez Machado: Lovers et Tango
Juarez Machado: Lovers et Tango
Juarez Machado: Lovers et Tango
Juarez Machado: Lovers et Tango

Ce qui caractérise la peinture de Machado, c'est la précision du trait, des détails infimes qui se trouvent dans chaque tableau, les couleurs et, par-dessus tout une touche d'humour.

Juarez Machado a reçu plusieurs distinctions dans les salons brésiliens ainsi que d'autres prestigieuses récompenses internationales. Depuis 1986 il habite à Paris et expose fréquemment en Europe et aux Etats-Unis. On dit qu'il a influencé l'image des films de Jean-Pierre Jeunet...

Juarez Machado: Lovers et Tango
Juarez Machado: Lovers et Tango
Juarez Machado: Lovers et Tango
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Vers Libres ( et érotiques) - Raymond Radiguet

Publié le par Perceval

Raymond Radiguet est l'auteur du fameux roman "Le diable au  corps" (1923) porté à l'écran en 1947 par Cocteau .. Le succès est immédiat et le livre fait scandale.

Raymond Radiguet est né en 1903 et est mort à 20 ans, d’une fièvre typhoïde, en 1923. Introduit très tôt dans les milieux de la presse, il fait la connaissance, entre autres, de Jean Cocteau, André Breton, Max Jacob, Paul Morand, Érik Satie et Francis Poulenc.

Un seul recueil de poésie est publié de son vivant : Les joues en feu (1920), période de sa liaison avec l'ancienne égérie de Modigliani : Béatrice Hastings. 

Le reste de son oeuvre est publié après sa mort : le roman Le bal du comte d'Orgel (1924), ainsi que les recueils de poèmes : Vers libres (1925) et Jeux innocents (1926) publiés sous le manteau contre la volonté de la famille Radiguet. D'autres recueils restent encore inédits.

Vers Libres ( et érotiques) - Raymond Radiguet

Chat perché

Au ciel des plages, Virginie*,
Ombres d'où je t'ai vu sortir,
Le zéphir, la brise d'été
Apportaient l'odeur de peau nue
(...)

Dans un rève où tu figurais
Entre une ruche d'écolières
Aux cheveux en nattes tressés.
La châtaine ainsi que la brune

Non contentes d'une bougie
Cherchaient à prendre en leurs filets
Un lycéen couleur de lune
Qui enseignerait à chacune

L'art d'agacer le chat perché
Dans la niche où il s'est caché.  

Bains publics

Que n'ai-je écouté tes paroles,
Rivière, dont les herbes folles
Au corps des ondines semblaient
Des ceintures de chasteté ?

Car ondines ce sont baigneuses
Aux fruits de marbre, au teint de lait,
Craignant les coups de la saison
Quand les ombrelles lumineuses

Fêtent le retour de l'été
Rivière, que n'ai-je écouté
Le conseil de tes herbes folles...
Adieu la sieste et le gazon,

Les ondines ont dépouillé
Pudeur, décence et chasteté
Mêlant leurs jambes et les miennes.
Jamais ondines ne tolèrent

Ces herbes folles, oripeaux
Passés de mode, sur leur peau.
Ondines sont filles légères
Jettant par-dessus les moulins

Leurs bonnets et combinaisons.
D'une ondine au sexe bâillant
La perle est dans le coquillage
(Perle perdue vingt fois par jour)

Ondines, les reprend l'amour,
Jamais d'ailleurs ne se souviennent
Que Cupidon, c'est en raillant
Qu'il les enfile, fausses perles,
Par derrière et sous une ombrelle.
 

Jeux innocents

Envole-toi comme une mésange
Ombrelle qui cachais nos jeux

Peu à peu se perd l'innocence.
De Vénus complice l'été
Dépouillant toute chasteté
Fait s'égarer les pucelages,
Tels des colliers ou des bijoux.

Qu'une enfant repeigne ses joues !
Après l'amour qu'on lui enseigne,
Entre ses jeunes jambes saigne
La grenade à jamais fendue.

- Elle s'habituera bientôt
À mieux supporter les mélanges
Et déjà, du bout de la langue,
Dans l'ombre de colin-maillard

Elle reconnaît le coupable.
L'ombrelle ouverte sur le sable
Parmi les algues et le sang
Cachera nos jeux innocents.  

Les Fiancés de Treize ans

(...)
Nulle robe ne peut soumettre
Celle qui, puérile nue,
Dans un coquillage vécut
En attendant le jour de naître.

Rendez-vous au prochain été.
Pateince ! la mer nous attend...
Au bout de cette année scolaire
Les replis de sa vaste ombrelle

Sauront nos amours abriter
De la maternelle colère.
Mais toi tu nous comprends, Vénus,
Chère folle, toi qui déjeunes

De soleil et de lune dînes,
Mis à l'école des ondines
On nous apprend à rester jeunes,
A nous qui voudrions vieillir !

A la dînette de la vie
A peine mis notre couvert,
Peureuse d'être découverts
Par la nourrice de son frère

(De sa mère le préféré :
Dernier venu c'est le premier,
Aussi bien tu le sais, Vénus)
Comme oursin peureux se hérisse

La naïve à qui l'on défend
De mettre un pantalon ouvert.

- Tu vas me trouver bien enfant,
Ondine, si je te demande

De me prêter un des canifs
Qui semblent furtives sardines
Ouvrant le fruit des mers gourmandes.
En échange de ton canif

D'argent, ondine, je dédie
A tes soeurs et à toi l'écorce
Dont je ne sus venir à bout,
Assis, couché ou bien debout,
Trahi par mes naïves forces.

Pourpre ciel entrouvert ! Grenade

Un bon conseil puisque tu daignes
Aphrodite me faire faire
Le grand tour du propriétaire
Vénus parmi les promenades

En tricycle dans tes domaines
Que la mer rouge ne te teigne,
La douleur en une grenade
Changeant la naïve châtaigne.

Note : ce poème est paru pour la première fois dans le n°7 de la revue L'oeuf dur le 7 février 1922, sous forme de quatrains ; et communiqué par Radiguet à Valentine Hugo (artiste peintre et femme de l'arrière-petit-fils de Victor Hugo) dans une lettre datée du 26 mars 1921.

Valentine Hugo, Raymond Radiguet et Jean Hugo (vers 1921) ds un décor de paquebot au Magic-City

 

Nues

Au regard frivoles les nues
Se refusent selon la nuit
Vers l'aurore sans plus de bruit
Dormez chère étoile ingénue


Sous les arbres de l'avenue
Les amours ne sont plus gratuits
Au regard frivoles les nues
Se refusent selon la nuit


Deux étoiles à demi-nues
Semblables soeurs nées à minuit
Chacune à son tour nous conduit
A des adresses inconnues
De leurs regards frivoles nues


De Les joues en feu - cité in Vers libres & jeux innocents - 

RADIGUET: - illustrations de Rojankovsky, dit Rojan

RADIGUET: - illustrations de Rojankovsky, dit Rojan

Nymphe émue

De ta tête, ôte ce panier
Naguère débordant de fraises,
C’est en prendre trop à son aise,
Tant bien que mal, nymphe, élevée.
 
Car sur les cendres de tes fraises
Les bravos ont fait relever
La tulle du lit où repose
La source d’hier, qui se tut.
 
Nymphe, m’apprivoisent tes cuisses,
Tes jambes à mon cou, statue,
Je courrais comme ondes bondissent,
Et arrivant en bas se tuent.
  
(Obligé qui voudrait y boire
Biche, de se mettre à genoux.)
 
Nymphe pensionnaire des bois
Me conviant à ce goûter,
Pour que commodément je puisse
Tes sauvages fraises brouter,
Demande aux ronces de ces bois
De lever ton tablier noir :
 
Ardeur de cheminée, à nous
Forestière tu te révèles,
Ton feu je l’allume à genoux

Comme aux sources lorsqu’on y boit.

Usée

Pile, fesses endolories
Par le dur pilon des amants
Face, avers d'un envers charmant
Qui semble buisson ou prairie....

 

Saison

Bilboquet dont je suis la tige
Sur laquelle est tombé ton corps,
Je comprends bien qu'un jeu pareil
Puisse te donner le vertige !

Aussi afin de satisfaire
Les désirs que loges en toi -
L'amour ne les veut qu'à l'étroit -
Rends-moi mignonne la pareille

C'est à ma tige alors de faire
Les doux mouvements de recul
Capables d'émouvoir ton cul
Mais non ta coquille d'amour

Puisque le sang rosit encor
L'entrecuisse où tu me préfères.

 

Victoire

Figurante jeune et jolie
On excuserait ces larcins
Dérobez-lui ma panoplie
Je meurs sous des yeux assassins

Mais pour le second que j'oublie
Joyeux le premier de ses seins
A peine le galon me lie
Dormir sur semblables coussins

Elle m'a mis en quarantaine

L'infidèle dont les mitaines
De mon temps furent gants de peau
Quand même ordonne en capitaine
Au vent de voler mon chapeau :

Nu-tête devant le chapeau !
 

Champigny

Champigny, grâces canotières -
L'amour taquinant le goujon
Dissimulait entre les joncs
Quelques coeurs et une chaumière,

La chaumière où je t'ai connue
Marie que je n'aimais que nue,
C'était aussi à Champigny
Les parapluies en champignons
Poussaient d'un coup sur l'avenue.

Mais moi, pensant à la cueillette,
Je plantais dans ton sexe herbu
Un cèpe sur lequel tu bus
La rosée de l'aube défaite.

Orages du coeur, dont vainqueur
Il conviendrait que je sortisse
Vos échos en moi retentissent
Lorsque nous sommes coeur à coeur.  

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Le jardin des caresses

Publié le par Perceval

Le jardin des caresses

Le Jardin des Caresses de Franz Toussaint (1879-1955)

Frantz Toussaint est un écrivain et orientaliste français, auteur de nombreuses traductions de l'arabe et du persan, du sanskrit et du japonais. Il est l'un des représentants de la littérature orientaliste du début du XXème siècle.

Sa traduction la plus célèbre reste le Rubayat d'Omar Khayyam, mais il s'attaqua également à des oeuvres de Saadi, le grand poète perse du Xème siècle, comme Le Jardin des Roses ou Le Jardins des fruits, des contes indiens et chinois  

 

Le jardin des caresses
Le jardin des caresses
Le jardin des caresses
Le jardin des caresses
Le jardin des caresses
Le jardin des caresses

Le premier baiser

Elle était debout près de moi. Je l’ai regardée jusqu’à l’âme et j’ai saisi ses poignets.


En fermant ses yeux, elle m’a offert sa joue.


Le voyageur altéré se contente-t-il d’un fruit quand la fontaine est proche ?


Enfin nos lèvres s’unirent. Et tout son corps, contre le mien, ne fut plus qu’une bouche.

LA BATAILLE

 

Nous avions épuisé les paroles d’amour.

 

De même que le silence s’établit dans les rangs de deux armées qui vont se livrer bataille, le silence s’était fait entre nous.

 

J’ai livré la bataille d’amour. Le bruit des sabres était nos baisers, les soupirs des blessés étaient nos halètements, le fracas des chars était dans nos artères…

 

Et je t’ai gardée contre moi, comme un étendard déchiré.

LE FLAMBEAU

 

J’ai poli ton corps de tant de caresses, qu’il ressemble maintenant à la pierre sacrée d’El Djoûf, que tant de lèvres ont usée.

 

Le soleil peut s’éteindre et la lune tomber, il m’inondera de lumière.

Le sommeil des lévriers

 

A l’ombre aigüe des cyprès, mes trois lévriers dorment, comme des flèches dans un carquois. 

Referme doucement la porte, et viens les caresser. 

Ta main fera passer dans leurs rêves la fraîcheur d’un ruisseau du Liban.

 

TOI

Ta chevelure, qui est l’étendard de mon amour.

Ton front, tiède et bombé comme une cassolette.

Tes yeux, qui sont couchés sur ton visage.

Tes lèvres, cette porte du Jardin.

Tes dents, entre tes lèvres, comme de la neige sur de la pourpre.

Ta langue, qui a mûri pour ma bouche.

Ton cou, qui est une colonne d’ivoire.

Ton épaule, lisse comme une margelle de puits.

Tes bras, qui seront deux flammes autour de mon corps.

Tes seins, qui jaillissent pour se donner.

Ton ventre, ce parvis de marbre.

Tes jambes, réunies comme deux agneaux craintifs.

Tes pieds, qui ont franchi le seuil de ma demeure, et que je pose sur mon front.

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La Leçon d'amour dans un parc - 2/.-

Publié le par Perceval

Boylesve (René) - Alcindor ou suite à la leçon d'amour dans un parc. Illustr P. Brissaud

Boylesve (René) - Alcindor ou suite à la leçon d'amour dans un parc. Illustr P. Brissaud

Résumé :

Dans le parc du château du marquis Foulques et de la marquise Ninon de Chamarante, dans l'ouest de la Touraine, l'installation d'une statue d'un Cupidon adolescent, pourvu de tous ses attributs virils, inspire des sentiments très divers, allant de la répulsion à l'attirance secrète, aux femmes qui habitent ce château ou qui y viennent en visite. Chacune d'elles trouve donc des prétextes pour se rendre au bassin où elle trône.

Les années passent ; la marquise met au monde une petite fille, Jacquette. En grandissant, l'enfant doit être tenue à l'écart du spectacle impudique de cette statue. Le bassin et Cupidon sont donc dissimulés au cœur d'un labyrinthe végétal. Ces précautions semblant insuffisantes, la marraine et la gouvernante de Jacquette se mettent en devoir d'émasculer la statue. Ninon, de son côté, succombe aux charmes du tout jeune Monsieur de Châteaubedeau, à peine sorti de l'enfance, au grand désespoir du chevalier Dieutegard, ami de ce dernier mais secrètement amoureux de Ninon. Dieutegard fuit le château et se réfugie dans la masure d'un ancien jardinier qui vénère lui aussi Ninon. Tous deux viennent secrètement entretenir, comme un lieu de culte, le labyrinthe, le bassin et la statue qu'ils ont « réparée ».

En prévision de sa première communion, Jacquette est recluse, avec sa gouvernante, dans des appartements qui ne tardent pas à devenir, à l'insu de leurs occupantes « légitimes », le lieu de rendez-vous amoureux.

Dans l'emballement final du roman, autour du bassin et de la statue, Ninon tue accidentellement le chevalier Dieutegard au cours d'une partie de chasse avec M. de Châteaubedeau alors que ce dernier manque d'être étranglé par le jardinier. Le baron de Chemillé saisit l'occasion pour expliquer à sa filleule Jacquette, témoin de la scène mais aussi de toutes les précédentes péripéties, ce qu'elle doit savoir sur le rôle et l'expression du sentiment amoureux.

 

La Leçon d'amour dans un parc - 2/.-
La Leçon d'amour dans un parc - 2/.-
La Leçon d'amour dans un parc - 2/.-

Illustrations :

Pierre Brissaud, né le 23 décembre 1885 à Paris et mort dans cette ville le 17 octobre 1964, est un peintre et illustrateur de mode français. Il publie souvent pour les couvertures de Vogue après 1925

Il entre à la Gazette du Bon Ton dès novembre 1912 comme illustrateur de mode. Il croque à merveille les créations de Louise Chéruit, Jeanne Lanvin ou Jacques Doucet.

Il illustre des œuvres d'Honoré de Balzac, Anatole France, Pierre Loti et René Boylesve.  

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Le Cantique des Cantiques -2/2-

Publié le par Perceval

* Le périple amoureux des deux amants peut être divisé en cinq actes, mettant en scène les différents personnages.

  • Le premier acte (I, 2 ; II, 7) présente l'amante captive qui pense à son amant (I, 2-7), puis qui est rappelée à l'ordre par le chœur (I, 8). Ensuite Salomon intervient (I, 9-11) : son amour n'est ni véritable ni inspiré comme le suggère la comparaison profondément matérielle et comme le souligne le champ lexical de la richesse des bijoux : "pendeloques", "colliers", "pendants d'or", "globules d'argent". La Sulamite reprend alors la parole pour célébrer son amant (I, 12-14), et se livre avec le roi Salomon à un dialogue (I, 15-17 -II, 1) fondé sur une suite de malentendus puisque Salomon flatte la Sulamite et croit en être flatté en retour, alors même que celle-ci pense à son amant. Ce dernier surgit dans cet échange confus (II, 2), comme le souligne la continuité de la comparaison "Comme lis entre les chardons […] Comme le pommier parmi les arbres d'un verger". La Sulamite se laisse aller à son illusion (II, 3-7). Les verbes "n'éveillez pas, ne réveillez pas" indiquent que l'amante est en proie au sommeil, ce qui annonce la fin de l'acte.

  • Dans le second acte (II, 8-III, 6), la Sulamite rêve de son amant. Puis elle se réveille en pleine nuit et cherche son amant en parcourant la ville (III, 1-6).

  • Le troisième acte s'ouvre sur l'entrée solennelle de Salomon dans Jérusalem, scène visualisée par le chœur composé de jeunes hommes (III, 6-11) : ce passage est intéressant car on a l'impression d'assister à une somptueuse mise en scène (III, 9-10). Puis Salomon prend la parole (IV, 1-7) et fait une description physique de l'amante, description plus rhétorique qu'amoureuse si l'on se réfère à la vision ascendante plutôt structurée à laquelle se livre Salomon. La différence d'expression (IV, 8-16) est certaine : la campagne natale de l'amante est évoquée, "montagne" que seul l'amant connaît pour avoir aimé l'amante en ces lieux. L'interlocuteur semble nostalgique et plus passionné, ce qui pourrait bien faire de lui l'amant de la Sulamite. La Sulamite prend la parole (IV, 16) et c'est au tour de l'amant (V, 1).

  • Le quatrième acte (V, 2 - VI, 3) commence par le réveil en sursaut de la jeune fille qui entend la voix de son Bien-Aimé à la porte. Mais il disparaît. Elle le cherche et rencontre le chœur des jeunes filles (V, 9), avec lequel elle dialogue.

  • Le cinquième acte débute sur la prise de parole de Salomon qui paraît embarrassé face à la Sulamite : "Détourne de moi tes regards", car il commence à sentir que l’amour qu’elle éprouve ne lui est pas destiné. L’amant intervient pour détruire les paroles de Salomon (VI, 8-10). Il évoque le souvenir de "sa mère", ce qui certifie sa nature. La Sulamite raconte la façon dont elle a été capturée par Salomon. Puis le chœur tente de l’apprivoiser. Le passage suivant (VII, 2-6) est ambigu : il semble que ce dithyrambe soit celui d’une autre jeune fille du harem qui oppose ses charmes à ceux de la Sulamite. En effet, il serait étrange qu’il s’agisse de la Sulamite elle-même, qui danse en montrant ses charmes.

Mais il semble que les deux hypothèses se valent, car les louanges chantées par le chœur embellissent le corps de la Sulamite également. Salomon intervient alors (VII, 7-10) car le ton est audacieux. La Sulamite semble d’abord éprouver un sentiment de répulsion à son égard (VII, 10-11) et réaffirme sa fidélité à son amant en se consolant dans ses souvenirs (VII, 12 ; VIII, 4). Le chœur reprend la parole. La Sulamite est endormie et son amant la transporte dans son village natal pendant son sommeil où elle se donne à lui. Enfin le chœur résume la morale de la pièce.

  • L’épilogue (VIII, 8-14) rappelle l’enfance de la Sulamite tiraillée par ses frères inquiets de sa vertu.  

** La « erwah », c’est-à-dire la nudité et tout ce qui relève de la sexualité, est intensément présente dans le poème.

Les allusions sexuelles les plus frappantes sont présentes en V, 4 et en VII, 9. La figure vaginale du trou est importante car elle incarne la féminité face à l’acte sexuel :

"Mon Bien-aimé a passé la main

par le trou de la porte

et du coup mes entrailles ont frémi.

Je me suis levée

pour ouvrir à mon Bien-aimé,

et de mes mains a dégoutté la myrrhe,

de mes doigts la myrrhe vierge,

sur la poignée du verrou."

L’allusion est ici très claire : la main représente la force de l’homme, le membre. La dimension phallique du passage est euphémisée par l’emploi du substantif « main », mais l’acte sexuel est ici bien réel puisque lorsque l’amant retire sa main, le ventre de la Sulamite frémit, ce qui correspond à la frustration du désir, de la jouissance. L’évocation de la myrrhe symbolise le liquide féminin de la passion, liquide dont les doigts viennent calmer l’ardeur impatiente provoquée par la présence de l’amant. La force et le désir sexuel sont également suggérés dans la description du nombril : "Ton nombril forme une coupe / où le vin ne manque pas." Le nombril est au centre du corps, il reçoit toutes les énergies symbolisées par le vin, il est donc le réservoir de toute l’énergie vitale du corps. Le nombril est l’Eros biblique, l’énergie charnelle et érotique.

L’aspect proprement charnel du Cantique des Cantiques donne au poème toute son humanité. Mais il ne se focalise pas uniquement sur l’aspect corporel de l’érotisme, il sait faire intervenir le sensualisme des éléments pour donner douceur et volupté à son contenu.

Quelques extraits:

Meinrad Craighead's vision of the Song of Songs(...)
Écoutez !... Mon Bien-Aimé l... Le voici.
Il vient, bondissant sur les montagnes,
franchissant les collines.
Pareil au chevreuil, mon Bien-Aimé,
au faon de la biche.
Le voilà ! Debout derrière notre mur.
Il regarde par la fenêtre,
son œil brille à travers le grillage.
Il parle, mon Bien-Aimé. Il me dit :
"Lève-toi, mon Amour, ma Belle, et viens.
Car voici l'hiver passé, la saison des pluies est finie,
elle s'en est allée ;
Les fleurs ont paru dans les champs,
l'époque de l'émondage est venue
et la voix de la tourterelle s'est fait entendre
dans nos campagnes;
Les fruits du figuier mûrissent,
les vignes en fleur embaument.
Lève-toi, mon Amour, ma Belle, et viens !"
Ma colombe se retire dans les fentes du rocher,
dans les cachettes de l'escarpement.
- Montre-moi ton visage, fais entendre ta voix,
car ta voix est douce et ton visage est beau.
Prenez-nous les renards, les petits renards,
détruisant les vignobles, et nos vignes sont en fleur.
Mon Bien-Aimé est à moi,
et je suis à lui qui fait paître parmi les roses.
Tandis que le jour se lève et que les ombres s'enfuient, retourne.
Sois semblable, mon Bien-Aimé, au chevreuil
ou au faon de la biche sur les " monts de la Séparation ".

(...)
Que tu es belle, ma Bien-Aimée, que tu es belle !
Tes yeux, à travers ton voile, sont des colombes.
Ta chevelure est un troupeau de chèvres couchées
sur la montagne de Guiléad;
Tes dents sont un troupeau de brebis tondues remontent du bain, toutes sont mères de jumeaux aucune n'est stérile;
Tes lèvres sont des bandelettes d'écarlate et ta voix est agréable ;
tes joues, sous ton voile, sont des moitiés de grenade ;
Ton cou est la tour de David bâtie pour les trophées,
mille boucliers y sont suspendus, tous les carquois des braves ;
Tes seins sont deux faons jumeaux de biche paissant parmi les roses.
Lorsque le jour soufflera et que les ombres disparaîtront,
j'irai au " mont de la Myrrhe " et à la " colline de l'Encens ".
Tu es toute beauté, ma Bien-Aimée, tu n'as aucun défaut.
Vers moi du Liban, Épouse, vers moi du Liban, tu viendras :
tu regarderas du sommet d'Amanâ, du sommet du Schenir et du Hermon, des repaires de lions, des montagnes de léopards.
Tu as ravi mon cœur, ma Sœur, mon Épouse,
tu as ravi mon cœur d'un regard, par un collier de ton cou.
Qu'il est beau ton amour, ma Sœur, mon Épouse !
Il est meilleur que le vin, ton amour !
Et l'odeur de ton parfum préférable à tous les aromates !
Tes lèvres, Bien-Aimée, distillent le miel ;
le miel et le lait sont sous ta langue,
et l'odeur de ton vêtement a le parfum du Liban ;
Ma sœur, mon Épouse, (tu es) un jardin fermé,
une source close, une fontaine scellée ;
Tes plantes forment un verger de grenadiers et d'autres fruits délicieux, de cyprès et de nards;
Le nard et le safran, la cannelle et le cinnamome
avec toutes sortes d'arbres à encens : myrrhe et aloès,
avec tous les aromates précieux ;
Une source de jardin, une fontaine d'eau vive et les ruisseaux du Liban !
Lève-toi, Aquilon; accours, Autan!
Soufflez sur mon jardin, que ses parfums se diffusent !
Que mon Bien-Aimé vienne dans son jardin et mange de ses fruits exquis !

Les deux dernières illustrations: Meinrad Craighead's vision of the Song of Songs

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Le Cantique des Cantiques -1/2-

Publié le par Perceval

Elle et Lui « amoureux de l’absence de l’autre –, aucune incertitude ne pèse sur l’existence de celui qui est aimé et qui aime. « Qu’il me baise des baisers de sa bouche ! ». Cette conjonction entre la certitude et l’attente à l’égard de l’Aimé ne définit-elle pas notre imaginaire amoureux, mais aussi religieux ? » Julia Kristeva

Elle :
«
Il me baisera des baisers de sa bouche ;

oui, tes étreintes sont meilleures que le vin. » (1,2)

« Mon amant est pour moi un sachet de myrrhe ;

il nuite entre mes seins. » (1, 13)

« Qu'elles sont belles tes étreintes, ma sœur, ma fiancée ;

qu'elles sont bonnes tes étreintes, plus que le vin ! » (4, 10)

« De nectar, elles dégoulinent, tes lèvres, fiancée ! » (4, 11)


Lui :
«
Mangez, compagnons, buvez, enivrez-vous d'étreintes ! » (5, 1)


Elle :
«
Ses joues (...) sont des tours d'épices ; ses lèvres, des lotus, (...)

Ses mains, des sphères d'or (...) ; son ventre, un bloc d'ivoire (...)

Ses jarrets, des colonnes d'albâtre (...)

Son sein est douceur, son tout désirable. » (5, 13-16)


Lui :
«
Le galbe de tes cuisses, tels des joyaux, est oeuvre de main d'artiste.

Ton ombilic, cratère de lune, ne manque pas de brandevin.

Ton ventre, une meule de blé (...)

Tes deux seins, tels deux faons, jumeaux d'une gazelle. » (7,2-4)

« Ceci, ta taille ressemble au palmier, et tes seins à des pampres. » (7, 8)

Elle :
«
Là, je te donnerai mes étreintes. » (7, 13)

« Initie-moi. » (8, 2)

« Va, mon amant, sortons au champ, nuitons dans les villages ! » (7, 12)

« Oui, l'amour est inexorable comme la mort,

l'ardeur, dure comme le Shéol.

Ses fulgurations sont fulgurations de feu, flammes de Yah. » (8, 6)

Il s'agit d'un long poème biblique, qui trace un récit des amours de deux êtres humains, qui se cherchent et se répondent l'un à l'autre. L'amour qui semble les unir est empli d'images fortes en sensualité et en érotisme.

Au regard des exégètes juifs et chrétiens, il s'agit d'une allégorie des relations entre Yahvé et Israël ou entre le Christ et l'Eglise.

Il s'agit d'un dialogue entre l'époux et l'épouse : un chant nuptial... La Bible elle-même indique l'intervention d'un chœur à l'antique, mais ce découpage est arbitraire, car à l'origine il n'existe pas de parties différentes clairement dissociées, ni de distinction réelle entre les personnages.

Il ne s'agit pas d'un drame antique : les actions ne sont pas jouées, mais racontées, comme on peut le voir en I, 4 : "Le Roi m'a introduite dans ses appartements", ou encore en V, 1 "J'entre dans mon jardin". C'est un drame fait pour être lu, non pour être joué.

Le poème met en scène plusieurs personnages ou groupes : La Sulamite, celle que la Bible nomme le plus souvent "l'Epouse" ou "la Bien-Aimée", le berger, le roi Salomon, les frères de la Sulamite, les femmes du harem, le chœur, les jeunes filles de Jérusalem et quelques autres de moindre importance.

La Sulamite est l'amante séparée de son amant par Salomon, qui l'a faite prisonnière dans son harem. La jeune femme va alors laisser libre cours à sa rêverie, songeant à son amant qui vient la retrouver, malgré Salomon. Cette distinction entre l'amant et Salomon peut se fonder en VIII, 11-12, où l'amante (ou l'amant) prononce ces paroles "Salomon avait une vigne […] Ma vigne à moi, je l'ai sous mes yeux" : ces images portent toute la symbolique du vin, source de vie, de plaisir, l'amant en opposition à Salomon. Dès lors, Salomon est celui qui permet malgré lui l'exaltation de cet amour momentanément contrarié.

Illustrations de Eric Gill (1882-1940), britannique, et graphiste, dessinateur et sculpteur,

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Tristan et Yseult - Amour et Mort

Publié le par Perceval

Tristan et Yseult - Amour et Mort

«  " Seigneurs, vous plaît-il d’entendre un beau conte d’amour et de mort ?…”

Rien au monde ne saurait nous plaire davantage. À tel point que ce début du Tristan de Bédier doit passer pour le type idéal de la première phrase d’un roman. C’est le trait d’un art infaillible qui nous jette dès le seuil du conte dans l’état passionné d’attente où naît l’illusion romanesque. D’où vient ce charme ? Et quelles complicités cet artifice de “rhétorique profonde” sait-il rejoindre dans nos cœurs ?

Amour et mort, amour mortel: si ce n’est pas toute la poésie, c’est du moins tout ce qu’il y a de populaire, tout ce qu’il y a d’universellement émouvant dans nos littératures ; et dans nos plus vieilles légendes, et dans nos plus belles chansons. L’amour heureux n’a pas d’histoire. Il n’est de roman que de l’amour mortel, c’est à-dire de l’amour menacé et condamné par la vie même. Ce qui exalte le lyrisme occidental, ce n’est pas le plaisir des sens, ni la paix féconde du couple. C’est moins l’amour comblé que la passion d’amour. Et passion signifie souffrance. Voilà le fait fondamental. »

Denis de Rougemont: L’Amour et l’Occident , 1939.

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Tristan et Yseult – Résumé -3/3-

Publié le par Perceval

Illuminated letter 'L ' - from The Romance of Tristram and Iseut. Illustration by Maurice Lalau. Published 1910. Les seigneurs exigent cependant qu’Iseult ne rentre en grâce qu'à la condition qu'elle puisse prouver qu'elle n’a jamais trompé Marc. Marc souffre d'être séparé de son neveu aussi Yseut lui propose-t-elle de faire serment devant les autorités de l'église qu'elle n'a jamais entretenu de relations coupables avec Tristan : les barons seront bien obligés de la croire et tout le monde vivra en paix. THE BEGGAR CARRIES ISEULT - Illustration from the 1927 edition of Tristan and Iseult by Joseph BedierElle organise la cérémonie : pour se rendre au lieu dit, le "Mal Pas" elle traverse un marécage juchée sur les épaules de Tristan déguisé en Lépreux et jure que " Jamais aucun homme ne pénétra entre [ses] cuisses, sauf le lépreux qui se fit bête de somme pour [la]faire passer le gué, et le roi Marc, son mari

Tristan peut rentrer à la cour et les amants peuvent s'aimer à nouveau. Tristan et Iseult. - Anna Balbusso Surpris par les seigneurs, Tristan en tue l’un puis l’autre en diverses circonstances. Et il poursuit ses visites à Iseut.

Quand Tristan décide enfin de partir, il rencontre le roi Arthur en route pour Tintagel et celui-ci lui propose de se joindre à sa troupe pour passer du temps en compagnie d’Iseut. Tristan ne peut refuser; il se grime pour demeurer incognito.

La fête à Tintagel est un bonheur pour tous sauf pour Marc jaloux de voir Iseut entourée de tant d’hommes et visiblement convoitée. Il organise alors un horrible traquenard : le tour du lit d’Iseut, au milieu de la chambre où tout le monde dort, est garni de fers de faux aiguisés plantés dans le sol en terre battue et cachés sous une jonchée de glaïeuls.

Quand Tristan se lève pour rejoindre Iseut, il se blesse aux pieds; son écuyer réveille alors tous les dormeurs et déclenche une rixe au cours de laquelle tout le monde se blesse, escamotant ainsi l’acte de Tristan dans la confusion générale.

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  Après cette sanglante entrevue, Tristan s’exile en petite Bretagne. Là il rencontre une autre Iseut, dite “aux Blanches Mains”; et la demande en mariage.

A noter : Retour de Tristan en Bretagne après de nombreuses aventures au service de l'empereur de Rome, et en Espagne. Il combat et lie amitié avec Kaherdin, fils du vieux duc de Bretagne, qui lui fait épouser sa sœur, Iseut aux Blanches Mains. Mais c'est toujours l'autre qu'il célébrait dans ses chants.

Des années passent. Un jour, un pauvre pèlerin fou qui cache son visage, se présente au palais et s’y répand en paroles insensées. On l’amène devant Iseut la blonde, entre grotesque et désespoir, il raconte leur histoire d’amour. Grâce à l'anneau de jaspe vert, Iseut finit par le reconnaître; et ils vivent de nouveau leur passion.… Pourtant... elle serait d’abord disposée le faire mettre à mort, car elle a appris qu’il avait, en Bretagne, épousé une autre Iseut, Iseut aux blanches mains… Impardonnable félonie d’amour ! Si pourtant il ne l’avait commise que pour délivrer de lui Iseut la blonde, la seule aimée, l’Unique ? Il n’a jamais été le mari de l’autre : on n’aime qu’une fois.

Tristan retourne près de son épouse en Petite Bretagne. Tristan cherche dans les combats une diversion à sa mélancolie, à ses regrets. Lors d’un combat, il est mortellement blessé. Seule la magie d’Iseut peut le guérir. The Death of Tristan - Illustration from the 1927 edition of 'Tristan and Iseult' by Joseph BedierTristan envoie un messager la chercher à Tintagel, avec avis de hisser la voile blanche pour annoncer la venue d’Iseut, la noire pour signaler son absence. Et Tristan moribond attend.

Quand arrive le navire, la voile blanche apparaît. Mais lorsque Tristan l’interroge, son épouse la dit noire, par vengeance de l’amour de Tristan pour l’autre Iseut. C’est alors que Tristan se laisse mourir.

Iseut débarque, elle trouve Tristan mort, s’étend contre lui et rend l’âme à son tour The Death of Tristram marianne stokes 1902

On les enterra tous les deux ensemble dans la chapelle de la cour du roi Marc.

Un chèvrefeuille avait poussé au-dessus de la tombe d'Iseult et une vigne sur celle de Tristan.

Et les deux plantes s'étaient entrelacées, comme pour relier leur deux tombes ...... Tristan-and-Isolde-by-Anna-and-Elena-Balbusso-04

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Tristan et Yseult – Résumé -2/3-

Publié le par Perceval

Illuminated letter M from The Romance of Tristram and IseultMais Yseult - la jeune mariée - n’est plus vierge.  Commence dès lors une série de ruses, de complots et de mensonges qui ne cesseront jamais.

Tout d’abord, c’est Brangien qui prend la place d’Iseut dans le lit conjugal pour la nuit de noce.

De leur côté, Tristan & Iseut profitent de toutes les occasions pour se voir et s’aimer.Eowyn-from Lord of the Rings. This image reminds me of Medraut's sister, Essylt...so like her, I wish it was her. Inquiète du risque de trahison de Brangien, Iseut commande à des serviteurs de la tuer; elle regrette cependant cet ordre que les serviteurs, pris de pitié, n’ont heureusement pas exécuté. Et Brangien reprend sa place auprès d’Iseut.

Bien entendu, les seigneurs ne sont pas dupes des amours de la reine; et préviennent le roi... Le nain, Froncin, excite perfidement la jalousie du roi Marc. Il a surpris le secret des amants et conduit le roi à l’endroit de leurs rendez-vous, au bord d’une fontaine. Mais l’eau qui reflète son image le trahit et les amants feignent une rencontre amicale.Maurice Lalau ~ Le roi eut pitié ~ Le Roman de Tristan et Iseut ~ ~ 1909

Marc cherche toutefois à confondre Iseut en lui posant d’insidieuses questions qu’elle retourne avec une habileté stupéfiante, redoublant dès lors la confiance du mari. Celle-ci décuple l’audace de l’amant, pourtant toujours malheureux de sa trahison mais incapable de renoncer à son amour.

Bien sûr les seigneurs veillent; et dénoncent les amants. Marc leur tend alors un nouveau piège : il fait répandre de la farine autour du lit conjugal et s’esquive au petit matin; Tristan a vu la feinte : il saute alors dans le lit d’Iseut pour ne point marquer la farine de son pas. Hélas, il a une blessure à la jambe et le saut la rouvrant, Tristan perd son sang. Le lit ensanglanté de la reine révèle donc la visite de Tristan.

Marc décide alors de punir les amants : ils périront sur un bûcher. Maurice Lalau ~ The Lovers ~ Le Roman de Tristan et Iseut ~ ~ 1909Mais Tristan parvient à s’échapper. Pour raffiner sa vengeance, Marc livre Iseut aux lépreux qui la réclament pour la contaminer et assouvir sur elle leur violence sexuelle.

Mais Tristan leur arrache Iseut et tous deux s’enfuient en forêt de Morois.

A noter : Petit Crû, le chien enchanté de Tristan. Ce chien est originaire d'Avalon, le pays des fées, et son grelot calme les chagrins.

Tristan et Iseult Magdalena Korzeniewska Commence alors une longue période de vie sauvage : Tristan & Iseut se cachent et vivent à la dure; jamais cependant ils ne se plaignent de leur sort. Un jour que Tristan revient de chasse épuisé, il s’étend près d’Iseut avec son épée posée entre eux. Marc qui les surprend, voit dans ce fait le signe de la chasteté des amants. Tristan et Iseult Magdalena Korzeniewska 2 Cela fait trois ans que les deux amants ont bu le philtre magique et l'effet se termine.He watched them they lay - Illustration from the 1927 edition of Tristan and Iseult by Joseph Bedier

Le roi, en leur faisant grâce de la vie, les a voués au repentir. Ils se confessent à un vieil ermite qui leur conseille de se séparer. Ils lui obéissent. Ils regrettent leur passé et par lettre, ils demandent la permission au roi de Marc de réintégrer le château et leur place respective.

Le roi accepte le retour d'Yseut mais Tristan doit quitter, seul, la cour...

Avant de se séparer, les amants s'échangent des preuves de leur amour. Iseut garde Husdent, le chien de Tristan, tandis qu'elle lui offre un anneau de jaspe vert. A suivre...

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