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Juliette Adam et Gambetta -2-

Publié le par Perceval

Marie Arconati Visconti (1840-1923)

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Passionnée de l'histoire de l'art, collectionneuse et mécène, elle crée des bourses et des prix pour les étudiants... À sa mort en 1923, la marquise Arconati-Visconti lègue son château de Gaasbeek à l'État belge, et le reste de sa fortune à l'université de Paris. Elle est enterrée à Rives (Isère)  auprès de son ami et compagnon Raoul Dusseigneur.

* Marie Peyrat est la fille du rédacteur en chef de l'Avenir national, journal républicain. Il est très lié à Gambetta, et défenseur de la cause de l'unité italienne. Marie épouse en 1873 le fils d'un sénateur et marquis italien, combattant du Risorgimento: Arconati-Visconti. Trois ans plus tard , son mari meurt prématurément. Héritière d'une fortune colossale, elle habite à présent jusqu'en 1914 un hôtel rue Barbet-de-Jouy, où elle tient un salon politique et littéraire, elle reçoit des personnalités progressistes comme Georges Clemenceau, Jean Jaurès et Léon Blum...

La marquise prend fait et cause pour le capitaine Dreyfus.. Maîtresse de Gambetta, elle suit son conseil de n'y recevoir aucune femme.

 

      *****

 

Gambetta fréquente alors la «  tribu des Scheurer-Kestner » (Charles Kestner eut cinq filles: photos de trois ci-dessous ), leur salon lui offre le prestige social et un soutien financier, en particulier lors des élections de 1877. Mme Arnaud de l'Ariège, lui verse une rente afin de lui permettre un train de vie en rapport avec sa position politique et met à sa disposition son hôtel particulier de la rue de Suresnes.

Mathilde Kestner, ép. Charras Celine-Scheurer-Kestner.jpg Hortense Kestner, ép. Floquet
Mathilde (1832-1916), épousa Jean-Baptiste-Adolphe Charras, ancien ministre de la Guerre, en 185 Céline Kestner (1838-1893), épousa Auguste Scheurer (dit Scheurer-Kestner), associé et successeur de Charles Kestner, en 1856  Hortense (1840-1913), dont le jeune Georges Clemenceau était amoureux, mais épousa Charles Floquet en 1869.


«  Dans ce moment, la femme bourgeoise a appétit de Gambetta. Elle veut le montrer, échoué sur un divan de soie, à ses invités. Le gros homme politique devient, en ce moment, la bête curieuse que se disputent les salons. » Goncourt le 19 janvier 1877

Gambetta est élu le 31 janvier 1879 à la présidence de la Chambre des députés, et attend parce que pressenti par le président Grévy de former un « grand ministère » …

Gambetta parle très bien de littérature et de politique... Gambetta impressionne, inquiète peut-être : «  J'ai une peur horrible, écrit Ludovic Halévy ( librettiste d'Offenbach) , des gens qui veulent avoir une grande page dans l'histoire. Gambetta est de ces gens-là. »

 

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Juliette Adam (1836 –1936)

Juliette Adam assure la direction de La Nouvelle Revue pendant vingt ans. Elle contribuera beuacoup à faire élire Pierre Loti ( appelé son « fils adoptif » ) à l'Académie Française en 1891.

Après sa rupture avec Gambetta, Juliette Adam transforme son salon, le modernise... Elle l'ouvre plus largement, même à des non-républicains, des musiciens, des financiers, des militaires … Elle ouvre son salon aux femmes. On y rencontre alors de nombreuses femmes de lettres : Mmes Blanc-Bentzon, Henry Gréville, Ackermann, Quinet, Michelet, Jeanne Loiseau, Arvède Barine, Judith Gautier...

 


 

Né à Cahors, Léon Gambetta s'illustre pendant le siège de Paris par l'armée prussienne en 1870 en quittant la ville en ballon pour organiser la résistance à Tours.

mort-de-gambetta.jpgDans les années suivantes, bien que d'un tempérament fougueux, il témoigne d'une certaine tempérance dans la pratique politique au point d'être qualifié d'« opportuniste » par le polémiste Rochefort. Ce mot désignera, sans consonance péjorative, le courant républicain réformiste des années 1870, par opposition aux radicaux représentés par Jules Ferry.

À son initiative, les députés attribuent au président Adolphe Thiers le titre de «Libérateur du territoire» en raison de ses négociations fructueuses avec l'occupant allemand.

A l'automne 1881, il accède enfin à la Présidence du Conseil mais n'y reste que trois mois. Il tombe le 30 janvier 1882 sur un projet de loi instaurant le scrutin de liste (proportionnelle).

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Alors que sa maîtresse, Léonie Léon (1838-1906), après dix années de liaison passionnée, plus de 6000 lettres échangées, consent enfin à l’épouser, Léon Gambetta se blesse le 27 novembre 1882 à la main droite en voulant décharger son pistolet. La blessure par balle n’est pas grave, mais ses médecins, craignant qu’une artère soit bouchée, le contraignent à garder le lit. La plaie cicatrise mais le convalescent se plaint alors de douleurs abdominales violentes. Les nombreux spécialistes appelés à son chevet diagnostiquent une appendicite infectée qu’ils n’opèrent pourtant pas.

Et c’est ainsi que le 31 décembre 1882, l’un des pères fondateurs de la IIIème République s’éteint dans sa maison des Jardies à Ville d’Avray près de Sèvres (Hauts-de-Seine) des suites d’une pérityphlite, inflammation du péritoine du caecum, découlant probablement d’un cancer de l’intestin ou de l’estomac, diagnostiquée dès le 23 décembre par le Professeur Charcot et jugée par lui inopérable. On saura plus tard que le défunt souffrait depuis longtemps de sévères troubles gastriques et intestinaux.  

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Juliette Adam et Gambetta -1-

Publié le par Perceval

Les femmes « politiques » du début de la troisième république tenaient salon, avec des sensibilités différentes. Tandis que le salon de Juliette Adam s'efforce de réunir les gauches, celui de Mme de Renneville joue le même rôle à droite.

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Princesse Lise Troubetzkoy par Eugene Disderi Biographie des femmes illustres (A Paris, 1825) de feu Madame de Renneville.

La princesse Lise Troubetzkoï est très éclectique : chez elle se rencontrent la droite et la gauche, le duc de Gramont, le général Fleury, Raoul-Duval, Edmond Adam... Gambetta lui-même fait des visites particulières le dimanche matin. Mais c'est Thiers qui est le grand homme de son salon. Sous sa présidence, elle s'installe à Versailles où, toujours vêtue de blanc, elle reçoit après avoir assisté aux séances de l'assemblée nationale...

Jusqu'en 1878, Gambetta (1838-1882) fréquente assidûment le salon de Juliette Adam (1836-1936).

« Je vis, un soir, Gambetta devant une table de jeu, conseillé par Mme Adam, et je n'ai jamais oublié ce groupe sympathique de l'homme d'état si puissant alors et de la femme belle et supérieure qui suivait son jeu. Elle était coiffée en Velléda, couronnée d'une sorte de diadème de feuillage, et ses cheveux longs et lustrés répandus jusqu'à sa taille... » Julia Daudet, lors d'une soirée chez Adrien Hébrard

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de BADIN, Adolphe (1831-19.) en 1879: Madame Edmond Adam Juliette Lamber

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Marie d'Agoult avait reformé son salon en 1839, après sa rupture avec Liszt, et y recevait des républicains.

En 1866, elle aide Juliette Lamber à ouvrir le sien. C'est la fille d'un médecin socialiste et, en 1858, elle a écrit un livre féministe "Idées antiproudhoniennes". Mais peu à peu les habitués du salon de Marie d'Agoult désertent pour celui de Juliette Lamber. (Julie de Lespinasse avait fait la même chose à Mme du Deffand) Ce qui provoquera la rupture. Juliette devient alors amie avec George Sand, qui était fâchée avec Marie d'Agoult.

Elle se marie en 1868 et prend le nom de Juliette Adam.

Velléda (vers 1869) de Voillemot André Charles (1823-1893)

Sa taille était haute ; une tunique noire, courte et sans manches, servait à peine de voile à sa nudité. Elle portait une faucille d' or suspendue à une ceinture d' airain, et elle était couronnée d' une branche de chêne. La blancheur de ses bras et de son teint, ses yeux bleus, ses lèvres de rose, ses longs cheveux blonds qui flottaient épars, annonçaient la fille des gaulois, et contrastaient, par leur douceur, avec sa démarche fière et sauvage. " Chateaubriand

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Juliette Adam (1836-1936) Léonie Léon (1838-1906)  en 1875


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Gambetta (1838-1882)

 

 

Edmond Adam mort en 1877, Juliette espère se marier avec Gambetta. Et, elle réclame qu'il mette fin à sa liaison avec Léonie Léon, ce qu'il ne peut faire... Cette liaison durable, n'empêche pas d'ailleurs, des liaisons annexes, avec Mme de Beaumont née Castries, puis avec la marquise Arconati-Visconti.

Jalouse Juliette Adam, écrira plus tard une explication politique : Elle n'a pas supporté pas que Gambetta nourrisse des projets de rapprochement avec l’Allemagne …

Elle se rallie à Henri Rochefort, l'adversaire le plus virulent de Gambetta.

 

 

 

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Suis-moi

Publié le par Perceval

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Murad Osmann, un producteur basé à Moscou, utilise son compte Instagram pour poster des photos de sa petite amie qui le conduit, par la main, à travers des paysages époustouflants du monde entier dans une série de photos intitulée "Suis-moi". Mais comment lui est venue cette idée ? "La première photo a été prise à Barcelone alors que nous étions en vacances. Ma petite amie était un peu agacée parce que j'étais toujours en train de prendre des photos. Donc elle a fini par attraper ma main et a essayé de me tirer vers l'avant..." 


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Jeanne Hébuterne et Modigliani -2-

Publié le par Perceval

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Jeanne Hébuterne est une artiste. Elle veut faire du dessin et de la peinture. Modigliani est admiratif des dons de Jeanne, son art est complémentaire du sien... L'art de Jeanne est d'une rare intensité émotive, il est plein aussi de ses pulsions suicidaires.... Elle représente pour Amedeo un amour exclusif...

 

 

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Jeanne Hébuterne, portrait de Modigliani Jeanne Hébuterne Autoportrait


Alors qu'elle ne manque de rien, très entourée et aimée de ses parents et de son frère André, Jeanne semble attirée par le dénuement, par la destruction de l'être. Il est probable que Jeanne commence à peindre en 1914, soit deux ans avant sa rencontre avec Modigliani ( décembre 1916 ), elle a dix-huit ans.

Lui, est un artiste maudit, drogué, alcoolique, sans le sous, vivant dans le Montparnasse des artistes. Elle, est une jeune fille timide, originaire de la petite bourgeoisie, habitant le Ve arrondissement. Il est juif, elle est catholique. Elle a peine 18 ans, il a dépassé les 30 ans....

Jeanne, qui étudie à l’Académie Colarossie, rencontre Amadeo en mars 1917 à la Rotonde (une brasserie parisienne très prisée par les artistes de l’époque), et c’est le coup de foudre. C’est contre l’avis de ses parents qu’elle part vivre avec le peintre dans un atelier à Montparnasse.

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Une Jeanne resplendissante, d'une beauté éblouissante qui révèle la passion de Modigliani pour elle.

Amedeo Modigliani:  Jeanne aux épaules nues 1919

Jeanne Hebuterne dans l'atelier d'Amedeo Modigliani à Montparnasse Paris-1919

«  Le miracle de ses yeux, dont la couleur (…) doit varier entre le ciel et la mer » ( S. Fumet ). En 1914, Jeannette est une toute jeune fille aux longues tresses, toujours seule et « d'une singularité lumineuse », captivant son entourage... «  C'était vraiment « la fille à la lèvre d'orange » que Rimbaud a vue «  à la lisière de la forêt ». S Fumet

La liaison entre les deux artistes, tout en étant causée par un amour réciproque, vraiment plus fort que la mort, n'en a pas moins constitué un ' enlèvement '. Jeanne n'est pas encore majeure et elle est enceinte...

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La première exposition de Modigliani, organisée par Zborowski, en décembre 1917, suscite un scandale. La police est intervenue, et menace de saisir les œuvres, si elles ne sont pas retirées...

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Jeanne Hébuterne Jeanne Hébuterne

Le trait de Jeanne Hébuterne est sûr, précis et inspiré. Une précision quasi topographique … les deux artistes se servent parfois des mêmes modèles. Apparaît chez Jeanne un monde extérieur absent de l’œuvre de Modigliani.

 

Inquiets, comme tous le parisiens, Jeanne et Amedeo décident (mai 1918) de quitter Paris et de fuir la guerre qui approche. Jeanne accouche d'une fille à Nice en novembre 1918.

   Modigliani devient un refuge pour Jeanne. Pourquoi Modigliani enlaidit-il Jeanne dans les portarits de cette période ?

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Fumet parle du caractère taciturne de Jeanne «  un silence qui finit par exaspérer Modigliani parce qu'il a toujours l'air d'une approbation. Elle semblait soumise. Modigliani cherchait une réaction. Il faisait tout pour qu'elle sorte de ses gonds ; Mais elle ne semblait réagir à rien. Modigliani savait tout ce que son attitude avait d'insupportable. Portant, elle ne réagissait pas. »

Jeanne intériorise toutes ses pensées et se mure dans le silence.

Jeanne réalise à cette époque ( juil 1919- janv 1920) ses plus belles œuvres... et Modigliani atteint une maîtrise inégalée.

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Jeanne Hébuterne Jeanne Hébuterne


De la souffrance inconsolée au silence éternel...

 

Modigliani est mort à Paris le 24 janvier 1920 d'une méningite aggravés par des pénuries extrêmes, le surmenage et l'utilisation excessive de l'alcool et des stupéfiants.

Le 27 janvier: Modigliani est enterré « comme un prince » au cimetière du Père-Lachaise entouré de nombreux amis. Alors que Jeanne est enterrée au cimetière de Bagneux. Quelques années plus tard, elle sera inhumée à ses côtés.

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Peintures de Jeanne Hébuterne  


 

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Anna, Béatrice, Simone... et Modigliani -1-

Publié le par Perceval

jeanne-hebuterne-et-Amadeo-Modigliani.jpgLe 22 janvier 1920, Amedeo Clemente Modigliani (1884-1920) est découvert chez lui agonisant. Peintre, Modigliani est tuberculeux, alcoolique et drogué; à 35 ans, le bel Italien est déjà usé, cramé.. Deux jours plus tard, il meurt à l'hôpital. Le lendemain, sa compagne Jeanne Hébuterne enceinte de quelques mois, se jette par la fenêtre.

 

Né, le 12 juillet 1884, au sein d'une famille juive de Livourne (Italie) , Amedeo est le quatrième enfant d'un homme d'affaire ruiné, Flaminio Modigliani et d'Eugénie Garsin. Son enfance est pauvre et marquée par la maladie.

En 1899, Amedeo abandonne ses études pour se consacrer exclusivement à la peinture.

Modigliani aimait profondément sa mère, Eugénie Garsin, qui lui avait sauvé la vie en 1901... A seize ans Modigliani échappe à la mort, pris dans une tuberculose hémoptysique. Il effectue, avec sa mère, un voyage de convalescence : Naples, Capri, Amalfi, Rome, Florence et Venise. Il visite des musées, des galeries d'art et des églises.

 En 1903, il s'inscrit à l'Académie des Beaux-Arts de Florence. L'oncle Amédée Garsin assume les dépenses de l'étudiant, qui se sent de plus en plus volontaire pour aller travailler à Paris.

L'oncle mort, en Janvier 1906, Modigliani arrive à Paris avec l'aide financière de la mère et loue un atelier à Montmartre, près du Bateau-Lavoir, où il peut rencontrer Pablo Picasso, Guillaume Apollinaire, Diego Rivera et des intellectuels juifs tels que Max Jacob.

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Modigliani en 1918 Modigliani, Picasso et André Salmon en face du Café de la Rotonde, 1916


  Paul Alexandre devient son mécène et ami, il lui présente Brancusi. Il veut devenir un grand sculpteur.

Modigliani est influencé dans ses études d'art par les écrits de Nietzsche, Baudelaire, Carducci, Lautréamont, et d'autres, ils lui donnent la conviction que la seule voie vers une vraie créativité passe par le défi et le désordre... Modigliani recherche la compagnie d'artistes tels que Utrillo et Soutine, à la recherche de la validation de son travail par ses collègues. Il boit beaucoup, et consomme de l'absinthe et du haschisch.

Pendant et après cette guerre, pendant laquelle 1.300.000 jeunes hommes sont morts ( 2.800.000 sont bléssés et 600.000 sont invalides... ! )... ; la vie artistique à Paris entre 1914 et 1920 fut l'une des plus dynamiques du siècle .

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Paul Alexandre La juive

«  L'homme était aussi séduisant que son œuvre... Quoique petit, il mesurait 1,60m, il était très beau et il avait tous les succés avec les femmes...  Modigliani ne voyait que ce qui était beau et pur. Jamais je ne l'ai vu éprouver de jalousie pour quiconque ; jamais je ne l'ai entendu faire des critiques malveillantes... Modigliani était très bien élevé, et l'était resté malgré sa vie désordonnée... » Paul Alexandre

«  D'un caractère très doux, il lui arrivait d'avoir des querelles très violentes... Je l'ai connu différent de l'image que les ouvrages en donnent... sous des dehors bohèmes, Modigliani enfermait des trésors que seuls ses amis connaissaient. C'était un vrai artiste : les gens du commun n'arrivent pas à pénétrer ni à comprendre ces êtres à part dont l'âme est sans cesse tourmentée... » Lunia Czechowska.

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Amedeo Modigliani - Lunia Czechowska Modigliani Madame Pompadour, 1915

En 1910, il rencontre Anna Akhatova (1889-1966), poétesse russe. Elle est sa compagne et son modèle entre 1910 et 1912.

Il a beaucoup d'aventures féminines, puis en juillet 1914, il rencontre Béatrice Hastings ( « Madame Pompadour » ): correspondante à Paris du périodique The New Age, cette anglaise arrive à Paris en avril 1914... Béatrice est en tout point l'opposé de Jeanne Hébuterne, par son physique, son caractère, son indépendance farouche, sa maturité et son expérience, son métier et son comportement fantasque.

Avec Simone Thiroux, Modigliani a un fils Gérard né le 15 septembre 1917 à qui il refuse de donner son nom, malgré les appels désespérés de celle-ci. Simone Thiroux, est rongée par la tuberculose qu’il lui a transmise, elle meurt à Paris en 1921.

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Modigliani Portrait of a Woman in a Black Tie Modigliani,  Simone Thiroux



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Rachilde, femme, "homme de lettres", son salon ...

Publié le par Perceval

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Marguerite Eymery, se fait appeler Rachilde (1860-1953), et se présente comme « homme de lettres ». Elle crée avec Alfred Vallette la revue symboliste: Mercure de France dont elle deviendra la patronne. Elle exerce alors un grande influence sur la vie littéraire. Le Tout-Paris se presse à ses "mardis".rachilde-2.jpg

Fille unique d'un militaire de carrière, et d'une héritière de l'une des plus influentes familles du Périgord, Rachilde vit jeune fille dans la vieille demeure familiale du Cros. Sa mère sombrant dans une demi-folie et son père devenu taciturne et violent après la défaite de 1870, la jeune fille est livrée à elle-même. Elle lit tout ce qui lui tombe sous la main et notamment Rachilde, un gentilhomme suédois du 16e siècle dont elle découvre les relations de voyage. Sans doute s'identifie-t-elle à lui, au point de décider de prendre ce nom comme pseudonyme littéraire. C'est à partir de cette passion pour la lecture qu'elle se lance dans l'écriture. Ainsi, entre 1877 et 1880, près d'une centaine de ses écrits paraîtront dans les journaux locaux :L'Echo de la Dordogne, L'Union Nontronnaise, Le Périgord, Le Réveil de la Dordogne.


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"Elle se trouve dans le clan des écrivains
dangereux et rares
 (...) une espèce de Mademoiselle de Maupin du livre, petite fille à la fois de Monsieur de Cazotte
 et du grand Barbey d'Aurevilly"
Jean Lorrain

En 1878, après avoir rompu ses fiançailles, Rachilde décide d'aller à Paris tenter sa chance dans les milieux littéraires. Une telle perspective d'éloignement satisfait également ses parents qui trouvent là un prétexte pour se séparer, puisque sa mère lui sert de chaperon dans la Capitale. Pour gagner sa vie, la jeune femme multiplie les collaborations : elle donne des articles à l'Estaffette, Paris-Bébé, La Jeunesse,Le Décadent, Le Scapin, Le Zig-Zag ainsi qu'aux journaux éphémères de son amie Camille Delaville : Le Passant et La Revue verte. En 1880, paraît en feuilleton dans L'École des femmes un de ses tout premiers romans La Dame des bois.

Habillée en homme, coiffée à la garçonne, courant les bals populaires une prostituée à son bras, elle défraie la chronique. Elle s'intéresse très tôt aux questions d'identité sexuelle et d'inversion, que reflète son roman le plus célèbre, Monsieur Vénus (1884), qui scandalise l'opinion et lui vaut une célébrité immédiate et largement sulfureuse. L'intrigue met en scène la passion d'une femme qui aime comme un homme son amant, lequel se comporte en femme... Romancière prolifique, elle a écrit plus de soixante romans. majeska-mv-5.jpg

Elle nie toutes les liaisons que lui prêtent ses contemporains avec Léo d'Orfer(Marius Pouget 1859-1924) et avec Maurice Barrès. En revanche elle reconnaît avoir eu une passion malheureuse pour Catulle Mendès (1841-1909). Après cet échec sentimental, la jeune femme rencontre au fameux bal Bullier son futur mari. Il s'appelle Alfred Vallette (1858-1935), il n'est alors qu'un modeste secrétaire de rédaction et romancier à ses heures (il ne publie d'ailleurs qu'un seul roman en 1886 : Monsieur Babylas). Ils se marient en 1889 et un an plus tard Mme Vallette donne naissance à sa fille unique, Gabrielle.

En 1890, les Valette crée avec d'autres le Mercure de France : seule Rachilde est alors vraiment connue, ce qui constitue pour cette jeune revue une véritable caution. Pour s'assurer de la collaboration de cette dernière, le comité de rédaction lui confia la critique littéraire, une tâche dont elle s'acquitte à partir de 1897 et ce, jusqu'en 1925. Elle anime également les "mardis" du Mercure. Ces réunions, qui ont débuté bien avant son mariage et auxquelles participaient des amis comme Jean Lorrain, Maurice Barrès, Tailhade et Moréas, font de son salon, à la veille de la Première Guerre mondiale, l'un des salons littéraires les plus en vue. majeska-mv-4.jpgElle est ainsi aux premières loges pour assister à la naissance du Symbolisme dont elle s'inspire pour écrire La Sanglante Ironie (1891), puis La Jongleuse (1900).

Elle tient, donc un salon dans les bureaux du Mercure de France, rue de l'Échaudé puis rue de Condé, où elle reçoit des écrivains et poètes comme Jules Renard, Maurice Barrès, Pierre Louÿs, Émile Verhaeren, Paul Verlaine,Jean Moréas, Paul et Victor Margueritte, Francis Carco, André Gide, Catulle Mendès, Léo d'Orfer (Marius Pouget), Natalie Clifford Barney, Henry Bataille, Guillaume Apollinaire, Alfred Jarry, Léon Bloy, Remy de Gourmont, Joris-Karl Huysmans, l'astronome Camille Flammarion, Stéphane Mallarmé, Henry Gauthier-Villars dit « Willy », Jean Lorrain, Laurent Tailhade, Paul Léautaud, Louis Dumur et Oscar Wilde.

Anti-dreyfusarde, Rachilde craint l'avancée des Allemands sur Paris et s'enfuit avec son mari à La Charité-sur-Loire.

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La grande ville, 1928  d'Otto Dix ( 1891-1969 )

Après la guerre, Ses activités se limitent à siéger au sein des comités littéraires. Elle continue également à faire parler d'elle, ainsi témoigne-t-elle en 1921 au procès que font les surréalistes à Maurice Barrès ( avec qui elle avait eu une brève liaison en 1885) . L'année suivante, elle refuse bruyamment la Légion d'honneur qui lui est proposée... pour l'accepter deux ans plus tard. Lors du banquet donné en l'honneur de Saint-Pol-Roux en 1925, elle en vient aux mains avec Max Ernst. En 1928, elle déchaîne contre elle les ligues féministes en publiant un pamphlet au titre provoquant en ces années d'émancipation de la femme : Pourquoi je ne suis pas féministe.

A partir de la mort de son mari (1935), elle vit désormais cloîtrée chez elle. Elle meurt, oubliée à l'âge de 93 ans, en 1953.

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Apollinaire et Anne, Marie, Louise, ou La Jolie Rousse -3-

Publié le par Perceval

La vie et la mort sont tous un.  La réalité et l’imagination sont tous un.  Le passé et le futur sont tous un. Quand deux deviennent un seul, toutes les contradictions finissent.  Je suis la vie.  Je suis le son et la lumière.  Je suis la chair des hommes :

            ‘Je suis la vie . . . je suis le son et la lumière

            Je suis la chair des hommes . . .’  (Apollinaire - Poèmes retrouvés)

            Quand deux devient un seul, nous pouvons provoquer et défier même la mort et nous pouvons appeler soir le matin, noir le blanc . . .

            ‘Et liés l’un à l’autre en une étreinte unique

            Nous pouvons défier la mort et son destin

            Quand nos dents claqueront en claquement panique

            Nous pouvons appeler soir ce qu’on dit matin’   (Poèmes à Lou)

            ‘Me voici devant tous un homme plein de sens

            Connaissant la vie et de la mort ce qu’un vivant peut connaître.’ (Calligrammes, 1918)

            Apollinaire idole l’Amour ; il est naturel et spontané comme un enfant, pas comme Kafka qui est blasé devant les désirs charnels immondes,  Apollinaire reste toujours ‘pur et clair’ comme le ciel bleu :

            ‘Tu peux défier ma volonté sauvage

            Je peux me prosterner comme vers un autel

            Devant ta croupe qu’ensanglantera ma rage

            Nos amours resterons purs comme un beau ciel.’ (Poèmes à Lou)

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En 1907, il quitte le domicile de sa mère au Vésinet et s'installe seul rue Henner, au pied de la butte Montmartre. Sa rencontre avec Marie Laurencin ouvre une période de renouveau créateur dont témoignent des poèmes comme «Le Brasier» et «Les Fiançailles». 

1909 Il s'installe à Auteuil pour se rapprocher de Marie Laurencin. Il tient la rubrique de «La Littérature féminine» dans la revue Les Marges sous le masque de Louise Lalanne. 

En juin 1912, Marie Laurencin («Marie») le quitte après 5 ans d'une liaison orageuse. Apollinaire écrit «Le Pont Mirabeau».

 

LE PONT MIRABEAU
 
Sous le pont Mirabeau coule la Seine
          Et nos amours
   Faut-il qu'il m'en souvienne
La joie venait toujours après la peine
 
          Vienne la nuit sonne l'heure
          Les jours s'en vont je demeure

 

Marie Laurencin Apollinaire et ses amis (1907)

Marie Laurencin Apollinaire et ses amis (1907)

 

 

Passent les jours et passent les semaines
          Ni temps passé
   Ni les amours reviennent
Sous le pont Mirabeau coule la Seine
          Vienne la nuit sonne l'heure
   Les jours s'en vont je demeure

                                        [Alcools]

 

  
Les mains dans les mains restons face à face
          Tandis que sous
   Le pont de nos bras passe
Des éternels regards l'onde si lasse
 
          Vienne la nuit sonne l'heure
          Les jours s'en vont je demeure
 
L'amour s'en va comme cette eau courante
          L'amour s'en va
   Comme la vie est lente
Et comme l'Espérance est violente
 
          Vienne la nuit sonne l'heure
          Les jours s'en vont je demeure
   

 

(...)

.... Voici que vient l'été la saison violente

Jacqueline Kolb 1

Fin 1917, Apolinaire rencontre Amélia Jacqueline Kolb, «la jolie rousse».

Le 2 mai 1918, mariage avec Amelia Kolb, dite Ruby,...

Le 9 novembre 1918, il meurt à l'âge de 38 ans de la grippe espagnole dont l'épidémie ravage l'Europe. Engagé pour la durée de la guerre, il est déclaré «Mort pour la France».  

Et ma jeunesse est morte ainsi que le printemps

O Soleil c'est le temps de la Raison ardente

                  Et j'attends

Pour la suivre toujours la forme noble et douce

Qu'elle prend afin que je l'aime seulement

Elle vient et m'attire ainsi qu'un fer l'aimant

                 Elle a l'aspect charmant

                 D'une adorable rousse

Ses cheveux sont d'or on dirait

Un bel éclair qui durerait

Ou ces flammes qui se pavanent

Dans les rose-thé qui se fanent

 

Mais riez riez de moi
Hommes de partout surtout gens d'ici
Car il y a tant de choses que je n'ose vous dire
Tant de choses que vous ne me laisseriez pas dire
Ayez pitié de moi


 

LA JOLIE ROUSSE [Calligrammes] 

 

 

Guillaume-Apollinaire-et-sa-femme-Jacqueline_Kolb--copie-1.jpgGuillaume Apollinaire et sa femme Jacqueline Kolb, Paris 1918

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Apollinaire et Anne, Marie, Louise, ou La Jolie Rousse -2-

Publié le par Perceval

Apollinaire n'est pas tourmenté par le sens de la vie, il ne s’occupe pas de rechercher Dieu, car pour lui, Dieu ou la vie, c'est Anne, Marie, Louise, ou La Jolie Rousse. C’est pourquoi il ne fuit pas la vie comme Kafka, Hemingway. Il s’attache à la vie, il la dévore comme une pêche fraîche, il la boit passionnément comme un alcool brûlant :

                        ‘Et tu bois cet alcool brûlant

                        Ta vie que tu bois comme une eau-de-vie’      (Zone dans Alcools)

Pour Apollinaire, la vie est l’amour. Pour lui, tout est sans frontière: la vie, la poésie, et l’amour se mélangent en un seul Un: l’infini et le fini, l’intérieur et l’extérieur, le phénomène et le noumène (*) , le blanc et le noir, la guerre et la paix, l’essence et l’existence, la laideur et la beauté, le logique et l'illogique... Tout s’est associé, tout se réunie ensemble dans un seul Un. Et qu’est-ce que c’est ce seul Un ? C’est l’Amour : quand les deux amants se réunissent ensemble, l’univers s’allie, le désordre devient l’ordre, le seul un devient unique, et l’un est la surréalité.  Apollinaire a crée le mot ‘surréalisme...

(*) Kant oppose le phénomène au noumène : les phénomènes constituent le monde tel que nous le percevons, et les noumènes révèlent un monde dont l'existence est au contraire indépendante de notre expérience, la chose en soi.


En mai 1901, il est engagé par Madame de Milhau, aristocrate allemande veuve d'un comte français, comme précepteur de sa fille Gabrielle. Fin août, il l'accompagne en Rhénanie où elle a des terres. Il ne tarde pas à s'éprendre de la gouvernante anglaise Annie Playden.

En 1902, il accompagne la famille de Milhau à travers l'Allemagne

Annie l'ayant définitivement éconduit après l'avoir longtemps encouragé, il rentre fin août.

En novembre 1903, alors qu'il a déjà ébauché ce qui deviendra «La Chanson du mal aimé», il se rend à Londres pour convaincre Annie, laquelle lui laisse quelque espoir.

En mai 1904, il retourne à Londres auprès d'Annie et s'en revient rassuré.

En 1905, Annie ayant définitivement quitté l'Angleterre pour les Etats-Unis. Apollinaire reprend et achève «La Chanson du mal aimé».

1906
Année difficile. Il peine à écrire et regrette Annie. Il rédige Les onze mille Verges qu'il publie sans nom d'auteur début 1907.  

 

Apollinaire.jpg
Un soir de demi-brume à Londres
Un voyou qui ressemblait à
Mon amour vint à ma rencontre
Et le regard qu'il me jeta
Me fit baisser les yeux de honte
 
Je suivis ce mauvais garçon
Qui sifflotait mains dans les poches
Nous semblions entre les maisons
Onde ouverte de la mer Rouge
Lui les Hébreux moi Pharaon
 
Qui tombent ces vagues de briques
Si tu ne fus pas bien aimée
Je suis le souverain d'Egypte
Sa sœur-épouse son armée
Si tu n'es pas l'amour unique
 
[Alcools]
Annie_Playden-et-G-Apolinaire.jpg


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Les liaisons dangereuses de Mme de Genlis -2-

Publié le par Perceval

Mme-de-Genlis.jpgPuis brutalement, - à trente ans - Madame de Genlis se retire dans un petit couvent de province pour élever et éduquer les quatre enfants de la duchesse de Chartres. Elle reste encore la maîtresse du duc d’Orléans (futur Philippe Egalité), pour un temps, avant de rester toujours la conseillère.

Elle s'engage à fond, pour une restauration de la primauté de la religion, s'en prenant à tous les philosophes de son époque( Montesquieu, Voltaire, d'Alembert et Diderot). A l'intention du petit Louis Philippe, elle écrit «  La religion considérée comme l'unique base du bonheur et de la véritable philosophie »

Amusante anecdote : On lui attribue l'écriture des « Liaisons dangereuses », ouvrage non signé... y reconnaissant le style de sa liaison, son personnage, ses habitudes … ! Le scandale est prêt à tomber, quand on découvre l'auteur... Laclos, était un intime du duc d'Orléans...

En 1789, Madame de Genlis est à la tête d'un véritable pensionnat, à Saint-Leu.

 

Souvenirs de Madame Louise-Élisabeth Vigée-Lebrun:

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Marie Louise Elisabeth Vigée-Lebrun Autoportrait avec un turban, et sa fille 1786

« J'ai connu madame de Genlis avant la révolution. Elle vint me voir, me présenta aux jeunes princes d'Orléans, dont elle faisait l'éducation, puis, peu de temps après, elle m'amena Paméla, qui me parut aussi jolie qu'on peut l'être. Madame de Genlis était coquette pour cette jeune personne, dont elle cherchait à faire valoir les charmes. Je me rappelle qu'elle lui faisait prendre différentes attitudes, lever les yeux au ciel, donner à son beau visage diverses expressions, et quoique tout cela fût fort agréable à voir, il me parut qu'une aussi profonde étude de coquetterie pourrait profiter beaucoup trop à l'écolière.
La conversation de madame de Genlis m'a toujours semblé préférable à ses ouvrages, quoiqu'elle en ait fait de charmants, notamment Mademoiselle de Clermont, que je regarde comme son chef-d'oeuvre. Mais lorsqu'elle causait, son langage avait un certain abandon, et sur plusieurs points une certaine franchise, qui manquent à ses écrits. Elle racontait d'une manière ravissante, et pouvait raconter beaucoup ; car nul, je crois, n'avait vu, soit à la cour, soit à la ville, plus de personnes et plus de choses qu'elle n'en avait vues. Ses moindres discours avaient un charme dont il est difficile de donner l'idée. Ses expressions avaient tant de grâce, le choix de tous ses mots était de si bon goût, qu'on aurait voulu pouvoir écrire ce qu'elle disait. Au retour de mes voyages, elle vint un matin chez moi, et comme elle m'avait annoncé sa visite, j'en avertis plusieurs personnes de ma connaissance, dont quelques-unes n'aimaient point madame de Genlis. À peine eut-elle causé, pendant une demi-heure, qu'amis, ennemis, tout était ravi, et comme enchanté par cette conversation si brillante.
Madame de Genlis n'a jamais dû être précisément jolie ; elle était assez grande et très bien faite ; elle avait beaucoup de physionomie, le regard et le sourire très fin.

Je pense que sa figure aurait pris difficilement l'expression de la bonté ; mais elle prenait toute autre expression avec une mobilité prodigieuse. »

Souvenirs de Madame Louise-Élisabeth Vigée-Lebrun

 

De 1789 à 1791, Madame de Genlis tient un salon (rue de Bellechasse à Paris) , que fréquente le duc d’Orléans, où se retrouvent Talleyrand, David et de jeunes députés de la Constituante comme Lameth, Barère et Barnave, la plupart opposants à la monarchie absolue.. Excitant alors les ambitions du duc d'Orléans, et se brouille ouvertement avec la duchesse, fidèle au Roi.

La prise de la Bastille, le 14 juillet 1789, la réjouit ainsi que le clan des Orléans, de l’affaiblissement de la branche aînée des Bourbons. Cependant, on prétend que c’est sur le conseil de Mme de Genlis que le duc d’Orléans refuse de prendre le pouvoir après l’arrestation de Louis XVI à Varennes (juin 1791).

Marguerite-Gerard-6.jpg
marguerite-gerard-le-present-1785-88.jpg
Installée à Paris depuis le milieu des années 1770, dans l’appartement même de Fragonard au Louvre, Marguerite Gérard (1761-1837) devient l’élève, puis l’assistante et la collaboratrice du maître. 
Surtout connue comme portraitiste, elle s'illustre aussi avec talent dans la peinture de genre, et laisse dans ce domaine plusieurs chefs-d'œuvre, dont La Liseuse (vers 1783 - 1785, Cambridge), La Bonne Nouvelle (vers 1798, collection particulière), Le Petit MessagerLe ConcertL'Heureux Ménage.

Mal vue par les royalistes, mais menacée par les "patriotes", elle juge plus prudent d'émigrer en 1792 .Madame de Genlis s'enfuit en Angleterre pendant la Terreur. Son mari ainsi que Philippe Égalité furent guillotinés. En 1801, Bonaparte l’autorisa à rentrer en France, l’utilisa comme espionne, et la pensionna. 

Mme de Genlis, rentrée à l'époque du Consulat, publia, de 1802 à 1813, quelques ouvrages qui tiennent à sa veine sentimentale et romanesque plus qu'à sa veine pédagogique, et dont quelques-uns ont obtenu un vrai succès : les Souvenirs de Félicie, première esquisse agréable, qu'elle a délayée depuis dans ses intarissables Mémoires ; une nouvelle qui passe pour son chef-d'oeuvre, Mademoiselle de Clermont, et quelques romans historiques, la Duchesse de La Vallière, Madame de Maintenon, Mademoiselle de La Fayette : ce fut son meilleur moment.


Dans ses Mémoires publiés en 1824-1825, Madame de Genlis parle peu de sa vie intime, mais brosse un tableau extrêmement vivant de la société d'Ancien Régime, où l'on rencontre des personnages aussi célèbres que Madame du Deffand, Voltaire, Rousseau, Madame Du Barry, Talleyrand... Témoin d'une histoire tumultueuse qui commence sous Louis XV et s'achève dix ans après la chute de l'Empire, elle évoque avec bonheur les moeurs de la société aristocratique à la veille de la Révolution et apparaît également comme une pionnière du féminisme.

Elle a survécu jusqu'au 31 Décembre 1830, et a vu son ancien élève, Louis-Philippe , assis sur le trône de France.

 

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Les liaisons dangereuses de Mme de Genlis -1-

Publié le par Perceval

stephanie-felicite-Comtesse-de-Genlis-1746-1830.jpgMadame de Genlis, née en 1746, est sur plusieurs points remarquables. Le premier d'entre eux est qu'elle voit passer onze régimes différents durant presque un siècle.

Elle tient plusieurs salons, est tour à tour comédienne, musicienne, romancière ; puis, vient l'époque de la femme éducatrice suivie de celle de la femme politique et journaliste... Elle nous laisse pas moins de cent quarante ouvrages, même si la qualité littéraire n'est pas toujours présente, c'est le point de vue historique et sociologique qui peut nous intéresser...

Sa biographie nous en laisse présager l’intérêt:

De famille bourguignonne, Félicité du Crest de Saint-Aubin, débute sa longue vie dans un cadre heureux d'une noblesse qui vit au-dessus de ses moyens. Puis : … Attention, la situation est romanesque … !

  • Elle rejoint Paris chez une cousine de sa mère Madame Bellevaux, qui loge chez son amant Guillaume le Normand, … Ce monsieur a la fortune d'avoir une épouse assez belle pour avoir troublé le roi Louis XV, lui-même.. ! Généreusement, le roi donne à sa nouvelle maîtresse le titre de Madame de Pompadour et au mari délaissé de larges récompenses en guise de consolation …
Madame-de-Pompadour-by-deanne.jpg getimage.jpg

1754 "Madame de Pompadour et le Marquis de Marigny" par Alexander Roslin

Fragonard, Le baiser volé (1788)

 

Le train de vie de la maisonnée, va grandissant, et Félicité reçoit toute la formation que sa beauté et sa grâce naturelle méritent ( cours de maintien, musique, clavecin …)

Le marquis du Crest de Saint-Aubin, n'échappe pas aux revers de fortune, il est contraint de vendre le château et de partir pour des terres lointaines... Félicité et sa mère sont accueillies à Passy chez un personnage ' haut en couleurs ' M de la Popelinière : riche, vaniteux et galant, il a quelques attentions pour la mère de Félicité... Le marquis du Crest revient ruiné, fatigué, malade... et met fin aux réjouissances... avant de mourir.Presumed-Portrait-of-Mme.-de-Genlis-Playing-a-Harp-Francois.JPG

Des divertissements mondains, Félicité Ducrest de Saint-Aubin, a appris la frivolité, et à briller dans les salons. Elle exécute des rôles de jeune première sur les théâtres privés en même temps qu’elle se fait admirer pour ses talents réels de harpiste en particulier.

 

«  Je n'ai jamais considéré la vie comme un rêve » écrit-elle dans son journal...

Mais, comme dans un conte de fées, et par l'entremise de sa tante, la marquise de Montesson, Félicité ( elle a seize ans ) rencontre un jeune officier de marine héritier d'un ancien ministre d'état, le conte de Genlis de grande noblesse ( XIIème siècle ) et de fortune … Contre l'avis de la famille de l 'époux, le mariage ' secret 'est célébré en 1763. ce n'est que quatre ans plus tard, maman d'une fille, qu'elle foulera pour la première fois la terre des Genlis.

Ensuite, les clubs de la haute société s'ouvrent, et Félicité est présentée à la cour devant le roi.

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Portrait présumé de Madame de Genlis par Lemoine Louis Philippe Joseph d'Orléans né en 1747 – exécuté à Paris le 6 novembre 1793.

 

Au Palais Royal, elle est demandée pour être la nouvelle dame de compagnie de la duchesse de Chartres ( 1772). Du duc de Chartres ou de Félicité, qui a séduit l'autre... ? Elle devient rapidement sa maîtresse en titre. De plus, elle prend en main la duchesse de Chartres, et lui apprend à dessiner, jouer du clavecin, philosopher ...etc.; avant de s'occuper de l'éducation des six enfants du couple...

Madame de Genlis prend sa place … elle aura, du duc d'Orléans, une fille Pamela Brûlart de Sillery (1777-1831).

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