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Le XVIIIe siècle : La femme et le libertin. - 20/. -

Publié le par Perceval

Le XVIIIe siècle : La femme et le libertin. - 20/. -

Le voyage féminin pour le plaisir : le ''voyage à Cythère'' : ( métaphore de ce que la mère de Frétillon a le plaisir d’entreprendre dans les bras d’un jeune homme ) :

« Un jeune homme assez connu par ses richesses et par son état, lui proposa de faire un petit voyage à Cythère, et se chargea de l’y conduire. Ma bonne maman accepta la proposition ; le temps lui parut favorable : elle leva les voiles dans le moment même, en se flattant d’une heureuse navigation. Déjà son jeune pilote faisait avancer la proue vers le port de cette île enchanteresse […] »

L’Histoire de la vie et des mœurs de Mademoiselle Cronel dite Frétillon par Pierre Alexandre Gaillard de la Bataille (1739-1743 ) : violent pamphlet anonyme publié au XVIIIe siècle dans le but de nuire à une actrice célèbre de la Comédie-Française, Mademoiselle Clairon. Mademoiselle Clairon, qui écrivit ses Mémoires, désigna elle-même Pierre Alexandre Gaillard comme l’auteur du pamphlet. Selon elle, il s’agissait de la vengeance d’un amoureux éconduit.

L'Embarquement pour Cythere, by Antoine Watteau - 1717

« Je lui trouvai dans les yeux cette impression de volupté que je lui avais vue le jour où elle m’apprenait par quelles progressions on arrive aux plaisirs, et combien l’amour les subdivise ». Les Égarements du coeur et de l’esprit ou Mémoires de M. de Meilcour est un roman-mémoires et libertin de Crébillon fils paru en 1736.

 

Le plaisir de la promenade :

« Laurette le fit sortir pour le distraire, et le conduisit au jardin. Semblable guide était propre à l’égarer. Apparemment qu’ils se fourvoyèrent en chemin, et tombèrent dans quelques broussailles, car nous remarquâmes que la rosée avait gâté la robe de celle qui, je crois, n’était point sortie pour examiner les étoiles. » Themidore de Godard d’Aucour

Nicolas Lavreince (Lafrensen Niklas, dit)

« Après s’être promenés longtemps, Zobéide fatiguée s’assit sur le gazon ; le prince se mit auprès d’elle : il soupirait, elle était émue ; il lui baisait les mains, elle le souffrait ; il poussa ses entreprises plus avant : la bouche de Zobéide, sa gorge entièrement découverte, et livrée à ses transports, fut un instant couverte de ses baisers. Ses mains cherchèrent de nouveaux attraits ; Zobéide résistait assez pour augmenter et non pour empêcher ses plaisirs. Enfin elle lui avait abandonné ses charmes adorables ; il se rassasia de délices. Zobéide n’y fut pas insensible, les mouvements qu’elle se donna pour diminuer sa victoire mirent le dernier comble à leur volupté ». Jacques Rochette de La Morliere - Angola, Histoire Indienne 1746

 

 

« Nous enfilions la grande route du sentiment, et la reprenions de si haut, qu’il m’était impossible d’entrevoir le terme du voyage ». Madame de T*** dans Point de lendemain

« Quel espace immense, me dit-elle, entre ce lieu-ci et le pavillon que nous venons de quitter ! »

Confidences (elles-mêmes de plus en plus intimes) – baisers – caresses – animent la progression du plaisir avec celui du cheminement géographique ...

Madame de Lursay met au fait le jeune Meilcour : « Elle ajouta à cela mille choses finement pensées, et me fit entrevoir de quelle nécessité étaient les gradations. Ce mot, et l’idée qu’il renfermait, m’étaient totalement inconnus. » Crebillon fils

Nicolas Lavreince (Lafrensen Niklas, dit)

 

« […] le délire voluptueux s’empara de nos sens ; Bacchus et la Folie menaient le branle. […] Ces jeux, ces baisers qui se répétaient dans les glaces nous échauffèrent à l’excès.

(…) Rose, livrée sans frein à la passion furieuse dont elle faisait l’idole de son bonheur, à la fin y succomba. Ses règles n’avaient point paru ; elle ne fut pas longtemps sans essuyer un épuisement total, suivi de vapeurs affreuses. Sa vue s’en ressentit, elle ne ressemblait plus qu’à une ombre ambulante. Sa gaieté fut totalement perdue et un dépérissement, produit par une fièvre lente, la conduisit enfin au tombeau. » Le Rideau levé, ou l'éducation de Laure de Mirabeau

 

« Amélie s’accoutuma […] à recevoir des caresses qui l’auraient révolté, si le duc n’avait eu l’adresse de les obtenir par de lentes gradations » Félicité de Choiseul-Meuse

Nicolas Lavreince (Lafrensen Niklas, dit)

« la résistance [ajoute] au plaisir » (…) «  Je reculai d’abord, mais on pense bien que je n’avais pas la force de résister. Je me laissai aller sur une bergère, l’abbé en fit autant, persista dans ses hardiesses et vainquit ma résistance. » Javotte dans le roman attribué à Paul Baret

 

« Tout ceci avait été un peu brusqué. Nous sentîmes notre faute. Nous reprîmes avec plus de détails ce qui nous avait échappé. Trop ardent, on est moins délicat. On court à la jouissance en confondant les délices qui la précèdent. » le narrateur de Point de lendemain.

 

« Nous n’allions pas au bonheur avec la rapidité du trait qui vole à son but ; mille gradations délicates nous y conduisaient lentement, la mèche brûlait avec économie : des plaisirs inexprimables suspendaient l’explosion des flammes dont nous étions intérieurement embrassés. » Félicia ou Mes Fredaines de André-Robert Andréa de Nerciat.

 

Madame de T*** dans Point de lendemain, enlève le jeune narrateur :

« Elle sourit, me demande la main, descend, me fait entrer dans sa voiture, et je suis déjà hors de la ville avant d’avoir pu l’informer de ce qu’on voulait faire de moi. »

« (…) On me faisait, par intervalles, admirer la beauté du paysage, le calme de la nuit, le silence touchant de la nature. Pour admirer ensemble, comme de raison, nous nous penchions à la même portière ; le mouvement de la voiture faisait que le visage de Madame de T*** et le mien s’entretouchaient. Dans un choc imprévu, elle me serra la main ; et moi, par le plus grand hasard du monde, je la retins entre mes bras. Dans cette attitude, je ne sais ce que nous cherchions à voir. »

 

«  (…) L’attitude où un homme et une femme se trouvaient nécessairement dans ces sortes d’équipages avait je ne sais quoi de voluptueux qui rendait l’un plus entreprenant et l’autre plus facile à vaincre. Les genoux et les jambes se trouvaient entrelacés l’un dans l’autre ; les visages, vis-à-vis et très près l’un de l’autre, se renvoyaient mutuellement la chaleur de la passion qui les animait. Séparés du reste du monde et se regardant comme dans une entière solitude, tout disposait à la volupté et contribuait à diminuer les égards d’un côté, et à faire perdre les scrupules de l’autre. »

 

 

A suivre …

Sources : De la représentation au mythe : l'ambiguïtée féminine dans le roman libertin du XVIIIe siècle par Morgane Guillemet

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Le XVIIIe siècle : La femme et le libertin. - 19/. -

Publié le par Perceval

Une sexualité maîtrisée :

« Quel préjugé bizarre nous interdit la liberté de suivre les mouvements de notre cœur ! On permet aux hommes de pousser la licence jusqu’à feindre très souvent des passions qu’ils n’ont pas, tandis que l’on nous impose la rigoureuse loi de renfermer dans nos cœurs un feu dévorant » : l'héroïne, Dans Les Galanteries de Thérèse -1745 - de Antoine Bret.

(…) « toutes sont convaincues de quelle utilité il serait pour le sexe de former un concours unanime pour revendiquer [leurs] droits ; mais qui osera se charger de donner l’exemple? »

« (…) S’ils nous montrent de la répugnance, nous leur rendons dégoût pour dégoût ; ils doivent s’en apercevoir. Nous ne leur abandonnons souvent qu’une statue ; et, tandis qu’enflammés par leurs propres désirs ils se consument sur des appas insensibles, notre tranquille froideur jouit à loisir de toute leur sensibilité.

C’est dans ce moment, qui égale le plus fier satrape au dernier citoyen de la république, que nous reprenons sur eux tous nos droits. Une petite chaleur de sang renverse à nos pieds ces superbes, et nous rend maîtresses de leur sort. »

 

Crébillon, dans La Nuit et le moment, en 1755, présentait la femme dont la volupté n’existe « que dans ses idées », telle que Célimène, comme supérieure à celle dont cette même volupté « ne part que des sens »

« D’ailleurs la froideur de ses sens n’empêche pas sa tête de s’animer : et si la nature lui a refusé ce que l’on appelle le plaisir, elle lui a en échange donné une sorte de volupté, qui n’existe, à la vérité, que dans ses idées ; mais qui lui fait peut-être éprouver quelque chose de plus délicat que ce qui ne part que des sens. Pour vous, plus heureuse qu’elle, vous avez, si je ne me trompe, rassemblé les deux »

 

La femme joue de l’ambiguïté de la perception féminine, entre froideur et jouissance ...

Au sujet de Mlle de La Motte, '' Le diable au corps '' : « Pourtant, au plus fort de cette tempête, quelle présence d’esprit ! elle se dégage brusquement (...)

« Tant d’appas achevèrent de troubler mon âme. Accablé sous le nombre et la violence de ses désirs, toutes ses facultés demeurèrent quelque temps suspendues. C’était en vain que je voulais former une idée ; je sentais seulement que je l’aimais, et sans prévoir ou craindre les suites d’une aussi funeste passion, je m’y abandonnais tout entier. »

 

Ne subsiste de l'homme que son « menaçant cylindre »... !

« Tu ne m’y prendras pas, Jean-Foutre, s’écrie-t-elle. Il en était temps, ma foi ; je ne serais pas mal foutue, vraiment, si tu m’avais mis tout cela dedans ! foutu calotin : tu n’en fais pas d’autres : tu seras bien avancé, n’est-ce pas, quand tu m’auras foutu un enfant dans le corps ? Tu es bien en état, gueusasse, de me donner de quoi le nourrir ! »

 

L’abbé T***, dans Thérèse philosophe, à Madame C*** : - qui semble en convenir avec lui - « les femmes n’ont que trois choses à redouter : la peur du diable, la réputation et la grossesse ».

Expériences transgressives ( éviter la grossesse...):

La masturbation solitaire, pratiquée par un grand nombre d’héroïnes du roman libertin alors même que le XVIIIe siècle croit à sa dangereuse nocivité...

« Si, jusqu’alors j’avais non seulement négligé, mais scrupuleusement évité la voluptueuse ressource à laquelle Thérèse s’était si longtemps bornée, en vraie sotte, c’est que tous mes docteurs s’étaient accordés à me peindre des plus détestables couleurs cette solitaire pratique. » Thérèse philosophe... - Petite, « On prit le parti de me lier étroitement les mains de manière qu’il me fut impossible de continuer mes amusements nocturnes. »

 

« Pourquoi, dans la formation de la femme,( Dieu )aurait-il placé le centre des plaisirs dans un endroit où la main se porte sans peine et machinalement dans les démangeaisons cuisantes ? Serait-ce pour avoir occasion de nous punir d’avoir suivi en tout les lois de la nature, de cette bonne mère qui indique si bien à ses enfants les moyens de rendre leur existence heureuse? » se demande Suzon - L’Histoire de Dom Bougre, portier des Chartreux est un roman libertin de 1741 attribué à l’avocat Gervaise de Latouche

 

« Ce qu’il est le plus naturel de faire à la femme est précisément ce dont elle se soucie le moins ; il lui faut des extravagances ; tantôt elle veut qu’on la traite comme un mignon, tantôt qu’on lui fasse… ce que tu refusais si cruellement la première nuit de nos folies... quelquefois sa bouche est jalouse de l’offrande que…

- Fi, la vilaine, interrompis-je, dégoûtée de cette image… » Félicia ou Mes Fredaines (1778)

A suivre …

Sources : De la représentation au mythe : l'ambiguïtée féminine dans le roman libertin du XVIIIe siècle par Morgane Guillemet

 

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Le XVIIIe siècle : La femme et le libertin. - 18/. - Le corps mis en scène

Publié le par Perceval

L'abandon :

« Alidor alors court à la petite armoire, il y prend un flacon de sels et me le fait respirer… rien ; il me coule une cuillerée de vin d’Alicante dans la bouche… pas l’ombre d’un signe de vie. Pour le coup, il cave au plus fort et se met à me branler en maître… Alors seulement je veux bien paraître de retour à la vie. » Félicité dans Lolotte de Nerciat.

L'image de la « belle endormie » porte en elle, les fantasmes liés à une érotisation et à une disponibilité sexuelle ...

 

« Il faut la mitiger par une distinction plus sensée, et on la trouvera dans l’examen du sommeil. Pour s’y prendre avec succès, approchez-vous sans bruit et à pas mesurés. Vous devez ce ménagement si elle est endormie de bonne foi, et si elle ne l’est que par une dissimulation obligeante, il vous est encore nécessaire afin de l’engager à la continuer avec bienséance. Lorsque vous serez assez près, examinez sa respiration, c’est elle qui vous développera le mystère. Si son sommeil est naturel, profond, accompagné de symptômes convaincants, respectez-le. En l’arrachant d’un assoupissement qui faisait son repos, vous vous exposez à une résistance humiliante pour vous dans le moment, et d’une conséquence encore plus fâcheuse pour les suites. Attendez votre bonheur du réveil, vous le trouverez plutôt dans ce tendre épanouissement de ses sens.

Mais si vous lui voyez un teint trop fleuri, trop animé pour une personne endormie, doutez d’abord, et rendez-vous certain en vous attachant au mouvement de sa gorge. Laissez exhaler quelques soupirs. Si ce souffle pénètre dans ses sens, si vous le voyez ranimer l’émotion des charmes que vous contemplez, n’hésitez point, vous êtes heureux. » La leçon de la sylphide à Philandre dans La Poupée de Jean Galli de Bibiena (1747)

Saturnin, « pressé par [ses] désirs », entreprend de profiter du sommeil de la fausse dormeuse : « Elle dort d’un sommeil trop profond pour se réveiller, disais-je, et quand elle se réveillerait, mettons les choses au pis, elle me grondera, voilà tout : je l’ai bien fait hier, elle ne l’a pas trouvé mauvais, le trouvera-t-elle aujourd’hui, essayons »

 

L'homme, devant la femme qui contrefait la dormeuse, se laisse séduire et enhardir par le regard qu’il fait glisser sur le corps féminin « endormi », en détaillant les charmes et en offrant ainsi au lecteur une description « voluptueuse ». Celui qui est au fait des « évanouissements des dames », sait lire sur le corps de la fausse dormeuse l’expression du désir, voire du plaisir … .

« Rozette dormait en disposition de se réveiller aisément et en position qui n’attendait que le plaisir » :

[…] ses mains étaient jointes sur sa tête, mais sans la presser ; ses yeux fermés ; sa bouche ouverte comme pour demander quelque offrande. Une rougeur naturelle et fraîche couvrait ses joues ; le zéphyr avait caressé tout son extérieur ; une mousseline transparente couvrait la moitié de sa gorge, et l’autre moitié se montrait en négligé aux regards : d’un côté l’examen était permis, et de l’autre, sous l’air d’être défendu, il devenait plus piquant. Ses bras paraissaient avec tout leur embonpoint et leur blancheur. Ses jambes croisées dérobaient ce que j’aurais voulu envisager, mais fournissaient à l’imagination une belle prairie à s’égarer. » Themidore de Godard d’Aucour

 

Nicole s’abandonne à certains gestes impudiques... « C’était, en effet, l’unique moyen décent de permettre qu’Hilarion goûtât et fit goûter complètement le fruit de son larcin impudique : c’était, après l’éclair de la première insulte, l’autoriser à risquer (selon ses puissants moyens) la récidive, avant que l’insultée n’en vînt aux éclats. Cette douce attente ne fut point trompée. » Le Diable au corps de Robert Andrea de Nerciat.

 

Claude Godard d'Aucourt (1716-1795), est né à Langres, il fut fermier général (1754) puis receveur général des Finances à Alençon (1785). 

Jeune conseiller au Parlement, le narrateur rencontre Rozette à l'occasion d'une partie fine.

- Convié à une partie fine, le narrateur, jeune conseiller au Parlement, «fait canapé» avec Laurette, puis avec Argentine ; Rozette, qui a tout entendu de la chambre voisine, apparaît. Aussitôt, il s'en éprend. Passe chez elle le plus clair de son temps. Lui laisse l'initiative dans leurs ébats amoureux. -

Il passe chez elle le plus clair de son temps. Lui laisse l'initiative dans leurs débats amoureux. Averti de cette liaison scandaleuse, le père du conseiller fait enfermer Rozette au couvent de Sainte-Pélagie. Son amant devra déployer des trésors d'imagination pour qu'elle parvienne à s'en échapper.


Dans ce court roman publié en 1745, Godard d'Aucourt ne ménage ni les puissants ni la religion. Il excelle dans l'ironie, dans la périphrase suggestive.

On y manie le double sens avec subtilité. On s'y adonne au voyeurisme autant qu'à la philosophie. On ne force rien ni personne, tous les adultes sont consentants. L'élégance rime avec l'extravagance, la fausse ingénuité avec l'ingéniosité. La malice augmente les délices. En 1882, dans Le Gaulois, Maupassant qualifiait Thémidore de " merveille de grâce décolletée ", d'" impur chef-d'oeuvre " qui ferait rougir, disait-il, " nos prêcheurs doctrinaires, ces empêcheurs de danser en rond, farcis d'idées graves et de préceptes pudibonds ".

«  Avertissement : - Nous ne conseillons point aux âmes scrupuleuses de jeter les yeux sur ces aventures ; elles sont quelquefois chatouilleuses et capables d’exciter des idées extrêmement éveillées […] Au reste, ces mémoires sont écrits avec retenue : il n’y a aucun mot qui puisse blesser la modestie ; mais on ne répond pas des idées qu’ils peuvent faire naître. Ils sont semés de sentences très sages et aisées à retenir ; ils sont dans le goût actuel du public, puisqu’ils ne contiennent que d’aimables bagatelles bien dictées et plus propres à amuser l’esprit qu’à nourrir le cœur. »

 

A suivre …

Sources : De la représentation au mythe : l'ambiguïtée féminine dans le roman libertin du XVIIIe siècle par Morgane Guillemet

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Le XVIIIe siècle : La femme et le libertin. - 17/. - Le corps mis en scène

Publié le par Perceval

Pour le libertin, l'accession au corps féminin, lors de la toilette intime, ou vêtu d'un seul déshabillé, correspond à une effraction fantasmatique et provoque le désir ...

La toilette :

« […] il ne suffit pas d’être belle ; on doit être encore attentive sur soi […] Il y a apparence que vous n’en connaissez pas trop l’usage : venez, que je vous montre, tandis que nous en avons le temps. » Aussitôt elle m’introduisit dans une petite garde-robe ; et m’ayant fait mettre à califourchon sur un bidet, elle m’y donna la première leçon de propreté. » Margot

Margot reçoit son amant « dans un déshabillé plus agaçant que coquet » : L’art que j’y avais mis était si voisin de la nature que mes charmes ne semblaient rien emprunter de mon ajustement. J’avais tout lieu de présumer de leur pouvoir ».

 

« Le lendemain on me mena chez le dentiste de Mme de Furiel, qui visita ma bouche, m’arrangea les dents, les nettoya, me donna d’une eau propre à rendre l’haleine douce et suave. Revenue, on me mit de nouveau dans le bain ; après m’avoir essuyée légèrement, on me fit les ongles des pieds et des mains […] ; on m’épila dans les endroits où des poils follets mal placés pouvaient rendre au tact la peau moins unie […]. Deux jeunes filles de la jardinière, accoutumées à cette fonction me nettoyèrent les ouvertures, les oreilles, l’anus, la vulve […]. Mon corps ainsi disposé, on y répandit des essences à grands flots, puis on me fit la toilette ordinaire à toutes les femmes, on me coiffa avec un chignon très lâche, des boucles ondoyantes sur mes épaules et sur mon sein, quelques fleurs dans mes cheveux […] ». Sapho à son entrée chez Mme de Furiel - Mathieu-François Pidansat de Mairobert, « Confession d’une jeune fille »

Une élégante à sa toilette par Michel Garnier

L'Art de feindre :

Le « goût bizarre de ces hommes pour les chimériques princesses de théâtre » l’Histoire de Mademoiselle Cronel dite Frétillon, écrite par elle-même...

Les femmes mettent en scène leur corps :

« les femmes savent mettre, sans paraître y songer, tant d’art à développer les grâces de leurs mouvements et le jeu de leur physionomie. » Le Diable au corps - Nerciat

 

« Alors je commençai à déployer sur le grand Théâtre, les talents que je m’étais donnés. Mon premier soin fut d’acquérir le renom d’invincible. Pour y parvenir, les hommes qui ne me plaisaient point furent toujours les seuls dont j’eus l’air d’accepter les hommages. Je les employais utilement à me procurer les honneurs de la résistance, tandis que je me livrais sans crainte à l’amant préféré. Mais, celui-là, ma feinte timidité ne lui a jamais permis de me suivre dans le monde ; et les regards du cercle ont été, ainsi, toujours fixés sur l’amant malheureux. » La marquise de Merteuil, joue sans cesse sur une identité double...

Le masque : « Je sentais fort bien que, si je cédais aux sollicitations qu’on me faisait pour me démasquer, ma cour dans l’instant diminuerait. La curiosité fait faire au bal les trois quarts des démarches que l’on y fait Je voulus jouir le plus longtemps qu’il me serait possible du plaisir de voir mes rivales humiliées par les préférences marquées que tout le monde s’empressait de me faire ; nous n’avions mis personne dans le secret ; Manon n’était point connue, et moi je ne l’étais pas assez pour craindre d’être devinée une première fois que je paraissais au bal. » Histoire de Mlle Brion dite Comtesse de Launay ( 1754)

 

Le 'masque' source d'erreur ( masculine) : « Ils se retirèrent ensemble dans un coin, et Angola, persuadé que c’était Luzéide, l’assura qu’il la connaissait et la conjura de se démasquer. Il lui jura que son coeur ne pouvait le tromper, et y joignit les protestations d’amour les plus tendres dont il put s’aviser. Le masque les recevait avec une froideur dont il était surpris. Il redoubla ses instances pour la faire démasquer ; mais quelle fut sa surprise lorsque, s’étant rendue à ses persécutions, elle défit son masque et offrit à ses yeux, au lieu des traits de Luzéide, ceux de Clénire, à laquelle il ne songeait nullement ! Il fut un instant pétrifié ; mais il avait trop de monde, et, par conséquent, trop de fourberie pour ne pas réparer promptement sa faute. » Angola , de La Morlière

 

« On l’avait averti qu’elle serait en blanc avec des réseaux d’or. Il se mit derrière une femme vêtue de cette façon qui était de la contredanse, et lui débita beaucoup de fadaises dans cet aimable fausset qui était consacré pour le bal, et qu’il entendait parfaitement. Elle y répondit dans le même goût, le lutina beaucoup, le trouva insupportable, se plaignit de sa folie outrée, lui leva plusieurs fois le taffetas de son masque, lui fit quelques-unes de ces questions qu’on applique à tout le monde, le reconnut, n’en fit pas semblant, joua la personne déroutée, feignit d’être ennuyée au possible de lui et de ses propos ; et, après la contredanse, le tira à part pour le gronder de ses persécutions, et bien résolue dans le fond à s’exposer à de plus essentielles. »

Clénire, qui est confondue avec Luzéide, se trouve en position de maîtrise puisque c’est son identité à elle qui est ignorée alors qu’elle-même connaît celle du masque masculin...

Et lorsque, la femme se dévoile, se « démasque », elle perd toute maîtrise sur elle-même et sur son corps, elle se laisse séduire plutôt qu’elle ne séduit...

 

Le XVIIIe siècle : La femme et le libertin. - 17/. - Le corps mis en scène
Le XVIIIe siècle : La femme et le libertin. - 17/. - Le corps mis en scène
Le XVIIIe siècle : La femme et le libertin. - 17/. - Le corps mis en scène
Le XVIIIe siècle : La femme et le libertin. - 17/. - Le corps mis en scène
Le XVIIIe siècle : La femme et le libertin. - 17/. - Le corps mis en scène
Le XVIIIe siècle : La femme et le libertin. - 17/. - Le corps mis en scène
Le XVIIIe siècle : La femme et le libertin. - 17/. - Le corps mis en scène
Le XVIIIe siècle : La femme et le libertin. - 17/. - Le corps mis en scène
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Le XVIIIe siècle : La femme et le libertin. - 17/. - Le corps mis en scène

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Le XVIIIe siècle : La femme et le libertin. - 16/. - Maîtriser l'ennui

Publié le par Perceval

Le siècle se représente la ''nature féminine'' comme l'objet d'une certaine maîtrise de la part des femmes... Au travers des passions ….

La femme – en ce siècle - est contenue à « se renfermer dans son domestique, régler sa maison et s’en tenir à son époux », ce qui revient à « mener une vie lugubre, périr d’ennui et s’enterrer toute vive ». ( Les Bijoux indiscrets). Mirzoza, ne s’occupe qu'à « [faire] des noeuds sans dire mot ». Les femmes se donnaient alors une contenance et l’air d’être occupées en tressant, avec une navette, des noeuds de ruban destinés à la parure...

« Elle était couchée négligemment et par décence faisait des noeuds. Son déshabillé galant et léger laissait voir une partie de ses charmes et ne semblait cacher l’autre que pour augmenter les désirs. […] Son attitude était voluptueuse et ne dérobait aucun des charmes de sa taille […] » - Angola ( voir note *), document des mœurs frivoles de la cour et de la ville : c'est le livre des boudoirs, c'est encore le manuel des conversations à la mode qui traîna dans tous les salons, sur tous les sophas de 1772 à 1785.

« […] elle s’était occupée à faire des noeuds pendant mon sommeil : elle interrompit son ouvrage pour me glisser la langue dans la bouche, et le laissa bientôt dans l’espérance que j’allais l’occuper à faire des noeuds d’une autre espèce » de Madame Dinville, dans le Portier des Chartreux

Le terme « noeud », dans le Parnasse satyrique du XVIIe siècle, désigne déjà le gland... Madame Dinville interrompt son ouvrage dès qu’elle voit Saturnin ouvrir les yeux et montrer que des « noeuds d’une autre espèce » occuperaient bien mieux son corps que ceux qu’elle pouvait faire jusqu’alors avec la navette.

« les femmes portent un vide qu’une nécessité perpétuelle, un appétit indépendant d’elles les portent à remplir...» dans Le Rideau levé de Mirabeau.

« Elle avait une bibliothèque nombreuse et choisie, où elle allait puiser les ressources contre l’ennui, et de sûrs moyens d’enchaîner. Les lectures les plus graves ne l’effrayaient pas, elles lui apprenaient à connaître le coeur humain, à réprimer, du moins en apparence, les mouvements du sien ; enfin, ce qui pour tout autre eût été peut-être un moyen de se corriger, ne faisait que développer ses vices ». dans Amélie de Saint-Far quant aux égarements de Madame Durancy...

« […] et ce qui, ajouta-t-il en soupirant et en levant les yeux au ciel, est encore plus terrible pour elles, c’est le désœuvrement perpétuel dans lequel elles languissent. Cette nonchalance fatale livre l’esprit aux idées les plus dangereuses ; l’imagination, naturellement vicieuse, les adopte et les étend ; la passion déjà née en prend plus d’empire sur le coeur, ou, s’il est encore exempt de trouble, ces fantômes de volupté que l’on se plaît à se présenter le disposent à la faiblesse » Moclès dans Le Sopha, qui pousse Almaïde à chercher dans la volupté et le plaisir une façon de remplir ses moments...

« on s’ennuie de tout […] c’est une Loi de la Nature» dit la Marquise de Merteuil... Et l'habitude est le plus court chemin vers l'ennui...

« l’habitude […] émousse […] cette pointe de volupté, amortit cette vivacité de désirs qu’un nouvel objet fait renaître» Le Rideau levé,

L’union de Psaphion avec Micile, dans le roman de Meusnier de Querlon, la plonge rapidement dans un ennui qui se caractérise par le vide.

« Je commençai même à m’apercevoir de ma solitude. Je regrettais cette foule d’amants qui venaient payer chaque jour à mes charmes un nouveau tribut.

Je m’imaginais être dans les chaînes de ce bizarre engagement de s’aimer (je veux dire de vivre ensemble comme si on s’aimait) produit nécessairement le contraire. En effet, avant que Micile se fût approprié ma personne, avant qu’il fût venu déranger un genre de vie dont la liberté fait toute la douceur, je ne connaissais point l’ennui. »

La femme est portée naturellement à l'inconstance et au changement. Pour le corps féminin, la séduction est le seul remède efficace à l'habitude et à l'ennui... La femme affirme ainsi sa maîtrise sur le désir masculin et sur le temps ...

« Quand il m’aurait moins ennuyée de sa tendresse, je sais trop par moi-même, combien les complaisances que l’on s’impose quand le goût ne commande plus, sont odieuses, pour que je consente jamais à reprendre un homme sur qui mon imagination se sera usée : d’ailleurs, je crois que j’ai quelque chose dans la tête. » Dercyle à Alcibiade à propos d’Adymante dans les Lettres athéniennes de Crébillon

Fatmé, dans Le Sopha, a « senti de bonne heure qu’il est impossible de se dérober aux plaisirs, sans vivre dans les plus cruels ennuis ».

Condamnée à fuir l'ennui, déréglée par son imagination, la femme, comme Ursule, chez Restif de la Bretonne, est l'objet de ses ''caprices''.

« Qu’est-ce qu’une maîtresse ? » (..) : « une femme, ou fière ou extravagante, une coquette, une femme à caprices, un coeur à ressorts qui prend le feu de son imagination pour de la tendresse, et toujours les mouvements de ses sens pour son coeur ». Margot des Pelotons, ou la Galanterie naturelle. 1775

* Angola, histoire indienne du chevalier de la Morlière, fut un des plus grands succès libertins de l'époque comme le prouvent les nombreuses rééditions, et les belle gravures de Charles Eisen ne sont pas étrangères à cet engouement.

D'un entretien galant entre une contesse et un jeune marquis, ils en viennent à causer d'une brochure :

« – Il est bien décidé, dit le marquis, que c’est une misère, comme toutes les autres qui ont paru. Je n’en sais pas un mot, et je vais gager de vous dire ce que c’est d’un bout à l’autre. Apparemment qu’il est question de quelque fée qui protège un prince pour lui aider à faire des sottises, et de quelque génie qui le contrarie, pour lui en faire faire un peu davantage ; ensuite des événements extravagants, où tout le monde aura la fureur de trouver l’allégorie du siècle , et tout cela terminé par un dénouement bizarre, amené par des opérations de baguette, et qui, sans ressembler à rien, alambiquera l’esprit des sots qui veulent trouver un dessous de cartes à tout.

En vérité, dit la comtesse, cela est défini au mieux : il n’est pas concevable combien ce que vous venez de dire est frappant. Pour moi, j’en suis si pénétrée que je vais la jeter au feu. »

 

On en vient finalement au fond de la brochure... C'est un conte oriental … Il apparaît comme une représentation du libertinage mondain, délicieusement ironique.

 

« – Effectivement, dit la comtesse, qu’on dise que je n’y suis pas ; et pour que le sacrifice soit complet, si mon mari se présente, qu’on l’assure très positivement que je suis malade à périr, que je n’ai pas fermé l’œil et que je suis au désespoir de ne pouvoir recevoir sa visite. Allons, marquis, vous pouvez commencer. »

Ainsi, cette parodie de l’une des scènes de La Princesse de Clèves :

« Il faut avouer que je suis bien bonne, lui dit-elle, de vous garder ici à l’heure qu’il est : il faut que je compte excessivement sur votre retenue ; car enfin être seule ici avec un homme de votre âge, cela est bien scabreux. Nous avons une lecture à achever, mais je crois de bonne foi que nous ferions mieux de la laisser. Nous étions près du dénouement, il promet d’être tendre, et je ne le crois pas fort propre à inspirer le respect que je désire que vous me conserviez.

N’aurions-nous pas de meilleures leçons à prendre de lui, reprit le prince, et est-il donc défendu de les mettre en pratique ?

Lisez, lui répondit la fée, vous devenez d’une curiosité insoutenable, et je ne sais où vous prenez toutes les extravagances que vous me débitez, et que je serais peut-être assez bonne pour croire. » […] En même temps le prince, entraîné par la contagion de l’exemple, ose approcher sa bouche de celle de la fée et y prendre des baisers charmants, qu’on ne refuse qu’autant qu’il faut pour y mettre le dernier prix. […] Bientôt Angola abandonna sa lecture, et Lumineuse ne lui en rappela pas le souvenir. Assez instruit par les leçons qu’il avait commencés à mettre en pratique, et devinant à peu près à quoi devaient aboutir de pareils commencements, il prit sur le compte de ses propres lumières de profiter de ses avantages »

 

* Les illustrations sont des reproductions de dessins et gravures de:

Charles-Dominique-Joseph Eisen, est né le 17 août 1720 à Valenciennes, et il est mort le 4 janvier 1778 à Bruxelles. Il est un peintre et graveur français surtout connu par la très grande quantité de dessins et de compositions qu’il a réalisés pour les éditeurs de son temps.

En 1742, il entre dans l'atelier de 'Le Bas' : grande fabrique de dessins et gravures … Il épouse Anne Aubert la fille d'un apothicaire, de treize ans son aînée. Il gagne sa vie en composant et en gravant des sujets religieux et quelques pièces dans le goût de Boucher...

Membre de l’académie de Saint-Luc, Eisen devient de plus en plus connu et apprécié

Les Contes de La Fontaine (1762), imprimés par Barbou aux frais des fermiers généraux, livre inimitable dû à la collaboration de trois artistes et qui a longtemps passé pour le plus réussi du dix-huitième siècle, est considéré comme le chef-d’œuvre d’Eisen.

Eisen avait été aussi choisi comme maître de dessin de la marquise de Pompadour, mais il dégoûta bientôt la favorite par son sans-gêne et son manque d’éducation. On raconte même une histoire d’habit dessiné par Eisen pour le roi à la demande de celle-ci, et qui aurait été la cause de sa disgrâce, l’artiste ne trouvant rien de mieux que de s’en faire faire un pareil et de le porter à Versailles le jour même où le roi se parait du sien.

Coureur...  Il abandonne, à quarante-sept ans, le domicile conjugal, sa femme sexagénaire, ses enfants au mariage desquels il ne figure même pas, pour aller s’emménager rue Saint-Hyacinthe avec une veuve Martin ou Saint-Martin, mieux assortie probablement à son âge et à ses goûts. « Il était allé loger près de Le Bas et des marchands graveurs qui l’employaient quand il voulait bien travailler, car il paraît que cet artiste, d’abord si fécond, à la main si habile, à l’esprit si inventif, ne produisait plus qu’à ses heures et « lorsqu’il ne pouvait plus faire autrement. Aussi avait-il partout des dettes. » ( sources Wiki.)

 

A suivre …

Sources : De la représentation au mythe : l'ambiguïtée féminine dans le roman libertin du XVIIIe siècle par Morgane Guillemet

 

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Le XVIIIe siècle : La femme et le libertin. - 15/. - Ecrire au féminin

Publié le par Perceval

* Suzanne Giroust est née vers 1771, dans une famille de commerçants. Elevée dans un couvent, elle épouse en pleine révolution un avocat Bernard Quinquet. Elle a une fille, et bénéficie de la nouvelle loi sur le divorce...

Elle écrit Illyrine sous le pseudonyme de Madame de Morency, le publie vers 1799... Le XIXe siècle jugera son ouvrage immoral et vulgaire...

« Ainsi, ces Mémoires, en tombant dans leurs mains, leur apprendront que jamais je n’ai été femme p…, mais galante. Et dans ce pays, en est-il d’autres ? Celles qui ne le sont pas par spéculation, le sont par attrait aux plaisirs, ou pour se venger d’un époux perfide, ou pour combler les voeux d’un amant adoré. Je ne fus donc que l’enfant des circonstances. »

Illyrine est passée à travers l'histoire en multipliant les amants célèbres ( Hérault de Séchelles, Fabre d’Églantine, le duc de Biron, le Général Dumouriez…) , voyageant dans les régions secouées par la tourmente révolutionnaire, accumulant les aventures picaresques et, enfin, arrêtant sa course auprès d'une sorte d'ermite dont elle nous livre les seules initiales. Sa vie galante s'achève, paisible, en compagnie de ce dernier

** Les Noeuds enchantés ou la Bizarrerie des destinées. – attribué à Fanny de Beauharnais est un divertissement paru en 1789. Ce roman est plus à tonalité libertine qu'une véritable satire politique, malgré ce qu'elle en dit... Zelim serait « le vrai modèle de la femme accomplie », « paraissant se livrer aux doux plaisirs des sens, moins par goût que par complaisance pour son amant, elle flattait sa vanité, caressait ses penchants, lui parlait platonisme des jours entiers... » et elle se dédommage « dans les bras d’un Arabe leste et vigoureux… »

 

*** Enfin, il faut noter un libertinage plus bourgeois, avec plusieurs romans de la comtesse Félicité de

Choiseul-Meuse parus entre 1807 et 1809 : Julie ou J’ai sauvé ma rose est le premier à paraître en 1807 et sans doute le plus intéressant et le mieux écrit, suivi d’Amélie de Saint-Far ou la Fatale erreur en 1808, puis d’Elvire ou la Femme innocente et perdue la même année et enfin d’Entre chien et loup, publié en 1809.

 

Julie ou j'ai sauvé ma rose, publié pour la première fois en 1807 et jouit à l'époque d'un succès fort honorable

Julie d'Irini qui, comme toute héroïne libertine qui se respecte, comprend très tôt qu'elle est habitée par un puissant désir sexuel, découvre les plaisirs de l'amour physique à l'âge de quatorze ans à peine, dans les bras d'Adolphe. Ce dernier s'interdit pourtant de ''cueillir cette rose'' fragile que la société idolâtre et qui assure à la femme le respect et la considération.

« Telle j’étais à quatorze ans; mais je touchais au moment où toutes les passions que je renfermais dans mon sein devaient éclore. Mon penchant à l'amour se trahissait de mille manières ; mes yeux étaient animés, souvent même remplis d'ivresse. »

« Je dansais très souvent avec un jeune homme que l'on nommait : Adolphe ; j’éprouvais, lorsque j’étais avec lui, un plaisir que je ne cherchais pas à dissimuler. Il fut présenté chez ma tante; bientôt il devint notre chevalier; je le voyais tous les jours;mais Rosa ne nous quittait pas, et je désirais souvent, sans en deviner la cause, qu'elle ne fût pas présente à nos jeux. »

« Eh ! quel baiser ! Je ne l'oublierai de ma vie ! Ce fut le premier baiser d'amour, ce fut le plus délicieux ! Il m'enivra de volupté ; jamais baiser ne procura pareille ivresse. Adolphe s'aperçut de mon émotion, et s'efforça de l'accroître encore, en répétant mille fois ce qui l’avait causée. Ses baisers, à chaque instant, devenaient plus ardents; ceux que je lui rendais n’étaient pas moins amoureux , et je crois que j’aurais accordé, dès la première fois, ce que depuis mille amants passionnés n'ont pu obtenir, ni par leur amour ,ni par leur constance, si, à l'instant même où mon Adolphe allait devenir tout-à-fait téméraire, Le nom de Julie , que répétaient plusieurs voix, n'eût frappé notre oreille. Aussitôt Adolphe se releva, et, sans nulle pitié de l'état où il m’avait mise, il se débarrassa de moi, malgré les efforts que je faisais pour le retenir; et le poltron chercha son salut dans la fuite, en me recommandant bien bas de ne pas dire que je l’avais vu. Je restai couchée sur l'herbe, privée de toutes mes facultés , et brûlante de mille désirs. »

« De toutes les passions, l'amour est sans aucun doute, celle qui nous procure les jouissances les plus réelles et les plus vives; mais, par un préjugé bizarre, les hommes seuls ont le privilège de s'y livrer sans perdre leur réputation. Et lorsqu'une femme nous aime assez pour nous sacrifier ce qu'elle a de plus précieux, pour nous combler de faveurs et nous enivrer de volupté, au lieu de la regarder comme un être divin, digne de l'adoration la plus pure après en avoir tout obtenu, nous la traitons avec mépris, et nous la livrons à la honte en publiant sa défaite. [ ... ] Livre-toi donc à l'amour sans chercher à lui opposer une résistance inutile, goûtes-en tous les plaisirs; perfectionne, si tu le peux, \' art d'en prolonger les jouissances, de les rendre plus vi ves, plus enivrantes. Nage dans une mer de délices, mais aie le courage de conserver assez de sang-froid, au sein même de la volupté, pour refuser la dernière faveur [ ... ]. Nous sommes esclaves jusqu'à ce que nous ayons obtenu cette précieuse faveur; mais votre empire finit avec votre résistance, et nous régnons à notre tour: non contents de devenir tyrans, n'ayant plus rien à désirer, le dégoût remplace l'amour, et nous abandonnons sans pitié celle à qui nous devons le bonheur, et dont l'attachement s'est accru en proportion de ses bienfaits; en vain nous donne-t-on les noms de perfide, d'infidèle, nous nous glorifions de les mériter».

Julie va s'autoriser toutes les jouissances, hors celle qui lui déroberait le précieux trésor, respectant ainsi à sa manière les bienséances exigées par la société. Sans la moindre réticence, l'héroïne se plie aux convenances qui permettent de sauver les apparences et conclut, à l'âge de trente ans: « Me voilà donc au bout de ma carrière [ ... J. J'ai régné sur les hommes, je les ai fait servir à mes plaisirs, et je puis les défier tous. D'où me viennent ces avantages inappréciables? Du talisman précieux que toutes les femmes reçoivent, en naissant, des mains de la nature; c'est de sa conservation que dépendent la réputation, la tranquillité, le bonheur».

A suivre …

Sources : De la représentation au mythe : l'ambiguïtée féminine dans le roman libertin du XVIIIe siècle par Morgane Guillemet

 

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Le XVIIIe siècle : La femme et le libertin. - 14/. -

Publié le par Perceval

Ambiguïté du Féminin-masculin :

Dans une société où les rôles sexués sont clairement définis et délimité... Dans les romans ''libertins'' que signifie ce ''je'' féminin dont l'homme est l'auteur... ?

Margot, « expose au grand jour les rôles divers [qu’elle a] joués pendant [sa] jeunesse », tout comme Fanny écrit à sa « chère amie » qu’elle va retracer « les égarements de [sa] première jeunesse ». Quant à Félicia, elle écrit les « aventures » de sa jeunesse, jusqu’à ses seize ou dix-sept ans environ. Elles écrivent comme elles – ce sont des courtisanes – seraient censés écrire. Ceci ne cautionnant pas le statut de ''femme écrivain'' :

« Voilà, je pense, mon cher bienfaiteur, ce que vous avez exigé que j’écrivisse des détails de ma vie. » Thérèse la philosophe ...

Mademoiselle Javotte : « Encore une brochure, s’écrient déjà nos petits-maîtres caustiques. On n’y peut pas tenir, c’est à périr ! Doucement, messieurs, s’il-vous-plaît ; c’en est une à la vérité, mais brochure où, pour flatter votre goût frivole, on n’y a peint vos sottises qu’avec des couleurs gaies ; brochure où, pour ménager votre faible jugement, on ne s’y est permis d’autres moralités que celles des faits. Enfin, c’est un ouvrage écrit par une jolie femme, et publié par une autre. Pourrez-vous lui refuser votre suffrage ? »

 

Déjà... ! « ce sont les femmes qui […] font la plus grande consommation » de romans » car selon Charles Sorel « elles trouvent qu’ils sont faits principalement pour leur gloire, et qu’à proprement parler, c’est le triomphe de leur sexe » De la Connoissance des bons livres, Paris, Pralard, 1671

Le roman libertin représente les effets de sa propre lecture...

Le roman libertin, est un genre romanesque qui « semble fonctionner sur la mise en abyme de la lecture (…) « Jamais fille chaste n’a lu de romans. Lecture en cachette, lecture en abyme dans Thérèse philosophe », dans L’épreuve du lecteur. Livres et lectures dans le roman d’Ancien Régime de Mainil J. » en multipliant à plaisir les scènes où il représente sa capacité à porter le trouble dans les sens de son lecteur.

D'autant que les romans libertins ne sont pas lus que par les hommes. Les femmes de certains milieux aristocratiques les appréciaient … La médecine, d'ailleurs soucieuse de pathologie sexuelle ne cesse de vouloir prévenir contre « l’horrible danger de la lecture » de tels ouvrages, en particulier lorsqu’ils tombent entre des mains féminines.

 

La lectrice en tant que telle, le plaisir de la lecture est au cœur du roman libertin...

Dans les textes de Crébillon, tel Le Sylphe (1730) ou Le Sopha (1742), de belles lectrices dénudées lisent pour leur plaisir en solitaire dans le secret de leur cabinet ou de leur chambre à coucher mais le regard masculin n’est pas loin...

Dans ces œuvres, les lectrices se présentent comme des femmes belles et intelligentes mais lascives, la lecture les conduit à l’acte sexuel bien guidées par des maîtres séducteurs.

Mlle Créon et Mlle Tékély de Prévost , Félicia de Nerciat ou la marquise de Merteuil de Laclos , Laure de Mirabeau ou la paysanne pervertie de Rétif de la Bretonne lisent beaucoup et développent une liberté de pensée et des idées qui les conduisent à rompre avec les bienséances et les règles sociales pour vivre à leur guise.

La Dédicace à Zima sur laquelle s’ouvrent les Bijoux indiscrets :

« Zima, profitez du moment, écrit alors Diderot. L’aga Narkis entretient votre mère, et votre gouvernante guette sur un balcon le retour de votre père : prenez, lisez, ne craignez rien. Mais quand on surprendrait les Bijoux indiscrets derrière votre toilette, pensez-vous qu’on s’en étonnât ? Non, Zima, non ; on sait que le Sofa, le Tanzaï et les Confessions ont été sous votre oreiller. Vous hésitez encore ? Apprenez donc qu’Aglaé n’a pas dédaigné de mettre la main à l’ouvrage que vous rougissez d’accepter » Diderot D., Les bijoux indiscrets

 

Fatmé, dans Le Sopha (1742) de Crébillon fils : une « armoire secrète » dissimule des ouvrages licencieux. De cette armoire Fatmé tire un roman dont, nous dit-on, « les situations étaient tendres et les images vives». Bientôt, « Ses yeux devinrent plus vifs ; elle le quitta, moins pour perdre les idées qu’il lui donnait, que pour s’y abandonner avec plus de volupté. Revenue enfin de la rêve dans laquelle il l’avait plongée, elle allait le reprendre, lorsqu’elle entendit un bruit qui le lui fit cacher. Elle s’arma, à tout événement, de l’ouvrage du Bramine : sans doute elle le croyait meilleur à montrer qu’à lire. »

Ainsi, écrit Thérèse :

« Qu’[…] après une heure de lecture, je tombai dans une espèce d’extase. Couchée sur mon lit, les rideaux ouverts de toutes parts, deux tableaux — les Fêtes de Priape, les Amours de Mars et de Vénus — me servaient de perspective. L’imagination échauffée par les attitudes qui y étaient représentées, je me débarrassai des draps et des couvertures et […] je me mis en devoir d’imiter toutes les postures que je voyais. […] Machinalement, ma main droite se porta où celle de l’homme était placée, et j’étais au moment d’y enfoncer le doigt lorsque la réflexion me retint […] que j’étais folle, grands dieux, de résister aux plaisirs inexprimables d’une jouissance réelle ! Tels sont les effets du préjugé : ils sont nos tyrans. […] Quoi ! m’écriai-je, les divinités mêmes font leur bonheur d’un bien que je refuse ! Ah ! cher amant ! je n’y résiste plus. Parais, Comte, je ne crains point ton dard […]. » Boyer J.-B. de, marquis d’Argens, Thérèse philosophe

Notes :

* Le Sopha, conte moral est un conte français de Claude Prosper Jolyot de Crébillon dit « Crébillon fils », rédigé en 1737. Le conte adopte un récit cadre oriental qui renvoie aux Mille et une nuits4 et s’affirme comme une réflexion sur les aléas du désir et de l’amour. Le narrateur, Amanzéï, est transformé en sopha et ne retrouvera sa forme humaine que « quand deux personnes se donneraient mutuellement et sur [lui] leurs prémices ». À l’intention du sultan Schah-Baham, qui s’ennuie, et de la sultane, il raconte les scènes dont il a été le témoin en faisant défiler sept couples. Le dernier, formé de deux adolescents (Zéïnis et Phéléas) dont les jeunes cœurs jouissent innocemment du plaisir qu’ils se donnent, remplit la condition permettant de le libérer.

* Mademoiselle Javotte, ouvrage peu moral, écrit par elle-même et publié par une de ses amies. à Bicêtre, (Paris), 1788, est attribué à l'écrivain français Paul Baret (ou Barret) par le catalogue Paulmy, et par Barbier. La première édition est de 1757. Ce conte facétieux et un peu croustillant raconte les aventures de Javotte, fille d'un portefaix, qui doit vendre ses charmes pour sortir de la misère. "Une note à la main .. dit que l'héroïne du roman vivait à Paris, et qu'elle s'appelait Jeanne Godeau.... de la même famille que Godeau, Antoine, évêque de Vence... fils d'un chapelier de Dreux....

 

* Thérèse Philosophe ou Mémoires pour servir à l’histoire du père Dirrag et de mademoiselle Éradice

Anonyme, Attribué au marquis Boyer d’Argens ( Texte daté de 1748 )

C'est l'histoire d'une relation entre une jeune fille mineure et un vieux prêtre. Ce roman attire l’attention sur la répression sexuelle des femmes à l’époque des Lumières, mais également sur l’exploitation de la sexualité par l’autorité religieuse.

 

A suivre …

Sources : De la représentation au mythe : l'ambiguïtée féminine dans le roman libertin du XVIIIe siècle par Morgane Guillemet

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Le XVIIIe siècle : La femme et le libertin. - 13/. -

Publié le par Perceval

Si la Femme développe une puissance sexuelle illimitée, le sexe masculin craint de ne pas être ''à la hauteur'' ( On parle alors '' d'invalide de Cythère ''…). Cette impuissance est largement décrite dans les romans du siècle ; elle est ridicule. De plus, la sexualité masculine ne peut multiplier à l'infini les plaisirs …

« Tu sais que les femmes, avares de leurs plaisirs, veulent que leurs amants ménagent leurs forces et ne déchargent qu’à propos, j’ai toujours abjuré cette économie, parce que je trouve dans le nombre ce que je cherche ; je veux obtenir tout et sans réserve ; malheur à celui qui s’épuise ; un lieutenant l’a bientôt relevé : ces accolades demi-sèches, me donnent peu de plaisir, je crois alors être foutue par un eunuque. » ANONYME, Vénus en rut ou vie d’une célèbre libertine, Luxurville, 1771

La marquise dans le Diable au corps au sujet de l’un de ses amants, Tournesol :

« Tournesol, avant mon bail, était un véritable Hercule, ayant d’ailleurs toutes les grâces et la galanterie du beau monde de Paris. Après l’avoir eu pendant quelques mois, seule peut-être, ce qui n’était pas un médiocre triomphe pour ma vanité, j’eus la sottise (c’en était une insigne) de trouver mauvais qu’il n’eut plus pour moi la même ardeur… J’aurais dû me dire qu’un homme qu’on a mis sur les dents ne peut plus se ressembler ; mais j’avais l’injustice de le trouver coupable »…

(...)

« J’étais furieuse de ce qu’il n’avait pas apporté sur-le-champ cette ''immortalita del Cazzo'', dont la moindre propriété (car il fallut bien me les déduire) était de mettre l’homme le plus invalide en état de faire la douce chose deux ou trois fois d’une haleine. » Tournesol lui fait croire à que, grâce à « l’immortalita del Cazzo », un aphrodisiaque, il est le seul à posséder la comtesse de Mottenfeu ( connue pour sa lubricité) jusqu’à quatorze fois dans la même nuit ...

Dans les pamphlets, on oppose l’impuissance du roi, Louis XVI, et la puissance érotique de sa femme, Marie-Antoinette... Marie-Antoinette qui représenterait, par ailleurs, la peur de la castration ( politique, sexuelle ...)... Le sexe des hommes du peuple serait plus vigoureux que celui des aristocrates … !

Il y aurait aussi, la peur masculine du ''vagina dentata'' ( vagin denté) :

« Courage, mon ami, lui dis-je, et si tu veux me prouver qu’il te vient du coeur, ose poser là-dessus en signe de paix un baiser… » Pour le coup, il se releva tout de suite, et sauta plus de deux pas loin de moi… Je courus après lui : « Quelle enfance, lui dis-je ! crois-tu que cela t’aurait mordu ! » dit Lolotte au jeune Alexis ( Nerciat)

Le pouvoir des femmes lié à la puissance érotique, s'exerce dans l'ombre... Il peut être celui des aristocrates ; ou des ''patriotes''...

Une propagande contre la Reine Marie-Antoinette la représente, ici avec La Fayette, et lui prête une vie licencieuse

 

Julie philosophe ou le Bon patriote, attribué de façon incertaine à Nerciat et paru en 1791, Julie choisit ses amants en fonction de ses convictions patriotiques :

« On sera sans doute surpris qu’une femme aussi peu instruite ait entrepris une pareille tâche, et qu’elle y ait réussi complètement, mais ce fut justement à ma qualité de femme que je dus mon succès ; un adversaire plus redoutable eût probablement échoué ; […] et si, par la suite il sollicita la permission de venir prêter le serment civique, c’est à moi qu’on doit attribuer cette résolution. Comme j’étais instruite de tout ce qui se passait aux états généraux […] ».

« […] peut-être deviendras-tu la maîtresse d’un des membres des états généraux, et alors tu l’animeras de ton patriotisme, tu pourras même l’éclairer de tes conseils, lui suggérer des idées lumineuses et contribuer au succès des travaux importants de ces assemblées. »

Mirabeau choisit également Julie pour une mission en partie parce qu’elle est une femme :

« Julie, me dit-il, vous qui êtes une des plus zélés partisans de la liberté, vous pouvez rendre un grand service à ceux qui soutiennent la même cause. […] comme j’ai la plus grande confiance en vous et que d’ailleurs une femme n’est point suspecte en pareil cas, c’est sur vous que j’ai jeté les yeux pour cette mission, persuadé que vous ne me refuserez pas ce service. »

 

Il n'empêche, ce pouvoir reste pernicieux parce qu'il émane du ''sexe faible'' entièrement soumis à son corps et ses sens … Avec la menace de l'impuissance qui guette l'homme.

Margot sait tirer sa gloire du succès de son travail, en effet elle fait pleurer de joie l'instrument de Monsieur de Gr*** M***

« Ce fut alors que j’eus besoin de tout le savoir que j’avais puisé dans l’école de Madame Florence pour ressusciter cette masse informe, et la retirer de l’état d’anéantissement où elle était, insensible et rebelle aux secousses que je lui donnais, et au frottement de ses deux lâches témoins, que je pressais l’un contre l’autre ; je commençais à désespérer du succès de mon travail, lorsque je m’avisai, pour dernière ressource, de lui chatouiller le périnée, et de le socratiser du bout du doigt. L’expédient réussit à miracle. La machine assoupie sortant tout à coup de son repos léthargique se développa d’une façon si merveilleuse qu’il me parut qu’elle prenait un nouvel être. Alors, pour profiter de cet instant précieux, et couronner mon chef-d’oeuvre, je remuais le poignet avec tant de souplesse et de rapidité, que le monstre vaincu par les plus délicieuses sensations répandit un torrent de larmes dans l’excès de sa joie. »

A suivre …

Sources : De la représentation au mythe : l'ambiguïtée féminine dans le roman libertin du XVIIIe siècle par Morgane Guillemet

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Le XVIIIe siècle : La femme et le libertin. - 12/. -

Publié le par Perceval

Le XVIIIe siècle : La femme et le libertin. - 12/. -

Sur le désir de connaître ce mystérieux ''sexe féminin'' le XVIIIe s. s'étale entre vision médicale ( mécaniste) et vision fantasmée... Ainsi exprimée par Félicité :

« Que Dieu vous garde, ma chère maîtresse [c’est Félicité qui parle], d’être jamais dans le cas de passer par la casserole de saint Côme ! Comme la plus belle femme cesse alors d’être l’image d’une divinité ! Quelle humiliation ! Quelle différence d’étaler ses charmes aux yeux d’un fouteur plein d’ivresse, ou bien à ceux d’un inanimé docteur, qui ne voit dans tout cela qu’une machine immonde, détraquée, qu’il s’agit de purifier et de réparer ! Quelle barbare nomenclature au lieu de ces jolis ou joyeux noms qui, dans le plaisir, sont prodigués aux attrayants objets de mille folies ! »

L’appareil génital féminin peut être comparé à un « gouffre aussi insatiable que Charibde ». Code de Cythère ou le Lit de justice d’Amour., de Jean-Pierre Moet (1746).. Le gouffre, la grotte : lieu souterrain, obscur, un piège aussi … !

« Je me dépêche d’arriver à la grotte charmante qui termine le labyrinthe. Quand on y est, il semble qu’on soit séparé de l’univers, on y marche sur les roses et on en est couronné. J’y vais souvent surtout quand le soleil se couche. L’attrait y mène, l’enchantement y retient, on y rêve… à ce qu’on veut » (Les Malheurs de l’inconstance,).

Nerciat réunit en l’effrénée Mme de Caverny la figure de l’hystérique, de la femme-gouffre et plus généralement de l’excès spécifiquement féminin très souvent illustré dans les romans libertins...

« Il faut être folle pour imaginer ce que tenta pour lors l’effrénée Mme de Caverny. D’une main, qui peut à peine seconder son dessein, elle saisit à la fois les deux boute-joies ; enjambe ; les enfourche ; et les présente accolés à l’orifice brûlant de sa spacieuse vulve. Tous deux y pénètrent et reconnaissent qu’elle peut fort bien les héberger. […] Les instruments de son bizarre caprice, malgré la gêne de l’attitude et leur inexpérience à pareil travail, s’en acquittèrent pourtant assez bien : elle tomba dans une crise indicible… les inonda tellement qu’ils ne s’aperçurent presque plus d’être deux ; et fit craindre, un moment, qu’elle n’eût trouvé tout de bon la mort dans ce monstrueux excès de libertinage. » Le Diable au corps de Nerciat

Qu'est-ce donc que ''le diable au corps'' ? C'est « Ce surcroît de possession m’exalte, me met hors de moi : je ne suis plus une simple femme, je suis une démoniaque en délire, dont Priape et Bacchus brassent le sang ; je sanglote ; je siffle comme un serpent ; je jure ; je mords ; je broie à grands coups de mon croupion convulsif les deux fouteurs, […]. » La marquise dans Le Diable au corps de Nerciat

La femme est souvent conçue, au XVIIIe siècle, comme très largement déterminée par son corps, et en particulier par son utérus, cause, entre autres maladies et dysfonctionnements du corps et de l’identité féminins, de l’hystérie.

Et l'homme ? Il y a risque que le sexe masculin soit rendu impuissant par l’appétit sans borne du sexe féminin...!

« Je ne souhaitais plus que la mort : j’avais perdu le pouvoir de jouir de la vie, l’anéantissement était le but de tous mes désirs. J’aurais voulu me cacher éternellement ce que j’avais été, je ne pouvais penser sans horreur à ce que j’étais. « Le voilà donc, disais-je au fond de mon coeur, le voilà cet infortuné père Saturnin cet homme si chéri des femmes, il n’est plus : un coup cruel vient de lui enlever la meilleure partie de lui-même : j’étais un héros, je ne suis plus qu’un... Meurs, malheureux, meurs, peux-tu survivre à cette perte, tu n’es plus qu’un eunuque ». Saturnin, dans Le Portier des Chartreux, atteint par la vérole...

La courtisane serait en toute lumière une: « Eve moderne dont la nature est de tromper. »

Et, la Margot de Fougeret de Monbron, en se faisant représenter en « Madeleine pénitente » par « tous les Apelles et barbouilleurs de Paris», illustre en elle cette ambivalence de la figure de Marie-Madeleine, à la fois voluptueuse ( jusqu'à être incarnée par le corps d’une courtisane) et pénitente.

Notes :

Les Malheurs de l'Inconstance de Claude-Joseph Dorat (1734-1780) est publié en 1772, et Les Liaisons Dangereuses le furent en 1782. Et, à quelques détails, les deux intrigues présentent d'évidentes similitudes.

Roman épistolaire : la narration se fait par lettres successives que les différents protagonistes s'envoient les uns aux autres mais seul le lecteur a une vue de l'ensemble de ces lettres...

Le Duc de ***, libertin cynique, éconduit par Madame de Syrcé, décide de se venger : « Je n'ai pu la déterminer en ma faveur, je veux la séduire par procuration ».

Il confie cette mission à son cousin, le Comte de Mirbelle, dont le cœur est déjà pris par une Anglaise, Lady Sidley. il le pousse dans les bras de la belle puis veux rendre public la liaison, et en causer la rupture … Et ; Madame de Syrcé et le Comte de Mirbelle vont se prendre au jeu, et tomber réellement amoureux l'un de l'autre...

Si Madame de Syrcé est mariée, la belle anglaise Lady Sidley a le coeur pris par le Comte de Mirbelle ; et les vilaines manoeuvres du Duc de *** vont peu à peu être mises à jour...

* Claude-Joseph Dorat (1734-1780). Né dans une famille de robe,et après avoir quitté l'armée, il se mit à fréquenter le monde des lettres, du théâtre et des femmes à la mode où il épuisa son patrimoine en dépenses pour ses plaisirs et pour l'impression de ses ouvrages.

Homme de théâtre, poète, il fut avant tout apprécié comme romancier. Estimé de son temps pour ses deux grands romans: Les Sacrifices de l'Amour (1771) et les Malheurs de l'inconstance (1772)... Amant de Fanny de Beauharnais ( féministe, écrivaine, salonnière ..;) , elle le secourut quand il fut ruiné...

 

A suivre …

Sources : De la représentation au mythe : l'ambiguïtée féminine dans le roman libertin du XVIIIe siècle par Morgane Guillemet

Le XVIIIe siècle : La femme et le libertin. - 12/. -

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Le XVIIIe siècle : La femme et le libertin. - 11/. -

Publié le par Perceval

Le XVIIIe siècle : La femme et le libertin. - 11/. -

Le désir féminin :

Pour le XVIIIe siècle, la femme est un être entièrement soumis à son corps.

Margot dans le roman de Fougeret de Monbron : « Nous n’existons plus que par les sens... l’âme, en ces délectables instants, est, en quelque manière, anéantie »

L’âme se trouve donc déspiritualisée et conçue comme on ne peut plus corporelle, alors que sa localisation « varie selon l’âge, le tempérament, les conjonctures, et de là naissent la différence des goûts, la diversité des inclinations, et celle des caractères » :

« Ainsi, la femme voluptueuse est celle dont l’âme occupe le bijou, et ne s’en écarte jamais. La femme galante, celle dont l’âme est tantôt dans le bijou, et tantôt dans les yeux. La femme tendre, celle dont l’âme est habituellement dans le coeur ; mais quelquefois aussi dans le bijou. La femme vertueuse, celle dont l’âme est tantôt dans la tête, tantôt dans le coeur ; mais jamais ailleurs. » Les Bijoux indiscrets de Diderot

La marquise de Merteuil fait le portrait de Cécile Volanges :

« Elle dénote, surtout, une faiblesse de caractère presque toujours incurable et qui s’oppose à tout ; de sorte que, tandis que nous nous occuperions à former cette petite fille pour l’intrigue, nous n’en ferions qu’une femme facile. Or, je ne connais rien de si plat que cette facilité de bêtise, qui se rend sans savoir ni comment ni pourquoi, uniquement parce qu’on l’attaque et qu’elle ne sait pas résister. Ces sortes de femmes ne sont absolument que des machines à plaisir. »

L’héroïne des Galanteries de Thérèse, roman né de la plume de Bret et/ou de Villaret en 1745, reconnaît : « Un plaisir que je n’avais ni prévu ni désiré vint s’emparer de mes sens ; mon coeur, habituellement susceptible des impressions de la volupté, succomba machinalement à la force insurmontable du penchant qui m’entraînait. »

Le narrateur de Lucette ou les Progrès du libertinage feint de déplorer que « s’il est bien difficile à un homme de triompher de ses désirs, il l’est bien davantage à ce sexe que tout sollicite à suivre la nature et les plaisirs ».

Mais, il faut nuancer... Parfois l’excès et la satiété peuvent affaiblir le plaisir … Il existe aussi le plaisir de la résistance, pour laisser place au désir

« En me privant de ces plaisirs, que peut-être on exagère, je me suis préservée de mille craintes, et j’ai mis à l’abri ma réputation, et d’ailleurs de quoi ne me dédommage pas la gloire d’être aujourd’hui la seule femme qui puisse se vanter d’avoir goûté mille fois les plaisirs d’une défaite, et de n’avoir jamais été vaincue !

J’aurais pu connaître de plus grandes jouissances ; mais elles eussent été plus courtes et moins variées ; j’aurais pu, d’ailleurs, perdre ma réputation, j’aurais été tourmentée par des craintes continuelles » Julie ou J'ai sauvé ma rose de Félicité de Choiseul-Meuse.

« […] je pouvais bien renoncer à la félicité suprême, lorsque j’avais la gloire de la résistance ; mais lorsqu’on est privé du triomphe, il faut au moins trouver le plaisir. » La comtesse Félicité de Choiseul-Meuse, femme de lettres française, a publié entre 1799 et 1824, des romans passionnels à connotation érotique. Julie est une demoiselle qui arrive à sa trentième année après s'être livrée à un certain libertinage, sans cesser d'être vierge dans l'acceptation physiologique du mot.

Illustrations de Jean Adrien Mercier pour Les Egarements de Julie  Conte Moral. de Perrin Jacques Antoine René  

A suivre …

Sources : De la représentation au mythe : l'ambiguïtée féminine dans le roman libertin du XVIIIe siècle par Morgane Guillemet

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