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Le XVIIIe siècle : La femme et le libertin. - 18/. - Le corps mis en scène

Publié le par Perceval

L'abandon :

« Alidor alors court à la petite armoire, il y prend un flacon de sels et me le fait respirer… rien ; il me coule une cuillerée de vin d’Alicante dans la bouche… pas l’ombre d’un signe de vie. Pour le coup, il cave au plus fort et se met à me branler en maître… Alors seulement je veux bien paraître de retour à la vie. » Félicité dans Lolotte de Nerciat.

L'image de la « belle endormie » porte en elle, les fantasmes liés à une érotisation et à une disponibilité sexuelle ...

 

« Il faut la mitiger par une distinction plus sensée, et on la trouvera dans l’examen du sommeil. Pour s’y prendre avec succès, approchez-vous sans bruit et à pas mesurés. Vous devez ce ménagement si elle est endormie de bonne foi, et si elle ne l’est que par une dissimulation obligeante, il vous est encore nécessaire afin de l’engager à la continuer avec bienséance. Lorsque vous serez assez près, examinez sa respiration, c’est elle qui vous développera le mystère. Si son sommeil est naturel, profond, accompagné de symptômes convaincants, respectez-le. En l’arrachant d’un assoupissement qui faisait son repos, vous vous exposez à une résistance humiliante pour vous dans le moment, et d’une conséquence encore plus fâcheuse pour les suites. Attendez votre bonheur du réveil, vous le trouverez plutôt dans ce tendre épanouissement de ses sens.

Mais si vous lui voyez un teint trop fleuri, trop animé pour une personne endormie, doutez d’abord, et rendez-vous certain en vous attachant au mouvement de sa gorge. Laissez exhaler quelques soupirs. Si ce souffle pénètre dans ses sens, si vous le voyez ranimer l’émotion des charmes que vous contemplez, n’hésitez point, vous êtes heureux. » La leçon de la sylphide à Philandre dans La Poupée de Jean Galli de Bibiena (1747)

Saturnin, « pressé par [ses] désirs », entreprend de profiter du sommeil de la fausse dormeuse : « Elle dort d’un sommeil trop profond pour se réveiller, disais-je, et quand elle se réveillerait, mettons les choses au pis, elle me grondera, voilà tout : je l’ai bien fait hier, elle ne l’a pas trouvé mauvais, le trouvera-t-elle aujourd’hui, essayons »

 

L'homme, devant la femme qui contrefait la dormeuse, se laisse séduire et enhardir par le regard qu’il fait glisser sur le corps féminin « endormi », en détaillant les charmes et en offrant ainsi au lecteur une description « voluptueuse ». Celui qui est au fait des « évanouissements des dames », sait lire sur le corps de la fausse dormeuse l’expression du désir, voire du plaisir … .

« Rozette dormait en disposition de se réveiller aisément et en position qui n’attendait que le plaisir » :

[…] ses mains étaient jointes sur sa tête, mais sans la presser ; ses yeux fermés ; sa bouche ouverte comme pour demander quelque offrande. Une rougeur naturelle et fraîche couvrait ses joues ; le zéphyr avait caressé tout son extérieur ; une mousseline transparente couvrait la moitié de sa gorge, et l’autre moitié se montrait en négligé aux regards : d’un côté l’examen était permis, et de l’autre, sous l’air d’être défendu, il devenait plus piquant. Ses bras paraissaient avec tout leur embonpoint et leur blancheur. Ses jambes croisées dérobaient ce que j’aurais voulu envisager, mais fournissaient à l’imagination une belle prairie à s’égarer. » Themidore de Godard d’Aucour

 

Nicole s’abandonne à certains gestes impudiques... « C’était, en effet, l’unique moyen décent de permettre qu’Hilarion goûtât et fit goûter complètement le fruit de son larcin impudique : c’était, après l’éclair de la première insulte, l’autoriser à risquer (selon ses puissants moyens) la récidive, avant que l’insultée n’en vînt aux éclats. Cette douce attente ne fut point trompée. » Le Diable au corps de Robert Andrea de Nerciat.

 

Claude Godard d'Aucourt (1716-1795), est né à Langres, il fut fermier général (1754) puis receveur général des Finances à Alençon (1785). 

Jeune conseiller au Parlement, le narrateur rencontre Rozette à l'occasion d'une partie fine.

- Convié à une partie fine, le narrateur, jeune conseiller au Parlement, «fait canapé» avec Laurette, puis avec Argentine ; Rozette, qui a tout entendu de la chambre voisine, apparaît. Aussitôt, il s'en éprend. Passe chez elle le plus clair de son temps. Lui laisse l'initiative dans leurs ébats amoureux. -

Il passe chez elle le plus clair de son temps. Lui laisse l'initiative dans leurs débats amoureux. Averti de cette liaison scandaleuse, le père du conseiller fait enfermer Rozette au couvent de Sainte-Pélagie. Son amant devra déployer des trésors d'imagination pour qu'elle parvienne à s'en échapper.


Dans ce court roman publié en 1745, Godard d'Aucourt ne ménage ni les puissants ni la religion. Il excelle dans l'ironie, dans la périphrase suggestive.

On y manie le double sens avec subtilité. On s'y adonne au voyeurisme autant qu'à la philosophie. On ne force rien ni personne, tous les adultes sont consentants. L'élégance rime avec l'extravagance, la fausse ingénuité avec l'ingéniosité. La malice augmente les délices. En 1882, dans Le Gaulois, Maupassant qualifiait Thémidore de " merveille de grâce décolletée ", d'" impur chef-d'oeuvre " qui ferait rougir, disait-il, " nos prêcheurs doctrinaires, ces empêcheurs de danser en rond, farcis d'idées graves et de préceptes pudibonds ".

«  Avertissement : - Nous ne conseillons point aux âmes scrupuleuses de jeter les yeux sur ces aventures ; elles sont quelquefois chatouilleuses et capables d’exciter des idées extrêmement éveillées […] Au reste, ces mémoires sont écrits avec retenue : il n’y a aucun mot qui puisse blesser la modestie ; mais on ne répond pas des idées qu’ils peuvent faire naître. Ils sont semés de sentences très sages et aisées à retenir ; ils sont dans le goût actuel du public, puisqu’ils ne contiennent que d’aimables bagatelles bien dictées et plus propres à amuser l’esprit qu’à nourrir le cœur. »

 

A suivre …

Sources : De la représentation au mythe : l'ambiguïtée féminine dans le roman libertin du XVIIIe siècle par Morgane Guillemet

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Le XVIIIe siècle : La femme et le libertin. - 17/. - Le corps mis en scène

Publié le par Perceval

Pour le libertin, l'accession au corps féminin, lors de la toilette intime, ou vêtu d'un seul déshabillé, correspond à une effraction fantasmatique et provoque le désir ...

La toilette :

« […] il ne suffit pas d’être belle ; on doit être encore attentive sur soi […] Il y a apparence que vous n’en connaissez pas trop l’usage : venez, que je vous montre, tandis que nous en avons le temps. » Aussitôt elle m’introduisit dans une petite garde-robe ; et m’ayant fait mettre à califourchon sur un bidet, elle m’y donna la première leçon de propreté. » Margot

Margot reçoit son amant « dans un déshabillé plus agaçant que coquet » : L’art que j’y avais mis était si voisin de la nature que mes charmes ne semblaient rien emprunter de mon ajustement. J’avais tout lieu de présumer de leur pouvoir ».

 

« Le lendemain on me mena chez le dentiste de Mme de Furiel, qui visita ma bouche, m’arrangea les dents, les nettoya, me donna d’une eau propre à rendre l’haleine douce et suave. Revenue, on me mit de nouveau dans le bain ; après m’avoir essuyée légèrement, on me fit les ongles des pieds et des mains […] ; on m’épila dans les endroits où des poils follets mal placés pouvaient rendre au tact la peau moins unie […]. Deux jeunes filles de la jardinière, accoutumées à cette fonction me nettoyèrent les ouvertures, les oreilles, l’anus, la vulve […]. Mon corps ainsi disposé, on y répandit des essences à grands flots, puis on me fit la toilette ordinaire à toutes les femmes, on me coiffa avec un chignon très lâche, des boucles ondoyantes sur mes épaules et sur mon sein, quelques fleurs dans mes cheveux […] ». Sapho à son entrée chez Mme de Furiel - Mathieu-François Pidansat de Mairobert, « Confession d’une jeune fille »

Une élégante à sa toilette par Michel Garnier

L'Art de feindre :

Le « goût bizarre de ces hommes pour les chimériques princesses de théâtre » l’Histoire de Mademoiselle Cronel dite Frétillon, écrite par elle-même...

Les femmes mettent en scène leur corps :

« les femmes savent mettre, sans paraître y songer, tant d’art à développer les grâces de leurs mouvements et le jeu de leur physionomie. » Le Diable au corps - Nerciat

 

« Alors je commençai à déployer sur le grand Théâtre, les talents que je m’étais donnés. Mon premier soin fut d’acquérir le renom d’invincible. Pour y parvenir, les hommes qui ne me plaisaient point furent toujours les seuls dont j’eus l’air d’accepter les hommages. Je les employais utilement à me procurer les honneurs de la résistance, tandis que je me livrais sans crainte à l’amant préféré. Mais, celui-là, ma feinte timidité ne lui a jamais permis de me suivre dans le monde ; et les regards du cercle ont été, ainsi, toujours fixés sur l’amant malheureux. » La marquise de Merteuil, joue sans cesse sur une identité double...

Le masque : « Je sentais fort bien que, si je cédais aux sollicitations qu’on me faisait pour me démasquer, ma cour dans l’instant diminuerait. La curiosité fait faire au bal les trois quarts des démarches que l’on y fait Je voulus jouir le plus longtemps qu’il me serait possible du plaisir de voir mes rivales humiliées par les préférences marquées que tout le monde s’empressait de me faire ; nous n’avions mis personne dans le secret ; Manon n’était point connue, et moi je ne l’étais pas assez pour craindre d’être devinée une première fois que je paraissais au bal. » Histoire de Mlle Brion dite Comtesse de Launay ( 1754)

 

Le 'masque' source d'erreur ( masculine) : « Ils se retirèrent ensemble dans un coin, et Angola, persuadé que c’était Luzéide, l’assura qu’il la connaissait et la conjura de se démasquer. Il lui jura que son coeur ne pouvait le tromper, et y joignit les protestations d’amour les plus tendres dont il put s’aviser. Le masque les recevait avec une froideur dont il était surpris. Il redoubla ses instances pour la faire démasquer ; mais quelle fut sa surprise lorsque, s’étant rendue à ses persécutions, elle défit son masque et offrit à ses yeux, au lieu des traits de Luzéide, ceux de Clénire, à laquelle il ne songeait nullement ! Il fut un instant pétrifié ; mais il avait trop de monde, et, par conséquent, trop de fourberie pour ne pas réparer promptement sa faute. » Angola , de La Morlière

 

« On l’avait averti qu’elle serait en blanc avec des réseaux d’or. Il se mit derrière une femme vêtue de cette façon qui était de la contredanse, et lui débita beaucoup de fadaises dans cet aimable fausset qui était consacré pour le bal, et qu’il entendait parfaitement. Elle y répondit dans le même goût, le lutina beaucoup, le trouva insupportable, se plaignit de sa folie outrée, lui leva plusieurs fois le taffetas de son masque, lui fit quelques-unes de ces questions qu’on applique à tout le monde, le reconnut, n’en fit pas semblant, joua la personne déroutée, feignit d’être ennuyée au possible de lui et de ses propos ; et, après la contredanse, le tira à part pour le gronder de ses persécutions, et bien résolue dans le fond à s’exposer à de plus essentielles. »

Clénire, qui est confondue avec Luzéide, se trouve en position de maîtrise puisque c’est son identité à elle qui est ignorée alors qu’elle-même connaît celle du masque masculin...

Et lorsque, la femme se dévoile, se « démasque », elle perd toute maîtrise sur elle-même et sur son corps, elle se laisse séduire plutôt qu’elle ne séduit...

 

Le XVIIIe siècle : La femme et le libertin. - 17/. - Le corps mis en scène
Le XVIIIe siècle : La femme et le libertin. - 17/. - Le corps mis en scène
Le XVIIIe siècle : La femme et le libertin. - 17/. - Le corps mis en scène
Le XVIIIe siècle : La femme et le libertin. - 17/. - Le corps mis en scène
Le XVIIIe siècle : La femme et le libertin. - 17/. - Le corps mis en scène
Le XVIIIe siècle : La femme et le libertin. - 17/. - Le corps mis en scène
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Le XVIIIe siècle : La femme et le libertin. - 17/. - Le corps mis en scène
Le XVIIIe siècle : La femme et le libertin. - 17/. - Le corps mis en scène

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Le XVIIIe siècle : La femme et le libertin. - 16/. - Maîtriser l'ennui

Publié le par Perceval

Le siècle se représente la ''nature féminine'' comme l'objet d'une certaine maîtrise de la part des femmes... Au travers des passions ….

La femme – en ce siècle - est contenue à « se renfermer dans son domestique, régler sa maison et s’en tenir à son époux », ce qui revient à « mener une vie lugubre, périr d’ennui et s’enterrer toute vive ». ( Les Bijoux indiscrets). Mirzoza, ne s’occupe qu'à « [faire] des noeuds sans dire mot ». Les femmes se donnaient alors une contenance et l’air d’être occupées en tressant, avec une navette, des noeuds de ruban destinés à la parure...

« Elle était couchée négligemment et par décence faisait des noeuds. Son déshabillé galant et léger laissait voir une partie de ses charmes et ne semblait cacher l’autre que pour augmenter les désirs. […] Son attitude était voluptueuse et ne dérobait aucun des charmes de sa taille […] » - Angola ( voir note *), document des mœurs frivoles de la cour et de la ville : c'est le livre des boudoirs, c'est encore le manuel des conversations à la mode qui traîna dans tous les salons, sur tous les sophas de 1772 à 1785.

« […] elle s’était occupée à faire des noeuds pendant mon sommeil : elle interrompit son ouvrage pour me glisser la langue dans la bouche, et le laissa bientôt dans l’espérance que j’allais l’occuper à faire des noeuds d’une autre espèce » de Madame Dinville, dans le Portier des Chartreux

Le terme « noeud », dans le Parnasse satyrique du XVIIe siècle, désigne déjà le gland... Madame Dinville interrompt son ouvrage dès qu’elle voit Saturnin ouvrir les yeux et montrer que des « noeuds d’une autre espèce » occuperaient bien mieux son corps que ceux qu’elle pouvait faire jusqu’alors avec la navette.

« les femmes portent un vide qu’une nécessité perpétuelle, un appétit indépendant d’elles les portent à remplir...» dans Le Rideau levé de Mirabeau.

« Elle avait une bibliothèque nombreuse et choisie, où elle allait puiser les ressources contre l’ennui, et de sûrs moyens d’enchaîner. Les lectures les plus graves ne l’effrayaient pas, elles lui apprenaient à connaître le coeur humain, à réprimer, du moins en apparence, les mouvements du sien ; enfin, ce qui pour tout autre eût été peut-être un moyen de se corriger, ne faisait que développer ses vices ». dans Amélie de Saint-Far quant aux égarements de Madame Durancy...

« […] et ce qui, ajouta-t-il en soupirant et en levant les yeux au ciel, est encore plus terrible pour elles, c’est le désœuvrement perpétuel dans lequel elles languissent. Cette nonchalance fatale livre l’esprit aux idées les plus dangereuses ; l’imagination, naturellement vicieuse, les adopte et les étend ; la passion déjà née en prend plus d’empire sur le coeur, ou, s’il est encore exempt de trouble, ces fantômes de volupté que l’on se plaît à se présenter le disposent à la faiblesse » Moclès dans Le Sopha, qui pousse Almaïde à chercher dans la volupté et le plaisir une façon de remplir ses moments...

« on s’ennuie de tout […] c’est une Loi de la Nature» dit la Marquise de Merteuil... Et l'habitude est le plus court chemin vers l'ennui...

« l’habitude […] émousse […] cette pointe de volupté, amortit cette vivacité de désirs qu’un nouvel objet fait renaître» Le Rideau levé,

L’union de Psaphion avec Micile, dans le roman de Meusnier de Querlon, la plonge rapidement dans un ennui qui se caractérise par le vide.

« Je commençai même à m’apercevoir de ma solitude. Je regrettais cette foule d’amants qui venaient payer chaque jour à mes charmes un nouveau tribut.

Je m’imaginais être dans les chaînes de ce bizarre engagement de s’aimer (je veux dire de vivre ensemble comme si on s’aimait) produit nécessairement le contraire. En effet, avant que Micile se fût approprié ma personne, avant qu’il fût venu déranger un genre de vie dont la liberté fait toute la douceur, je ne connaissais point l’ennui. »

La femme est portée naturellement à l'inconstance et au changement. Pour le corps féminin, la séduction est le seul remède efficace à l'habitude et à l'ennui... La femme affirme ainsi sa maîtrise sur le désir masculin et sur le temps ...

« Quand il m’aurait moins ennuyée de sa tendresse, je sais trop par moi-même, combien les complaisances que l’on s’impose quand le goût ne commande plus, sont odieuses, pour que je consente jamais à reprendre un homme sur qui mon imagination se sera usée : d’ailleurs, je crois que j’ai quelque chose dans la tête. » Dercyle à Alcibiade à propos d’Adymante dans les Lettres athéniennes de Crébillon

Fatmé, dans Le Sopha, a « senti de bonne heure qu’il est impossible de se dérober aux plaisirs, sans vivre dans les plus cruels ennuis ».

Condamnée à fuir l'ennui, déréglée par son imagination, la femme, comme Ursule, chez Restif de la Bretonne, est l'objet de ses ''caprices''.

« Qu’est-ce qu’une maîtresse ? » (..) : « une femme, ou fière ou extravagante, une coquette, une femme à caprices, un coeur à ressorts qui prend le feu de son imagination pour de la tendresse, et toujours les mouvements de ses sens pour son coeur ». Margot des Pelotons, ou la Galanterie naturelle. 1775

* Angola, histoire indienne du chevalier de la Morlière, fut un des plus grands succès libertins de l'époque comme le prouvent les nombreuses rééditions, et les belle gravures de Charles Eisen ne sont pas étrangères à cet engouement.

D'un entretien galant entre une contesse et un jeune marquis, ils en viennent à causer d'une brochure :

« – Il est bien décidé, dit le marquis, que c’est une misère, comme toutes les autres qui ont paru. Je n’en sais pas un mot, et je vais gager de vous dire ce que c’est d’un bout à l’autre. Apparemment qu’il est question de quelque fée qui protège un prince pour lui aider à faire des sottises, et de quelque génie qui le contrarie, pour lui en faire faire un peu davantage ; ensuite des événements extravagants, où tout le monde aura la fureur de trouver l’allégorie du siècle , et tout cela terminé par un dénouement bizarre, amené par des opérations de baguette, et qui, sans ressembler à rien, alambiquera l’esprit des sots qui veulent trouver un dessous de cartes à tout.

En vérité, dit la comtesse, cela est défini au mieux : il n’est pas concevable combien ce que vous venez de dire est frappant. Pour moi, j’en suis si pénétrée que je vais la jeter au feu. »

 

On en vient finalement au fond de la brochure... C'est un conte oriental … Il apparaît comme une représentation du libertinage mondain, délicieusement ironique.

 

« – Effectivement, dit la comtesse, qu’on dise que je n’y suis pas ; et pour que le sacrifice soit complet, si mon mari se présente, qu’on l’assure très positivement que je suis malade à périr, que je n’ai pas fermé l’œil et que je suis au désespoir de ne pouvoir recevoir sa visite. Allons, marquis, vous pouvez commencer. »

Ainsi, cette parodie de l’une des scènes de La Princesse de Clèves :

« Il faut avouer que je suis bien bonne, lui dit-elle, de vous garder ici à l’heure qu’il est : il faut que je compte excessivement sur votre retenue ; car enfin être seule ici avec un homme de votre âge, cela est bien scabreux. Nous avons une lecture à achever, mais je crois de bonne foi que nous ferions mieux de la laisser. Nous étions près du dénouement, il promet d’être tendre, et je ne le crois pas fort propre à inspirer le respect que je désire que vous me conserviez.

N’aurions-nous pas de meilleures leçons à prendre de lui, reprit le prince, et est-il donc défendu de les mettre en pratique ?

Lisez, lui répondit la fée, vous devenez d’une curiosité insoutenable, et je ne sais où vous prenez toutes les extravagances que vous me débitez, et que je serais peut-être assez bonne pour croire. » […] En même temps le prince, entraîné par la contagion de l’exemple, ose approcher sa bouche de celle de la fée et y prendre des baisers charmants, qu’on ne refuse qu’autant qu’il faut pour y mettre le dernier prix. […] Bientôt Angola abandonna sa lecture, et Lumineuse ne lui en rappela pas le souvenir. Assez instruit par les leçons qu’il avait commencés à mettre en pratique, et devinant à peu près à quoi devaient aboutir de pareils commencements, il prit sur le compte de ses propres lumières de profiter de ses avantages »

 

* Les illustrations sont des reproductions de dessins et gravures de:

Charles-Dominique-Joseph Eisen, est né le 17 août 1720 à Valenciennes, et il est mort le 4 janvier 1778 à Bruxelles. Il est un peintre et graveur français surtout connu par la très grande quantité de dessins et de compositions qu’il a réalisés pour les éditeurs de son temps.

En 1742, il entre dans l'atelier de 'Le Bas' : grande fabrique de dessins et gravures … Il épouse Anne Aubert la fille d'un apothicaire, de treize ans son aînée. Il gagne sa vie en composant et en gravant des sujets religieux et quelques pièces dans le goût de Boucher...

Membre de l’académie de Saint-Luc, Eisen devient de plus en plus connu et apprécié

Les Contes de La Fontaine (1762), imprimés par Barbou aux frais des fermiers généraux, livre inimitable dû à la collaboration de trois artistes et qui a longtemps passé pour le plus réussi du dix-huitième siècle, est considéré comme le chef-d’œuvre d’Eisen.

Eisen avait été aussi choisi comme maître de dessin de la marquise de Pompadour, mais il dégoûta bientôt la favorite par son sans-gêne et son manque d’éducation. On raconte même une histoire d’habit dessiné par Eisen pour le roi à la demande de celle-ci, et qui aurait été la cause de sa disgrâce, l’artiste ne trouvant rien de mieux que de s’en faire faire un pareil et de le porter à Versailles le jour même où le roi se parait du sien.

Coureur...  Il abandonne, à quarante-sept ans, le domicile conjugal, sa femme sexagénaire, ses enfants au mariage desquels il ne figure même pas, pour aller s’emménager rue Saint-Hyacinthe avec une veuve Martin ou Saint-Martin, mieux assortie probablement à son âge et à ses goûts. « Il était allé loger près de Le Bas et des marchands graveurs qui l’employaient quand il voulait bien travailler, car il paraît que cet artiste, d’abord si fécond, à la main si habile, à l’esprit si inventif, ne produisait plus qu’à ses heures et « lorsqu’il ne pouvait plus faire autrement. Aussi avait-il partout des dettes. » ( sources Wiki.)

 

A suivre …

Sources : De la représentation au mythe : l'ambiguïtée féminine dans le roman libertin du XVIIIe siècle par Morgane Guillemet

 

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Le XVIIIe siècle : La femme et le libertin. - 15/. - Ecrire au féminin

Publié le par Perceval

* Suzanne Giroust est née vers 1771, dans une famille de commerçants. Elevée dans un couvent, elle épouse en pleine révolution un avocat Bernard Quinquet. Elle a une fille, et bénéficie de la nouvelle loi sur le divorce...

Elle écrit Illyrine sous le pseudonyme de Madame de Morency, le publie vers 1799... Le XIXe siècle jugera son ouvrage immoral et vulgaire...

« Ainsi, ces Mémoires, en tombant dans leurs mains, leur apprendront que jamais je n’ai été femme p…, mais galante. Et dans ce pays, en est-il d’autres ? Celles qui ne le sont pas par spéculation, le sont par attrait aux plaisirs, ou pour se venger d’un époux perfide, ou pour combler les voeux d’un amant adoré. Je ne fus donc que l’enfant des circonstances. »

Illyrine est passée à travers l'histoire en multipliant les amants célèbres ( Hérault de Séchelles, Fabre d’Églantine, le duc de Biron, le Général Dumouriez…) , voyageant dans les régions secouées par la tourmente révolutionnaire, accumulant les aventures picaresques et, enfin, arrêtant sa course auprès d'une sorte d'ermite dont elle nous livre les seules initiales. Sa vie galante s'achève, paisible, en compagnie de ce dernier

** Les Noeuds enchantés ou la Bizarrerie des destinées. – attribué à Fanny de Beauharnais est un divertissement paru en 1789. Ce roman est plus à tonalité libertine qu'une véritable satire politique, malgré ce qu'elle en dit... Zelim serait « le vrai modèle de la femme accomplie », « paraissant se livrer aux doux plaisirs des sens, moins par goût que par complaisance pour son amant, elle flattait sa vanité, caressait ses penchants, lui parlait platonisme des jours entiers... » et elle se dédommage « dans les bras d’un Arabe leste et vigoureux… »

 

*** Enfin, il faut noter un libertinage plus bourgeois, avec plusieurs romans de la comtesse Félicité de

Choiseul-Meuse parus entre 1807 et 1809 : Julie ou J’ai sauvé ma rose est le premier à paraître en 1807 et sans doute le plus intéressant et le mieux écrit, suivi d’Amélie de Saint-Far ou la Fatale erreur en 1808, puis d’Elvire ou la Femme innocente et perdue la même année et enfin d’Entre chien et loup, publié en 1809.

 

Julie ou j'ai sauvé ma rose, publié pour la première fois en 1807 et jouit à l'époque d'un succès fort honorable

Julie d'Irini qui, comme toute héroïne libertine qui se respecte, comprend très tôt qu'elle est habitée par un puissant désir sexuel, découvre les plaisirs de l'amour physique à l'âge de quatorze ans à peine, dans les bras d'Adolphe. Ce dernier s'interdit pourtant de ''cueillir cette rose'' fragile que la société idolâtre et qui assure à la femme le respect et la considération.

« Telle j’étais à quatorze ans; mais je touchais au moment où toutes les passions que je renfermais dans mon sein devaient éclore. Mon penchant à l'amour se trahissait de mille manières ; mes yeux étaient animés, souvent même remplis d'ivresse. »

« Je dansais très souvent avec un jeune homme que l'on nommait : Adolphe ; j’éprouvais, lorsque j’étais avec lui, un plaisir que je ne cherchais pas à dissimuler. Il fut présenté chez ma tante; bientôt il devint notre chevalier; je le voyais tous les jours;mais Rosa ne nous quittait pas, et je désirais souvent, sans en deviner la cause, qu'elle ne fût pas présente à nos jeux. »

« Eh ! quel baiser ! Je ne l'oublierai de ma vie ! Ce fut le premier baiser d'amour, ce fut le plus délicieux ! Il m'enivra de volupté ; jamais baiser ne procura pareille ivresse. Adolphe s'aperçut de mon émotion, et s'efforça de l'accroître encore, en répétant mille fois ce qui l’avait causée. Ses baisers, à chaque instant, devenaient plus ardents; ceux que je lui rendais n’étaient pas moins amoureux , et je crois que j’aurais accordé, dès la première fois, ce que depuis mille amants passionnés n'ont pu obtenir, ni par leur amour ,ni par leur constance, si, à l'instant même où mon Adolphe allait devenir tout-à-fait téméraire, Le nom de Julie , que répétaient plusieurs voix, n'eût frappé notre oreille. Aussitôt Adolphe se releva, et, sans nulle pitié de l'état où il m’avait mise, il se débarrassa de moi, malgré les efforts que je faisais pour le retenir; et le poltron chercha son salut dans la fuite, en me recommandant bien bas de ne pas dire que je l’avais vu. Je restai couchée sur l'herbe, privée de toutes mes facultés , et brûlante de mille désirs. »

« De toutes les passions, l'amour est sans aucun doute, celle qui nous procure les jouissances les plus réelles et les plus vives; mais, par un préjugé bizarre, les hommes seuls ont le privilège de s'y livrer sans perdre leur réputation. Et lorsqu'une femme nous aime assez pour nous sacrifier ce qu'elle a de plus précieux, pour nous combler de faveurs et nous enivrer de volupté, au lieu de la regarder comme un être divin, digne de l'adoration la plus pure après en avoir tout obtenu, nous la traitons avec mépris, et nous la livrons à la honte en publiant sa défaite. [ ... ] Livre-toi donc à l'amour sans chercher à lui opposer une résistance inutile, goûtes-en tous les plaisirs; perfectionne, si tu le peux, \' art d'en prolonger les jouissances, de les rendre plus vi ves, plus enivrantes. Nage dans une mer de délices, mais aie le courage de conserver assez de sang-froid, au sein même de la volupté, pour refuser la dernière faveur [ ... ]. Nous sommes esclaves jusqu'à ce que nous ayons obtenu cette précieuse faveur; mais votre empire finit avec votre résistance, et nous régnons à notre tour: non contents de devenir tyrans, n'ayant plus rien à désirer, le dégoût remplace l'amour, et nous abandonnons sans pitié celle à qui nous devons le bonheur, et dont l'attachement s'est accru en proportion de ses bienfaits; en vain nous donne-t-on les noms de perfide, d'infidèle, nous nous glorifions de les mériter».

Julie va s'autoriser toutes les jouissances, hors celle qui lui déroberait le précieux trésor, respectant ainsi à sa manière les bienséances exigées par la société. Sans la moindre réticence, l'héroïne se plie aux convenances qui permettent de sauver les apparences et conclut, à l'âge de trente ans: « Me voilà donc au bout de ma carrière [ ... J. J'ai régné sur les hommes, je les ai fait servir à mes plaisirs, et je puis les défier tous. D'où me viennent ces avantages inappréciables? Du talisman précieux que toutes les femmes reçoivent, en naissant, des mains de la nature; c'est de sa conservation que dépendent la réputation, la tranquillité, le bonheur».

A suivre …

Sources : De la représentation au mythe : l'ambiguïtée féminine dans le roman libertin du XVIIIe siècle par Morgane Guillemet

 

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Les années 20 avec Mona Street

Publié le par Perceval

Aujourd'hui, on peut rêver des années 20 avec Mona Street, une jeune Américaine à peine sortie de l'université de Boston.

 

Elle rejoint alors sa ravissante tante Beth, laquelle la croit une oie blanche. Mona joue de cette réputation pour réaliser tous ses fantasmes l’air de rien, en manipulant ceux qui passent à sa portée, ou en se vengeant si elle s’aperçoit qu’on a voulu la manipuler.

 

Sublime, elle porte un soin extrême à ses tenues, porte-jarretelles, dessous en dentelle et bas noirs.

 

Dans des lettres, elle détaille ses jeux sexuels : aventures saphiques, souvenirs du collège, nombreux amants, jeunes garçons pleins d'entrain ou vieux dragueurs invétérés... pour s'en moquer le plus souvent !

Leone Frollo (né en 1931 à Venise) est l’un des grands maîtres de la bande dessinée érotique italienne.
Leone Frollo (né en 1931 à Venise) est l’un des grands maîtres de la bande dessinée érotique italienne.
Leone Frollo (né en 1931 à Venise) est l’un des grands maîtres de la bande dessinée érotique italienne.

Leone Frollo (né en 1931 à Venise) est l’un des grands maîtres de la bande dessinée érotique italienne.

Les années 20 avec Mona Street
Les années 20 avec Mona Street

On la voit tricher aux cartes pour subir un gage et affrioler des jeunes gens ; trembler d’être reconnue jouant dans un film porno qu’on lui projette, croyant la choquer ; exciter de vieux voyeurs qu’elle sait la regarder dans une cabine d’essayage pourvue d’une glace sans tain, etc.

 

Les années 20 avec Mona Street
Les années 20 avec Mona Street
Les années 20 avec Mona Street
Les années 20 avec Mona Street

L’histoire la plus élaborée se passe à Venise où une amie de Mona est enlevée par un gang d’aristocrates lubriques, dont son mari fait partie, alors qu’il feint d’être dans tous ses états, et se tape la bonne en attendant le retour de sa femme. Mona saura libérer ces dames, grâce à ses amis gondoliers, dont malheureusement l’auteur nous fait apprécier les charmes avec une parcimonie inversement proportionnelle à sa générosité dans la peinture de la morphologie féminine la plus intime.

Les années 20 avec Mona Street

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Le XVIIIe siècle : La femme et le libertin. - 10/. -

Publié le par Perceval

Dans les romans du XVIIIe s, la place est grande aux boudoirs et cabinets secrets : le temps et l'espace seraient sexuellement saturés... ! De plus, il s'agit de voir sans être vu, d'entendre sans être entendu, de contempler l'acte érotique ou de favoriser l'acte amoureux ...

Sir Sydney, dans Félicia ou Mes fredaines, a aménagé sa maison dans le but de satisfaire à ses jouissances.

« […] La distribution était telle que chacun isolé dans le haut, pouvait néanmoins se rendre en bas chez tous les autres ou les recevoir chez soi sans qu’on s’en aperçût : je dirai bientôt comment cela se pratiquait. On s’était appliqué à favoriser dans ce délicieux séjour la liberté, le mystère et le plaisir, divinités bienfaisantes auxquelles il était consacré. »

Le soir de son arrivée chez Sir Sydney, Félicia se voit ainsi surprise par celui-ci alors qu’elle se croyait seule dans sa chambre, car comme il le lui explique, « le propriétaire de cette maison peut pénétrer secrètement dans les appartements de tous ceux qu’il reçoit » :

« Il y a sous tous ces appartements une espèce d’entresol ignoré, dont mon véritable logement fait partie, le reste est partagé en plusieurs petits réduits d’où l’on se rend à des espaces pratiqués dans l’épaisseur des murs : de là on peut entendre, au moyen de certains tubes de fer blanc, il en passe un à votre chevet. Ce tuyau, terminé par un pavillon sous lequel était le musicien, que j’avais placé moi-même, donne dans mon entresol et finit tout près de votre oreille, à la soupape que vous voyez. C’est ce qui vous a fait croire que vous étiez si près de l’instrument et de la voix.

[…] Derrière la glace, il y avait, creusée dans l’épaisseur du mur, une niche commode où l’on arrivait du bas ; je dirai bientôt comment. De ce poste l’on battait en ruine toute la chambre, moyennant des petits trous … »

Félicia obtient le droit, sans que personne n’en sache rien, redoublant et complexifiant ainsi les aménagements et les mécanismes, de se mettre « au fait par [ses] yeux, comment chaque homme pouvait ainsi se rendre de son appartement à ceux de toutes les femmes sans être vu ni rencontré »

« Des portes déguisées cachaient de petits enfoncements où était pratiquée une machine commode sur laquelle on se plaçait. Alors, la personne et le siège se trouvant à peu près en équilibre avec un poids de cent soixante livres qui se mouvait dans l’épaisseur du mur, on montait et redescendait sans peine à la faveur d’une corde perpendiculaire et fortement tendue ; Sydney n’avait que six pieds à monter pour voir tout ce qui se passait chez les femmes, par les trous des trumeaux dont j’ai parlé. La mécanique de tous ces suspensoirs était faite avec le plus grand soin. Les panneaux qui servaient d’issue s’ouvraient et se fermaient à coulisse et étaient de même parfaitement finis. »

Il s'agit de décrire un environnement qui détermine le corps et la conscience dans un même mouvement vers le désir et le plaisir, et donner ainsi « l’exemple et l’envie de faire l’amour », à l’image des jardins de Sir Sydney dont se souvient et se délecte Félicia, l’héroïne de Nerciat, en 1775 :

« J’allai m’égarer avec Sydney dans un labyrinthe touffu, au centre duquel était une fontaine rustiquement décorée et près de laquelle un lit de gazon offrait un théâtre commode aux ébats des amants. En approchant de ce réduit enchanté, on ne pouvait se défendre d’éprouver une vive émotion. Tous les sens à la fois y étaient flattés. Un filet de fil d’archal extrêmement délié renfermant un espace fort étendu tenait prisonniers une multitude d’oiseaux de toute espèce qui donnaient l’exemple et l’envie de faire l’amour. La fleur d’orange, le jasmin, le chèvrefeuille, prodigués avec l’apparence du désordre répandaient leurs parfums. Une eau limpide tombait à petit bruit dans un bassin qui servait d’abreuvoir aux musiciens emplumés. On marchait sur la fraise ; d’autres fruits attendaient, çà et là, l’honneur d’être cueillis par des mains amoureuses et de rafraîchir des palais desséchés par les feux du plaisir.

J’étais émerveillée ; l’incarnat du désir se répandait sur mon visage et n’échappait point au pénétrant Sydney… Notre bonheur n’eut pour témoins que les oiseaux jaloux et les feuilles qui les dérobaient aux rayons curieux de l’astre du jour. »

« Tous mes sens, j’en suis sûre, ont chez moi des fils qui aboutissent à la région du plaisir amoureux. Entends-je de la musique ? je désire ; vois-je un tableau galant ? mon sang s’agite ; touché-je une peau humaine, mâle ou femelle ? je suis en feu. L’odeur même d’une rose, d’un oeillet me fait pâmer de plaisir. Ai-je bu ? je suis dévorée. » Le Diable au corps de Nerciat

A suivre …

Sources : De la représentation au mythe : l'ambiguïtée féminine dans le roman libertin du XVIIIe siècle par Morgane Guillemet

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Sylvain Sauvage, illustrateur littéraire. -1-

Publié le par Perceval

Sylvain Sauvage, illustrateur littéraire. -1-

Félix Roy, dit Sylvain Sauvage, vient d’une famille d’architectes, il est né à « Baume les messieurs » dans le Jura le 8 mai 1888 et mort à Paris en janvier 1948. Il est à la fois un illustrateur et technicien du livre français. Il passe par l’école des Beaux-Arts en architecture et se consacra principalement au dessin d’illustration et à la gravure.

Sa carrière commença véritablement pendant les années vingt et son travail fut particulièrement remarqué lors de l’exposition internationale des arts décoratif à Paris en 1925.

Il a été exposant du Salon des artistes décorateurs et directeur de l’ Ecole Estienne à partir de 1934 jusqu’à sa mort.

Il a illustré de nombreux ouvrages, où son travail excelle dans des scènes à l’érotisme léger, on remarquera que les femmes de Sylvain Sauvage sont peu farouches et toujours raffinées.

Il démarra dans des revues guerrières comme la Baïonette...

Revenu de la guerre, il se lance dans le livre illustré grâce à l’éditeur Kieffer, qui lui confie l’illustration de L’Ingénu de Voltaire en 1922. Il collabore avec Mornay, Jonquières et Crès, avant de prendre la décision de préserver son indépendance créatrice en devenant son propre éditeur en 1925.

Pour le bonheur des bibliophiles Il est un des acteurs de de la renaissance du livre illustré après la première Guerre mondiale (aux côtés de G. Barbier, A.-E. Marty et F.-L. Schmied).

S. Sauvage a illustré de nombreux ouvrages pour bibliophiles, parmi lesquels :

Les Chansons de Bilitis de Pierre Louÿs, La Leçon d’amour dans un parc et Les Nouvelles leçons d’amour dans un parc, de René Boylesve, et Candide de Voltaire… La pureté de son trait, rendue en eau-forte ou en gravure sur bois et associée à la technique du pochoir, ont fait de lui un des illustrateurs emblématiques du livre Art Déco. Il a également travaillé sous les pseudonymes de Jacques Tournebroche, d’après le personnage d’Anatole France (dont il a illustré l’œuvre vers le début de sa carrière) et d’Espérance.

 

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Le XVIIIe siècle : La femme et le libertin. - 3/. -

Publié le par Perceval

Lancret - Le nid d'oiseaux et la cage à oiseaux...

Lancret - Le nid d'oiseaux et la cage à oiseaux...

* La Jeune Fille devient femme, par une ''rupture'' : la violence du dépucelage.

« Son pied glissa sur la voie lactée, elle tomba à la renverse ; je volai à son secours, mais inutilement. Une puissance plus forte que moi m’empêcha de la relever et m’entraîna dans sa chute… J’avais quinze ans et Aline quatorze. C’était à cet âge et dans ce lieu que l’amour nous attendait pour nous donner ses premières leçons. Mon bonheur fut d’abord troublé par les pleurs d’Aline, mais bientôt sa douleur fit place à la volupté, elle lui fit aussi verser des larmes ! Et quelles larmes ! ce fut alors que je connus vraiment le plaisir, et le plaisir plus grand d’en donner à ce qu’on aime » . BOUFFLERS, Stanislas de, La Reine de Golconde, s.l., 1761 - cf note (1)

 

« Déjà tout ce que j’avais souffert était oublié ; je jouissais réellement, sentant que je possédais celui qui m’était si cher, et qu’après avoir payé le bizarre tribut auquel la nature a voulu soumettre notre sexe infortuné, j’allais moissonné à mon aise dans le vaste champ des voluptés »… La Reine de Golconde

 

« La douleur aiguë que l’intromission de ce monstre, à jamais vénérable, me causa, m’aurait arraché les hauts cris si je n’avais appréhendé de donner l’alarme au voisinage. Néanmoins, le mal fut bientôt oublié par les délicieuses agonies où il me plongea. Que ne puis-je exprimer les ravissantes convulsions, les charmantes syncopes, les douces extases que j’ai éprouvées alors! »

« Je fus bien et dûment déflorée. Depuis ce temps-là, je dormis beaucoup mieux. Mille songes flatteurs présidaient à mon repos » . Margot la ravaudeuse. (2)

 

La cage ouverte, l'oiseau envolé, c'est la virginité perdue...  Parfois ; l'oiseau c'est l'amant ; l'amant désiré, l'amant envolé lui aussi … L'oiseau correspond à l'attribut masculin, et la cage à l'attribut féminin.
La cage ouverte, l'oiseau envolé, c'est la virginité perdue...  Parfois ; l'oiseau c'est l'amant ; l'amant désiré, l'amant envolé lui aussi … L'oiseau correspond à l'attribut masculin, et la cage à l'attribut féminin.
La cage ouverte, l'oiseau envolé, c'est la virginité perdue...  Parfois ; l'oiseau c'est l'amant ; l'amant désiré, l'amant envolé lui aussi … L'oiseau correspond à l'attribut masculin, et la cage à l'attribut féminin.
La cage ouverte, l'oiseau envolé, c'est la virginité perdue...  Parfois ; l'oiseau c'est l'amant ; l'amant désiré, l'amant envolé lui aussi … L'oiseau correspond à l'attribut masculin, et la cage à l'attribut féminin.

La cage ouverte, l'oiseau envolé, c'est la virginité perdue... Parfois ; l'oiseau c'est l'amant ; l'amant désiré, l'amant envolé lui aussi … L'oiseau correspond à l'attribut masculin, et la cage à l'attribut féminin.

(1) Stanislas Jean de Boufflers, marquis de Remiencourt (1738-1815) à Paris en France) est un libertin, un poète lorrain puis français. Il est le fils de Louis François, marquis de Remiencourt, et de la marquise, la belle et spirituelle Marie Françoise Catherine de Beauvau-Craon (1711-1786).

Stanislas grandit à la cour de Lunéville où il eut pour parrain le roi Stanislas, dont sa mère était la maîtresse en titre :  au grand déplaisir du Père de Menoux, confesseur de Stanislas : « [...] La marquise était fort jolie femme, plus galante encore et, s'il est possible, encore plus incrédule. Elle ne concevait pas comment on pouvait aimer Dieu » Souvenirs du comte de Tressan

Douée « d'un charme à nul autre pareil [...], de beaucoup de gaieté naturelle, de bonne grâce et de finesse [...], d'un esprit supérieur, juste, original »  elle sera la maîtresse de quelques hommes qu'elle distingua : l’avocat et poète François-Antoine Devaux, l’intendant de Lorraine Antoine-Martin Chaumont de La Galaizière, le poète Jean-François de Saint-Lambert. « Pour Tressan, on a des doutes. On cite encore le vicomte d'Adhemar et le comte de Croy. C'est tout. », peut-on lire dans une étude de la revue Le Pays lorrain (Maurice Payard ).

D’abord destiné à l’Église, son fils, Stanislas de Boufflers passe deux ans au séminaire de Saint-Sulpice où il compose un conte légèrement licencieux, Aline, reine de Golconde, qui connut un grand succès.

***

(2) Louis-Charles Fougeret de Monbron (1706 - 1760), est un homme de lettres français.

'Margot la ravaudeuse' est née dans une famille des bas-fonds parisiens, elle répare, chaussures et vêtements dans un tonneau, sorte de modeste échoppe, sur la voie publique avant d'être repérée par une maquerelle et de devenir "demoiselle du beau-monde" ; le lecteur suit les péripéties de cette fille du peuple reconvertie... Il s'agit d'une satire misanthrope et pessimiste de Fourgeret qui s'exprime avec humour aussi, c'est sa dénonciation d'un monde cruel ( Eglise comprise...) où le peuple est ignoré...

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Juarez Machado: Lovers et Tango

Publié le par Perceval

Juarez Machado: Lovers et Tango
Juarez Machado: Lovers et Tango
Juarez Machado: Lovers et Tango
Juarez Machado: Lovers et Tango
Juarez Machado: Lovers et Tango
Juarez Machado: Lovers et Tango
Juarez Machado: Lovers et Tango

Juarez Machado est né en 1941 à Joinville dans l'état de Santa Catarina au sud du Brésil. Il a fait des études à l'école des Beaux Arts du Parana à Curitiba.

En 1966 il s'est installé à Rio de Janeiro, il a commencé à travailler pour la télé qui démarrait à Rio, ainsi que pour le théâtre. Il a fait des décors, des costumes des dessins d'architecture, des caricatures pour les journaux (même politiques). Il a été aussi acteur et mime pendant assez longtemps. 

Ce qu'il peint : « Tout ce qui fait la vie : le métro, la rue, les lieux que je fréquente. Mais aussi  la musique, la danse, le champagne, les femmes, l'amour, les années 25-30, car c'est une époque qui me plaît et que j'aurais aimé vivre. Et par dessus tout, le tango parce que c'est une danse sensuelle, nostalgique, qui prend aux tripes . C'est l'abandon de l'autre dans une harmonie totale... »

Juarez Machado: Lovers et Tango
Juarez Machado: Lovers et Tango
Juarez Machado: Lovers et Tango
Juarez Machado: Lovers et Tango
Juarez Machado: Lovers et Tango
Juarez Machado: Lovers et Tango
Juarez Machado: Lovers et Tango
Juarez Machado: Lovers et Tango
Juarez Machado: Lovers et Tango

Ce qui caractérise la peinture de Machado, c'est la précision du trait, des détails infimes qui se trouvent dans chaque tableau, les couleurs et, par-dessus tout une touche d'humour.

Juarez Machado a reçu plusieurs distinctions dans les salons brésiliens ainsi que d'autres prestigieuses récompenses internationales. Depuis 1986 il habite à Paris et expose fréquemment en Europe et aux Etats-Unis. On dit qu'il a influencé l'image des films de Jean-Pierre Jeunet...

Juarez Machado: Lovers et Tango
Juarez Machado: Lovers et Tango
Juarez Machado: Lovers et Tango
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Vers Libres ( et érotiques) - Raymond Radiguet

Publié le par Perceval

Raymond Radiguet est l'auteur du fameux roman "Le diable au  corps" (1923) porté à l'écran en 1947 par Cocteau .. Le succès est immédiat et le livre fait scandale.

Raymond Radiguet est né en 1903 et est mort à 20 ans, d’une fièvre typhoïde, en 1923. Introduit très tôt dans les milieux de la presse, il fait la connaissance, entre autres, de Jean Cocteau, André Breton, Max Jacob, Paul Morand, Érik Satie et Francis Poulenc.

Un seul recueil de poésie est publié de son vivant : Les joues en feu (1920), période de sa liaison avec l'ancienne égérie de Modigliani : Béatrice Hastings. 

Le reste de son oeuvre est publié après sa mort : le roman Le bal du comte d'Orgel (1924), ainsi que les recueils de poèmes : Vers libres (1925) et Jeux innocents (1926) publiés sous le manteau contre la volonté de la famille Radiguet. D'autres recueils restent encore inédits.

Vers Libres ( et érotiques) - Raymond Radiguet

Chat perché

Au ciel des plages, Virginie*,
Ombres d'où je t'ai vu sortir,
Le zéphir, la brise d'été
Apportaient l'odeur de peau nue
(...)

Dans un rève où tu figurais
Entre une ruche d'écolières
Aux cheveux en nattes tressés.
La châtaine ainsi que la brune

Non contentes d'une bougie
Cherchaient à prendre en leurs filets
Un lycéen couleur de lune
Qui enseignerait à chacune

L'art d'agacer le chat perché
Dans la niche où il s'est caché.  

Bains publics

Que n'ai-je écouté tes paroles,
Rivière, dont les herbes folles
Au corps des ondines semblaient
Des ceintures de chasteté ?

Car ondines ce sont baigneuses
Aux fruits de marbre, au teint de lait,
Craignant les coups de la saison
Quand les ombrelles lumineuses

Fêtent le retour de l'été
Rivière, que n'ai-je écouté
Le conseil de tes herbes folles...
Adieu la sieste et le gazon,

Les ondines ont dépouillé
Pudeur, décence et chasteté
Mêlant leurs jambes et les miennes.
Jamais ondines ne tolèrent

Ces herbes folles, oripeaux
Passés de mode, sur leur peau.
Ondines sont filles légères
Jettant par-dessus les moulins

Leurs bonnets et combinaisons.
D'une ondine au sexe bâillant
La perle est dans le coquillage
(Perle perdue vingt fois par jour)

Ondines, les reprend l'amour,
Jamais d'ailleurs ne se souviennent
Que Cupidon, c'est en raillant
Qu'il les enfile, fausses perles,
Par derrière et sous une ombrelle.
 

Jeux innocents

Envole-toi comme une mésange
Ombrelle qui cachais nos jeux

Peu à peu se perd l'innocence.
De Vénus complice l'été
Dépouillant toute chasteté
Fait s'égarer les pucelages,
Tels des colliers ou des bijoux.

Qu'une enfant repeigne ses joues !
Après l'amour qu'on lui enseigne,
Entre ses jeunes jambes saigne
La grenade à jamais fendue.

- Elle s'habituera bientôt
À mieux supporter les mélanges
Et déjà, du bout de la langue,
Dans l'ombre de colin-maillard

Elle reconnaît le coupable.
L'ombrelle ouverte sur le sable
Parmi les algues et le sang
Cachera nos jeux innocents.  

Les Fiancés de Treize ans

(...)
Nulle robe ne peut soumettre
Celle qui, puérile nue,
Dans un coquillage vécut
En attendant le jour de naître.

Rendez-vous au prochain été.
Pateince ! la mer nous attend...
Au bout de cette année scolaire
Les replis de sa vaste ombrelle

Sauront nos amours abriter
De la maternelle colère.
Mais toi tu nous comprends, Vénus,
Chère folle, toi qui déjeunes

De soleil et de lune dînes,
Mis à l'école des ondines
On nous apprend à rester jeunes,
A nous qui voudrions vieillir !

A la dînette de la vie
A peine mis notre couvert,
Peureuse d'être découverts
Par la nourrice de son frère

(De sa mère le préféré :
Dernier venu c'est le premier,
Aussi bien tu le sais, Vénus)
Comme oursin peureux se hérisse

La naïve à qui l'on défend
De mettre un pantalon ouvert.

- Tu vas me trouver bien enfant,
Ondine, si je te demande

De me prêter un des canifs
Qui semblent furtives sardines
Ouvrant le fruit des mers gourmandes.
En échange de ton canif

D'argent, ondine, je dédie
A tes soeurs et à toi l'écorce
Dont je ne sus venir à bout,
Assis, couché ou bien debout,
Trahi par mes naïves forces.

Pourpre ciel entrouvert ! Grenade

Un bon conseil puisque tu daignes
Aphrodite me faire faire
Le grand tour du propriétaire
Vénus parmi les promenades

En tricycle dans tes domaines
Que la mer rouge ne te teigne,
La douleur en une grenade
Changeant la naïve châtaigne.

Note : ce poème est paru pour la première fois dans le n°7 de la revue L'oeuf dur le 7 février 1922, sous forme de quatrains ; et communiqué par Radiguet à Valentine Hugo (artiste peintre et femme de l'arrière-petit-fils de Victor Hugo) dans une lettre datée du 26 mars 1921.

Valentine Hugo, Raymond Radiguet et Jean Hugo (vers 1921) ds un décor de paquebot au Magic-City

 

Nues

Au regard frivoles les nues
Se refusent selon la nuit
Vers l'aurore sans plus de bruit
Dormez chère étoile ingénue


Sous les arbres de l'avenue
Les amours ne sont plus gratuits
Au regard frivoles les nues
Se refusent selon la nuit


Deux étoiles à demi-nues
Semblables soeurs nées à minuit
Chacune à son tour nous conduit
A des adresses inconnues
De leurs regards frivoles nues


De Les joues en feu - cité in Vers libres & jeux innocents - 

RADIGUET: - illustrations de Rojankovsky, dit Rojan

RADIGUET: - illustrations de Rojankovsky, dit Rojan

Nymphe émue

De ta tête, ôte ce panier
Naguère débordant de fraises,
C’est en prendre trop à son aise,
Tant bien que mal, nymphe, élevée.
 
Car sur les cendres de tes fraises
Les bravos ont fait relever
La tulle du lit où repose
La source d’hier, qui se tut.
 
Nymphe, m’apprivoisent tes cuisses,
Tes jambes à mon cou, statue,
Je courrais comme ondes bondissent,
Et arrivant en bas se tuent.
  
(Obligé qui voudrait y boire
Biche, de se mettre à genoux.)
 
Nymphe pensionnaire des bois
Me conviant à ce goûter,
Pour que commodément je puisse
Tes sauvages fraises brouter,
Demande aux ronces de ces bois
De lever ton tablier noir :
 
Ardeur de cheminée, à nous
Forestière tu te révèles,
Ton feu je l’allume à genoux

Comme aux sources lorsqu’on y boit.

Usée

Pile, fesses endolories
Par le dur pilon des amants
Face, avers d'un envers charmant
Qui semble buisson ou prairie....

 

Saison

Bilboquet dont je suis la tige
Sur laquelle est tombé ton corps,
Je comprends bien qu'un jeu pareil
Puisse te donner le vertige !

Aussi afin de satisfaire
Les désirs que loges en toi -
L'amour ne les veut qu'à l'étroit -
Rends-moi mignonne la pareille

C'est à ma tige alors de faire
Les doux mouvements de recul
Capables d'émouvoir ton cul
Mais non ta coquille d'amour

Puisque le sang rosit encor
L'entrecuisse où tu me préfères.

 

Victoire

Figurante jeune et jolie
On excuserait ces larcins
Dérobez-lui ma panoplie
Je meurs sous des yeux assassins

Mais pour le second que j'oublie
Joyeux le premier de ses seins
A peine le galon me lie
Dormir sur semblables coussins

Elle m'a mis en quarantaine

L'infidèle dont les mitaines
De mon temps furent gants de peau
Quand même ordonne en capitaine
Au vent de voler mon chapeau :

Nu-tête devant le chapeau !
 

Champigny

Champigny, grâces canotières -
L'amour taquinant le goujon
Dissimulait entre les joncs
Quelques coeurs et une chaumière,

La chaumière où je t'ai connue
Marie que je n'aimais que nue,
C'était aussi à Champigny
Les parapluies en champignons
Poussaient d'un coup sur l'avenue.

Mais moi, pensant à la cueillette,
Je plantais dans ton sexe herbu
Un cèpe sur lequel tu bus
La rosée de l'aube défaite.

Orages du coeur, dont vainqueur
Il conviendrait que je sortisse
Vos échos en moi retentissent
Lorsque nous sommes coeur à coeur.  

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