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Les Fleurs du mal.

Publié le par Perceval

– La chevelureFemme-Juive.jpg

Ô toison, moutonnant jusque sur l’encolure !

Ô boucles ! Ô parfum chargé de nonchaloir !

Extase ! Pour peupler ce soir l’alcôve obscure

Des souvenirs dormant dans cette chevelure,

Je la veux agiter dans l’air comme un mouchoir !

La langoureuse Asie et la brûlante Afrique,

Tout un monde lointain, absent, presque défunt,

Vit dans tes profondeurs, forêt aromatique !

Lefebvre_Jules_Joseph_Odalisque_1874.jpg

 

 

 

 

 

 

Comme d’autres esprits voguent sur la musique,

Le mien, ô mon amour ! nage sur ton parfum.

 


J’irai là-bas où l’arbre et l’homme, pleins de sève,

Se pâment longuement sous l’ardeur des climats ;

Fortes tresses, soyez la houle qui m’enlève !

Tu contiens, mer d’ébène, un éblouissant rêve

De voiles, de rameurs, de flammes et de mâts :

Un port retentissant où mon âme peut boire

À grands flots le parfum, le son et la couleur ;

Où les vaisseaux, glissant dans l’or et dans la moire,

Ouvrent leurs vastes bras pour embrasser la gloire

D’un ciel pur où frémit l’éternelle chaleur.Edouard-Rosset-Granger--La-somnambule--1897-.jpg


Je plongerai ma tête amoureuse d’ivresse

Dans ce noir océan où l’autre est enfermé ;

Et mon esprit subtil que le roulis caresse

Saura vous retrouver, ô féconde paresse,

Infinis bercements du loisir embaumé !

Cheveux bleus, pavillon de ténèbres tendues,

Vous me rendez l’azur du ciel immense et rond ;

Sur les bords duvetés de vos mèches tordues

Je m’enivre ardemment des senteurs confondues

De l’huile de coco, du musc et du goudron.

Longtemps ! toujours ! ma main dans ta crinière lourde

Sèmera le rubis, la perle et le saphir,

Afin qu’à mon désir tu ne sois jamais sourde !

N’es-tu pas l’oasis où je rêve, et la gourde

Où je hume à longs traits le vin du souvenir ?

 

XXIV

Death-the-Bride---Thomas-Cooper-Gotch--c.-1895.pngJe t’adore à l’égal de la voûte nocturne,

Ô vase de tristesse, ô grande taciturne,

Et t’aime d’autant plus, belle, que tu me fuis,

Et que tu me parais, ornement de mes nuits,

Plus ironiquement accumuler les lieues

Qui séparent mes bras des immensités bleues.

Je m’avance à l’attaque, et je grimpe aux assauts,

Comme après un cadavre un chœur de vermisseaux,

Et je chéris, ô bête implacable et cruelle !

Jusqu’à cette froideur par où tu m’es plus belle !

 

XXV

Tu mettrais l’univers entier dans ta ruelle,

Femme impure ! L’ennui rend ton âme cruelle.

Pour exercer tes dents à ce jeu singulier,

Il te faut chaque jour un cœur au râtelier.

 

Tes yeux, illuminés ainsi que des boutiques1855_Ary_Scheffer_-_The_Ghosts_of_Paolo_and_Francesca_Appea.jpg

Et des ifs flamboyants dans les fêtes publiques,

Usent insolemment d’un pouvoir emprunté,

Sans connaître jamais la loi de leur beauté.

Machine aveugle et sourde, en cruautés féconde !

Salutaire instrument, buveur du sang du monde,

Comment n’as-tu pas honte et comment n’as-tu pas

Devant tous les miroirs vu pâlir tes appas ?

La grandeur de ce mal où tu te crois savante,

Ne t’a donc jamais fait reculer d’épouvante,

Quand la nature, grande en ses desseins cachés,

De toi se sert, ô femme, ô reine des péchés,

– De toi, vil animal, – pour pétrir un génie ?

Ô fangeuse grandeur ! sublime ignominie !

 

ô femme, ô reine des péchés

Publié le 21 août 1857 par La Gazette des tribunaux :
Attendu que Baudelaire, Poulet-Malassis et De Broise ont commis le délit d’outrage à la morale publique et aux bonnes mœurs, savoir : Baudelaire, en publiant ; Poulet-malassis en publiant, vendant et mettant à la vente, à Paris et à Alençon, l’ouvrage intitulé : Les Fleurs du mal, lequel contient des passages ou expressions obscènes ou immorales ;
- Vu l’article 8 de la loi du 17 mai 1819, l’article 26 de la loi du 26 mai 1819
- Condamne Baudelaire à 300 francs d’amende,
- Poulet-Malassis et De Broise chacun à 100 francs d’amende
- Ordonne la suppression des pièces portant les numéros 20, 30, 39, 80, 81 et 87 du recueil.

 

Ps/: Les tableaux ci-dessus sont, en partant du haut:

- de Charles Emile Vernet-Lecomte, Femme juive de Tanger.

- de Jules Lefebvre -1874- Odalisque- au Art Institute of Chicago

- de Edouard Rosset Granger, La somnambule (1897)

- de Thomas Cooper Gotch, c. 1895 Death the Bride

- de Ary Scheffer - The_Ghosts_of_Paolo_and_Francesca_Appear_to_Dante_and_Virgil 1855

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Le salon de Marguerite de Saint-Marceaux: Musique et discussions

Publié le par Perceval

Extraits de l’ouvrage :Exposition-Femmes-Peintres-et-salons-au-temps-de-Proust.jpg 

 

Le salon de Marguerite de Saint-Marceaux, musique et discussions à bâton rompu.

Marguerite de Saint-Marceaux, est née Jourdain, d'une famille de drapiers de Louviers, veuve en premières noces d'un peintre aquarelliste, Eugène Baugnies, dont elle eut trois fils et hérita la fortune. Elle demeure pour la postérité, si du moins elle en a une, sous le nom de son second mari, le sculpteur René de Saint-Marceaux, surtout connu pour un Arlequin exposé au Musée de Reims, sa ville natale.

 

Un peintre, un sculpteur : « Meg » aimait passionnément les arts, mais ses deux maris ne furent peut-être que des consolateurs. Sa famille lui avait en effet interdit d'épouser Camille Saint-Saëns lorsqu'il avait demandé sa main. Le compositeur devait paraître trop bohême, un parti hasardeux...

Bonne pianiste, douée d'« une voix chaude et pénétrante » selon son ami Emmanuel Chabrier, voix qu'elle ne cessa de travailler jusque dans le grand âge, la musique est pour Meg la grande passion de sa vie : elle est aussi le coeur de son salon, dans son hôtel du 100 boulevard Malesherbes, construit à l'époque où elle s'appelait encore Madame Baugnies.

Marguerite-de-Saint-Marceaux-sur-le-Nil.jpg

 

Marguerite de Saint-Marceauxen croisière sur le Nil...

 


Elle incarne ce milieu artistique de la Plaine Monceau autour de 1900. C’est dans son hôtel du 100 boulevard Malesherbes qu’elle reçoit les amis de son mari et de son frère, les peintres Jacques-Emile Blanche, François Flameng, Giovanni Boldini ou Jean Béraud.

 

madeleine-Lemaire.jpg

C’est après son remariage avec le sculpteur René de Saint-Marceaux en 1892 que le salon de Marguerite de Saint-Marceaux entre dans sa période la plus florissante, dont le  journal, qu’elle tient de 1894 à 1927, est le plus riche témoignage. Ses mercredis attirent alors le tout Paris. Une vingtaine de personnes sont invitées à dîner puis, après le repas, d’autres convives se joignent à elles pour discuter et écouter les récitals. Le salon de Marguerite de  Saint-Marceaux est selon Charlotte Sohy-Labey « admirablement meublé à l’ancienne, les sièges étaient groupés avec un art consommé pour former des coins d’intimité où l’on était fort bien pour causer ». Colette évoque quant à elle la « liberté surveillée » de ce salon, où chacun est libre d’écouter la musique, de lire ou de discuter à loisir, sans toutefois dissiper les autres invités. La simplicité est de mise et Marguerite de Saint-Marceaux refusait les vêtements sophistiqués : « Comme chacun des invités présents était supposé passer ses journées à produire quelque oeuvre d’art ou faire une découverte, Mme de Saint-Marceaux insistait pour qu’on ne s’habillât point. Venir en tenue de travail constituait une preuve d’élégance et de distinction. » Cette ambiance familière est voulue par Marguerite de Saint-Marceaux qui n’accepte pas les simples mondains mais uniquement les proches et les artistes conviés. Au programme des soirées qui réunissent ces assemblées éclectiques figure une discussion sur un sujet artistique (oeuvre musicale, tableau ou livre récemment publié).

 

Outre les peintres et sculpteurs comme Antonin Mercié et François Pompon qui sont reçus par René de Saint-Marceaux, on trouve des écrivains comme Dumas fils, Willy et Colette, Melchior de Vogüé, Victorien Sardou ou Gabriele d’Annunzio. Plus que la littérature et la peinture, c’est debussy-au-piano-chez-Ernest-Chausson.gifla musique qui domine lors de ces soirées. Marguerite de Saint-Marceaux, interprète favorite de Fauré, invite alors ses convives à des concerts improvisés. Debussy ( ici, sur la photo ... ), Ravel, Fauré, Dukas, Messager avant même qu'ils ne fussent célèbres, y interprétèrent leurs sonates, leurs Jeux d'eau et  autres Pelléas... Isadora Duncan y débute, accompagnée au piano par Maurice Ravel. On y retrouve également Ernest Chausson, Francis Poulenc ou Raynaldo Hahn. Outre ce salon parisien, Marguerite de Saint-Marceaux reçoit durant la belle saison dans sa résidence de Cuy-Saint-Fiacre (Seine Maritime).

On pouvait y trouver, fidèles parmi les fidèles, Chausson et Gounod, Messager et Paladilhe, Chabrier et Massenet. C’est Reynaldo Hahn, invité assidu du salon, qui y amena Proust. « Meg », passe aussi, parmi d'autres modèles, pour avoir inspiré dans La Recherche le personnage de Madame Verdurin.

 

L’oeil de Colette Willy …

Colette-et-willy.jpg« Une fine chienne bassette, Waldine, écoutait, une ouistitite délicieuse venait manger des miettes de gâteau, un peu de banane, s’essuyait les doigts à un mouchoir avec délicatesse, attachait aux nôtres ses yeux d’or, actifs et illisibles. De telles licences, discrètes, quasi-familiales, nous plaisaient fort. Pourtant nous nous sentions gouvernés par une hôtesse d’esprit et de parler prompts, intolérante au fond, le nez en bec, l’oeil agile, qui bataillait pour la musique et s’en grisait. Là, je vis entrer un soir la partition de Pelléas et Mélisande. Elle arriva dans les bras de Messager, et serrée sur son coeur, comme s’il l’avait volée. Il commença à la lire au piano, de la chanter passionnément, d’une voix en zinc rouillé.

Souvent, côte à côte sur la banquette d’un des pianos, Fauré et lui improvisaient à quatre mains, en rivalisant de modulations brusquées, d’évasions hors du ton. Ils aimaie nt tous deux ce jeu, pendant lequel ils échangeaient des apostrophes de duellistes : “Pare celle-là !... Et celle-là, tu l’attendais ?... Va toujours, je te repincerai...”

Fauré, émir bistré, hochait sa huppe d’argent, souriait aux embûches et les redoublait...

Un quadrille parodique, à quatre mains, où se donnaient rendez-vous les le

JOURNAL-DE-MARGUERITE-DE-SAINT-MARCEAUX--1894-1927.jpg

itmotive de la Tétralogie, sonnait souvent le couvre-feu… »

 

 

 

Le Journal de Meg remplit plus de mille pages en fins caractères. C'est aussi une chronique familiale et mondaine, où elle évoque sa progéniture, ses soucis de santé, ceux surtout de son mari qui endurait tous les maux de la terre ; elle décrit ses étés en Normandie dans sa belle maison de Cuy-Saint-Fiacre, ou dans celle qu'elle fit plus tard construire à Jouy-en-Josas. La Première Guerre fait partie des très nombreuses épreuves qu'elle relate, avec un curieux mélange de sensibilité et de stoïcisme. Elle se soignait à la musique, qui venait à bout  de ses pires chagrins.

Son journal, relate sa vie, en une chronique qui mêle les aspects privés et affectifs au tourbillon de ses activités : elle est de tous les vernissages, ne manque pas une première au concert ou à l’opéra, visite musées et monuments au cours de voyages à travers l’Europe. En accord avec son temps, elle adopte avec joie tous les aspects du modernisme : elle se promène à bicyclette et découvre les plaisirs de l’automobile, prend des photos, s’émerveille du cinéma, passe son baptême de l’air en 1913 après la guerre, elle juge cependant avec sévérité les transformations de la mode féminine, reflet de l’évolution des mœurs. La plupart des événements contemporains trouvent un écho dans son journal, l’incendie du Bazar de la Charité aussi bien que les inondations de 1910, et l’actualité politique (l’affaire Dreyfus, la guerre...) sur laquelle elle exprime des opinions tranchées.


24 juin 1903 « Je fais passer ma carte, une vieille dame agréable apparaît, femme ou maîtresse : elle va chercher le maître qui arrive un instant après vêtu de gris, d’un joli ton. La figure est charmante, douce et régulière de ligne, avec une jolie expression. Nous visitons un premier atelier avec de bonnes études au mur et bientôt un autre atelier plus grand, rempli celui-là de choses merveilleuses. Mon œil est attiré par une série d’études de nénuphars sur Claude-monet.jpgl’eau, études faites à toutes les heures avec des effets différents. C’est un enchantement. Mais la réalité l’emporte encore sur l’art, car les modèles existent tous, ils vivent sur un étang fait par le maître, étang vivant couvert de ces fleurs superbes posées là comme des oiseaux aux nuances inattendues. Autour, des iris jaune et lilas. L’admirable spectacle. J’en suis encore sous le charme, j’y pense comme à une œuvre d’art révélée. Monet passe pour un ours. Il fut charmant pour moi et je dois y retourner… »


5 juillet : « Je revois l’étang, les délicieuses fleurs nymphéa errantes sur l’eau stagnante, et l’atmosphère de rêve qui demeure en ce lieu, […]. Un thé aimablement servi par une vieille dame à cheveux blancs qui est Mme Monet et une grosse blonde atroce, commune qui est sa fille et la belle-fille de Monet. Tout ce monde fort aimable et simple. Mais combien ordinaire. Cela n’empêche pas Monet d’être un maître. »

 

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La femme au XIXème : entre "péché" et volupté...

Publié le par Perceval

 Julius-Stewart-redemption.JPG

Le regard bleu de la jeune femme semble stupéfait et fixe devant elle une vision qui paraît la pétrifier. Nous voyons cette apparition d’un Christ en croix, en reflet dans un miroir qu’est juste derrière la jeune femme. ( ... )

La moitié droite de la scène est consacrée à une scène qui pourrait se situer dans une maison close. Des jeunes femmes s’amusent ou discutent avec des hommes d’âge mur. L’une allume une cigarette. Au premier plan, dans le long voile noir d’une femme nue de dos, un semis de petites fleurs blanches.

 

La moderne Marie-Madeleine arbore la robe blanche du sacrifice et de la virginité regagnée.

L’iris qui se fane à ses pieds marque l’abandon de la volupté mais la main griffue est le signe d’une ultime tentation diabolique qui l’attacherait encore au monde perdu de la galanterie.

 Rédemption Détail
 Julius LeBlanc Stewart , Etats-Unis, 1855-1919.

Musique de Debussy, Clair de Lune.
 

 

  Clesinger-Femme-piquee-par-un-serpent.jpg  

Jean-Baptiste Auguste Clésinger) (1814 - 1883 ) est un sculpteur et peintre français du XIXe siècle.
Au Salon de 1847, il créa une surprise en présentant  Femme piquée par un serpent, sculpture aux formes avantageuses pour laquelle il a utilisé le moulage directement sur nature ce qui renforce encore son charme érotique au parfum de scandale. Ce modèle, Apollonie Sabatier fut la maîtresse de l'artiste et de Charles Baudelaire parmi d'autres.

 

 

 

Baudelaire : dans Fusées ( recueil de pensées ):


« Moi je dis : la volupté unique et suprême de l’amour gît dans la certitude de faire le mal. – Et l’homme et la femme savent de naissance que dans le mal se trouve tout volupté. »

 

« J'ai trouvé la définition du Beau, de mon Beau.
   C'est quelqueClesinger-Femme-piquee-par-un-serpent-detail.jpg chose d'ardent et de triste, quelque chose d'un peu vague, laissant carrière à la conjecture. Je vais, si l'on veut, appliquer mes idées à un objet sensible, à l'objet par exemple, le plus intéressant dans la société, à un visage de femme. Une tête séduisante et belle, une tête de femme, veux-je dire, c'est une tête qui fait rêver à la fois, — mais d'une manière confuse, — de volupté et de tristesse ; qui comporte une idée de mélancolie, de lassitude, même de satiété, — soit une idée contraire, c'est-à-dire une ardeur, un désir de vivre, associés avec une amertume refluante, comme venant de privation ou de désespérance. Le mystère, le regret sont aussi des caractères du Beau. »

Von-Stuck-et-le-reliquaire.jpg 

 

** BAUDELAIRE  **

 

Quand ' Jeanne Duval ' attire Baudelaire vers le péché de chair, Apollonie-Sabatier-by-Vincent-Vidal-.jpgApollonie ' Me Sabatier ' , le sauve par sa vertu (il lui écrira dans une lettre « Quand je fais quelque chose de bien, je me dis : Voilà quelque chose qui me rapproche d’elle – en esprit. » ; quand il apprécie la sensualité de Jeanne, il quitte Apollonie pour lui avoir cédé et lui écrira un « assassin » :

« il y a quelques jours, tu étais une divinité, ce qui est si commode, si beau, si inviolable. Te voilà femme maintenant. » !…

Apollonie Sabatier par Vincent Vidal -->

 

En février 1842, Charles revient de l'Ile Bourbon (La Réunion), il garde un " goût " pour les femmes "typées"..  Il s'éprend d'une mulâtresse, ivrognesse, vaguement comédienne, sans grande intelligence et au coeur sec. Jeanne Duval sera sa " Vénus Noire " incarnation de 'la femme fatale', sensuelle et exotique.

les-fleurs-du-mal.JPGIl la méprise, elle le trompe sans répit, il est rapidement criblé de dettes et elle lui quémande sordidement, sans arrêt, de l'argent. De ruptures violentes, en réconciliations passionnées, elle reste dans sa vie, et le rejoint d'hôtels en pensions, au fil de ses déménagements répétés.

 Charles_Baudelaire_Jeanne_Duval.jpg 

 

 

 

Jeanne Duval par Baudelaire

   

 

 

 La langoureuse Asie et la brûlante Afrique, Tout un monde lointain, absent, presque défunt, Vit dans tes profondeurs, forêt aromatique ! Comme d'autres esprits voguent sur la musique, Le mien, ô mon amour ! nage sur ton parfum.  

 

 
Charles_Baudelaire_Mme_Sabatier.jpg
Que j'aime voir, chère indolente, De ton corps si beau, Comme une étoffe vacillante, Miroiter la peau ! Sur ta chevelure profonde Aux âcres parfums, Mer odorante et vagabonde Aux flots bleus et bruns,



<- Mme Sabatier par Baudelaire

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Marie Laure de Noailles 1902-1981

Publié le par Perceval

Marie Laure de Noailles:  Mécène, collectionneuse...surréaliste. Certains poèmes ont été mis en musique par Francis Poulenc.marie-laure_de_noailles-1902-1970-man_ray_portrait_de_.jpg

 

Je t'aime parce que...

 

Je t'aime parce que tu as l'ardeur de l'ardoise trop grise

Je t'aime parce que tu es rapide comme l'as du tricheur

Je t'aime parce que l'arche a mis en toi ses flèches

Parce que les filles sur les rives de Grèce

Entendaient déjà ta rumeur maligne

Lorsque le soir a soif et que ta voix fulmine

Comme un bûcher qui brûle en épargnant le coeur

Tu t'en vas, tu reviens et tu descends les marches

En pardonnant au chien et sans passer sous l'arche

Où des esclaves tissent les toiles des araignées du désespoir

Je t'aime parce que tu peuples l'avenir comme une barque lourde

Sur l'étang du passé muette aveugle et sourde

La forme des ténèbres a des mains de velours

Je t'aime parce que tu renies les ténèbres par répugnance du velours

Tu ne sais pas pourquoi je t'aime l'essence

Sèche dans les flacons sans que je dise un mot

Qui pourrait t'amener jusqu'à l'étendue de l'énigme

La frontière est gardée par des feuilles de fer

Qui font saigner le front mieux que grilles d'Espagne

Daphné sans Apollon frémit. Sur l'esplanade

            Roule la fortune du tyran.

 

Cires perdues, 1953

 

marie_laure_de_noailles-Poulenc-etc.jpg

Francis Poulenc, Roger Desormière, Charles Koechlin, Yvonne de Casa-Fuerte, Marie-Laure de Noailles, Igor Markevitch, Nicolaï Nabokov et Henri Sauguet. Paris, 1932. C Roger Viollet  

 

Tristan

 

A l'avant du navire

Se tiendra notre mort

Si simplement que nous n'aurons pas peurMarie-Laure-de-Noailles-theredlist.jpeg

Nous devions mourir dans le port

Et nous voilà en pleine mer.

 

Ecoute aux portes des îles

Le chant de nos douleurs.

 

A l'avant du navire

Se tiendra notre Sort

 

Une rose dans le rire des vagues

 

5 février 1942

L'An Quarante

 

Ces deux poèmes ont été publiés dans l'Anthologie Seghers, 1972 

 

marie laure de noailles André Breton etc

 

 

***************

marie laure de noailles coco chanel etc
Marie-Laure de Noailles avec Coco Chanel, Igor Stravinsky, and d'autres ... à Paris, Cafe de Flore, 1930.

 

Voir aussi:

Fantasque Marie-Laure de Noailles

et

Marie-Laure de Noailles

 

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La jeune fille au Chat de Cécilia Beaux

Publié le par Perceval

Cecilia-Beaux-la-jeune-fille-au-chat-detail.jpg

Cecilia_Beaux_self-portrait.jpg 

Cecilia Beaux (1 Mai1855 – 7 Sept 1942)

  La jeune fille, ses yeux gris-verts dans le vague, la main distraite par un ruban ; les yeux du chat m’interrogent, dorés et mystérieux.   Cecilia Beaux la jeune fille au chat 1894

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Le Journal de Catherine Pozzi

Publié le par Perceval

Catherine Pozzi assumera très tôt une indépendance alors rarement permise aux femmes.

Passionnée par les sciences comme la physique ou, plus obscure, la psychophysiologie, elle passera plusieurs examens, en commençant par le baccalauréat.


Catherine Pozzi (1884-1934)Elle débute son journal en 1913, donc bien avant sa rencontre avec Paul Valéry.

Dans ce qui fut comparé aux Confessions de Rousseau, elle décrit sans complaisance ni frivolité les rencontres que les mondanités parisiennes lui ont permis de rencontrer : Martin du Gard, André du Bos, Guéhenno, Paulhan, Suarès, Julien Benda, Pierre-Jean Jouve, Jacques et Raïssa Maritain, Louis Massigon et, inévitable à cette époque, l'abbé Mugnier… Elle possède un véritable don d'introspection de sa propre vie - toujours en train de souffrir -, avec une grande maîtrise d'écriture révélant une personnalité hypersensible.


Paul Valéry : (attention... le journal ne se réduit pas à ce " récit d'une douleur qui m'a été pendant sept ans incompréhensible "a-rilke-pozzi1

P.V. qui « se regard[ait] être regardé » (p. 359), « Il ne fut jamais mon maître. Il fut mon frère, mon pareil, ma tendresse très pure. Ce n'est pas la même chose. » (p. 310.)

« Les gestes de l'amour, dans mon histoire, ne furent que ceux du noyé. » (p. 283.)

« Tu n'as pas eu un mot pour moi. Je vois que tu ne me vois pas […]. Je vous embrasse une fois, vite, et puis il faut descendre. Et je commence à sentir avec horreur que, vraiment, ce n'est pas de moi que vous souffrez mais de mon départ et de ce qu'il cause en vous. » (p. 225.)


Face à la maladie qui la taraudera toute sa vie (elle parle de la mort vingt ans avant qu'elle n'arrive enfin !), elle exprimera son permanent mal-être :

« Mon corps est trop étroit pour moi, et l'air n'y entre pas assez pour que je parle. L'univers est plein de personnes qui respirent, qui respirent, et qui n'ont rien à dire. Je veux sortir. Je n'aurai pas le temps. Je nage à contretemps. Mais le temps est tari. » (p. 553.)


Incroyante, mais remplie d’ inquiétudes métaphysiques, sur le catholicisme, cette « seule chose humaine qui abolisse le temps, seule entente absolue du présent au passé » (p. 254).

« J'aime mieux Dieu que tous ces hommes [tous ceux qu'elle a aimés]. Combien cela fait-il d'années, mon Dieu, que je vous cherche et manque, dans l'amour ? » (p. 193.)


La principale matière du «  Journal »  est la douleur :

" l'horrible mariage, l'horrible divorce, la guerre, et le fiancé frère, qui fut martyr. La maladie, pendant sept années. Mon père assassiné. Enfin, la passion d'un fou. ".

Catherine Pozzi aura vécu toute sa vie dans la pensée d'une mort imminente, toujours possible : " Je suis descendue à la cuisine chercher sur le calendrier la date de ma mort. Je crois, depuis toujours, que je mourrai le jour de la Pentecôte. Cette année, c'est le 19 mai. "


Catherine-Pozzi2.jpgElle parle d’elle-même comme un" os de seiche, une robe de soie dessus ", ou " maigre et laide et pâle, un grand vermicelle qui aurait de grands yeux ".

Ses caricatures savent être grinçantes : la comtesse Murat est " celle qui crache des noms de grands hommes à chaque respiration ".

 

Elle se relit (c'est l'été 1928): " Un homme. Un tourment. Rien à côté. Il semble que l'univers n'existait pas. C'est que, d'abord, mon univers était lui-même. Ensuite, c'est que je n'écrivais qu'en état de douleur. J'écrivais comme l'on se retire dans un oratoire à supplier. " Il s'agit moins d'écriture que de " la chose vivante elle-même qui gémit ". Un Journal pour l'essentiel " sans faits et sans histoire ", écrit parce que Pozzi n'avait ni amie ni confesseur, adressé " à la sympathie... de qui ? De rien, de nul, je le sais bien : ce lecteur est moi, cette oreille est la mienne. "

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Fantasque Marie-Laure de Noailles

Publié le par Perceval

 

marie_laure_de_noailles-1930.jpg

 

Marie Laure Bischoffseim ( de Noailles ) est née le 31 octobre 1902 à Paris.

 

Marie-Laure-de-Noailles

 

Elle rencontre Cocteau pendant la Première Guerre mondiale, avec lui elle rit aux facéties de Charlie Chaplin, elle découvre la musique de Poulenc… 

« L’héritière aux cent millions » se marie avec le fils de la princesse de Poix. Ils voyagent dans le monde entier, assistent aux plus jolis dîners parisiens, vont au Bœuf sur le Toit, au Ciro’s, chez Maxim’s...

 

Marie-Laure veut choquer, séduire. Elle a aussi un humour décapant et un formidable esprit de répartie. Charles s’adonne à sa passion : la décoration intérieure. Les fêtes se succèdent dans un décor où le mobilier XVIIIème côtoient les créations Art Déco.Marie-Laure-de-Noailles-par man ray

 

Parmi les artistes et personnalités admis chez eux, se côtoient des gens aussi différents que le poète René Crevel, Georges-Henri Rivière, directeur du Musée ethnographique du Trocadéro, Francis Poulenc ou le célèbre Abbé Mugnier, ecclésiastique mondain.

Elle a le charisme qui la rend belle : physique de jeune femme du Moyen Age, avec son long visage, son teint de porcelaine, ses grands yeux et sa brillante chevelure de jais : Picasso, Bérard, Giacometti, Valentine Hugo, Balthus, Dora Maar, Cassandre, Dalí, Man Ray, Horst, Hoyningen-Huene ; la portraiture …

Au-dessus: Marie-Laure de Noailles par Man Ray 

 

marie_laure_de_noailles-balthus.jpgMarie-Laure soutient et achète la peinture sur coup de cœur. En 1927, elle accroche dans son salon le Monument aux Oiseaux de Max Ernst qui vient d’être terminé.

Charles et Marie Laure se passionnent également pour le cinéma et deviennent même « producteurs », ils soutiennent le « scandaleux » Age d’or de Luis Bunuel ( on ne pourra plus le visionner avant 1949…)

 

marie_laure_de_noailles-Man-Ray-1930.jpg

 

Lorsqu'il s'avéra que son mariage battait de l'aile, elle eut des liaisons ou des amitiés amoureuses avec des hommes qui étaient en général homosexuels ou bisexuels. Parmi eux :

 

- le millionnaire et mécène anglais Edward James, en 1933,-

- le compositeur Igor Markevitch, de onze ans son cadet, de 1933 à 1938

- Michel Petitjean, de huit ans son cadet, en 1938 ( ci-dessous )

marie_laure_de_noailles-Michek-Petitjean.jpg

 

 

- le peintre Oscar Dominguez, qui se suicida en 1957,

- l'éleveur de taureaux Jean Lafont.

 

 

 

marie_laure_de_noailles-Cocteau-Gide--etc.jpg

 

Jean Cocteau, André Gide , Marie-Laure de Noailles et Georges Auric, Hyères -  1930 -par  Marc Allégret

 

 

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Béatrice de Die, femme troubatour

Publié le par Perceval

comtessa_de_dia.jpgLa comtessa de Dia si fo moiller d'En Guillem de Peitieus, bella domna e bona. Et enamoret se d'En Rambaut d'Aurenga, e fez de lui mantas bonas cansos.

La comtesse de Die fut l'épouse du seigneur Guillaume de Poitiers, belle et bonne dame. Elle s'enamoura du seigneur Raimbaut d'Orange, et fit sur lui maintes bonnes chansons

 

 

Il me faut chanter ici ce que je ne voudrais point chanter
Car j'ai fort à me plaindre de celui dont je suis l'amieBeatriz_de_Dia.jpg
Je l'aime plus que tout au monde 
Mais rien ne trouve grâce auprès de lui 
Ni Merci, ni Courtoisie, ni ma beauté, ni mon esprit,
Je suis trompée et trahie comme je devrais l'être
Si je n'avais pas le moindre charme.

 

Une chose me console: jamais, je n'eus de torts
Envers vous, ami. Je vous aime, au contraire
Plus que Seguin n'aima Valence
Et il me plait fort de vous vaincre en amour,
Ami, car vous êtes le plus vaillant de tous.
Mais vous me traitez avec orgueil en paroles et en actes,
Alors que vous êtes si aimable envers d'autres.

 

Je suis surprise de l'arrogance de votre coeur,
Ami, et j'ai bien sujet d'en être triste
Il n'est point juste qu'un autre amour vous éloigne de moi
Quel que soit l'accueil qu'il vous réserve,
Qu'il vous souvienne du débuttroubadour6.jpg
De notre amour. A Dieu ne plaise
Que par ma faute il s'achève.

 

La grande vaillance qui loge en votre coeur
Et votre grand mérite me sont sujets de tourments,
Car je ne connais point dame , proche ou lointaine,
Et en désir d'amour qui vers vous ne soit attirée
Mais vous, ami de si bon jugement,
Vous devez bien reconnaître la plus sincère
Ne vous souvient-il pas de nos jeux-partis?

 

Ma valeur et mon lignage, ma beauté
Et plus encore la sincerité de mon coeur, doivent me secourir
C'est pourquoi je vous envoie, là-bas,
Cette chanson qui me servira de messager

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Je veux savoir, mon bel et doux ami,
Pourquoi vous m'êtes si dur et si farouche,
Est-ce orgueil ou indifférence?

Mais je veux, messager, que tu lui dises
Que trop d'orgueil peut nuire à maintes gens.

 

Béatrice de Die : Elle était trobairitz (femme troubadour). (1200)

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Catherine Pozzi (1)

Publié le par Perceval

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Catherine Pozzi est née à paris en 1882. Son parcours, plutôt sa vie, m’a profondément touchée. Il émane d’elle une certaine incandescence… Intransigeante, elle vécut sa courte vie à l’extrême d’elle-même, assoiffée d’absolu.

Quelques élément biographiques paraissent sortir de « La Recherche » de Proust :

D’ailleurs son père, médecin, directeur du service de gynécologie de l'hôpital Broca, aurait été immortalisé dans l’œuvre sous les traits « Docteur Cottard », celui-là même dont l’ineffable épouse, trompée par son volage mari, s'endort inopinément, à la Raspelière, chez les Verburin.

Pozzi, Samuel - Par SargentSamuel Pozzi, mari volage, n’hésite pas à séduire ses patientes, et consoler sa femme de ses infidélités en lui disant : «  Je ne vous ai pas trompée, ma chère, je vous ai complétée. »

Sarah Bernhardt, l'une de ses nombreuses conquêtes rencontrée en 1869, le surnommait en toute simplicité « Docteur Dieu ». Parmi ses conquêtes féminines : la cantatrice  Georgette Leblanc, la grande actrice Réjane et, l'extraordinaire Geneviève Straus, veuve de Bizet, fille d'Halévy, mère du grand ami de Marcel Proust et égérie de Charles Haas. Le grand amour de Pozzi fut Emma Fischhof, fille d'un marchand de tableaux célèbre, qui  partagea sa vie jusqu'à la fin.

Familier du docteur Adrien Proust, Pozzi rencontre Marcel Proust au cours d’un dîner donné par ses parents en 1886 et devint son médecin. En 1914, c’est lui qui lui procura la dispense qui lui permit de ne pas être envoyé au front.

 

Catherine grandit dans le Tout-Paris aristocratique et bourgeois de la fin du 19°s. Dès son plus jeune âge, elle rencontre des gens de lettres et des personnalités du monde artistique dans les salons de sa mère : Thérèse Loth-Cazalis

 

 

Samuel Pozzi par John Singer Sargent ^

 

A suivre ....

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Marie-Laure de Noailles

Publié le par Perceval

marie laure de noailles marcoussisSon père est un banquier juif allemand. Ses seules distractions lui sont apportées par sa grand-mère maternelle, Laure de Chevigné, aristocrate originale, précédée, dans les salons parisiens, de la réputation du nom scandaleux de son arrière-grand-père, le marquis de Sade. L’élégance et la modernité de Laure de Chevigné fascinent Marcel Proust, qui en fait le modèle de sa duchesse de Guermantes, avant qu’elle ne séduise également Jean Cocteau, son voisin du 10, rue d’Anjou.Marie-Laure-et-Charles-de-Noailles--capture-du-film-Biceps-.jpg

Enfant, elle est l'amie de Jean Cocteau dont elle reste amoureuse toute sa vie.

Elle épouse à 21ans un Vicomte.

 

La vie du couple est un tourbillon. Le couple voyage, reçoit, s'intéresse au dernier cri de la mode et des arts, finance les créateurs, achète des tableaux à tour de bras.

Parmi ses préférés : Cocteau, Crevel, Dalí en particulier qu’elle a découvert grâce à l’ami  Faucigny-Lucinge, et les surréalistes en général.

Les plus grands artistes de son temps se succèdent pour portraiturer son physique de jeune femme du Moyen Age, avec son long visage, son teint de porcelaine, ses grands yeux et sa brillante chevelure de jais : Picasso, Bérard, Giacometti, Valentine Hugo, Balthus, Dora Maar, Cassandre, Dalí, Man Ray, Horst, Hoyningen-Huene.

Avec Charles, son vicomte, ils visitent les ateliers, commandent les œuvres et les présentent au cours de soirées mondaines et « libres ». Musique de Poulenc, bals costumés rivalisent dans des salons très intellectuels …

M L de Noailles et valentine Hugo 1924 Rehbinder

 

Elle est amoureuse de la nouveauté, de l'avant-garde et de la création. Elle accorde son soutien aux républicains espagnols en 1936, et s’excite des barricades en 68 : «Clément, à l'Odéon!» lance-t-elle en mai 68 à son chauffeur …

  Marie-Laure Noailles et Valentine Hugo en 1924


 

François-Marie Banier, ( çà ne vous dit rien .. ? ) - « Ce ravissant surdoué a la voix de Cocteau, l’allure de Rimbaud et la chevelure de Saint-Saëns », écrit de lui Marie-Laure de Noailles alors grand mécène et personnage de l’après-guerre, que Banier rencontre à l’âge de 15 ans. Elle en a 64.

 

Marie-Laure de Noailles et Valentine Hugo, 1924

 

Ils se voient matin, midi et soir pendant neuf ans. François-Marie goûte sa conversation et ses largesses. ( ! )

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Marie-Laure de Noailles, Jean Cocteau et George Auris, 1930

 

A suivre …

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