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Marie de Régnier et Pierre Louÿs -5-

Publié le par Perceval

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Houville (Gérard d'): nom d'auteur de Marie de Regnier

Les voilà tous deux pris dans les tourments d’une passion enflammée, néanmoins interrompue par le voyage de Pierre Louÿs au Caire. Pendant l’absence de son amant, Marie de Régnier se donne à Jean de Tinan, jeune écrivain talentueux et ami de Pierre Louÿs. Tout en lui précisant qu’il ne peut en aucune manière s’agir d’une relation sérieuse et durable. Marie, découvrant alors qu’elle est enceinte de Pierre, congédie Jean qui sombre dans le chagrin. De retour d’Égypte, Pierre Louÿs apprend qu’il va être père alors même qu’il avait pris la décision de rompre sa relation avec Marie. Le petit Pierre de Régnier, surnommé Tigre, vient au monde le 8 septembre 1898. Les Régnier et Pierre Louÿs se rendent à Amsterdam pour y voir l’exposition Rembrandt. Marie et Pierre reprennent leur relation amoureuse, secouée par de nouvelles aventures.

 


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Marie, photos de Pierre Louÿs

 

 

Ce 29 novembre 1898 est «l'Apogée » de la liaison avec Marie de Régnier, dans leur garçonnière de la rue Théodule-Ribot. Les paroles échangées sont retranscrites le soir même, c’est la genèse du Pervigilium Mortis.

Le déclin s'annonce avec les retrouvailles de Pierre Louÿs avec Zohra d’une part, ses fiançailles manquées avec Germaine Dethomas d’autre part. Dans le même temps, Louise de Heredia s’éprend de l’amant de sa sœur, cette dernière suggérant à Pierre de l’épouser. Le mariage (1899), qui a lieu à Saint-Philippe-du-Roule, se révèle très vite être un échec. Marie et Pierre se retrouvent. Mais leur passion s’éteint progressivement et leur relation prend fin en 1903.

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En 1902, Marie de Régnier se lie à Georgie Raoul-Duval dont on retrouve les traits, sous la plume de Colette et de Willy, dans le personnage de Rezi, dans Claudine en ménage. L’année suivante, en 1903, Marie de Régnier publie L’Inconstante, roman autobiographique qu’elle signe sous le pseudonyme masculin de Gérard d’Houville. En 1905, elle publie son second roman, L’Esclave, dédié à Georgie Raoul-Duval, avec qui elle vient de rompre. Marie de Régnier perd son père (José-Maria de Heredia meurt le 2 octobre 1905).marie-de-Regnier-page-femina.jpg



Au printemps 1906, Marie de Régnier se lie avec le romancier et poète Jean-Louis Vaudoyer, liaison chaotique qui durera jusqu’en 1910. En 1908, elle publie Le Temps d’aimer, qui retrace sa relation amoureuse avec Vaudoyer. L’année suivante, elle est nommée membre du jury du prix littéraire de « La Vie heureuse », ancêtre du prix « Femina ». La rupture avec Vaudoyer entraîne Marie de Régnier dans une nouvelle liaison amoureuse. Elle devient la maîtresse d’un homme de théâtre, Henry Bernstein. Henri de Régnier songe alors pour la première fois au suicide. En février 1911, Henri de Régnier est élu à l’Académie française. En juin 1914 paraît sous le nom de Gérard d’Houville Le Séducteur, inspiré à Marie de Régnier par les origines cubaines de sa famille. En juin 1918, Marie de Régnier est récompensée pour l’ensemble de son œuvre par le prix de littérature de l’Académie française. Elle est la première femme à être honorée de ce prix.

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Marie de Régnier à Arcachon Marie de Régnier en Hollande

Régnier put, au fil du temps, s'être senti dupé... Sa fortune personnelle, fut de grand secours à une belle famille minée par les soucis d’argent, alors que l’intrigant et sulfureux Louÿs - toujours fauché – était préféré par la belle. Mme-de-Regnier.jpgEt, tandis qu'elle se refusait à lui, son mari ; Marie multiplia dès lors les amants, du pervers raffiné Louÿs dont les photos donnent une idée de la beauté de Marie, au brutal Henry Bernstein (détesté par Régnier), en passant par le timide Jean de Tinan, le séducteur mûr D’Annunzio, le volage Jean-Louis Vaudoyer mais aussi la saphique Georgie Raoul-Duval amante de Colette, et aussi Binet-Valmer, Edmond Jaloux, Emile Henriot, Paul Drouot et quelques autres dont le transi Auguste Gilbert de Voisins qui finit par épouser Louise après son divorce d’avec Pierre Louÿs…

Pour autant l’immense amour de Régnier envers son épouse ne se démentira jamais. L’auteur de La Peur de l’amour fut constamment digne dans la souffrance sauf lors de l’épisode Bernstein qui faillit le conduire au suicide.

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Marie de Régnier photographiée par Pierre Louÿs Marie à Venise 


Sources : Marie de Régnier de Robert Fleury, chez Plon 1990

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Marie de Régnier et Pierre Louÿs -4-

Publié le par Perceval

pierre-louys-par-jacques-emile-blanche.jpgHenri Régnier, est déjà auteur de quelques ouvrages et sa fortune arrange grandement les affaires de la famille Heredia, la mère de Marie trouve là un moyen d’éponger les dettes de jeu du père Heredia.

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Jean-Louis Forain (1852-1931) Portrait de Marie de Régnier 1907

Quand Pierre Louÿs comprends la trahison de son ami. Il se précipite chez Régnier, une violente altercation les oppose. Faisant fi de leur vieille amitié, Louÿs accuse Régnier d’avoir manqué à la parole donnée, parle de trahison. Le ton monte, mais Régnier conserve son calme. C’est de justesse si les deux jeunes gens ne vont pas régler cela "au pré, devant témoins".

Marie, en larmes, est consolée par sa petite sœur. De dépit, un soir, Pierre Louÿs se rend en secret chez Marie et lui raconte tout : la compétition entre les deux jeunes gens, le pacte, la nécessité du voyage, la trahison d’Henri, la dispute, le duel évité de peu… Marie est effondrée. Non seulement Régnier l’épouse en l’ayant, en quelque sorte achetée, mais encore, il a fait sa demande sans avertir son ami. Henri de Régnier, aux yeux de Marie, n’est plus un homme estimable.

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Marie et Henri à l'époque de leurs fiancailles 1896

 

Le mariage de Marie de Heredia et d’Henri de Régnier se déroule en l’église Saint-Philippe-du-Roule, le 17 octobre 1895. Lui a 31 ans, elle 20. Mais la jeune épousée, ulcérée d’avoir été l’objet d’un marché aussi ignoble, a prévenu Henri :

"Nous nous marierons comme prévu. Le plus tôt sera d’ailleurs le mieux. Mais comme vous avez fait de notre mariage une affaire, je ne serai votre femme que de nom. Je vous appartiendrai le jour que je fixerai. Est-ce clair ?" Comme elle ne baisse pas les yeux, attendant la réponse, Régnier, effaré, rajuste son monocle d’un geste machinal et acquiesce silencieusement.

En elle-même, Marie s'engage à se réserver pour Pierre Louÿs …

Après un bref voyage de noces (à Versailles) ; Les Régnier s'installent dans le VIIIe arrondissement. Marie de Régnier se lie alors d’amitié avec Mme Bulteau qui tient salon avenue de Wagram.

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Zohra bent Brahim et Debussy photographiés par Pierre Louÿs à Paris (1897

Pierre Louÿs publie Aphrodite, qui reçoit un accueil très élogieux. Le succès du roman assure à son auteur des revenus confortables en même temps que la reconnaissance dont il avait besoin.

Pierre Louÿs revient d'un voyage à Alger avec Zohra bent Brahim. Marie est temporairement vexée ( plus que jalouse) , de l'intérêt qu'accorde Pierre à cette jeune mauresque.

 

Deux ans presque jour pour jour après son mariage, Marie deviendra la maîtresse de Pierre Louÿs qui gratifia la postérité de cette remarque à son frère Georges : « Je l’ai eue miraculeusement vierge. »

Pierre entretient donc une liaison avec Marie à partir de 1897. Ce '17 octobre 1897' est nommé: les « noces mystérieuses ».

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Marie de Régnier photographiée par Pierre Louÿs: 1898 Cette photo de Marie aurait été dédicacée à Pierre Louys avec la mention "A mon écuyer Pierrot,... »


Ils vont vivre un grand amour, dans une ivresse charnelle. Les deux amants échangent des messages codés « HML » dans les petites annonces des Echos de Paris. Ils échangent des lettres, s’écrivent des poèmes, Pierre photographie Marie, y compris nue, moulera une coupe de son sein… 

Sources : Marie de Régnier de Robert Fleury, chez Plon 1990

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Jacques-Emile Blanche et Désirée Manfred

Publié le par Perceval

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Désirée Manfred, fut le modèle préféré de Jacques-Emile Blanche (1861-1942). Cette femme énigmatique fut peinte une cinquantaine de fois... Dans un texte « Mes modèles », le peintre évoque la découverte de Désirée : « Un soir de décembre, il neigeait, j'étais chez moi méditant et m'apercevant que je n'aurais rien à exposer " pour la vente " chez Georges Petit, quand on sonna à ma porte. Une femme étrange, voilée, venait avec une enfant me proposer un modèle tel que je n'en trouverais un nulle part. On savait que j'étais en peine et que je demandais des fillettes. La pourvoyeuse fit tomber le capuchon couvert de flocons, puis la mante où s'enveloppait la petite. Je fus saisi. Cette petite n'avait point d'âge : corps menu, mais formé, un visage admirable, des yeux verts qui me rappelaient les maîtresse de Debussy ; un je ne sais quoi d'indécis, de morbide qui, d'abord, me fit répondre que je n'avais pas besoin de modèle. Mais la mère ne l'entendait pas ainsi ; elle fut insistante, si menaçante, que de guerre las [sic], je donnai rendez-vous à " Daisy " et à sa terrible mère. »

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 Jacques-Émile Blanche, Désirée jeune-fille  

 

Désirée incarnera " Bérénice ", héroïne du roman éponyme de Maurice Barrés, qui avait inventé une légende poétique à son sujet. Jacques-Emile Blanche dans Portraits of lifetime décrit Désirée comme « une enfant étrange et sensible avec un don pour la musique et la littérature [qui] devint ma secrétaire. Sa présence m'enchantait ». Blanche la peindra dans une série de tableaux importants où la jeune fille est déguisée en costume de chérubin ; «  nous t'avions parée comme une princesse du théâtre des marionnettes : toile d'argent, jupes d'argent, dentelles d'acier, paillettes ; à dix ans ; ta tête pleine de mélancolie, de drôlerie, de chimère, ta tête d'adulte se courbait sur ta poitrine devant la psyché » (Mes Modèles, 1928). Ces toiles sont aujourd'hui dispersées et pour la plupart perdues.

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 Jacques-Émile Blanche: le cherubin de Mozart (Désirée Manfred) 1903             La voyageuse

Vers 1903, Maurice Barrés lui suggéra de la travestir en jeune garçon, Blanche peignit Chérubin en knickers de satin gris, personnage de roman d'un « temps des espagnolades fiévreuses », voluptueusement équivoque, le regard presque aguicheur. Désirée fut aussi la mélancolique Voyageuse si mystérieuse du musée de Chicago et fit même une apparition dans La Panne, du musée de Lyon.

Jacques-Emile Blanche, Désirée Manfred vers 1905 En robe      

En réalité, Désirée Manfred (1), qui était une étudiante assidue de la Comédie-Française, aimant par-dessus tout la lecture et le silence, était victime d'une mère agressive et bavarde. Elle ne fut jamais que modèle, de Blanche d'abord, d'Alfred Stevens ensuite. Selon Blanche, elle eut une existence triste et solitaire « étant comme enfermée dans une cuirasse d’amiante », même si on la contemple aujourd’hui dans les plus prestigieux du monde !

 

(1)Ce patronyme très « byronien » a été choisi par la mère de Désirée... Sans doute s'appelait-elle Poquet, ou peut-être Archainbaud … ?

 

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Marie de Régnier et Pierre Louÿs -3-

Publié le par Perceval

Le Gil Blas de mai 1895, évoque le salon des Heredia :Gil-Blas-1895.jpg

« Cependant que M. de Heredia écoute ou lit des vers dans son cabinet de travail, sa femme reçoit, aidée de ses trois filles, dont l'une d'elles, Mlle Marie de Heredia – Mariotte pour les intimes – est un poète aimé des lecteurs de la Revue des deux mondes. Elle y a en effet publié des vers ravissants empreints de modernisme fort agréable …

La vie chez le poète ne commence guère avant trois heures de l'après-midi. Mlle Marie de Heredia a même rédigé, en vers, un avertissement au visiteurs, l'informant qu'il est inutile, avant trois heures, de frapper à la porte. C'est que les filles de l'auteur des Trophées vont beaucoup dans le monde … On ne rentre que fort tard et on fait la grasse matinée. »

 

Dans les réunions de l'académie canaque, aux samedis de Mme de Heredia, à toutes les occasions, Louÿs dit des choses tendres, lui serre les mains, les bras, en insistant plus que nécessaire... Il lui écrit des madrigaux … Marie se sent fondre, mias il ne pousse jamais son avantage : malgré les encouragements de Marie, il ne se déclare pas.

facade-du-restaurant-chez-maxim-s-a-paris-en-1900.jpgMarie s'est mise en tête de passer une soirée chez Maxim's. Louÿs lui semble le cavalier idéal pour cette escapade ; mais, il n'est pas du tout d'accord. L'imprudence d'une pareille sortie l'inquiète ; elle risque d'être compromise si elle est reconnue. Il lui explique … le monde et le demi-monde se mêlent complaisamment ; les Cléo de Mérode, Eve Lavallière, Liane de Pougy, la belle Otero et d'autres sablent le champagne avec les politiciens ou les nobles qui y dépensent allègrement la dot de leur femme... En conséquence, ce n'est pas la place d'une honnête femme et encore moins d'une jeune fille... La décision de Marie est inébranlable ! Pierre réserve une table au fond de la salle … Ensuite, Marie attend... Dans le fiacre, à l'aller comme au retour, Louÿs se tient à distance, sans se permettre aucune privauté...

The-interior-of-Maxim-s-restaurant--Paris-in-1907.jpgPierre Louÿs a vécu une jeunesse libre... Sur huit cent femmes qu'il a « eu », il n'en a connu que deux qui étaient de la classe dite « honnête ». Et encore, « il a fallu vraiment que ces deux-là s'en donnent la peine », confie t-il à son frère :

«  Je sens que ce sera ainsi toute ma vie. C'est même plus général encore, comme trait de caractère : je ne demande presque jamais ce qu'on aurait le droit de me refuser. Parce que tout refus me blesse jusqu'au fond... Mais c'est bien en préférant le doute qu'on arrive à ses créer une vie stupide. Je voudrais bien trouver quelqu'un qui me donne confiance en moi... »

 

Le 2 juillet, la reine Marie, organise un pique-nique autour de l'étang de Villebon, avec ses joyeux « canaques ». Pierre et Marie, enlacés se sont éloignés dans une allée du bois … Soudain, Henri de Regnier surgit et embarrassé, bredouille que dans le petit groupe on s'est inquiété à leur sujet ...

marie-de-Regnier-01.jpg Louÿs est « pincé » comme on dit à l'époque ; mais, il est insaisissable : il s'écarte quand il atteint son but... Des bruits commencent à courir dans la famille de Marie, à leur sujet...

Mais … rebondissement ! Je résume avec ce mot écrit par Louÿs à son frère le 15 juillet :

« Mon cher Georges, les choses ont été vite pendant ton absence ! Mercredi ( 10 juillet), je t'écrivais pour te demander la permission d'épouser Marie de H. Hier matin ( 14 juillet), je prévenais Régnier de mes sentiments et de mes intentions. Le soir même, il faisait une demande pour so compte et ce matin, il était agréé. J'ai passé mon après-midi à pleurer comme un malheureux. »

N'oublions pas que Georges Louis était l'un des premiers personnages du Quai d'Orsay, et qu'il eut l'ambassade de France en Russie, c'est-à-dire, en ces temps d'alliance russe, notre première ambassade à l'étranger, un peu l'équivalent de ce qu'est aujourd'hui celle de Washington.

 

Que s'est-il passé ?

(A suivre ....) 

Sources : Marie de Régnier de Robert Fleury, chez Plon 1990

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Marie de Régnier et Pierre Louÿs -2-

Publié le par Perceval

Marcel Proust, Paul Valéry suivis d'Henri de Régnier, Jean de Tinan, Pierre Louÿs, Léon Blum, Philippe Berthelot... et tant d'autres défilent en rang, levant les bras à hauteur d'épaules, les mains bien écartées, ainsi qu'il est ordonné.

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Marie de Heredia, 17 ans, par Rosalie Pillaut-Riesener

Un à un ils approchent lentement jusqu'aux pieds de celle qu'ils nomment avec le plus grand respect : «ma reine», «mon altesse», «ma souveraine». Elle contemple en souriant tous ces hommes qui deviendront illustres et qui lui sont ses «fidèles canaques» ou mieux, ses «respectueux sujets canaques».

Le père de cette reine de dix-huit ans, le poète José Maria de Heredia, vient d'être élu, le 22 février 1894, à l'Académie française. Sur la lancée de cette élection, sa fille Marie crée une parodie burlesque, «l'académie canaque» ou «canacadémie», dont les membres sont les «canaquins». Elle édicté des statuts datés de l'An I et se proclame reine de la nouvelle institution : Marie Ire. Marcel Proust est nommé secrétaire perpétuel de la canacadémie.( …)

 

Marie est d'une beauté éclatante. Son corps souple se balance dans des robes légères avec la grâce d'une indolente créole. Ses grands yeux noirs, comme des pensées tournant sur leurs tiges, fascinent. Elle vous regarde d'un air rieur, mi-câlin mi-impertinent, quand sa bouche précise et sensuelle s'anime d'un rire soudain qu'une voix flexible et un peu rauque recouvre déjà de sa douceur.

La jeune génération d'écrivains fréquente régulièrement le salon des Héredia... Seul André Gide paraît furieux de l'accueil fait, il écrit à Paul Valéry... "  le salon des Herdia ressemble à une agence de réclames. Quant aux jeunes filles Heredia, ce sont des filles audacieuses et des bas-bleus langoureux !"

 Marie cultive son jardin secret. Elle écrit des poèmes ( qu'elle soumet à Leconte de Lisle ...), et même des romans …

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de Henri Bataille: Portrait de Pierre Louÿs

Parmi tous les jeunes hommes qui gravitent autour d'elle, Marie a distingué Pierre Louÿs. En ce mois de février 1894, Pierre Louÿs a vingt-trois ans... Il a déjà fait paraître plusieurs plaquettes en vers et en prose, a dirigé la revue littéraire La Conque, et s'apprête à publier les Chansons de Bilitis.

«  Henri de Régnier, le pendu constipé, cadavre au menton de galoche oublié debout, sous la pluie, par une assassin distrait... Un profil en mèche de lampe, une voix enchifrenée, une ironie en flanelle humide, un regard qui meurt derrière le monocle, tels sont à mes yeux les attraits de ce gentilhomme. » Léon Daudet... ! Henri a trente ans, il connaît en juin1894 un four retentissant avec la représentation de La Gardienne au théâtre de l'Oeuvre...

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Henri de Régnier

Henri et Pierre sont rivaux : tous deux aiment Marie... André Gide, dans les Caves du Vatican parues en 1914, résume les pacte passé entre les deux amis.

«  Amédée Fleurissoire et Gaston Blafaphas s'éprirent ensemble d'Arnica; c'était fatal. Chose admirable, cette naissante passion, qu'aussitôt l'un à l'autre ils s'avouèrent, loin de les diviser, ne fit que resserrer leur couture. ( …) Ils convinrent de se déclarer l'un et l'autre le même soir, ensemble, puis de s'abandonner à son choix. »

 

Marie ignore le pacte, et les intentions de chacun...  

 

Sources : Marie de Régnier de Robert Fleury, chez Plon 1990

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Marie de Régnier, -1- la fille Hérédia

Publié le par Perceval

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Marie de Heredia (1875-1963) par Nadar (photo de 1889)

Marie de (Heredia) de Régnier (1875-1963) en ce début de siècle est l'héroïne d'un trio célèbre et littéraire composé de son mari Henri de Régnier et de son amant Pierre Louÿs ( qui épouse sa sœur). Trio assez ouvert, puisque Marie de dédaigne pas d'autre aventures...

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Deuxième fille de José-Maria de Hérédia, Marie et ses deux sœurs, Hélène et Louise, grandissent au milieu du salon littéraire que tient leur père à son domicile, 11 rue de Balzac. Appartenant au mouvement littéraire du Parnasse, José Maria de Hérédia y reçoit d’autres écrivains, célèbres ou non.

 L'époque a retenu les trois sœurs Heredia, comme un ensemble de trois grâces, placé sous le signe de la littérature.

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Louise de Heredia et Marie de Régnier (1897)

Hélène (1871-1953) épousera Maurice Maindron et René Doumic ; Marie (1875-1963) épousera Henri de Régnier mais aura beaucoup d'amants et Louise (1878-1930) épousera Pierre Louys et Gilbert des Voisins. Tous désirent être romanesques. Maurice Maindron se veut le nouveau Alexandre Dumas, René Doumic, sera le directeur de la fameuse Revue des Deux Mondes et finira Académicien, Henri de Régnier entre lui aussi à l'Académie française après une carrière de poète largement apprécié, Pierre Louys est un auteur fort célèbre de son vivant, Gilbert des Voisins sera aux côtés de Victor Segalen, poète et archéologue.
Au milieu de cette famille pittoresque et mondaine, écartelée entre frasques amoureuses et reconnaissance publique c'est Marie qui s'impose. 
Ces gracieuses jeunes filles qui firent le succès du Salon de leur père, vécurent comme de grandes bourgeoises émancipées (surtout Marie)... Ces trahisons teintées de cruauté et d'érotisme fin de siècle trouvèrent un écho dans les oeuvres de Régnier et de Louÿs, dans celle de Marie, mais aussi de manière plus inattendue dans celle d'André Gide, de Claude Farrère ou de mémorialistes comme Paul Léautaud.

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Pierre Louÿs Henri de Régnier


 Devenue Madame de Régnier, elle fréquente les salons peuplés d'écrivains, d'artistes, de femmes du monde. Elle fut aussi poète, romancière, journaliste. Elle qui en son temps était considérée comme l'égale de Colette ou d'Anna de Noailles, est une belle image de la femme de lettres 1900 et de ses aspirations.

Marie de Régnier publie ses œuvres sous le pseudonyme de Gérard d'Houville, patronyme porté par l’un de ses ancêtres normands qui fut un filleul de Mme de Pompadour. Ses poèmes et chroniques paraissent dans la revue Le Gaulois et dans la Revue des deux Mondes. Marie de Régnier a publié aussi des livres pour enfants.

Elle fut reconnue pour ses talents littéraires puisqu’elle reçut en 1908 le Premier Prix de littérature de l’Académie française, même si sa vie semble davantage connue que ses écrits.

La vie de Marie de Hérédia, donc, et particulièrement sa liaison avec Pierre Louÿs, mérite d'être racontée : c'est un véritable feuilleton, et nécessitera plusieurs articles ...

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Juliette Récamier et Germaine de Staël -3-

Publié le par Perceval

En avril 1797, Juliette apparut parmi les élégantes aux défilés de Longchamps que la foule des badauds contemple, ébahie.

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MADAME Récamier - Portrait réalisé par Eulalie Morin

En décembre 97, le Directoire donnait une fête en l'honneur de Bonaparte, revenu victorieux d'Italie, Juliette prit place avec sa mère sur les banquettes réservées. Profitant d'un moment où Barras parlait à Bonaparte, elle se leva pour le voir mieux et, devant sa beauté, un murmure d'admiration parcourut la salle. Cette rumeur n'échappa pas à Bonaparte; il lui lança un regard "dont elle ne put soutenir la dureté". Spectaculaire confrontation. Provocation ingénue ou coquetterie? Mais, ce jour-là, elle sortit de l'anonymat.

 Lucien Bonaparte, est fou d'amour pour elle. Juliette, sur le conseil de M. Récamier, le ménage mais lui oppose une fin de non-recevoir, à la fois ferme et tendre. Désespéré de ne pouvoir la conquérir, il menace de se suicider: " je ne puis vous haïr mais je puis me tuer". Il ne le fait pas, et sera le personnage providentiel pour imposer son frère lors du 18 Brumaire (9 Nov. 1799).

En octobre 1798, Juliette fait la connaissance de la très célèbre Germaine de Staël, fille de l'ex-puissant ministre de Louis XVI, Necker.

Germaine, à son habitude porte une toilette voyante Tres-rare-cp-Juliette.jpg

"Je fus frappée par la beauté de ses yeux, de son regard. Elle m'intimidait et m'attirait à la fois. On sentait tout de suite en elle une personne parfaitement naturelle dans une nature supérieure. De son côté, elle fixait sur moi ses grands yeux mais avec une curiosité bienveillante et m'adressa sur ma figure des compliments qui eussent parus exagérés et trop directs s'ils n'avaient pas semblé lui échapper,ce qui donnait à ses louanges une séduction irrésistible". 

Juliette, habituée à l'adulation des hommes, n'est pas fâchée de voir une femme, illustre de surcroît, sensible à son charme. Les deux femmes se complètent admirablement. Mme de Staël rayonne de force, d'idées, Juliette de grâce et de subtilité. Juliette est fascinée par l'intelligence, la culture et le tempérament explosif de sa nouvelle amie .

Germaine-de-Stael-1817-par-Francois-Gerard.jpg Germaine de Stael 1817 par François Gerard

 L'une des amitiés épistolaires « intellectuelles » les plus illustres unit Juliette Récamier et Madame de Staël, qui écrit à celle-ci : « Je dirai à tout le monde que je la [NDLR : une robe que Juliette lui a envoyée] tiens de vous et, je verrai tous les hommes soupirer de ce que ce n'est pas vous qui la portez » (Lettres de madame de Staël à madame Récamier, 1952).

 

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Dejuinne-La chambre de Madame Récamier à l'abbaye aux bois 1826

*****

Un jour dans un salon, un homme, qui se voulait galant et n'était que maladroit, en les voyant assises côte à côte sur un canapé s'écrie: "je vois là, réunis, la beauté et l'esprit". Et Madame de Staël, qui ne manquait pas d'humour, de lui répondre: "merci, très cher, c'est la première fois qu'on me dit que je suis belle". 

 

Depuis leur première rencontre, mesdames de Staël et Récamier sympathisent très vite, elles partagent beaucoup d’affinités, la politique, les arts et les lettres, et une grande sagacité quand au monde qui les entoure. Une amitié profonde s’installe entre les deux femmes.

Carte---timbre-Recamier-1er-jour.jpg Juliette va jusqu’à suivre Madame de Staël dans son exil en Suisse au château de Coppet, son amie est poursuivie par la police de l’autoritaire Napoléon, le premier empereur des français, qui n’a pas apprécié du tout son ouvrage «Mémoire pour la défense de Marie-Antoinette, Epitre au malheur»et qui, touché dans son impérial amour propre, a contraint Madame Récamier à fermer son salon parisien parce qu’elle ne voulait pas, par l’entremise de Fouché, être dame d’honneur de la cour impériale.

 Son refus face à Napoléon l’amène à passer dans l’opposition,  le salon qu’elle tient au château de Coppet avec Madame de Staël étant ouvert aux  artistes, littéraires et politiques opposants à l’Empereur, elle sera au courant de tous les complots fomentés contre Napoléon. 

 

Voir aussi:

Juliette récamier -1-

Article - 06/05/13 - Juliette récamier -1- - Je ne sais trop que penser, de ce qu'il semble être de la part de Juliette de récamier, une stratégie d'image. Femme de goût, elle semblait naturel de se faire…

Article - 08/05/13 - Juliette récamier - 2 - - En 1799, récamier offre à Juliette un hôtel particulier. Les visiteurs s'extasient sur le raffinement du mobilier, l'agencement des jardins… Six années…

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Pierre Georges Jeanniot (1848-1934)

Publié le par Perceval

Pierre Georges Jeanniot (1848-1934) Peintre aquarelliste dessinateur français.

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Né à Genève, l'éducation artistique de Pierre Georges Jeanniot a commencé avec son père, Pierre-Alexandre Jeanniot, longtemps directeur de l'École des beaux-arts de Dijon. Il expose pour la première fois en 1872 au Salon de Paris où chaque année, il y présentera des œuvres.

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   Pierre Georges Jeanniot:  Mme Jeanniot allongée

 

En 1881, alors que l'armée lui propose le grade de commandant, il démissionne pour se consacrer exclusivement à la peinture. En qualité de dessinateur, il a été un des collaborateurs assidus de la première heure de la revue La Vie Moderne. Le gouvernement français le fait chevalier de la légion d'honneur en 1906.

Pierre-Georges-Jeanniot-2.jpgPierre Georges Jeanniot:  The Introduction

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 Pierre-Georges Jeanniot : La toilette 1910  Pierre Georges Jeanniot -Seated Woman 1920


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Les sept visages de Marie-Madeleine, par Jacqueline Kelen. -2-

Publié le par Perceval

La déchirée

jake-Baddeley-illuminatum-philosophorum.jpg« Pourquoi m’as-tu abandonnée ? » crie Madeleine à l’homme cloué sur un poteau d’infamie qui vient de rendre le dernier soupir. Elle croyait, la folle, que l’amour attentionné et fervent qu’elle n’avait cessé de témoigner durant ces trois années passées avec lui sur les chemins de Palestine, oui, elle était persuadée que cet amour sans faille le protégerait de toute maladie et de la mort même

( … ) Alors Marie de Magdalena se met à hurler sur les remparts de la ville, elle appelle à l’aide tous les oiseaux du ciel, toutes les gazelles du désert, elle convoque les sources, les vignes qui bourgeonnent et les petits agneaux, elle veut que tous soient témoins de cette ignominie, que tous assistent au jour de la grande faute des hommes. Les filles de Jérusalem entonnent un chant funèbre, sanglotent en déchirant leurs voiles. Elle, elle entre dans sa propre Passion :est-il plus profonde horreur que de voir mourir devant soi, sans rien pouvoir faire, celui qu’on aime plus que soi ? Mais elle va traverser, les yeux ouverts, cet abîme de douleur, elle ne va pas s’évanouir même si tout en elle est en lambeaux. jake-Baddeley-21.jpgLa seule chose qu’elle peut offrir au crucifié qui suffoque déjà, c’est, si frêle, sa présence, une façon de tenir la lampe allumée pendant le grand aveuglement des hommes…

 

L’éblouie

La mort ne saurait être un arrachement cruel suivi d’un doux oubli. Pour qui aime, aucun deuil n’est possible. Mais il est demandé de traverser la nuit sans s’assoupir ni sombrer dans le chagrin. Traverser la nuit les yeux grands ouverts, le cœur en morceaux.
Marie-Madeleine ne cherche pas à calmer sa peine, elle ne veut pas se résigner, elle ne veut pas abandonner Jésus à la mort. La plupart des disciples avaient renoncé, pour eux c’était un échec, le Maître avait faillit…
Rentrés chez eux, comme si rien ne c’était passé, comme si leurs oreilles n’avaient rien entendu, comme si leurs yeux n’avaient pas été témoins de choses étonnantes.
Les hommes se plaisent à imaginer l’amour triomphant, ils raisonnent en terme de réussite et d’échec. Les femmes le voient plus humble, extrêmement fragile, et elles ont envie de veiller sur lui ; elles persistent à croire en lui-même s’il est malmené, trahi. Les femmes ne sont pas meilleures que les hommes mais elles se fient moins aux apparences, elles sont davantage tournées vers le mystère.

Jake-Baddeley-507.jpg( … ) Elle se lève au bout de deux nuits de veille, c’est le premier jour de la semaine, et les juifs vont fêter la Pâques. Elle se redresse, elle s’ébroue elle se sent comme neuve. A nouveau elle va courir à sa rencontre, lui manifester sa tendresse intacte, lui offrir tout l’amour du monde. Elle se lève à l’aube, c’est l’Amour qui est venu la chercher au fond du silence des nuits, l’Amour qui la relève et qui lui souffle de se mettre en route. Il est toujours là l’Amour, et il ne fait jamais défaut, ce sont les mortels qui le trahissent ou se détournent de lui.

 

La question demeure en suspens : si elle n’était accourue au premier jour de la semaine, avec ses jupes froissées et sa chevelure volant dans la fraîcheur de l’aube, Jésus serait-il sorti du sépulcre ? A qui se serait-il montré si personne n’était là pour l’attendre ?

( … ) Elle était trempée de chagrin la voici inondée de lumière. Elle le voit comme elle ne l’a jamais vu, glorieux sous l’apparence humble e familière du gardien des lieux. Elle le voit comme elle l’a toujours vu, comme l’inoubliable bien-aimé, elle veut s’approcher, embrasser sa main, mais lui a cette phrase, cruelle, de ne pas le toucher, de ne pas le retenir sur terre…Jake-Baddeley-15.jpg

( … ) Depuis fort longtemps dans l’histoire humaine, seul le savoir paraît sérieux tandis que la vision, l’inspiration ne sont pas prises en considération. Marie-Madeleine en fait aussitôt l’expérience. Revenant auprès de Pierre et de Jean pour leur transmettre l’incroyable nouvelle, elle n’est pas crue, elle-même traitée de délirante…

 

La solitaire

Où ira-t-elle maintenant qu’elle a vu le Ressuscité, radieux mais refusant son approche ? Il l’aime pour toujours et il lui dit adieu. Comment vivre désormais sans sa présence très chère ?

Elle a besoin de plus d’espace possible. Elle va donc voyager, prendre la mer, mais il lui faudra aussi l’espace intérieur : elle se tourne donc vers la vie de solitaire.

 

L’insaisissable

Jake-Baddeley-13.jpgMarie-Madeleine n’apparaît comme la pécheresse mais comme la compagne, la préférée du Maître, il n’est pas question de fautes passées, de repentir, parce que Marie a part aux vérités les plus cachées, les plus précieuses de l’enseignement du Seigneur et parce qu’elle témoigne plus que les autres de l’illumination spirituelle. Ainsi, sa relation avec Jésus désigne l’étroite union entre l’âme et l’esprit, autant dire les noces mystiques auxquelles chaque adepte éveillé est convié dans le secret du cœur.

Son histoire symbolise le parcours de toute âme amoureuse de son Seigneur : errance et tourments, élévation, délivrance. Elle représente aussi toute l’humanité en marche vers la rédemption, vers sa divination. Elle est encore la sagesse cachée que méconnaissent les hommes, elle est la passante, la reine dans son royaume. Elle est le parfum de Vie, l’essence inconnaissable de l’Amour.

( …) Les existants de poussière continueront à la houspiller, à étouffer sa lumière. Elle n’aura par le dernier mot, elle aura le dernier sourire… 

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Les illustrations reproduisent des oeuvres de Jake Baddeley, britannique né en 1964 à Nottingham

Jake-Baddeley-9.jpg Jake-Baddeley-2009_what_is_what_was_and_what_will_be.jpg

 

 Voir aussi: Marie de magdala ( madeleine ) - la femme multiple

Article - 06:08 - marie de magdala ( Madeleine ) - La femme multiple - marie demagdala (en grec : Magdaléné). magdala est le nom de la ville où était néemarie qu'on surnomme Madeleine. …


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Les sept visages de Marie-Madeleine, par Jacqueline Kelen. -1-

Publié le par Perceval

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Jacqueline Kelen

 

Myriam, Marie-Madeleine... appartient à présent, au mythe. Les apocryphes font d'elle une femme de connaissance et d'éveil, et la disciple préférée de Jésus. Femme multiple et dispersée en maintes images et dont les reliques mêmes se trouvent en plusieurs lieux ( de Vezelay, à Éphèse, en passant par la Sainte-Baume...).

Le texte ci-dessous est copié d'un ouvrage de Jacqueline Kelen: " Les sept visages de Marie-Madeleine" 2006- Editions du Relié

 

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La toute belle 

Elle avance sur des terres d’excès et de faveur. Sans présomption particulière, mais avec le tort d’être belle, riche et parée, mais sans mari et d’être, comme on dit, née pour l’amour. Son attitude déplaît aux gens économes, aux pharisiens pointilleux, aux matrones enveloppées de voiles.


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Marie-Madeleine vue par Martha Mayer Erlebacher

(…) Pour les uns c’est une exaltée, une possédée de tous les diables, pour d’autres une débauchée, en tout cas c’est une femme dangereuse qui ignore toute mesure et dont les gestes languissants, les cheveux magnifiques s’enroulant autour des hommes, les détournant du devoir religieux comme du travail nécessaire.

(…) Mais le véritable péché de Madeleine est un penchant irrésistible, celui de faire passer l’amour sur une terre avare…

(… )Si l’on revoit la scène bouleversante de la première rencontre sur laquelle tant de peintres et de poètes se sont attardés avec délectation, on peut se demander si la femme qui entre à vive allure au beau milieu d’un repas entre hommes et qui se précipite aux pieds de Jésus, l’enveloppant de toute la douceur du monde, pleure là, ses fautes ou bien défaille de bonheur à découvrir celui que son cœur espérait depuis toujours et dont la rumeur de la ville avait annoncé le passage.volet-droit-du-tryptique-de-labbaye-de-dielegem-le-ravissem.jpg

 

L’errance de Madeleine est le lot de chaque humain sur terre. Est-ce donc une erreur, un péché, ou bien le nécessaire chemin qui conduit au redressement de l’être et à l’éveil ? La pécheresse ployée aux pieds de Jésus lors de la première rencontre sera debout et face à lui lorsqu’il lui apparaîtra dans le Jardin de Pâques.

 

 

 

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      L’ardente

Elle n’était pas conviée au festin mais d’elle-même, intrépide, elle est venue et d’un seul coup a tout donné, tout abandonné. Il ne l’avait pas appelée, comme il l’avait fait avec les disciples masculins, hélant l’un occupé à repriser son filet, l’autre penché sur ses livres de compte. Non, il ne l’avait pas appelée mais certainement il l’espérait..

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Philippe Lejeune:   « le Repas chez Simon » 1950

( … )En l’homme venu de Nazareth la femme de Magdalena reconnaît le Messie et c’est elle-même qui l’oint. Le prophète hirsute qui criait dans le désert avait baptisé Jésus dans l’eau et elle, avec des gestes magnifiques, le baptise de baumes et de senteurs. Jésus est Fils de Dieu mais il fait alliance avec la Dame. Il accepte le rite et, plus encore, fait l’éloge de la prêtresse d’amour.

( … )Elle lève son visage vers lui et c’est un grand soleil qui sort des eaux, qui envahit la salle aux volets tirés. Une lumière passe sur la face des convives stupéfaits.

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Konstantin Kacev (1967, Uzbek-born Macedonian)

Plus tard, certains témoigneront que cette coquette passante hors du commun avait une chevelure d’or et tournoyait comme une comète autour de l’invité.

 

Marie de Magdalena, la porteuse de vase, serait ainsi la gardienne d’une nouvelle alliance d’amour passée avec Jésus. D’une façon plus générale, ce qui est clos ou tenu fermé – boîtes, coffres, livres, mais aussi noix, amandes, grenades – désigne les réalités intérieures, les secrets accessibles seulement à une conscience illuminée.

 

La très silencieuse

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Konstantin Kacev

 

 

A un immense amour seule convient la majesté du silence. C’est pourquoi elle se tait, la belle femme qui fait irruption pendant le banquet, et s’abandonne à son Dieu vivant. Elle ne dit rien, mais tout ce que son corps exprime par les larmes, les soupirs et les embrassements, est pur langage de l’Âme.

(… )

A partir de cet instant elle reste auprès de celui qui l’a accueillie. Avec lui elle va marcher sur les chemins de Palestine, pourvoyant avec d’autres femmes aux soins du groupe : cuire le pain, panser une blessure, mais à travers les gestes infâmes du quotidien faire passer la tendresse et la sollicitude.

( …) Marie de Béthanie qui se tient en silence, attentive, s’efface devant l’hôte : le renoncement à soi-même mène à la nudité intérieure, à la vacuité ou la « vacance » chère à la tradition monastique.

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( … ) Si le prophète de Nazareth s’annonce comme le Verbe, Marie-Madeleine serait le silence.

 

Au sujet de Madeleine, les religieux parleront de conversion et de repentance, et cela les rassure puisque après Eve la fautive c’est encore une femme qui représente le péché. Mais il s’agit en fait d’un éveil de conscience et chaque individu en marche, homme ou femme de bonne volonté, se trouve concerné. 

( … ) La prostituée que chacun, homme ou femme, héberge en soi doit se dévêtir des habits trompeurs de l’existence afin de retrouver l’Essence, afin de se souvenir de son origine, de l’Amour Primordial.

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