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Analyse de l'idée de la Femme, dans Perceval -5/6-

Publié le par Perceval

Lady-Bertilak-au-lit-de-Gauvain--du-manuscrit-original--art.jpgLa loi médiévale représente le pouvoir de l’oeil de la société qui regarde toujours ce qui se passe dans le couple amoureux. Quand Gauvain est en train d'échanger des baisers avec la soeur d'Ivonet, ils sont interrompus par un arrière-vassal. Au lieu de blâmer Gauvain, l’arrière-vassal accuse la demoiselle d'échanger des caresses avec un traître.

 

On a tort de l'appeler encore femme,

car elle en perd le nom

à n'aimer que le bien!

Mais toi, tu es bien femme c'est clair,

car l'homme qui est assis là, à côté de toi,

est celui qui a tué ton père, et il a tes baisers!

Mais quand une femme a trouvé ce qu'il lui

faut, le reste lui importe peu! (v. 5784-5791)

 Sir-gawain-2.jpg

On accuse explicitement la demoiselle d'être quelqu'un qui ne peut pas contrôler ses désirs. Selon cet arrière-vassal, voir ou non un chevalier qui soit un traître, ce n'est pas important; ce qui l’intéresse c'est le fait qu'elle va satisfaire son désir sexuel en échangeant des caresses avec le chevalier. La sexualité de Gauvain ou même son attitude vis-à-vis de la dame ne sont pas mises en question. La femme est celle qui séduit, celle qui veut être avec un homme à tout prix.

 

Pour confirmer cela, il nous reste le récit que l'Orgeuilleux de la Lande, l’ami de la demoiselle de la tente, fait à Perceval en lui disant que " la femme a si peur de consentir, mais désire qu'on la prenne de force... "(v. 3809-3811). La raison pour laquelle la dame doit se soumettre aux volontés d'un chevalier qui veut lui offrir son amour est qu'elle a toujours besoin de la protection d'un homme vaillant et viril. Comme on a vu avec Perceval, si la femme se trouve seule, elle court un grand danger, car elle peut souffrir toutes sortes de violences. Avec un homme qui peut la défendre en sortant vainqueur de chaque combat, elle est plus assurée d'être protégée. En plus, sa beauté va assurément refléter la valeur du chevalier, car celui qui a la femme la plus belle est celui qui a aussi la plus grande valeur dans le monde des hommes.

Arthur-Pyle_Sir_Gawaine_finds_the_beautiful_Lady.JPGEn effet, la beauté de la femme sert seulement au chevalier qui la choisit comme objet de son amour. C'est à dire, la femme narcissique, celle qui est trop sûre de sa beauté, a tendance à raccourcir le rôle de femme castratrice et pour cette raison elle représente une menace au chevalier. Telle est la situation quand Gauvain rencontre la jeune fille au miroir qui y "contemplait sa face et sa gorge qui étaient plus blanches que neige" (v.6588-6589). La façon dont Gauvain voit la jeune fille est le résultat de sa peur de la castration. Il ne voit pas son corps tout entier, il voit seulement sa face et sa gorge en niant alors que la femme ait un sexe. La demoiselle devient encore une fois la victime du désir masculin du chevalier qui, pour éloigner son angoisse, la transforme en être asexué.

Quoique Gauvain essaie d'éloigner de lui l'angoisse de la castration, il n'arrive pas à le faire, car il trouve toute une série de chevaliers qui ont perdu les têtes à cause de cette demoiselle qui les leur a fait trancher. Le miroir qu'elle porte à la main ne symbolise pas seulement le narcissisme féminin, mais aussi l'altérité de Gauvain . C'est à dire, l’image de la jeune fille dans le miroir renvoie à Gauvain la représentation de cet autre au phallus manquant qu'il ne veut pas devenir. Mais puisque, malgré ses efforts, il ne peut pas échapper à la réalité de son origine, il doit subir encore une fois la castration symbolique avec la jeune fille qui lui dit:

 

Je veux en tout premier me divertir

au spectacle de vos malheurs!...

Moi, je vais vous suivre, comme convenu

et je ne vous lâcherai pas,

jusqu'à ce que honte vous arrive. (v. 7104-7112)

Marianne Stokes (1855 Graz, Styria – August 1927 London)
Marianne Stokes (1855 Graz, Styria – August 1927 London)

En prononçant ces paroles à Gauvain la jeune fille lui fait subir une grande honte. Il doit absolument partir à la quête de la Lance-qui-saigne, symbole du phallus, pour ainsi reconstruire son honneur chevaleresque. Méchante et castratrice, la jeune fille occupe ici la même position que la demoiselle hideuse, car c’est à cause d'elle que Gauvain donne valeur à son désir de trouver la lance.

La jeune fille est aussi la femme fatale, une tentatrice qui valorise sa qualité séduisante en ne suscitant le désir masculin que pour le repousser. Cette femme castratrice lance à Gauvain le défi de la toucher en se faisant l’objet du désir du chevalier.

 

Si tu avais touché une chose

qui fût sur moi, de ta main nue,

et que tu l'eusses palpée ou caressée

je croirais en être déshonorée.

 

Ici la demoiselle parle à Gauvain comme si celui-ci avait les mains sales. C’est comme si elle avait été victime d’abus sexuel et que maintenant elle était obsédée de remettre continuellement en vigueur la scène originaire de disgrâce. En plus, les mots qu'elle utilise peuvent être aussi l'indication d'une grande pudeur. La représentation de la femme pudique apparaît très souvent dans la littérature médiévale comme critique de la femme. En accusant la femme de pudeur on l'accuse aussi de vouloir tromper l'homme qui veut une femme qui soit asexuée.

gauvain-et-la-dame-au-lys.gif

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