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Des fêtes galantes, de Watteau à Verlaine: -3/3 -

Publié le par Perceval

Clair de lune

«  Votre âme est un paysage choisi / ….

« Clair de lune », est le poème qui ouvre les Fêtes galantes, sans doute joue t-il le rôle d'un prologue.


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Fragonard - Les-débuts-du modèle

* Une ombre triste plane sur le poète : Le 16 février 1867, mourrait Elisa, sa cousine qu'il aimait, quoique plus âgée et mariée … Bien que l'on dut le chasser souvent du café Procope, titubant sur ses longues jambes, il obtient tout de même son baccalauréat en 1862, de justesse... Il passe ses vacances d'été chez Élisa, et essaya à cette occasion de reconquérir son cœur. En vain. Son père meurt en 1865, puis c'est Élisa qui, en 1867, est victime d’une fièvre puerpérale. Elle avait payé l’édition de son premier recueil : “Poèmes saturniens” (1866)...


* Mais, en 1869, alors même qu’il brutalise sa mère au cours de scènes affreuses, Verlaine fait la rencontre d'une jeune fille de seize ans, Mathilde Mauté de Fleurville, la sœur d’un de ses amis, « être de lumière » qui lui apporte la pureté candide à laquelle il aspirait parmi ses hontes secrètes... Elle devrait l'aider à vaincre ses démons, et trouver dans un mariage imminent, « un vaste et tendre apaisement », un bonheur tranquille... Il pourrait ainsi acquérir des habitudes plus régulières, devenir sérieux après une vie de désordre et de débauche, et fréquenter assidûment son bureau : « Oui, je veux marcher droit et calme dans la vie. ».

La même année, il publie, donc: “Fêtes galantes” (1869) : La plupart de ces poèmes sont adressés à Mathilde Mauté, Verlaine s’inspire des peintres de fêtes galantes du XVIIIe siècle (Fragonard, Lancret, Watteau) dont il a cherché à dégager le sens caché et dont il fait des transpositions...

Watteau--Antoine--Das-Liebesfest--Fetes-galantes-.jpg

 

Watteau, Antoine - Fêtes galantes

 

 


Clair de lune


Votre âme est un paysage choisi
Que vont charmant masques et bergamasques
Jouant du luth et dansant et quasi
Tristes sous leurs déguisements fantasques.

Tout en chantant sur le mode mineur
L'amour vainqueur et la vie opportune
Ils n'ont pas l'air de croire à leur bonheur
Et leur chanson se mêle au clair de lune,

Au calme clair de lune triste et beau,
Qui fait rêver les oiseaux dans les arbres
Et sangloter d'extase les jets d'eau,
Les grands jets d'eau sveltes parmi les marbres.

Paul Verlaine ( 1844-1896) , Fêtes galantes



Le clair de lune, cache en lui, une lutte contre Eros. La lecture qui suit, n'est pas celle que l'on étudie en classe. Elle est dans l'esprit des tableaux qui relèvent – précisément – des Fêtes galantes.

Les premiers vers, annonce une peinture dans lequel se cache un « vous ». Non pas « vous » seul, mais l'âme, comme s'il appelait l'amante « mon âme ». ici l'l'âme est charmée et se trouve dans le tableau. Le pronom relatif « que », ici signifie « où »

Le-baiser-a-la-derobee-de-Jean-Honore_Fragonard-detail.jpg
Le baiser à la dérobée de Jean-Honoré Fragonard - détail

Masque et bergamasque ( danse italienne ), s'associent dans un jeu de cache-cache, et de danse. Cela débute avec timidité et maladresse, puis cela devient : charmant, jouant du luth, et dansant. Charmer c'est séduire, jouer du luth suggère des caresses sensuelles, et danser, c'est faire I'amour en vérité...

La mascarade s'emplit d'une atmosphère équivoque, le masque cache mais n'empêche ni de goûter, ni d’ouïr, ni de voir … Pourtant Verlaine la qualifie de « quasi triste »

Le poème (et aussi tout le recueil) est une expression de la tristesse sous le masque. A moins qu'elle ne soit créée par le masque ( sans expression) lui-même... ? Le masque est inexpressif, ce qui fait ressentir de la mélancolie...

Il se pourrait aussi, que ce jeu de masques qui conduit assez clairement à l'acte érotique, personne, vraiment, ne le trouve joyeux, personne n'est heureux ; comme s'il n'était pas la forme d'amour vraiment désirée.

Aussi, le masque rappelle la mort ( le masque mortuaire), de même que la lune. La lune ne ferait vivre que des corps sans vie ...

 

Les-Hasards-heureux-de-l-escarpolette-est-une-scene-galant.jpg
Détail : Les Hasards heureux de l'escarpolette est une scène galante peinte par Jean Honoré Fragonard entre 1767 et 1769

Dans la deuxième strophe, le chant ( charmant) est chanté ensemble. Il y a, accord, à présent. Seulement, c'est en « mode mineur » ( triste et romantique ).

A ce mode mineur, s'oppose l'adjectif « vainqueur », plus viril, plus dominant. Puis c'est la vie opportune ( qui conduit au port), c'est l'insertion sexuelle

 

Ensuite vient le temps dormant. Le dernier quatrain est tranquille. La fusion ( se mêler ) a pris la place de la lutte... dans cette circulation de jets d'eau ( chez l'homme ) s'annonce le vertige et l'apaisement.

Le clair de lune répétant celui du dernier vers de la strophe précédente est qualifié à nouveau par trois adjectifs: calme, triste et beau. L' oiseau est souvent le symbole de l' amour passé ou du chagrin d' amour chez Verlaine.

Les sanglots des jets d'eau annoncent la nostalgie d'une volupté, qui s'endort … Sommeil de l'âme, de la mort.

Peut-être que les personnages mis en scène avaient le désir de faire l'amour pour oublier leur existence éphémère …

 

Proposition ( à droite du poème) d'une « Traduction »

 

Votre âme est un paysage choisi
Que vont charmant masques et bergamasques
Jouant du luth et dansant et quasi
Tristes sous leurs déguisements fantasques.

 


Tout en chantant sur le mode mineur
L'amour vainqueur et la vie opportune
Ils n'ont pas l'air de croire à leur bonheur
Et leur chanson se mêle au clair de lune,

 


Au calme clair de lune triste et beau,
Qui fait rêver les oiseaux dans les arbres
Et sangloter d'extase les jets d'eau,
Les grands jets d'eau sveltes parmi les marbres.

Votre corps est un paysage

où je vais et danse, masqué.

Vous caressant, et plus...

si ce n'était factice !

 

Ensemble, tout en jouant

de l'avant, jusqu'à con-clure.

Ils hésitent et reprennent

sur le seuil, comme de la mort.

 

Calmement se mêler

jusque dans cette petite mort,

précédée d'un sommet

avant de se fondre dans la nuit.



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Des fêtes galantes, de Watteau à Verlaine: -2/3 -

Publié le par Perceval

 Lancret-Les-Plaisirs-du-bain détail

Nicolas Lancret (1690-1773)Les Plaisirs du bain, avant 1725, Paris, Musée du Louvre ( ici, un détail )

Ce tableau célèbre l'amour, ses artifices et ses guet-apens dans une nature fantasmée. Il est emblématique de cette heure mystérieuse où la réalité se dissout dans le rêve.

*****

Lancret-Les-Plaisirs-du-bain-detail-2.jpg

La toile montre au centre un couple dont l'attention est appelée par une scène de baigneuses légèrement vêtues à gauche. Batifolant dans l'eau, elles semblent descendre d'une barque dont on voit une réplique en arrière-plan, comme flottant dans les airs. À droite, une jeune femme se fait coiffer de fleurs, son regard et celui de sa dame de compagnie tournés eux aussi vers les naïades. La nature est profuse, lourde et gorgée de sève, ménageant des zones d'ombre. Le ciel rosissant indique une heure tardive.

 

Les différences avec Watteau sont flagrantes : le tableau est de grand format, les couleurs sont plus accentuées, le ciel, plus dégagé, tourne vers le turquoise. Le tableau se divise en deux : à gauche, les baigneuses qui symbolisent le désir, à droite une jeune femme en robe bleue, avec des fleurs à terre, ce qui signifie que l'amour a été consommé... Le bateau au centre est lui-même un symbole de l'amour.Lancret-Les-Plaisirs-du-bain-detail-1.jpg

 

Le couple : Au centre du tableau, l'homme et la femme se confondent en une même forme ovoïde posée en diagonale. Pas réellement enlacés mais très proches l'un de l'autre, ils se répondent par leurs gestes. Leurs corps se font face, ouverts l'un à l'autre. Le visage de la galante est caché pour mieux montrer sa nuque délicate, motif de prédilection de la peinture de Watteau, caractéristique d'un érotisme subtil, tout comme l'oreille légèrement rosée dont on retrouve le ton dans sa large jupe aux reflets nacrés. L'homme, comme souvent chez Watteau et ses successeurs, adopte une position assez affirmée, la main posée sur le genou, tout en témoignant d'une grande décontraction. À leurs pieds, la bourse ouverte d'où s'échappent des fleurs récemment cueillies peut symboliser l'acte sexuel à venir.

 Lancret-Les-Plaisirs-du-bain détail 3

 Embarquation étrange... Moderne Charon, passeur des morts vers les Enfers, est chargée de nombreux convives qui s'enfoncent dans une nature luxuriante.

 

 

 

Sources: L’érotisme subtil d’une « fête galante » du XVIIIe siècle de Magali Lesauvage, sur http://www.exponaute.com/

Exposition au Musée Jacquemart-André à Paris, jusqu’au 21 juillet : une soixantaine d’œuvres pour plonger dans l’univers à la fois poétique et sensuel des fêtes galantes du XVIIIe siècle.

 

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Des fêtes galantes, de Watteau à Verlaine: -1/3 -

Publié le par Perceval

C’est Antoine Watteau (1684-1721) qui fut le premier en France à s’intéresser au thème des fêtes galantes :

Jean-Antoine-Watteau--1684-1721--detail.jpg
détail de l'embarquement pour Cythere par Antoine Watteau

Des Fêtes galantes nous retenons : - des paysages, - des décors champêtres avec des jeux, de la musique, de la danse – dans lesquels les élégantes Parisiennes se transforment en bergères de fantaisie.Jean-Antoine-Watteau--1684-1721--detail-1.jpg

- une représentation d'un moment d'oisiveté sociale, réservée à l'aristocratie de l'époque, et associée à une notion de séduction. Le sentiment amoureux est mis en scène. Belles dames, danseurs ou bergers se distraient, se divertissent ou se prêtent à des confidences.

Ces moments sont à la fois légers par leurs échos érotiques et graves par l'atmosphère mystérieuse qui en émane...

Les caractéristiques de Watteau : le goût pour les beaux tissus, les corps en mouvement, le trouble amoureux omniprésent mais traité avec délicatesse, une nature inventée mais qui occupe beaucoup d'espace, des trouées lumineuses qui éclairent les personnages dont certains sont des musiciens ou des comédiens. 

*****

Sur ce thème, des peintres impriment leur style comme François Boucher (1703-1770), Jean-Baptiste Pater et enfin Jean-Baptiste Fragonard (1732-1806) qui fut le dernier grand peintre à s’intéresser à ce genre, un siècle et demi après Watteau. Ils adjoindront au genre leur vision très personnelle des plaisirs galants. Une élégance et un raffinement, propres à l’esprit rococo du siècle des Lumières.

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Jean-Honoré Fragonard : Le jeu de la main chaude, vers 1775-1780

 Lors d’une journée ensoleillée, un couple d’amoureux assis sur un banc s’adonne aux plaisirs de la conversation, tandis qu’un groupe de jeune gens s’amuse au jeu de " la main chaude" . Un personnage à genoux ( en jaune ), la tête cachée dans la robe d'une femme, les mains derrière le dos doit reconnaître celui ou celle qui le touche.  Une jeune femme ( en vert ) tient une baguette pour taquiner le joueur aveuglé. Ce dernier tente de deviner qui l’a frappé et, s’il devine juste, il pourra alors échanger sa place avec un autre joueur. 

La nature, généreuse et sauvage, n’est pas celle des jardins, alors disciplinés à la française, mais c’est une végétation rêvée qui protège et sert d’écrin aux personnages.watteau_fragonard_fetes_galantes.jpg

 A suivre ....

      Sources: Magali Lesauvage, sur exponaute.com

 

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« Du Maurier », l'histoire d'une famille - 3/3 -

Publié le par Perceval

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En 1834, alors qu'ils habitaient Paris, Louis et Ellen eurent un fils, George-Louis Busson du Maurier (1834-1896)

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George du Maurier 1878-Edisons-Anti-Gravitation-Under-Clothing

George du Maurier étudie les beaux-arts à Paris avant de partir pour Anvers, où il perd l'usage de son œil gauche, ce qui l'oblige à renoncer à sa vocation de peintre. Alors qu'il se trouve à Düsseldorf pour consulter un ophtalmologue, il rencontre Emma Wightwick, qu'il épouse peu après à Londres en 1863.


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Ancêtres de nos smartphone ...

Il devient célèbre et riche grâce à ses talents de dessinateur qui lui permettent de devenir l'illustrateur du journal satirique anglais Punch, en 1865, il y dessine deux caricatures par semaine. Il écrit également deux romans à succès : Trilby et Peter Ibbetson.

En 1878, croyant illustrer une nouvelle invention d'Edison, le téléphonoscope, il invente sans le savoir le concept de la télévision et celui de la vidéo-conférence.

 


 

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Gerald du Maurier (1873-1934) fut un célèbre acteur et metteur en scène de théâtre anglais.

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Sa fille lui consacra un roman tout simplement intitulé Gerald. Il fut anobli. Avec Muriel Beaumont, également actrice, il a trois filles dont Daphné Busson du Maurier qui naît à Londres, en 1907, et décède en 1989.

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Daphne fait ses études à Paris. Elle connaît un succès rapide avec la publication d'une saga familiale appelée La Chaîne d'amour (The Loving Spirit)  à l'âge de 22 ans.

Elle épouse l'année suivante le général de division Frederick Browning. Le couple donne naissance à trois enfants.

Son cinquième roman, Rebecca , est le plus connu... Même si le fond est romantique, elle sait créer un climat étrange ; elle peut aussi écrire des histoires plus 'gothiques' ( "Les Oiseaux", est devenue un film Hitchcock …) ou historiques, et même de la science-fiction... jusqu'à des nouvelles ( récemment éditées ) beaucoup plus perverses, écrites quand elle n'avait pas vingt ans...( La Poupée )daphne-du-maurier-smoking.jpg

Dès l'enfance, Daphne estimait qu'elle aurait dû naître ' garçon' et a lutté pour se réconcilier avec sa sexualité. Elle a eu des aventures amoureuses et sexuelles avec des hommes et des femmes, elle utilisait l'euphémisme «tendances vénitiennes» pour désigner ses sentiments lesbiens. Son amour non partagé pour Ellen Doubleday, la femme de son éditeur américain, inspire sa pièce September Tide (1948), et c'est à cette occasion que Daphne rencontre l'actrice Gertrude Lawrence, avec qui elle a une relation passionnée. Elle est, toutefois, restée mariée pendant plus de trente ans...

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« Du Maurier », l'histoire d'une famille 2/3 - Anne-Mary Clarke

Publié le par Perceval

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Du deuxième mariage de Mathurin-Robert Busson avec Marie-Françoise Bruère (+ 1870), il naquit 6 enfants dont : Louis-Mathurin Busson du Maurier (1797-1856 ) né à Londres. Ce dernier est un original, inventeur impénitent, toujours entre deux découvertes qui doivent révolutionner l'époque et lui apporter la fortune, mais qui ne trouvent jamais preneurs; il vit quelque temps à Paris. C'est là, à l'ambassade de Grande-Bretagne, qu'il épouse, en 1831, Ellen-Jocelyn Clarke.

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Cette dernière est la fille naturelle, née en 1797, de la célèbre et scandaleuse Anne-Mary Clarke (1776-1852) , maîtresse du duc d'York qui dut s'exiler en France... !

Daphné du Maurier écrit, en 1954, Mary Anne, un roman consacré à l'incroyable destin de cette femme libre et décidée à tout pour sortir de la misère de son enfance, à la fin du 18e siècle.

Mary Anne, naît dans un des quartiers les plus pauvres de Londres. Elle va devenir la maîtresse de Frederick, duc d'York et d'Albany, commandant en chef de l'armée britannique. Elle travaille dès l'enfance et apprend seule à lire; confiée à un pervers, elle s'enfuit, et se marie avec un tailleur de pierre et a peut-être un enfant ; alcoolique, elle le quitte... Mary Anne décide alors de devenir une courtisane, et attire l'attention de M. le duc d'York, qui est séduit par sa beauté et son esprit. Au début, il semble qu'il est le compagnon idéal pour Mary Anne dans son désir de gravir l'échelle sociale, mais son style de vie extravagant n'est pas soutenue par suffisamment de richesse, conduisant sa maîtresse à trouver des moyens ingénieux pour maintenir son train de vie. C'est son 'esprit d'entreprise' qui mène à un énorme scandale et secoue le gouvernement ...

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« Du Maurier », l'histoire d'une famille 1/3-

Publié le par Perceval

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       Punch 

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est un hebdomadaire satirique britannique publié entre 1841 et 1992, les gravures qui ont retenue mon attention sont de George Busson du Maurier (1834-1896), petit fils de Mary Anne Clarke (1776-1852 ) ; et le père de l'acteur Gerald du Maurier et le grand-père de Daphne du Maurier (1907-1989). Elle-même écrivit un livre sur la belle Mary Anne, origine d'un énorme scandale en 1809.

L'origine du nom « du Maurier », revient à Mathurin-Robert Busson (1749- 1811).

George-du-Maurier-4.jpgAprès le mariage de Mathurin Busson (1720-1780) (son père) avec Madeleine Labbé (1725-1795) sa mère, ils s'installent au lieu-dit le Maurier, à quelques pas de la verrerie et du château de Chérigny dans la Sarthe en France, où après avoir été souffleur de verre, il en devient le directeur.

Après sa mort, ses enfants épousent la cause révolutionnaire à l'exception de l'aîné, Mathurin-Robert Busson (1749-1811), qui émigre en Angleterre en 1789. Il fut d'abord maître verrier et graveur sur cristal et épouse en premières noces une fort jolie Parisienne qui lui apporte cent mille francs en dot.  Il prend la verrerie de Rougemont, dans le Loir-et-Cher. Il y fait de folles dépenses et mange la dot de sa femme en onze mois de temps. Mathurin-Robert monte ensuite un superbe magasin de cristaux Rue St Honoré à Paris.  C’est là qu’il perd sa femme qui meurt à la suite de ses couches. 

George-du-Maurier-5.jpgIl épouse en secondes noces Marie Bruère, en mai 1789. En septembre ou octobre de la même année, suivant l'exemple de certains de ses amis, il émigre en Angleterre, laissant ses enfants … S'il quitta son pays c'est moins par idéologie que du fait de sa situation financière très préoccupante qui risque de le conduire en prison … Mathurin-Robert pense plus aux plaisirs qu'au travail et il s'est lancé dans plusieurs entreprises hasardeuses qui se sont terminées en faillites.

En Angleterre, il fréquente le milieu des émigrés et décide de se faire appeler Busson du Maurier, prenant ainsi le nom du lieu-dit où il était né, à Chenu. Les six enfants de son deuxième mariage naissent tous en Angleterre.

George-du-Maurier-6.jpgEn 1802, profitant d'une trêve, il revient en France en laissant à Londres femme et enfants. Sur le bateau, il échange ses papiers contre ceux d'un passager décédé au cours de la traversée. Sa famille est donc avertie de son décès, alors qu'il est bien vivant et visite sa famille, en France. La guerre étant à nouveau déclarée entre la France et l'Angleterre, il ne peux retourner à Londres ni correspondre avec sa famille... ! Il fonde alors une maison d'éducation à Tours et c'est là qu'il meurt, en octobre 1811.

Mathurin-Robert, l'émigré, avait raconté à son entourage qu'il était le fils d'aristocrates angevins et qu'il possédait dans cette province un château. C'est ce que crurent ses descendants et notamment son petit-fils Georges du Maurier, le grand-père de Daphné qui publia en 1891, "Peter Ibbetson" un livre dont le héros est un fils d'aristocrates angevins, contraint à l'exil outre Manche, par la Révolution.

Mais, quand Daphné du Maurier voulut écrire "Les souffleurs de verre", elle s'est vite aperçu que cette version était fausse....

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Rêve préraphaélite et enchanteur. -2/2-

Publié le par Perceval

Suite ...

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 Un nuage passe, par Arthur Hughes  William C. Wontner (1857-1930) 
La Joueuse de Saz, 1903

Et pourtant, elles sont bien réelles ces femmes :

Elles s’appellent Bessie Keene, Georgiana Burne-Jones, Elizabeth Siddal, Dorothy Dene… Elles sont muses, compagnes  ou modèles et prêtent leurs traits graciles aux femmes fatales, héroïnes amoureuses, allégories issues de la littérature médiévale ou de la mythologie.

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 John Melhuish Strudwick (1849-1937) L'Âge d'Or  Sir John E. Millais (1829-1896) La Couronne de l’amour, 1875  John William Waterhouse (1849-1917) La Boule de cristal, 1902

 « Pour les peintres britanniques de l'époque victorienne, la quête esthétique est un absolu qui gouverne leur art. Figure centrale de leurs ouvres, la femme incarne pour eux cet idéal. Héroïne antique ou médiévale, elle incarne à travers ses mille visages leur rêve de beauté et d'un âge d'or »

En France, même si ces œuvres sont les plus regardées du salon, Zola et la nouvelle génération regardent vers les impressionnistes...

Le goût anglais reste alors étranger à l'esprit français... la réciproque est vraie.

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John William Waterhouse (1849-1917). Le Chant du printemps. 1913

*****

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Frederic Leighton (1830-1896). Jeunes filles grecques ramassant des galets sur la plage. 1871

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Frederic Leighton (1830-1896). 

Crenaia, 
la nymphe de la rivière Dargle.Vers 1880

Si les français brandissent le drapeau de la « modernité »... A l'inverse, les Pré-Raphaelite et la jeune génération n'ambitionnent qu de rompre avec un art qu'ils jugent dégénérescent et frivole. Leur quête esthétique se tourne vers un lointain passé historique ou légendaire qui leur vaut leur nom de « préraphaélites ».

Photographie de Dorothy Den Van Der Weyde, Henry Frederick,

Photographie de Dorothy Dene par Van Der Weyde

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PORTRAIT DE DOROTHY DENES

par George Frederick Watts

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Portrait Of Dorothy Dene, 1884, Lord Frederic Leighton

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Reginald Barbier - Portrait de Dorothy Dene


L'alchimie de cet art est dans l'alliance de la vraisemblance la plus palpable et la fantaisie la plus inspirée. Les peintres vont chercher l'intensité de l'expression et préférer le naturel des figures peintes d'après des modèles vivants aux formes raides des mannequins d'atelier. Leur but est de peindre leur rêve de beauté et de lui insuffler suffisamment de vérité pour que le rêve semble plus séduisant et plus présent que le prosaïsme du quotidien.

Tout en s'inspirant d'Ingres et de sa Source, Leighton pare Crenaia de jolis cheveux courts et du teint diaphane de sa muse Dorothy Dene.

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la Question - Lawrence Alma-tadema 1877


 La première guerre mondiale mit fin à ce rêve de beauté. Le succès de ces artistes ne survécut pas à la guerre et l'art anglais vit disparaître le temps des artistes enchanteurs.

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Rêve préraphaélite et enchanteur. -1/2-

Publié le par Perceval

Le point de départ est une exposition qui a depuis laissé son nom, à une série de tableaux : « Désirs & volupté à l’époque victorienne ». Aff-desirs-volupte-a-l-epoque-victorienne-paris-08.jpgMon interrogation se portent sur ces deux mots : désir et volupté : caractérisent-ils vraiment les impressions du spectateur... ?

Est indéniable : le sens esthétique, extrêmement décoratif. Cette exposition glorifie la femme anglaise blonde (ou rousse) et longiligne, et magnifie un temps révolu et idéal …. Sans doute tout cela nous apparaît aussi comme ' délicieusement' kitsch, suranné, péplum...

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Musee-Jacquemart-Andre  

Contrairement à son oncle George IV, ce noceur dépensier, débauché et mondain qui régna de 1820 à 1830, Victoria n'avait pas « mauvais genre ». Au contraire, elle représente le puritanisme, une certaine sagesse bourgeoise et religieuse, à des fins morales, le refus de la chair et de ses passions... Toutes choses qui semblent peu compatibles avec le désir et la volupté!

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Sir-Lawrence-Alma-Tadema--1836-1912---detail-2.jpg

*****

Sir-Lawrence-Alma-Tadema--1836-1912---detail.jpg

Sir Lawrence Alma-Tadema (1836-1912),  

Aussi, il me semble assez naturel, que nombreux artistes, s’attachent à rompre avec la trivialité du quotidien et de la vie bourgeoise pour mettre à l’honneur une sorte d’Âge d’Or : monde imaginaire et idéal...

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Le Quatuor Albert Joseph Moore 1868

Après avoir vu et apprécié ces belles images. Peut-on - cependant - vraiment parler de désir, alors qu'est manifestement valorisé la vertu, voire l'innocence ... ? Dans le Quatuor ( Joseph Moore) tout désir semble banni … Chez Elaine, de John Strudwick, abandonnée de Lancelot, il ne reste qu'obéissance et sage résignation . On lit de la patience sereine dans  L'absence fait grandir l'amour, de John William Godward, et de la sagesse maternelle, dans cette Scène de marché romain, d'Alma-Tadema.

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L'absence fait grandir l'amour, de John William Godward

Elaine, de John Strudwick

Serait-ce une célébration esthétisée de la vertu féminine selon la morale victorienne, ou une série d'abstractions idéalisantes visant à désincarner le sujet afin qu'il puisse devenir un archétype moral ?

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Scène de marché romain, d'Alma-Tadema

La séduction ici, exclue toute expression violente des passions. L'expression, n'est pas vraiment dans la chasteté, mais dans dans la retenue... Cette évanescence conduit-elle à la volupté... ? On retrouve même dans le traitement pictural, les canons plastiques d'une antiquité valorisée dans le néoclassicisme. Il y a un corps, mais point de chair ! Et donc, pas de passion, pas de désir, ni de volupté.

Une constante et douce mélancolie semble sourdre de ces visages.

Que ces muses, soient chastes ou aimantes, venimeuses ou hiératiques, objets de désirs ou de mélancolie, la figure féminine incarne la recherche d'un idéal de beauté absolu. La femme, loin de son foyer et du patriarcat ambiant, devient une héroïne, une déesse même …

A suivre ...

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Le corps nu féminin -3-

Publié le par Perceval

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D'Alfred Cheney Johnston

- et le modèle: Tilly Losch

L'un des maître mot, est alors: " Intimité "


Recherche, attente, désir, d'un espace où se révèle l'espace inaliénable de l'être ... 

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Offrande et fragilité ....

 

 

 

Il y a donc, le danger d'une violence possible ...

Francisco Mata Rosas venus-de-cemento
 Francisco Mata Rosas 
La Venus du ciment

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

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Enfin, il y a des "nus", qui semblent "singuliers"...

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Christoffer w. Eckersberg

 
 

Jeremy Lipking (1975-)

Jeremy Lipking (1975-) 3
   
Victor Lyapkalo (29)  

Victor Lyapkalo

   

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Auto-portrait par Tanya Druchinina Un cubain et sa femme par Tanya Druchinina
Auto-portrait par Tanya Druchinina

 

Un cubain et sa femme par Tanya Druchinina

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Alfredo Protti,  Italien 1882-1949

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Andrzej Malinowski
 - Toupie
Paul Rahilly Belmont
 Womens-Club
Simeon Öquist
1868-1955

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Angel Zarraga (1886 – 1946, Mexican) la-bailarina-desnuda
Angel Zarraga (1886 – 1946, Mexican) La balerine dénudée


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Amedeo Modigliani et Anna Akhmatova, à Paris 1910.

Publié le par Perceval

Elisabeth Barillé sort un livre sur la poétesse Anna Akhmatova, et centre son « enquête » sur son séjour à Paris et sa rencontre avec Modigliani; et la vie intellectuelle à Saint-Pétersbourg.

Nous sommes en 1910, et la grande poétesse découvre Paris, avec son mari. Elle rencontre un artiste bohème et vont s'aimer le temps d'un séjour...

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Portrait d'Akhmatova, par Olga Della-Vos-Kardovskaya. (1914)

Le camarade et censeur Jdanov écrit sur les textes d'Anna Akhmatova, ainsi : «...c'est la poésie d'une grande dame hystérique, ballottée entre le boudoir et l'oratoire (...) Nonne ou pécheresse, ou plutôt nonne et pécheresse chez qui la fornication se mêle à la prière...»

Vers 1958, Anna Akhmatova écrit sur Modigliani, et évoque une correspondance « perdue » … Dans les années trente, elle avait détruit une partie de ses archives, par peur du stalinisme. Pour Staline cette artiste décadente n'avait rien d'une citoyenne exemplaire : son mari avait été fusillé en 1921, son fils faisait l'objet d'arrestations répétées, c'était une orgueilleuse, une solitaire, une exaltée, une ténébreuse.

Paris-Montparnasse de cette époque, est un quartier tout neuf, le boulevard Raspail vient d'être percé, les automobiles commencent à damner le pion aux fiacres, les autobus aux omnibus à chevaux, le métro vient d’inaugurer sa fameuse ligne Nord-Sud. Désormais on peut traverser Paris en beaucoup moins de temps qu'il fallait quand Gertrude Stein allait poser pour Picasso. C'était aussi le début d'une certaine liberté des mœurs, les audacieuses se promenaient en jupes-culottes, cela avait frappé la jeune russe...

 

 Elisabeth Barillé a enquété... Elle nous retrace la rencontre d'Anna – jeune mariée, mais qui s'ennuie déjà de son époux – avec Amadéo – un homme libre qui arrive d'Italie- . Tous deux passionnés par l'art et en pleine quête. Elle, rêve de devenir poète, et lui, a décidé de se consacrer corps et âme à la sculpture. D'un côté le Montparnasse des débuts du cubisme, de l’autre les dandys poètes de « La Tour » d'Ivanov, à Saint-Pétersbourg.

Anna, jeune mariée en voyage de noces, s'ennuie déjà de son époux et n'a qu'un rêve : devenir poète. Au même moment, Modigliani arrive d'Italie, il a 26 ans et a décidé de se consacrer corps et âme à la sculpture. Il est orgueilleux et solitaire. Son charme et sa pauvreté émeuvent les femmes. En 1910, il habite avec d'autres peintres l'insalubre cité Falguière, à Montparnasse. Il est l'érudit de la bande, le philosophe.

Il va rencontrer la jeune poétesse russe à La Rotonde, (imagine Élisabeth Barillé) : brasserie à la mode fréquentée par les artistes reconnus et inconnus. Modigliani propose l'un de ses dessins à Lénine, client de l'établissement...

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Amedeo Modigliani:  Nu - Anna-Akhmatova  


Anna, c'est la «reine de la Neva» descendue du froid. Elle a épousé Nicolas Stepanovitch Goumiliov, poète novateur, déjà renommé, visage laid, dandy arrogant. Il était fou d'elle et il l'a eue à l'usure. Le couple arrive à Paris, en mai 1910, et s'installe au 10 de la rue Bonaparte. "À peine mariée et filant déjà la déception au rouet conjugal, enfin, c'est l'air qu'Anna se donne."

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Amedeo Modigliani . Anna Akhmatova. c. 1911

Un amour à l'aube est un éloge de la beauté : les dessins et les sculptures de Modigliani, les vers d'Anna Akhmatova, leur histoire, quelques lettres. "Vous êtes en moi comme une hantise", lui écrit-il. Ou encore : "Je tiens votre tête entre mes mains et je vous couvre d'amour."

Et, la beauté d'Anna Akhmatova "peinte" par Élisabeth Barillé : "Beauté singulière, beauté travaillée, beauté gagnée sur d'éclatants, d'insupportables défauts – nez cassé, cou à n'en plus finir – beauté arrogante pour la lycéenne qui s'en étourdissait comme d'un destin inaccessible. Car la beauté, la grande beauté, construite par le vouloir, conquise sur la disgrâce, est un destin, bien sûr."

Entre eux, la passion est brève, violente, désespérée, inassouvie.

En effet, chacun est trop egocentré pour risquer l'abandon... Et puis, si l'amour ensuite, n'est que la fin d'une énigme de l'un pour l'autre … alors il faut le refuser et se condamner à n'en vivre que le commencement, à n'en connaître que l'aube.

«Anna retourne en Russie. Puis revient à Paris. Ils se retrouvent. Pas pour longtemps. "Un jour, il faut partir." Ils étaient encore trop fragiles, trop incertains d'eux-mêmes, pour que le cours de leur vie en fût changé.» Elis. Barillé

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