Overblog Suivre ce blog
Administration Créer mon blog

Anna de Noailles et Maurice Barrès : Correspondance -2/3-

Publié le par Perceval

«  Je me suis mise à un livre ( la Domination ) où je n'écris pas une phrase qui ne soit pour que vous l'aimiez, et qui ne soit de vous par moi. » lettre d'Anna de juillet 1904

Anna-de-Noailles-en-1913-par-Ignacio-Zuloaga.jpg
Anna de Noailles, en 1913 par Ignacio Zuloaga


Maurice Barrès prend ombrage de la vie mondaine, brillante, libérée d'Anna; jaloux des hommes qui l'approchent ...

Anna semble vouloir préserver la morale, en refusant la chair. Elle lui écrit presque chaque jour. Elle l’appelle « mon ami » ou « Monsieur Chéri ».

« Mon ami votre lettre est meilleure que la vie, ce matin où je suis sans courage, triste, fatiguée sous le plus beau ciel. Votre voix lointaine, si bonne, mais voilée, c'est l'irréel, le rêve, - et la vérité qui fait mal c'est cette dure, éblouissante journée. Vous m'êtes plus précieux, meilleur encore, mais plus mystérieux aussi que dans nos après-midi de chez moi, avec tant de paroles, de disputes, d'appui, de concorde. Que c'est loin, indéfiniment loin mes goûters au ministère, mon émoi et ma farouche dignité politiques, mes silencieuses ou débordantes colères ! Je suis alanguie sous l'été, mon esprit replié ne s'ouvre qu'à l'instant de votre lettre, et je referme sur elle tous les soigneux pétales de la douce et triste rêverie. Et puis aussi la surprise de ne pas attendre à quatre heures votre visite fixe la monotone couleur de la journée, et les jours passent, douce cendre, dédiée à vous. [...] Anna_de_Noailles-yeux-detail.jpgDites-moi si vous vous portez bien; au revoir mon unique ami, toutes mes pensées pensent à vous. Anna » lettre du Dimanche 29 juillet 1906


« Mon ami, vous me manquez plus que je ne puis vous dire, la vie cesse loin de votre amitié visible. Mes lettres, qui n'ont pas le divin accent des vôtres, vous apportent-elles du moins la détresse de mon regard sur cet été si beau, si vide. J'en arrive à une discipline de couvent pour ne pas me désespérer, pour exister
Lire à telle heure, sortir à telle heure, mais la rêverie baigne tant mon coeur que, tout à l'heure, lisant la description d'un dîner que faisaient sous les bambous d'un jardin de Malaisie, au dix-huitième siècle, deux tendres voyageurs, je me sentais mourir de nostalgie, de poésie, de vague et torturante espérance.
Sentez, mon ami, le poids de mes journées sans vous, comme moi je pense sans cesse au vide qui est autour de vous, et que, présente, je comblais de mon amitié infinie. Anna 
» lettre du Lundi 30 juillet 1906

Maurice_Barres-elu-en-1906-a-l-academie-francaise.jpg- Le jour de son investiture à l’académie française, Barrès dans son discours – en présence d'Anna – décrit les effets de la poésie : « Un trouble inconnu s’empare de nous, un besoin d’amitié tendre, d’amour impérissable, un désir de mourir pour celle que nous aimons, la certitude qu’elle est une fée »

En avril 1907, paraissent «  Les Eblouissements » (grand succès, avec une cinquième édition en mai...) que Barrès dédicace à Anna, rendant publique sa passion.

Elle-même souhaite lui dédicacer, un recueil sur l'amitié, mais son mari s'y oppose :

« Un jour, deux mois avant le 2 avril, mon mari à qui je parle de vous dédier mon livre me dit que c’est impossible, que notre amitié, si pure, si innocente n’en est pas moins l’objet d’un malveillant scandale, et enfin, me dit que, puisque je n’ai jamais dédié de livre à personne, à ma mère, à lui, au petit, il me le défend. Si je passais outre, c’était chez moi, la rupture. »Lettre d’Anna de Noailles à Maurice Barrès, 21 mai 1907

Barrès est déçu, et doute...

« Adieu mon amie,

Il est inutile de m’écrire ; je n’ouvrirai pas vos lettres. Je sais votre facilité pour tout dire.

Daignez agréer, Madame, les respectueux souvenirs de l’ami que vos finesses ont offensé mortellement.

Maurice Barrès » Lettre de Barrès à Anna de Noailles, 2 avril 1907

 

Voir les commentaires

Anna de Noailles et Maurice Barrès : Correspondance -1/3-

Publié le par Perceval

La correspondance de Anna-Élisabeth de Noailles (539 lettres ) à Maurice Barrès (392 lettres à la comtesse) connue, est le témoin d'une passion singulière durant de nombreuses années. Ils se sont écrits de 1903 à 1923, avec une interruption de sept années de silence.

Anna-de-Noailles-portant-sa-marque-bouffant-coiffure-augmen.jpg
Anna de Noailles en 1904

En 1903. Anna de Noailles (1876-1933) a vingt-six ans, elle est reconnue comme poétesse, elle a publié son premier recueil en 1901, Le Cœur Innombrable, qui lui a valu tous les succès. Elle est l’épouse enviée de Mathieu de Noailles et s’est déclarée dreyfusarde, par esprit de contradiction. Sa silhouette frêle et brune hante les salons où elle récite ses vers.

Maurice_Barres-en-1.jpgMaurice Barrès (1862-1923), nationaliste a subi quelques échecs électoraux, il rencontre Anna qui lui parle politique. Elle se revendique dreyfusarde. La rencontre aurait pu tourner court, mais déjà, l’attirance est plus forte que les divergences.

Ils se rendent visite, accompagnés de leur conjoint. Barrès est fasciné, passionné, par ses manières, sa conversation, ses artifices... Anna est flattée, amusée, emportée... Mais … Anna peaufine, l’image de la princesse alanguie dans les coussins aux étoffes brillantes et soyeuses, l’image d’une femme au charme si fulgurant qu’on n’y résiste pas...

«  Je vous appartiens et je vous prie de ne trouver dans mes sentiments que du repos et des raisons de vivre » lettre de Barrès du 27 juin 1903

Pour Maurice, Anna devient une héroïne ; il l’appelle « l’incomparable fée », la « magicienne », « mon bel incendie ». Elle devient son égérie. Et c’est sans doute ce qu'elle souhaite, habiter l'esprit, l’œuvre de Barrès.

«Je vous aime, Madame, d'une telle manière que la vie me gène » lettre du 9 sept. 1903

 Barrès, par delà la femme, loue également l’œuvre d’Anna : « c’est dans ses vers qu’éclate son génie. Et Génie est bien le seul mot pour signifier le phénomène par lequel les plus beaux poèmes de ce temps se forgent dans cette jeune femme de vingt-cinq ans. Rien n’est au-dessus de Déchirement, Parfums dans l’ombre, C’est vrai je me suis beaucoup plainte , publiés dans la Revue des deux mondes du 15 juin. » Barrès

Laslo-1913-Anna_de_Noailles.jpg
Anna de Noailles en 1913, par Lazlo

Mathieu de Noailles, rechigne à laisser sa femme, rejoindre Barrès...

« Monsieur, je me tourmente, je suis très triste, je sens que vous croyez que j’hésite à partir, et en effet vous ne pouvez pas savoir que je suis prête, et impatiente de partir ce soir même, et que je supporte très mal la distraction de Mathieu et son fort entêtement à ne point se presser. » Lettre d’Anna de Noailles à Maurice Barrès, 22 avril 1904

Pourtant, il semble bien que cette passion reste platonique, malgré l'empressement de Maurice. Ensuite … Barrès est désenchanté, désabusé … Il note dans ses cahiers :

« Première impression d’une certaine lassitude et d’une certaine mauvaise humeur. – Las, à mon tour, de tout donner ou de tant donner. – Je mesure d’un œil dégrisé. Cette volonté de se faire désirer par l’univers, c’est intéressant par le don d’expression qu’elle y joint, mais c’est l’imagination vaniteuse d’une jeune femme d’officier, qui n’a pas vraiment l’échelle des valeurs. »

 

Voir les commentaires

La légende bretonne

Publié le par Perceval

Cette oeuvre a été acquise récemment par le musée d'Orsay, elle est déjà visible accrochée dans les salles Lille.

Edgard-Maxence--1871-1954--legende-bretonne-1906.jpgEdgard Maxence (1871-1954) La Légende bretonne, 1906

L’iconographie du tableau qui renvoie, comme son nom l’indique, à la mythologie bretonne sans qu’une légende précise ait pu être identifiée. Edgard-Maxence--1871-1954--legende-bretonne-detail-2.jpgCelle qui ressemble à la maléfique reine des Fées semble prédire un destin funeste à une jeune paysanne bretonne qui se tord les mains d’effroi, une peur sans doute accentuée par la vue des elfes menaçants à gauche de la composition. Il s’agirait (selon la notice du Musée d’Orsay, de « korrigans rouges »).

 

La scène se déroule dans un champ de menhir et de dolmens, par une nuit de pleine lune.
L’œuvre conserve encore son cadre d’origine sculpté, dessiné par Edgard Maxence lui même. Edgard-Maxence--1871-1954--legende-bretonne-detail.jpgExposée au Salon des Artistes Français en 1906, elle avait été commandée un an plus tôt par le docteur Louis-Gustave Richelot pour son hôtel particulier parisien de la rue Rabelais, dans le VIIIe arrondissement. En 1905 également, ce médecin qui était aussi musicien et élève de César Franck, avait composé Légende bretonne, pièce pour voix et orchestre. Il y a donc tout lieu de penser que cette toile est une traduction picturale de cette mélodie.

Sources: La tribune de l'art.

Voir les commentaires

La Dame et le Graal. -3/3-

Publié le par Perceval

La femme ( dans l'idéalité de sa féminitude ...)  'porte' en elle-même quelque chose de la vérité du Graal, mais elle a besoin de l'homme ( dans l'idéalité de sa masculinité...) pour que ce soit pleinement révélé à l'extérieur.King-Arthur-asks-the-lade-of-the-lake-for-the-sword-excalib.jpg

Ce sont toujours des femmes qui finissent par guider les chevaliers vers le lieu où se trouve le Graal. Et le chevalier ( Perceval, en particulier)  doit absolument gagner l'amour de cette femme unique pour atteindre le château du Graal, le temple du Graal qui représente la totalité des choses.


      « Le Graal évoque aussi les fontaines, les entrées souterraines, les grottes rapportées en dernière analyse à la vulve de la grande déesse primitive, dispensatrice de tous les biens, de tout ce qui est à la fois nourricier, chaud, intime, doux, accueillant.. » Georges Bertin ( la pierre et le Graal).

Barjavel, dans son Merlin, imagine que le contenu du Graal doit ressembler aux formes féminines de Viviane : « Tes seins sont sources et fontaines, sources de joie et fontaine de vie... Si je suis un jour admis à regarder dans le Graal, c'est certainement eux que j'y verrai. Ils sont la double perfection du monde, ils expliquent les mouvements et les formes, et éclairent les mystères » René Barjavel, l'Enchateur.

Barjavel fait remonter le Graal à Eve, qui faite de glaise ( celle du Jardin, qui a façonné le premier homme …) recueille le sang d'Adam, l'utilise comme écuelle et l'emporte hors du jardin …

Russel-Dame-sans-merci-detail.jpg

Le Graal, servira aussi à Jésus, à Cana... Il est intimement lié à la différenciation sexuelle... La femme a fait le Graal. On pourrait s'interroger si la femme ne serait pas la seule à accéder à la relique ? ( Marie de Magdala?).

yseult-coupe-detail.jpg

La quête médiévale laisse peu de place à la femme. La dame courtoise est en général une entrave à la vie du chevalier; la littérature – sous l'influence de l'Eglise - préférera très vite dresser le portrait de la femme tentatrice qui conduit au péché.

La-tentation-de-Sir-Percival--par-Arthur-Hacker.jpgC'est à cause de Guenièvre que Lancelot est conduit à trahir Arthur, ce qui mène à la perte et à la stérilité du royaume et donc, à la fin de la quête du Saint-Graal.

Ainsi, le Graal dans la littérature arthurienne, suscite un désir qui vient presque occulter toutes les aspirations courtoises de l’époque. Les chevaliers qui partent à sa recherche se trouvent confrontés à un choix impossible, à savoir aimer leur dame ou adorer le Graal, celui-ci excluant peu à peu l’appartenance de corps et d’âme à une femme.

Le Graal devient ainsi le rival de la femme, et lui devient un gage de leur sécurité: sans lui le monde deviendrait violent, et les dames seraient bafouées... Par contre, il faut se méfier, des demoiselles étranges qui se dressent sur la route des chevaliers pour les provoquer... Le Graal, ainsi animerait un désir suprême qui se doit d’étouffer tous les autres désirs, celui de la dame avant toute chose; pourtant, malgré cette condition impérieuse, Lancelot préférera Guenièvre au Graal, et c’est là une transgression magnifique que nous offre la littérature médiévale.Sir-Galahad-et-l-ange--par-Sir-Joseph-Noel-Paton-fond-noir.jpg

 


Perceval, s'il est l'élu d’une demoiselle nommée Blanchefleur - dans Le Conte du Graal -, un amour qu’il aurait pu étouffer, mais qu’il finira par faire éclore; ne pourra pas devenir « l'élu du Graal ».


Ce sera un chevalier vierge, Galaad ( Galahad) fils de Lancelot, qui seul pourra communier au Graal...

 

Lorsque Galaad se penche pour contempler le Graal, il dit: "Tout m'est révélé, je n'ai plus besoin de vivre". Et il meurt, parce qu'il a vu la vérité absolu. Les autres se sont contentés de regarder de loin le Graal.

 

Voir les commentaires

La Dame et le Graal. -2/3-

Publié le par Perceval

Dante Alighieri fit partie d'un mouvement européen appelé «  Les fidèles d'Amour » et qui se réfère aux poètes, chevaliers et troubadours des « cours d'Amour ».

valve-echecs-amoureux.jpg

« L'affrontement des joueurs est une métaphore à peine voilée de l'affrontement des amants lors de la conquête amoureuse : la dame résiste, le chevalier tente encore et encore de la séduire… Michael Camille propose une interprétation érotique de cette image. Selon lui, la position de la jambe gauche du joueur et le poteau central de la tente, qu'il enserre d'une main, sont des allusions phalliques, tandis que les plis du vêtement de la dame dessinent un sexe féminin. Ceci serait renforcé par les attributs portés par les deux spectateurs : un oiseau de proie pour l'homme, une couronne pour la femme.  », écrit Nicolas Coutant sur Images de l'amour courtois aux XIVe et XVe siècles

On pourrait encore rapprocher la Dame, de la « çakti », de la femme initiatique ou de la femme initiatrice dans le tantrisme. Sauf, qu'en occident, nul n'a osé évoquer ainsi la sexualité féminine... Certains contes indiens, font référence à un rituel tantrique où l'homme, doit passer des nuits dans la même chambre que la jeune fille qu'il a choisie comme çakti et doit dormir avec elle sans la posséder charnellement. Sans doute est-ce là le préliminaire d'une "union subtile". Or, dans la chevalerie qui professe le culte de la "femme", l'épreuve ultime du chevalier, appelée « asag », consiste à passer une nuit au lit avec la femme complètement nue sans accomplir aucun acte charnel, non pas comme une discipline de chasteté mais pour exaspérer le désir.

karidwen.gif
deesse-mere-2.jpgDans la mythologie celtique, karidwen est une déesse que l'on associe à la beauté, elle est représentée portant une amphore, un vase.

La coupe, le calice - comme symbole - nous apporte le mystère d'époques archaïques et légendaires. C'était également le chaudron, après avoir été croissant de lune, pur signe concave, il est l'ouverture et le confinement. A l'origine et à la fin de vie, la source éternelle, le lieu où tout, chaque vie, peut trouver un sens et se reposer...

Signe du féminin sacré, le ventre de la déesse, est aussi source de nourriture, lieu de transformation et de régénération.. L'eau de pluie, du puits, elle-même sacrée devient une expression de la fertilité sacrée de la terre. Le hiéroglyphe égyptien représentant la femme dessine un puits d'eau. La femme, source de vie, est liée à l'eau, source de vie par excellence.

La légende le Graal est liée à la Lance Ensanglantée. Le sang coule dans de Calice et la lance est le symbole masculin par excellence. Le Calice, la femme, la lance, l'homme, engendrent la vie et représente l'acte créateur de Dieu.

Willy-Pogany---Parsifal-de-Richard-Wagner-----1912---Crowel.jpg
Willy Pogany ~ Parsifal ~ 1912 ~

 

 

Le Perceval de Chrétien de Troyes, commence avec le printemps, au moment où les arbres fleurissent … La vie renaît, et l'histoire commence à partir de la terre ( terme féminin, dans toutes les langues …). Le point de départ c'est aussi la mère de Perceval. Ensuite, c'est avec une « vraie » femme, qu'il offense sa relation au féminin.


C'est ensuite avec la vision du Graal, porté par des demoiselles, que Perceval se confronte avec la lumière, la blessure puis le désert : terres d'un roi blessé entre le jambes. La maladie du Roi défectueux stérilise les terre. Seul la demande de Perceval peut guérir le Roi et faire refleurir la terre.

 

Voir les commentaires

La Dame et le Graal. -1/3-

Publié le par Perceval

Sweet_Chevaleresse_by_agevelez-copie-1.jpg
Adrian Velez: Chevaleresse

Je prends la précaution, d'écrire que je ne suis pas dupe de l'image que je donne ici de la femme. Il ne s'agit pas de décrire la réalité de la femme au Moyen-âge ; encore moins de figer la personne féminine d'aujourd'hui dans un rôle, dans un statut que je rêverais lui voir incarner... ! Je parle, mythe. Je cherche dans le patrimoine culturel, littéraire, une représentation de la femme symbolique... De même que le chevalier dans le mythe arthurien, est une représentation de la masculinité symbolique.


 C’est le mythe qui permet la fascination de l'homme pour la femme, et c'est grâce au mythe que demeure l’éternel féminin. C'est ainsi que la femme mythique devient une source d’inspiration intarissable, elle devient muse, égérie... Je ne sais, si la création féminine est ainsi liée à l'homme … ?

 Le Graal, s'il est relié à la chevalerie, semble être une affaire d'homme. Pourtant, en creux, si j'ose dire... Le Graal est féminin. Féminin, en ce qu'il est l'objet d'une quête masculine...

chevalier_et_sa_dame--1-.jpg Cette quête, si elle apparaît au XIe, XIIe s., c'est qu'elle correspond à une à une spiritualité qui n'est pas seulement rattachée au christianisme. Sinon, comment expliquer son absence jusque là ?

Le culte de la Dame se rattache à la chevalerie, il est sans doute resté fantasme, l'époque, l’Église ne permettant pas cette révolution des valeurs …

Imaginons, avec les poètes, hommes et femmes des « cours d'amour », ce qu'il en serait :

* Le fait de se vouer à une Dame, de lui consacrer inconditionnellement sa fidélité, est l'un des thèmes récurrents des cours chevaleresques. À la Dame on laisse juger de la valeur et de l'honneur des chevaliers et, selon la théologie des châteaux, il n'est pas douteux que le chevalier mort pour sa Dame participe au même destin d'immortalité bienheureuse assuré au Croisé mort pour la libération du Temple.

* Selon le rite d'adoubement, la Dame du récipiendaire se doit de déshabiller le futur chevalier pour le conduire au bain afin qu'il puisse se purifier et revêtir ensuite - comme les néophytes des mystères païens - les vêtements immaculés de la Veillée d'armes et recevoir, enfin, l'investiture chevaleresque. Ces héros d'aventures – aventures souvent amoureuses - dans lesquelles figure la Dame ( Tristan , Lancelot, Gauvain...), sont aussi des chevaliers du roi Arthur en quête du Graal.

1630-2lovers-reza-abbasi.jpg

-ir-Afzal-Tuni--Dame-alanguie-observant-son-chien-laper-du.jpg

Safavid-period--ca-1630--Isfahan.jpg

       Reza Abbasi 16e s.  Safavid period, ca 1630, Isfahan


Ne pourrait-on pas dire : La Dame à laquelle on jure une fidélité inconditionnelle, et à qui on se voue en se croisant, la Dame qui conduit à la purification (que le chevalier considère comme sa récompense et qui le rend immortel quand il meurt pour elle), n'est-elle pas au fond l'équivalent du Graal lui-même ?

      A suivre .....

Voir les commentaires

Le peintre, le modèle, et ... 2/2

Publié le par Perceval

Les tableaux censés nous dévoiler ce qui se passe dans un atelier, sont assez nombreux...

Courbet l'atelier du peintre

L’Atelier du peintre (1855) de Courbet est particulier, en ce qu'il mêle chronique sociale et intimité ( ce qui semble peu réaliste …). S’y côtoient personnalités, amis et mécènes de l’artiste... La nudité du modèle, non regardée, non représentée dans le tableau, semble décalée … Pourtant, c'est bien sur ce corps nu qu'est attiré notre regard !

L'atelier du Baron Antoine Jean Gros par Auguste Antoine M

Dans l'atelier d'Auguste Massé, chacun semble à sa place, et le spectateur ne se ressent pas comme voyeur.

*****

2Atelier Gerome 2
L'atelier du peintre Gerôme

 

Pourquoi le peintre peint-il un nu ? Pourquoi le spectateur contemple t-il un nu ? La représentation du nu, sans doute, apporte la réponse.


Spectateur : est-ce que je vois, ce que voit l'artiste ? Certainement pas, d'autant que je n'ai pas (souvent) vu le modèle. Je ne vois que l'oeuvre.

 

 

 

*****

Pygmalion_and_Galatea_-de-Gerome.jpg jean_leon_gerome-Pygmalion_and_galatea.jpg
Pygmalion et Galatée ( de face) de Jean-Léon Gérôme, vers 1890 Pygmalion et Galatée, toile peinte à la fin de sa vie

 

Gerôme Pygmalion et Galatée Gerôme Pygmalion et Galatée La fin de séance (1886)
Gérôme arrive tardivement à la sculpture, à 54 ans. Il se peint en train de sculpter... fasciné par le thème de Pygmalion Gerôme -  Pygmalion et Galatée,  La fin de séance (1886)


A ce propos, est intéressant, la représentation du «  Pygmalion et Galatée », on y retrouve le tableau d'atelier. Reconnaissons, que dans « la fin de séance » le sujet - n'est plus la parfaite reproduction, - mais le mouvement sensuel, que souligne la direction du regard du peintre...

Atelier Gerome 3 Atelier Gerome 4
   

Voir les commentaires

Le peintre, le modèle, et ... 1/2

Publié le par Perceval

Il ne faut pas longtemps, pour chercher, derrière le peintre, le modèle et donc la Femme.

Voir, observer, pour représenter et montrer. Le comble de tout cela étant, le nu. Le spectateur-voyeur est alors entraîné dans la spirale du désir, ou de la frustration, du rejet …

Nous n'avons toujours qu'une vision limitée des choses, et la photo, après la peinture n'a fait que le confirmer.

Bronzino allegorie triomphe venus moyen
de Bronzino, Allégorie Le triomphe de Vénus (1545)


Bronzino allegorie triomphe venus détail 1Il semblerait que la mythologie, ou la religion ( Eve, Marie-Madeleine ..), ont été prétexte à représenter des corps et des ébats, tel ce « Vénus et Cupidon » ( 1545) de Bronzino. La présence de 'voyeurs' dans ce tableau nous questionne directement.

 


Si derrière l'artiste, il y a la femme, la troisième personne – même si elle n'est pas directement représentée ou symbolisée, c'est moi, c'est le spectateur. Cette personne peut être dominante, comme ici Alexandre le grand, un mécène ( qui tient à représenter une certaine femme ….)... L’ambiguïté, se glisse également sur la relation que prête Alexandre en laissant au peintre Apelle, sa maîtresse, qui devient son modèle : connivence entre le modèle, le mécène, le peintre et le spectateur … !

Alexander & Campaspe, painted by Apelles Giovanni Battista
 

 

*****

Ici, le type de relation entre le peintre Raphaël et son modèle est appuyé par Ingres (1813). De plus, le modèle ( ici la Fornarina) nous regarde et nous prend à témoin.

Ingres_Raphael_et_la_Fornarina_detail.jpg
de Ingres, Raphael_et_la_Fornarina 1814

 

*****

mottez victor zeuxis choisissant un modèle pour hélène

Dans ce tableau de Victor Mottez, Zeuxis choisissant un modèle pour Hélène (1858), nous avons du mal à situer les acteurs, et donc, pour nous-mêmes trouver notre place.

Le détail montre à droite dans le coin, Zeuxis, et à gauche, le voyeur qui soulève le rideau. Le modèle observé lui, nous est habilement suggéré, tandis que les autres sont indifférents ...

mottez victor zeuxis choisissant un modèle pour -copie-1

A suivre: ...

Voir les commentaires

Image de la femme, par Dorothée Golz

Publié le par Perceval

Dorothee-Golz-00.jpg
Dorothée Golz

Cette artiste, basée à Vienne, pratique la peinture numérique et se réapproprie des portraits classiques. Des visages « anciens », sur des corps modernes … plus exactement, des œuvres hybrides, qui mélangent aussi les structures sociales, les rôles de la renaissance et contemporains ; deux perceptions qui se confrontent …

Photo ou peinture … ? Est-ce que « la fille à la perle » de Vermeer, ne se prend t-elle pas pour une photo ? ( cela a t-il un sens de dire cela ..?)

En observant ces images, peut-on dire que certaines postures, appartiennent au passé, et ne rencontrent plus la femme d'aujourd'hui... ? Y a t-il une conception moderne de la beauté ?

Dorothee-Golz-2.jpg Dorothee-Golz-prada_maedchen_m.jpg
Dorothee-Golz-5.jpg Dorothee-Golz-la_belle_ferronniere_s.jpg

Aujourd'hui, la différerence essentielle ne tient-elle pas que nous avons une possibilité beaucoup plus importante de « vies de femme » qu'il y a 500 ans … ?

En quoi, ces portraits sont-ils surréalistes ? En quoi représente t-il «  la femme » ?

Dorothee-Golz-maria_mit_rb_haaren.jpg Dorothee-Golz-gross_bild_cecilia.jpg
Dorothee-Golz-weisse_madonna_gr.jpg Dorothee-Golz-Anne-de-Cleves-2007.jpg

Dorothee-Golz-2010.jpg*****

Dorothee-Golz-4.jpg Dorothee-Golz-7.jpg


Voir les commentaires

Le chevalier Lanval, aimé d'une fée.

Publié le par Perceval

Depuis les romans médiévaux jusqu'au récent naufrage du Costa Concordia , 

Launfal-Tryamour-[Kinuko-Y.-Craft]

les hommes sont censés risquer leur vie pour sauver les femmes en détresse. Les hommes devraient également fournir de l'argent et des biens pour les femmes …

Dans ce lai (court poème narratif) : “ Lanval ”, Marie de France raconte l'histoire d'une femme, d'une héroïne, qui sauve un chevalier de l'isolement social et de la persécution injuste . Cette femme, ose exprimer un désir érotique, elle est également riche, et fournit au chevalier ce qui est nécessaire pour tenir son rang. Une autre femme, tente de séduire le même homme, et devant son refus, se venge.

A moins que l'on préfère annoncer ce lai ainsi: c'est l'histoire d'un chevalier d'Arthur, qui rencontre une fée d'une incomparable beauté et en tombe éperdument amoureux. Celle-ci exige, comme toutes les fées amantes du folklore, le respect d'un interdit. …

The Fairytales of George MacDonald

Sans doute, il est préférable, que vous vous fassiez votre propre idée. Je ne peux que vous engager à lire ce court récit, ou l'entendre raconter …

Si vous ne l'avez pas encore fait, ou ne le ferez pas … Bon, sachez que:

Le roi Arthur distribue à ses chevaliers des terres, de l’argent et des femmes. Mais il oublie Lanval. … Il n’est donc aimé ni du roi, ni d’une femme et par conséquent il est aussi 'oublié' par ses anciens compagnons, les chevaliers de la Table Ronde. Le chevalier désespéré quitte la ville. Au bord de la rivière, il se livre tout seul à sa mélancolie , et c'est le passage de la réalité et la merveille...

launfal et Guenièvre
Guenièvre et Lanval

Deux demoiselles d’une grande beauté, le conduisent auprès de leur dame, couchée dans une tente, et la plus gracieuse créature que le chevalier n’ait jamais vu. La mystérieuse jeune femme lui offre son coeur et ses richesses en échange d’une promesse : Lanval ne doit jamais dévoiler à quiconque qui est la gente dame qui a ravi son coeur, sous peine de la perdre à jamais.

De retour au château, le noble homme reçoit les avances de la Reine, mais celui-ci les rejette, n’ayant en tête que l’amour que lui porte sa tendre amie. Furieuse et déçue, la souveraine sous-entend que le chevalier préfère la compagnie des beaux jeunes gens, mais face à cette accusation Lanval s’emporte, avouant qu’il aime la plus belle femme du monde, modèle de courtoisie et de bonté. Lanval regrette aussitôt ses paroles, car par ces mots il vient de briser le serment fait à la demoiselle de la forêt. De plus, la Reine, se sentant humiliée par ces paroles, demande justice au Roi, qui ordonne à Lanval de prouver ses dires sous peine d’être brûlé ou pendu …

circlet (by N.C. Wyeth)
Lancelot, et Chrétien de Troyes sont bien plus connus, que Lanval et Marie de France. Les deux auteurs vivent à la même époque, mais leur vision semble s'opposer.

Marie de France, présente au travers de ses histoires, des versions plutôt critiques et opposées aux aventures traditionnelment racontées sur la cour du Roi Arthur. Là, les femmes apparaissent comme des biens, que le roi s'autorisent à donner aux meilleurs de ses chevaliers... Là des chevaliers sont “oubliés” alors que leur richesse s'épuise... Là, c'est une parodie de justice...

 Lady Love (Minne) shoots an arrow on the Lover. Detail of a painting found on the inside a boxlid, Germany, c.1320.

 

 

Marie de France, confronte les défauts du monde arthurien ( et celui dans lequel elle vit) au fonctionnement idéal de l'Autre Monde féérique.

Dans le Lai de Marie, Merveilles et amour dominent, comme le pouvoir des femmes. Guenièvre ne craint pas l'adultère, et l'organise; puis quand Lanval rejette ses avances, elle se venge, en toute malhonnetété. Elle parvient à manipuler Arthur, et ses codes juridiques.

Cette fois-ci, c'est une femme ( aussi fée, soit-elle ) qui arrive sur son palefroi blanc, alors que le jugement semble défavorable, presque comme un champion chevaleresque dans un combat.

Lanval disparaît dans un monde intemporel, celui du désir assouvi et de la richesse illimitée, de la plus ancienne tradition celtique...  

Voir les commentaires