En reprenant les notes de ce Chemin allemand... Je remarquais une chose : la persistance d'images à propos... de l'Alchimie.
Dans le fatras de notes laissées par mes aïeux ; une carte d'Anne-Laure de Sallembier lors d'un séjour à Strasbourg, et quelques notes m'ont permis de trouver ce nouveau fil que je regrette de ne pas avoir plus utilisé....
Cette carte, c'est : la reproduction d'un laboratoire d'alchimiste au Musée alsacien de Strasbourg ( alors allemand...), ouvert en 1907. Peut-être Anne-Laure de Sallembier a t-elle visité ce laboratoire...?
Rien de plus sur l'alchimie... Sinon, des images découpées de statues appartenant à la cathédrale de Strasbourg : deux jeunes femmes du XIIIe siècle ; l'une, cambrée et assurée sous sa couronne. Elle porte un Graal et s’appuie sur une grande crosse en forme de croix ; l'autre humiliée , les yeux bandés, la tête inclinée de honte, elle a en mains un bâton brisé et tient dans sa main gauche un document..
Sabina von Steinbach
Ces deux statues de la cathédrale de Strasbourg, ont retenu l'attention d'Anne-Laure, en particulier parce que le sculpteur de ces œuvres, est une femme... !
La tradition les attribue à Sabine de Steinbach, la fille de maître Erwin...
Sabina serait l'auteur des statues personnifiant l'Eglise et la Synagogue, qui sont situées aux portes sud de la cathédrale. Ces deux statues sont réputées des chefs-d’œuvre de la statuaire gothique.
Au XIIIe siècle, c'est le siècle des cathédrales, des croisades et du Strasbourg de l'empire allemand... L'Eglise pourchasse l'hérésie, les alchimistes se cachent ...
Strasbourg: L'Eglise et la Synagogue.
Avant de partir sur le chemin que m'ouvrait l’Allemagne, sans préfigurer de ce que je trouverai ; plusieurs lectures et rencontres me pointaient l'anthroposophie avec Steiner ; au point d'envisager de passer par Le Goetheanum, à Dornach, en Suisse… Je n'avais pas le temps de tout faire ; ce ne sera pas pour cette fois … !
Pourquoi là ? Le Goetheanum est le siège de la Société anthroposophique universelle... Et, ce lieu conçut par Steiner correspondrait à la localisation de l’ermitage de Sigune au pied de l’emplacement du ''château du Graal'' ( selon les indications de Wolfram Eschenbach )… Rien de moins … ! J'en reparlerai forcément...
The triple goddess tarot - L'Alchimie
Cependant, pour ce qui est de l'Alchimie : L'anthroposophie, intrinsèquement écologique, évoque '' l'Éco-alchimie '' et en notre époque où le seuil d'irresponsabilité de nos gouvernants nous contraint à évoquer à présent des soucis d'ordre collapsologique - la collapsologie désigne l’étude de l’effondrement de la civilisation industrielle et de ce qui pourrait lui succéder - … Ainsi, un livre de McKanan, paru aux Presses universitaires de Californie, explore les concepts d’alchimie et d’équilibre dans la science de l’esprit anthroposophique, à la fois comme source de résilience et de renouveau, ainsi que la différence du mouvement anthroposophique avec d’autres mouvements écologiques et courants politiques.
L’approche anthroposophique conçoit plutôt le changement social depuis l’intérieur, avec la possibilité de faire avancer l’évolution humaine grâce à une sphère culturelle-spirituelle libre au sein de la société, laboratoire décentralisé et libre cherchant à élaborer une vision toujours renouvelée de l’être humain.
Rudolf Steiner und Marie (Steiner)-von Sivers
Steiner (1861-1925), cherche à voir par l’esprit chacun dans son intégralité, au-delà de son apparence, dans ce qu’il est et peut devenir dans sa relation particulière avec le monde...
* Quatre idées :
- Il est possible d’entrevoir les relations qui lient toutes choses et tous êtres...
- L’attention aux pratiques aussi petites soient-elles qui peuvent constituer une force guérissante pour la société plus large... ( avec des petites communautés en interconnexion...)
- La conviction que les humains peuvent vivre en harmonie avec leurs écosystèmes si seulement nous épousons chacun à sa façon un chemin de développement spirituel...
- La sagesse de voir que l’évolution du monde est continuelle et inévitable, que notre rôle d’humain dans cette époque ne se résume pas à la préservation, ni de nous-mêmes ni de la terre, mais trouve son sens dans une implication pour une évolution de l’humanité allant au-delà du développement économique ou technologique.
Bien … Attention, je ne connais pas la Société Anthroposophique de Steiner; sinon les fameuses écoles Waldorf et ce qu'en dit Anne-Laure de Sallembier qui s'y est intéressée entre les deux guerres...
L'arbre de vie
Revenons à L'Alchimie, en quelques idées simples...
- Le désir de connaître le fonctionnement du ''Monde''... Sachant que la science ne peut donner qu'une partie de la réponse : mais une partie essentielle à connaître...
- Peux t-on agir sur la ''matière''.. ? Comment... Pourquoi... ? Aller où... ?
- L'Alchimie induit un processus de dévoilement... La réalité est voilée … Transmuter, c'est élever, dévoiler...
- L'alchimiste va du laboratoire à l'oratoire... Chemin aller-retour...
- La présence de l'invisible... ( Observer, c'est déjà modifier le phénomène !)
la Frontière avec l'Allemagne en Lorraine et dans les Vosges...
Pont de l'Europe - le Rhin - Strasbourg-
A l'occasion de mon propre voyage en Allemagne cette année 2019 ; je suis accompagné des commentaires de voyageurs plus anciens, de cette deuxième moitié du XIXe siècle... Il y a de cela, donc, près de 150 années … !
Les aïeux d'Anne-Laure de Sallembier ( voir * Note), ont très souvent été attirés par l'Allemagne ( beaucoup par le Royaume Uni, aussi), précisément par la littérature et la philosophie allemandes. Anne-Laure, veuve un brin fortunée a profité de l'accueil et du confort germanique, ainsi que des nouvelles commodités pour voyager ; et visiter des lieux cités dans les documents que lui avaient laissé Charles-Louis de Chateauneuf, son grand-père, et Jean-Léonard de la Bermondie, le grand-père de son grand-père …
Ce qui anime Anne-Laure avant de partir, c'est le fameux ''Sturm und Drang'', la tempête et le transport passionné du mouvement pré-romantique... Se mettre dans les pas de Hector Berlioz, quand il écrit dans le pays de Goethe : « J'essayai donc, tout en roulant dans ma vielle chaise de poste allemande, de faire des vers destinés à ma musique (…) Je l'écrivais quand je pouvais et où je pouvais ; en voiture, en chemin de fer, sur les bateaux à vapeur ; et même dans les villes, malgré les s oins divers auxquels m'obligeaient les concerts que j'avais à y donner... »
Pour Anne-Laure, comme pour son grand-père Charles-Louis, il s'agit de mettre ses pas sur les chemins des romantiques ( les voyageurs de l'obscur), empruntés eux-même jadis par les Minnesänger, ménestrels et chevaliers errants comme Parsifal, Tristan ou Tannhäuser, par les Meistersinger, voyageurs de commerce des villes hanséatiques et maîtres chanteurs comme ceux de Nuremberg, tirés de l'histoire par les littérateurs d'Iéna, de Heidelberg et de Berlin, par le romantique comme Novalis, Heine ou par Richard Wagner.
Le virus est contagieux, les récits de voyage en Allemagne en témoignent ; quinze ouvrages de Guides paraissent pour la seule année 1842...
Baden-Baden
« Vous arrivez, non par une route pavée et boueuse, mais par les chemins sablés d’un jardin anglais. A droite, des bosquets, des grottes taillées, des ermitages, et même une petite pièce d’eau, ornement sans prix, vu la rareté de ce liquide, qui se vend au verre dans tout le pays de Baden […] Une longue allée de peupliers d’Italie ferme, ainsi qu’un rideau de théâtre, cette décoration merveilleuse qui semble être la scène arrangée d’une pastorale d’opéra. »
« Je doute qu’on puisse trouver un pays plus charmant, il n’a que l’inconvénient de laisser douter si l’on n’est pas sur les planches de l’opéra, et si les montagnes et les maisons ne sont pas des décorations […] car, à vrai dire, et c’est là l’impression dont on est saisi tout d’abord, toute cette nature a l’air artificiel. Ces arbres sont découpés, ces maisons sont peintes, ces montagnes sont de vastes toiles tendues de châssis (…)
« La nuit est tombée: des groupes mystérieux errent sous les ombrages et parcourent furtivement les pentes de gazon des collines. Au milieu d’un vaste parterre entouré d’orangers, la maison de Conversation s’illumine, et ses blanches galeries se détachent sur le fond splendide de ses salons. À gauche est le café, à droite est le théâtre, au centre l’immense salle de bal dont le principal lustre est grand comme celui de notre opéra. […] L’orchestre exécute des valses et des symphonies allemandes, auxquelles la voix des croupiers ne craint pas de mêler quelques notes discordantes. […]
Cette retraite romanesque, cette chartreuse riante est, dit-on, l’hospice des cœurs souffrants. On y vient guérir des grandes amours […]
La rivière de Baden coule au pied des murs, mais n’offre nulle part assez de profondeur pour devenir le tombeau d’un désespoir tragique: son éternelle voix se plaint dans les rochers rougeâtres, mais une fois dans la plaine unie, ce n’est plus qu’un ruisseau du Lignon, un paisible ruisseau de la carte du tendre, le long duquel s’en vont errer les moutons du village, bien peignés et enrubannés dans le goût de Watteau. Vous comprenez que les troupeaux font partie du matériel du pays et sont entretenus par le gouvernement comme les colombes de Saint-Marc à Venise. Toute cette prairie qui compose la moitié du paysage ressemble à la Petite-Suisse de Trianon. Comme en effet le pays entier de Bade est l’image de la Suisse en petit. La Suisse moins ses glaciers et ses lacs, moins ses froids, ses brouillards et ses rudes montées. Il faut aller voir la Suisse, mais il faut aller vivre à Baden […]
On revient à Baden en suivant le cours de la rivière, et quelle rivière ! Elle n’est guerre navigable que pour les canards; les oies y ont presque pied partout. Pourtant des ponts orgueilleux la traversent de tous côtés, des ponts de pierre, des ponts de bois et jusqu’à des ponts suspendus en fil de fer. Vous ne vous imaginez pas à quel point on tourmente ce pauvre filet d’eau limpide qui ne demanderait pas mieux que d’être un simple ruisseau. »
Gérard de Nerval - '' Lorely – Souvenirs d’Allemagne ''
À l’été 1838, Gérard de Nerval entreprend un voyage en Allemagne. Fervent admirateur de littérature et de poésie allemande, Il a déjà traduit Klopstock, Goethe, Schiller, Burger et publié quelques années plus tôt une anthologie de la poésie allemande.
Le site est charmant. On dirait que tout y fut combiné par une main savante dans l'art de plaire.
Les_Climats de la Comtesse Anna_de_[...]Noailles * Les Nuits de Baden
Figurez-vous une jolie ville, mi-partie sur la montagne , mi-partie dans le vallon ; des collines dont le cercle riant l'entoure; sur les pentes et sur les hauteurs, des forêts de sapins égayées par de sinueux sentiers et de lointaines perspectives; un ruisseau d'idylle où se mirent des maisons blanches comme des villas, riches comme des palais; aux environs, des ruines, des rochers, des châteaux, où conduisent de charmantes promenades; partout des chemins plantés d'arbres, des routes entretenues comme des allées; en un mot, une nature de vignette et d'album, pleine de gentillesse et de coquetterie, au sein de laquelle on se sent plus amolli qu'ému, plus disposé à jouir qu'à penser, dans d'excellentes dispositions pour passer quelques jours d'insouciance et de farniente.
Là vous n'aurez que d'agréables idées incapables d'agiter, le cœur et d'absorber l'esprit. Poète, vous ferez des sonnets ou des madrigaux; musicien, des romances; peintre, des aquarelles. Le pays tout:entier n'est qu'une grande aquarelle aux contours adoucis, aux couleurs demi-voilées , quelque chose d'indécis et de flottant, dont l'attrait est infini.
Baden - son nom l'indique - est un lieu de bains. Cent mille étrangers y viennent chaque année prendre les eaux.
« D'eau, je n'en ai point vu lorsque j'y suis allé, Mais qu'on n'en puisse voir je n'en mets rien en gage. Je crois même entre nous que l'eau du voisinage A, quand on l'examine, un petit goût salé. »
Un grand portique de marbre est élevé pour lés baigneurs; la maison de Conversation est voisine : c'est le nom allemand du casino. Un parc princier l'entoure. Tout le jour un excellent orchestre fait entendre sous les fenêtres une délicieuse musique. Mais il s'agit bien de musique ! ..
Entendez-vous d'ici le cliquetis des pièces d'or et la voix nasillarde des croupiers? Il n'y a pas pour les joueurs d'harmonie comparable, et Bade est le rendez-vous des joueurs. Ici la roulette est souveraine; elle tient toute la journée sa cour. Les courtisans sont nombreux. Il y en a de toutes les nations, de tous les âges, de toutes les humeurs. L'Europe et l'Amérique sont représentées autour de ces grands tapis verts jonchés d'or. L'observateur peut surprendre comme en un miroir le caractère de chaque peuple. L'esprit national perce jusque dans nos vices. L'Anglais joue avec une prudence habile et un coeur maître de soi. Dépouillé, il se retire les dents serrées, et déguise son dépit sous une morgue hautaine. Le Russe témoigne au jeu l'emportement sauvage qui paraît dans toutes ses passions. L'Allemand n'y perd rien de son flegme : il semble croire, avec le proverbe, que la fortune vient en dormant. L'Italien, l'Espagnol, tous les Méridionaux ont de bruyants transports de joie ou de désespoir. Le Français joue avec une étourderie babillarde et une aisance impertinente. Sur cent joueurs de pays différents, s'il en est un qui dans la perte ou le gain garde le même sourire, déploie la même verve, et se venge du destin par un bon mot, dites hardiment : C'est un Français. La comédie du Joueur n'était possible qu'en France. Partout ailleurs le jeu tourne au drame. »
source : ''Le Danube allemand et l'Allemagne du Sud...'' - par Hippolyte Durand (1833-1917). ...
Réalisation néoclassique (1821 à 1824) due à Friedrich Weinbrenner, elle était la « maison de conversation », le lieu de rendez-vous de la haute société qui organisait là bals et concerts. Le casino occupe l'aile droite. Les quatre salles de jeu furent aménagées dans l'esprit des salles d'apparat des châteaux français.
Henriette de Bonnières (1854-1906), est l'épouse du romancier et critique du Figaro Robert de Bonnières (1850-1905)
Nous connaissons d'elle, en particulier, son portrait par Auguste Renoir (1841–1919) ; elle a alors 35ans.
D’autres artistes, aux styles les plus divers, tels Blanche, Tissot, Helleu, Forain et Besnard feront également le portrait de la belle Henriette de Bonnières.
« Renoir, qui n’est pas très satisfait de son portrait, se heurte à la difficulté de fixer ce visage au teint pâle et cette silhouette gracile bien éloignée du canon de beauté qu’il affectionne, celui des jeunes filles de Montmartre aux formes pleines et aux joues colorées. Dans ce singulier tableau, l’audace des couleurs, aux touches vibrantes, contraste avec l’aspect conventionnel de la mise en scène dans un intérieur bourgeois. » Notice du Petit-Palais
par J-E Blanche
Écoutons ce qu'en a dit Renoir, lui-même :
« Je fis la connaissance de Wyzewa, et, par son intermédiaire, Robert de Bonnières devait, plus tard, me commander le portrait de sa femme. Par exemple, je ne me souviens pas d'avoir jamais fait de toile qui m'ait plus embêté ! Vous savez si j'aime peindre une peau qui ne prend pas la lumière! Par surcroît, la mode, à ce moment-là, pour les femmes, était d'être pâles. Et Madame de Bonnières était, bien entendu, d'une pâleur de cire. Je me disais toujours : « Si elle pouvait seulement, une fois, se « coller un bon beefsteak ! » Mais va te faire fiche !
Je travaillais le matin jusqu'au déjeuner ; j'avais ainsi l'occasion de voir ce qu'on apportait à manger à mon modèle: une toute petite affaire dans le fond d'une assiette... Vous pensez si c'était fait pour donner du, rouge à la peau. Et les mains ! Madame de Bonnières les mettait dans l'eau, avant la séance, pour en accentuer la blancheur. Sans Wyzewa, qui passait son temps à me remonter, j'aurais jeté par la fenêtre les tubes, les pinceaux, ma boîte à couleurs, la toile, tout le diable et son train. Voyez ! Je tombe sur une des femmes les plus charmantes qui soient, eh bien, elle ne veut pas avoir des couleurs aux joues ! » Auguste Renoir cité par Ambroise Vollard (1920)
Jacques-Emile Blanche ( ) également l'a rencontré et peinte : « La jolie madame de Bonnières était peinte par Besnard, par Renoir; chez elle, je vis les premiers marbres de Rodin »
James Tissot, Mme de Bonnières, 1880
Et, Jacques Joseph Tissot (français, 1836-1902) a exécuté ce portrait d'Henriette de Bonnières en les années 1880...
( née Henriette Arnand Jeanti) et mariée, donc, à Robert de Bonnières, journaliste influent du journal Le Gaulois. Dans les deux dernières décennies du siècle, elle accueillit un salon littéraire réputé, qui recevait des personnalités telles que Alphonse Daudet, Anatole France, Henri de Régnier et José Maria de Heredia. Elle était également amie de nombreux peintres..
Robert de Bonnières de Wierre, se prépare à une carrière diplomatique. Il effectue avec sa femme un long voyage en Inde, dont les souvenirs seront la source de son roman Le Baiser de Maïna, publié en 1886, et qu’il situe à Bénarès...
Amateur d'art, de peinture, et de musique, en particulier de Gabriel Fauré, il organise des soirées musicales dans son appartement. Il participe au projet du Parnasse contemporain comme la plupart des poètes du moment. Critique littéraire, il publie un recueil en trois volumes, Mémoires d’aujourd’hui, édité entre 1883 et 1888, qui reste son ouvrage le plus célèbre et demeure une mine d’informations sur l’histoire littéraire de l’époque. Poète du merveilleux, il écrit de nombreux contes...
Robert de Bonnières
Terminons avec les potins du moment avec ce qu'en dit Camille Mauclair (1872-1945) - un poète, romancier, historien d'art et critique littéraire français. Nb (Il fut un vichyste convaincu, chantre de l'antisémitisme sous l'Occupation.). Extrait de ''Servitude et Grandeur littéraires, souvenirs d'arts et de lettres de 1890 à 1900, le symbolisme, les théâtres d'avant-garde, peintres, musiciens, l'anarchisme et le dreyfusisme, l'arrivisme, etc., 1922
'« J'avais d'ailleurs une antipathie plus vive encore pour les amateurs qui se mêlaient à ces figurants sans avoir même l'excuse du besoin do vivoter, et je me souviens par exemple d'avoir éprouvé une haine féroce pour le couple Bonnières, qu'on voyait partout. Robert de Bonnières était un cercleux d'aspect rogue, qui regardait chacun en louchant, ne disant que des méchancetés, et publiait des piles de romans illisibles Madame de Bonnières était une femme livide, serpentine et incroyablement maigre, avec des cheveux blonds moussant sur une petite tête en ivoire. Elle susurrait des propos aigre-doux et un jour je l'entendis déclarer d'un air supérieur : « Je traduis Nietzsche, ma chère. C'est un philosophe dont le génie va tout bouleverser ». Il y eut une rumeur d'admiration et quelqu'un se hasarda : « Ah ! vraiment ! Et quelle est sa théorie ? »
Je ne peux rien vous en dire, sinon ceci : « il nie le phénomène ! » Cette femme étonnante et son mari, ruinés, disparurent plus tard du monde où ils avaient brillé, et périrent tragiquement. Je me juge aujourd'hui bien puéril de les avoir délestés. Mais je ne suis pas encore parvenu à comprendre ce que cette personne voulait dire, si vraiment elle avait entrepris de traduire Nietzsche alors inconnu. Peut-être voulait-elle parler du noumène Kantien? Quand j'ai étudié Nietzsche, je n'ai jamais pu imaginer sans fou rire quelle joyeuse traduction nous en eût été donnée là: et le « il nie le phénomène », qui avait failli me faire choir de stupeur, est resté pour moi l'emblème des amateurs intrus dans les lettres. Je n'ai pas éprouvé une répulsion moindre pour les « thés littéraires » où des femmes de lettres s'appuient à la cheminée pour bramer des vers pathétiques; oh! les sirènes de five o'clock! Ces pâtisseries lyriques où l'on ne goûte bien ni poésie ni gâteaux m'inspirèrent toujours le plus sombre ennui et le désir irrésistible de l'escalier. »
La misogynie s'invite chez Goncourt, qui se montre fort sévère pour les compétences artistiques d'Henriette : « En voyant toucher avec des doigts si bêtes mes bibelots par ce joli animal qui s'appelle Mme de Bonnières, j'étais furieux de montrer ce choses à pareille femmelette... (…) L'ignorance de cuisinière de cette petite femme qui a des prétentions à l'art, à la littérature est vraiment extraordinaire » ( 2 mai 1886)
Je préfère garder ce que disait Barrès au journaliste Lucien Corpechot : « On ne dira jamais assez les services qu'une maison comme celle des Bonnières rendit aux écrivains de ma génération. Dans l'atmosphère d'Henriette et Robert de Bonnières, notre goût s'est aiguisé et celui du public s'est habitué aux nouveautés que des poètes comme Mallarmé ou Henri de Régnier apportaient à leurs lecteurs. » Les Bonnières qui habitaient avenue de Villars, se voulaient en effet les protecteurs des jeunes écrivains, tous deux très au courant des nouveautés, encourageaient les vocations et contribuaient à faire connaître dans le monde les nouveaux talents. (sources : AnneMartin-Fugier : Les salons de la IIIe République)
Lisa Randall est une star. Une vraie ! Une professeure de physique théorique à l'Université Harvard et l'une des scientifiques les plus cités et les plus respectés aujourd'hui.
Sa carrière extraordinaire et prolifique a vu son devenir le premier physicien théoricien femme titulaire à trois des plus grandes universités du monde - Harvard, Princeton et MIT - ainsi que l'auteur du best-seller Warped Passages et Knocking on Heaven’s Door .
Née dans le quartier Queens de New York au début des années 1960, d’un père ingénieur et d’une mère enseignante, elle a remporté le prestigieux Intel Science Talent Search (quand il s’appelait encore le prix Westinghouse), à 18 ans.
Son doctorat, obtenu à Harvard en 1987, portait sur la physique des particules. Elle a été la première femme titularisée au département de physique de l’Université de Princeton puis de l’Université de Harvard, où elle enseigne depuis 2001.
Elle a reçu plusieurs prix : Le Klopsteg, le Lilienfeld, le Andrew Gemant. Elle a reçu récemment le très prestigieux prix Sakurai pour la théorie en physique des particules.
Parmi ses distinctions de la part de nombreux médias : elle a figuré dans la liste des «100 personnes les plus influentes» de Time Magazine, tandis que Newsweek l'a décrite comme "l'un des physiciens théoriques les plus prometteurs de sa génération." Durant ses temps libres, elle peut pratiquer l'escalade ou écrire de l'opéra … En effet, Lisa Randall a signé le livret de l’opéra Hypermusic Prologue du compositeur Hector Parra, lui-même inspiré par son livre Warped Passages (2005).
Quand elle parle de son travail, Lisa Randall touche les sujets les plus difficiles et intéressants à la limites de nos connaissances: Le Big Bang; L'inflation ou l’expansion de l'univers; la matière noire, l'énergie noire; et le Destin de l'Univers... !
Avec Raman Sundrum, elle a élaboré le modèle Randall-Sundrum, en fait deux modèles proposés en 1999. Ces scénarios cosmologiques avancent l’hypothèse que notre univers est emprisonné dans une membrane qui, elle-même, fait partie d’un super-univers doté d’autres membranes et donc d’autres mondes. Cette grande idée reste, bien-sûr, à prouver ou à réfuter.... « D’où vient l’univers ? En existe-t-il d’autres ? Les scientifiques ne disent pas pourquoi nous existons, mais ils peuvent dire comment la vie s’est développée. Quand on peut répondre à une question scientifiquement, c’est de la science, ce n’est pas de la croyance. »... « Je ne crois probablement pas en Dieu », a-t-elle déclaré en une formule tout en nuances.
« Pourquoi serions-nous seuls ? S'interroge t-elle. La terre n’est pas la seule planète...
Ses travaux récents s’intéressent aux trous noirs, à la matière noire, aux origines des ondes gravitationnelles. Approfondir l'observation de ces ondes pourrait nous renseigner sur l’origine des trous noirs.
Elle parle de la possibilité qu’un disque mince de matière noire au centre de notre galaxie perturbe les comètes de nuage d’Oort. La traversée périodique de ce disque par notre système solaire provoquerait des extinctions intermittentes, dont celle des dinosaures.
À Munich, elle et ses collègues ont discuté des méthodes de mesure de l’expansion de l’univers. Ses propres travaux s’orientent de plus en plus vers l’astrophysique. Son milieu débat fermement depuis quelques années sur le calcul de la taille de l’univers. Une méthode utilise le décalage dans le rouge des supernovas, une autre le fond diffus cosmologique.
Actuellement, Lisa Randall songe à quitter l’Université Harvard des États-Unis pour s’installer au Canada, et s'éloigner du comportement ''fou'' que tiennent les États-Unis, avec D. Trump... Son pays la déçoit et l’inquiète.
« La séparation des pouvoirs est malmenée », dit la professeure Randall, « La Cour suprême est partisane. Comme scientifique, je peux bien le dire, quand on ne se soucie plus de ce qui est vrai ou pas, on entre dans un territoire très dangereux. »
« Je ne suis pas inquiète pour la Terre, je suis inquiète pour la vie sur Terre... Notre planète survivra. Je pense que nous provoquons des changements très rapides, plus que nous ne pouvons contrôler. Il est très difficile de maintenir le mode de vie actuel, même si nous trouvons d’autres sources d’énergie .( …) Nous sommes déconnectés de la nature. Nous ne pensons pas aux conséquences énormes de tout cela. Il y a des espèces qui n'ont peut-être plus nulle part où aller. Si nous détruisons leurs habitats, elles ne survivront pas. »
Joel Peter Witkin est né en 1939 à Brooklyn, New York. Il vit et travaille à Albuquerque, Nouveau Mexique
Joel Peter Witkin poursuit sa quête, quotidienne et obsessionnelle, d'une beauté différente, mise en scène, qui renvoie le spectateur à sa propre étrangeté.
Celles-ci sont des mises en scène soignées de portraits de personnes mêlées à des objets dans un assemblage baroque et hétéroclite. Les photos sont souvent retravaillées (griffures sur le négatif, traitements chimiques, maculage, etc.). Witkin crée une ambiance qui renforce l'aspect morbide des sujets et la poésie de la prise de vue.
Dans les notes manuscrites de Mme de Sallembier, nous retrouvons le récit d'une amusante anecdote; ici arrangée et retranscrite... Elle concerne Catulle Mendès, qui a été mariée avec Judith Gautier, et dont elle a divorcé en 1896… Mendès est un dandy aux nombreuses maîtresses...
Monsieur Mendès, écrit pour le plaisir de spirituels dialogues dans des vaudevilles qui enchantent ses amis, en particulier ceux qui jouent... Chaque année, en villégiature, tous attendent, de pouvoir assister à une représentation de sa nouvelle création, augmenté du grand plaisir d'y voir jouer des gens très convenables ; et tous s'amusent follement …
Cette année, Monsieur Mendès, revient de cette expérience avec une anecdote, qu'il réserve à ses plus intimes... C'est qu'il vient de changer de maîtresse … !
Comment cela … ?
Ce soir là, lors de la première lecture, la plupart des mondaines qui devaient jouer dans la pièce se déclarent enchantées de leurs rôles... Même si chacune, explique que ses couplets lui paraissent un peu vifs, ou que le costume imaginé, un peu léger... Madame de C. - au grand étonnement de tous, car la pruderie bien connue de cette veuve obstinée permettait de craindre des résistances, - accepte, sans trop se faire prier, le rôle d’une essayeuse chez le couturier en vogue.
Aussi, M. Mendès, en est-il très satisfait …
Dans la soirée, alors que chez lui, il achève de s’habiller pour le dîner... La porte s’ouvre et se referme très vite ; Mme de R. est là, le rose de la fâcherie aux joues, dans un remuement de jupes en colère. Il lui reproche son imprudence... Ici, en plein jour... !
La colère qui occupe sa maîtresse tient au rôle de l'Essayeuse, qu'il a donné à Madame de C.
Elle regrette déjà toutes les complaisances qu'elle a daigné pour lui... et que sa conscience lui reproche... Pourquoi, n'est-ce pas à elle-même qu'il a confié le meilleur rôle de sa revue … ?
Il se défend... Ce rôle ne serait pas digne d'elle... Une essayeuse... !
Alors, pourquoi était-elle au centre de l'intrigue... ? Pourquoi avait-il écrit de tels couplets... ?
Et, elle conclue : l’Essayeuse, ce devra être elle-même, ou bien il lui faudra perdre toute espérance de voir jamais se renouveler les faiblesses dont il est si peu reconnaissant... !
Cette menace l'émeut... Mme de R. est de celles, à qui, si leur conscience en effet s’alarme de quelques baisers, il est fort agréable de lui fournir des occasions de remords... Et cela faisait bien huit jours, qu'elle n'a pas eu lieu de se repentir ….
M. Mendès, tente de lui expliquer en quoi elle est bien cruelle... Les rôles sont distribués, acceptés... Bien sûr... Et cela était probable d'ailleurs : si Mme de C. avait refusé le rôle... !
Et, Mme de R. d'ajouter : « Et, si elle n’en voulait plus, à présent, vous me le donneriez ? »
- Bien sûr, avec empressement... Il promet ...
- Alors, dit-elle, j'ai trouvé un moyen, pour lui faire rendre le rôle !
« Je vais vous expliquer mon plan. Vous n’ignorez pas que Mme de C. est une petite personne excessivement vertueuse, presqu’austère ? A ce point que, l’hiver dernier, elle ne donnait que des bals blancs, pour ne pas être obligée de se décolleter. C’est là-dessus que nous allons fonder notre complot. Mais approchez-vous donc. J’ai à vous dire des choses tellement singulières, si hardies, que je ne saurais parler tout haut, et qu’il faut que votre oreille soit tout près de ma bouche. »
Vous allez vous rendre chez Mme de R., demander un entretien. Ayez un air de gravité...
Vous direz que vous être pris d'un scrupule... Que vous savez combien elle est jalouse d'offrir au monde l'exemple d'une irréprochable décence … Et, que votre devoir est de lui signaler le péril auquel elle s'expose ...
Bien sûr, elle dira que le personnage qu'elle a accepté de jouer n’a rien dont puisse s’alarmer la pudeur la plus délicate...
Alors vous lui parlerez du costume … Aussi peu convenable que possible ...
Et s'il s'agit d'une robe noire, col plat, manchettes plates... ? Vous ajouterez que vous avez oublié de lui dire qu'elle devra retirer ses manchettes, son corsage, et sa jupe aussi.
Ensuite, vous pourrez dire encore, que ce n'est pas dans le costume que se trouve le principal inconvénient.
- Vous vous rappelez la scène du second acte ?
S'il paraît ainsi spirituel et bienséant... C'est parce qu'elle ne connaît pas les indications de scène ! L’Essayeuse, dès l’arrivée du compère, se cache derrière un rideau avec le couturier, - le couturier, c’est vous, et vous êtres gêné … , et notez bien qu’elle n’a pas le temps de remettre son corsage ni sa jupe !
M. Mendès, répond que le rideau le cache …
- Vous direz qu'il faut que le public le voit … Je ne sais pas, moi... !
Vous ajoutez que vous devez profiter de l’obligation où elle s’est mise de ne pas pousser un cri, de ne pas proférer une parole, pour lui prendre la taille et lui baiser les mains... Et, lui caresser les épaules... Pour la serrer entre ses bras... la faire asseoir sur vos genoux... … !
M. Mendès, exprime son horreur d'en arriver là … Mais, elle continue …
- Vous savez bien... Vous lui dites, je ne sais pas, moi … que vous glisserez votre main sous sa jupe déjà si peu longue...
Ainsi, M. Mendès, raconte qu'il s'est rendu chez madame de C. pour la convaincre que sa pruderie ne pourrait supporter ce rôle ….
Sa visite fut longue....
Et, au retour chez lui, Me de R, l'attendait...
– Enfin, vous voilà ! dit-elle. Eh bien ?
– Eh bien ! je n’ai pas réussi. Elle garde le rôle.
– Comment ? malgré les changements que nous y avons faits ?
– Oui !
– Malgré la nécessité de se déshabiller devant tout le monde ?
– Oui !
– Malgré le jeu de scène derrière le rideau ?
– Oui !
– Elle veut bien qu’on lui prenne la taille, qu’on lui baise les mains ?
– Oui !
– Elle consent à se laisser toucher les épaules, à être serrée dans vos bras ?
– Oui !
– Et votre main ... sous la jupe retroussée ?
– Elle consent à tout ! »
– Tant pis ! s’écrie Mme de R., il y aura un scandale. Puisqu’elle ne veut pas le rendre, vous lui retirerez le rôle, sans prétexte, avec éclat !
– Oh non, vous exigez là plus que je ne saurais faire. Les choses, à présent, sont trop avancées.
– Trop avancées ?
Eh ! sans doute, dit M. Mendès avec un certain embarras, - nous avons répété !
Et, c'est ainsi, que Monsieur Mendès, a changé de maîtresse … !
Les Illustrations sont des reproductions du peintre Albert Guillaume (1873-1942)...
Texte: Sources: adapté de Catulle Mendès, - Le prix de la gloire ( Gil Blas)
Chrétien de Troyes (1165-1190), a écrit cinq romans dont le dernier est inachevé. Les quatre premiers sont liés à la relation courtoise. Chrétien n'apprécie pas trop les histoires scabreuses ( comme Tristan et Yseult), l'adultère, et les 'règles' de l'amour courtois qui écornent le mariage…
– Erec et Enide ( 1170) s’intéresse à la relation entre fin'amor et mariage. Peut-on être à la fois la dame et l'amie de son seigneur et maître ? Pourquoi l'amour que l'on dit courtois est-il incompatible avec le mariage ?
Un chevalier est ici jugé sur sa supériorité au combat, mais aussi sur la beauté de sa dame. Ici, ce qui est beau est bon…
Tout le monde reconnaît la beauté étonnante d'Enide, et c'est à elle que le roi Arthur donne le baiser promis à l'issue de la « chasse au blanc cerf ». Erec est fils de roi, il a des terres, ce qui justifie son mariage. Le récit ne fait que commencer …
On considère traditionnellement dans ce récit, deux parties, sur le modèle de nombreux romans : La première partie raconte une conquête facile, où l'individu cherche d'abord sa propre réalisation, et un bonheur individuel ; la seconde, souvent plus longue, dépasse l'individu et fait de lui une personne, membre à part entière de la société.
1ère partie – L'aventure commence à la cour d'Arthur, à Pâques, et Erec est d'abord défini comme chevalier de la Table Ronde. Il escorte la reine Guenièvre au cours de la chasse au cerf blanc. Cette chasse encadre l'épreuve de l'épervier qui consiste à déclarer une jeune femme la plus belle et à être prêt à défendre cette affirmation les armes à la main. ( Gauvain s'oppose en vain à cette tradition, source de conflit.)
Erec est insulté indirectement, puis directement, par le nain d'un chevalier... Il part à sa poursuite pour se venger, il parvient à un village. Erec loge chez un vavasseur, dont la fille l'éblouit. Il lui révèle que le chevalier vient réclamer l'épervier réservé à la plus belle dame. Erec demande au vavasseur une armure et la main de sa fille, pour pouvoir s'opposer au chevalier. Le lendemain, Erec défie et terrasse le chevalier, qui est envoyé à Arthur afin d'annoncer Erec et sa compagne. Pendant ce temps, Arthur, dont les gens ont capturé le cerf, est prié par la reine d'attendre le retour d'Erec avant de rendre les honneurs du cerf blanc à la plus belle dame.
Erec fait ainsi reconnaître la beauté d'Enide malgré sa pauvreté, comme elle sera reconnue, somptueusement vêtue par la reine, à la cour.
Cette première partie ne comprend pas le mariage, mais se termine avec les fêtes accueillant les jeunes gens au royaume du roi Lac C'est le triomphe de la jeune femme, reconnue première dame de la Cour (après la reine Guenièvre), et celui d'Érec, devenu enfin un vrai chevalier, pourvu d'une amie, et second Chevalier de la cour, après Gauvain, le "chevalier parfait"
La seconde partie commence avec le mariage, qui apparaît ici comme un obstacle à la chevalerie. En effet, sitôt mariés, les deux jeunes gens s'abandonnent au bonheur individuel ; Énide n'est plus la "dame" à conquérir et à mériter, mais la "femme", l'"amie", l'"amante" déjà acquise ; Érec s'endort dans la "récréance", c'est-à-dire l'oubli de ce pour quoi il est né : l'aventure, les armes, le combat. Et ses amis s'en désolent.
Erec reste ensuite un an auprès de sa femme, temps durant lequel il cesse de guerroyer, ce qui provoque des murmures sur son compte venant des autres chevaliers ; à cause de cela, Enide en vient à lui faire reproche de demeurer auprès d’elle. Ces plaintes décident Erec à partir seul avec son épouse en aventure, mais en interdisant à celle-ci de lui parler.
Les deux héros ont à prouver quelque chose: Erec semble avoir surtout été blessé par le fait que sa femme mette en doute ses qualités, et veut savoir si elle l'aime vraiment ; et Enide doit être témoin de ses prouesses pour se repentir de ses doutes
C'est le départ "à l'aventure" : Énide joue un rôle unique dans la littérature chevaleresque. Ni pucelle isolée à sauver, ni "dame" commandant les épreuves mais restant au château, elle accompagne Énide et chevauche devant lui, dans ses plus beaux atours.
Quatre épreuves s'enchaînent, puis cette partie médiane s'achève avec la rencontre de la Cour du Roi Arthur.
Mais Érec ne saurait demeurer à la cour : il n'est plus récréant, mais il n'est pas encore un chevalier parfait. Jusque là, il n'a fait que subir ses aventures et se retrouver lui-même. Il doit à présent aller plus loin.
Enide violera à plusieurs reprises l'ordre de ne pas parler à Erec, pour le sauver, d’abord de chevaliers bandits, ensuite d’un comte malhonnête qui la désirait pour lui ; Erec affrontera également deux géants. A la suite d’une autre péripétie, durant laquelle Enide repoussera les avances d’un autre comte pendant que le héros passera pour mort, le couple se réconcilie définitivement. Dans un ultime épisode, Erec vainc un chevalier condamné à combattre tous les visiteurs d’un jardin merveilleux à cause d’une promesse faite à sa femme
La "Joie de la Cour", dernière aventure que doit mener Erec fait aussi écho à sa propre histoire puisque la demoiselle qui retient le Chevalier vermeil dans son verger enchanté le coupe de la société, comme Erec s'en était coupé, volontairement, lui, en se retranchant dans sa chambre avec Enide. En "désenchantant" le verger par sa victoire sur le chevalier, il prouve que le chemin qu'il a parcouru a bien été formateur pour lui, et que la mesure dont il fait maintenant preuve, capable à la fois d'aimer et de combattre, le qualifie définitivement pour gouverner ses terres.
L'histoire se termine par le couronnement des deux héros, à Nantes après le décès du père d'Erec – par le Roi Arthur lui-même – et après qu'Erec, à travers neuf aventures savamment graduées, aura reconquis son titre de chevalier mis à mal par sa passion exclusive pour sa jeune femme.
Erec, s'abandonne donc aux séductions de la vie conjugale, et renonce à prendre part aux aventures chevaleresques… Il devient « récréant »… Est-il encore digne du nom de chevalier ?
Et, c'est Enide qui se sent bafouée … Erec, entre dans une grande colère. Il va décide t-il, apprendre à sa femme à se conduire selon son devoir, et en même temps prouver à la face du monde que sa valeur, son prix n'est en rien diminué par son mariage …
Enide doit être témoin de son abnégation, et constater qu’il n’a rien perdu de sa vertu guerrière ; donc elle doit l’accompagner dans son errance. Mais, accompagné d’elle, elle représente un danger perpétuel qui naît du fait que les chevaliers méchants voudront se débarrasser du mari pour prendre la femme. Chrétien explique dans Lancelot qu'il existe une coutume courtoise qui ne permet pas à un chevalier de violer une femme rencontrée sur son chemin, sauf si elle est accompagnée d'un autre chevalier, que le premier vainc au combat.. ! Erec impose à Enide le silence parce qu’il veut l’empêcher de jouer un rôle auxiliaire, lui interdire de lui être d’un quelconque secours. Elle, de son côté, enfreint cet interdit et par de nombreuses ruses tient à prouver son amour pour lui.
Erec et Enide, vont ainsi réaliser l'équilibre délicat entre passion amoureuse et respect conjugal. Ils rencontrent un autre couple, lors de l'aventure dite de « la joie de la cour »… Pour plaire à son amie, un chevalier, Mabonagrain, a promis d'obéir à tous ses commandements… Ainsi, ne quitte t-il plus un verger 'enchanté'… de plus, la dame arrange une sorte de piège pour tous les chevaliers qui passent par là, ils sont contraints de combattre Mabonagrain. S'ils perdent ( et, ils le sont toujours …) leurs têtes ornent sur des piques l'entrée du verger … !
La part du « merveilleux » est importante. Ici, plusieurs éléments, en plus du lieux même du château, de la forêt .. de la beauté des personnages … empruntent aux légendes :
– La Chasse du Blanc Cerf : au terme de laquelle celui qui a tué la bête doit donner un baiser à la plus belle jeune fille de l’assemblée et réticences de Gauvain
– Le cerf blanc : le cerf est très important dans la symbolique celtique. Les bêtes blanches, dans le folklore gallois, proviennent d’Annwn, qui est à la fois le pays des morts et celui des fées.
– Le combat pour l’épervier
– Les géants et le chevalier
– La « joie de la cour », et le jardin entouré d’une muraille d’air, et où en toute saison les arbres fleurissent et les fruits sont mûrs.
Théophile Gautier, le père de Julie, est l'auteur d'Avatar, de Jettatura et d'autres contes fantastiques ; il a entretenu des rapports avec les milieux spirites.
Honorine Huet (1840-1915) est l' institutrice de Judith, et sans-doute la maîtresse de Théophile Gautier; il parle d’Honorine en ces termes: : « Elle était affiliée à toutes sortes de sociétés singulières, à des êtres inspirés, qui fréquentaient chez les esprits, et ne voyaient que le monde invisible. »
Judith Gautier - 1885 - Sargent
Edmond de Goncourt, dans son Journal, dimanche 28 décembre 1873, note :
«Au convoi de François Hugo, nous sommes accostés, Flaubert et moi, à la sortie du Père-Lachaise, par Judith. Dans une fourrure de plumes, la fille de Théo est belle, d'une beauté étrange, presque effrayante. Son teint est d'une blancheur à peine rosée, sa bouche découpée comme une bouche de primitif sur l'ivoire de larges dents, ses traits purs et comme sommeillants, ses grands yeux, où des cils d'animal, des cils durs et semblables à de petites épingles noires, n'adoucissent pas d'une pénombre le regard, donnent à la léthargique créature l'indéfinissable et le mystérieux d'une femme-sphinx, d'une chair, d'une matière dans laquelle il n'y aurait pas de nerfs modernes. (…) Puis, afin que tout fût bizarre, excentrique, fantastique dans la rencontre, Judith s'excusa auprès de Flaubert de l'avoir manqué la veille: elle était sortie pour prendre sa leçon de magie - oui, pour prendre sa leçon de magie!»
(…) Quelques jours auparavant, le 4 décembre, Victor Hugo avait noté dans ses carnets: « Mme Mendès ( Julie est alors mariée à Catulle-Mendès) m'a amené son sorcier, qui n'est autre que l'abbé Constant, jadis mari de la belle Claude Vignon, aujourd'hui occupé de Kabbale sous le pseudonyme d'Éliphas Lévi, petit homme à barbe blanche. »
Eliphas Levi
Éliphas Lévi (1810-1875) - De 1857 à 1864, il tient boutique de magie 19, avenue du Maine. Il s'installe ensuite au 155, rue de Sèvres, d'où il ne bougera plus jusqu'à sa mort, le 31 mai 1875, des suites d'une maladie de cœur.
Le 29 juin 1874, il écrit à Judith cette lettre si tendrement fleurie où l'on voit qu'il s'inquiète de ses chagrins: « Que devient ma belle déesse antique? Que fait ma ravissante jeune amie? Son autel domestique est-il encore debout? a-t-il été brisé par la foudre? S'il était en marbre comme son cœur ou divisé par un trait de scie, s'il était en bois comme les arbres qui donnent les rosiers et les roses? oh la scie conjugale! je la connais... bref donnez-moi de vos nouvelles, je vous ai dit qu'autrefois j'avais peur de vous regarder c'est-à-dire de vous aimer. Maintenant le mal est fait; je vous ai regardée et vous m'oubliez! je ne vous dis pas que je voudrais en faire autant, mes souvenirs y perdraient trop: faites donc l'aumône de quelques lignes (je n'ose pas dire d'une visite) au vieux sorcier qui vous adore. Je baise respectueusement vos belles mains. »
Par Judith, Éliphas Lévi (1810-1875) connut Mendès, par Mendès connut Villiers de l'Isle-Adam, etc. De proche en proche, il étendait ainsi le cercle de ses relations mondaines, ce qui lui permettait de sélectionner ses élèves en sciences ésotériques, Mme Veuve Balzac, par exemple.
Durant l'été de 1869, Judith rencontra à Munich, Édouard Schuré (1841-1929), écrivain, philosophe et musicologue français, le jour même où elle fit la connaissance de Liszt, chez une amie très chère de Cosima von Bülow, la gracieuse comtesse Schleinitz, femme du ministre de la Maison royale de Prusse et célèbre salonnière allemande.
Richard Wagner in Bayreuth [de gauche à droite, au premier rang : Siegfried et Cosima Wagner, Amalie Materna, Richard Wagner. Derrière eux : Franz von Lenbach, Emile Scaria, Fr. Fischer, Fritz Brand, Herman Lévi. Puis Franz Liszt, Han Richter, Franz Betz, Albert Niemann, la comtesse Schleinitz ( assise), la comtesse Usedom et Paul Joukowsky / [reprod. photomécanique d'une peinture à l'huile de G. Papperitz] – 15 mars 1884 -Bnf-Gallica
Edouard Schuré, alors, lui loue une autre femme : la comtesse Keller, polonaise de grande allure, née Marie-Victoire de Risnitch, nièce d'Éveline Hanska ( l'épouse de Balzac) par sa mère Rzewuska... Il évoque son « esprit supérieur », et n'hésite pas à l'inscrire dans la valeureuse cohorte des Femmes Inspiratrices ; qui elle aussi serait en recherche du ''Grand-secret''. Elle est riche, et appartient au cercle des intimes de l'impératrice Eugénie....
<- La Comtesse De Keller (marquise de Saint Yves d'Alveydre) 1873 - (Alexandre_Cabanel)
Et précisément, à Paris en 1876, Alexandre Saint-Yves d'Alveydre (1842-1909) - théosophe et occultiste, fait sa connaissance ; c'est le tournant de sa vie... D'Alveydre est un rebelle, qui enfant déjà est contraint à la ''colonie pénitentiaire'' ; puis l'armée et l'école de médecine navale … A Jersey, il rencontre Victor-Hugo ; et en Angleterre, Sir Edward Bulwer Lytton, grand maître de la société rosicrucienne et auteur d'un livre ''Zanoni'' ( publié la première fois en 1842, Zanoni préfére perdre son immortalité, que de sacrifier son amour...) qui sous le couvert d'une histoire 'fantastique' raconte les différentes étapes d'un développement spirituel... Edward fut un écrivain favori de Mary Shelley...
Edward Bulwer Lytton, va publier en 1871, '' The Coming race'' où il met en scène la mystérieuse société secrète du '' Vril '', composée d'une race d'hommes souterraine qui disposent d'immenses pouvoirs psychiques d'origine divine et d'une connaissance approfondie des secrets de la nature d'où découle le suprême bonheur... ( A lire dans de prochains articles...)
Saint-Yves d’Alveydre, le théoricien de la Synarchie
En 1895, Alexandre Saint-Yves d'Alveydre perd son épouse; inconsolable, il quitte Paris ( pour Versailles..) , et ses relations... et se consacre dans la solitude à l’élaboration de "l’Archéomètre"...
Le Musée d'Orsay possède ce très beau portrait (1873) de la comtesse Keller, devenue plus tard, après son divorce, marquise de Saint-Yves d'Alveydre...
C'est Judith Gautier qui a introduit Joséphin de Péladan (1858-1918) au wagnérisme et à Bayreuth. Du fait de ses tenues excentriques, Cosima Wagner, ne voudra pas le recevoir...
En 1890, il fonde l'Ordre de la Rose-Croix du Temple et du Graal... En 1892, il lance une exposition d'art annuelle intitulée Le Salon de la Rose + Croix, qui englobe le mouvement symboliste, et touche des milliers de visiteurs...
Sâr Peladan 1892
Joséphin de Péladan publie le résumé des opéras de Wagner en français accompagné de ses notes dans un ouvrage intitulé Le Théâtre complet de Wagner en 1894. Il dédie cet ouvrage à Judith Gautier :
« Combien d'heures wagnériennes j'ai passées auprès de Vous en ce Pré des Oiseaux, nid de verdure et de pensée où vous accueillez vos amis, l'été !
Parmi ces heures très nobles, je veux en célébrer une. Il y a cinq ans de cela, j'habitais plutôt la mer de Bretagne que la terre de Bretagne, sur ce fin voilier le Mage (capitaine Poirel), qui a cassé son amarre une nuit et s'est brisé sur les cailloux, malgré les pentacles qui l'étoilaient, C'était un soir de Vaisseau Fantôme, nous avions dansé singulièrement au passage du Décollé; et à grand' peine, par un vent debout, nous avions jeté l'ancre à Dinard : tandis que mon ami Poirel, suffète de la Rose-Croix, mettait des béquilles à la nef des initiés, dans la nuit tempétueuse, je cherchai le Pré des Oiseaux : je parvins à la grève et non à la porte, et ce fut par la porte-fenêtre du salon que j'entrai couvert d'embrun, avec un coup de vent à éteindre tous les cierges de la piété espagnole.
C'était, pour qui connaît Votre glorieux esprit, la meilleure façon d'être le bienvenu : il y avait là Benedictus le maestro de Turandot et de la Sonate du Clair de Lune, et Fournier, l'auteur de Stratonice : on parlait de Wagner, je fis ma partie en ce quatuor d'enthousiasme ; mais quelles basses formidables l'océan pédalait ce soir-là, couvrant nos voix, faisant craquer les vitraux en leur liséré de plomb !
Soudain, vous vous levez disant, très grave : "Je vais chercher les reliques." Revenue avec une sorte de reliquaire, en effet; après avoir étendu une nappe blanche, vous exposiez à notre dévotion : des cheveux blancs, du pain séché et une liasse de lettres. Ces cheveux avaient couvert la tête sublime qui conçut la Tétralogie; ce morceau de pain, le maître l'avait porté à sa bouche, au banquet de Parsifal; ces lettres en français étaient toutes de la main qui écrivit Tristan.
A haute voix, dans une émotion incessée, je lus ces pages évocatrices de la plus belle réalité qu'une femme ait jamais rêvée; et ce fut là vraiment une belle nécromancie, une inoubliable nuit, car l'aube posait sa face livide aux fenêtres avant que nous fussions revenus de notre extase. Fille de Théophile Gautier, amie de Wagner, après ces honneurs, y a-t-il place pour louer Vos visions d'Orient : Dragon impérial et Conquête du Paradis, Vieux de la Montagne et Iskender? Tout pâlit devant Votre naissance et la tendresse de Wagner pour Vous, Oublieux des beaux loisirs de Saint-Enogat, de l'intellectuelle hospitalité, je ne commémore ici que cette insomnie wagnérienne où j'ai senti le frisson même déjà vibré à Bayreuth.
Que ce livre de prosélytisme soit pour Vous le souvenir de mon amitié et de ma gratitude. » Péladan
Judith est intéressée par la Rose + Croix Catholique du Sâr Péladan... Malgré les outrances de celui-ci, elle reçoit son initiation ésotérique, et écrit en 1900 le ''Livre de la Foi nouvelle'' publié anonymement, sorte de testament métaphysique …
Aussi, quand en ce début du siècle, j’imagine la rencontre entre la jeune Anne-Laure et Judith, qui a passé cinquante-cinq ans : la discussion pourrait être celle ci ( reprenant les termes de ce que Judith dit dans son livre...) :
- La gnose établit-elle que la matière, serait tournée vers le mal... Et, l’esprit vers le bien... ?
- Pourquoi, le Bien et le Mal … ? Effectivement, à la création, la nature se présente sous deux pôles, l'esprit et la matière, qui s'interpénètrent... Nous développons alors une image : celle de L'esprit, qui en descendant dans la matière, se ''sacrifie''... La bonne nouvelle, c'est que de ce sacrifice naît la conscience de l' homme.
- Justement, si par sa conscience l'humain se libère de la matière... en quoi a t-il besoin du Divin ?
- C'est vrai, l'homme peut par sa conscience et sa volonté obtenir la délivrance... Ce serait un peu, comme si en possession de la Pierre, tu aurais la possibilité d'en faire un diamant...
- Ce serait quoi, cette Pierre ?
- C'est ton âme … ! « la fine pointe de l’esprit... » Nous avons notre vie, pour arriver à parvenir à ce travail alchimique … Pour qu'au moment de la mort, notre âme autonome, puisse ainsi se dégager de la matière ...
Anne-Laure, qui a reçu une éducation catholique, demanderait alors, en insistant : - par notre seule volonté … ?
- Notre volonté, c'est vrai nous permet d'accéder à une Connaissance, à un savoir … mais les mystiques nous enseignent que le savoir n'est pas une possession, mais seulement le ticket d'entrée vers une contemplation d'un mystère. ..
Notre volonté nous permet plus ici d'accéder à une forme de patience, que d'une force ou d'un pouvoir...
- Cette patience, ce pourrait être de l'amour... ?
- Exactement... !
Finalement, Anne-Laure, dans le Livre de la foi nouvelle, trouve un écho aux grands romantiques allemands ; comme Schelling que lui a transmis sa tradition familiale...
Sources : de Agnès de Noblet : ''UN UNIVERS D'ARTISTES Autour de Théophile et de Judith Gautier'' - dictionnaire – L'Harmattan 2003
Anne-Laure évoque aussi Corisande de Gramont, comtesse de Brigode (1850-1935), mariée en 1871 au fils d'Annette, Gaston de Brigode ( 1850-1937). Elle est la sœur d'Alfred de Gramont (1856-1915)...
<- Famille de-Gramont, avec ici, Elisabeth de Clermont-Tonnerre et Louis-René de Gramont avec son père, Antoine XI-Agénor
Le père d'Alfred et Corisande, est donc Antoine Agénor de Gramont, qui alliait prestige et séduction... Ses aventures galantes l'ont porté vers la tragédienne Rachel, la marquise de Païva, et surtout Marie Duplessis, la '' Dame aux camélias '' d'Alexandre Dumas... En 1848, il a épousé Emma Mackinnon, d’une ancienne famille écossaise... Ils ont quatre enfants, dont Alfred ( le dernier) et Corisande ( l'ainée) qui épouse Gaston de Brigode ; Agénor (1851-1925), et Armand.
Alfred de Gramont est l'ami fidèle du duc d'Orléans – Philippe VIII, arrière petit-fils du roi Louis-Philippe – et contraint à l'exil par la loi de 1886... Il regrette l'état du parti royaliste, du à l'erreur boulangiste et accéléré par le Ralliement du pape, la tentative de coup d’état de Paul Déroulède ( 23 février 1899)... Il constate le rôle néfaste des militants de l'Action française ; regrette l'extrémisme le sectarisme, le goût de la violence et les provocations des militants du mouvement de l'athée Maurras...
Diane d'Andouins - la belle Corisande
La tradition de cette grande famille de Gramont, garde en mémoire Diane d'Andouins, la '' belle Corisande '' mariée à Philippe de Gramont, mère du premier duc de Gramont et amie de Montaigne. Elle a laissé une correspondance avec Henri IV, dont elle fut l'égérie pendant les huit années qui ont précédé son accession au trône... Le comte de Guiche, libertin de la cour du jeune Louis XIV, est son petit-fils...
Je reviens à Annette, baronne de Poilly (1831-1905), dont parlait souvent Élisabeth de Gramont : elle racontait que Barbey appelait la baronne de Poilly Sémiramis, « à cause de son charme oriental » : « Toujours belle, de cette beauté étrange et aphrodisiaque qui ensorcela tant de gens, elle recevait dans son hôtel, 34, rue du Colisée, - un petit hôtel tendu de peluche, de portières et d'étoffes chinoises - les jeunes hommes de lettres et les personnages brillants. La baronne de Poilly ressemblait à ces belles femmes opulentes, comme les peintres se sont plu à en décorer les plafonds des palais et des Opéras. Mais elle avait aussi un esprit cultivé, subtil, raffiné, et savait écouter… Barbey était le commensal attitré des dîners de la baronne, qui lui réservait toujours ses vins préférés : du bordeaux ancien et du vieux porto. Cet hôte de choix illuminait le salon du feu d'artifice de sa parole. ». ( source : Elisabeth de Gramont publie chez Grasset, une biographie sur le Connétable, 1946)
Chez la baronne, Anne-Laure pouvait rencontrer, outre Barbey d'Aurévilly ( le ''connétable'' est mort en 1889), Judith Gautier (1845-1917), la fille de Théophile, séparée de Catulle Mendès, et dernier grand amour de Wagner... C'est elle qui inspire à Wagner les « filles-fleurs » de Parsifal et près d'elle, il a écrit le troisième acte de Siegfried. Sa première rencontre avec Wagner date de juillet 1869. Judith Gautier lui enseigne les subtilités des mystiques orientaux. Elle est alors une spécialiste de la littérature et de la civilisation chinoise...
Judith Gautier, par John Singer Sargent,
Elle a refusé de devenir une princesse persane; et épouse le 17 avril 1866, Catulle Mendès.
Quand Anne-Laure de Sallembier fait connaissance de Judith Gautier, elle a trente de moins que la fille de Théophile Gautier qui fait déjà autorité. Elle a reçu plusieurs prix littéraires, et écrit ses souvenirs '' Le Collier des jours, '' ...
« La fille du poète est dédaigneuse et belle,
Elle hait nos cités et, loin du sol natal,
S'envole et va songer, ses rêves, beaux comme elle,
Ont l'étrange splendeur du rêve oriental. »
Judith Gautier participe à la création du jury du Prix Femina - Vie Heureuse. Elle sera élue à l'Académie Goncourt le 28 octobre 1910.
A cette même époque, elle continue de fournir un recueil de nouvelles, Le Paravent de Soie et d'or. Son ami Pierre Louÿs écrit, dans une annexe du Pré aux oiseaux, sa plus célèbre œuvre, Aphrodite. Judith fréquente Péladan ou encore Pierre Loti...
Dans la dernière époque de sa vie, Judith Gautier est accompagnée d'une jeune fille toute à sa dévotion, Suzanne Meyer-Zundell. C'est elle, qui racontait que Judith regrettait de ne pas avoir eu d'enfant de Wagner …
Muse du Parsifal de Wagner - elle a écrit sur Parsifal – Judith intéresse fortement Anne-Laure, qui va bénéficier d'une source d'informations importantes dans sa quête ...
Judith Gautier (1845-1917)
A Paris, Judith Gautier reçoit le dimanche, 30 rue de Washington, dans un appartement, sous les toits, au cinquième étage au cadre bohème, avec tentures et tapis et où traînent de précieux manuscrits de ses admirateurs, comme Wagner ou Victor Hugo... Judith a passé la cinquantaine, et, un portrait d’elle (de Sargent) rappelle sa beauté... Anne-Laure y croise Robert de Montesquiou, l'espagnol Carlos de Battle, Pierre Louÿs, Louis Bénédictus ( musicien, compositeurs accrédités par l'Ordre des Rose-Croix, et épris de Judith ), la duchesse Élisabeth de Clermont-Tonnerre ( c'est ainsi que femme mariée, Élisabeth de Gramont signe ses ouvrages …), et Joséphin de Péladan...
«Dans son appartement de la rue Washington, au décor exotique, parmi ses chats et ses chiens, Judith avait l'air d'une vieille impératrice byzantine ou chinoise, hiératique et taciturne, immobile et comme figée dans son embonpoint, que dissimulaient mal des soieries à ramages multicolores. Malgré tout, malgré ses airs de tireuse de cartes, on se rendait compte qu'elle avait été très belle. Son profil resté pur, son teint resté mat et ses yeux noirs faisaient encore une forte impression. ..» André Billy
L'été Judith Gautier, reçoit ses familiers à la villa du Pré des Oiseaux à Saint-Enogat ( en fait, Dinard) : une maison à deux étages un peu en retrait derrière les hautes demeures qui dominent la plage. Elle y passe tous les étés depuis 1877, puis ses dernières années jusqu'à sa mort le 26 décembre 1917.
A l'écoute des légendes celtes, elle étudie aussi l'occultisme...
Dans le cercle restreint de cette géographie politique, Anne-Laure rencontre, celle qui deviendra l'une de ses amies : Élisabeth de Gramont (1875-1954)
En effet, Albert de Mun, a pour cousine, Élisabeth de Gramont, duchesse de Clermont-Tonnerre. De plus, le frère d'Albert : Robert de Mun, a épousé le tante de la duchesse, Jeanne de Gramont.
Si Albert de Mun, joue le ''père la rigueur'', Élisabeth lui rappelle, qu'il ne fut pas toujours exemplaire, des études médiocres, puis après sa sortie de Saint-Cyr, il sert dans les cuirassiers en Algérie (1862-1867) ; il y mène dit-on joyeuse vie.... Lors de la guerre, il est capturé à Metz, et emmené en captivité à Aix-la-Chapelle avec son ami René de La Tour du Pin, rencontré sur le champ de bataille de Rezonville. Prisonniers sur parole, les deux hommes partagent le même désarroi devant la défaite...
A 26 ans, il épouse sa jolie cousine ( au troisième degré ) Mlle Simone d'Andlau... Son père était comte de Briouze, seigneur de Mesnil-Jean et de Sainte-Marie. Il avait conjoint à cet héritage celui de sa mère, héritière de la baronnie de Cuy, à l'âge de huit ans, toutes terres situées dans l'Orne....
Albert de Mun
Cependant, le couple n'hérite d'aucune terre, d'aucun château... Ils mènent une vie sage et bourgeoise... Albert de Mun, à la fin du siècle, se targue de l'élégance avec laquelle son épouse «vêtue d'une simple robe noire» et indifférente aux lorgnette des loges puisse aller s'asseoir au parterre de l'Opéra, ce que madame Verdurin n'aurait jamais imaginé.... !
Pourtant, depuis le second empire, on considère que les salons aristocratiques et même de la cour impériale, entretiennent une vie dissolue. C'est aussi en cela que voulait se distinguer le célèbre salon de Juliette Adam... Il était devenu l’un des principaux salons républicains de Paris et il a joué un rôle important dans la vie politique française. Au salon du boulevard Poissonnière se rencontraient hebdomadairement certains des plus importants hommes politiques républicains. L’hôte le plus influent fut sûrement Léon Gambetta, ami d’Edmond Adam, qui instaura aussi une relation très amicale avec Juliette Adam ; jusqu'à ce que Gambetta semblât montrer des signes de sympathie envers l’Allemagne de Bismarck... Ce fut l'un des éléments de la rupture entre le « tribun » et son ancienne « égérie ». Le ''mythe'' de Juliette Adam : '' la grande française'' n'a cessé de se développer...
Si Juliette Adam avait été très proche d’Émile Girardin(1802-1881)... ''La Revue des deux Mondes'', avait des sympathies orléanistes. Le Directeur de la revue est Ferdinand Brunetière (1849-1906). Antidreyfusard, mais non antisémite : il publie en 1886 une réfutation ferme de La France juive, de Drumont, il accuse, en 1898, les intellectuels dreyfusards de se dévoyer... Son amie Flore Singer - importante salonnière de Paris - dreyfusarde, tente à plusieurs reprises de lui faire changer de position...
Dans l'intimité des salons, et du cercle restreint de l'aristocratie ; parcourons le Paris mondain...
Si, Anne-Laure se dit l'amie d’Élisabeth de Gramont (1875-1954), Elisabeth est la fille d'Agénor et de sa première épouse, et la demi-sœur d' Armand de Gramont (1879-1962) duc de Guiche, ami de Marcel Proust (1871-1922), marié avec la fille d'Elisabeth de Caraman-Chimay Greffulhe qui règne sur le tout-Paris... D'ailleurs la duchesse publiera un livre en souvenir de son amitié avec Marcel Proust qu'elle a côtoyé jusqu'à la fin. Dans ses Mémoires, elle évoquera nombre de personnes qui inspirèrent Proust pour À la recherche du temps perdu.
acquise par la baronne de Poilly
Ainsi, Anne-Laure a connu la baronne de Poilly : Annette du Hallays-Coëtquen (1831-1905), une égérie du Second-Empire... A 14 ans le comte de Brigode l'avait demandée en mariage, qu'elle épousa trois ans plus tard... Elle devint vite veuve (1859), libre et sans frein d'aucune sorte … Elle s'investit dans son salon, au 50, avenue des Champs-Élysées...
Qui ne rêve de se rencontrer autour d'un foyer de vie et de beauté... ? Les plus habitués du salon, furent le docteur Albert Robin, le ''connétable '' Barbey d'Aurevilly, un jeune poète François Coppée, Edmond de Polignac, et Paul Bourget... Elle est une des meilleures amies de Judith Gautier ( la fille de Théophile). La belle se remarie avec le baron de Poilly (1860) qui décède deux plus tard...
chez la baronne de Poilly
On dit qu'elle aima l'amour sans fausse honte... Dame d'honneur de l'impératrice, on raconte qu'elle tenta de ''dégeler'' Louis II lors d'une fête aux Tuileries (1867), en vain … Dans son salon, on pouvait rencontrer les fameux docteurs Robin et Pozzi auréolés d'avoir connu bibliquement Sarah Bernhard (1844-1923), Guy de Maupassant en quête de documents vécus, et le jeune Paul Deschanel toujours admirablement bichonné et bourreau des cœurs et habitué des ruelles de la baronne de Poilly, de Mme Beer, de Mme de Loynes, de la comtesse Diane... et promis à devenir le président de la République tombé de son sleeping, errant pieds nus sur la voie ferrée du côté de Montargis...
Note : Affaire Dreyfus : Les intellectuels ont pris parti ; parmi les antidreyfusards se comptent Cézanne, Degas, Renoir, Lorrain, Valéry, Louÿs, Léautaud, Arthur Meyer, le propriétaire du Temps, Barrès, F. Brunetière, Lemaître, Coppée, et chez les femmes de lettres, Gyp alors fort en vogue à l'époque, Colette et Rachilde. Dans les rangs des dreyfusards, Zola bien sûr, mais aussi Anatole France, Lugné-Poe, Fénéon, Courteline, Monet, Tristan Bernard, Rostand, Martin du Gard, Jean Jaurès, Léon Blum...