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Bienvenue en 2015

Publié le par Perceval

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Quelques femmes croisées sur ce site en 2014...

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La femme affranchie ... 1896

Publié le par Perceval

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La "Gibson-girl" dessinnée par Charles Dana Gibson  

 

Love_in_a_Garden_Gibson.jpg"La femme affranchie, la femme égale de l'homme ne l'aimera plus, disent-ils, et l'homme, de son côté, ne se sentira aucune tendresse réelle, profonde, pour cet être nouveau, pour cette new woman, sorte d'androgyne hautaine, forte de sa liberté, de ce qu'elle nommera sa dignité ; pour cette créature à forme de femme toujours, avec son sexe éternel, mais dépouillée de son antique grâce de faiblesse (magie du sourire qui provoque, implore, boude, du regard dardé sur l'oeil du mâle en muet appel magnétique ou voilé d'attirant émoi, crainte, pudeur, humide enfin de joie naïve aux premiers aveux troublants du désir désiré, espéré).

Charles-dana-gibson-girl.jpgL'instruction de la femme, partout répandue peu à peu, s'élevant à la plus haute culture chez une élite de plus en plus nombreuse, les carrières jusqu'en ces derniers temps réservées au Masculin, ouvertes au Féminin qui déjà les entrouvre et qui s'apprête à s'y ruer pour une âpre concurrence, d'ailleurs pleine de menaces économiques ; la femme médecin, la femme avocat, la femme ingénieur, architecte, notaire, etc … Voyez-vous le pauvre Eros avec ses flèches parmi ce combat des sexes rivaux, ennemis pour l'argent, pour la clientèle, pour la célébrité, parmi ces diplômes, ces dossiers d'affaires, ces discussions techniques où l'homme, dans sa partenaire, aura l'illusion d'un autre homme devant lui, où la femme oubliera elle-même qu'elle est femme, ravie de ne plus le paraître ?"

 Source : L'avenir de l'amour, par Léopold Lacour. Article publié dans Gil Blas en octobre 1896

*****

Charles-dana-gibson-girl-2.jpgLa jeune fille française, élevée dans la protection vigilante de la famille, avait été avec soin préservée de l’éducation garçonnière et des brutalités de la science. Elle grandissait parmi les sourires et les joies, comme une fleur dans le soleil ; elle grandissait dans une poétique ignorance des mystères des choses [...]. Et cette paix candide de jeune fille, cette délicieuse floraison de pudiques désirs, ces élans d’idéale bonté qui plus tard font l’amour de l’épouse, le dévouement de la femme et le sacrifice de la mère, tout ce charme exquis, toute cette poésie [...], tout cela va disparaître !

On va supprimer la jeune fille [...]. On leur apprendra tout, même la rébellion contre la famille, même l’impureté. Elles n’auront même pas été vierges avant de devenir femmes...

Journal Le Gaulois, 25 novembre 1880.

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19030- Germaine Lechat, personnage d'Octave Mirbeau qui a profondément choqué certains hommes ...  



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Milena Jesenská, l'amie de Kafka. -2/2-

Publié le par Perceval

Le rapport de Kafka aux femmes était difficile. Les rapports sexuels n'étaient pour lui qu'un « résidu » de l'amour, peut-être même nuisibles à la pureté des relations, bien qu'il ne les refusait pas toujours...

Franz souhaite que Milena se sépare de son mari, mais elle n’est pas prête pour le divorce, malgré la passion qu’elle lui voue.Milena-Jesenska-3.jpg

Il est malheureux et les lettres s'espacent car; estime-t-il, « ces lettres en zigzag doivent cesser, Milena, elles nous rendent fous. » En fait, il est malade, toujours aussi angoissé et dans sa dernière lettre datée de juillet 1923, alors qu'il ne lui reste qu'à peine un an à vivre, il lui avoue qu'il « a trouvé à Müritz une aide prodigieuse en son genre, » qui s'appelle Dora Dymant, jeune Berlinoise de 19 ans qui l'accompagnera jusqu’à la fin le 3 juin 1924.

Milena Jesenská et Kafka ne se sont rencontrés que deux fois, toute leur relation est essentiellement épistolaire, d’une densité rare, d’une courte durée, et Franz, tuberculeux, meurt en 1924.

Dans le Narodni Listy du 7 juin 1924, Milena lui rend hommage dans un article d'un acuité extraordinaire où elle le peint comme un homme « timide, inquiet, doux et bon, mais les livres qu’il a écrits sont cruels et douloureux, » le présentant comme celui qui « a écrit les livres les plus importants de la jeune littérature allemande, » des livres ajoute-t-elle « pleins de l’ironie sèche et de la vision sensible d’un homme qui voyait le monde si clairement qu’il ne pouvait pas le supporter et qu’il lui fallait mourir s’il ne voulait pas faire de concessions comme les autres… »

Milena traduira en Tchèque plusieurs des nouvelles de Kafka :« La contemplation », « Le chauffeur » (premier chapitre du roman inachevé L’Amérique), « Le verdict » et « La métamorphose ». Par la suite, elle traduira des auteurs germanophones (Henrich Mann, Franz Werfel) mais aussi français (Jules Laforgue, Guillaume Apollinaire, Romain Rolland...)

Milena-Jesenska-5.jpgMilena se sépare finalement de son mari et s'installe à Dresde, puis de nouveau à Prague avec son nouvel amant, le comte Xavier Schaffgotsch. Milena est devenu la rédactrice en chef d'un important journal de Prague, elle écrit sur la mode et la décoration intérieure, et édite une série de livres pour enfants. En 1927 Milena rencontre et épouse un architecte du Bauhaus, Jaromír Krejcar. Elle semble alors plus heureuse qu'elle ne l'a jamais été.

De ce second mariage, elle a une fille, puis tombe malade et devient dépendante de la morphine.

Dans les années 1930 Miléna Jesenská est attirée par le communisme, mais finalement rejette cette idéologie quand elle prend conscience des excès du stalinisme. En Octobre 1934, son deuxième mariage ne tient plus... Dans un élan d'idéalisme, Jaromír déménage pour l'Union soviétique. Quand il revient, Milena a un nouvel amant; et lui, souhaite épouser une interprète lettone qu'il a rencontré lors de sa visite à l'Union soviétique.

Après l’entrée des troupes allemandes à Prague en mars 1939, Milena s’engage dans la résistance, au sein d’une organisation visant à aider ses concitoyens à fuir en Pologne... Jusqu'à ce qu'elle soit arrêtée par la Gestapo.

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1929 Milena avec sa fille Honza Krejcarová

Elle a la bonne idée de confier à son ami Max Brod toutes les lettres de Kafka avant d’être arrêtée. Mais inversement, toutes ses propres lettres à Kafka n’ont hélas jamais été retrouvées. Kafka avait lui-même confié son testament à Max Brod en lui demandant de détruire tous ses manuscrits après sa mort, Brod avait heureusement pour nous, lecteurs, désobéi à son ami.

Milena est arrêtée par la Gestapo en novembre 1939 et déportée au camp de concentration de Ravensbrück. Elle y rencontré Margarete Buber-Neumann, qui est aussi journaliste et ancienne communiste, et elles devinrent très liées. Elles se promettent d'écrire un livre ensemble quand elles seront sorties, et si une seule survit, elle aurait à rendre témoignage à l'autre. Milena meurt le 17 mai 1944 à l'âge de 47 ans. Margarete tient sa promesse... ,

En 1995 Miléna Jesenská est honorée à Yad Vashem, à Jérusalem comme l'une des "Justes parmi les Nations" pour ses efforts à sauver les Juifs des nazis.  

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C'est une fille !

Publié le par Perceval

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Milena Jesenská, l'amie de Kafka. -1/2-

Publié le par Perceval

Milena Jesenská (1896-1944), écrivaine et journaliste, est connue, aussi, pour avoir été l'amie de Franz Kafka. Fille d'un professeur d'université praguois et stomatologue de renom, Milena perd sa mère à l'âge de 16 ans et grandit sans grande contrainte... Elle devient une jeune fille rebelle, intrépide, n’hésitant pas à traverser la Moldau à la nage pour retrouver un petit copain...Milena-Jesenska-4.jpg

Lors d'une promenade à travers Prague, elle rencontre Max Brod et Franz Werfel au Café Arco. Elles fréquente assidûment le quartier juif-allemand de la ville, où elle rencontre l'élite artistique de l'époque.

Sur la volonté de son père, elle entame des études de médecine, qu'elle abandonne bientôt.

Ernst-Pollak.jpgElle rencontre Ernst Pollak, alors qu'elle a environ 20 ans , et tombe éperdument amoureuse de lui, même s'il a dix ans de plus qu'elle. Son père est un antisémite enragé et désapprouve sa liaison avec E. Pollak, juif de langue allemande. Il va jusqu'à l'enfermer dans un hôpital psychiatrique pendant neuf mois, de Juin à Mars 1918. Elle réussit finalement à s'échapper et rompt définitivement avec sa famille.

Milena vit bientôt de sa plume, travaillant comme journaliste et traductrice.

Après sa 'libération', elle épouse Ernst et le couple s'installe à Vienne. Elle s'y sent seule et son mari la trompe... Le couple manque d’argent. Milena donne des leçons de tchèque, traduit, porte les bagages à la gare, sert comme dame de compagnie, rédige des articles… Elle publie finalement des articles et des éditoriaux dans certains des quotidiens et magazines les plus connus de Prague.kafka_franz.jpg

Milena écrit à Kafka qu’elle souhaite traduire en tchèque un texte qu'elle vient de lire « Der Heizer ». C’est le début de leur fameuse correspondance, la « joie secrète » de Milena.

Après trois mois d’échanges, leur rencontre ne se fait pas sans une préalable lutte intérieure chez Kafka. Il voudrait bien voir Milena, mais il redoute aussi la rencontre immédiate, physique. Kafka rompt ses fiançailles avec Julie Wohryzek.

Ils ne se ressemblent pas du tout : Ils font connaissance à Merano où Kafka fait une cure; elle a 24 ans, et lui 38. Il lui parle de ses problèmes, sa tuberculose, son hypocondrie, alors qu'elle est la vie même, une femme gaie et passionnée. Ces Lettres à Milena portent bien leur nom : elles sont à sens unique, seule Milena ayant conservé les courriers de Kafka.

C'est le coup de foudre, et une correspondance passionnée s’ensuit.

« J’ai besoin pour toi de ce temps et de mille fois plus que ce temps : de tout le temps qu’il peut y avoir au monde, celui de penser à toi, de respirer en toi, (…) de ce présent qui t’appartient. »

Milena-Jesenska.jpgDans son Journal, le 2 décembre 1921, Kafka semble littéralement frappé par la foudre : 

« Toujours Milena, ou peut-être pas Milena, mais un principe, une lumière dans les ténèbres. Elle est le ciel fourvoyé sur terre. »

Très vite, les lettres de Milena deviennent une drogue indispensable pour Kafka. Anxieux, Kafka ne cesse de déplorer son état de dépendance tout autant que la crainte du sevrage :

« Hier je t’ai conseillé de ne pas m’écrire chaque jour; je n’ai pas changé d’avis, ce serait très bon pour nous deux, et je te le conseille encore, et j’y insiste même encore plus; seulement, Milena, ne m’écoute pas, je t’en prie; écris-moi quand même tous les jours, tu n’as pas besoin d’en mettre bien long, tu peux faire bien plus bref que tes lettres d’aujourd’hui; deux lignes à peine, un seul mot, mais de ce mot je ne puis me passer sans une effroyable souffrance. »

En juillet 1920, ils se retrouvent à Vienne où ils passent quatre longs jours ensemble, « ton visage au-dessous du mien dans la forêt et ma tête qui repose sur ton sein presque nu… » Il hésite, s'imagine détruire ce miracle, cette harmonie s'il cède à la rencontre physique... Seconde rencontre à Gmundà la frontière autrichienne, « ce jour-là nous nous sommes parlé, nous nous sommes écoutés, souvent, longtemps, comme des étrangers. »

Après cette rencontre, il est à la fois lyrique et lucide : « Je ne sais ce que j’ai, je ne puis plus rien t’écrire de ce qui n’est pas ce qui nous concerne seuls, nous dans la cohue de ce monde. Tout ce qui est étranger à cela m'est étranger ». Il recherche la fusion : « ce n’est pas toi que j’aime, c’est bien plus, c’est mon existence : elle m’est donnée à travers toi » ; il doute : « tu veux toujours savoir, Milena, si je t’aime ; c’est une grave question à laquelle on ne saurait répondre dans une lettre. »

La relation amoureuse entre Franz et Milena reste essentiellement platonique. Elle traduit en tchèque plusieurs œuvres de l'écrivain, alors relativement méconnu. Leur amitié durera jusqu'à la mort de Kafka.

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Christine de Pisan (1364-1430) -2/2-

Publié le par Perceval

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Christine à la fontaine de clergie, Le Livre de mutacion de Fortune
« Si pry a Dieu qu’il leur vueille donner
La mort briefment; car leur vie m’anoye,
Pour ce qu’en dueil me font mes jours finer
Sanz vous veoir, ou est toute ma joye
Car ilz se vont entremettant
De moy gaitier nuit et jour, mais pourtant
Ne vous oubli, ce pouez vous savoir,
Pour le desir que j’ay de vous veoir. 
»
Extrait de Pour le désir que j’ay de vous veoir :

Christine est d’abord une poétesse. En effet, c’est le premier moyen de se faire remarquer en bien par les princes mécènes, car leur cour se plaît particulièrement aux jeux poétiques de la littérature courtoise. Pourtant ...

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Christine de Pizan écrivant et la déesse Minerve, Christine de Pizan , Le livre des faits d’armes et de chevalerie, 1434

En 1399 elle publie une Epître au dieu d’Amour. Christine y dénonce l’amour courtois qui n’était, selon elle, qu’hypocrisie. Les hommes, écrit-elle, aiment à séduire, puis à se vanter entre eux de leurs conquêtes et prouesses sexuelles.... En 1401, avec le Dit de la Rose, elle déclenche la fameuse Querelle du Roman de la Rose, en dénonçant la misogynie grossière de Jean de Meung. A la querelle se sont mêlés des personnages très sérieux, parmi lesquels le chancelier de l’Université de Paris, le théologien Jean Gerson.

 Dans ce contexte, elle rédige une œuvre surprenante : la première utopie féminine.

La Cité des Dames (1405) de Christine de Pisan, est un espace gouverné par les femmes, une citadelle inexpugnable, bâtie à l'abri des guerres et du chaos engendré par la domination des hommes.

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Christine de Pizan présentant ses Epîtres du Débat sur le Roman de la Rose à la reine Isabeau de Bavière

« Dans cet espace utopique, dans cet univers féminin, elle analyse le rôle du corps, la fonction qu'il a rempli jusqu'alors. Pour elle, considéré comme beau et sain, il échappe à son destin de tentation et de péché, de procréation et de souffrance. L'image positive du corps de la femme, éloignée de la maternité ou de la faute, suppose une surprenante avancée par rapport aux idées du moment, qui ne laisse pas de surprendre. » Clara Obligado

Un siècle plus tôt, le pape Honoré III clamait du haut de sa chaire : « Les femmes ne doivent pas parler parce que leurs lèvres portent les stigmates d'Eve, dont les paroles ont scellé le destin des hommes ».

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Christine de Pisan offre son livre à Marguerite de Bourgogne

En 1418, au moment de la terreur bourguignonne, Christine trouve refuge dans un monastère. La victoire de Jeanne d’Arc à Orléans lui redonne l’espoir; elle rédige en son honneur le Ditié de la Pucelle en 1429. Elle sera le seul lettré contemporain qui ait salué par ses écrits l’épopée de Jeanne d’Arc. Elle a dû mourir peu de temps après.

 

« Et ainsi moi, Christine, un peu fatiguée par la longue écriture, mais me félicitant de la digne beauté de cette œuvre […] je me résolus d’en multiplier les copies de par le monde, quel qu’en fût le coût, afin qu’elle soit connue en différents endroits par les reines, les princesses et hautes dames, pour qu’elle reçoive les honneurs et louanges qu’elle mérite, et qu’elles la fassent connaître à d’autres femmes. Et lorsque sera réalisé ce projet auquel j’aspire - et qui est en bonne voie -, elle sera diffusée, répandue et publiée dans tous les pays du monde, bien qu’elle soit rédigée en langue française. Toutefois, parce que cette langue est plus connue que n’importe quelle autre dans l’univers, notre dite œuvre ne restera pas vaine pour autant, mais copiée en maints exemplaires, demeurera sans dépérir. Et ainsi les plus excellentes dames et femmes d’autorité, tant du présent que de l’avenir, pourront la voir et la lire, et prieront dieu pour leur servante Christine, regrettant qu’elle n’ait pas vécu en leur temps » (Le Livre des Trois Vertus.)

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Christine de Pisan (1364-1430) -1/2-

Publié le par Perceval

Christine-de-Pizan-ecrivant-1407.jpgChristine de Pisan naît en Italie en 1364, au sein d’une famille d’intellectuels. Son père est un médecin et un conférencier en astrologie à l’université de Bologne. Il est appelé à Paris, à la cour de Charles V, en 1368. C’est là que Christine reçoit une éducation de jeune fille noble, apprend la musique, le latin, la poésie, et lit des ouvrages de philosophie, d’histoire ou de religion.

Elle vit à la cour jusqu’à "l’âge où l’habitude veut que les filles prennent mari, même si j’étais encore très jeune". Des chevaliers, des nobles, de riches clercs demandent sa main, non pour sa "valeur", dit-elle, mais en raison de l’amitié que le roi avait pour son père. Thomas préféra à ces prétendants "un jeune écolier gradué, bien né de nobles parents picards et dont les vertus dépassaient les richesses". Etienne de Castel, vingt-quatre ans. Elle a quinze ans, lorsque « le corps baigné de musc, vêtue de soie et couronnée de fleurs », elle est mariée à Étienne de Castel, qui devient notaire et secrétaire du roi … L-Amant-approche-du-sanctuaire-de-la-Dame---Le-Roman-de-l.jpgChristine a bien de la chance... et connaît l'amour dès la première nuit, alors que rien ne laissait présager que cet homme, de dix ans son aîné, serait le mari idéal... Christine, elle-même, de son mari, explique que « nul ne le valait en bonté, en douceur, en loyauté et tendre amour » (5). Elle y songe encore dans la ballade Douce chose est que mariage : « La première nuit du mariage alors que j’avais très peur, je me rendis compte de sa grandeur car il ne fit rien qui puisse me faire mal, mais jusqu’à l’heure du lever, m’embrassa cent fois… »

Christine et Étienne s'aimèrent et eurent plusieurs enfants... Le 26 septembre 1380 s’ouvre une première fois la porte des infortunes, lorsque le roi Charles V meurt à l’âge de quarante-trois ans. Son père tombe vite en disgrâce... En 1389, année néfaste... Le père de Christine vient de mourir, ruiné et criblé de dettes, et son mari est emporté par la peste... !

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Christine de Pisan assise à côté d'un lutrin et tenant une ecritoire. Miniature.sur.velin.du.xve.siecle.

Christine se retrouve veuve, avec trois enfants, une mère et une nièce à charge. Elle choisit de ne pas se remarier...Et le sort lui réserve une nouvelle épreuve : la perte d'un fils...

Elle fait les sièges des tribunaux plus de treize ans pour régler la succession. Et là, « combien ne fallut-il pas attendre ! Que de paroles outrageantes ! Que de regards moqueurs ! Que de quolibets de la part de ceux qui avaient bien bu ! Et moi, j’étais souvent en butte à des propos inconvenants. Mais, comme j’avais peur que cela ne porte préjudice à ma cause, étant dans le dénuement, je laissais faire et dire. Je détournais la tête pour ne rien répondre, ou bien je faisais semblant de ne pas avoir entendu le grossier bouffon ». Christine est aussi la proie des calomnies : « Ne fut-il pas dit de moi et par toute la ville que j’aimais d’amour ? », alors qu’elle pleure toujours son « ami mort et le bon temps passé ».

Peu après la mort d’Étienne, Christine revient à « la voie qui lui était la plus plaisante et la plus naturelle : celle de la solitude »

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Christine de Pisan fait la lecture à des bourgeois

Elle se lance dans le « métier » de femme de lettres tout en s’évertuant à compléter son éducation et sa culture et à conserver ses relations à la cour. Elle a déjà rédigé une biographie du roi Charles V, des ballades ainsi que des ouvres allégoriques. Ce qui représente une véritable innovation, c'est sa façon de se positionner dans la vie en tant qu'intellectuelle.

Christine de Pizan laissera environ quatre cents poèmes en tout genre, ballades, rondeaux, virelais, complaintes. Elle écrit ces poèmes “d’amant et de dame” sur commande des particuliers, car elle entend vivre de sa plume. Elle compose de nombreuses pièces lyriques rassemblées dans Le Livre des Cent Ballades, dans lequel elle évoque son deuil et sa vie de femme à la cour. Grâce au succès de cette œuvre, elle obtient des commandes et le soutien de puissants.

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La Princesse Lépreuse

Publié le par Perceval

Deux siècles après la mort du Bouddha naquit dans une famille princière du Cachemire une merveilleuse enfant douée de toutes les grâces. En grandissant, elle ne cessait de provoquer dans son entourage des sentiments de joie et d'adoration.
Le destin prend de curieux chemins pour nous enseigner...
La princesse contracta une forme de lèpre particulièrement hideuse, et celle qui avait été l'objet de toutes les admirations devint un objet de répulsion.
En Orient les gens ne pleurent pas sur leur sort. Ils se battent.
Son espérance consistait à prier et retrouver sa beauté...

La jeune fille s'enfuit dans la forêt profonde avec le désir de mener une vie d'ascèse. Elle se mit à pratiquer le Bouddha de la Compassion et bientôt, jour et nuit, les animaux purent entendre murmurer le mantra secret qui s'échappait sans cesse des lèvres tuméfiées de la solitaire.   

Plusieurs années plus tard... Une nuit, un profond sommeil trompa sa vigilance. Dans son rêve un très beau jeune homme blanc s'approcha d'elle, posa sa main sur sa peau malade. Elle reconnut le Bouddha de la Compassion et sut qu'elle était guérie.


En se réveillant elle avait repris l'aspect d'une merveilleuse jeune fille de seize ans. Dès qu'elle récitait le mantra, le Bouddha était là. De manière très féminine, elle lui lança un jour:
 « Je t'ai prié de longues années dans cette forêt sauvage, sans te voir. Pourtant on dit que dès que l'on prononce le mantra tu es là. Pourquoi? »


L'être de lumière sourit avec douceur:
« Je n'ai jamais cessé d'être là, princesse, mais en vérité la force de tes obscurcissements était telle que tu ne pouvais me voir.

Ce n'est que lorsque tu as abandonné tout espoir personnel, tout désir de te protéger, de guérir, d'être belle, d'être différente, que j'ai pu être visible. Lorsque tu as lâché prise. La paix ne vient que dans l'abandon. Alors naît aussi le bonheur. »

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L'histoire de Psyché ( l'âme )

Publié le par Perceval

A propos de l'article précédent, je retiens l’histoire de Psyché, parce qu'elle enseigne comment l'âme se purifie ( se réalise) :

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L’âme pour les Grecs était une princesse de toute beauté, nommée Psyché (Psuké).

Psyché est l'une des trois filles d'un roi, si belle que tous les habitants du royaume l'adorent... Mais aussi, si belle que personne n’ose l’épouser ! Les foules se contentent de venir la contempler comme une œuvre d'art et de la vénérer comme une déesse. Vénus, jalouse de cette rivale et offensée par un tel sacrilège, Vénus - elle-même - en devient jalouse, au point de vouloir tramer sa perte.

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Elle envoie Cupidon avec comme mission de lui inspirer l'amour pour l'être le plus hideux de la terre. Mais tel est pris (épris?) qui croyait prendre... Cupidon tombe lui aussi sous le charme de Psyché.

Cupidon se confie à Apollon – déjà prié par le père de Psyché désespéré de voir que sa fille ne trouve pas d'époux – Apollon donne un oracle au roi qui lui prescrit d'exposer sa fille sur un rocher où viendra la chercher son futur époux, un monstrueux serpent volant. Là vêtue de noir, soumise, elle attend la venue du monstre mais c'est le souffle léger de Zéphyr qui l'emporte vers un palais mystérieux.

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Elle est la seule habitante de ce palais merveilleux où les portes sont ornées de pierres précieuses et où le dallage du sol est d'or pur. Jamais elle ne peut voir le maître de céans mais il lui rend visite toutes les nuits, et lui promet que leur bonheur durera toujours, à la condition qu'elle ne cherche pas à voir le visage de son amant.

Psyché s'ennuie et supplie son amant, de l'autoriser à recevoir ses sœurs. Et, les sœurs de Psyché la persuadent qu'elle est aimée d'un monstre, qui finira par la dévorer. Terrifiée à cette idée, une nuit, elle allume une lampe. Tandis qu'elle contemple avec ravissement la beauté de son amant, une goutte d'huile tombe sur lui. Il se réveille et s'enfuit, alors disparaît le palais enchanté.

Psyché se retrouve seule sur terre, - grâce à l'appui secret de Cupidon ( Eros), et surtout la ténacité de son amour - elle part à la recherche de Vénus, qui accepte de la rencontrer et l'accable de mille tourments, la retient comme esclave et lui impose quatre épreuves réputées impossibles. Mais à chaque fois quelqu'un sera là pour l'aider.

Ainsi, elle trie des graines mélangées de toutes espèces à l'aide de fourmis... Elle rapporte la laine d'or de moutons féroces grâce à un roseau qui lui indique le bon moment pour récupérer la laine prise aux branches du buisson près de la rivière … Elle puise l'eau inaccessible du Styx avec l'aide de l'aigle de Zeus. 

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Pour la dernière épreuve, Psyché doit se rendre aux enfers demander à Perséphone un précieux flacon contenant une eau de Jouvence...

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Persuadée de ne pas pouvoir y parvenir elle est sur le point de se jeter du haut d'une tour quand la tour se met à lui parler et lui indique la marche à suivre; il lui est recommandé de ne pas l'ouvrir et de ne pas partager le repas de Perséphone.

Normalement, nul mortel ne pouvait se rendre aux enfers sous peine d'être dévoré par son terrible gardien : Cerbère. Pour passer la porte des enfers sans dommage, Psyché donne au monstre un gâteau trempé dans du vin drogué qui l'endort.

Elle n'a pas oublié de prendre deux pièces de monnaie pour payer Charon à l'aller et au retour.

Mais au retour alors que tout s'est bien passé, Psyché est à nouveau perdue par sa curiosité; elle débouche le flacon, une fumée noire se répand et se dépose sur son visage qui devient hideux. En se regardant dans un miroir Psyché s'évanouit. Cependant, Cupidon ne l'oublie pas, il l'éveille d'une piqûre de ses flèches et lui rend sa beauté première.

Enfin, Zeus intervient et Vénus (Aphrodite) pardonne; Zeus accorde son pardon à Cupidon et convoque les dieux pour célébrer l'immortalité de Psyché et le mariage du couple. Les jeunes mariés auront une fille : Hêdonê en grec ou Volupté pour les Romains.

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La morale de l’histoire est que l’âme humaine ( déchue) doit devenir divine et qu’elle ne le peut qu’après des épreuves multiples et difficiles, grâce à l’Amour. La beauté de l’âme est ce qui mène à l’amour et l’âme ne peut survivre que grâce à l’amour.

Les néo-platoniciens y virent la promesse d'une renaissance, d'une vie future, d'un bonheur éternel.

Psyché est souvent représentée avec des ailes de papillon, car l'âme avait en effet le papillon pour symbole. Cette histoire est tirée du récit d'Apulée, (Métamorphoses IV-28 à VI-24), qui a fait connaître l'interprétation populaire de cette allégorie.

 


Les illustrations sont de Maurice Denis (1870-1943), artiste peintre nabi... Ces esquisses sont réalisées pour la décoration du salon de musique de l'hôtel du collectionneur Ivan Morosoff à Moscou...  Les peintures réalisées à la fin de 1907 sont conservées au Musée de l'Ermitage à Saint-Petersbourg.

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L'âme est un corps de femme

Publié le par Perceval

Il est clair que que dans la cité grecque, la femme est une éternelle mineure, et au contraire d'un esclave, ou d'un étranger ; elle ne pourra jamais accéder à la citoyenneté... Bref, la femme est d'une humanité inférieure à l'homme … !g_knucklebone_players.jpg

 « Ce sont les mâles seulement qui sont créés directement par les dieux et à qui l’âme est donnée. Ceux qui vivent avec droiture retournent vers les étoiles, mais pour ceux qui sont ‘lâches’ [ vivent des vies sans rectitude], on peut supposer avec raison qu’ils ont acquis la nature des femmes à la seconde génération. Cette régression peut continuer pendant des générations successives à moins qu’elle ne s’inverse. Dans cette situation, ce sont évidemment seulement les hommes qui sont des êtres humains complets et qui peuvent espérer l’accomplissement ultime ; ce qu’une femme peut espérer au mieux est de devenir homme » ( le Timée 90e, de Platon (né en -428, décédé en -347))

prostituc3a9e-grecque.jpg Pour Aristote (né vers 384 av. J.-C., décédé vers 322 av. J.-C.) , La raison de l’infériorité des femmes provient d’un défaut. « Les femmes ont un défaut par nature » parce qu’elles ne peuvent pas reproduire le sperme qui contient l’être humain tout entier. Quand un homme et une femme font l’amour, l’homme apporte la substance de l’être humain (c’est-à-dire, l’âme), la femme apporte seulement la nourriture (la matière).

Il est pour Aristote un principe fondamental que, des deux facteurs ou composants de chaque être humain, la forme est supérieure à la matière...

Ces deux oppositions: l'homme et la femme, l'âme (psychê) et le corps (sôma), reviennent de manière asymétriques et obsessionnelles chez les intellectuels helléniques . La femme est du côté de la matière et de la passivité. Ce principe de la dualité du corps et de l'âme, et de l'infériorité du corps et de l'autonomie de l'activité intellectuelle, est un absolu avec Platon : « le sôma (corps) est le sêma (tombeau) de la psychê ».

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Mais … paradoxe... !

Giulia Sissa (*) débusque les paradoxes de ce discours. Alors qu'ils ont démontré l'infériorité du féminin et sa complicité avec le corps qu'ils exècrent, les philosophes dotent l'activité intellectuelle d'un nom féminin « psychê » et d'une représentation à la morphologie indéniablement féminine, la charmante Psychê.delphes_pythie-themis_aigeus.jpg

Pour parler de l'activité intellectuelle avec laquelle ils prétendent se confondre après avoir échappé à la gangue de leur sôma, ils utilisent volontiers des métaphores anatomo-physiologiques féminines...

La maïeutique socratique utilise le langage de l'accouchement et de ses douleurs pour exprimer la difficulté inhérente au travail intellectuel.... Giulia Sissa constate que la connaissance la plus valorisée en pays grec, celle que communique Apollon à Delphes, passe par l'intermédiaire d'une femme instrumentalisée : la Pythie... Elle doit être pure, vierge dans tous les sens du mot, absente de toute souillure et d’idées fausses...

 


(*) Chercheuse en histoire, anthropologie et philosophie du monde ancien - Giulia SISSA, L'âme est un corps de femme, Paris, Editions Odile Jacob

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