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Le XVIIIe siècle : La femme et le libertin. - 12/. -

Publié le par Perceval

Le XVIIIe siècle : La femme et le libertin. - 12/. -

Sur le désir de connaître ce mystérieux ''sexe féminin'' le XVIIIe s. s'étale entre vision médicale ( mécaniste) et vision fantasmée... Ainsi exprimée par Félicité :

« Que Dieu vous garde, ma chère maîtresse [c’est Félicité qui parle], d’être jamais dans le cas de passer par la casserole de saint Côme ! Comme la plus belle femme cesse alors d’être l’image d’une divinité ! Quelle humiliation ! Quelle différence d’étaler ses charmes aux yeux d’un fouteur plein d’ivresse, ou bien à ceux d’un inanimé docteur, qui ne voit dans tout cela qu’une machine immonde, détraquée, qu’il s’agit de purifier et de réparer ! Quelle barbare nomenclature au lieu de ces jolis ou joyeux noms qui, dans le plaisir, sont prodigués aux attrayants objets de mille folies ! »

L’appareil génital féminin peut être comparé à un « gouffre aussi insatiable que Charibde ». Code de Cythère ou le Lit de justice d’Amour., de Jean-Pierre Moet (1746).. Le gouffre, la grotte : lieu souterrain, obscur, un piège aussi … !

« Je me dépêche d’arriver à la grotte charmante qui termine le labyrinthe. Quand on y est, il semble qu’on soit séparé de l’univers, on y marche sur les roses et on en est couronné. J’y vais souvent surtout quand le soleil se couche. L’attrait y mène, l’enchantement y retient, on y rêve… à ce qu’on veut » (Les Malheurs de l’inconstance,).

Nerciat réunit en l’effrénée Mme de Caverny la figure de l’hystérique, de la femme-gouffre et plus généralement de l’excès spécifiquement féminin très souvent illustré dans les romans libertins...

« Il faut être folle pour imaginer ce que tenta pour lors l’effrénée Mme de Caverny. D’une main, qui peut à peine seconder son dessein, elle saisit à la fois les deux boute-joies ; enjambe ; les enfourche ; et les présente accolés à l’orifice brûlant de sa spacieuse vulve. Tous deux y pénètrent et reconnaissent qu’elle peut fort bien les héberger. […] Les instruments de son bizarre caprice, malgré la gêne de l’attitude et leur inexpérience à pareil travail, s’en acquittèrent pourtant assez bien : elle tomba dans une crise indicible… les inonda tellement qu’ils ne s’aperçurent presque plus d’être deux ; et fit craindre, un moment, qu’elle n’eût trouvé tout de bon la mort dans ce monstrueux excès de libertinage. » Le Diable au corps de Nerciat

Qu'est-ce donc que ''le diable au corps'' ? C'est « Ce surcroît de possession m’exalte, me met hors de moi : je ne suis plus une simple femme, je suis une démoniaque en délire, dont Priape et Bacchus brassent le sang ; je sanglote ; je siffle comme un serpent ; je jure ; je mords ; je broie à grands coups de mon croupion convulsif les deux fouteurs, […]. » La marquise dans Le Diable au corps de Nerciat

La femme est souvent conçue, au XVIIIe siècle, comme très largement déterminée par son corps, et en particulier par son utérus, cause, entre autres maladies et dysfonctionnements du corps et de l’identité féminins, de l’hystérie.

Et l'homme ? Il y a risque que le sexe masculin soit rendu impuissant par l’appétit sans borne du sexe féminin...!

« Je ne souhaitais plus que la mort : j’avais perdu le pouvoir de jouir de la vie, l’anéantissement était le but de tous mes désirs. J’aurais voulu me cacher éternellement ce que j’avais été, je ne pouvais penser sans horreur à ce que j’étais. « Le voilà donc, disais-je au fond de mon coeur, le voilà cet infortuné père Saturnin cet homme si chéri des femmes, il n’est plus : un coup cruel vient de lui enlever la meilleure partie de lui-même : j’étais un héros, je ne suis plus qu’un... Meurs, malheureux, meurs, peux-tu survivre à cette perte, tu n’es plus qu’un eunuque ». Saturnin, dans Le Portier des Chartreux, atteint par la vérole...

La courtisane serait en toute lumière une: « Eve moderne dont la nature est de tromper. »

Et, la Margot de Fougeret de Monbron, en se faisant représenter en « Madeleine pénitente » par « tous les Apelles et barbouilleurs de Paris», illustre en elle cette ambivalence de la figure de Marie-Madeleine, à la fois voluptueuse ( jusqu'à être incarnée par le corps d’une courtisane) et pénitente.

Notes :

Les Malheurs de l'Inconstance de Claude-Joseph Dorat (1734-1780) est publié en 1772, et Les Liaisons Dangereuses le furent en 1782. Et, à quelques détails, les deux intrigues présentent d'évidentes similitudes.

Roman épistolaire : la narration se fait par lettres successives que les différents protagonistes s'envoient les uns aux autres mais seul le lecteur a une vue de l'ensemble de ces lettres...

Le Duc de ***, libertin cynique, éconduit par Madame de Syrcé, décide de se venger : « Je n'ai pu la déterminer en ma faveur, je veux la séduire par procuration ».

Il confie cette mission à son cousin, le Comte de Mirbelle, dont le cœur est déjà pris par une Anglaise, Lady Sidley. il le pousse dans les bras de la belle puis veux rendre public la liaison, et en causer la rupture … Et ; Madame de Syrcé et le Comte de Mirbelle vont se prendre au jeu, et tomber réellement amoureux l'un de l'autre...

Si Madame de Syrcé est mariée, la belle anglaise Lady Sidley a le coeur pris par le Comte de Mirbelle ; et les vilaines manoeuvres du Duc de *** vont peu à peu être mises à jour...

* Claude-Joseph Dorat (1734-1780). Né dans une famille de robe,et après avoir quitté l'armée, il se mit à fréquenter le monde des lettres, du théâtre et des femmes à la mode où il épuisa son patrimoine en dépenses pour ses plaisirs et pour l'impression de ses ouvrages.

Homme de théâtre, poète, il fut avant tout apprécié comme romancier. Estimé de son temps pour ses deux grands romans: Les Sacrifices de l'Amour (1771) et les Malheurs de l'inconstance (1772)... Amant de Fanny de Beauharnais ( féministe, écrivaine, salonnière ..;) , elle le secourut quand il fut ruiné...

 

A suivre …

Sources : De la représentation au mythe : l'ambiguïtée féminine dans le roman libertin du XVIIIe siècle par Morgane Guillemet

Le XVIIIe siècle : La femme et le libertin. - 12/. -

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Le XVIIIe siècle : La femme et le libertin. - 11/. -

Publié le par Perceval

Le XVIIIe siècle : La femme et le libertin. - 11/. -

Le désir féminin :

Pour le XVIIIe siècle, la femme est un être entièrement soumis à son corps.

Margot dans le roman de Fougeret de Monbron : « Nous n’existons plus que par les sens... l’âme, en ces délectables instants, est, en quelque manière, anéantie »

L’âme se trouve donc déspiritualisée et conçue comme on ne peut plus corporelle, alors que sa localisation « varie selon l’âge, le tempérament, les conjonctures, et de là naissent la différence des goûts, la diversité des inclinations, et celle des caractères » :

« Ainsi, la femme voluptueuse est celle dont l’âme occupe le bijou, et ne s’en écarte jamais. La femme galante, celle dont l’âme est tantôt dans le bijou, et tantôt dans les yeux. La femme tendre, celle dont l’âme est habituellement dans le coeur ; mais quelquefois aussi dans le bijou. La femme vertueuse, celle dont l’âme est tantôt dans la tête, tantôt dans le coeur ; mais jamais ailleurs. » Les Bijoux indiscrets de Diderot

La marquise de Merteuil fait le portrait de Cécile Volanges :

« Elle dénote, surtout, une faiblesse de caractère presque toujours incurable et qui s’oppose à tout ; de sorte que, tandis que nous nous occuperions à former cette petite fille pour l’intrigue, nous n’en ferions qu’une femme facile. Or, je ne connais rien de si plat que cette facilité de bêtise, qui se rend sans savoir ni comment ni pourquoi, uniquement parce qu’on l’attaque et qu’elle ne sait pas résister. Ces sortes de femmes ne sont absolument que des machines à plaisir. »

L’héroïne des Galanteries de Thérèse, roman né de la plume de Bret et/ou de Villaret en 1745, reconnaît : « Un plaisir que je n’avais ni prévu ni désiré vint s’emparer de mes sens ; mon coeur, habituellement susceptible des impressions de la volupté, succomba machinalement à la force insurmontable du penchant qui m’entraînait. »

Le narrateur de Lucette ou les Progrès du libertinage feint de déplorer que « s’il est bien difficile à un homme de triompher de ses désirs, il l’est bien davantage à ce sexe que tout sollicite à suivre la nature et les plaisirs ».

Mais, il faut nuancer... Parfois l’excès et la satiété peuvent affaiblir le plaisir … Il existe aussi le plaisir de la résistance, pour laisser place au désir

« En me privant de ces plaisirs, que peut-être on exagère, je me suis préservée de mille craintes, et j’ai mis à l’abri ma réputation, et d’ailleurs de quoi ne me dédommage pas la gloire d’être aujourd’hui la seule femme qui puisse se vanter d’avoir goûté mille fois les plaisirs d’une défaite, et de n’avoir jamais été vaincue !

J’aurais pu connaître de plus grandes jouissances ; mais elles eussent été plus courtes et moins variées ; j’aurais pu, d’ailleurs, perdre ma réputation, j’aurais été tourmentée par des craintes continuelles » Julie ou J'ai sauvé ma rose de Félicité de Choiseul-Meuse.

« […] je pouvais bien renoncer à la félicité suprême, lorsque j’avais la gloire de la résistance ; mais lorsqu’on est privé du triomphe, il faut au moins trouver le plaisir. » La comtesse Félicité de Choiseul-Meuse, femme de lettres française, a publié entre 1799 et 1824, des romans passionnels à connotation érotique. Julie est une demoiselle qui arrive à sa trentième année après s'être livrée à un certain libertinage, sans cesser d'être vierge dans l'acceptation physiologique du mot.

Illustrations de Jean Adrien Mercier pour Les Egarements de Julie  Conte Moral. de Perrin Jacques Antoine René  

A suivre …

Sources : De la représentation au mythe : l'ambiguïtée féminine dans le roman libertin du XVIIIe siècle par Morgane Guillemet

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Sylvain Sauvage, illustrateur littéraire. -2-

Publié le par Perceval

Sylvain Sauvage, illustrateur littéraire. -2-

 

 

Poésies Galantes - Florilèges de François Villon

Retif de la Bretonne -

 

 

 

 

Mes amours a vingt ans,

 

 

 

illustré par Sylvain Sauvage.

 

 

Le Bon Plaisir de Henri de Régnier illustré par Sylvain Sauvage (1929)
Le Bon Plaisir de Henri de Régnier illustré par Sylvain Sauvage (1929)
Le Bon Plaisir de Henri de Régnier illustré par Sylvain Sauvage (1929)

Le Bon Plaisir de Henri de Régnier illustré par Sylvain Sauvage (1929)

Henri de Régnier, né à Honfleur le 28 décembre 1864 et mort à Paris le 23 mai 1936, est un écrivain et poète français, proche du symbolisme.

Admirateur de Mallarmé, aux « mardis » duquel il assistait régulièrement dans sa jeunesse, il avait été d’abord influencé par Leconte de Lisle et surtout par José-Maria de Heredia dont il épousa, en 18951, l’une des filles, Marie, poète elle-même sous le pseudonyme de Gérard d'Houville. Ce mariage ne fut pas heureux : à partir de la fin de l'année 1897, Marie entretint une relation presque stable avec un de ses meilleurs amis, le poète et romancier Pierre Louÿs.

Le Bon plaisir (1902)

Antoine de Pocancy «  a bonne tournure et bon visage avec plus de sens que d'esprit ». Il brûle de faire figure à la cour et de jouer dans son siècle un rôle plus important que d'y être né.

En insistant sur les délices de l'amour, les infirmités de la chair, « les manières différentes de chacun » et le bon plaisir du Roi-Soleil, Henri de Reignier fait revivre toute une époque. Style garnd siècle, narration omnisciente et spirituelle suivie « d'éclaircissements tirés des Mémoires de M. de Collarceaux », savant agencement de motifs frivoles et de leurs conséquences parfois considérables ...

 

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Le XVIIIe siècle : La femme et le libertin. - 10/. -

Publié le par Perceval

Dans les romans du XVIIIe s, la place est grande aux boudoirs et cabinets secrets : le temps et l'espace seraient sexuellement saturés... ! De plus, il s'agit de voir sans être vu, d'entendre sans être entendu, de contempler l'acte érotique ou de favoriser l'acte amoureux ...

Sir Sydney, dans Félicia ou Mes fredaines, a aménagé sa maison dans le but de satisfaire à ses jouissances.

« […] La distribution était telle que chacun isolé dans le haut, pouvait néanmoins se rendre en bas chez tous les autres ou les recevoir chez soi sans qu’on s’en aperçût : je dirai bientôt comment cela se pratiquait. On s’était appliqué à favoriser dans ce délicieux séjour la liberté, le mystère et le plaisir, divinités bienfaisantes auxquelles il était consacré. »

Le soir de son arrivée chez Sir Sydney, Félicia se voit ainsi surprise par celui-ci alors qu’elle se croyait seule dans sa chambre, car comme il le lui explique, « le propriétaire de cette maison peut pénétrer secrètement dans les appartements de tous ceux qu’il reçoit » :

« Il y a sous tous ces appartements une espèce d’entresol ignoré, dont mon véritable logement fait partie, le reste est partagé en plusieurs petits réduits d’où l’on se rend à des espaces pratiqués dans l’épaisseur des murs : de là on peut entendre, au moyen de certains tubes de fer blanc, il en passe un à votre chevet. Ce tuyau, terminé par un pavillon sous lequel était le musicien, que j’avais placé moi-même, donne dans mon entresol et finit tout près de votre oreille, à la soupape que vous voyez. C’est ce qui vous a fait croire que vous étiez si près de l’instrument et de la voix.

[…] Derrière la glace, il y avait, creusée dans l’épaisseur du mur, une niche commode où l’on arrivait du bas ; je dirai bientôt comment. De ce poste l’on battait en ruine toute la chambre, moyennant des petits trous … »

Félicia obtient le droit, sans que personne n’en sache rien, redoublant et complexifiant ainsi les aménagements et les mécanismes, de se mettre « au fait par [ses] yeux, comment chaque homme pouvait ainsi se rendre de son appartement à ceux de toutes les femmes sans être vu ni rencontré »

« Des portes déguisées cachaient de petits enfoncements où était pratiquée une machine commode sur laquelle on se plaçait. Alors, la personne et le siège se trouvant à peu près en équilibre avec un poids de cent soixante livres qui se mouvait dans l’épaisseur du mur, on montait et redescendait sans peine à la faveur d’une corde perpendiculaire et fortement tendue ; Sydney n’avait que six pieds à monter pour voir tout ce qui se passait chez les femmes, par les trous des trumeaux dont j’ai parlé. La mécanique de tous ces suspensoirs était faite avec le plus grand soin. Les panneaux qui servaient d’issue s’ouvraient et se fermaient à coulisse et étaient de même parfaitement finis. »

Il s'agit de décrire un environnement qui détermine le corps et la conscience dans un même mouvement vers le désir et le plaisir, et donner ainsi « l’exemple et l’envie de faire l’amour », à l’image des jardins de Sir Sydney dont se souvient et se délecte Félicia, l’héroïne de Nerciat, en 1775 :

« J’allai m’égarer avec Sydney dans un labyrinthe touffu, au centre duquel était une fontaine rustiquement décorée et près de laquelle un lit de gazon offrait un théâtre commode aux ébats des amants. En approchant de ce réduit enchanté, on ne pouvait se défendre d’éprouver une vive émotion. Tous les sens à la fois y étaient flattés. Un filet de fil d’archal extrêmement délié renfermant un espace fort étendu tenait prisonniers une multitude d’oiseaux de toute espèce qui donnaient l’exemple et l’envie de faire l’amour. La fleur d’orange, le jasmin, le chèvrefeuille, prodigués avec l’apparence du désordre répandaient leurs parfums. Une eau limpide tombait à petit bruit dans un bassin qui servait d’abreuvoir aux musiciens emplumés. On marchait sur la fraise ; d’autres fruits attendaient, çà et là, l’honneur d’être cueillis par des mains amoureuses et de rafraîchir des palais desséchés par les feux du plaisir.

J’étais émerveillée ; l’incarnat du désir se répandait sur mon visage et n’échappait point au pénétrant Sydney… Notre bonheur n’eut pour témoins que les oiseaux jaloux et les feuilles qui les dérobaient aux rayons curieux de l’astre du jour. »

« Tous mes sens, j’en suis sûre, ont chez moi des fils qui aboutissent à la région du plaisir amoureux. Entends-je de la musique ? je désire ; vois-je un tableau galant ? mon sang s’agite ; touché-je une peau humaine, mâle ou femelle ? je suis en feu. L’odeur même d’une rose, d’un oeillet me fait pâmer de plaisir. Ai-je bu ? je suis dévorée. » Le Diable au corps de Nerciat

A suivre …

Sources : De la représentation au mythe : l'ambiguïtée féminine dans le roman libertin du XVIIIe siècle par Morgane Guillemet

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Le XVIIIe siècle : La femme et le libertin. - 9/. -

Publié le par Perceval

Le culte aux ''Mystères'' du corps féminin :

En l’honneur de certaines divinités et réservés aux seuls initiés....

Le narrateur de Point de lendemain remarque, en regardant la grotte du cabinet secret, que « le dieu du mystère [veille] à l’entrée » alors que « l’obscurité [règne] avec le silence dans ce nouveau sanctuaire ».

Lors du dépucelage, l'homme, par son phallus, est le sacrificateur... La femme est victime et déesse, Félicia porte ainsi machinalement la « main sur l’instrument de [son] martyre», et reste ''maîtresse de son martyre … Félicia se compare à la déesse :« Vénus naquit de l’écume des flots : moi, qui ressemble beaucoup à cette déesse par les charmes et les inclinations, je suis aussi née en plein océan, mais mes premiers instants ne furent point un triomphe » Félicia ou Mes Fredaines est un roman libertin français, écrit par André-Robert Andréa de Nerciat et publié pour la première fois en 1775

Dans Point de lendemain, c'est Madame de T*** - prêtresse - qui se montre tout particulièrement habile à ce jeu du Mystère et entraîne ainsi son jeune amant d’une nuit :

« Tout cela avait l’air d’une initiation. On me fit traverser un petit corridor obscur, en me conduisant par la main. Mon coeur palpitait comme celui d’un jeune prosélyte que l’on éprouve avant la célébration des grands mystères... »

Le Temple de l'Amour est présenté comme un '' temple de la mollesse '' : métaphore du corps féminin et espace propre à l’accueillir... La chambre à coucher de la marquise, dans le Diable au corps, est désignée comme « le temple de la mollesse et du libertinage »...

« Je fixai ma demeure dans un cabinet orné avec une extrême magnificence, et beaucoup de goût, quoique l’un semble toujours exclure l’autre. Tout y respirait la volupté ; les ornements, les meubles, l’odeur des parfums exquis qu’on y brûlait sans cesse, tout la retraçait aux yeux, tout la portait dans l’âme. Ce cabinet enfin aurait pu passer pour le temple de la mollesse, pour le vrai séjour des plaisirs » le cabinet de Zéïnis, dans Le Sopha.

L’abbé T*** des Lauriers ecclésiastiques pénètre, dans l’asile de la duchesse de **… qu’elle a aménagé à l’image de la mollesse féminine pour mieux inviter l’homme aux transports voluptueux :

« Nous entrâmes dans une pièce où tout invitait à la volupté et à la mollesse. […] Je ne voyais que sophas, que duchesses, que bergères, que chaises longues, avec un nombre infini de coussins ; les peintures les plus sensuelles ornaient ce réduit charmant. Enfin tout ne respirait que l’amour et le plaisir dans ce lieu dangereux. »

Madame de T***, « la reine de ce lieu », dans Point de lendemain, va se « jeter nonchalamment » sur son ''autel'' alors que son jeune amant tombe à ses pieds. Pour Madame de T*** ; l'autel est « un petit coussin de satin couleur de feu, mis au milieu, qui formait la pierre sur laquelle devait se consommer le sacrifice »

Rozette attend Thémidore, son sacrificateur :

« Rozette elle-même s’était placée sur l’autel ; ses mains étaient jointes sur sa tête, mais sans la presser ; ses yeux fermés ; sa bouche ouverte, comme pour demander quelque offrande. Une rougeur naturelle et fraîche couvrait ses joues ; le zéphyr avait caressé tout son extérieur ; une mousseline transparente couvrit la moitié de sa gorge, et l’autre moitié se montrait en négligé aux regards : d’un côté l’examen était permis, et de l’autre, sous l’air d’être défendu, il devenait plus piquant. Ses bras paraissaient avec tout leur embonpoint et leur blancheur. Ses jambes croisées dérobaient ce que j’aurais voulu envisager, mais fournissaient à l’imagination une belle prairie à s’égarer. Rozette dormait en disposition de se réveiller aisément et en position qui n’attendait que le plaisir. » ( l'autel de Rozette est fait de bois de myrte, un symbole de la déesse Vénus )

L’homme, également, fait du corps féminin et en particulier du sexe féminin à la fois le temple voué au culte de son propre sexe ( le dieu phallus) et la victime sacrifiée à ce culte.

« Le Dieu, suffisamment adoré, languissait après un autel. Il est si accommodant ! Ennemi du luxe, moins son temple a la vogue, plus sa niche est étroite, plus il y est mal à l’aise… plus alors il se croit honoré… C’est même pour cela que, souvent, abandonnant les vastes nefs, il a l’humble caprice de se confiner dans quelque obscure chapelle, dans quelque recoin de la sacristie. » Le Diable au corps de Nerciat

 

Notes :

Vivant Denon (1747-1825) est un graveur, écrivain, diplomate et administrateur français. Il est aussi connu comme égyptologue et ami de Bonaparte. "Point de lendemain" (1777) est l'histoire d'une femme qui trompe trois hommes : son mari, son amant, et un jeune homme qui tombe par malheur entre ses griffes, et ce pour que le mari ne découvre pas quel est son véritable amant. Histoire d'une d'initiation et de rêve restée sans lendemain. Ce récit est un petit chef-d’oeuvre de stratégies amoureuses et de pouvoir. Un récit non signé (seulement avec les initiales, M.D.G.O.D.R. pour Monsieur Denon, gentilhomme ordinaire du roi). Sans doute par pure discrétion d’un auteur qui n’a jamais caché que l’intrigue était authentique.

Louis Malle signe en 1958, avec Louise de Vilmorin, le scénario – les Amants - d’une adaptation libre de Point de lendemain.

 

Félida ou Mes fredaines (1775), est un roman de Nerciat , il concentre l'essence du romanesque libertin en un dosage subtil d'humour, d'évasion et d'élan passionnel.

C'est un vrai roman d'aventure, avec ses mystères, ses improbables coïncidences... Félicia est l'une des plus grandes courtisanes de la littérature du XVIIIe siècle.

Félicia n’hésite pas à poser tout clairement son opinion : « le parfait amour est une chimère. Il n’y a de réel que l’amitié, qui est de tous les temps, et le désir, qui est du moment ».

« C’était pour me procurer mille morts délicieuses qu’il ménageait avec art ce baume précieux qui donne la vie. Il en était quelquefois avare, jusque dans les moments où, ne supportant plus l’excessive ardeur de mes feux, je le priais de me prodiguer ce qui seul pouvait les éteindre ; je ne le trouvais disposé à mettre ainsi le comble à notre félicité que lorsque l’amortissement lui annonçait la fin prochaine de mes désirs ; alors l’ardeur des siens savait les faire renaître ; il me faisait goûter de nouveaux ravissements, dont j’aurais été privée, s’il eût partagé jusque-là tous mes plaisirs. Que les hommes aussi délicats sont rares ! »

A suivre …

Sources : De la représentation au mythe : l'ambiguïtée féminine dans le roman libertin du XVIIIe siècle par Morgane Guillemet

 

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Sylvain Sauvage, illustrateur littéraire. -1-

Publié le par Perceval

Sylvain Sauvage, illustrateur littéraire. -1-

Félix Roy, dit Sylvain Sauvage, vient d’une famille d’architectes, il est né à « Baume les messieurs » dans le Jura le 8 mai 1888 et mort à Paris en janvier 1948. Il est à la fois un illustrateur et technicien du livre français. Il passe par l’école des Beaux-Arts en architecture et se consacra principalement au dessin d’illustration et à la gravure.

Sa carrière commença véritablement pendant les années vingt et son travail fut particulièrement remarqué lors de l’exposition internationale des arts décoratif à Paris en 1925.

Il a été exposant du Salon des artistes décorateurs et directeur de l’ Ecole Estienne à partir de 1934 jusqu’à sa mort.

Il a illustré de nombreux ouvrages, où son travail excelle dans des scènes à l’érotisme léger, on remarquera que les femmes de Sylvain Sauvage sont peu farouches et toujours raffinées.

Il démarra dans des revues guerrières comme la Baïonette...

Revenu de la guerre, il se lance dans le livre illustré grâce à l’éditeur Kieffer, qui lui confie l’illustration de L’Ingénu de Voltaire en 1922. Il collabore avec Mornay, Jonquières et Crès, avant de prendre la décision de préserver son indépendance créatrice en devenant son propre éditeur en 1925.

Pour le bonheur des bibliophiles Il est un des acteurs de de la renaissance du livre illustré après la première Guerre mondiale (aux côtés de G. Barbier, A.-E. Marty et F.-L. Schmied).

S. Sauvage a illustré de nombreux ouvrages pour bibliophiles, parmi lesquels :

Les Chansons de Bilitis de Pierre Louÿs, La Leçon d’amour dans un parc et Les Nouvelles leçons d’amour dans un parc, de René Boylesve, et Candide de Voltaire… La pureté de son trait, rendue en eau-forte ou en gravure sur bois et associée à la technique du pochoir, ont fait de lui un des illustrateurs emblématiques du livre Art Déco. Il a également travaillé sous les pseudonymes de Jacques Tournebroche, d’après le personnage d’Anatole France (dont il a illustré l’œuvre vers le début de sa carrière) et d’Espérance.

 

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Le XVIIIe siècle : La femme et le libertin. - 8/. -

Publié le par Perceval

Le Tableau, l'image, le miroir :

« C’est pour que, répétant les attitudes en mille sens divers, elles multiplient à l’infini les mêmes jouissances aux yeux de ceux qui les goûtent sur cette ottomane. Aucune des parties de l’un ou l’autre corps ne peut être cachée par ce moyen : il faut que tout soit en vue ; ce sont autant de groupes rassemblés autour de ceux que l’amour enchaîne, autant d’imitateurs de leurs plaisirs, autant de tableaux délicieux, dont leur lubricité s’enivre et qui servent bientôt à la compléter elle-même. » Madame de Saint-Ange sur le jeu de miroirs dans La Philosophie dans le boudoir de Sade

Ursule, la paysanne pervertie, installe ainsi dans son boudoir des tableaux qui « peignent la passion [qu’elle veut] exciter, dans toutes les attitudes, graduées avec art par [elle]-même ».

« Ah ! qu’un graveur eût été nécessaire ici, pour transmettre à la postérité ce voluptueux et divin tableau ; mais la luxure couronnant trop vite nos acteurs, n’eût peut-être pas donné à l’artiste le temps de les saisir. Il n’est pas aisé à l’art qui n’a point de mouvement, de réaliser une action dont le mouvement fait toute l’âme […] » Histoire de Juliette, Sade

« C’était un grand salon orné de douze tableaux dont le sujet était les douze strophes de l’Ode à Priape, et la strophe était écrite au bas de chaque tableau.

[…] Pour avoir une idée juste du genre de ces peintures, nous prions le lecteur de lire l’ode, ou de la repasser, car qui ne la sait pas par coeur ? et de se représenter la richesse de l’imagination, et la beauté des sujets. » Le Petit-fils d’Hercule

« […] nous répétions avec le chevalier, les tableaux, les attitudes que nous trouvions dans ces livres : nos plaisirs, variés sur ceux que les autres avaient peints dans ces ouvrages, nous les rendaient toujours nouveaux. » (…) Loin de condamner des livres si utiles à l’humanité, les gens mariés devraient en nourrir leur esprit ; l’imagination les seconderait mieux ; souvent l’indécence d’une peinture ouvre des valvules, qui ne seraient jamais ouvertes sans l’impression de l’image. » Dulaurens, dans L’Histoire de Babet

Le lecteur se trouve dans une position d’effraction, de voyeur-spectateur, redoublée par la gravure qui accompagne la scène décrite dans le texte.

La Femme au miroir :

Javotte ne s’occupe toute la journée « qu’à [se] regarder dans les glaces, à raccommoder les boucles dérangées et à étudier la position de tête qui pourrait le mieux faire [son] accommodage et [ses] charmes». Paul Baret (1728-1795 ; Mademoiselle Javotte, ouvrage moral écrit par elle même et publié par une de ses amies, 1758)

Laure se regarde elle aussi « avec une complaisance satisfaite, un contentement singulier » :

« Je paraissais d’une blancheur éblouissante, mes petits tétons, si jeunes encore, s’élevaient sur mon sein comme deux demi-boules parfaitement rondes, relevées de deux petits boutons d’une couleur de chair rose ; un duvet clair ombrageait une jolie motte grasse et rebondie qui, faiblement entrouverte, laissait apercevoir un bout de clitoris semblable à celui d’une langue entre deux lèvres ; il appelait le plaisir et la volupté. Une taille fine et bien prise, un pied mignon surmonté d’une jambe déliée et d’une cuisse arrondie, des fesses dont les pommettes étaient légèrement colorées, des épaules, un cou, une chute de reins charmante et la fraîcheur d’Hébé. »

« Plus je me croyais bien, plus ils me trouvaient telle » disait Laure…

La marquise du Diable au corps ne s’y trompe pas, dans un moment voluptueux qu’elle partage avec « le fortuné Belamour », lorsqu’elle « s’accoude tout uniment sur la table de toilette en face du miroir ». Se pouvant admirer, elle invite ainsi son amant à admirer à son tour « les rondeurs encore inconnues que cette nouvelle situation lui fait observer » : « […] il a le surcroît de joie de voir, dans la glace, la physionomie enchanteresse de sa Dame, où se peignent, avec la plus vive expression, toutes les différentes nuances de la volupté ; les trésors de la gorge sont encore doublés par la glace, qui lui montre tout ce qu’il ne touche point. »

Thémidore observe discrètement à travers une porte vitrée une jeune femme qui attend pour voir son père et lui demander quelque grâce. Elle ne sait pas qu’elle est regardée :

« C’était une femme de vingt-six à vingt-huit ans […] ; elle était dans le sopha étendue négligemment, et dans ces attitudes que l’on croit indifférentes, qui le sont rarement, et qui n’ont pas été inventées par la modestie. Elle se considérait dans les glaces, et répétait devant elle les grâces avec lesquelles elle devait se présenter devant mon père. »

La coquetterie est ainsi promesse, à l’image de ces hommes qui espèrent selon la définition donnée par Mangogul dans sa classification de la femme : « La coquette, celle dont le bijou est muet, ou n’en est point écouté ; mais qui fait espérer à tous les hommes qui l’approchent, que son bijou parlera un jour, et qu’elle pourra ne pas faire la sourde oreille ».

 

Notes :

Les deux tableaux ci-dessus sont de Jean Frédéric Schall, 1780 - 1820

Les Bijoux indiscrets est un roman libertin publié anonymement par Denis Diderot en 1748.

Cette allégorie, qui est la première œuvre romanesque de Diderot, dépeint Louis XV sous les traits du sultan Mangogul du Congo qui reçoit du génie Cucufa un anneau magique qui possède le pouvoir de faire parler les '' bijoux '' des femmes... !

A suivre …

Sources : De la représentation au mythe : l'ambiguïtée féminine dans le roman libertin du XVIIIe siècle par Morgane Guillemet

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