Overblog Suivre ce blog
Administration Créer mon blog

Oriane de Guermantes / Greffulhe - Proust -

Publié le par Perceval

C'est l’histoire – racontée par Marcel Proust - d’un enfant amoureux de l’image qu’il se fait d’une duchesse. Jacques Emile Blanche (Français, 1861-1942) - Portrait deElle a des ancêtres hors du commun, son nom évoque l'histoire de France, jusqu'aux mérovingiens … Oriane de Guermantes entoure les lieux qu'elle fréquente d'un mystère féerique. Elle est une femme-fée.

Enfant, il a l’occasion de l’apercevoir dans l’église de Combray lors d'un mariage.

«  Et mes regards s’arrêtant à ses cheveux blonds, à ses yeux bleus, à l’attache de son cou et omettant les traits qui eussent pu me rappeler d’autres visages, je m’écriais devant ce croquis volontairement incomplet : « Qu’elle est belle ! Quelle noblesse ! Comme c’est bien une fière Guermantes, la descendante de Geneviève de Brabant, que j’ai devant moi ! » Et l’attention avec laquelle j’éclairais son visage l’isolait tellement, qu’aujourd’hui si je repense à cette cérémonie, il m’est impossible de revoir une seule des personnes qui y assistaient sauf elle et le suisse qui répondit affirmativement quand je lui demandai si cette dame était bien Mme de Guermantes. » (Swann ).

Comtesse-de-Greffulhe-by-Felix-Nadar--1886.jpg Marie Joséphine Anatole Louise Élisabeth de Riquet de Caraman-Chimay, comtesse Henry Greffulhe, immortalisée sous le nom de comtesse Greffulhe, est née le 11 juillet 1860 à Paris 7e et morte le 21 août 1952 à Lausanne.
Greffulhe--Comtesse-Henry--nee-comtesse-Elisabeth-de-Caram.jpg

Portrait peint en 1905 par Philip Alexius de Laszlo.

 

La comtesse Greffulhe est un des modèles de la duchesse de Guermantes dans A la Recherche du temps perdu de Marcel Proust. Elle est la cousine de Robert de Montesquiou.

 

Déterminé à la connaître, le narrateur de La Recherche, devient un mondain et espère être présenté à Oriane qui exerce son attrait sur le faubourg Saint-Germain.

La duchesse de Guermantes mène une vie mondaine brillante qui impressionne le narrateur de  plus en plus amoureux d’elle. Il va jusqu’à surveiller ses moindres déplacements, relever les heures de ses promenades quotidiennes afin de se retrouver sur son chemin et espérer un regard d’elle.

« Cette villa, cette baignoire, où Mme de Guermantes transvasait sa vie, ne me semblaient pas des lieux moins féeriques que ses appartements. Les noms de Guise, de Parme, de Guermantes–Bavière, différenciaient de toutes les autres les villégiatures où se rendait la duchesse, les fêtes quotidiennes que le sillage de sa voiture reliaient à son hôtel. S’ils me disaient qu’en ces villégiatures, en ces fêtes consistait successivement la vie de Mme de Guermantes, ils ne m’apportaient sur elle aucun éclaircissement. » (Guer)

Comtesse-Greffulhe--duchesse-de-Guermantes-.jpg La-comtesse-Greffulhe--1860---1952----nee-Elizabeth-de-Car.jpg
Comtesse Greffulhe Comtesse Greffulhe

Le narrateur devenu l’ami de Robert de Saint-Loup qui est le neveu de la duchesse, lui demande de parler de lui à sa tante.

« Vous êtes trop gentil. Mais justement, voilà : Mme de Guermantes ne se doute pas que je vous connais, n’est-ce pas ?

Je n’en sais rien ; je ne l’ai pas vue depuis l’été dernier puisque je ne suis pas venu en permission depuis qu’elle est rentrée.

C’est que je vais vous dire, on m’a assuré qu’elle me croit tout à fait idiot.

Cela, je ne le crois pas : Oriane n’est pas un aigle, mais elle n’est tout de même pas stupide.

Vous savez que je ne tiens pas du tout en général à ce que vous publiez les bons sentiments que vous avez pour moi, car je n’ai pas d’amour-propre. Aussi je regrette que vous ayez dit des choses aimables sur mon compte à vos amis (que nous allons rejoindre dans deux secondes). Mais pour Mme de Guermantes, si vous pouviez lui faire savoir, même avec un peu d’exagération, ce que vous pensez de moi, vous me feriez un grand plaisir. » (Guer)

Comtesse-Greffhule--one-model-for-the-Duchesse-de-Guermante.jpg
Comtesse Greffhule . Photo de Nadar (Rmn)

 

Un jour, enfin, lors d’une réception chez la Princesse de Villeparisis, Saint-Loup  présente le narrateur à la duchesse avec laquelle il peut enfin échanger quelques mots...

« Vous ne voulez pas que je vous donne une tasse de thé ou un peu de tarte, elle est très bonne, me dit Mme de Guermantes, désireuse d’avoir été aussi aimable que possible. Je fais les honneurs de cette maison comme si c’était la mienne, ajouta-t-elle sur un ton ironique qui donnait quelque chose d’un peu guttural à sa voix, comme si elle avait étouffé un rire rauque. » (Guer)

Paradoxalement, c’est à partir de ce moment que son attirance pour elle disparaît, à la grande satisfaction de sa mère qui jugeait son attitude ridicule.

« Sa  [duchesse de Guermantes] vue ne me causait plus aucun trouble. Un certain jour, m’imposant les mains sur le front (comme c’était son habitude quand elle avait peur de me faire de la peine), en me disant : « Ne continue pas tes sorties pour rencontrer Mme de Guermantes, tu es la fable de la maison. D’ailleurs, vois comme ta grand’mère est souffrante, tu as vraiment des choses plus sérieuses à faire que de te poster sur le chemin d’une femme qui se moque de toi », d’un seul coup, comme un hypnotiseur qui vous fait revenir du lointain pays où vous vous imaginiez être, et vous rouvre les yeux, ou comme le médecin qui, vous rappelant au sentiment du devoir et de la réalité, vous guérit d’un mal imaginaire dans lequel vous vous complaisiez, ma mère m’avait réveillé d’un trop long songe. » (Guer)

A l’inverse et curieusement, c’est à partir de ce moment-là également que la duchesse prête attention au narrateur.

« Pourquoi ne venez-vous jamais me voir ? me dit Mme de Guermantes quand Mme de Villeparisis se fut éloignée pour féliciter les artistes et remettre à la diva un bouquet de roses dont la main qui l’offrait faisait seule tout le prix, car il n’avait coûté que vingt francs. (C’était du reste son prix maximum quand on n’avait chanté qu’une fois. Celles qui prêtaient leur concours à toutes les matinées et soirées recevaient des roses peintes par la marquise.)C’est ennuyeux de ne jamais se voir que chez les autres. Puisque vous ne voulez pas dîner avec moi chez ma tante, pourquoi ne viendriez-vous pas dîner chez moi ? » (Guer)

 

Countess-Greffulhe--1883.jpg
Comtesse Greffulhe, 1883

Madame de Guermantes est une belle femme, grande, blonde aux yeux bleus. Spontanée et naturelle elle a un esprit brillant et impressionne son entourage par sa personnalité affirmée. Trompée depuis le premier jour par son mari qui collectionne les conquêtes, elle fait bonne figure auprès de son entourage qui ne réalise peut-être pas les avanies qu’elle doit subir.

Le Duc de Guermantes se montre dur envers sa femme et la trompe sans vergogne. Celle-ci accepte cette situation et parfois même demande à ce que sa concurrente lui soit présentée. Il lui arrive même de s’en faire une alliée.

« Mais ce cas était le plus rare; d’ailleurs, quand le jour de la présentation arrivait enfin (à un moment où elle était d’ordinaire déjà assez indifférente au duc, dont les actions, comme celles de tout le monde, étaient plus souvent commandées par les actions antérieures, dont le mobile premier n’existait plus) il se trouvait souvent que ç‘avait été Mme de Guermantes qui avait cherché à recevoir la maîtresse en qui elle espérait et avait si grand besoin de rencontrer, contre son terrible époux, une précieuse alliée. » (Guer)

 

Swann lui aussi est impressionné par la duchesse et rêve de pouvoir un jour lui présenter sa femme Odette et sa fille Gilberte.

Comtesse-Greffulhe-wearing-a-dress-by-Worth--taken-by-Feli.jpg
Comtesse Greffulhe (Félix Nadar), 1896

« Mais quand Swann dans ses heures de rêverie voyait Odette devenue sa femme, il se représentait invariablement le moment où il l’amènerait, elle et surtout sa fille, chez la princesse des Laumes, devenue bientôt la duchesse de Guermantes par la mort de son beau-père. Il ne désirait pas les présenter ailleurs, mais il s’attendrissait quand il inventait, en énonçant les mots eux-mêmes, tout ce que la duchesse dirait de lui àOdette, et Odette à Madame de Guermantes, la tendresse que celle-ci témoignerait àGilberte, la gâtant, le rendant fier de sa fille. » (JF)

Très intime avec Swann, elle lui fait cependant deux reproches majeurs, celui d’être dreyfusard et celui d’avoir épousé Odette et peut-être aussi celui d’être juif. Swann gravement malade et qui sait qu’il va mourir lui demande d’accepter qu’il lui présente sa femme et sa fille mais elle lui refuse ce dernier plaisir et explique au narrateur ses raisons.

« Mon Dieu, ça me fait une peine infinie qu’il soit malade, mais d’abord j’espère que ce n’est pas aussi grave que ça. Et puis enfin ce n’est tout de même pas une raison, parce que ce serait vraiment trop facile. Un écrivain sans talent n’aurait qu’à dire : « Votez pour moi à l’Académie parce que ma femme va mourir et que je veux lui donner cette dernière joie. » Il n’y aurait plus de salons si on était obligé de faire la connaissance de tous les mourants. Mon cocher pourrait me faire valoir : « Ma fille est très mal, faites-moi recevoir chez la princesse de Parme. » J’adore Charles, et cela me ferait beaucoup de chagrin de lui refuser, aussi est-ce pour cela que j’aime mieux éviter qu’il me le demande. » (SG)

 

Voir les commentaires

Du côté de Jacques Emile Blanche -2/2-

Publié le par Perceval

Marguerite-Saint-Marceaux-par-Jacques-Emile-Blanche.jpg
Marguerite Saint-Marceaux par Jacques Emile Blanche

Née Jourdain, mariée en seconde noces au sculpteur René de Saint-Marceaux, grande bourgeoise fortunée, Marguerite de Saint-Marceaux animait l'un des salons les plus courus de Paris dans la période 1879-1914. Elle est l'auteur d'un Journal de plus de mille pages … Elle aurait inspiré à Proust, parmi plusieurs modèles, le personnage de Mme Verdurin. Patronne des arts, elle se passionne pour la musique, qui est au cœur du salon de son hôtel du 100 boulevard Malesherbes, où se produisent Claude Debussy, Maurice Ravel , Gabriel Fauré … Si Proust, paradoxalement, n'aurait fréquenté que très peu ce salon, son ami Reynaldo Hahn en était un pilier.

 

Amie d'enfance de Blanche pendant leurs vacances à Dieppe, Rose Blanche, née Lemoinne, fille de John Lemoinne, directeur du Journal des débats et membre de l'Institut, épouse Jacques Emile Blanche le 30 octobre 1895. 

Jacques-Emile-Blanche-portrait-de-femme.jpg

«  Une âme allait opérer mon sauvetage » résumera Blanche, qui épousa, comme Gide, sa meilleure amie et confidente. Il réalise plusieurs portraits de Rose, qui est la cheville ouvrière de sa vie domestique et mondaine. 

 

Blanche rencontre Maurice Barrés chez Robert de Bonnières en 1885. Il est fasciné par l'auteur des Déracinés, alors une des figures majeures du paysage littéraire français. « Barrès aura été par ses ouvrages, rarement par sa présence effective, l'esprit animateur des premières années où mes amis écrivains se donnaient rendez-vous autour de mes chevalets » J E Blanche.

*****

J-E-Blanche---Barres-jeune.jpg Jacques-Emile-Blanche--Francais--1861-1942----Portrait-de-.jpg
J E Blanche - Barrès jeune Jacques Emile Blanche - Portrait de la Comtesse de Greffuhle, circa 1890

 

Voir aussi:

Le salon de marguerite de saint-marceaux: musique et discussions

Le salon de marguerite de saint-marceaux: musique et discussions

Le salon de Marguerite de Saint-Marceaux: Musique et discussions - Extraits de l’ouvrage : Le salon de Marguerite de Saint-Marceaux, musique et discussions à bâton…

Voir les commentaires

Du côté de Jacques Emile Blanche -1/2-

Publié le par Perceval

jacques_emile_blanche.jpg

« Jacques Blanche était tellement lui-même « du côté de chez Swann » que, sortant d'un chapitre du livre, je croyais entrer, rue du Docteur Blanche, dans une suite vivante de l'oeuvre, comme lorsque les acteurs quittent soudain la scène et courent en farandole à travers l'orchestre. » François Mauriac.

 

Le fils du Docteur Blanche, n'est pas un artiste maudit. Il serait plutôt qualifié d'artiste mondain …

Ce que Mauriac admire chez Jacques Emile Blanche (1861-1942), c'est le talent de

Etude-pour-le-portrait-de-Mauriac-copie-1.png
Travail d'étude pour un portrait de F Mauriac

« créer autour de lui une atmosphère qui fut celle de son époque et que ses toiles ont fixée. » Blanche est donc un témoin irremplaçable.

«  Rien ne peut faire que nous n'ayons recours à lui qui a fixé les visages illustres ou charmants de la fin du dernier siècle et de la première moitié de celui-ci, les visages, mais aussi les paysages, les plages, les jardins normands, les maisons que la guette a détruites. C'est un peintre qui a des souvenirs à faire revivre, une histoire à raconter. » F. Mauriac

 

Proust ( 1871-1922) écrit à Louis Robert «  Mon livre est un portrait ». Blanche, que Proust appelle dans l'intimité « mon peintre » ( lettre de Proust à JE Blanche 1892) n'est pas en peinture ce que ce dernier est en littérature, mais son œuvre a souvent les traits du tableau proustien...

Jacques-Emile-BLANCHE-Colette--1905.jpg
Jacques-Emile-BLANCHE - Colette, 1905

«  J. E. Blanche peint les roses bouffantes, ruchées, que madame Swann fixait à son corsage. » Colette, Comoedia 1942 ( article )

 

Le dimanche après-midi, cet homme curieux, comme on le surnomme reçoit dans son « atelier-salon d'Auteuil » au décor chinois, la crème des arts et des lettres, écrivains, musiciens, ge,s du monde. « On y entendait de la musique, où l'on se livrait à l'art bien français de la conversation ». N'oublions pas que Blanche a publié une trentaine d’ouvrages, romans, mémoires, essais …

Blanche est portraitiste par goût des autres. C'est en paigant son portrait que Blanche se lie avec Proust. Dans cet entre deux siècles, Blanche fréquente les mêmes salons que ses modèles : un soir chez les Baignères ou chez Mme Arman, un après-midi chez Mme Strauss, inspiratrice d'Oriane de Guermantes, ou chez Mme de Saint-Marceaux, modèle de Mme Verdurin, une matinée chez les Bonnières …

Expo-Salon-blanche.jpg
 

Proust et Blanche se retrouvent dans un de ces salons à l'époque du service militaire de Marcel, après avoir fait connaissance vers 1885 à Auteuil.

L'affaire Dreyfus, sépare les deux amis... Ils se retrouvent en 1913, au crépuscule de cette époque que leurs œuvres se sont attachées à comprendre et à transmettre. Blanche se souvient de la scène et : « d'une pélisse de fourrure enveloppant un spectre barbu qui se glissa parmi les stalles d'orchestre et vint s'asseoir près de moi. Dans l'entracte, il me joua une scène de jalousie, de reproches, mystères à la Montesquiou – lequel nous observait d'une loge. » J E Blanche 1923

 

« Il s’accroupissait aux pieds d'une belle dame, levait vers elle son charmant visage rasé de la veille, aussi galant et cérémonieux avec une Odette Swann, qu'avec une Oriane de Guermantes, ou qu'avec la tenancière d'un buen retiro des Champs-Élysées. » J E Blanche.

Ce tableau est exposé en 1893 au Champ-de-Mars. Proust a adoré ce portrait, qu'il transporta toute sa vie, d'un appartement à l'autre.

Expo_Blanche-8.jpg Expo_Blanche-7.jpg
Expo_Blanche-6.jpg Expo_Blanche-3.jpeg

Sources : Expo. Fondation Pierre Bergé

Voir aussi:

Jacques-emile blanche et désirée manfred

Jacques-Emile Blanche et Désirée Manfred

(...) aujourd’hui dans les plus prestigieux du monde ! (1) Ce patronyme très « byronien » a été choisi par la mère de Désirée… Sans doute s'appelait-elle…

Voir les commentaires

Les "apprentissages" de Colette -3/3-

Publié le par Perceval

Un jour, Willy conseille à Colette d’écrire ses souvenirs d’écolière: « Vous devriez jeter sur le papier des souvenirs de l’école primaire. N’ayez pas peur des détails piquants, je pourrai peut-être en tirer quelque chose… les fonds sont bas. » M App.

 colette-05l.jpg  Colette-Toby-Chien-Villa.jpg
   


Claudine à l’école paraît en 1900, signé du seul nom de Willy. Ce sera le plus gros succès littéraire de la Belle Époque. La comédienne Polaire, façonnée pour être la jumelle de Colette, interprète Claudine au théâtre.

 polaire_claudine_03_avec_willy.jpg  polaire-en-claudine_02.jpg
Polaire en Claudine avec Willy Polaire en Claudine

En 1905, la « séparation de corps » avec Willy est prononcée, et Colette rencontre Missy – de son vrai nom Mathilde de Morny. Cette dernière est le quatrième et dernier enfant du duc de Morny, demi-frère de Napoléon III. Alors que Willy s’affiche en ville au bras de la jeune Meg Villars, Colette trouve auprès de Missy le réconfort et l’appui nécessaire à la conquête de sa liberté.

Colette-et-Mathilde-de-Morny-au-Moulin-Rouge.jpg
Colette et Mathilde de Morny au Moulin Rouge

Elle est le «  compagnon fidèle et honnête, et tendre, qui m'a sauvée du désespoir, du suicide sans doute, ou peut-être, ce qui serait pis, de la triste vie des femmes entretenues. »

 

Elle semble s'affranchit de la morale. Elle joue la pantomime au music-hall. Ses tenues très dévêtues font fureur au théâtre Marigny, au Moulin-Rouge, au Bataclan… Et sa liaison avec sa partenaire Missy, fait scandale. Le scandale de Rêve d’Égypte sur la scène du Moulin-Rouge au cours duquel elle échange un long baiser avec Missy tandis que les armes des Morny trônent sur les affiches, lui octroie une publicité inespérée. Colette a bien retenu la leçon. Fin 1907, elle exhibe sur scène dans La Chair un sein nu qui lui vaut à nouveau de nombreux articles et caricatures.

En-1907-au-Moulin-Rouge--la-tapageuse-Colette-choque-l-opin.jpg
En 1907 au Moulin-Rouge, la tapageuse Colette choque l'opinion dans la pantomime Rêve d'Egypte...

 

Sa nouvelle carrière ne l’empêche pas de publier durant cette période des œuvres importantes : La Retraite sentimentale (1907), Les Vrilles de la vigne (1908) et La Vagabonde (1910) où s’exprime une voix nouvelle et originale que l’œuvre à venir prolongera. En 1910, le divorce entre Colette et Willy est officialisé.

 

Sources : en particulier Fréderic Maget, Présence de la littérature CNDP

Voir aussi:

Colette - julia kristeva -2- le pur et l'impur

Colette - julia kristeva -2- le pur et l'impur

colette - Julia Kristeva -2- Le pur et l'impur - « Un temps, Apollinaire qualifia colette de « perverse », mais il retira l’adjectif pour lui préférer celui d’espiègle (« une âme…
Colette - julia kristeva -1-

Colette - julia kristeva -1-

colette - Julia Kristeva -1- - Julia Kristeva exalte le « génie féminin » de colette : pourquoi ? Au-delà du plaisir de lire son écriture, colette a trouvé un langage pour…
Les "apprentissages" de colette -1/3-

Les "apprentissages" de colette -1/3-

Les "Apprentissages" de colette -1/3- - Je viens de relier, puis lire un ouvrage de colette (1873-1954): « Mes Apprentissages » (1936). Elle y raconte ses premières années de femme…

Voir les commentaires

Mes "apprentissages" de Colette -2/3-

Publié le par Perceval

En 1893, quand Gabriele devient madame Gauthier-Villars, elle est une jeune femme de vingt ans qui ne sait rien de la vie alors que Willy, qui en a trente-quatre, est un séducteur impénitent bien résolu à ne pas s'astreindre à la monogamie. Willy est un auteur à succès, qui fait rire la société de la Belle Epoque.

Colette-et-Pauline-Polaire.-Colette--a-gauche--et-Pauline-.png losques-daniel-thouroude-de-18-une-loge-celebre-colette-pol.jpg
Colette et Polaire. 
Colette (à gauche) et Pauline Polaire, c.1900s
Daniel-thouroude-de Losques(1880-1915): une-loge-celebre, Colette Polaire et Willy

« La jeunesse et l'ignorance aidant, j'avais bien commencé par la griserie – une coupable griserie, un affreux et impur élan d'adolescente. Elles sont nombreuses, les filles à peine nubiles qui rêvent d'être le spectacle, le jouet, le chef-d’œuvre libertin d'un homme mûr. C'est une laide envie, qu'elles expient en la contentant. » M App.

Pierre-Wolf--Polaire--C.-Mendes--Arthur-Meyer-.jpeg Publicite-pour-la-serie-des-Claudine---Vers-1903.JPG
  Publicité pour les "Claudine"

 Le couple s’installe à Paris, et fréquente les grands salons de madame Armand Caillavet, de madame de Saint-Marceaux ou de la princesse de Polignac. La beauté de la jeune madame Gauthier-Villars, sa vivacité d’esprit et… son fort accent bourguignon y font merveille. Dans le salon huppé de Mme Arman de Caillavet, elle rencontre Anatole France et le jeune Marcel Proust. Elle passe également dans les coulisses des théâtres légers et des music-halls, où elle se divertit en compagnie de Jean Lorrain et de Polaire et où elle croise la Belle Otero et Liane de Pougy.

concours1905-tableau-albert-guillaume.jpg En-Bombe-48.jpg
Albert Guillaume 1905 Willy et Madeleine Rassat (en sosie de Colette) dans "En Bombe"

Colette-Willy.pngSouffrance d’«une jeunesse vacante, d’une gaieté inhumée», à la proximité des jeunes Lorrain, Louÿs... Des camaraderies masculines qui auraient pu être parfois des amours évoquées en des portraits esquissés d’un geste net, rapide, délicat (Veber, Masson («mon premier ami, le premier ami de mon âge de femme» et grand mystificateur ...), Courteline, Mendes, le «gars» Lorrain), quelques plus rares relations féminines : «non que je me sentisse particulièrement misogyne, mais j'étais garçonnière, assurée dans la compagnie des hommes, et je redoutais la fréquentation des femmes comme j'eusse été hostile à un luxe qui demandait ensemble des ménagements et une certaine méfiance... »

 « De la première, de la seconde année de mon mariage, je conserve un souvenir net et fantastique, comme l’image que l’on rapporte du fond d’un rêve désordonné dont tous les détails, sous une incohérence apparente, contiennent des symboles clairs et funestes. Mais j’avais vingt et un ans et j’oubliais à chaque moment les symboles.

Les enchantements d’une réclusion volontaire ne sont pas que maléfices. Avant que l’épisode Kinceler ne me donnât la conscience du danger, le goût de durer et de me défendre, j’ai eu beaucoup de peine à accepter qu’il existât autant de différence entre l’état de fille et l’état de femme, entre la vie de la campagne et la vie à Paris, entre la présence — tout au moins l’illusion — du bonheur et son absence, entre l’amour et le laborieux, l’épuisant divertissement sensuel...

Colette-periode-2.jpg

J’avais des compensations. Je goûtais des loisirs longs et protégés comme ceux des prisonniers, et des repos d’infirme. (…)

J’avais des amis nouveaux, et point d’amie. La compagnie des hommes mûrs plaît aux filles jeunes, mais elle les attriste secrètement. Mon mari comptait quinze ans de plus que moi. Pierre Veber, témoin de M. Willy, avait rejoint après notre mariage les compagnons que méritaient, qu’exigeaient ses vingt-huit ans frais, sveltes, chuchoteurs, spirituels. Quand il venait rue Jacob, je respirais l’air qu’il agitait, son parfum d’homme jeune et soigné, je le regardais avec surprise, avec plaisir, et je ne pensais pas que j’aurais pu le convoiter. Cependant la calvitie de M. Willy miroitait sous la lampe, et non loin de lui Paul Masson, mélancolique commensal facétieux, tiraillait sa petite barbe pointue, qui grisonnait... Mon autre ami, Marcel Schwob, à trente ans n’avait de jeune que sa passion de toutes connaissances humaines, sa véhémence, son agressive lumière à éclats brusques...

Je ne m’ennuyais jamais avec mes compagnons dessaisonnés... » M. Appr.

( à suivre...)

 

Voir les commentaires

Les "Apprentissages" de Colette -1/3-

Publié le par Perceval

Mes-Apprentissages-livre-3.jpgJe viens de relier, puis lire un ouvrage de Colette (1873-1954): « Mes Apprentissages » (1936).  Elle y raconte ses premières années de femme mariée, et évoque des personnalités du milieu journalistique et du monde littéraire auxquels elle fut très tôt liée.

Elle établit un portrait à charge contre son mari: « M. Willy n'était pas énorme, nais bombé. Le puissant crâne, l'œil à fleur de front , un nez bref, sans arête dure, entre les joues basses, tous ses traits se ralliaient à la courbe. La bouche étroite, mignarde, agréable, sous les très fortes moustaches d'un blond-gris qu'il teignit longtemps, avait je ne sais quoi d'anglais dans le sourire. Quant au menton frappé d'une fossette, il valait mieux - faible, petit et même délicat - le cacher. Aussi M. Willy garda-t-il une sorte d'impériale élargie, puis une courte barbe. On a dit de lui qu’il ressemblait à Edouard VII. Pour rendre hommage à une vérité moins flatteuse, sinon moins auguste, je dirai qu'il ressemblait surtout à la reine Victoria. (..) Rondeurs, suavités, calvitie qui concentrait la  lumière et les regards, voix  et contours adoucis... » M App. ( pour Mes Apprentissages )

Colette.jpg

Lors de sa réception à l'Académie Royale Belge, elle dit «  Je suis devenue écrivain sans m'en apercevoir...Sortie d'une ombre anonyme, je m'étonnais que l'on m’appelât écrivain, et j'attribuais ces coïncidences renouvelées à un hasard complaisant. »

Un peu plus tard (1939) dans « Le Journal à rebours », elle écrit : « je sentais que j'étais justement faite pour ne pas écrire... »

Nous sommes en 1936, Colette ( Ne l'appelez pas Gabriele, elle dit ne plus se reconnaître à travers ce prénom ...) est reconnue. Henry Gauthier-Villars dit Willy (1859-1931) est mort depuis cinq ans.

      A propos de Willy, ce qui ressort, c'est la peur qu'il a inspiré : «  trois ou quatre femmes tremblent encore à son nom – trois ou quatre que je connais. Puisqu'il est mort, elles cessent peu à peu de trembler. Quand il était vivant, j'avoue qu'il y avait de quoi. » M App.

Willy installe une de ses maîtresses dans leur appartement parisien pendant qu'elle travaille aux Monts-Boucons dans le Doubs, et évoque sa « couardise », et sa peur... Elle abandonne ses droits sur le Claudine : «  Ce dessaisissement est bien le geste le plus inexcusable qu'ait obtenu de moi la peur, et je ne me le suis jamais pardonné. » M App.

Colette-en-1896--par-Jacques-Humbert.jpg
 Colette en 1896, par Jacques Humbert

Douleur de la tromperie, Lotte pour commencer, qui la fera rester 60 jours au lit … : « on comprendra que je m’attarde au souvenir de Lotte Kinceler. Cette jeune femme, qui eut une vie brève, m’apprit beaucoup. D’elle datent mes doutes sur l’homme à qui je m’étais fiée, et la fin de mon caractère de jeune fille, intransigeant, beau, absurde… »

 "Il faut comprendre aussi qu'un captif, animal ou homme, ne pense pas tout le temps à s'évader, en dépit des apparences, en dépit du va-et-vient derrière les barreaux, d'une certaine manière de lancer le regard très loin, à travers les murailles... Ce sont là des réflexes, imposés par l'habitude, par les dimensions de la geôle. Ouvrez la porte : presque toujours, au lieu du bond, de l'essor que vous attendez, la bête déconcertée s'immobilise, recule vers le fond de la cage."M App.

Tout lâcher n'est pas si commode : « nous autres filles de province, nous avions de la désertion conjugale, vers 1900, une idée énorme et peu maniable, encombrée de gendarmes, de malle bombée et de toilette épaisse, sans compter l’indicateur des chemins de fer…"

 

Voir les commentaires

Madeline von Foerster

Publié le par Perceval

Madeline von Foerster est née en 1973, de parents autrichiens et a grandi à San Francisco. Elle utilise l'iconographie historique, ainsi que les techniques de la peinture méticuleuse des maîtres anciens, et aborde sur fond de "cabinet de curiosité" des sujets modernes comme l'écologie...




Pour créer ses peintures insolites, Madeline von Foerster utilise la technique ( à l'oeuf ) vieille de cinq cents ans et mise au point par les maîtres flamands de la Renaissance.
Son style oscille entre le surréaliste et le trompe l'oeil. L'imagination, les détails de sa peinture, requiert de notre part à une observation lente ...
Son travail est exposé en Allemagne et aux États-Unis.

*****


 

madeline-von-foester-Selfportraittrepann.jpg
*****
madeline-von-foester-the_Red_Thread.jpg


*****

 

Voir les commentaires

Le fantasme de "La Femme", au XIXe

Publié le par Perceval

En cette seconde moitié du XIXe, l'art pompier a glorifié le corps féminin.

Seignac, L'abandon Draper--Les-portes-de-l-aube.jpg
Guillaume Seignac, (1870-1924) L'abandon Herbert James Draper (1863-1920)

Aujourd'hui, loin de la bataille romantique ( les quat'zarts raillaient les « casques de pompier » des guerriers des tableaux de David …), nous apprécions - avec humour aussi- la peinture officielle de 1848 à 1914. Il est d'ailleurs pas toujours facile de discerner l'Art pompier des courants qui l'environnent...

Bouguereau--La-naissance-de-Venus--1879.jpg
Bouguereau, La naissance de Vénus, 1879

Bouguereau ( 1825-1905 ) est-il pompier ? Bouguereau a fait de la représentation du corps féminin, son sujet de prédilection : ce thème le fait reconnaître mais il n'est pas épargné par la critique contemporaine … Degas (1834-1917) parle avec mépris de "bouguereauté". Huysmans (1848-1907) déclare que sa peinture " n’est même plus de la porcelaine, c’est du léché flasque!". Cet académisme est traité par les mouvements naturaliste puis impressionniste d'obsolète, faux, factice et illusionniste … !

Pourquoi bouder son plaisir d'admirer un corps dans des proportions canoniques, idéales... ? Ce jeu de courbes qui façonnent le corps n'est-il pas sensuel ?

Cet idéal féminin, irréaliste ( bien sûr) contribue cependant à transmettre une beauté au caractère serein, calme, même s'il est parfois solennel.

Ingres (1780-1867), pour représenter un idéal féminin stylisé, artificiel sans-doute ( peu importe …) n'hésite pas à transformer le corps ( la Grande odalisque ou à la Baigneuse Valpinçon ) à sa guise, pour que cela lui paraisse davantage « beau ».


Courbet (1819-1877), représente le corps ( qui le fascine tout autant...) tel qu'il le voit, sans artifice (est-ce si sûr .. ? ), ( cf, L’Origine du monde et La Source )

Edgar-Degas--1834-1917---Femme-au-bain--vers-1895.jpg Alfred-Kubin-2.jpg
Edgar Degas (1834-1917), Femme au bain, vers 1895 Alfred Kubin (1877-1959) Autrichien

Fin XIXe, une atmosphère puritaine régit par des règles morales strictes envahit l'esprit de la société. C'est en 1866,que sans alibi mythologique, sans décor bucolique, Courbet peint le tableau que seul un érotomane étranger peut commander et conserver et oser braver du regard : un sexe féminin. C'est un peu comme si en cette fin de siècle, on durcissait les règles pour se complaire un peu plus dans une décadence caractérisée par la peur, la honte et la destruction. Le sexe se veut alors profanateur d'une époque en voie de disparition...

Charles_Hermans_L-Aube_detail.jpgCourtisanes, prostituées ou maîtresses deviennent des « ferments » de la société : au travers elles, on vit, on écrit et se vivent désirs et craintes, défis et lassitudes, passions et amours.

Ce « crime » est neuf ( Huysmans l'annonce en 1891 dans À Rebours) , et quelques femmes dévoilent leurs talents de nouvelles affranchies sexuelles, elles guident alors les hommes à travers leurs fantasmes masculins, ou leurs « études »...

En effet, science et littérature se complaisent à définir l'identité féminine... "C'est de la femme que nous voulons qu'on nous parle" dit Barbey d’Aurevilly (1808-1889) .

Effectivement, la femme est sous l'observation de médecins, aliénistes, hygiénistes et hommes politiques... fascination et répulsion parcourent les compte-rendus... La névrose est moderne. Dès 1866 Charcot donne ses fameuses Leçons publiques où les corps de ses patientes paraissent sous l’oeil masculin à demi-nus, dans des pauses lascives souvent simulées. Cette nouvelle manière de les interroger permet à l’homme de trouver la place idéale entre le voyeur et l’observateur.

André Brouillet, 1887 détail

Mais …. Il semble que la femme refuse de révéler ses secrets : la voici Sphinx moderne (Charcot lui-même surnommera ses patientes ainsi).

Amusant... ? Non … ?

 

Les femmes du xixème siècle -1-

Les femmes du xixème siècle -1-

Les femmes du XIXème siècle -1- - Pierre Puvis de Chavannes. L'Eté. En 1873 Dire qu'une femme « heureuse » est une ménagère, qui n'a d'autres vrais soucis que ses…
Les femmes (dangereuses) du xixème -3-

Les femmes (dangereuses) du xixème -3-

Les femmes (dangereuses) du XIXème -3- - Vittorio Matteo Corcos 1896 Le fantasme ( masculin,…

Voir les commentaires

Les fleurs du mâle

Publié le par Perceval

La fin du XIXe et le début du XXe, est le siècle du fantasme de « La Femme » par excellence.

matahari 03
Mata-Hari 

 

 

Ce thème est à visiter avec les yeux du mâle ( et le pouvoir de sa prééminence ) et la complicité féminine de l'époque. Aujourd'hui, éloigné de l'oppression sociale du moment, nous regardons avec volupté cet érotisme ambiant... Il s'agit de s'amuser nous-mêmes de cette fascination.

 

 

La peinture, alors, magnifie la représentation du corps féminin, dans un décor oriental ( le narguilé), ou plus simplement grâce au miroir. La chevelure reste un atout, dénouée elle exprime le désir de séduire. Si l'on ajoute, le peignoir transparent, si prisé à l'époque, avec les cheveux qui descendent librement  jusqu'aux bas des reins, on s'approche de la licence. La peinture orientaliste, permet de faire du XIXe, le siècle du nu. La femme du harem – en odalisque - est sublimée, et peu importe de ce qu'il en est, à présent, de la réalité...

J Aug Dom Ingres Odalisque à l'esclave 

Evoquer « La Femme », comme idée générique renvoie, encore aujourd'hui, à Baudelaire.

baudelaire portraitL'idée de La Femme, tient une place particulière dans son œuvre. Il dit avoir « le goût précoce du monde féminin, mundi muliebris, de tout cet appareil ondoyant, scintillant et parfumé »

Jeanne Duval par Baudelaire. 27 février 1865
 Jeanne Duval par Baudelaire: 27 février 1865

Pour Baudelaire, toute femme est symbole, toute femme fait l’objet d’une idolâtrie, d’un culte. La Femme est diverse : belles passantes, mendiantes touchantes, négresses fascinantes ou courtisanes avilies, toutes ont imprégné sa vie....

Pourtant … ! Bien qu’objet de culte pour le poète, « la femme moderne » est pour lui méprisable. Elle est l’incarnation du démon, d’un être naturel, qui pousse l’homme à sa propre déchéance. Attraction, répulsion : la femme n'est plus qu’ « un vampire aux flancs gluants, docte aux voluptés » mais une « fée aux yeux de velours » à laquelle le poète voue une véritable adoration. ( les Fleurs du Mal »

Esta obra de F. von Stuck carlos schwabe Lesfemmes damnees
 Franz von Stuck  Carlos Schwabe: Les femmes damnees

Etre « essentiel » (1) pour Baudelaire, la Femme est la représentation d'un Autre impossible à atteindre... Bien sûr, cette représentation est totalement imaginaire, et pourtant Baudelaire, et d'autres avec lui tentent de lui prêter des visages ou des identités de femmes « réelles »...

Constantin Guys 3 Crépuscule du soir
 Constantin Guys (1802-1892) Théodore Van ELSEN (1896-1961)

Baudelaire, partage avec ce XIXéme siècle, cet à priori ( masculin) d'une féminité « naturelle », animale, soumise à ses passions ( l'Eve de la Chute..!).

La vie de débauche du quartier latin, et la fréquentation des filles de joie, plus particulièrement de la juive Sarah la louchette, mais surtout de Jeanne Duval aurait-il suffi pour le convaincre de qualifier la femme d'être démoniaque ? L'époque corsetée de ce XIXe siècle finissant, me paraît bien plus responsable... !

 

(1) d' »essentiel » à essentialisme, il n'y a qu'un pas : la femme serait différente de l'homme, par essence... La nature (féminine ou masculine) déterminerait non seulement la physiologie, mais toutes sortes d'aptitudes et de goûts personnels. ( débat, nature/culture)... Voir, aussi Ici : http://eve-adam.over-blog.com/pages/Cherchez_le_Feminin_-8216862.html

 

Voir aussi:

 

Les fleurs du mal.

Les fleurs du mal.

Publié le 21 août 1857 par La Gazette des tribunaux : Attendu que baudelaire, Poulet-Malassis et De Broise ont commis le délit d’outrage à la morale publique et…
Edouard manet peint la femme « moderne » -1-

Edouard manet peint la femme « moderne » -1-

 de l'art dont l'autre moitié est l'éternel et l'immuable" ("le Peintre de la vie moderne", baudelaire critique d'art, Folio, 1976, PP 354-5 …
La femme au xixème : entre "péché" et volupté…

La femme au XIXème : entre "péché" et volupté…

Ce modèle, Apollonie Sabatier fut la maîtresse de l'artiste et de Charles baudelaire parmi d'autres. …
Baudelaire: le dandy et la femme.

Baudelaire: le dandy et la femme.

Dans son essai Le Peintre de la Vie Moderne publié en feuilleton en 1863 qui passe pour l'acte de naissance de la modernité,…

Voir les commentaires

La beauté de la femme, au Moyen-âge

Publié le par Perceval

La Beauté dans la légende Arthurienne: La beauté de la femme.

Au Moyen-âge, l'idée est que le corps féminin est semblable à celui des hommes, mais les organes sexuels inversés. On perçoit ainsi que la structure de la femme se tient de l’intérieur alors que celle de l’homme vers l’extérieur . En plus du corps des femmes qui est mal compris, leurs images le sont aussi. La beauté féminine au Moyen Âge est prise entre l'image d’Ève ( tentatrice, péché ) et la vision de Marie ( rédemption : beauté sacrée ).

bb2
Heures à l'usage de Rome de Marguerite de Coëtivy. Femme de François de Pons, comte de Montfort. Bethsabée au bain 1490-1500

Sont valorisés : - La chevelure qui doit être blonde. Un large front : les femmes se tireront abusivement les cheveux par en arrière pour répondre à cette norme de beauté. Le front dégarnit, ce sont les sourcils, préférablement bruns qui embellissent la région du haut du visage.

Les auteurs qui décrivent les yeux mettent l’accent sur l’éclat et l’intensité qu’ils doivent projetés. Le nez ne doit être ni trop gros, ni trop petit, comme il est décrit par François Villon « beau nez droit grand ni petit». Les seins doivent être durs et placés haut, suivi de bras longs et d’une taille mince. Un autre critère est aussi très important et c’est la couleur de la peau. Effectivement, les femmes doivent avoir une peau blanche, on dit même que « tout ce qui n’est pas recouvert par les vêtements frappe par sa blancheur». La seule partie du corps qui peut se permettre de la couleur, c’est la bouche qui doit être douche, fraîche et rosée ( voire rouge). Les auteurs du Moyen Âge mettent aussi l’emphase sur la jeunesse du corps. Effectivement, après l’âge de 25 ans, les femmes entreraient dans une période de «désert de l’amour» et ensuite elles deviendraient vieilles.

Yseult détail
Détail: Yseult par Edmund Blair Leighton (1902)

L’héroïne, de Chrétien de Troyes, pourrait répondre aux critères suivants : Le poète décrit d'abord les cheveux "de fin or [d'or fin], sor [brillant] et luisant" ; le front "clerc, haut, blanc et plain [lisse]" ; les sourcils "bien fais et large entrueil [bien dessinés et espacés comme il convient]" ; les yeux "vair [brillant, vif], riant, cler et fendu [bien dessiné]" ; le nez "droit et estendu [fin]"...

La figure d'Iseult la blonde peut représenter le personnage féminin à sublimer : 

« En vérité, je vous assure que la chevelure, si dorée et si fine d'Iseut la blonde ne fut rien en comparaison de la sienne (celle d'Enide). » Erec et Enide, (v.424-426)


L'évocation du corps vient parachever ce tableau qui donne à voir la disposition harmonieuse des traits : 

Il l'admire de haut en bas jusqu'aux hanches :
son menton, sa gorge blanche,
ses flans et côtés, ses bras et ses mains.

(Erec et Enide, v. 1483-1485)
medieval

 

L'évocation du corps est savamment dosée :

Elle ne possédait aucune autre robe
et sa tunique était si vieille
qu'elle était percée aux coudes
Si ses vêtements étaient bien pauvres
par contre son corps en dessous était très beau

Erec et Enide, (v. 406-410)

Car le portrait de la gente dame doit s'attarder sur son visage, il doit en effet débuter par la "lumineuse" chevelure pour décrire minutieusement, trait par trait, le front, les yeux, le nez, la bouche et le menton.

15e s.Toutes les héroïnes obéissent à ce stéréotype : Nicolette (blonde elle aussi) ressemble à Enide, double magnifié d'Iseult. 

Or se chante. (C'est par cette formule que commencent tous les couplets en vers de la Chante-fable) Que la lune trait a soi.
Nicolete est avuec toi,
Ma petite amie aux cheveux blonds
Je cuit Dieus la vout avoir
Pour que la lumière du soir
par elle soit plus belle

Aucassin et Nicolete

 

A l'inverse, le portrait de la fée, personnage merveilleux par excellence, débute par le corps afin d'en révéler toute la sensualité : 

La dame était vêtue
d'une chemise blanche et d'une tunique à manches
(portée selon la coutume par dessus la chemise)
lacées des deux côtés
pour laisser apparaître ses flancs
son corps était harmonieux, ses hanches bien dessinées
son cou plus blanc que la neige sur la branche ;
ses yeux brillaient dans son visage clair
où se détachaient sa belle bouche, son nez parfait, 
ses sourcils bruns, son beau front,
ses cheveux bouclés et très blonds :
un fil d'or a moins d'éclat
que ses cheveux à la lumière du jour.  

Marie de France, Lai de Lanval, (565-576).

Galahad Leaving Blanchefleur by Edwin Austin Abbey
Blanchefleur,  by Edwin Austin Abbey

 

Dans l'extrait qui suit, où il est question de Blanchefleur, si le poète s'écarte quelque peu de la rhétorique, il n'en demeure pas moins un exemple dans lequel on trouve toutes les composantes d'une beauté canonique : 

ses cheveux étaient tels, chose incroyable
Qu'on aurait dit qu'ils étaient faits d'or fin,
Tant leur blondeur était éclatante.
Elle avait le front haut, blanc et lisse
comme s'il avait été poli à la main,
exécuté par la main même d'un sculpteur
dans la pierre, l'ivoire ou le bois.
ses sourcils étaient bien fournis et espacés comme il convient,
son visage était illuminé par des yeux
brillants, pétillants, clairs et bien dessinés
son nez formait une ligne bien droite,
Et sur son visage contrastait bien mieux
la couleur vermeille avec le blanc
que le rouge sur l'argent.

Chrétien de Troyes, Le Roman de Perceval 
ou Le Conte du Graal, (v.1811 à 1825).

deJeanBourdichon Bethsabeaubain
 “Bethsabée au bain” de Jean Bourdichon, feuillet détaché des feuillets des Heures de Louis XII. Première peinture représentant une femme nue, “Bethsabée” sous l’oeil du roi David à gauche

 

La jeune fille (Fénice) arriva

en hâte au palais
tête et visage découverts
l'éclat de sa beauté dispensait
dans tout le palais une clarté plus vive
que n'auraient pu produire quatre escarboucles.

(Cligès, vers 2728-2733.)

La "blanchor" du teint doit trancher avec la couleur "vermeille" des joues et des lèvres (charnues et rouges comme des cerises).  

Les adjectifs : sor, luisan, cler, blan, riant, vair, anluminee et clarté se regroupent dans un même champ sémantique, celui de la lumière. Ces jeux de lumières, qui complètent le portrait, soulignent que l'héroïne doit avoir un visage radieux, signe même de sa beauté et de son noble lignage. En effet au Moyen Age, et jusqu'au début du XXè siècle, le visage hâlé est un signe de vilainie. Une femme de qualité se doit de ne pas exposer son visage aux rayons du soleil.

Dans les romans arthuriens, la beauté physique - signe extérieur de perfection humaine - est la toute première des qualités de l'héroïsme courtois et merveilleux. C'est elle qui conditionne toutes les autres qualités - morales, cette fois-ci - : honneur, sagesse, prouesse, courtoisie ou encore noblesse. Ce n'est donc pas un hasard si Chrétien affirme dans la bouche d'Enide que : "Li meillor sont li plus sor [blonds]" (v.968).

Sources : en particulier Elisabeth Féghali ( site : Citadelle

Voir les commentaires

1 2 > >>