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Sylvain Sauvage, illustrateur littéraire. -2-

Publié le par Perceval

Sylvain Sauvage, illustrateur littéraire. -2-

 

 

Poésies Galantes - Florilèges de François Villon

Retif de la Bretonne -

 

 

 

 

Mes amours a vingt ans,

 

 

 

illustré par Sylvain Sauvage.

 

 

Le Bon Plaisir de Henri de Régnier illustré par Sylvain Sauvage (1929)
Le Bon Plaisir de Henri de Régnier illustré par Sylvain Sauvage (1929)
Le Bon Plaisir de Henri de Régnier illustré par Sylvain Sauvage (1929)

Le Bon Plaisir de Henri de Régnier illustré par Sylvain Sauvage (1929)

Henri de Régnier, né à Honfleur le 28 décembre 1864 et mort à Paris le 23 mai 1936, est un écrivain et poète français, proche du symbolisme.

Admirateur de Mallarmé, aux « mardis » duquel il assistait régulièrement dans sa jeunesse, il avait été d’abord influencé par Leconte de Lisle et surtout par José-Maria de Heredia dont il épousa, en 18951, l’une des filles, Marie, poète elle-même sous le pseudonyme de Gérard d'Houville. Ce mariage ne fut pas heureux : à partir de la fin de l'année 1897, Marie entretint une relation presque stable avec un de ses meilleurs amis, le poète et romancier Pierre Louÿs.

Le Bon plaisir (1902)

Antoine de Pocancy «  a bonne tournure et bon visage avec plus de sens que d'esprit ». Il brûle de faire figure à la cour et de jouer dans son siècle un rôle plus important que d'y être né.

En insistant sur les délices de l'amour, les infirmités de la chair, « les manières différentes de chacun » et le bon plaisir du Roi-Soleil, Henri de Reignier fait revivre toute une époque. Style garnd siècle, narration omnisciente et spirituelle suivie « d'éclaircissements tirés des Mémoires de M. de Collarceaux », savant agencement de motifs frivoles et de leurs conséquences parfois considérables ...

 

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Le XVIIIe siècle : La femme et le libertin. - 10/. -

Publié le par Perceval

Dans les romans du XVIIIe s, la place est grande aux boudoirs et cabinets secrets : le temps et l'espace seraient sexuellement saturés... ! De plus, il s'agit de voir sans être vu, d'entendre sans être entendu, de contempler l'acte érotique ou de favoriser l'acte amoureux ...

Sir Sydney, dans Félicia ou Mes fredaines, a aménagé sa maison dans le but de satisfaire à ses jouissances.

« […] La distribution était telle que chacun isolé dans le haut, pouvait néanmoins se rendre en bas chez tous les autres ou les recevoir chez soi sans qu’on s’en aperçût : je dirai bientôt comment cela se pratiquait. On s’était appliqué à favoriser dans ce délicieux séjour la liberté, le mystère et le plaisir, divinités bienfaisantes auxquelles il était consacré. »

Le soir de son arrivée chez Sir Sydney, Félicia se voit ainsi surprise par celui-ci alors qu’elle se croyait seule dans sa chambre, car comme il le lui explique, « le propriétaire de cette maison peut pénétrer secrètement dans les appartements de tous ceux qu’il reçoit » :

« Il y a sous tous ces appartements une espèce d’entresol ignoré, dont mon véritable logement fait partie, le reste est partagé en plusieurs petits réduits d’où l’on se rend à des espaces pratiqués dans l’épaisseur des murs : de là on peut entendre, au moyen de certains tubes de fer blanc, il en passe un à votre chevet. Ce tuyau, terminé par un pavillon sous lequel était le musicien, que j’avais placé moi-même, donne dans mon entresol et finit tout près de votre oreille, à la soupape que vous voyez. C’est ce qui vous a fait croire que vous étiez si près de l’instrument et de la voix.

[…] Derrière la glace, il y avait, creusée dans l’épaisseur du mur, une niche commode où l’on arrivait du bas ; je dirai bientôt comment. De ce poste l’on battait en ruine toute la chambre, moyennant des petits trous … »

Félicia obtient le droit, sans que personne n’en sache rien, redoublant et complexifiant ainsi les aménagements et les mécanismes, de se mettre « au fait par [ses] yeux, comment chaque homme pouvait ainsi se rendre de son appartement à ceux de toutes les femmes sans être vu ni rencontré »

« Des portes déguisées cachaient de petits enfoncements où était pratiquée une machine commode sur laquelle on se plaçait. Alors, la personne et le siège se trouvant à peu près en équilibre avec un poids de cent soixante livres qui se mouvait dans l’épaisseur du mur, on montait et redescendait sans peine à la faveur d’une corde perpendiculaire et fortement tendue ; Sydney n’avait que six pieds à monter pour voir tout ce qui se passait chez les femmes, par les trous des trumeaux dont j’ai parlé. La mécanique de tous ces suspensoirs était faite avec le plus grand soin. Les panneaux qui servaient d’issue s’ouvraient et se fermaient à coulisse et étaient de même parfaitement finis. »

Il s'agit de décrire un environnement qui détermine le corps et la conscience dans un même mouvement vers le désir et le plaisir, et donner ainsi « l’exemple et l’envie de faire l’amour », à l’image des jardins de Sir Sydney dont se souvient et se délecte Félicia, l’héroïne de Nerciat, en 1775 :

« J’allai m’égarer avec Sydney dans un labyrinthe touffu, au centre duquel était une fontaine rustiquement décorée et près de laquelle un lit de gazon offrait un théâtre commode aux ébats des amants. En approchant de ce réduit enchanté, on ne pouvait se défendre d’éprouver une vive émotion. Tous les sens à la fois y étaient flattés. Un filet de fil d’archal extrêmement délié renfermant un espace fort étendu tenait prisonniers une multitude d’oiseaux de toute espèce qui donnaient l’exemple et l’envie de faire l’amour. La fleur d’orange, le jasmin, le chèvrefeuille, prodigués avec l’apparence du désordre répandaient leurs parfums. Une eau limpide tombait à petit bruit dans un bassin qui servait d’abreuvoir aux musiciens emplumés. On marchait sur la fraise ; d’autres fruits attendaient, çà et là, l’honneur d’être cueillis par des mains amoureuses et de rafraîchir des palais desséchés par les feux du plaisir.

J’étais émerveillée ; l’incarnat du désir se répandait sur mon visage et n’échappait point au pénétrant Sydney… Notre bonheur n’eut pour témoins que les oiseaux jaloux et les feuilles qui les dérobaient aux rayons curieux de l’astre du jour. »

« Tous mes sens, j’en suis sûre, ont chez moi des fils qui aboutissent à la région du plaisir amoureux. Entends-je de la musique ? je désire ; vois-je un tableau galant ? mon sang s’agite ; touché-je une peau humaine, mâle ou femelle ? je suis en feu. L’odeur même d’une rose, d’un oeillet me fait pâmer de plaisir. Ai-je bu ? je suis dévorée. » Le Diable au corps de Nerciat

A suivre …

Sources : De la représentation au mythe : l'ambiguïtée féminine dans le roman libertin du XVIIIe siècle par Morgane Guillemet

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Le XVIIIe siècle : La femme et le libertin. - 9/. -

Publié le par Perceval

Le culte aux ''Mystères'' du corps féminin :

En l’honneur de certaines divinités et réservés aux seuls initiés....

Le narrateur de Point de lendemain remarque, en regardant la grotte du cabinet secret, que « le dieu du mystère [veille] à l’entrée » alors que « l’obscurité [règne] avec le silence dans ce nouveau sanctuaire ».

Lors du dépucelage, l'homme, par son phallus, est le sacrificateur... La femme est victime et déesse, Félicia porte ainsi machinalement la « main sur l’instrument de [son] martyre», et reste ''maîtresse de son martyre … Félicia se compare à la déesse :« Vénus naquit de l’écume des flots : moi, qui ressemble beaucoup à cette déesse par les charmes et les inclinations, je suis aussi née en plein océan, mais mes premiers instants ne furent point un triomphe » Félicia ou Mes Fredaines est un roman libertin français, écrit par André-Robert Andréa de Nerciat et publié pour la première fois en 1775

Dans Point de lendemain, c'est Madame de T*** - prêtresse - qui se montre tout particulièrement habile à ce jeu du Mystère et entraîne ainsi son jeune amant d’une nuit :

« Tout cela avait l’air d’une initiation. On me fit traverser un petit corridor obscur, en me conduisant par la main. Mon coeur palpitait comme celui d’un jeune prosélyte que l’on éprouve avant la célébration des grands mystères... »

Le Temple de l'Amour est présenté comme un '' temple de la mollesse '' : métaphore du corps féminin et espace propre à l’accueillir... La chambre à coucher de la marquise, dans le Diable au corps, est désignée comme « le temple de la mollesse et du libertinage »...

« Je fixai ma demeure dans un cabinet orné avec une extrême magnificence, et beaucoup de goût, quoique l’un semble toujours exclure l’autre. Tout y respirait la volupté ; les ornements, les meubles, l’odeur des parfums exquis qu’on y brûlait sans cesse, tout la retraçait aux yeux, tout la portait dans l’âme. Ce cabinet enfin aurait pu passer pour le temple de la mollesse, pour le vrai séjour des plaisirs » le cabinet de Zéïnis, dans Le Sopha.

L’abbé T*** des Lauriers ecclésiastiques pénètre, dans l’asile de la duchesse de **… qu’elle a aménagé à l’image de la mollesse féminine pour mieux inviter l’homme aux transports voluptueux :

« Nous entrâmes dans une pièce où tout invitait à la volupté et à la mollesse. […] Je ne voyais que sophas, que duchesses, que bergères, que chaises longues, avec un nombre infini de coussins ; les peintures les plus sensuelles ornaient ce réduit charmant. Enfin tout ne respirait que l’amour et le plaisir dans ce lieu dangereux. »

Madame de T***, « la reine de ce lieu », dans Point de lendemain, va se « jeter nonchalamment » sur son ''autel'' alors que son jeune amant tombe à ses pieds. Pour Madame de T*** ; l'autel est « un petit coussin de satin couleur de feu, mis au milieu, qui formait la pierre sur laquelle devait se consommer le sacrifice »

Rozette attend Thémidore, son sacrificateur :

« Rozette elle-même s’était placée sur l’autel ; ses mains étaient jointes sur sa tête, mais sans la presser ; ses yeux fermés ; sa bouche ouverte, comme pour demander quelque offrande. Une rougeur naturelle et fraîche couvrait ses joues ; le zéphyr avait caressé tout son extérieur ; une mousseline transparente couvrit la moitié de sa gorge, et l’autre moitié se montrait en négligé aux regards : d’un côté l’examen était permis, et de l’autre, sous l’air d’être défendu, il devenait plus piquant. Ses bras paraissaient avec tout leur embonpoint et leur blancheur. Ses jambes croisées dérobaient ce que j’aurais voulu envisager, mais fournissaient à l’imagination une belle prairie à s’égarer. Rozette dormait en disposition de se réveiller aisément et en position qui n’attendait que le plaisir. » ( l'autel de Rozette est fait de bois de myrte, un symbole de la déesse Vénus )

L’homme, également, fait du corps féminin et en particulier du sexe féminin à la fois le temple voué au culte de son propre sexe ( le dieu phallus) et la victime sacrifiée à ce culte.

« Le Dieu, suffisamment adoré, languissait après un autel. Il est si accommodant ! Ennemi du luxe, moins son temple a la vogue, plus sa niche est étroite, plus il y est mal à l’aise… plus alors il se croit honoré… C’est même pour cela que, souvent, abandonnant les vastes nefs, il a l’humble caprice de se confiner dans quelque obscure chapelle, dans quelque recoin de la sacristie. » Le Diable au corps de Nerciat

 

Notes :

Vivant Denon (1747-1825) est un graveur, écrivain, diplomate et administrateur français. Il est aussi connu comme égyptologue et ami de Bonaparte. "Point de lendemain" (1777) est l'histoire d'une femme qui trompe trois hommes : son mari, son amant, et un jeune homme qui tombe par malheur entre ses griffes, et ce pour que le mari ne découvre pas quel est son véritable amant. Histoire d'une d'initiation et de rêve restée sans lendemain. Ce récit est un petit chef-d’oeuvre de stratégies amoureuses et de pouvoir. Un récit non signé (seulement avec les initiales, M.D.G.O.D.R. pour Monsieur Denon, gentilhomme ordinaire du roi). Sans doute par pure discrétion d’un auteur qui n’a jamais caché que l’intrigue était authentique.

Louis Malle signe en 1958, avec Louise de Vilmorin, le scénario – les Amants - d’une adaptation libre de Point de lendemain.

 

Félida ou Mes fredaines (1775), est un roman de Nerciat , il concentre l'essence du romanesque libertin en un dosage subtil d'humour, d'évasion et d'élan passionnel.

C'est un vrai roman d'aventure, avec ses mystères, ses improbables coïncidences... Félicia est l'une des plus grandes courtisanes de la littérature du XVIIIe siècle.

Félicia n’hésite pas à poser tout clairement son opinion : « le parfait amour est une chimère. Il n’y a de réel que l’amitié, qui est de tous les temps, et le désir, qui est du moment ».

« C’était pour me procurer mille morts délicieuses qu’il ménageait avec art ce baume précieux qui donne la vie. Il en était quelquefois avare, jusque dans les moments où, ne supportant plus l’excessive ardeur de mes feux, je le priais de me prodiguer ce qui seul pouvait les éteindre ; je ne le trouvais disposé à mettre ainsi le comble à notre félicité que lorsque l’amortissement lui annonçait la fin prochaine de mes désirs ; alors l’ardeur des siens savait les faire renaître ; il me faisait goûter de nouveaux ravissements, dont j’aurais été privée, s’il eût partagé jusque-là tous mes plaisirs. Que les hommes aussi délicats sont rares ! »

A suivre …

Sources : De la représentation au mythe : l'ambiguïtée féminine dans le roman libertin du XVIIIe siècle par Morgane Guillemet

 

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Sylvain Sauvage, illustrateur littéraire. -1-

Publié le par Perceval

Sylvain Sauvage, illustrateur littéraire. -1-

Félix Roy, dit Sylvain Sauvage, vient d’une famille d’architectes, il est né à « Baume les messieurs » dans le Jura le 8 mai 1888 et mort à Paris en janvier 1948. Il est à la fois un illustrateur et technicien du livre français. Il passe par l’école des Beaux-Arts en architecture et se consacra principalement au dessin d’illustration et à la gravure.

Sa carrière commença véritablement pendant les années vingt et son travail fut particulièrement remarqué lors de l’exposition internationale des arts décoratif à Paris en 1925.

Il a été exposant du Salon des artistes décorateurs et directeur de l’ Ecole Estienne à partir de 1934 jusqu’à sa mort.

Il a illustré de nombreux ouvrages, où son travail excelle dans des scènes à l’érotisme léger, on remarquera que les femmes de Sylvain Sauvage sont peu farouches et toujours raffinées.

Il démarra dans des revues guerrières comme la Baïonette...

Revenu de la guerre, il se lance dans le livre illustré grâce à l’éditeur Kieffer, qui lui confie l’illustration de L’Ingénu de Voltaire en 1922. Il collabore avec Mornay, Jonquières et Crès, avant de prendre la décision de préserver son indépendance créatrice en devenant son propre éditeur en 1925.

Pour le bonheur des bibliophiles Il est un des acteurs de de la renaissance du livre illustré après la première Guerre mondiale (aux côtés de G. Barbier, A.-E. Marty et F.-L. Schmied).

S. Sauvage a illustré de nombreux ouvrages pour bibliophiles, parmi lesquels :

Les Chansons de Bilitis de Pierre Louÿs, La Leçon d’amour dans un parc et Les Nouvelles leçons d’amour dans un parc, de René Boylesve, et Candide de Voltaire… La pureté de son trait, rendue en eau-forte ou en gravure sur bois et associée à la technique du pochoir, ont fait de lui un des illustrateurs emblématiques du livre Art Déco. Il a également travaillé sous les pseudonymes de Jacques Tournebroche, d’après le personnage d’Anatole France (dont il a illustré l’œuvre vers le début de sa carrière) et d’Espérance.

 

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Le XVIIIe siècle : La femme et le libertin. - 8/. -

Publié le par Perceval

Le Tableau, l'image, le miroir :

« C’est pour que, répétant les attitudes en mille sens divers, elles multiplient à l’infini les mêmes jouissances aux yeux de ceux qui les goûtent sur cette ottomane. Aucune des parties de l’un ou l’autre corps ne peut être cachée par ce moyen : il faut que tout soit en vue ; ce sont autant de groupes rassemblés autour de ceux que l’amour enchaîne, autant d’imitateurs de leurs plaisirs, autant de tableaux délicieux, dont leur lubricité s’enivre et qui servent bientôt à la compléter elle-même. » Madame de Saint-Ange sur le jeu de miroirs dans La Philosophie dans le boudoir de Sade

Ursule, la paysanne pervertie, installe ainsi dans son boudoir des tableaux qui « peignent la passion [qu’elle veut] exciter, dans toutes les attitudes, graduées avec art par [elle]-même ».

« Ah ! qu’un graveur eût été nécessaire ici, pour transmettre à la postérité ce voluptueux et divin tableau ; mais la luxure couronnant trop vite nos acteurs, n’eût peut-être pas donné à l’artiste le temps de les saisir. Il n’est pas aisé à l’art qui n’a point de mouvement, de réaliser une action dont le mouvement fait toute l’âme […] » Histoire de Juliette, Sade

« C’était un grand salon orné de douze tableaux dont le sujet était les douze strophes de l’Ode à Priape, et la strophe était écrite au bas de chaque tableau.

[…] Pour avoir une idée juste du genre de ces peintures, nous prions le lecteur de lire l’ode, ou de la repasser, car qui ne la sait pas par coeur ? et de se représenter la richesse de l’imagination, et la beauté des sujets. » Le Petit-fils d’Hercule

« […] nous répétions avec le chevalier, les tableaux, les attitudes que nous trouvions dans ces livres : nos plaisirs, variés sur ceux que les autres avaient peints dans ces ouvrages, nous les rendaient toujours nouveaux. » (…) Loin de condamner des livres si utiles à l’humanité, les gens mariés devraient en nourrir leur esprit ; l’imagination les seconderait mieux ; souvent l’indécence d’une peinture ouvre des valvules, qui ne seraient jamais ouvertes sans l’impression de l’image. » Dulaurens, dans L’Histoire de Babet

Le lecteur se trouve dans une position d’effraction, de voyeur-spectateur, redoublée par la gravure qui accompagne la scène décrite dans le texte.

La Femme au miroir :

Javotte ne s’occupe toute la journée « qu’à [se] regarder dans les glaces, à raccommoder les boucles dérangées et à étudier la position de tête qui pourrait le mieux faire [son] accommodage et [ses] charmes». Paul Baret (1728-1795 ; Mademoiselle Javotte, ouvrage moral écrit par elle même et publié par une de ses amies, 1758)

Laure se regarde elle aussi « avec une complaisance satisfaite, un contentement singulier » :

« Je paraissais d’une blancheur éblouissante, mes petits tétons, si jeunes encore, s’élevaient sur mon sein comme deux demi-boules parfaitement rondes, relevées de deux petits boutons d’une couleur de chair rose ; un duvet clair ombrageait une jolie motte grasse et rebondie qui, faiblement entrouverte, laissait apercevoir un bout de clitoris semblable à celui d’une langue entre deux lèvres ; il appelait le plaisir et la volupté. Une taille fine et bien prise, un pied mignon surmonté d’une jambe déliée et d’une cuisse arrondie, des fesses dont les pommettes étaient légèrement colorées, des épaules, un cou, une chute de reins charmante et la fraîcheur d’Hébé. »

« Plus je me croyais bien, plus ils me trouvaient telle » disait Laure…

La marquise du Diable au corps ne s’y trompe pas, dans un moment voluptueux qu’elle partage avec « le fortuné Belamour », lorsqu’elle « s’accoude tout uniment sur la table de toilette en face du miroir ». Se pouvant admirer, elle invite ainsi son amant à admirer à son tour « les rondeurs encore inconnues que cette nouvelle situation lui fait observer » : « […] il a le surcroît de joie de voir, dans la glace, la physionomie enchanteresse de sa Dame, où se peignent, avec la plus vive expression, toutes les différentes nuances de la volupté ; les trésors de la gorge sont encore doublés par la glace, qui lui montre tout ce qu’il ne touche point. »

Thémidore observe discrètement à travers une porte vitrée une jeune femme qui attend pour voir son père et lui demander quelque grâce. Elle ne sait pas qu’elle est regardée :

« C’était une femme de vingt-six à vingt-huit ans […] ; elle était dans le sopha étendue négligemment, et dans ces attitudes que l’on croit indifférentes, qui le sont rarement, et qui n’ont pas été inventées par la modestie. Elle se considérait dans les glaces, et répétait devant elle les grâces avec lesquelles elle devait se présenter devant mon père. »

La coquetterie est ainsi promesse, à l’image de ces hommes qui espèrent selon la définition donnée par Mangogul dans sa classification de la femme : « La coquette, celle dont le bijou est muet, ou n’en est point écouté ; mais qui fait espérer à tous les hommes qui l’approchent, que son bijou parlera un jour, et qu’elle pourra ne pas faire la sourde oreille ».

 

Notes :

Les deux tableaux ci-dessus sont de Jean Frédéric Schall, 1780 - 1820

Les Bijoux indiscrets est un roman libertin publié anonymement par Denis Diderot en 1748.

Cette allégorie, qui est la première œuvre romanesque de Diderot, dépeint Louis XV sous les traits du sultan Mangogul du Congo qui reçoit du génie Cucufa un anneau magique qui possède le pouvoir de faire parler les '' bijoux '' des femmes... !

A suivre …

Sources : De la représentation au mythe : l'ambiguïtée féminine dans le roman libertin du XVIIIe siècle par Morgane Guillemet

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Le XVIIIe siècle : La femme et le libertin. - 7/. -

Publié le par Perceval

L'interdit : La pudeur

L'une des composantes du plaisir libertin est de passer outre les tabous...

« (…) franchir les limites de la décence et de la pudeur... » Les sérails de Paris (1802)

La femme doit être pudique...

La pudeur serait comme une « maladie inhérente au sexe féminin3 », « qu’en qualité de femme elle ne [peut] s’empêcher d’avoir...», « inhérente au sexe féminin » elle est aussi ce « qui prévient bien des désordres dans le monde » : Éléonore ou l’heureuse personne

« […] on doit toujours respecter la décence ; la volupté même, en se parant de son voile, en devient plus enivrante. Quoique d’une morale peu sévère, je n’ai jamais cessé de rendre hommage à cette vertu ; et lorsque je m’oubliais moi-même, je n’oubliais pas la pudeur. » Félicité de Choiseul-Meuse

« Je voudrais bien que vous me dissiez à quoi sert cette hypocrisie qui vous est commune à toutes, sages et libertines. Sont-ce les choses qui vous effarouchent ? Non ; car vous les savez. Sont-ce les mots ? en vérité, cela n’en vaut pas la peine. S’il est ridicule de rougir de l’action, ne l’est-il infiniment davantage de rougir de l’expression ? » Mangogul se plaint de l’hypocrisie de la pudeur de Mirzoza, dans les Bijoux indiscrets de Diderot

La femme serait-elle destinée ''par nature'' au libertinage ou à la pudeur... ?

« On n’exigera de toi rien de difficile. Je t’avais déchiffrée d’abord. Tu es née pour nos plaisirs. Tes bégueules de tantes, de chez lesquelles il a fallu tant de peine pour t’arracher, auraient, avec leur bigoterie et leur sotte pudeur, gâté le plus heureux naturel. Faire de toi une vestale, ou du moins l’obscure épouse de quelque malotru d’artisan ! c’était un beau projet, ma foi ! Laissons ces vertueux métiers aux laides, aux maussades ; mais une jolie femme, dans quel état que le sort l’ait fait naître, se doit aux voluptés. Toutes à tous, voilà quel doit être notre cri de guerre : c’est ma devise au moins. Je veux qu’elle soit aussi la tienne. Tu te trouves bien sans doute des douces habitudes que je t’ai fait contracter ? Quant à moi, je suis, par mon système, la plus heureuse des femmes. Nargue des préjugés, et donnons-nous en tant et plus. » Nerciat, Le Diable au corps

 

« Trois sortes de pudeur sont donc à distinguer dans le roman libertin : la pudeur réelle, la pudeur feinte ou hypocrite, mais aussi donc, la pudeur imposée à la femme par des conventions sociales qui sont extérieures à son tempérament naturel et qui la contraignent dans son être, toujours dans le refus de toute dichotomie chrétienne entre l’âme et le corps. » Morgane Guillemet

« Dans la foule des femmes auprès desquelles j’ai rempli jusqu’à ce jour le rôle et les fonctions d’amant, je n’en avais encore rencontré aucune qui n’eût, au moins, autant d’envie de se rendre que j’en avais de l’y déterminer ; je m’étais même accoutumé à appeler prudes celles qui ne faisaient que la moitié du chemin, par opposition à tant d’autres, dont la défense provocante ne couvre jamais qu’imparfaitement les premières avances qu’elles ont faites. » lettre CXXV de Valmont des Liaisons dangereuses.

Le couvent : l'un des lieux emblématiques du roman libertin :

« Il est peu de jeunes gens dont l’idée des faveurs d’une jeune et belle religieuse n’allume vivement les désirs. Tendresse, nouveauté, difficulté vaincue, mystère, sûreté, tout cela concourt à séduire en faveur des appas cloîtrés. » Nerciat

L'homme qui pénètre dans un couvent sera nécessairement l’objet de toutes les convoitises et des désirs insatiables des pensionnaires. « La représentation que se fait le roman libertin du couvent est en tout premier lieu celle d’un espace où la fureur érotique s’empare nécessairement du corps féminin.. » M. G.

« Toute jeune que j’étais, quand ma mère, après la mort de son quatrième mari, vint demeurer dans ce couvent en qualité de dame pensionnaire, je ne laissai pas d’être effrayée de la résolution qu’elle avait prise : sans pouvoir distinguer le motif de ma frayeur, je sentais qu’on allait me rendre malheureuse. L’âge, en me donnant des lumières, m’éclaira sur la cause de mon aversion pour le cloître. Je sentais qu’il me manquait quelque chose : la vue d’un homme. » Le Portier des Chartreux,

"Parvenue à ce degré de lumières, je me sentis agitée du désir le plus violent de voir dans un homme l’original d’une chose dont la copie (le godemiché) m’avait fait tant de plaisir. » Themidore, le roman de Godard d’Aucour, en 1744

La grille du couvent – qui s'oppose à la jouissance - représente les préjugés, les frustrations ...

« Depuis deux heures que j’étais près de ma chère amie, mon tempérament était devenu extrêmement violent : il était encore animé par l’obstacle. Celui de Rozette, qui se reposait depuis longtemps, était au moins égal au mien […] » Themidore

Verland, dans Le Portier des Chartreux, n’a que « le temps de passer la main au travers de la grille, de prendre les tétons [de Monique], de [les lui] manier...»

Thémidore, quant à lui, insiste sur les difficultés qui s’opposent d’abord pour embrasser sa maîtresse, ensuite pour toucher « au séjour de l’amusement », ce à quoi il parvient mais sans jamais pouvoir atteindre à la félicité....

Laure, dans le roman de Mirabeau : « Je te fis monter sur l’appui de la grille, tes mains posées sur mes épaules ;je te soutenais. Valfay releva ces habits noirs qui faisaient briller l’éclat et la blancheur de tes fesses charmantes ; il les maniait, les baisait, leur rendait l’hommage qui leur était dû. Ton petit conin, encadré dans un des carreaux de la grille, était un tableau vivant qui l’enchantait. Il lui donna cent baisers. Mais pressé de couronner son bonheur, il te le mit […] ». Le Rideau levé ou l'éducation de Laure

Notes :

Thémidore ou Mon histoire et celle de ma maîtresse (1745) , de Claude Godard d'Aucour (1716-1795), fermier général en 1754, receveur général des Finances à Alençon en 1785. Ce roman licencieux a fait mettre à la Bastille le libraire Mérigot, parce qu'on ne pouvait y mettre l'auteur lui-même.

Jeune conseiller au Parlement, le narrateur rencontre Rozette à l'occasion d'une partie fine. Il s'en éprend aussitôt. Passe chez elle le plus clair de son temps. Lui laisse l'initiative dans leurs débats amoureux. Averti de cette liaison scandaleuse, le père du conseiller fait enfermer Rozette au couvent de Sainte-Pélagie. Son amant devra déployer des trésors d'imagination pour qu'elle parvienne à s'en échapper.
Dans ce court roman publié en 1745, Godard d'Aucourt ne ménage ni les puissants ni la religion. Il excelle dans l'ironie, dans la périphrase suggestive. L'impertinence de son esprit et la vivacité de son style ont enchanté Maupassant, selon lequel «Thémidore est une merveille de grâce décolletée».

A suivre …

Sources : De la représentation au mythe : l'ambiguïtée féminine dans le roman libertin du XVIIIe siècle par Morgane Guillemet

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Reflets du Désordre - Photos de Martial Lenoir

Publié le par Perceval

Reflets du Désordre - Photos de Martial Lenoir

Martial Lenoir, photographe de mode et portraitiste, est né en 1971 au Pays Basque.

Il vit et travaille à Paris. Diplômé de l’école EFET (École supérieure de Photographie et d’Audiovisuel) en 2003, il devient assistant photographe au Studio Daguerre à Paris, et travaille avec des photographes comme Nacer Messili, Gérard Harten et Francis Hammond.

En 2009, il est primé au Festival Européen de la Photo de Nu d’Arles avec sa série La loge des rats.

En 2011 il est lauréat du prix Argentique, du Jury Ilford. La même année, il expose sa série Les Garçonnes au Festival Européen de la Photo de Nu d’Arles à la Chapelle Sainte-Anne.

En 2012, il commence sa série Les reflets du désordre qu'il clôt en 2014 par l'exposition à la Galerie Schwab Beaubourg.

Reflets du Désordre - Photos de Martial Lenoir
Reflets du Désordre - Photos de Martial Lenoir
Reflets du Désordre - Photos de Martial Lenoir
Reflets du Désordre - Photos de Martial Lenoir
Reflets du Désordre - Photos de Martial Lenoir
Reflets du Désordre - Photos de Martial Lenoir
Reflets du Désordre - Photos de Martial Lenoir
Reflets du Désordre - Photos de Martial Lenoir
Reflets du Désordre - Photos de Martial Lenoir

La composition de ces photos, par leur complexité, dévoile petit à petit la beauté des visages, puis des corps... Elle joue des reflets, de ce qui est caché et découvert ; il y émane une atmosphère et un érotisme esthétique...

Reflets du Désordre - Photos de Martial Lenoir
Reflets du Désordre - Photos de Martial LenoirReflets du Désordre - Photos de Martial Lenoir
Reflets du Désordre - Photos de Martial Lenoir

Chaque photo offre multiples sens de lecture ; du détail au plan large, de ce qui est visible et révélé par les reflets du miroir à ce qui est encore caché. Se rajoute une coloration ancienne qui ajoute en étrangeté ; également un travail sur le flou, et la lumière... Tout cela rattache ces photographies à une composition en peinture

Reflets du Désordre - Photos de Martial Lenoir
Reflets du Désordre - Photos de Martial LenoirReflets du Désordre - Photos de Martial Lenoir

Ces « Reflets du Désordre » exposent un hommage masculin à la féminité, et son érotisme... Il s'agit de révéler, sans perdre du mystère... Il ne s'agit pas seulement d'un parfum d'un autre temps, celui des femmes lascives et corsetées 1900. Il s'agit d'exprimer une fois de plus le fantasme de ''La Femme''.

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Le XVIIIe siècle : La femme et le libertin. - 6/. -

Publié le par Perceval

Un lieu est le support privilégié du fantasme masculin, support imaginaire du Mythe de la Femme : ce lieu c'est le ''gynécée'' : l'appartement des femmes dans les maisons grecques et romaines. Au XVIIIe siècle, apparaît dans l'imaginaire libertin et au delà : le harem oriental... Ces lieux d’intimité féminine énigmatiques interdits à toute présence masculine...

Ces lieux offrent l'avantage – dans l'optique libertine – de tenir le corps féminin, disponible, enchanteur, désirable et multiple … !

L'Orient est à la mode, au XVIIIe siècle : Antoine Galland a traduit du syrien les contes orientaux des Mille et Une Nuits (entre 1703 et 1717) ; ce qui inspirera Les Lettres persanes de Montesquieu, et un corpus plus léger ...

Ainsi notons : le Sopha de Crébillon fils en 1742, Les Bijoux indiscrets de Diderot en 1748, Les Mémoires turcs de Godard d’Aucour en 1750, les Noeuds enchantés de Fanny de Beauharnais en 1789...

Les Bijoux indiscrets de Diderot évoquent la cour du sultan Mangogul en ces termes : « on entrait aussi librement dans leurs appartements que dans aucun couvent de chanoinesses de Flandres ; et on y était aussi sage» ; la narratrice d’un roman paru anonymement en 1754, Histoire de Mademoiselle Brion, utilise sans cesse la métaphore du sérail, parfois en l’associant à celle du couvent comme elle le fait lorsqu’elle évoque, dans une expression évocatrice de par son double sens, les « soeurs du sérail».

A noter que le ''couvent'', réunit lui aussi quelques unes de ces caractéristiques : il n'est pas exotique, mais il est relié au contexte français, et il est porteur d'un côté subversif...

Le fantasme du sérail, se développe naturellement dans les ''maisons closes'', ce qui est décrit dans Les sérails de Paris, ou Vies et portraits des dames Pâris, Gourdan, Montigny et autres appareilleuses. Ouvrage contenant la description de leurs sérails, leurs intrigues...

Se rajoute donc, la fonction économique du corps féminin... Le fantasme se raccroche alors au sérail, qui arrache les femmes au commerce des hommes...

Atalide, jeune Française enlevée par les Turcs pour devenir l’une des épouses d’Achmet Dely-Azet dans les Mémoires turcs de Godard d’Aucour, commente sa vie :

« Je suis maintenant à Constantinople dans un esclavage que vous avez su me rendre aimable. Le sérail vu de plus près, loin de me déplaire, me paraît un séjour délicieux. L’habitude d’y jouir d’une vie exempte de soins, et toute consacrée à l’amour, a totalement changé mon coeur. La liberté n’a plus de charmes pour moi. »

Saturnin, dans Le Portier des Chartreux, se réjouit à l’avance :

« […] l’espérance d’y goûter sans contrainte toutes les délices de l’amour dans les bras d’un nombre de jolies femmes dévouées à mes désirs offrait à mon coeur une immensité de plaisirs que tous les efforts de mon imagination ne me rendaient que faiblement »

Bien sûr difficile d'échapper, aux règles d'échange entre hommes et femmes, de ce modèle libertin. Cette circulation de la femme dans ce système animé par des hommes, fait d'elle un bien de consommation, et d'échange... Le rôle social du Souper, fait de la femme un point de rencontre entre des gens que rien ne lie...

Si le système économique et masculin semble dominé le principe libertin ( la femme est ''entretenue''), le principe de séduction est réglé par la figure féminine porteuse de ruses et de stratagèmes

Monsieur de Gr*** M*** et le frère Alexis prodiguent leurs « salutaires conseils » à Margot :

« Toute personne du sexe qui veut parvenir doit, à l’imitation du marchand, n’avoir en vue que ses intérêts et le gain. Que son coeur soit toujours inaccessible au véritable amour. Il suffit qu’elle fasse semblant d’en avoir, et sache en inspirer aux autres.

Que celui qui la paie le mieux ait la préférence sur ses rivaux. Qu’elle transige le moins qu’elle pourra avec les gens de qualité : ils sont la plupart hautains et escrocs. De gros financiers renforcés sont plus solides et plus aisés à gouverner ; il n’y a que manière de les prendre.

Si elle est sage, elle éconduira les greluchons : outre que ce sont des animaux qui n’apportent aucun profit à la maison, ils en éloignent souvent ceux qui la soutiennent.

Lorsqu’il se présentera pourtant quelque bonne passade, qu’elle ne se fasse pas scrupule d’une infidélité : c’est le casuel du métier.

Qu’elle imite autant qu’il lui sera possible, la frugalité de Mademoiselle Durocher, et ne se permette les bons morceaux que quand ils ne lui coûteront rien.

Qu’elle ait soin de placer son argent à mesure qu’il lui viendra, et s’en fasse de bonnes rentes.

Si un étranger et un Français, également à leur aise, se trouvent en concurrence auprès d’elle, qu’elle n’hésite pas à se déclarer en faveur du premier.

Indépendamment de ce que la politesse le requiert, elle y trouvera mieux son compte, surtout si elle a affaire à quelques mylords de la Cité de Londres ; Ce sont des gens qui, quoique des cancres au fond, sont capables de se ruiner par orgueil pour qu’on les croie plus riches que nous […]. »

Margot la ravaudeuse de Louis-Charles Fougeret de Monbron (1800)

La femme, alors, n'est plus seulement ''objet''...

« Quoique je n’eusse encore ruiné qu’un seul homme, j’avais déjà assez de bijoux et de précieuses nippes pour pouvoir tenir mon rang parmi nos principales sultanes, et occuper comme elles une chaise au bord de l’orchestre, la jambe nonchalamment croisée sur le genou. Il faisait froid alors. Jamais on ne se montra dans un négligé plus fastueux et plus imposant. Mollement enveloppée sous l’hermine et la martre zibeline, j’avais les pieds dans une boîte couverte d’un velours cramoisi, […]. Dans cet orgueilleux appareil, je faisais d’un air distrait des noeuds avec une navette d’or. Quelquefois je regardais à ma montre, et la faisais sonner. J’ouvrais toutes mes tabatières l’une après l’autre, et me portais de temps en temps au nez un superbe flacon de cristal de roche pour des vapeurs que je n’avais pas. Je me penchais pour dire des riens à mes compagnes, afin que les lorgneurs curieux pussent juger de la tournure élégante de mes membres. En un mot, je commis ce soir-là cent impertinences, dont les benêts de spectateurs étaient enchantés. »

Cette comédie doit s'adresser à un certain baron, qui est alors « plongé dans une espèce de ravissement extatique » Margot la ravaudeuse, précise qu’elle n’était « point fâchée [que le baron qu’elle cherche à séduire la] vît. »

Cette ''Femme'', devient dans un réseau de concurrences et de sociabilités proprement masculines, et surtout son corps, ne sert finalement que de faire-valoir à ces fiertés. Ainsi que le remarque Godard d’Aucour, « il en est de ces femmes comme d’un équipage, certaines gens auraient honte d’être vus à pied et de n’avoir point de maîtresse».

La femme, devient l’objet de la conversation des hommes :

« Eh bien ! mon pauvre Rondain, dit-il à mon monsieur, en lui frappant sur l’épaule, c’est donc cette petite personne-là qui est la souveraine de ton coeur ? Je t’en fais mon compliment, elle est d’une beauté à ravir, elle est faite pour faire tourner la tête à tout l’univers. Mais, mais, marquis, disait-il en s’appuyant négligemment sur un de ceux qui l’accompagnaient, de grâce admire-moi ce minois-là, c’est une divinité ! c’est un prodige ! un miracle ! Ah ! parbleu, cela vaut mieux qu’un Rondain. » Les Mémoires de deux amis. Roman attribué à Paul Baret et paru en 1758.

Enfin, après le sérail, le couvent, ou le bordel ; n’oublions pas parmi les lieux saturés de la présence féminine : les jardins du Palais-Royal :

« C’est dans cette espèce de jardin de franchise que nous usons, en toute liberté, du droit de faire les femmes de conséquence, et de braver impunément l’oeil du spectateur par nos grands airs et notre orgueilleux étalage. […] Une multitude infinie de jolies femmes de toute espèce en font un des principaux ornements. Les espaliers qu’elles forment sur des sièges le long des arbres de la grande allée offrent à l’oeil émerveillé un spectacle aussi pompeux que riant et récréatif, et dont l’admirable variété est au-dessus de toute description.. » Margot

« On était alors dans la belle saison, et nous allions nous promener le soir au Palais-Royal, mon gouverneur et moi. […] Le jardin était déjà peuplé d’un grand nombre de femmes ; mais il en vint sur les huit heures un renfort considérable. A la quantité de leurs pierreries, à la magnificence de leurs ajustements, et à la foule de leurs poursuivants, je les prie au moins pour des duchesses. » Sélim, dans Les Bijoux indiscrets de Diderot

A suivre …

Sources : De la représentation au mythe : l’ambiguïté féminine dans le roman libertin du XVIIIe siècle par Morgane Guillemet

Promenade du Jardin du Palais Royal

Promenade du Jardin du Palais Royal

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Le XVIIIe siècle : La femme et le libertin. - 5/. -

Publié le par Perceval

Le corps féminin: exploration.

Dans ''le Portier des Chartreux'' (1741), Saturnin fruit d'une nonne et de père inconnu, raconte ses mémoires... Mme Dinville « tétonnière autant que femme du monde » déniaise le jeune homme ...

Les métaphores topographiques et géographiques servent à désigner l’anatomie du corps féminin ; alors que la dame feint de dormir ...

« Devenu plus hardi, je changeai de posture, et mes yeux animés par la vue des tétons, à faire de nouvelles découvertes, voulurent descendre plus bas : je mis la tête aux pieds de la dame, et collant mon visage contre terre, je cherchais à pénétrer dans l’obscur pays de l’amour, et je ne voyais rien : ses jambes étaient croisées, et la cuisse droite se trouvant collée sur la gauche, mettait mes regards en défaut. Je voulus du moins me dédommager, en touchant, de l’impossibilité de voir. Je coulai la main sur la cuisse, et j’avançai insensiblement jusqu’au pied de la montagne ; déjà je touchais du bout du doigt l’entrée de la grotte, je croyais n’en pas souhaiter davantage, je croyais y borner tous mes désirs. »

Ensuite c'est Fanny qui se charge de l'éducation de Saturnin qui « brûlait de connaître comment [elle était] faite » :

« Je me plaçai moi-même dans l’attitude la plus favorable pour exposer à ses regards le petit antre des voluptés et le coup d’oeil luxurieux du voisinage.

Extasié à la vue d’un spectacle si nouveau pour lui, il écarta légèrement les bords de ce sombre et délicieux réduit ; fourrant un doigt dedans, il parvint à cette douce excroissance qui de souple qu’elle était enfla de telle sorte à son toucher que le chatouillement m’arracha un soupir. Cependant il n’abusa pas plus longtemps de ma complaisance. »

L’ouvrage est attribué à Jean-Charles Gervaise de Latouche,avocat au Parlement de Paris (1715-1783).  « Ce qui parcourt ce roman-là, c'est le feu. (…) Là, on arrive avec un érotisme qui n'est pas dans la distance, de l'alignement parfait des corps, mais dans le feu qui va dévorer les personnes qui ressentent du désir. » Caroline Allard 

Le désir de la destination finale de l'amant devient celui du voyageur :

« Je ne restai pas longtemps à table, j’avais mon dessein : le voyageur curieux d’arriver ne s’amuse pas à considérer les prairies qui se trouvent sur son passage.

Rozette savait la carte de mon voyage ; elle m’avait vu mettre le doigt sur l’endroit où je prétendais arriver ; et avait résolu de me donner quelques distractions en chemin ». de Claude GODARD D’AUCOUR, Thémidore ou Mon histoire et celle de ma maîtresse, 1744

Claude Godard d’Aucour (Né à Langres en 1716 ) fut tour à tour fermier général puis receveur général des finances. Il remporta un premier grand succès littéraire avec L’Histoire galante de deux jeunes Turcs durant leur séjour en France, pour lequel il s’inspira des Lettres persanes de Montesquieu.

Thémidore, roman libertin lui aussi paru la même année, raconte l’histoire d’un jeune conseiller au Parlement épris d’une femme rencontrée au cours d’une partie fine. Le père du garçon n’apprécie guère cette liaison et réussit à faire enfermer la gourgandine au couvent. Mais le fils rebelle s’ingénie, avec succès, à l’en libérer. Cette charge ironique contre la religion et les puissants fut interdite à deux reprises sous la Restauration, mais enchanta Maupassant, qui y vit « une merveille de grâce décolletée » et « un impur chef-d’œuvre ».

La Route des plaisirs :

« Dom Procureur, d’abord un peu timide, s’avoisine cependant, caresse délicatement du plat de la main ma blanche et ferme mappemonde… Il ose même glisser un doigt furtif le long du sillon ». Le Diable au corps de Nerciat

« L’amant (Dom Procureur) apparaît alors comme un explorateur encore intimidé par ce qu’il s’apprête à découvrir mais « ose » peu à peu approcher des « terres » du corps de la marquise avant de s’y aventurer tout à fait, de la main et du doigt, afin de (se) révéler ce qui, dans le corps féminin, est le plus caché. La timidité première, la délicatesse et le verbe « oser » tendent ainsi à suggérer que l’exploration du corps féminin ne se fait que dans le risque, la tentative hardie, comme s’il y avait quelque danger à se lancer ainsi à la découverte de ces terra incognita d’un autre genre. » Morgane Guillemet

Le chevalier de Nerciat (1739-1800), libertin et fin politique, il a su avec joie de vivre et santé heureuse, traverser une époque plus difficile … À vingt ans, soit en 1759, il embrasse la carrière militaire et entre comme lieutenant dans le bataillon de milices de la province de Bourgogne. Il voyage... En 1771, il est gendarme de la garde du Roi. Il fréquente alors les salons du marquis de La Roche et Nerciat le suivra à la cour de Frédéric II. Le chevalier aurait, durant cette période, c’est-à-dire pendant quatre ans, fréquenté des sociétés secrètes de libertinage. En 1775 paraissent les premières œuvres du chevalier : son roman Félicia ou mes fredaines obtient un succès immédiat...

Nerciat quitte en 1775Paris et voyage en Suisse et en Allemagne où il remplit de secrètes missions pour la Cour. On suppose qu’il était agent secret tout comme Mirabeau et Dumouriez...

En 1782, sa première femme décède. En 1783, il est de retour à Paris, où il épouse Marie-Anne-Angélique Condamin de Chaussan, originaire de Lyon et âgée de dix-huit ans.

En 1791, il aurait rejoint l'armée de Condé, à Koblentz, formée exclusivement d’émigrés français. Il y occupe le grade de colonel. En 1792, il devient aide de camp du duc de Brunswick pour qui il aurait travaillé comme agent secret.

Puis, le chevalier abandonne la cause des émigrés et devient espion pour la République... Il est certain qu'à partir de septembre 1792, Nerciat travaille pour le gouvernement révolutionnaire.

À la suite de ces deux missions, Nerciat ne rentre pas en France. Il aurait alors exercé le métier de libraire d’abord à Neuwied, ensuite à Hambourg et enfin à Leipzig. Trois de ses romans paraissent durant cette période, soit Monrose (1792), Mon noviciat ou les joies de Lolotte (1792) et Les Aphrodites (1793).

En 1796, Delacroix, ministre des Affaires étrangères, charge Nerciat d’une importante mission secrète. Le chevalier doit sonder à Vienne les chances d'une paix séparée avec l'Autriche.

Nerciat adresse régulièrement des rapports au secrétaire de Delacroix, Guiraudet, avec qui par ailleurs madame de Nerciat, faute d’avoir son mari auprès d’elle, entretient des relations intimes.

Ensuite, Delacroix l'envoie en mission en Italie. Devenu agent double, il y sera emprisonné et se retire à Naples pour y mourir...

Sa vie fut aussi dangereuse que son œuvre est joyeuse.

A suivre …

Sources : De la représentation au mythe : l'ambiguïtée féminine dans le roman libertin du XVIIIe siècle par Morgane Guillemet

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Bande Dessinée - Ana Moralles -

Publié le par Perceval

Ana Miralles (orthographié Mirallès en français) est une illustratrice espagnole de bande dessinée. Elle est née en 1959, et se lance professionnellement dans la BD et l'illustration en 1982 en publiant sa première histoire dans la revue espagnole Rambla.

Son premier album Corps à corps sur scénario de son compagnon Emilio Ruiz est publié par Glénat. Entre 1991 et 1994, elle publie la trilogie Eva Medusa : sur un scénario d'Antonio Segura, une histoire située dans le Brésil des années 1920

Avec Emilio Ruiz, elle a adapté en BD le roman à succès de Juan Eslava Galán : À la recherche de la licorne.

Son œuvre se décline en une multitude de livres illustrés, cartes postales, couvertures de livres inclassables, expositions, etc.

En 2001, elle crée la série Djinn avec Jean Dufaux, sa série la plus populaire à ce jour.

En juin 2009, Mirallès est devenue la première femme à remporter le « Gran Premio del Salón » au Festival de la BD de Barcelone (la plus haute distinction).  

 

 

Eva MedusaEva MedusaEva Medusa

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Djinn
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