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Apollinaire et Anne, Marie, Louise, ou La Jolie Rousse -1-

Publié le par Perceval

Les hommages récents envers Stéphane Hessel, ont rappelé la valeur , quasi spirituelle que cet agnostique portait à la poésie ; en particulier celle d'Apollinaire. Il connaissait par cœur :
" Me voici devant tous un homme plein de sens / Connaissant la vie et de la mort ce qu'un vivant peut connaître / Ayant éprouvé les douleurs et les joies de l'amour / Ayant su quelquefois imposer ses idées / Connaissant plusieurs langages / Ayant pas mal voyagé…"

 

Apollinaire (1880-1918 ) est apparu comme un ‘poète avant-gardiste,’ ‘un homme singulier, en effet il n'est pas :

  • arrogant et insoumis comme Rimbaud
  • un poète maudit et hystérique comme Baudelaire, il n’est pas non plus, Antonin Artaud ou Ezra Pound.
  • un homme révolté ; il ne se sent pas exilé, déraciné ou isolé comme Melville, Kafka ou Baudelaire
  • il n’a pas des sentiments tragiques comme Unamuno, Strindberg.
  • Il ne tient pas en horreur la guerre, comme Hermann Hesse, Romain Rolland ou Bertrand Russell
  • il ne vit l’enfer, au point de basculer dans la folie Lautréamont. Il souffre, et plus il souffre, plus il compose.
  • Apollinaire semble naïf : il ne révolte pas, il n’est jamais perdu. Apollinaire ne s’occupe pas de haïr la guerre, la civilisation, ou la modernité.

Il semble qu'Apollinaire soit né pour aimer, aimer les femmes. L’amour a influencé toute sa vie et ses œuvres. La Vie, la Poésie, et l’Amour se sont fondus en un seul. Une sorte de Trinité divine... Toute sa conception de la vie ou de l’univers tourne autour d’un centre : la femme aimée.

 La nuit 
              S’achève 
              Et Gui 
              Poursuit 
              Son rêve 
              Où tout 
              Est Lou 
    On est en guerre 
              Mais Gui 
    N’y pense guère 
              La nuit 
S’étoile et la paille se dore 
Il songe à Celle qu’il adore 
  

Nuit du 27 avril 1915.
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En septembre 1914, à Nice depuis le début du mois, il rencontre Louise de Coligny-Châtillon le 27, la courtise sans la vaincre, lui envoie des poèmes et la renomme Lou («Je pense à toi»).

 

Le 6 décembre, il arrive au 38e Régiment d'artillerie de Campagne de Nîmes. Lou (Poèmes à Lou,Lettres à Lou) le rejoint le 7 pour une semaine de passion.  

 

Les 27 et 28 mars 1915, il passe sa troisième et dernière permission auprès de Lou. C'est la rupture définitive mais les amants promettent de rester amis.

Le 4 avril, il part pour le front.


 

Je pense à toi mon Lou ton cœur est ma caserne
Mes sens sont tes chevaux ton souvenir est ma luzerne
 
Le ciel est plein ce soir de sabres d'éperons
Les canonniers s'en vont dans l'ombre lourds et prompts
 
Mais près de toi je vois sans cesse ton image
Ta bouche est la blessure ardente du courage
 
Nos fanfares éclatent dans la nuit comme ta voix
Quand je suis à cheval tu trottes près de moi
 
Nos 75 sont gracieux comme ton corps
Et tes cheveux sont fauves comme le feu d'un obus
qui éclate au nord
 
Je t'aime tes mains et mes souvenirs
Font sonner à toute heure une heureuse fanfare
Des soleils tour à tour se prennent à hennir
Nous sommes les bat-flanc sur qui ruent les étoiles


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Mlle de Lespinasse

Publié le par Perceval

La société qui se rassemble, à partir de 1749 chez la marquise du Deffand, rue Saint-Dominique, dans l’ancien couvent des Filles de Saint-Joseph, fut diminuée tout d’un coup par sa brouille et sa rupture avec sa sa nièce naturelle, Julie de Lespinasse 

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Julie LESPINASSE  de_Louis-Carrogis

qui lui servait de dame de compagnie car celle-ci entraîna avec elle la plupart des écrivains, et surtout les encyclopédistes, d’Alembert en tête, lorsqu’elle ouvrit, en 1764, son propre salon rue de Bellechasse où Madame de Luxembourg lui avait fait meubler un appartement. Les contemporains sont pleins d’éloges sur le tact parfait avec lequel Julie de Lespinasse, à qui le duc de Choiseul lui fit donner une pension sur sa cassette et à qui Marie-Thérèse Geoffrin fit, de son côté, une pension de 3 000 francs, sut tenir son salon. Trente à quarante personnes se réunissaient le soir chez elle, seulement pour causer, car elle avait un revenu trop modique pour leur donner à souper. Elle dirigeait la conversation avec un art admirable, de façon à ce que chacun eût son tour et son rôle; et cependant, à part les amis de d’Alembert, son cercle n’était pas composé de personnes liées les unes avec les autres. On a dit que la marquise du Deffand représentait le siècle avant Jean-Jacques Rousseau et Julie de Lespinasse le siècle après l’invasion du roman en toutes choses.

Son ( Julie Lespinasse ) cercle était formé de gens qui n'étaient point liés ensemble. Elle les avait pris çà et là, dans le monde, mais si bien assortis, que lorsqu'ils étaient là, ils s'y trouvaient en harmonie comme les cordes d'un instrument …Je pourrai dire qu'elle jouait de cet instrument avec un art qui tenait du génie; elle semblait savoir la corde qu'elle allait toucher: je veux dire que ns esprits et nos caractères lui étaient si bien connus que , pour les mettre en jeu elle n'avait qu'un mot à dire " Marmontel ( 1723 - 1799 ) est un encyclopédiste, historien, conteur, romancier, grammairien et poète, dramaturge et philosophe français.

 

*****

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Scènes de conversation de Lytton Strachey Editions Le Promeneur, 1991

Quatrième de couverture : "Au coeur du XVIIIe siècle français, brille une longue suite d'amours malheureuses, d'amitiés trahies, de désespoirs et de ratages. Héroïnes du style et de l'esprit, virtuoses de la parole et de l'écoute, les salonnières furent comme fatalement la proie de ces passions impossibles, aimant qui ne les aimait pas, n'aimant pas qui les aimait.

L'histoire de la relation contrariée de Mme du Deffand et de Melle de Lespinasse est certes bien connue ; mais il revient à Lytton Strachey, en deux "portraits miniatures" jusque-là inédits en français, d'en avoir tracé l'épure, concentrant en quelques pages lumineuses d'un style cristallin, le récit de ces destinées admirables et erratiques, fascinées par le langage, soucieuses des formes, de l'élégance des rapports humains, prisonnières, pour finir, d'une géométrie de l'intenable." 

Extrait : [..] Le destin apparut sous les traits de Mme du Deffand. Mme-deffand-et-julie-d-Espinasse.jpgCette personne hors du commun entrait dans l'ultime phase de sa carrière. Elle vieillissait, elle devenait aveugle et, malgré toute sa gloire et son pouvoir, elle perdait goût à Paris. Dépitée et malade, elle fuit jusqu'au fin fond de la campagne ; elle passa un été avec les Vichy, et fit la connaissance de Mlle de Lespinasse. Les deux emmes semblent avoir compris presque aussitôt qu'elles étaient faites l'une pour l'autre. Julie avait alors vingt et un ans ; elle était déterminée à échapper à tout prix à une position intolérable ; elle se confia à la spirituelle et affectueuse marquise. Quel que fût son cynisme, quelque froid le regard qu'elle jetait sur un monde qu'elle ne connaissait que trop, il n'y avait pas plus impulsive que Mme du Deffand. Julie était dotée de toutes les vertus, de tous les talents ; elle était "ma reine" ; avec elle il serait possible de revivre ; elle devait venir à Paris ; il n'y avait pas d'autres solution. Julie hésita toute une année avant de franchir le pas. En avril 1754, elle se rendait enfin à Paris et emménageait chez la marquise dans ses appartements du couvent de Saint-Joseph. [...]

 *****

 Lytton Strachey (1880-1932), auteur britannique du XIXe, appartenait au groupe de Bloomsbury avec Virginia Woolf et John Maynard.

Bloomsbury: un cercle d'intellectuels disparus :Article - 24/05/12 - pains au lait, du café, du whisky (..) Thoby allait ouvrir la porte (…). Bell entrait ; Strachey entrait. Ils entraient en hésitant, en s’effaçant, et s’écroulaient sans bruit dans…

 

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Eve, n'est pas coupable !

Publié le par Perceval

" Il y a déjà bien longtemps, un être singulier, fait de poussière d’étoile et de poussière de terre, est né entre deux arbres. Le premier s’appelait l’arbre de la connaissance, le second l’arbre de vie." (Etienne Duvaldans http://mythesfondateurs.over-blog.com/

 

Garten der Lüste ParadiesPeut-être est-il nécessaire, pour évacuer cette faute originelle de notre inconscient, de reprendre notre mythe occidental fondateur, et le raconter de façon « juste »...

Les hommes ont fini par se sentir coupables d’une faute qu’ils n’avaient jamais commise !

Le jardin d'Eden était la matrice qui permettait la gestation de l’homme et de la femme, et leur expulsion ne semble être rien d’autre que leur acte de naissance et le blanc seing qui les rend aptes à être « humain ».

Dès, les premiers temps de sa réflexion, par nature, l’humain se reconnaît comme est un être divisé. Il n’est pas fait uniquement d’esprit comme l’ange ni simplement de chair comme l’animal. Il est entre les deux et c’est ce qui fait son originalité ; coincé entre deux tentations, celle de se prendre pour un dieu, ou de se comporter comme une bête …

L’homme est en manque de la femme, et la femme en manque de l’homme. Bien plus l’être humain manque de l’autre. Il doit entrer dans son manque pour entrer dans son désir. En effet le manque est ce qui fait vivre le désir et le désir est le moteur de la vie.

 

 

Dans ce tableau de 1510, pas de Dieu dans le ciel, l'homme habillé d'une toge rose qui nous regarde c'est Jésus... Point d’Ève recevant la pomme du serpent. Point d'Adam la croquant avec Ève, point de glaive et de barbus les chassant du paradis. Point de mort, point de punition. J._Bosch_The_Garden_of_Earthly_Delights_-detail_3-.jpg

 Jésus tient dans sa main gauche la main d’Ève en train de s'agenouiller devant lui, Il indique avec sa main droite que Lui est la forme entière de l'humaine condition, entre l'homme Adam et la femme Ève. Ils sont trois humains. Il est fils de l'homme et de la femme.

Dans ce jardin d’Éden, en son milieu, au-dessus de Jésus, la fontaine miraculeuse, fontaine de jouvence, fontaine de l'éternité. Bosh a employé le même rose que la toge de Jésus pour cette fontaine gothique, percée en son milieu d'un œil, situé au strict centre du tableau, au point de rencontre de ses diagonales, là s'abrite une chouette. C'est celle de Minerve, la sagesse au cœur de la connaissance.

 Point de pomme, point de péché de chair …. Le fruit est censé représenter la connaissance … !

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Adam et Eve islamique . Abou Said Ubaud Allah Ibn Bakhitshu 1294

 Dans le Coran, Adam est doté par Dieu d'une si grande connaissance que tous les anges doivent se prosterner devant lui, ce que l'ange Iblis (Satan) refuse de faire. Celui-ci pousse alors Adam et Ève à manger le fruit défendu. Dieu les punit en les faisant chuter sur terre où leur descendance est condamnée au fratricide. Mais Dieu leur offre le pardon et promet de les guider s'ils se montrent fidèles et refusent de suivre le Mal. 

Si le christianisme a développé à partir de cet épisode l'idée de "péché originel*", permettant d'expliquer l'existence du mal dans l'histoire, le judaïsme et l'islam n'en ont pas tiré les mêmes conclusions. Pour les musulmans, Adam est seul coupable de sa faute, dont l'humanité n'a donc pas hérité. En outre, après avoir été séparés pendant 200 ans, Adam et Ève sont pardonnés par Allah* sur le mont Arafat.

 

Voir également:

Eve, et adamArticle - 06/04/12 - Eve, et Adam - Adam n’aurait-il pas pu croquer « la pomme" en premier … ? Sans doute que non, si les rédacteurs ( conteurs ) ne l’ont pas voulu ainsi … ! Au début, donc,…


 

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Ouvrir son " salon "

Publié le par Perceval

Le salon, ou « bureau d'esprit », est une réunion dont le point de cristallisation est une femme. 42500_3.jpgLes habitués s'y rendent régulièrement mais il est ouvert aux étrangers de passage. On s'y intéresse à la littérature, aux arts, aux comédiens, à tous les sujets d'actualité. Bref c'est un lieu où les intérêts et les curiosités intellectuels peuvent librement s'exprimer.

Déjà, Madame de Lambert (1647-1733) avait ouvert son salon en 1710 ; alors qu'au château de Sceaux, on ne pensait qu'à se distraire... Pour la première fois, se rencontraient des hommes appartenant à des milieux sociaux différents et que la culture réunissait. Fontenelle, Marivaux, Montesquieu étaient ses amis les plus proches. 


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Madame de Tancin

Puis ce fut le salon de Mme de Tencin (1682-1749). Elle aussi avait eu une jeunesse tumultueuse Intrigues amoureuses et politiques continuèrent de remplir sa vie. Dans son salon, rue Saint Honoré, au coeur du Paris à la mode, on parlait sans doute plus souvent de politique que de littérature mais elle y développa ainsi l'art de recevoir, d'écouter, de faire parler ses hôtes. Elle savait, avec délicatesse, imposer des relations courtoises; chacun apprit à écouter l'autre, à placer ses remarques sans une véhémence de mauvais aloi. Souvent son "bureau d'esprit" s'élargissait à des visiteurs de passages, diplomates ou savants étrangers. Chez elle, écrit Marivaux: "Il n'est point question de rang ni d'état. Personne ne se souvient  du plus ou moins d'importance qu'il a; ce sont des hommes qui parlent à des hommes" (…) "Les uns y portaient le savoir, les lumières,les autres, cette urbanité et cette politesse que le mérite même a besoin d'acquérir. Les gens du monde sortaient de chez elle plus éclairés, les gens de lettres plus aimables"

Dans les salons une sociabilité, propre à ce siècle, où la conversation est tout un art de vivre. La correspondance également se veut être un prolongement de la conversation de salon. Elle a rarement un statut privé. On lit les lettres à haute voix, on les transmet ; les habitués les commente. C'est un véritable genre littéraire .

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De gauche à droite  Fontenelle, Houdar de La Motte et Saurin, sous le regard de Madame de Tencin

Vers le milieu du siècle, le processus qui mêle gens de lettres et gens du monde est irréversible.
 Autour de 1750, en quelques mois, surgissent ou s'annoncent les oeuvres majeures des Lumières. 1748 l'esprit des lois de Montesquieu.Deux ans plus tard c'est , Le Discours sur les arts ,de Rousseau... En 1750,  d'Alembert fait paraître le Prospectus qui annonce la parution de L'Encyclopédie. C'est la nouvelle génération de ceux qu'on appelle alors des philosophes (des intellectuels engagés).Ils ont préparé cette oeuvre majeure des Lumières, une victoire sur les préjugés, L'Encyclopédie.

 

Vers 1747, Madame du Deffand, à son tour, décide d'expérimenter, à son compte, la formule du salon qu'elle a patiemment mise au point durant ces longues années d'apprentissage mondain, toutes ces années pendant lesquelles elle a mis son talent au service des autres. Elle cherche où s'installer.

 Elle trouve un appartement -dans le Couvent des Filles de Saint Joseph- , celui qu'avait été occupé Madame de Montespan après sa disgrâce. Mme du Deffand a 50 ans.

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Madame Deffand n'est pas romanesque ...

Publié le par Perceval

Au zénith de la cour du roi -sous Louis XIV- la belle favorite à l'instant de sa chute quitte les salons lambrissés de Versailles, pour le couvent, telle Louise de La Vallière où elle rédige d'émouvantes « Réflexions sur la miséricorde de Dieu »... Ou, madame de Montespan, en pénitence, qui achève sa vie au couvent Saint Joseph qu'elle avait fondé.

A partir de 1749, c'est la marquise du Deffand (1697-1780) qui, après avoir épuisé les charmes pimentés de la galanterie du Régent au Palais Royal, s’installe dans l’ancien couvent des Filles de Saint-Joseph ( et oui, celui de Mme de Montespan)... De ce cadre religieux, elle va faire un Salon, un haut lieu de l'esprit du XVIIII° siècle, celui-là même qui va préparer la chute de la royauté.

 

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La courtisane amoureuse de Pierre Subleyras (1699 - 1749)

Madame Deffand n'a jamais été très croyante; enfant, au couvent de la Madeleine-du-Traisnel, la plus belle pension de Paris, elle détourne ses jeunes compagnes de leur piété et de leur foi, leur prêchant l'athéisme, sans bien savoir encore ce que cela veut dire ...

Dès sa sortie du couvent, elle n'a qu'un but : se marier. Le marquis du Deffand – brave gentilhomme de province qui aspire plutôt à une vie calme de famille – fera l'affaire. Ce mariage, selon ses mots n'est qu’une " une indécence convenue", et a l'avantage de l'insérer dans la société, qui deviendra, par la suite, sa seule raison de vivre.

La jeune épousée impose au marquis de vivre à Paris. A chacune de leurs sorties, de beaux messieurs entourent la jeune marquise, et -ce qui sidèrent le mari- cherchent véritablement à attirer ses grâces. Le mari rentré dans sa province, elle a de nombreuses liaisons et mène une vie des plus dissolues dans les salons de la Régence.

Elle fait le choix d'un amant, de haute position sociale, Charles-Jean-François Hénault, président de la 1re chambre des enquêtes du Parlement de Paris et ami de la reine, qui l'introduit chez la duchesse du Maine qui régente alors les plaisirs à la cour de Sceaux. Elle fait la connaissance de Voltaire qui restera son ami toute sa vie.

jean-francois-de-troy--lecture-de-moliere-detail.jpgSans doute Hénault, ne peut échapper à la fascination qu'il éprouve pour elle, mais il se défie … elle est trop redoutable !

Elle lui écrit :" Tous vos sentiments pour moi sont d'autant plus beaux  qu'il n'y en a pas un qui soit naturel. Pour moi, je suis fâchée de ne pas vous voir mais je supporte ce malheur avec une sorte de courage parce que je crois que vous le partagez pas beaucoup  et que tout vous est assez égal."

 Mais quand il lui écrit qu'un soir," il faisait le plus beau temps du monde, la lune était belle, mon jardin semblait vous demander. Enfin, je vous regrettais d'autant plus que je vous pouvais vous prêter des sentiments qu'il n'y a que votre présence seule qui puisse détruire "
Elle lui répond: " C'est le clair de lune, ce sont certaines circonstance qui font que vous me désirer ...moi je vous désire partout . Je n'ai ni tempérament ni roman ".

Délicatement, mais résolument, après plus de 15 ans d'apprentissage mondain, Mme du Deffand va peu à peu reprendre sa liberté, malgré les véhéments appels de la duchesse du Maine. Elle est décidée à ouvrir son propre salon.

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Chronologie:

1715-1723 : La Régence

1743 : Mort de Fleury. Louis XV assume à lui seul le pouvoir.

1745-1764 : Liaison de Louis XV avec une bourgeoise, Jeanne Poisson, qu'il fait marquise de Pompadour et l'installe officiellement à Versailles. Pendant 20 ans, c'est elle qui gouvernera.

1751-1772 : Publication de l'Encyclopédie de Diderot et d'Alembert; dictionnaire universel. La plupart des écrivains et savants ont contribué à sa rédaction (Montesquieu, Voltaire, Rousseau, Buffon, Quesnay, Turgot, etc).

1756-1763 : Guerre de sept ans. Les alliances s'inversent. L'Angleterre s'allie à la Prusse et la France à l'Autriche. La Grande-Bretagne entreprend une guerre coloniale et maritime contre la France.

1763 : Traité de Paris qui met fin à la guerre de sept ans. Louis XV cède aux Anglais le Canada, la rive gauche du Mississipi, une partie des Antilles françaises, les comptoirs du Sénégal et renonce à l'Inde.

1774 : Mort de Louis XV.

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Interdit de séjour à Versailles par décret du roi Louis XV, Voltaire recevait à sa table de Ferney les grands esprits de l'époque. Sur ce tableau de son ami Jean Huber (1721 - 1786), on peut reconnaître Diderot à droite du vieux philosophe et Condorcet à gauche, en discussion avec le père Adam.

1775 : Guerre des farines. Suite à une mauvaise récolte le prix du pain monte. Des bandes armées pillent les boulangeries de Paris et de Versailles.

1776 : Abolition des corporations et de la corvée royale. Disgrâce de Turgot à la suite de ces mesures qui lui ont valu beaucoup d'ennemis.

1776 Ministère de Necker qui poursuit les réformes comme l'abolition du servage.

1781 : Necker est lui aussi disgrâcié.

1787 : L'assemblée est dissoute.

1788 : Révolte de la magistrature. Rappel de Necker.

5 mai 1789 : Convocation des Etats Généraux. Le Tiers Etat demande dans ses Cahiers de Doléances la mise en place d'une constitution qui limite les pouvoirs du roi, définit les droits du peuples et abolit les privilèges de la noblesse et du clergé.




 

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Les salons au XVIIIème siècle …

Publié le par Perceval

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Voilà plusieurs jours, que je me perds dans les salons littéraires et mondains de cette période étrange de la fin de l'ancien régime...

La cour a sans doute perdu son éclat, pour que l'on soit ainsi attiré vers les salons, les cafés ou les clubs... On y rencontre les plus grands intellectuels : savants et écrivains … Ce qui est étonnant c'est la liberté des propos qui s'y affichent …

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Bienvenue-dans-la-Cour-de-Louis-XVI_portrait_w674.jpg

L'aspect divertissant des propos prime ; il s'agit de raconter des événements, d'expliquer des faits, de discuter des opinions... et tout cela sans lasser l'auditoire.

On y célèbre parfois l'insolence et la gaieté...

 Le marquis de Bombelles écrit en 1788 dans son Journal : « [le baron de Breteuil] ne revient pas de tout ce qu’il voit, de tout ce qu’il entend : nombre de nos amis deviennent fols ; quiconque ose élever la voix en faveur des anciennes formes est regardé avec dédain, et l’on regardera bientôt comme synonymes les qualifications de bête ou de royaliste. » Les inventaires montrent que les trois quart des bibliothèques nobles parisiennes de la seconde moitié du XVIIIe comportent des ouvrages interdits soit sur le plan politique, soit religieux...

 

Parmi les nombreux salons littéraires qui sont ouverts à Paris en ce milieu du XVIIIe siècle, il faut citer d’abord celui de la marquise Marie du Deffand (1697-1780), dont la rare et solide raison qu’elle apportait dans les causeries et discussions auxquelles elle présidait était encouragée par Voltaire en ces termes : « Ce qui est beau et lumineux est votre élément ; ne craignez pas de faire la disserteuse, ne rougissez point de joindre aux grâces de votre personne la force de votre esprit. »

La marquise du Deffand représente le siècle avant Jean-Jacques Rousseau et Julie de Lespinasse le siècle après l’invasion du roman en toutes choses.

Une-Soiree-chez-Madame-Geoffrin-par-Gabriel-Lemonnier.jpgUne Soirée chez Madame Geoffrin par Gabriel Lemonnier

Le salon de Marie-Thérèse Geoffrin a moins de portée littéraire … Elle veut éviter l’imprévu dans la causerie, en mettant toujours en présence les mêmes personnes, et divise les habitués de son salon en trois catégories. Le lundi, elle reçoit les artistes, peintres, sculpteurs, architectes ; le mercredi, les gens de lettres et les savants parmi lesquels on distingue surtout Diderot, d’Alembert, Dortous de Mairan, Marmontel, Raynal, Saint-Lambert, Thomas, d’Holbach, de comte de Caylus, etc.

À côté de ces salons du XVIIIe siècle, il y a aussi ceux de Louise d'Épinay, et de Doublet de Persan. On voit, dans le salon de Louise d’Épinay qui est restreint à un petit cercle de hommes de lettres et de philosophes les plus éclairés :le baron Grimm, Diderot et d’Holbach.

Chez l’actrice distinguée de la Comédie-Française :Jeanne-Françoise Quinault, dite Quinault Cadette se retrouvent un grand nombre d’habitués, parmi lesquels on distingue des hommes de lettres comme d’Alembert, Diderot, Duclos, Rousseau, Destouches, Marivaux, Caylus, Voltaire, Piron, Voisenon, Grimm, Lagrange-Chancel, Collé, Moncrif, Grimod de La Reynière, Crébillon fils, Saint-Lambert, Fagan de Lugny, l’abbé de La Marre, le chevalier Destouches et des hommes de pouvoir comme Maurepas, Honoré-Armand de Villars, le duc de Lauragais, le duc d’Orléans, le Grand Prieur d’Orléans, le marquis de Livry, Antoine de Fériol de Pont-de-Veyle etc... La conversation a lieu surtout à table, au souper. Au milieu de la table est une écritoire dont chacun des convives se sert tour à tour pour écrire un impromptu.

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Suzanne Necker (1737-1794 ) ne put jamais se livrer à son goût pour l’écriture, que son mari estimait ne pas ressortir de la condition féminine. Elle prend soin, parallèlement, de donner à sa fille - la future Madame de Staël - une excellente éducation, bien supérieure à celle dont bénéficiaient les jeunes filles de son milieu à la même époque.

Il ne faut pas non plus oublier le salon de la marquise de Turpin, où se trouvent Favart, Voisenon et Boufflers, et où l’on vient de fonder l’ordre de la Table ronde, qui a produit le petit recueil intitulé la Journée de l’amour.

Enfin, à la veille de la Révolution, on trouve encore le salon de Suzanne Necker, où Germaine de Staël, alors enfant prodige, s’entretient avec Grimm, Thomas, Raynal, Gibbon, Marmontel : et le salon de Anne-Catherine Helvétius, connu sous le nom de « Société d’Auteuil », et qui rassemble Condillac,d’Holbach, Turgot, Chamfort, Cabanis, Morellet, Destutt de Tracy, etc.

 


Oui... Il y a de quoi faire tourner la tête, et jusqu'aujourd'hui, si l'on en croit tous les passionné(e)s de cette période... Également, tout récemment au théâtre : L’Antichambre de Jean-Claude Brisville dans une mise en scène de Christophe Lidon, avec Danièle Lebrun et Sara Biasini... lebrun.1241810494.jpg

 

 

Nous sommes dans un salon à Paris vers 1750 au temps des encyclopédistes. Mme du Deffand, aussi réactionnaire que libertine, engage sa nièce Julie de Lespinasse comme lectrice car elle n’y voit plus clair...


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