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Rachilde, femme, "homme de lettres", son salon ...

Publié le par Perceval

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Marguerite Eymery, se fait appeler Rachilde (1860-1953), et se présente comme « homme de lettres ». Elle crée avec Alfred Vallette la revue symboliste: Mercure de France dont elle deviendra la patronne. Elle exerce alors un grande influence sur la vie littéraire. Le Tout-Paris se presse à ses "mardis".rachilde-2.jpg

Fille unique d'un militaire de carrière, et d'une héritière de l'une des plus influentes familles du Périgord, Rachilde vit jeune fille dans la vieille demeure familiale du Cros. Sa mère sombrant dans une demi-folie et son père devenu taciturne et violent après la défaite de 1870, la jeune fille est livrée à elle-même. Elle lit tout ce qui lui tombe sous la main et notamment Rachilde, un gentilhomme suédois du 16e siècle dont elle découvre les relations de voyage. Sans doute s'identifie-t-elle à lui, au point de décider de prendre ce nom comme pseudonyme littéraire. C'est à partir de cette passion pour la lecture qu'elle se lance dans l'écriture. Ainsi, entre 1877 et 1880, près d'une centaine de ses écrits paraîtront dans les journaux locaux :L'Echo de la Dordogne, L'Union Nontronnaise, Le Périgord, Le Réveil de la Dordogne.


Rachilde00.jpg
"Elle se trouve dans le clan des écrivains
dangereux et rares
 (...) une espèce de Mademoiselle de Maupin du livre, petite fille à la fois de Monsieur de Cazotte
 et du grand Barbey d'Aurevilly"
Jean Lorrain

En 1878, après avoir rompu ses fiançailles, Rachilde décide d'aller à Paris tenter sa chance dans les milieux littéraires. Une telle perspective d'éloignement satisfait également ses parents qui trouvent là un prétexte pour se séparer, puisque sa mère lui sert de chaperon dans la Capitale. Pour gagner sa vie, la jeune femme multiplie les collaborations : elle donne des articles à l'Estaffette, Paris-Bébé, La Jeunesse,Le Décadent, Le Scapin, Le Zig-Zag ainsi qu'aux journaux éphémères de son amie Camille Delaville : Le Passant et La Revue verte. En 1880, paraît en feuilleton dans L'École des femmes un de ses tout premiers romans La Dame des bois.

Habillée en homme, coiffée à la garçonne, courant les bals populaires une prostituée à son bras, elle défraie la chronique. Elle s'intéresse très tôt aux questions d'identité sexuelle et d'inversion, que reflète son roman le plus célèbre, Monsieur Vénus (1884), qui scandalise l'opinion et lui vaut une célébrité immédiate et largement sulfureuse. L'intrigue met en scène la passion d'une femme qui aime comme un homme son amant, lequel se comporte en femme... Romancière prolifique, elle a écrit plus de soixante romans. majeska-mv-5.jpg

Elle nie toutes les liaisons que lui prêtent ses contemporains avec Léo d'Orfer(Marius Pouget 1859-1924) et avec Maurice Barrès. En revanche elle reconnaît avoir eu une passion malheureuse pour Catulle Mendès (1841-1909). Après cet échec sentimental, la jeune femme rencontre au fameux bal Bullier son futur mari. Il s'appelle Alfred Vallette (1858-1935), il n'est alors qu'un modeste secrétaire de rédaction et romancier à ses heures (il ne publie d'ailleurs qu'un seul roman en 1886 : Monsieur Babylas). Ils se marient en 1889 et un an plus tard Mme Vallette donne naissance à sa fille unique, Gabrielle.

En 1890, les Valette crée avec d'autres le Mercure de France : seule Rachilde est alors vraiment connue, ce qui constitue pour cette jeune revue une véritable caution. Pour s'assurer de la collaboration de cette dernière, le comité de rédaction lui confia la critique littéraire, une tâche dont elle s'acquitte à partir de 1897 et ce, jusqu'en 1925. Elle anime également les "mardis" du Mercure. Ces réunions, qui ont débuté bien avant son mariage et auxquelles participaient des amis comme Jean Lorrain, Maurice Barrès, Tailhade et Moréas, font de son salon, à la veille de la Première Guerre mondiale, l'un des salons littéraires les plus en vue. majeska-mv-4.jpgElle est ainsi aux premières loges pour assister à la naissance du Symbolisme dont elle s'inspire pour écrire La Sanglante Ironie (1891), puis La Jongleuse (1900).

Elle tient, donc un salon dans les bureaux du Mercure de France, rue de l'Échaudé puis rue de Condé, où elle reçoit des écrivains et poètes comme Jules Renard, Maurice Barrès, Pierre Louÿs, Émile Verhaeren, Paul Verlaine,Jean Moréas, Paul et Victor Margueritte, Francis Carco, André Gide, Catulle Mendès, Léo d'Orfer (Marius Pouget), Natalie Clifford Barney, Henry Bataille, Guillaume Apollinaire, Alfred Jarry, Léon Bloy, Remy de Gourmont, Joris-Karl Huysmans, l'astronome Camille Flammarion, Stéphane Mallarmé, Henry Gauthier-Villars dit « Willy », Jean Lorrain, Laurent Tailhade, Paul Léautaud, Louis Dumur et Oscar Wilde.

Anti-dreyfusarde, Rachilde craint l'avancée des Allemands sur Paris et s'enfuit avec son mari à La Charité-sur-Loire.

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La grande ville, 1928  d'Otto Dix ( 1891-1969 )

Après la guerre, Ses activités se limitent à siéger au sein des comités littéraires. Elle continue également à faire parler d'elle, ainsi témoigne-t-elle en 1921 au procès que font les surréalistes à Maurice Barrès ( avec qui elle avait eu une brève liaison en 1885) . L'année suivante, elle refuse bruyamment la Légion d'honneur qui lui est proposée... pour l'accepter deux ans plus tard. Lors du banquet donné en l'honneur de Saint-Pol-Roux en 1925, elle en vient aux mains avec Max Ernst. En 1928, elle déchaîne contre elle les ligues féministes en publiant un pamphlet au titre provoquant en ces années d'émancipation de la femme : Pourquoi je ne suis pas féministe.

A partir de la mort de son mari (1935), elle vit désormais cloîtrée chez elle. Elle meurt, oubliée à l'âge de 93 ans, en 1953.

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Anis 24/03/2013 09:13

Oui, j'ai très envie de la lire d'ailleurs cette fameuse Rachilde.

Anis 23/03/2013 07:27

Un sacré personnage une fois encore plein de contradictions.

Perceval 23/03/2013 09:02



Oui... Le paradoxe d'une société coercitive, c'est de faire appparaitre des personnages assez forts pour transgresser...