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Christine de Pisan (1364-1430) -2/2-

Publié le par Perceval

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Christine à la fontaine de clergie, Le Livre de mutacion de Fortune
« Si pry a Dieu qu’il leur vueille donner
La mort briefment; car leur vie m’anoye,
Pour ce qu’en dueil me font mes jours finer
Sanz vous veoir, ou est toute ma joye
Car ilz se vont entremettant
De moy gaitier nuit et jour, mais pourtant
Ne vous oubli, ce pouez vous savoir,
Pour le desir que j’ay de vous veoir. 
»
Extrait de Pour le désir que j’ay de vous veoir :

Christine est d’abord une poétesse. En effet, c’est le premier moyen de se faire remarquer en bien par les princes mécènes, car leur cour se plaît particulièrement aux jeux poétiques de la littérature courtoise. Pourtant ...

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Christine de Pizan écrivant et la déesse Minerve, Christine de Pizan , Le livre des faits d’armes et de chevalerie, 1434

En 1399 elle publie une Epître au dieu d’Amour. Christine y dénonce l’amour courtois qui n’était, selon elle, qu’hypocrisie. Les hommes, écrit-elle, aiment à séduire, puis à se vanter entre eux de leurs conquêtes et prouesses sexuelles.... En 1401, avec le Dit de la Rose, elle déclenche la fameuse Querelle du Roman de la Rose, en dénonçant la misogynie grossière de Jean de Meung. A la querelle se sont mêlés des personnages très sérieux, parmi lesquels le chancelier de l’Université de Paris, le théologien Jean Gerson.

 Dans ce contexte, elle rédige une œuvre surprenante : la première utopie féminine.

La Cité des Dames (1405) de Christine de Pisan, est un espace gouverné par les femmes, une citadelle inexpugnable, bâtie à l'abri des guerres et du chaos engendré par la domination des hommes.

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Christine de Pizan présentant ses Epîtres du Débat sur le Roman de la Rose à la reine Isabeau de Bavière

« Dans cet espace utopique, dans cet univers féminin, elle analyse le rôle du corps, la fonction qu'il a rempli jusqu'alors. Pour elle, considéré comme beau et sain, il échappe à son destin de tentation et de péché, de procréation et de souffrance. L'image positive du corps de la femme, éloignée de la maternité ou de la faute, suppose une surprenante avancée par rapport aux idées du moment, qui ne laisse pas de surprendre. » Clara Obligado

Un siècle plus tôt, le pape Honoré III clamait du haut de sa chaire : « Les femmes ne doivent pas parler parce que leurs lèvres portent les stigmates d'Eve, dont les paroles ont scellé le destin des hommes ».

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Christine de Pisan offre son livre à Marguerite de Bourgogne

En 1418, au moment de la terreur bourguignonne, Christine trouve refuge dans un monastère. La victoire de Jeanne d’Arc à Orléans lui redonne l’espoir; elle rédige en son honneur le Ditié de la Pucelle en 1429. Elle sera le seul lettré contemporain qui ait salué par ses écrits l’épopée de Jeanne d’Arc. Elle a dû mourir peu de temps après.

 

« Et ainsi moi, Christine, un peu fatiguée par la longue écriture, mais me félicitant de la digne beauté de cette œuvre […] je me résolus d’en multiplier les copies de par le monde, quel qu’en fût le coût, afin qu’elle soit connue en différents endroits par les reines, les princesses et hautes dames, pour qu’elle reçoive les honneurs et louanges qu’elle mérite, et qu’elles la fassent connaître à d’autres femmes. Et lorsque sera réalisé ce projet auquel j’aspire - et qui est en bonne voie -, elle sera diffusée, répandue et publiée dans tous les pays du monde, bien qu’elle soit rédigée en langue française. Toutefois, parce que cette langue est plus connue que n’importe quelle autre dans l’univers, notre dite œuvre ne restera pas vaine pour autant, mais copiée en maints exemplaires, demeurera sans dépérir. Et ainsi les plus excellentes dames et femmes d’autorité, tant du présent que de l’avenir, pourront la voir et la lire, et prieront dieu pour leur servante Christine, regrettant qu’elle n’ait pas vécu en leur temps » (Le Livre des Trois Vertus.)

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