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L'âme est un corps de femme

Publié le par Perceval

Il est clair que que dans la cité grecque, la femme est une éternelle mineure, et au contraire d'un esclave, ou d'un étranger ; elle ne pourra jamais accéder à la citoyenneté... Bref, la femme est d'une humanité inférieure à l'homme … !g_knucklebone_players.jpg

 « Ce sont les mâles seulement qui sont créés directement par les dieux et à qui l’âme est donnée. Ceux qui vivent avec droiture retournent vers les étoiles, mais pour ceux qui sont ‘lâches’ [ vivent des vies sans rectitude], on peut supposer avec raison qu’ils ont acquis la nature des femmes à la seconde génération. Cette régression peut continuer pendant des générations successives à moins qu’elle ne s’inverse. Dans cette situation, ce sont évidemment seulement les hommes qui sont des êtres humains complets et qui peuvent espérer l’accomplissement ultime ; ce qu’une femme peut espérer au mieux est de devenir homme » ( le Timée 90e, de Platon (né en -428, décédé en -347))

prostituc3a9e-grecque.jpg Pour Aristote (né vers 384 av. J.-C., décédé vers 322 av. J.-C.) , La raison de l’infériorité des femmes provient d’un défaut. « Les femmes ont un défaut par nature » parce qu’elles ne peuvent pas reproduire le sperme qui contient l’être humain tout entier. Quand un homme et une femme font l’amour, l’homme apporte la substance de l’être humain (c’est-à-dire, l’âme), la femme apporte seulement la nourriture (la matière).

Il est pour Aristote un principe fondamental que, des deux facteurs ou composants de chaque être humain, la forme est supérieure à la matière...

Ces deux oppositions: l'homme et la femme, l'âme (psychê) et le corps (sôma), reviennent de manière asymétriques et obsessionnelles chez les intellectuels helléniques . La femme est du côté de la matière et de la passivité. Ce principe de la dualité du corps et de l'âme, et de l'infériorité du corps et de l'autonomie de l'activité intellectuelle, est un absolu avec Platon : « le sôma (corps) est le sêma (tombeau) de la psychê ».

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Mais … paradoxe... !

Giulia Sissa (*) débusque les paradoxes de ce discours. Alors qu'ils ont démontré l'infériorité du féminin et sa complicité avec le corps qu'ils exècrent, les philosophes dotent l'activité intellectuelle d'un nom féminin « psychê » et d'une représentation à la morphologie indéniablement féminine, la charmante Psychê.delphes_pythie-themis_aigeus.jpg

Pour parler de l'activité intellectuelle avec laquelle ils prétendent se confondre après avoir échappé à la gangue de leur sôma, ils utilisent volontiers des métaphores anatomo-physiologiques féminines...

La maïeutique socratique utilise le langage de l'accouchement et de ses douleurs pour exprimer la difficulté inhérente au travail intellectuel.... Giulia Sissa constate que la connaissance la plus valorisée en pays grec, celle que communique Apollon à Delphes, passe par l'intermédiaire d'une femme instrumentalisée : la Pythie... Elle doit être pure, vierge dans tous les sens du mot, absente de toute souillure et d’idées fausses...

 


(*) Chercheuse en histoire, anthropologie et philosophie du monde ancien - Giulia SISSA, L'âme est un corps de femme, Paris, Editions Odile Jacob

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