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Milena Jesenská, l'amie de Kafka. -1/2-

Publié le par Perceval

Milena Jesenská (1896-1944), écrivaine et journaliste, est connue, aussi, pour avoir été l'amie de Franz Kafka. Fille d'un professeur d'université praguois et stomatologue de renom, Milena perd sa mère à l'âge de 16 ans et grandit sans grande contrainte... Elle devient une jeune fille rebelle, intrépide, n’hésitant pas à traverser la Moldau à la nage pour retrouver un petit copain...Milena-Jesenska-4.jpg

Lors d'une promenade à travers Prague, elle rencontre Max Brod et Franz Werfel au Café Arco. Elles fréquente assidûment le quartier juif-allemand de la ville, où elle rencontre l'élite artistique de l'époque.

Sur la volonté de son père, elle entame des études de médecine, qu'elle abandonne bientôt.

Ernst-Pollak.jpgElle rencontre Ernst Pollak, alors qu'elle a environ 20 ans , et tombe éperdument amoureuse de lui, même s'il a dix ans de plus qu'elle. Son père est un antisémite enragé et désapprouve sa liaison avec E. Pollak, juif de langue allemande. Il va jusqu'à l'enfermer dans un hôpital psychiatrique pendant neuf mois, de Juin à Mars 1918. Elle réussit finalement à s'échapper et rompt définitivement avec sa famille.

Milena vit bientôt de sa plume, travaillant comme journaliste et traductrice.

Après sa 'libération', elle épouse Ernst et le couple s'installe à Vienne. Elle s'y sent seule et son mari la trompe... Le couple manque d’argent. Milena donne des leçons de tchèque, traduit, porte les bagages à la gare, sert comme dame de compagnie, rédige des articles… Elle publie finalement des articles et des éditoriaux dans certains des quotidiens et magazines les plus connus de Prague.kafka_franz.jpg

Milena écrit à Kafka qu’elle souhaite traduire en tchèque un texte qu'elle vient de lire « Der Heizer ». C’est le début de leur fameuse correspondance, la « joie secrète » de Milena.

Après trois mois d’échanges, leur rencontre ne se fait pas sans une préalable lutte intérieure chez Kafka. Il voudrait bien voir Milena, mais il redoute aussi la rencontre immédiate, physique. Kafka rompt ses fiançailles avec Julie Wohryzek.

Ils ne se ressemblent pas du tout : Ils font connaissance à Merano où Kafka fait une cure; elle a 24 ans, et lui 38. Il lui parle de ses problèmes, sa tuberculose, son hypocondrie, alors qu'elle est la vie même, une femme gaie et passionnée. Ces Lettres à Milena portent bien leur nom : elles sont à sens unique, seule Milena ayant conservé les courriers de Kafka.

C'est le coup de foudre, et une correspondance passionnée s’ensuit.

« J’ai besoin pour toi de ce temps et de mille fois plus que ce temps : de tout le temps qu’il peut y avoir au monde, celui de penser à toi, de respirer en toi, (…) de ce présent qui t’appartient. »

Milena-Jesenska.jpgDans son Journal, le 2 décembre 1921, Kafka semble littéralement frappé par la foudre : 

« Toujours Milena, ou peut-être pas Milena, mais un principe, une lumière dans les ténèbres. Elle est le ciel fourvoyé sur terre. »

Très vite, les lettres de Milena deviennent une drogue indispensable pour Kafka. Anxieux, Kafka ne cesse de déplorer son état de dépendance tout autant que la crainte du sevrage :

« Hier je t’ai conseillé de ne pas m’écrire chaque jour; je n’ai pas changé d’avis, ce serait très bon pour nous deux, et je te le conseille encore, et j’y insiste même encore plus; seulement, Milena, ne m’écoute pas, je t’en prie; écris-moi quand même tous les jours, tu n’as pas besoin d’en mettre bien long, tu peux faire bien plus bref que tes lettres d’aujourd’hui; deux lignes à peine, un seul mot, mais de ce mot je ne puis me passer sans une effroyable souffrance. »

En juillet 1920, ils se retrouvent à Vienne où ils passent quatre longs jours ensemble, « ton visage au-dessous du mien dans la forêt et ma tête qui repose sur ton sein presque nu… » Il hésite, s'imagine détruire ce miracle, cette harmonie s'il cède à la rencontre physique... Seconde rencontre à Gmundà la frontière autrichienne, « ce jour-là nous nous sommes parlé, nous nous sommes écoutés, souvent, longtemps, comme des étrangers. »

Après cette rencontre, il est à la fois lyrique et lucide : « Je ne sais ce que j’ai, je ne puis plus rien t’écrire de ce qui n’est pas ce qui nous concerne seuls, nous dans la cohue de ce monde. Tout ce qui est étranger à cela m'est étranger ». Il recherche la fusion : « ce n’est pas toi que j’aime, c’est bien plus, c’est mon existence : elle m’est donnée à travers toi » ; il doute : « tu veux toujours savoir, Milena, si je t’aime ; c’est une grave question à laquelle on ne saurait répondre dans une lettre. »

La relation amoureuse entre Franz et Milena reste essentiellement platonique. Elle traduit en tchèque plusieurs œuvres de l'écrivain, alors relativement méconnu. Leur amitié durera jusqu'à la mort de Kafka.

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