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Hazel, Lady Lavery

Publié le par Perceval

Hazel ( Lady Lavery) par le peintre Sir John Lavery
Hazel ( Lady Lavery) par le peintre Sir John LaveryHazel ( Lady Lavery) par le peintre Sir John Lavery
Hazel ( Lady Lavery) par le peintre Sir John LaveryHazel ( Lady Lavery) par le peintre Sir John Lavery

Hazel ( Lady Lavery) par le peintre Sir John Lavery

Lors d'un voyage en Bretagne en 1904, John Lavery (1856-1941) , peintre reconnu de l'Ecole de Glasgow veuf depuis 1891, rencontre Hazel Martyn, la fille d'un industriel de Chicago d'origine irlandaise et l’épouse en 1909.

Lui est né à Belfast dans une famille catholique, et il est plus âgé qu'elle de vingt-quatre ans... Il peint en Écosse en Angleterre ainsi qu'en Irlande et deviendra un portraitiste célèbre en particulier après avoir peint la famille royale britannique en 1913.

Hazel Martyn (1880-1935) est la fille d'un industriel de Chicago d'origine irlandaise, elle est dit-on '' la plus belle-fille dans le Midwest''... Elle épouse -en 1903 - lors d'un mariage ''arrangé'', Edward Livingston Trudeau Jr, un médecin. Ils ont une fille Alice... Après le décès de son mari, elle épouse en 1909, John Lavery, et devient son modèle préféré...

Pendant la Première Guerre mondiale , John Lavery est devenu un artiste officiel pour le gouvernement britannique . En 1918, il est anobli , et Hazel Lavery devient Lady Lavery.

La popularité et la beauté de Lady Lavery est reconnue de tous... Leur maison est très fréquentée, et leur salon ouvre ses portes à de célèbres invités : Churchill, Asquith, Bernard Shaw, JM Barrie, Maugham, et Evelyn Waugh.

 

Hazel éprouve un intérêt croissant pour la politique irlandaise, ce qui l'amène souvent à Dublin. Elle soutient la cause nationale. Sa maison à Londres accueille la Conférence anglo-irlandais historique de 1921, qui met un terme à la guerre d'indépendance irlandaise . Elle fait la connaissance de Michael Collins, et ils vont partager une passion amoureuse … Après son assassinat, elle continue à se battre pour sa cause en dépit des menaces...

Elle a reçu un témoignage de reconnaissance du gouvernement irlandais quand il a utilisé son portrait pour figurer sur des billets de monnaie, et représenter la beauté féminine irlandaise...

 

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Mademoiselle de Maupin – 2/2-

Publié le par Perceval

 

Le chapitre XII donne la parole à Mademoiselle de Maupin, qui fait le récit à son amie Graciosa, de sa rencontre avec Rosette, qui provoque un tête-à-tête avec ''le jeune homme'', espérant toujours qu'il va s'enhardir...

Mademoiselle de Maupin (1922), Fernand Siméon Illustration de Fernand Siméon pour “Mademoiselle de Maupin” - 1922,   Georges Crès, Paris.

Après la collation, Rosette égayée par un verre de vin des Canaries, assise près de Théodore sur une dormeuse assez étroite, se laisse aller en arrière et se renverse sur son bras très amoureusement.

« Je la contemplai quelque temps, avec une émotion et un plaisir indéfinissables, et cette réflexion me vint, que les hommes étaient plus favorisés que nous dans leurs amours, que nous leur donnions à posséder les plus charmants trésors, et qu'ils n'avaient rien de pareil à nous offrir. Quel plaisir ce doit être de parcourir de ses lèvres cette peau si fine et si polie, et ces contours si bien arrondis, qui semblent aller au devant du baiser et le provoquer ! ces chairs satinées, ces lignes ondoyantes et qui s'enveloppent les unes dans les autres... ; quels motifs inépuisables de délicates voluptés que nous n'avons pas avec les hommes ! Nos caresses, à nous, ne peuvent guère être que passives, et cependant il y a plus de plaisir à donner qu'à recevoir ... Son corps, facile et souple, se modelait sur le mien... La douce chaleur de son corps me pénétrait à travers ses habits et les miens... Ma situation devenait fort embarrassante, et passablement ridicule... Les façons entreprenantes m'étaient interdites, et c'étaient les seules qui eussent été convenables... Cette scène, tout équivoque que le caractère en fût pour moi, ne manquait pas d'un certain charme qui me retenait plus qu'il n'eût fallu ; cet ardent désir m'échauffait de sa flamme, et j'étais réellement fâchée de ne le pouvoir satisfaire : je souhaitai même d'être un homme, comme effectivement je le paraissais, afin de couronner cet amour... Ma respiration se précipitait, je sentais des rougeurs me monter à la figure, et je n'étais guère moins troublée que ma pauvre amoureuse. L'idée de la similitude de sexe s'effaçait peu à peu pour ne laisser subsister qu'une vague idée de plaisir... A la fin, n'y tenant plus, elle se leva brusquement... elle pensa qu'une timidité enragée me retenait seule, ...elle vint à moi, s'assit sur mes genoux... me passa les bras autour du cou, croisa ses mains derrière ma tête, et sa bouche se prit à la mienne avec une étreinte furieuse ; ...Un frisson me courut tout le long du corps, et les pointes de mes seins se dressèrent. Rosette ne quittait pas ma bouche ; ...nos souffles se mêlaient. Je me reculai un instant, et je tournai deux ou trois fois la tête pour éviter ce baiser, mais un attrait invincible me fit revenir en avant, et je le lui rendis presque aussi ardent qu'elle me l'avait donné. Je ne sais pas trop ce que tout cela fut devenu, si... »

 

Albert, lui se débat, avec les sentiments douloureux que lui inspire Théodore de Sérannes. En réalité, l'amoureux a l’intuition du véritable sexe de cet idéal de beauté qu’il vient enfin de rencontrer....

Madeleine-Théodore finit par goûter à cette liberté que lui offre son travestissement. Mieux, cela lui donne également accès à la culture et conséquemment au goût des jolies choses. Les femmes, constate-t-elle, sont prisonnières de corps et d’esprit : « Le temps de notre éducation se passe non pas à nous apprendre quelque chose, mais à nous empêcher d’apprendre quelque chose ».

À la toute fin du roman, Théodore reprend ses habits de femme et va offrir sa virginité à D’Albert. Au petit matin, elle le quitte pour rejoindre Rosette ! Puis, elle part, les quittant tous les deux.

 

Extrait de la préface, magnifique page d’anthologie :

« Il y a deux sortes d’utilité, et le sens de ce vocable n’est jamais que relatif. Ce qui est utile pour l’un ne l’est pas pour l’autre. Vous êtes savetier, je suis poète. - Il est utile pour moi que mon premier vers rime avec mon second. - Un dictionnaire de rimes m’est d’une grande utilité ; vous n’en avez que faire pour carreler une vieille paire de bottes, et il est juste de dire qu’un tranchet ne me servirait pas à grand-chose pour faire une ode. - Après cela, vous objecterez qu’un savetier est bien au-dessus d’un poète, et que l’on se passe mieux de l’un que de l’autre. Sans prétendre rabaisser l’illustre profession de savetier, que j’honore à l’égal de la profession de monarque constitutionnel, j’avouerai humblement que j’aimerais mieux avoir mon soulier décousu que mon vers mal rimé, et que je me passerais plus volontiers de bottes que de poèmes. Ne sortant presque jamais et marchant plus habilement par la tête que par les pieds, j’use moins de chaussures qu’un républicain vertueux qui ne fait que courir d’un ministère à l’autre pour se faire jeter quelque place. Je sais qu’il y en a qui préfèrent les moulins aux églises, et le pain du corps à celui de l’âme. A ceux-là, je n’ai rien à leur dire. Ils méritent d’être économistes dans ce monde, et aussi dans l’autre.

Y a-t-il quelque chose d’absolument utile sur cette terre et dans cette vie où nous sommes ? D’abord, il est très peu utile que nous soyons sur terre et que nous vivions. Je défie le plus savant de la bande de dire à quoi nous servons, si ce n’est à ne pas nous abonner au Constitutionnel ni à aucune espèce de journal quelconque. Ensuite, l’utilité de notre existence admise a priori, quelles sont les choses réellement utiles pour la soutenir ? De la soupe et un morceau de viande deux fois par jour, c’est tout ce qu’il faut pour se remplir le ventre, dans la stricte acception du mot. L’homme, à qui un cercueil de deux pieds de large sur six de long suffit et au-delà après sa mort, n’a pas besoin dans sa vie de beaucoup plus de place.

Aubrey Beardsley 

pour ''Mademoiselle de Maupin''

Un cube creux de sept à huit pieds dans tous les sens, avec un trou pour respirer, une seule alvéole de la ruche, il n’en faut pas plus pour le loger et empêcher qu’il ne lui pleuve sur le dos. Une couverture, roulée convenablement autour du corps, le défendra aussi bien et mieux contre le froid que le frac de Staub le plus élégant et le mieux coupé. Avec cela, il pourra subsister à la lettre. On dit bien qu’on peut vivre avec 25 sous par jour ; mais s’empêcher de mourir, ce n’est pas vivre ; et je ne vois pas en quoi une ville organisée utilitairement serait plus agréable à habiter que le Père-la-Chaise.

Rien de ce qui est beau n’est indispensable à la vie. - On supprimerait les fleurs, le monde n’en souffrirait pas matériellement ; qui voudrait cependant qu’il n’y eût plus de fleurs ? Je renoncerais plutôt aux pommes de terre qu’aux roses, et je crois qu’il n’y a qu’un utilitaire au monde capable d’arracher une plate-bande de tulipes pour y planter des choux.

À quoi sert la beauté des femmes ? Pourvu qu’une femme soit médicalement bien conformée, en état de faire des enfants, elle sera toujours assez bonne pour des économistes. À quoi bon la musique ? à quoi bon la peinture ? Qui aurait la folie de préférer Mozart à M. Carrel, et Michel-Ange à l’inventeur de la moutarde blanche ?

Il n’y a de vraiment beau que ce qui ne peut servir à rien ; tout ce qui est utile est laid, car c’est l’expression de quelque besoin, et ceux de l’homme sont ignobles et dégoûtants, comme sa pauvre et infirme nature. - L’endroit le plus utile d’une maison, ce sont les latrines. »

Théophile GAUTIER, Mademoiselle de Maupin (1835), « Préface ».

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J. Cocteau, et une femme : Natalie Paley – Yseult -2/2-

Publié le par Perceval

Natalie Paley, « de sœur potentielle, la femme devint un être étranger, menaçant, tentaculaire – une Gorgone à la bouche haineuse et au ventre grouillant – […] »

Cocteau, Jean (1889-1963) 

La princesse Nathalie Paley en sphinx. 1932

Elle apparaît curieusement sous les traits du Sphinx de sa pièce, La Machine infernale, adaptation du mythe d’Œdipe. Durant l’élaboration de cette œuvre, Dans ses papiers personnels figure un dessin du Sphinx, tracé de sa main et sur lequel a été collée, à la place de la tête, une photographie de Georges Hoyningen-Huene représentant le profil de Natalie Paley. Audessus, le poète a écrit : « Silence. Ici, j’ordonne », une phrase que prononce le monstre au cours de l’acte II. Le Sphinx, « […] la Déesse des Déesses […], la grande entre les grandes », l’équivalent profane de la Vierge, représente la mort. Mais pour Cocteau, la mort n’est pas synonyme de destruction, il s’agit de l’équivalent du mystère, de l’irréel, de la zone du miroir qui représente l’invisible, objectif ultime du poète. […] la fonction des femmes est de révéler le héros à lui-même à travers la découverte de l’énigme de l’existence. […] le personnage s’impose plus que jamais comme le médiateur entre, le visible et l’invisible, entre le temporel et l’atemporel, et entre la vie et la mort ».

  Jean Cocteau et Jean Marais en 1937  

C’est par le mythe et par la poésie que le poète peut atteindre cette vérité, l’invisible, « invisible aux yeux habitués », comme dira Héron. Dans le film de Cocteau, L’Éternel Retour (1943), le personnage d’Yseult s’appellera curieusement aussi Natalie.

Cocteau disait que L’Éternel Retour dont le titre est emprunté à Nietzsche « veut dire que les mêmes légendes peuvent renaître sans que leurs héros s'en doutent-éternel retour de circonstances très simples qui composent la plus simple de toutes les grandes histoires de coeur »

Ce film reprend le mythe celtique et moyenâgeux de Tristan et Iseult en le transposant dans le monde contemporain ( la France occupée de 1943): les accents poétiques, les images, la beauté des plans et des comédiens font de ce film, avec Les Visiteurs du soir et La Belle et la Bête, l’un des joyaux du cinéma fantastique français.

Le personnage que joue Madeleine Sologne ( Nathalie) y dépasse sa condition de femme, « normale », ordinaire, elle incarne une idée de la Beauté et de l’amour sublime au sens platonicien.

Jean Marais dont ce fut la première apparition majeure trouve avec le rôle de Patrice ( Tristan) un tremplin vers la gloire. Il marque la mode des années sombres avec son "pull jacquard". Jean Marais et Madeleine Sologne formeront pour toute la jeunesse de l'époque une sorte d'idéal romantique.

 

Sources : Un article de Catalina GONZÁLEZ MELERO

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J. Cocteau, et une femme: Natalie Paley – Yseult -1/2-

Publié le par Perceval

Jean Cocteau aime s’entourer de personnes de la haute société et de femmes d’origines princières comme Marie-Laure de Noailles ou Natalie Paley, ce que les surréalistes ne lui pardonnent pas. Cherchant la protection des femmes, il fréquente les salons des « précieuses » de la Belle Époque dont Mme Lucien Muhlfed, la comtesse Greffuhle ou Mme Alphonse Daudet. Cocteau y brille.

 

Deux des figures féminines influentes dans la vie de Cocteau présentent une dualité très claire, se situant entre le sacré et le profane, entre le mystère et la réalité, entre la vie et la mort : sa mère, mais aussi Natalie Paley (1905-1981).

BALLETS RUSSES  - Arts vivants -  1924

Portrait de Jean Cocteau

peint entre 1910 et 1912.


Deux femmes mortelles sacralisées par le poète, inclues dans son imagerie féminine grâce à leurs doubles fictionnels, grâce à l’écriture. Elles formeront ensemble les deux côtés opposés, mais nécessaires de son idéal féminin, un idéal féminin, soit dit en passant, qui lui ressemble : Cocteau est la vive image de sa mère - Picasso lui dira « J’aime ta mère qui te ressemble ». Natalie Paley est l’absolu contraire d’Eugénie et cependant : […] ressemblant à Jean Cocteau sur bien des points, [elle] en est son parfait miroir. Natalie est une intuitive, une contemplative ; son charme et sa douceur sont infinis. Elle partage son attirance pour l’inexprimé, l’inexplicable, la magie, et, comme lui, elle s’apparente aux êtres qui, gardant le goût de l’enfance et du secret, ne vieillissent pas.

 

Un article d'Arthur King Peters résume très bien l'histoire de cette liaison de Cocteau : « Un jour Serge Lifar se rendit à une projection privée du «Sang d'un Poète» (1930), accompagné d'une très belle jeune femme. C'était Nathalie Paley Lelong que ses amis appelaient Natacha. Au premier regard, Cocteau décida qu'elle était faite pour lui donner le fils qu'il s'était mis à 41 ans à appeler de ses voeux ; Natacha (1905- 1981), princesse russe de la famille des Romanov, fille du grand-duc Paul Alexandrovich de Russie et de la Princesse Paley, née Karnovitch, fut totalement conquise par l'esprit et le charme du poète, et une liaison se développa vite entre eux. Les commérages du gratin parisien sur Cocteau et Natacha s'amplifiant, Lelong demanda le divorce.

Marie-Laure-de-Noailles

 La princesse remarquait que, bien que Cocteau parlât de mariage, son jeune compagnon Jean Desbordes, était toujours présent.

La plus proche amie de Natacha était Marie-Laure de Noailles, dont la juvénile affection pour Cocteau n'avait pas entièrement disparue, malgré son mariage avec le vicomte de Noailles. Quand Marie-Laure apprit, par Christian Bérard, que Natacha et Jean vivaient ensemble, la jalousie la mit en fureur. Elle dit à Natacha que Cocteau ne l'épouserait jamais et que, de toute manière, il ferait un mari minable. Son avis fut entendu.

Natacha partit brusquement pour une clinique suisse, et une rupture survint entre elle et Cocteau, qui en fut vivement blessé. Quand il apprit la traîtrise de Marie-Laure, il se mit à sa recherche et la gifla en présence de Natacha. Marie-Laure rentra chez elle en fureur et brûla tous les papiers que Cocteau lui avait donnés depuis des années, dont le manuscrit de La Machine Infernale...» 

 

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Le visage d’Agnès Sorel

Publié le par Perceval


C'est en 1443 que Charles VII croise le regard de celle qui deviendra sa maîtresse et la « favorite » du roi... De la passion illégitime entre Agnès et Charles naissent quatre filles que le monarque ''reconnaît''. Agnès Sorel, 28 ans à peine, meurt quelques jours après avoir accouché de sa quatrième fille près de Rouen. Une récente autopsie de son cadavre a révélé une mort liée à un empoisonnement, son corps étant rempli de mercure ingéré.

Philippe Froesch, à qui l'on doit déjà la visualisation numérique des visages d'Henri IV, de Simon Bolivar ou encore de Maximilien Robespierre, a procédé à la reconstitution du visage de la Dame de Beauté. 

Pathologiste, Philippe Charlier détient le crâne d'Agnès Sorel, la maîtresse de roi français Charles VII

Philippe Froesch, a réalisé, avec le Dr Charlier, le visage numérique d'Agnès Sorel.

En 2005, le Dr Philippe Charlier médecin légiste des grands noms de l'histoire confirme scientifiquement l'empoisonnement au mercure de la maîtresse de Charles VII.

Agnes Sorel -  masques mortuaires

 

Le visage version 2014 semble s'accorder assez bien avec les précédentes représentations de la favorite.. « Ce portrait n'est pas éloigné du tableau de Jean Fouquet ( vers 1450). Il y a une ressemblance, avec cette petite bouche, ces grands yeux et ce grand front. »

« Nous avions gardé le scanner du crâne d'Agnès Sorel qui nous avait permis, avec Jean-Noël Vignal , de faire cette reconstitution. »

Et pour ce qui est du reste du corps de la belle Agnès... ? A ce jour, la seule représentation en trois dimensions est celle du gisant de la belle Agnès dans la collégiale Saint-Ours de Loches : « On avait comparé la morphologie du crâne d'Agnès Sorel avec celle du gisant : c'était parfaitement le même, bien que le bout de son nez ait été cassé à la Révolution française. C'est normal, le visage du gisant avait été fait à partir d'un masque mortuaire. On a le même exemple pour Henri II, Catherine de Médicis… »

En poursuivant ses recherches, le Dr Philippe Charlier a découvert la maladie dont souffrait Agnès Sorel. « En plus du mercure, on a appris qu'elle avait la malaria. Ce n'est pas extravagant car le paludisme remontait alors jusqu'en Scandinavie. Mais cela n'a pas de lien avec sa mort », précise-t-il.

La mode, c'est elle. Le décolleté, c'est elle. La beauté, c'est elle. L'influence politique féminine, c'est elle. « Tout a changé avec elle. Les favorites, qui vivaient cachées, ont eu leur place en politique », résume Christine Brosset, la guide du Logis royal de Loches.

Il est une grande question : Avant Charles VII, l'Église refusait que le roi impose sa favorite. Pourquoi, et comment, avec Agnès, y est-il arrivé ? Le contexte de l'époque, la guerre de Cent Ans, peut expliquer pourquoi la Cour et l'Église auraient fermé les yeux sur cette passion amoureuse pendant ces temps très durs. Pour la première fois, des enfants non issus entièrement de sang royal ne sont plus considérés comme bâtards mais reconnus par la Cour.

Agnès est la grand-mère de toute une dynastie royale et impériale en Europe.

Le charme de cet « idéal féminin » opère toujours.

Voir l'article : AGNÈS SOREL, MAÎTRESSE DE CHARLES VII

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La galanterie

Publié le par Perceval

La galanterieLa galanterieLa galanterie

Pour préparer la journée dite de La Femme... On peut se questionner du bien-fondé de tout ce qui recouvre '' la galanterie ''…

Serait-ce une manière d'affirmer la supériorité d'un sexe sur un autre, qui se vit ''faible'' … ?

Ce ''Après vous, madame" : met-il - celui qui prononce ces mots - en situation d'humilité ou de supériorité ? La misogynie se niche-t-elle dans la galanterie ?

"(...) la croyance veut que les femmes soient précieuses, ornementales et fragiles, inexpertes et inadaptées à tout ce qui exige l'emploi de la force musculaire ou à l'apprentissage de la mécanique et de l'électricité, ou à tout ce qui comporte un risque physique ; plus encore, qu'elles soient facilement sujettes à la souillure et à la flétrissure, qu'elles pâlissent lorsqu'elles sont confrontées à des paroles blessantes et à de cruelles réalités, parce qu'elles sont instables autant que délicates. Il s'ensuit dès lors que les hommes ont l'obligation de s'interposer et de les aider (ou de les protéger) (...)" Le texte de L’arrangement des sexes, d'Erving Goffman énonce comment nos croyances en des différences "naturelles" entre hommes et femmes sont à la fois injustifiées et constamment renforcées.

La galanterie ne serait-elle qu'une forme de 'séduction', de jeu … ? La théorie de la séduction souligne que c'est l'absolutisme français qui a valorisé et encouragé une forme unique de civilité au sein de laquelle les femmes bénéficieraient d'une forme de reconnaissance spécifique... Et, Roederer imputait, comme beaucoup de ses contemporains, la décadence de la Monarchie à l'excès des femmes aristocrates dans l'utilisation de leur pouvoir d'influence. La séduction peut s'entendre comme un attribut de ce pouvoir d'influence. Selon Pierre-Louis Roederer (1754-1835) , bien que toutes les femmes ne puissent être tenues responsables de la décadence monarchique, chacune d'entre elle qui serait mise en situation de richesse et de proximité avec le pouvoir, est susceptible d'abuser de sa force de persuasion.

Alain Finkielkraut parle de la « visibilité heureuse du féminin qui remonte loin dans le temps: ce que nous appelons « l’âge classique » se dénommait lui-même « l’âge galant »

C'est comme si la soumission des femmes était compensée par leur pouvoir de séduction, présumé naturel également.

Alain Finkielkraut, lui, dénonce « le processus actuel d'égalisation totale des valeurs qui rend toute hiérarchie suspecte et toute dissymétrie impossible. La démocratie c'est vécue maintenant de plus en plus comme l'affirmation par l'individu de ses droits et la conquête incessante de nouveaux droits et la dimension collective disparaît. »

La force du désir masculin est-elle – en fait- ce qui fait le pouvoir féminin.. ?. Le rôle de la femme serait de civiliser, de "rassurer", de refréner, d'apprivoiser les hommes dans leur identité agressive et brutale. Elles en auraient le pouvoir par la séduction qu'elles exercent...

Allons plus loin... La soumission de la femme est-elle la condition d'une véritable féminité ? Cette théorie repose sur une vision 'naturelle' de la différence entre les genres. L'inégalité est ainsi naturalisée, érotisée et euphémisée, fondée sur la certitude de la supériorité masculine.

« Je ne vois pas pourquoi, au nom de l’égalité, les femmes devraient abandonner leur féminité (…) Rien ne serait pire qu’une société qui, au nom de leur nature, renverrait les femmes à la cuisine. Mais je persiste à considérer la différence sexuelle comme la différence originaire, celle dont toutes les autres sont issues.» Alain Finkielkraut

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Léonor Fini et André Pieyre de Mandiargues-3/3-

Publié le par Perceval

Léonor Fini et André Pieyre de Mandiargues-3/3-Léonor Fini et André Pieyre de Mandiargues-3/3-Léonor Fini et André Pieyre de Mandiargues-3/3-

À New-York, Leonor Fini visite un musée de monstres dans la 14ème rue et se rend dans une colonie de monstres à Broadway. Ses démêlés avec son galeriste Julien Levy sont dignes d’un film des Marx Brothers : « Ce matin, je me suis horriblement querellée avec Levy, qui était ivre et puait du nez. Je lui ai flanqué un coup de pied car il prétendait que je suis « avare » (il voulait dire « intéressée ») et que je suis venue ici pour gagner de l’argent (et pour quoi d’autre ?). C’est un formidable crétin. Il m’a giflée et je lui ai craché au nez. Puis il m’a jeté à terre. Alors je l’ai griffé, je lui ai donné des coups de poing dans la figure et j’ai pris une grande assiette en verre (très moderne, genre Trois Quartiers) que j’ai lancée en l’air et qui s’est brisée en mille morceaux, éraflant une table de bois pour laquelle Levy avait une passion. Levy était furieux, il en bavait. Il m’a dit qu’il briserait mes tableaux. Je lui ai répondu que j’irais étrangler ses petits enfants, puis je lui ai jeté les morceaux de verre au nez. »

Leonor Fini & Stanislao Lepri, 1945

Leonor Fini & Stanislao Lepri, 1945

Mandiargues lui relate ses pérégrinations à travers les routes fantomatiques de l’Europe de l’Est avec sa vieille Buick rebaptisée Mum, ou ses visites aux musées de peinture ancienne à Gand, Bruxelles, Bruges ou Anvers lorsqu’il s’émerveille devant un polyptique de Van Eck, une tentation de Saint-Antoine ou un calvaire de Bosch... Il ne manque jamais de terminer ses lettres par un exercice d’adoration au « Chat Mammon » : « Tu possède tous les talents, tu unis en toi toutes les sciences, tu es l’habileté faite femme et le grand chat dont je ne cesse de rêver... » Aimer, peindre ou regarder de la peinture, écrire sont aux yeux de Mandiargues une seule et même chose : « Sais-tu que tu es vraiment et absolument géniale ? À travers le surréalisme, tu retrouves tout le romantisme anglais et allemand, Keats et Arnim, « la Belle dame sans merci » et la mandragore, le poème de la nuit et de l’eau morte et des êtres ambigus qui envoûtent les hommes et les détruisent. »

Leonor Fini by George Platt Lynes (New York, 1936) Arturo Ghergo. Leonor Fini, Rome, 1944-45

André Breton n’apprécie pas son travail : une femme ne peut avoir dans son univers phallocentrique (inquisiteur) qu’une place subalterne.Les portraits du jeune écrivain Mandiargues s’accumulent, tandis que son ami photographe Cartier-Bresson ne cesse de l’immortaliser dans des poses lascives, ou sinon en exécutant de troublants portraits. Leonor Fini, jeune, belle et talentueuse est très sollicitée dans les fêtes parisiennes... Elle fascine, Dior la présente à Elsa Schiaparelli, qui à des fins de notoriété l'habille...

Leonor Fini, Paris, 1937

Sa beauté fascine bien d’autres photographes, dont Erwin Blumenfeld, George Platt Lynes, Dora Maar, Lee Miller et d’autres encore. Elle parvient à s’imposer comme peintre en exposant en 1933 avec les Italiens (Carrà, De Chirico, Severini, Campigli, De Pisis), puis en étant invitée un an plus tard à prendre part à l’exposition organisée par Paul Éluard sur le dessin surréaliste à la galerie Quatre Chemins. Des toiles telles que la Chambre noire, Femme en armure ou D’un jour à l’autre marquent son engagement dans l’univers surréaliste avec une forte connotation érotique. Elle rencontre Max Ernst, et deviennent amants. Il lui permet l’accès direct aux idées du Surréalisme...

C'est pendant les années 1935 que Leonor acquiert la réputation d'icône de la vie parisienne, artistique et mondaine. Elle assiste aux générales, aux vernissages, aux bals et aux fêtes, toujours habillée de façon extravagante.

En 1936 elle expose avec Max Ernst à la Julien Levy Gallery à New York. C'est sa première exposition vraiment importante qui marqua une étape décisive de son parcours. Le fait qu'elle expose avec Max Ernst et que dans le catalogue de l'exposition elle est louée par Paul Eluard et Giorgio de Chirico démontre ces affinités avec le surréalisme, mais aussi sa forte personnalité.

Gala, Salvador Dali, Leonor Fini & Andre Pieyre André Pieyre de Mandiargues, stranger, Federico Veneziani, Leonor Fini and stranger, 1939

Malgré cela elle a toujours refusé l'étiquette de peintre surréaliste et elle a toujours détesté André Breton avec sa misogynie, sa haine de l'homosexualité et son habitude de jouer les juges au tribunal.

Leonora Carrington and Leonor Fini by Denise Colomb, 1952  

En 1942, elle fait la connaissance de Stanislao Lepri, consul d’Italie à Monaco, qu’elle encourage à peindre. Puis, en 1951, elle rencontre l’écrivain polonais Constantin Jelenski, dit « Kot » de 14 ans son cadet, avec qui elle partagera désormais sa vie.

Leonor adorait Jelenski mais celui-ci était épris de Stanislao Lepri. Ils vécurent une relation à trois jusqu’à la fin de leurs vies.

Leonor Fini and Konstanty A. Jeleński, Nonza (Corsica), the 1970s, photo by Richard Overstreet

Leonor Fini (1908 - 1996)

Sources : Article d'Olivier PLAT sur la correspondance 1932-1945 entre Léonor Fini et André Pieyre de Mandiargues.

Leonor Fini de Peter Webb

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Léonor Fini et André Pieyre de Mandiargues-2/3-

Publié le par Perceval

Leonor Fini (c. 1930)

En 1929, l'oncle de Léonor accepte de financer ses études artistiques à Milan, ville de ses premières prémices d'art... Ville où les peintres comme Funi, Carra, Tosi l'introduisent à la magie de la peinture. Le romantisme italien reste sur les gestes et les habits légers de ses personnages... Nathan lui fait connaître le réalisme décalé du groupe Novecento Italiano. Sa plus importante rencontre est celle de De Chirico.

Au bout d'un an, elle se lasse de Milan, de sa misogynie et son climat fascisant. En 1930, elle suit le couple De Chirico à Paris... A son retour à Milan, elle rencontre le prince Lorenzo Ercole Lanza del Vasto de Trabia dont elle tombe tout de suite amoureuse. Leonor s'est mis en tête de faire carrière à Paris, et ils décident de s'installer ensemble à Paris.

En Mars 1932, le couple décide de se séparer; Lorenzo rentre à Milan.

Au café des deux magots, elle retrouve De Chirico, et rencontre Jules Supervielle et Max Jacob. Bientôt, elle est invitée à dîner par de riches aristocrates aimant les arts – Les Noaille, les Montesquiou -. Un jour d'été 1932, deux jeunes gens entament une conversation avec elle dans le bar de son hôtel : ce sont Henri Cartier-Bresson et André-Pierre de Mandiargues. Une semaine après elle s'installe dans le petit appartement de Mandiargues ; dans l'appartement du dessous, Cartier-Bresson vit avec une jeune noire américaine.

André Pieyre de Mandiargues - 1933

de George Hoyningen-Huene: 

Henri Cartier-Bresson, New York, 1935

Sa première exposition personnelle est à la Galerie Bonjean, dont Christian Dior est le directeur.

André Pieyre de Mandiargues (1909-1991) qu’elle épouse en 1950, est l’un de ces « étranges garçons, extrêmement timides, cultivés, infantiles et détachés de la vie quotidienne », dont parle Leonor Fini dans une lettre à sa mère. Tous deux entament une liaison qui se prolongera durant vingt ans par le truchement d’une abondante correspondance.

En haut: André Pieyre de Mandiargues et Léonor Fini - Italie- 1933

 

Leonor Fini, André Pieyre de Mandiargues, Trieste, 1932, ( à droite )

Photography by Henri Cartier-Bresson

La correspondance de Léonor Fini et André Pieyre de Mandiargues comprend cinq cent soixante lettres (trois cent soixante-dix de Leonor Fini, cent quatre-vingt-dix de Mandiargues) échangées entre 1932 et 1945...

Leonor Fini - Autoportrait au scorpion (1938)

Tandis que Mandiargues met à profit son héritage pour voyager en Europe et visiter ses musées tout en se consacrant silencieusement à devenir écrivain, Leonor Fini tente de trouver sa place dans un monde dominé par les hommes...

Farouchement indépendante, son prodigieux sens de l’observation l’amène à porter un regard impitoyable sur le milieu mondain dans lequel elle évolue où se côtoient artistes, mécènes, galeristes, critiques d’art, créateurs de mode, aventurières et femmes du monde, ce qui ne la décourage pas d’y participer, bien au contraire, car si elle avoue à Mandiargues déplorer « cette horrible envie que j’ai de consommer tant de personnes, ce sentiment spectaculaire de moi-même qui me rend inquiète et changeante », elle le revendique quelques lettres plus tard : « Moi j’ai besoin de consommer beaucoup de monde et de faire le paon en public. »

Léonor Fini

Et Mandiargues d’abonder dans son sens : « (...) je sais que tu aimes, plus que tout, être la reine de la fête et, surtout, que tu es d’une telle beauté, costumée, qu’on ne peut regarder personne d’autre dans les bals quand tu es là. » Tout comme dans ses tableaux, elle aime susciter un état de fascination, et se fasciner elle-même. La voici Narcisse se mirant dans les miroirs de l’Opéra : « J’étais très belle, fantastique, beaucoup plus que le spectacle lui-même. (...) J’avais l’air d’un roi fou, habillé d’immenses feuilles. Je portais dessous une robe noire très moulante, comme tu les aimes, si bien que je paraissais nue, couverte des seuls pétales noirs. » Plus fragile qu’elle n’y paraît, on comprend mieux pourquoi elle ne supportera pas d’être supplantée par Bona Tibertelli dans le regard d’André, et le silence qui s’ensuivit jusqu’à la mort de Mandiargues en 1991 :

Léonor Fini - 1936 New York -

« Si je suis aussi souvent très sûre de moi, c’est parce que je t’ai : tu es mon plus beau et cher miroir, tu me réchauffes, tu me fais parfois ronronner avec une satiété arrogante et une plénitude joyeuse. »

Sans doute est-ce pour la même raison qu’elle collectionne les conquêtes à la manière d’un Casanova au féminin, elle qui estime « ignoble et désespérante la vie érotique des femmes » et aimerait souvent « vivre comme un homme » : « J’ignore pourquoi je me conduis ainsi, il serait facile de conclure que je veuille me libérer vite de ces individus et que je refuse profondément de m’attacher à qui que ce soit. Mais il est également vrai que si cette protection existe, je n’en ai aucune contre le sentiment (c’est vrai) de honte que ces aventures suscitent en moi. Voilà pourquoi, ensuite, je les déteste très souvent. (...) Et puis je ne suis pas complètement impassible et, malgré tout, j’ai parfois besoin qu’on s’occupe de moi, qu’on m’embrasse, qu’on me cristallise en soi pour un moment. »

A suivre....

Sources : Article d'Olivier PLAT sur la correspondance 1932-1945 entre Léonor Fini et André Pieyre de Mandiargues.

Leonor Fini de Peter Webb

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Léonor Fini -1/3-

Publié le par Perceval

Leonor Fini (1907-1996), artiste peintre, femme écrivain, dessinatrice, illustratrice, décoratrice de théâtre et réalisatrice de costumes, naît le 30 août 1907 à Buenos Aires.

Leonor Fini, with her parents (on the left) and her father's family in Buenos Aires, 1907 Leonor Fini, ca. 1913

Alors qu’elle est âgée d’un an, sa mère prend la fuite devant son époux pour retourner dans sa ville natale Trieste. Afin de prévenir les tentatives d’enlèvement du père, la mère fait porter à Fini des vêtements de garçon pendant les premières années de son existence.

Trieste c. 1910 - 1915

Trieste est le cadre des années d'apprentissage de Léonor Fini... Ville du Nord de l'Italie, restée autrichienne jusqu'en 1919 ( Léonor Fini a alors 11ans )... Trieste est devenue une capitale à la mode, un monde de la ' bella figura ', dont les habitants portent sur eux la marque du stylisme. Les femmes sont réputées pour leur sophistication, leur culture, leur beauté...

La mère ( Malvina Braun Dubich) de Leonor est la figure centrale de son enfance. Son père, Herminio Fini est un tyran, de belle apparence, un joueur... . « Sur la première enfance de Leonor, l'ombre pèse de ce père absent. Don Juan croquemitaine, fourbe virilité à moustaches, sombrero et cigare, qui outré dans son honneur, veut reprendre sa fille à un doux clan maternel, libéral et libre penseur, afin de l'élever selon les lois de l'espèce et de la religion apostolique et romaine. » ( un ami de la famille).

La famille Braun est très liée à l’intelligentsia triestine : Italo Svevo, Umberto Saba et James Joyce.

Leonor Fini, se souvient de ses déguisements, en particulier lors de Mardi gras... « Encore enfant, j'ai découvert l'attrait des masques et des costumes. A quatorze ans, je me suis promenée avec une amie de mon âge dans les rues de Trieste, des queues de renard dérobées à nos mères cousues à nos jupes. Se costumer, c'est changer de dimension, d'espèce, d'espace. C'est pouvoir se sentir gigantesque, plonger dans les végétaux, devenir animal, jusqu'à se sentir invulnérable et hors de temps, se retrouver obscurément dans des rituels oubliés. »

LEONOR FINI -1925 ca

PORTRAIT DE MALVINA FINI

A huit ans, c'est le jour de sa communion. Elle craint de mordre l'hostie et s’entraîne sur de petits biscuits... ensuite elle ment sur ce nombre de gâteaux mangés... Elle se rend compte que le mensonge est facile, et comprend qu'elle ne sera jamais croyante. Un autre jours elle dit des gros mots à une représentation de la vierge, pour voir si elle réagirait... Toute sa vie Leonor reste athée ne vouant qu'un culte au dieu chat.

Indépendante, paresseuse.., elle est renvoyée de trois écoles. Elle aime s'habillait en garçon, et se conduit horriblement avec les gens qu'elle n'aime pas... Au lieu de l'école détestée, elle passe des heures à dessiner...

En 1923, sa famille décide qu'elle étudiera le droit comme son oncle, mais elle est déterminée en n'en rien faire, scandalisant sa mère et son oncle par sa volonté de mettre en pratique ses idées sur la vie moderne au lieu de se contenter d'en discuter.

La bibliothèque de son oncle, lui permet de lire avec passion, Freud, Proust, Holderlin, Eichendorff, Lewis Caroll... Elle écoute de la musique et feuillette les livres d'art.

Leonor Fini-Trieste-1925 Leonor Fini by Wanda Wulz, 1928

Arturo Nathan ( il a 40 ans), s'éprend de Leonor... Il lui donne des leçons de peinture, et va influencer son développement intellectuel et artistique... Il lui donne à lire A Rebours de Huysmans et le Gai savoir de Nietzsche. Celui-ci devient son auteur favori... Nathan est célibataire et possède aux yeux de Leonor une beauté androgyne qui suggère, au-delà du clivage masculin-féminin, la figure idéale de l'artiste. Elle le décrit « beau, élégant, cultivé, très intelligent, et sensible (…) je me le figurais chaste ; j'appris plus tard qu'il était homosexuel et j'aimais le fait qu'il ne cherchait pas à être en permanence ''viril''. Il était différent de tous les hommes que j'avais connu jusque-là »

Longtemps, ils correspondent, jusqu'à sa mort tragique, dans le camp de concentration de Biberach en 1944.

Leonor Fini - Le Trouble - 1924

Elle ne fréquente aucune école d’art et sa formation est entièrement autodidacte. D’où, sans doute, la difficulté de l’identifier à un courant particulier de l’art contemporain, son évolution ayant surtout été marquée par des affinités électives et par son propre « musée imaginaire ». Les toiles de cette époque comme le Trouble et la Visite prouvent sa faculté de trouver sa voie...

Les toiles de Leonor Fini contiennent une fluidité, sans miroir ni règle, ni mode d'emploi.. ; de la liberté de penser, reçue d'une éducation bourgeoise et éclairée et vécue dans la fréquentation de l’intelligentsia triestine... Trieste, la ville de sa première exposition, à l’âge de dix-sept ans. Trieste, le port, les va et vient, les échoués comme son père argentin et aventurier qu'elle n'a jamais voulu connaître.

 

A suivre: ... 

Sources : Article d'Olivier PLAT sur la correspondance 1932-1945 entre Léonor Fini et André Pieyre de Mandiargues.

Leonor Fini de Peter Webb

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Assia Djebar, nous quitte ...

Publié le par Perceval

L'écrivaine et historienne Assia Djebar, membre de l'Académie française, est décédée ce samedi 7 février dans un hôpital parisien. Née à Cherchell dans le Nord de l'Algérie en 1936, Assia Djebar est l'une des auteurs les plus célèbres du Magrheb. Elle a été élue à l'Académie française en 2005.

Enfant, elle fréquente l’école française. Les premières années, après l’école française, elle va dans une école coranique privée ; elles sont deux filles au milieu de garçons. Elle étudie au Collège de Blida, section classique, le latin, le grec et l’anglais. Elle est la seule musulmane dans sa classe. Il y a une vingtaine d’Algériennes qu’on appelle « les indigènes » mais elles sont en section moderne. Toutes sont internes. Fatma Zohra passe le bac à Blida et Alger.

1953, elle entre en Hypokhâgne au Lycée Bugeaud (aujourd’hui Lycée Emir-Abdelkader) à Alger, où Albert Camus a fait ses études. Puis, son père accepte de la laisser partir en khâgne à Paris, au Lycée Fénelon où elle rencontre Jacqueline Risset.

Zoulikha Oudai, née Yasmina Echaïb le 7 mai 1911 à Hadjout en Algérie, est une résistante algérienne durant la Guerre d'Algérie

1 Nov. 1954 La guerre d’Algérie commence. Elle réussit l’entrée à l’ENS de Sèvres.

Mai-Juin 1956 Grève des étudiants algériens. Fatma Zohra ne passe pas ses examens en raison des « événements »

Juin 1957 Son premier roman La Soif, qu’elle a écrit en deux mois, est publié chez Julliard. Il est traduit aussitôt aux Etats-Unis où il a du succès et reçoit une importante édition en livre de poche. Fatma Zohra prend le pseudonyme de Assia Djebar à cause de ses parents et à cause de l’administration de l’Ecole.

Mars 1958 Elle continue à faire la grève des examens. La directrice de l’ENS la contraint de quitter l’école.

Assia épouse un Algérien et quitte la France avec lui pour la Suisse puis Tunis. Assia travaille comme journaliste.

Eté 1959... Elle se rend dans les camps, aux frontières tunisiennes, avec la Croix Rouge et le Croissant Rouge, où elle fait des enquêtes parmi les paysans algériens réfugiés après le bombardement de Sakiet Sidi Youssef. Son 4ème roman Les Alouettes naïves, qu’elle publiera en 1967, retrace cette période.

A Tunis, en 1958, Assia rencontre Kateb Yacine.
A la Faculté des Lettres de Rabat. Elle enseigne pendant 3 ans comme Assistante en Histoire.

Été 1960, Assia écrit Les Enfants du nouveau monde. Certains récits lui sont inspirés par sa mère et sa belle-mère qui viennent lui rendre visite à Rabat et qui lui racontent des épisodes de la guerre à Blida vue depuis le patio des femmes.

1962 : Le 1er juillet, Assia rentre à Alger, envoyée par Françoise Giroud, directrice de l’Express, pour faire un reportage sur les premiers jours de l’Indépendance.

Elle est nommée Professeur à l’Université d’Alger où elle est la seule Algérienne à enseigner l’Histoire. Assia choisit de travailler sur le XIXème siècle et l’Etat de l’Emir Abdelkader. Elle enseigne jusqu’en 1965. L’Histoire, comme la Philosophie, doivent alors être arabisées : Assia se met en disponibilité et quitte Alger pour Paris.

1974 – En janvier 1974, retour à Alger. Elle enseigne la littérature française.

Divorce en Octobre 1975.
Assia dépose à la TV algérienne un projet de film long métrage qui est un documentaire-fiction sur la tribu de sa mère, les Berkani, au nord de Cherchell.

Elle tourne le film La Nouba des femmes du Mont Chenoua … Elle reçoit le Prix de la Critique internationale à la Biennale de Venise.

1981 – Assia épouse le poète Malek Alloula.

1984 Assia refuse un poste à l’UNESCO. Retirée à l’Hay-les-Roses, elle se consacre à l’écriture.

Elle travaille à un nouveau film de montage à partir des Archives à Paris : La Zerda ou les chants de l’oubli, avec le musicien Hamed Essyad. Le film est financé par la Télévision algérienne. En février 1983, il obtient au Festival de Berlin le Prix du Meilleur Film historique.

1993 – Les assassinats en Algérie frappent ses proches : Tahar Djaout est tué le 3 juin

1994 1993 ; Mahfoud Boucebci le 15 juin ; M’Hamed Boukhobza le 27 juin. Abdelkader Alloula, son beau-frère, est assassiné le 11 mars 1993 et meurt à Paris le 15.
1999 Elue à l’Académie Royale de Belgique sur le fauteuil de Julien Green.

2001 Quitte la Louisiane pour New York University.

2002 Doctorat honoris causa de l’Université de Concordia (Montréal).

Nommée Silver Chair Professor à New York University.
2005 Reçoit le doctorat honoris causa de l’Université d’Osnabrück, ville-symbole de l’historique Traité de Westphalie et de la concorde entre les peuples et les religions.

16 juin 2005 Assia Djebar est élue à l’Académie Française.

 

Oeuvres :

Nulle part dans la maison de mon père (roman), Fayard, 2007.
La Disparition de la langue française (roman), Albin Michel, 2003.
La Femme sans sépulture (roman), Albin Michel, 2002.
Ces voix qui m'assiègent (essai), Albin Michel, 1999.
Les Nuits de Strasbourg (roman), Actes Sud, 1997.
Oran, langue morte (récit), Actes Sud, 1997.
Le Blanc de l'Algérie (récit-témoignage), Albin Michel, 1996.
Vaste est la prison (roman), Albin Michel, 1995.
Villes d'Algérie au XIXè siècle, Paris, Centre Culturel Algérien, 1994.
Chronique d'un été algérien (Photographies de Claudine Dioury, John Vink, Hugues de Wurstemberger et Patrick Zachmann), Paris, Plume, 1993.
Loin de Médine (roman), Albin Michel, 1991.
Ombre Sultane (roman), J.-C. Lattès, 1987.
L'Amour, la fantasia (roman), J.-C. Lattès, 1985.
Femmes d'Alger dans leur appartement (nouvelles), Éditions des Femmes, 1980.
Poèmes pour l'Algérie heureuse, Alger, S.N.E.D., 1969.
Rouge l'aube (théâtre, avec la collaboration de Walid Carn), Alger, S.N.E.D., 1969.
Les Alouettes naïves (roman), Julliard, 1967.
Les Enfants du nouveau monde (roman), Julliard, 1962.
Les Impatients, (roman), Julliard, 1958.
La Soif (roman), Julliard, 1957.

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