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Articles avec #femme tag

Novella d'Andréa

Publié le par Perceval

Novella d'Andrea par Marie-Eléonore Godefroid (1778-1849) , peintre française

Novella d'Andrea par Marie-Eléonore Godefroid (1778-1849) , peintre française

Novella d'Andréa, (n. 1312 à Bologne – d. 1333), était une juriste italienne de l'Université de Bologne.

Fille de Giovanni d'Andréa, professeur canoniste émérite à l'Université de Bologne, qui lui enseigne en privé le droit. Elle effectue des lectures juridiques à sa place, durant les jours de maladie de son père. Selon la poétesse Christine de Pisan, dans son ouvrage Le livre de la cité des Dames, elle doit enseigner aux étudiants, cachée derrière un rideau, afin de ne pas les distraire par sa beauté. Elle aurait épousé selon certains commentateurs le juriste Giovanni Calderinus ou le professeur de droit Giovanni Di Legnano. Mais selon d'autres sources elle épousa plus vraisemblablement le juriste Filippo Formaglini en 1326. Elle meurt assez jeune. Son père aurait donné à ses décrétales du pape Gregory IX le nom de Novella en sa mémoire.

Sa sœur, Bettina d'Andréa, enseigne, jusqu'à sa mort en 1335, le droit et la philosophie à l'Université de Padoue, où son mari, Giovanni Da Sangiorgio, est également employé.

Rappelons qu'au XIIIe siècle, Bettisia Gozzadini (1209-1261) a également, enseigné le droit à l'Université de Bologne et on dit qu'elle avait dû prendre ses cours habillée en homme... Pourtant - un siècle avant - habillée en femme au point d'attirer les regards d'Abélard, Héloïse (1100-1164) a suivi ses cours à Paris.

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La Belle et la Bête, une version adulte, en images.

Publié le par Perceval

La Belle et la Bête, une version adulte, en images.
La Belle et la Bête, une version adulte, en images.
La Belle et la Bête, une version adulte, en images.

Dans cet article, je reprends l'histoire de la Belle et la Bête, à son origine, écrite par dame Suzanne Allaire, qui a épousé le 9 février 1706 Jean Baptiste de Gaalon de Barzay, chevalier, seigneur de Villeneuve... Mais Jean-Baptiste est un mauvais mari, Mme de Villeneuve obtient du Présidial de La Rochelle la séparation de biens, à cause des pertes faites au jeu par son mari "et son mauvais ménagement"... Devenue veuve à 26 ans, et sans ressources, elle se lance dans la carrière littéraire, ce qui lui vaut l'amitié de plusieurs hommes de lettres, parmi lesquels Crébillon père avec qui elle vit quelques années. Son roman le plus apprécié est La Jardinière de Vincennes, paru en 1753.

Les illustrations, ici, sont d'une autre femme : Nicole Claveloux, née en 1940 à Saint-Étienne. Elle commence une carrière d’illustratrice pour enfants, ce qui lui impose souvent de la retenue, mais elle se lâche dès que possible. Déjà le magazine pour adolescents Okapi de Bayard lui permet d’inventer des personnages irrévérencieux comme Cactus Acide ou Louise XIV. Et parallèlement, Nicole Claveloux publie des BDs plus adultes, dont La Main verte (1978) et Morte saison (1979), pour Métal Hurlant, A Suivre ou les Humanoïdes Associés. Et se lance dans les années 2000 dans les livres érotiques avec entre autres une version de La Belle et la Bête qui dévoile tout…

Nicole Claveloux aime inventer des contes fantastiques avec des images grouillant de détails et des fouillis de personnages.

Le noir et blanc ici sont maîtres et l’illustratrice va nous emmener dans un monde remplis de détails, véritable broderie de lettrines, de plantes envahissantes, de franges de tapis, de détails architecturaux. Une bête inquiétante voir terrifiante dans un château rempli d’animaux fantastiques et étranges avec une belle tout droit sortie du XVIIème siècle.

Le conte présente comme situation initiale un riche marchand et ses six enfants, trois fils et trois filles, dont la cadette, Belle. Alors que ses sœurs sont gâtées et capricieuses, n'ayant goût que pour le luxe et la richesse, Belle est douce, modeste et s’intéresse à la lecture. Elle entretient une relation très forte avec son père, au point de se sacrifier à sa place lorsque ce dernier se retrouve condamné à mort par la Bête pour avoir cueilli une rose. Belle part vivre chez la terrible Bête et découvre, au delà de sa laideur, un être généreux qui ne demande qu'à aimer et se faire aimer en retour.

« Vous m'apprîtes à démêler les apparences qui déguisent toutes choses. Je sus que l'image trompe, et nos sens et nos cœurs. Vous m'apprîtes encore à ne point suivre les mouvements de l'esprit et que le monde ne me serait donné qu'en pensant (...) Absenté de votre corps d'homme, vous l'exhibiez au gré des tableaux et des rêves afin que j'en recueillisse les images éparses. Prisonnière de votre palais et de sa cour assoupie d'un sommeil minéral, je régnais à mon insu sur votre vie, puisque j'en détenais les fragments jetés de part et d'autre du miroir et que mon amour seul pouvait en rassembler le sens. »

La Belle est tous les soirs demandée en mariage part la bête, et chaque nuit elle fait un rêve ou elle voit un jeune homme (et parfois une fée) dont elle tombe amoureuse et dont l'amour est partagé. En explorant le château elle remarque des portraits du jeune homme qu'elle voit en rêve et elle en conclue que la Bête le retient prisonnier quelque part. Mais au fur et à mesure, (même si le jeune homme donne des indices à la belle, indices pour nous lecteurs éclairés) Belle s'attache de plus en plus à la Bête. Elle part voir sa famille pendant deux mois et lorsqu'elle revient elle trouve la Bête presque morte. Elle se rend compte qu'elle l'aime plus qu'elle ne le pensait. Elle consent à devenir sa femme. La Belle et la Bête se couchent et au petit matin, la Belle en se réveillant découvre avec stupéfaction que ce n'est plus la Bête qui dort avec elle mais l'inconnu qu'elle aimait en songe....

Ci-dessous, certains dessins reprennent une deuxième version illustrée par Nicole Claveloux qui reprend les deux mêmes personnages, et racontent explicitement leurs aventures intimes, pour les adultes cette fois. Ces « Morceaux choisis de la Belle et la Bête » ont un scénario assez simple : deux héros dans un décor unique, un parc et un château, le tout dans un XVIIIe siècle plus ou moins fantaisiste.

Tous les soirs, la Bête fantasme de coucher avec la Belle, et chaque nuit la Belle fait un rêve ou la Bête lui procure toutes sortes de plaisirs inavouables …

Attention: Dessins de Nicole Claveloux érotiques ...!
Attention: Dessins de Nicole Claveloux érotiques ...!
Attention: Dessins de Nicole Claveloux érotiques ...!
Attention: Dessins de Nicole Claveloux érotiques ...!
Attention: Dessins de Nicole Claveloux érotiques ...!
Attention: Dessins de Nicole Claveloux érotiques ...!
Attention: Dessins de Nicole Claveloux érotiques ...!

Attention: Dessins de Nicole Claveloux érotiques ...!

« On trouve à tous les coins de rue des analystes autoproclamés qui savent avec une certitude en béton que la couleur noire est « inquiétante », que la couleur blanche est « morbide » et que telle pose ou attitude est « avilissante » ou « méprisante ». Quand on est dans le domaine de la représentation des fantasmes, tout jugement moral ou social me semble hors de propos puisqu’on est dans un champ imaginaire privé. » (…) « En ce qui me concerne, les histoires et les images sexuelles m’ont toujours intéressée, depuis les époques lointaines où j’étais gamine (et où je n’avais pas grand-chose à me mettre sous la dent) et ça n’a pas cessé depuis. » Nicole Claveloux

« Je ne suis pas du tout dans une posture de provocation ou de transgression. Si je choque, j’en suis la première surprise ; j’ai parfois choqué dans l’illustration jeunesse où, pour certains, j’ai une réputation « d’illustratrice qui fait peur aux enfants » !! Je n’ai jamais bien compris pourquoi. J’aime bien représenter des animaux humanisés ou l’inverse, d’abord parce que nous sommes des animaux et puis parce qu’ils sont beaux, la plus part du temps. Mais je reconnais qu’il y a plus attrayant que le phacochère qui valse avec la Belle ! »N.C.

« Jean Cocteau a dit : « les histoires érotiques sont les contes de fées des grandes personnes ». »N.C.

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Article - Etty Hillesum – La rencontre femme-homme -3/3-

Publié le par Perceval

Lundi matin [le 15 juin 1942], 8 heures.

Hier après-midi, je me suis dit soudain : « On ne peut tout de même pas demander aux gens des choses qu'ils sont incapables de donner. On ne peut tout de même pas laisser son imagination divaguer à propos de ce qu'un autre devrait être pour vous. » Je crois que je lui demande une chose impossible, que je lui impose, souvent inconsciemment, des exigences qu'il ne peut pas satisfaire. Des exigences qui me dérobent mes forces et perturbent notre relation. Je me souviens d'une de nos conversations, il y a longtemps, sur la sensualité et la passion. « Tu es les deux, me disait-il, sensuelle ET passionnée. Moi, disait-il, je suis seulement sensuel, et passionné uniquement dans l'ordre intellectuel. » Et c'est bien ainsi que je le vois. Son esprit est embrasé par une passion et une inspiration permanentes, qui peuvent aller jusqu'à l'obsession. Il émane de ses mains et de ses caresses une tendresse qui vient de l'âme et non du corps. Et quant à ce qui lui reste à donner, sur le plan purement physique, au pur plaisir des sens, à lui-même et à sa partenaire? - Ah, ce n'est pas grand-chose, une fois qu'il s'est offert si totalement, n'est-ce pas, toujours et encore. Et c'est là qu'interviennent mes exigences et mes fantasmes. Au moment où il a donné toute la passion et la tendresse qu'il possède, voilà que j'exprime en plus une exigence purement physique, moi qui voudrais que cette même passion se propage de son esprit à son corps et que ce corps soit à moi. C'est là que commence ma fiction et par là même aussi mon chemin de souffrance. Le corps n'a plus d'importance pour lui, il le surmonte de plus en plus et moi, je voudrais qu'il continue à le trouver important. Pourquoi au juste ? Parce que je crains que la vie ne me donne pas entière satisfaction? N'avons-nous pas déjà souvent parlé du lien qui existe entre sexualité et conscience de soi ? Ou bien est-ce que je n'ose pas renoncer à l'importance que l'on attache traditionnellement au rôle du corps dans l'amour? Les points où je suis depuis longtemps d'accord avec lui dans nos conversations et aussi dans mes meilleurs moments sont-ils déjà profondément ancrés dans ma conception de la vie ? Suis-je seulement maintenant en train d'arriver au seuil d'un nouveau processus ?

Et le plus grotesque, dans tout cela, c'est que : les rares fois où son corps obéit justement aux lois de ses sens, je ne l'aime plus autant. Je ne veux même pas de sa sensualité, je veux sa tendresse et sa passion. Et celles-ci - ne les ai-je pas, justement, en permanence ? Et il y a aussi les moments, les plus méprisables et honteux, où je souffre parce que je n'ai envie de partager avec personne cette tendresse et cette passion. Or je dois les partager avec toute la création. Pourtant, ma propre conception de la vie va bien dans ce sens ? Mais on ne peut pas rester toujours au niveau de ses moments de grandeur d'âme. Il faut bien cependant que s'ouvre une période où les pires petitesses ne trouvent plus de place dans votre vie.

Je ne crois pas que ce soit aussi compliqué entre lui et moi, je pense seulement que je gâche parfois les choses en introduisant dans notre belle et productive relation de grands blocs de conceptions sclérosées. Et peut-être est-ce un reste de romantisme à l'eau de rosé qui se manifeste par là-dessus avec le plus d'obstination : Tout ou rien. –

Ainsi, il y a toujours de nouveaux terrains à défricher en soi. Il faut qu'il me laisse encore quelques jours de répit, je finirai par m'en sortir. Je devrai une fois de plus me montrer sévère envers moi-même et contrôler l'emballement de mes fantasmes et mes désirs, pour en vérifier la valeur et la sincérité. Il est maintenant 11 h 10. Je vais aller dans ma petite chambre pour m'y agenouiller dans le coin devant sa bibliothèque - il y a très longtemps que je ne l'ai pas fait. Je devrai une fois de plus me montrer sévère envers moi-même et me maîtriser. Mais la seule sévérité ne suffit pas. Il faut d'abord patiemment rechercher où toutes ces agitations, ces contrariétés et tous ces gaspillages inutiles d'énergie prennent leur source. Mais il ne faut pas non plus se contenter d'en trouver la source, une nouvelle compréhension doit savoir se frayer un chemin dans la vie quotidienne, descendre des hauteurs de cet instant de lucidité pour prouver sa viabilité dans la vie de tous les jours. Et maintenant, tu n'as pas le droit de te disperser tous azimuts, comme ces derniers jours, tu dois à présent vraiment prendre les choses au sérieux, qu'il s'agisse de toi-même, de ta vie ou de tes bonnes résolutions.

p. 584-586

Le 19 juin [1942]. Vendredi matin, 9 heures et demie.

« Chez un homme, c'est une sorte de mécanisme, a-t-il dit dernièrement, chez une femme c'est un processus. » Voilà pourquoi la femme doit être la partie qui dirige et qui éduque dans une relation amoureuse. Et dans des instants comme hier soir, ma bouche est prête à l'abandon, mais mon corps est loin de l'être, c'est véritablement un processus. Chez un homme, c'est différent, cela ne parcourt pas tout son être, le moment sexuel, cela le libère un instant, et aussitôt après il a oublié, tout se passe plus vite. Il prend plus vite, parfois son corps a déjà pris, obéissant à ses propres lois mécaniques, avant qu'il en soit lui-même conscient. Tandis que chez nous, les femmes - généralisons pour une fois -, le moment d'abandon se situe à la fin d'un long processus, où toute la vie intérieure joue un rôle au moins aussi grand que le corps seul. Nous ne devons donc pas trop surestimer le fait qu'un homme prenne une femme. Chez nous, il s'agit de l'acte qui peut-être couronne et parachève une relation, chez un homme il s'agit d'un moment qui n'est pas aussi organiquement imbriqué dans le tout. Et nous devons nous garder de trop mesurer son amour pour nous au degré de désir physique qu'il a de nous. Ce désir suit parfois ses propres lois mécaniques. Et son amour, nous devons plutôt le chercher ailleurs.

Pour notre amour-propre féminin, le désir exprimé ou non par le corps de l'homme ou la fréquence de ce désir ne doit pas être un critère.

Son corps va presque automatiquement réagir à chaque corps de femme qui s'allonge à côté du sien, chez lui les choses se passent autrement. Et ce phénomène est, à mon avis, une source de malentendus entre un homme et une femme. Le fait qu'une femme accorde trop d'importance à un moment qui, pour l'homme, est loin d'en avoir autant ou qui, du moins, ne permet pas de connaître un aspect de sa vie affective. Je sais que je m'exprime encore de façon confuse, mais pour moi cela commence à devenir très clair, si clair que je vais peut-être à nouveau me débarrasser de beaucoup de superflu et que la voie va se libérer, toujours plus, pour un travail et une vie vraiment productifs. J'espère à présent qu'un jour, je me serai expliquée « définitivement » avec ces choses, pour ne pas avoir à toujours les traîner comme un boulet avec moi. –

p. 600

Le 27 juin [1942], samedi matin, 8 heures et demie.

Ah oui - et pour revenir à ces moments de jalousie : « Ce sont des atavismes, qui de temps à autre montent en vous et qu'il faut éradiquer. Nous, les êtres humains, nous devons supporter le poids d'une puissante tradition, d'un ensemble figé de conceptions, sur les conditions à réunir pour qu'un bonheur parfait existe entre un homme et une femme. Et chaque individu doit à son tour briser cette tradition et ces idées stéréotypées à travers sa propre relation, qui devrait se développer selon des lois uniques, faites pour lui. Chaque relation humaine obéissant aux lois des possibilités propres de chacun. C'est ainsi que cela devrait se passer. Et les instincts de possession, les idées stéréotypées sur la "fidélité", que l'on devrait commencer par tester pour en vérifier la légitimité - autant d'atavismes qu’il faut éradiquer en soi. Et il faut briser les siècles anciens présents en soi pour pouvoir entamer un siècle rénové. »

p. 630

Illustrations de Egon Schiele

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Article - Etty Hillesum – La rencontre femme-homme -2/3-

Publié le par Perceval

Voir sa biographie dans l'article précédent

Extraits du Journal

Le 25 avril 1942. Samedi après-midi.

Hier soir. Je le tenais à une longueur de bras de moi - il était tard, et après une soirée de travail, nous nous étions retrouvés allongés par terre côte à côte - et je regardais sa chère et bonne tête, où la bouche était si agressive - et j'ai probablement dit à peu près ceci : « On ne peut pas, non, on ne peut pas exprimer charnellement ce que l'on éprouve pour l'autre. Et c'est pourquoi, à vrai dire, je suis toujours triste chaque fois que nous avons eu un contact charnel. Un tout petit geste peut parfois en dire plus long que les nuits d'amour les plus folles et les plus passionnées. » Et je me suis jetée presque avec désespoir contre lui. Pourtant ce n'est plus aussi grave qu'avant. J'aime bien sentir ses étreintes et pourtant la crainte revient toujours d'atteindre tout à coup une frontière au-delà de laquelle il n'y a plus de possibilités. Je lui ai dit aussi qu'il m'arrivait de me sentir liée à lui de façon plus intime et plus forte au cours d'une conversation téléphonique que dans l'étreinte physique la plus intense. Encore une forme de raffinement exagéré ? Pourtant il y a là les sources éternelles de souffrances humaines. Je ne l'éprouve plus aussi fortement dans ma chair qu'auparavant, mais je suis encore entourée comme d'un écho lointain [de cette souffrance]. Et maintenant, ceci. Comment donc expliquer que, chaque fois que j'ai eu le soir un contact physique avec Spier, je passe la nuit suivante avec Han ? Culpabilité ? Avant, peut-être, mais plus maintenant.

Spier a-t-il libéré en moi des choses qui n'ont pas encore retrouvé le calme et qui poursuivent leur vie auprès de Han ? J'ai peine à le croire. Ou est-ce de la perversité ? Une forme de facilité ? Passer des bras de l'un à ceux de l'autre ? Quelle vie suis-je donc en train de mener ? Hier soir, en rentrant à vélo de chez Spier, j'ai déposé toute ma tendresse, toute la tendresse qu'on ne parvient pas à exprimer à un être humain, si fort que soit l'amour qu'on lui porte, dans la grande et vaste nuit printanière qui m'enveloppait de toutes parts. Je me suis arrêtée sur le petit pont et j'ai regardé loin à la surface de l'eau, je me suis fondue dans le paysage et j'ai déposé toute ma tendresse dans cette nuit, je l'ai donnée au ciel tout constellé, à l'eau et au petit pont. Et ce fut mon meilleur moment de la journée. Et j'ai senti que c'était la seule façon de réaliser ce sentiment multiple, lourd et tendre, que l'on porte en soi pour un autre: le déposer dans la nature, le laisser s'écouler sous le ciel d'une nuit de printemps et savoir qu'il n'est pas pour lui d'autre issue. Et c'est ainsi que ma journée aurait dû se terminer, j'aurais dû aller me coucher dans mon étroit petit lit d'adolescente devant la surface brillante de la fenêtre sans rideaux, j'aurais retrouvé les arbres. –

Mais en rentrant à la maison, je trouve Han, seul et un peu esseulé dans sa chambre, en train de se déshabiller, et soudain j'ai dit, sans grande conviction : «Tu veux que je reste dormir avec toi ? » Et Han aussitôt, avec un grand empressement : « Oui, fais-le, je t'en prie... » 

Un être humain est une chose étonnante. On ne le connaît jamais complètement. Soudain, cette nuit, je suis tombée sur une tranche de vie nue chez Han, qui d'une manière ou d'une autre m'a très fortement marquée. À propos de ses petites tentatives érotiques en direction d'une Léonie alarmée, nous avons eu toute une conversation - en pleine nuit, sous la couette bleu vif - pour nous demander si la fidélité entre un homme et une femme n'était pas un bien digne d'être poursuivi, si contraire qu'il soit au « tempérament de chasseur » inné chez l'homme. Tout cela, chez Han, est tellement inconscient. 

L'homme est tout simplement un chasseur, il ne faut pas aller contre la nature, et au fond, ce n'est pas si important. 

Avec un homme, on doit toujours recommencer à faire de très près sa connaissance, et l'on est toujours forcée de constater avec étonnement combien, chez lui, les points forts de la vie sont éloignés de ce qu'ils sont pour nous autres femmes, et nous, les femmes, nous gâchons peut-être beaucoup de bonnes relations en cherchant de l'essentiel dans ce qui, parfois, compte à peine pour l'homme. - Je lui ai dit aussi combien j'admirais S. pour son combat héroïque contre ce que, dans ces conditions, on pourrait appeler sa « nature ». Et Han, en substance : « Oui, mais ce serait sa ruine et il ne pourrait plus exercer sa profession s'il ne le faisait pas. » Enfin, c'est sans importance ici. À un moment donné, nous en sommes venus à parler d'une chose aussi puérile que la femme « idéale ». « Oui, dit Han, on pourrait peut-être arriver à une fidélité parfaite, si on avait trouvé la femme idéale. »

« Et où as-tu trouvé des femmes qui s'approchaient le plus de ce type "idéal"? » lui demandai-je. Et alors il a dit - et cela m'a saisie jusqu'aux moelles, à la fois par la tournure inattendue de la conversation et par cette sensation de ne connaître au fond jamais vraiment quelqu'un: « Peut-être surtout chez les servantes. Parce qu'elles sont tellement naturelles. 

On ne peut pas converser ni vivre avec elles, et c'est dommage, mais c'est chez elles que j'ai le mieux trouvé ce "naturel". » Han, avec ses tendres yeux gris-bleu, qui peuvent lancer un regard très conquérant dans un visage fin et sensible, un visage qui prend peu à peu, et de plus en plus, l'aspect fragile d'un vieil homme, mais tout en conservant quelque part une allure conquérante et juvénile. Quelque chose en lui qui refuse de vieillir. Tout à coup, j'ai bien peur qu'il n'ait une vieillesse solitaire. Et je me demande si je n'ai pas là une tâche à accomplir, en trouvant avec lui une philosophie de la vie dans l'éventualité de cette vieillesse solitaire. Mais il faut que je me reprenne moi-même sans arrêt, que je me garde de voir les autres plus compliqués et plus tragiques qu'ils ne sont, entraînée par ma propre complexité.

Han trouve la vie simple et bonne et les incertitudes matérielles de l'avenir l'inquiètent plus que les incertitudes intérieures. Mais parfois, tout à coup, je le trouve si fragile, si friable, je m'inquiète et je ressens pour lui quelque part une pitié profonde et protectrice. Le sentiment de culpabilité a disparu. Le sentiment que j'éprouve pour lui a sa nature propre, il est bien délimité, il n'est pas mêlé de culpabilité, d'irritation ou de quoi que ce soit. Je l'ai absorbé dans ma vie, il en est devenu une composante qu'on ne pourra plus en extraire sans faire chanceler tout l'édifice.

p. 484-486

Illustrations de Dennis Ziliotto.

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Etty Hillesum – La rencontre femme-homme -1/3-

Publié le par Perceval

Etty Hillesum est née le 15 janvier 1914 à Middelburg, en Zélande province des Pays-Bas. Elle est morte à Auschwitz, le 30 novembre 1943. Elle avait 29 ans.

Etty est reconnue pour sa spiritualité. Egalement, Etty a analysé sa sensualité.

Etty est l’aînée d’une famille de trois enfants et elle a grandi, comme ses deux frères cadets, dans une ambiance étrangère à toute référence religieuse. Etty provient d’une famille juive qui semble tout à fait adaptée à la modernité européenne de la première moitié du XXe siècle.

Dès la fin de son adolescence, puis à l’Université d’Amsterdam, où elle fait des études de droit, ainsi que l’étude de la langue et de la littérature russe, Etty fréquente un milieu d’intellectuels de gauche, où les mœurs et les valeurs sont plutôt libérales... Elle se questionne toutefois sur son existence ''tumultueuse'', face à des périodes de dépressions et de malaises physiques récurrents.

Etty vit chez un homme Han Wegerif à Amsterdam, elle y est engagée pour s'occuper de l'intendance de la maisonnée où vivent le propriétaire, son fils, une servante allemande, qu'elle aime comme sa mère et une jeune étudiante. Etty est la maîtresse de Han Wegerif, mais mène une vie sentimentale mouvementée. Elle explore en funambule ces espaces venteux, accidentés de la rencontre amoureuse.

Un des pensionnaires de la maison, Bernard Meylink, lui conseille alors d’aller consulter un psychologue-chirologue, Julius Spier. Il a 27 ans de plus qu’Etty. Juif allemand, il a, comme beaucoup d’autres, émigré aux Pays-Bas en 1939, et sa réputation de thérapeute commence à se répandre à Amsterdam. Cette rencontre est décisive. Sous sa conduite elle décide de commencer à rédiger un journal.

Spier a suivi pendant deux ans à Zurich l'enseignement de C. G. Jung et fait une analyse avec lui. Il a un charisme profond. Julius Spier fait une très forte impression sur Etty, elle devient très vite très proche de Spier - elle sera sa secrétaire, rédactrice de ses rapports d'analyse, sa maîtresse et son amie. La relation de ces deux êtres d'exception ne peut se passer sans heurt et sans une certaine souffrance.

« Avec ce coeur de soufre et cette chair d'étoupe, avec ces os qui sont pareils à du bois sec, avec une âme qui dédaigne freins et rênes, avec un désir prompt à trop d'ardeur, avec une raison aveugle, débile et boiteuse et les gluaux, les pièges dont le monde est plein, ce n'est pas grand merveille si, en un éclair, je flambe au premier feu qu'on rencontre en chemin. »

« Ce que je trouvais beau, je le désirais de façon beaucoup trop physique, je voulais l'avoir. Aussi, j'avais toujours cette sensation pénible de désir inextinguible. »

« Sa vie sexuelle, libre et désordonnée, a longtemps masqué son besoin de tout prendre et de tout donner, son besoin de vivre incarnée. Femme à l'insatiable curiosité érotique, elle a besoin de goûter, de se « gaver » de l'autre, de tous les autres. Elle communique par son corps. Pourtant, sans le savoir, sa « fichue » sensualité dissimule les prémisses de son désir d'absolu : elle constate en elle « un lent mais constant déplacement du physique au spirituel [...]. Je sais que les possibilités du corporel atteignent bientôt leurs limites. »

Apprivoisant progressivement le tempérament impétueux - tant physiquement qu'intellectuellement - d'Etty, Julius Spier l'éduquera à un « amour plus large que celui qui se concentre sur une seule personne » et la guidera, jusqu'à son dernier souffle, dans le chemin pour se trouver et aller vers l'autre. Julius, fiancé à une femme à Londres, pose et impose sa fidélité à la volcanique Etty qui accepte le “défi”. L'homme lui échappe à moitié, mais le désir qui la déchire pendant des mois sera fécond : c'est de l'amour qui flambe entre eux qu'est né sa force spirituelle d'Etty. Derrière son amour pour lui, elle découvre, un amour impersonnel, démultiplié, pour tous les autres et pour Dieu. L'avancée inéluctable de la menace qui pèse sur les juifs d'Europe et la frustration de cet amour sans retour charnel expliquent sa vertigineuse conversion du cœur. » Extraits d'un article de Anne Ducrocq : Etty , une vie bouleversante

 

Illustrations de Liu Ye, et de Chagall

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L'art d'être nue: Milo Moiré

Publié le par Perceval

En cette chaude période estivale, le vêtement devient presque un accessoire encombrant...

De fait, dimanche 5 juillet au Trocadéro, à Paris, Milo Moiré prenait des photos entièrement nue avec des passants face à la Tour Eiffel pour son nouveau projet : "Nackt Selfies''.

Si pour les hommes du moins, la vision d'un corps magnifique, est fort agréable en émotions, il semble – et cela m'interroge – que des femmes se servent de leur nudité, pour illustrer leur performance artistique...

La dame a été arrêtée pour outrage à la pudeur, contrainte de mettre fin à la performance, elle a été conduite au commissariat, où elle a passé la nuit en garde à vue.

 

 

Ainsi, après l'artiste luxembourgeoise Déborah De Robertis qui a posé comme L'Origine du monde de Courbet au Musée d'Orsay, voici Milo Moiré...

Ce mois de juin 2015, lors de la 46e foire d'art moderne et contemporain de Bâle ( 90.000 visiteurs), cette jeune (sculpturale …) artiste a voulu reprendre un concept qu'elle avait inventé en mai 2013. Elle avait alors pris le tram entièrement nue, le corps recouvert d'inscriptions qui désignent des vêtements. «Pants» (pantalon) sur les jambes, «jacket» (veste) sur les bras, «shirt» (chemise) sur le dos… C'est ainsi dévêtue qu'elle s'est rendue ce jeudi à la foire de Bâle. Elle a pris le tram et a été accueillie dès son arrivée par des hordes de curieux dégainant leurs smartphones pour immortaliser l'instant.

* Qui est Milo Moiré, et que propose-t-elle au juste, artistiquement?

Née en Suisse en 1983, cette artiste est d’origine slovaque et espagnole, elle est diplômée en psychologie à l’Université de Berne. Elle vit et travaille à Düsseldorf, en Allemagne, le plus souvent en partenariat avec son mari, le photographe P. H. Hergarten , aka Peter Palm.

* Pourquoi arborer sa nudité... ? Sa beauté fait-elle de Lilo Moiré une artiste... ? La rareté d'une telle exhibition, fait le succès médiatique... Et, l’artiste présente-t-elle un propos qui va au-delà de sa nudité?

Déjà, Milo Moiré avait agité la planète médiatique avec sa performance du PlopEgg lors de l' Art Cologne en Allemagne, performance pendant laquelle elle expulsait des oeufs remplis de peinture de son vagin sur un canevas blanc.

Elle l’avait fait nue, comme lors de son Script System, une autre performance artistique à l'Art Basel, pendant laquelle elle se déplaçait en métro toute nue, des mots peints sur différentes parties de son corps, supposés représenter les vêtements qui la couvriraient habituellement. Elle explique la force de son script system, par le fait que l’être humain s’est progressivement aliéné pour obéir à des codes sociaux précis,particulièrement lorsqu’il se trouve en transport en commun en direction de son travail. Ainsi, est-il assez fascinant de la voir aller, complètement nue, soit dans des transports en commun où, selon elle, tout le monde l’ignore et personne ne lui parle, ou bien dans un musée, tandis que les visiteurs la fuient comme la peste, ceux-là mêmes qui étaient en train de regarder des oeuvres d’art de femmes dénudées quelques secondes auparavant.

En effet, plus récemment, lors d', elle parcourt tranquillement avec dans les bras un bébé nu, une exposition consacrée à l'art du ''nu'' ...

THE NAKED LIFE - “How little abstraction can art tolerate?” (2015) from Milo Moiré on Vimeo.

Propos de Milo Moiré :

- Pourquoi la nudité ?

« Sans coquille, le corps retrouve sa nature primitive et toute sa capacité à communiquer. Le corps devient ainsi universel, libéré de toute forme de distraction, d'idées dominantes, de mode et même du temps. La vue de la nudité provoque une rencontre avec soi-même et affecte profondément chacun. »

- Références artistiques :

« Edvard Munch, Käthe Hollwitz, Maria Lassnig, Francis Bacon et H.R. Giger

« Cela dit, je suis fascinée par Marina Abramovic. J'ai en mémoire un entretien de Marina Abramovic à la radio en 2006 qui ne m'a pas quittée. J'étais complètement captivée par le courage de l'artiste et le pouvoir artistique de son corps. Joseph Beuys, son esprit chamanique et sa vision révolutionnaire m'ont aussi beaucoup marquée. .. J'adore les tableaux de Cecily Brown et de Gerhard Richter. J'aime aussi les images satiriques de la sexualité par Paul McCarthy … »

« Je vois le corps nu avec neutralité, comme une toile blanche et la possibilité de se rapprocher de soi. L'occasion de se sentir vulnérable et de découvrir sa force. Ma première performance date de 2007. Depuis le début, je suis nue parce que les images naissent dans mon esprit et seul mon corps sait les traduire. »

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La Princesse andalouse Wallada

Publié le par Perceval

La Princesse andalouse Wallada

 

Wallâda Bint al-Mustakfi, princesse andalouse, est la fille du dernier Khalife Omeyyade de Cordoue, Mohamed Al-mostafki, chassé du pouvoir ( pour incompétence...) et assassiné en 1025.

Wallada est née en 994... Sa mère était sans doute une esclave éthiopienne chrétienne.

Elle a bénéficié d’une éducation sophistiquée, cultivée et relativement libre.

Wallada ne subit aucune rétorsion à l'avènement de la dynastie des Bani Jawhar à Cordoue.

Elle garde son statut de princesse et continue comme auparavant à organiser chez elle des salons littéraires. Elle a une trentaine d’années et hérite d’une grande fortune.

D'une grande beauté, de corps svelte, teint blanc, yeux bleus, cheveux entre blonds et roux, la poétesse prend alors la décision consciente de rejeter en bloc les carcans des traditions ''médiévales'' qui entravent son autonomie et sa liberté personnelle. Elle délaisse le voile, et ses biographes écrivent qu’elle porte les vêtements transparents des harems de Bagdad en plein public.

Wallada – rebelle - fait broder sur la manche droite de ses robes : «par Dieu, je suis qualifiée pour les hautes positions, et j’avance fièrement dans mon chemin,» et sur la manche gauche :«je permets à mon amant de caresser ma joue, et j’offre mon baiser à celui qui le désire.»

Wallada tient un salon littéraire où les grands esprits, poétesses et artistes, se rencontrent pour réciter la poésie, discuter avec ferveur et jouer de la musique, sans ségrégation de sexe. Lors de ces rencontres, elle prend part aux joutes de poésie en exprimant ses sentiments avec une grande liberté et audace. Wallada charme les cœurs et les esprits...

 

Et, c’est lors de ces rencontres que Wallada rencontre le grand poète de Cordoue, Ibn Zaydoun. C'est alors le grand amour, qui enrichit la littérature arabe de nombreux poèmes enflammés, dont les vers de la poétesse :

 

 

«Sois prêt pour ma visite à l’obscurité,
parce que la nuit est la meilleure gardienne des secrets.
Si le soleil sentait l’étendue de mon amour pour toi,
il ne brillerait plus,
la lune ne se lèverait plus,
et les étoiles s’éteindraient d’émoi.»

Ibn Zaydoun répond:

« Ton amour m’a rendu célèbre parmi les gens.

Mon cœur et mes pensées s’inquiètent pour toi,

quand tu es absent ils ne peuvent pas me consoler

et quand tu arrives tout le monde est présent. »

 Leon Comerre (1850-1917)

Leur liaison défraye la chronique dans la Cordoue du XIe siècle ; mais cet amour ''enflammé'' ne dure que quelques mois. Une brouille due probablement à la jalousie lui porte le coup de grâce. Ibn Zeydoun continuera à écrire à son amour perdu, qu'il ne pourra pourtant jamais plus la revoir. Aussitôt, la poétesse prend pour amant le vizir Ibn Abdus. Plus tard, elle s’éprend de Muhyah Bint al-Tayyani al-Qurtubiyah, l’une des plus belles femmes de Cordoue. Wallada entreprend l’éducation de cette dernière, si bien que Muhyah est devenue elle-même une grande poétesse.

Wallada avance en âge, et perd sa fortune. Aussi, elle renonce à son salon littéraire, et vit dans la maison de son ancien amant Ibn Abdus jusqu’à son décès, en 1091 . La poétesse décède quand les Almohades conquièrent Cordoue.

 

Regrets

« Lorsqu'en hiver nous nous rendions visite, les braises du désir me brûlaient la nuit durant

Comment se fait-il que j'en sois venue à être séparée de lui, c'est bien le Destin qui précipita ce que je voulais éviter

Les nuits passent sans que je vois l'éloignement prendre fin, sans que je vois la patience m'affranchir de la servitude du désir

Que Dieu arrose une terre devenue désormais ta demeure, en déversant une pluie abondante et ininterrompue. »

 

Les adieux

« Une amoureuse a perdu patience et te fit ses adieux pour avoir ébruité un secret, à toi, confié

Elle regrette de n'être pas restée à tes côtés plus longtemps, maintenant qu'elle te reconduit pour te faire ses adieux

Ô toi le jumeau de la pleine lune par l'élévation et l'éclat, que Dieu préserve l'instant qui te vit naître

Si après ton départ, mes nuits sont devenues longues que de fois ne me suis-je plainte de leur brièveté en ta compagnie »

Leon Francois Comerre - La Joueuse de Kouira

 

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La Femme et l'Allégorie

Publié le par Perceval

 

«Modestie» sculptée dans le marbre par Antonio Corradini 1751

Antonio Corradini - "Modesty" 

La Prudence  par Robinet Testard - Traité des vertus, de leur excellence, et comment on les peut acquérir, ca 1510 La Tempérance  par Robinet Testard
Giacinto Brandi -  Allégorie de la philosophie Allégorie de la sagesse. - Giovanni Martinelli (Italian, 1600-1659)
Allégorie de l' Innocence et de la Ruse - par Maerten van Heemskerck Cesare Dandini (1595–1658) - Allégorie de l'Intelligence .. - 1656

 

''La Femme'', petit à petit au travers des siècles, avec le XIXème siècle en apothéose, est considérée comme objet poétique: muse ou égérie ; elle est considérée par l'homme dans une vision sublimée.

" Une allégorie est toujours une femme, qu'on représente la Perversité ou l'Agriculture, la Morale ou la Géométrie."  J. Péladan  

 

Lucas Cranach l'Ancien - Allégorie de la Justice - 1537 Anonymous (Holland) - Allégorie de la Fortune, - 1520-1530

 

Eugène Faure - Allegory of Music Jacopo Ligozzi (Italian, 1547–1627). Allegory of Avarice
Moritz Stifter (1857–1905) ~ Allégorie du Rêve 'Allegory Of Medical Science' (1914) Robert Auer 1873-1952
Mars & Venus, Allegory of Peace - Louis Jean François Lagrenée Louis Maeterlinck (1846 – 1926, Belgian) - Allégorie de la Paix

Dans le poème ''Allégorie '' de Baudelaire ( 1821-1867), le poète fait allusion au corps et à la beauté de la femme...

 

Allégorie 

 

C'est une femme belle et de riche encolure,
Qui laisse dans son vin traîner sa chevelure.
Les griffes de l'amour, les poisons du tripot,
Tout glisse et tout s'émousse au granit de sa peau.
Elle rit à la Mort et nargue la Débauche,
Ces monstres dont la main, qui toujours gratte et fauche,
Dans ses jeux destructeurs a pourtant respecté
De ce corps ferme et droit la rude majesté.
Elle marche en déesse et repose en sultane;
Elle a dans le plaisir la foi mahométane,
Et dans ses bras ouverts, que remplissent ses seins,
Elle appelle des yeux la race des humains.
Elle croit, elle sait, cette vierge inféconde
Et pourtant nécessaire à la marche du monde,
Que la beauté du corps est un sublime don
Qui de toute infamie arrache le pardon.
Elle ignore l'Enfer comme le Purgatoire,
Et quand l'heure viendra d'entrer dans la Nuit noire
Elle regardera la face de la Mort,
Ainsi qu'un nouveau-né, - sans haine et sans remords.

 
(Poème LXXXV - « Les Fleurs du Mal » - Section Spleen et Idéal - première édition de 1857)

 

Pourquoi donner le nom d'une figure de style à son poème ? Peut-être parce que la femme est l'allégorie de la vie... 

 

Le lecteur peut mettre en doute l'humanité même de cette personne: « Elle marche en déesse et repose en sultane »... Et si cette femme ne se laisse pas atteindre par « les griffes de l'amour », elle exhibe sans pudeur son anatomie... Baudelaire précise qu'elle a dans le plaisir la « foi mahométane » et pour lui, cette religion magnifie le plaisir sexuel (!).. Elle sublime le regard des hommes « Elle appelle des yeux la race des humains », et les invite de « ses bras ouverts que remplissent ses seins ».

L'auteur parsème son poème d'allégories, comme la Mort ou la Débauche, des figures personnifiées et comparées à des monstres.   

 

 

 

Jules Joseph Lefebvre (1836 - 1911) - Allégorie de La Vérité, 1870 La Vanité - Hans Memling, Vanitas  central panel of the Triptych of Earthly Vanity and Divine Salvation, circa 1485
Allégorie de la Vertu Henry Ryland - Allégorie de la Liberté

 

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Lillie Langtry, le lys de Jersey -2/2-

Publié le par Perceval

Lillie au bord de la faillite réalise qu'elle a besoin d'un travail, et surtout d'être indépendante... Ses options sont limitées.

  Lillie Langtry & Sarah Bernhardt, 1887

Lillie a rencontré le monde du Théâtre, et se lie d'amitié avec l'actrice française Sarah Bernhardt. Elle persuade Lillie de devenir une actrice et de profiter de sa renommée. En effet, le sort de Lillie l'a rendue encore plus célèbre.. Elle joue à guichets fermés partout où elle est apparaît sur scène. Les critiques reconnaissent qu'elle a, sur scène, une présence unique et apporte beaucoup aux rôles qu'elle tient. Le prince, lui-même, encourage ses amis à l’applaudir...

 

 

 

 

Lillie - Cleopatra Lillie / Cleopatra 1891

Lillie Langtry se lie d'amitié avec des célébrités comme Oscar Wilde et James McNeill Whistler.

   

George Bernard Shaw claironne qu'il n'apprécie pas Mme Langtry, « une femme n'a pas le droit d'être intelligente, audacieuse et indépendante, si elle est belle. »

En 1882, Lillie Langtry commence une tournée en Amérique... Elle est une fois de plus une célébrité bien-aimée et bénéficie du plus gros cachet jamais payé à ce jour à une actrice. Elle commence une relation avec Freddie Gebhard millionnaire.

C'est vers cette époque que le juge de paix Roy Bean connait l'existence de Lillie Langtry, Il l'admire tellement qu'il réussit à rebaptiser la petite ville d'Eagle's Nest où il habite du nom de Langtry. Il la voit une seule fois lors de l'une de ses tournées dans la ville de San Antonio, qui se trouve à pas moins de 300km de Langtry. La tournée américaine de Lillie est un tel succès qu'elle est reconduite 5 années consécutives. Freddie Gebhard l’inonde de cadeaux dont un wagon pullman baptisé "Lalee", décoré selon ses goûts et ayant coûté la coquette somme d'un million de dollars...

A la fin de sa tournée théâtrale américaine, en juillet 1887, Lillie obtient la nationalité américaine et le divorce d'avec son mari.

Comme elle adore la Californie et les chevaux, elle s’achète en 1888 un ranch de 6500 acres à Lake Country avec écuries, vergers et domaine viticole qu'elle baptise "Langtry Farm". Elle y produit du vin de Californie sous son propre nom.

Avec cette gloire et ce succès phénoménal outre-atlantique, son coeur n'a plus beaucoup de pensées pour son père déchu resté en Angleterre. Il décède à Kennington, au sud de Londres, tout seul avec à peine 5 livres sterling en poche...

Elle retourne en Angleterre, et, de par sa passion pour les chevaux, se lie avec George Braid, un riche propriétaire écossais. Au cours d'une scène violente, Lillie se retrouve avec les deux yeux au ''beurre noir'' et 10 jours d'hospitalisation. Pour se faire pardonner, George Braid lui offre un magnifique Yacht de 200 pieds de long (env. 60 mètres) nommé "White Lady", mais bien vite surnommé "Black Eye".

 

 

 

   

Elle épouse en 1899 le jeune Hugo Gerald de Bathe de 19 ans son cadet, et s'installe sur son île natale de Jersey. Sa fille Jeanne-Marie ( qu'elle faisait passer pour sa nièce...) se brouille avec sa mère en apprenant la vérité sur ses origines.

Dans les années 1900 Lillie suit la mode et les nouveautés, elle achète une automobile, s'habillé à la dernière mode et répond aux demandes des photographies, et paraît sur des centaines de cartes postales...

En 1903, Lillie revient aux Etats-Unis. Elle fait un détour dans cette fameuse petite ville de Langtry qui porte son nom, pour voir ce juge dont elle a entendu parler et qui est si passionné d'elle. Il venait malheureusement de décéder quelque mois plus tôt.

La prohibition met fin à son exploitation viticole qu'elle revend en 1906. Année où elle remonte sur les planches à New York, à l'âge de 53 ans.

Elle aime se rendre à Monte Carlo et devient une habituée des casinos. En 1907, elle est la première femme à avoir fait 'sauter la banque'. La même année, elle devient Lady de Bathe après le décès de son beau-père.

Lillie paraît dans un seul film en 1913.

A la fin de la guerre, Lillie Langtry se retire à Monaco (villa "Le Lys"), se réconcilie avec sa fille Jeanne-Marie et peut jouer son rôle de grand'mère autour de ses 4 petits enfants. En automne 1928, à l'âge de 75 ans, elle attrape une bronchite compliquée d'une pleurésie. Elle en guérit, mais reste très faible. Une mauvaise grippe l'emporte le 12 février 1929. Elle est inhumée dans le petit cimetière de St Saviour, sur son île natale de Jersey.

 

Old (and gorgeous) Lily Langtry by Cecil Beaton, 1929 Jeanne Marie (née Langtry), Lady Malcolm, by Bassano (1922)

Dans le film de John Huston Juge et Hors-la-loi, Lillie Langtry est interprétée par Ava Gardner : le personnage principal, le juge Roy Bean, campé par Paul Newman, y voue une véritable dévotion à « Jersey Lily ». Dans Le Cavalier du désert, un film de William Wyler avec Gary Cooper, elle est interprétée par Lilian Bond.

Elle est également présente, sans vraiment l'être, dans l'album de Lucky Luke Le Juge, puisque comme dans le film de John Huston et dans celui de William Willer, elle y est l'égérie et l'inspiratrice du juge Roy Bean.

 

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Lillie Langtry, le lys de Jersey -1/2-

Publié le par Perceval

Il était une fois, une femme célèbre pour sa beauté, et son sens de l'entreprise, peut-être même son goût pour l'aventure... Un homme l'a particulièrement remarquée : Albert Edward, le prince de Galles.

Lillie Langtry est née 'Emilie Charlotte Le Breton', le 13 Octobre 1853, à St Saviour, sur l'île de Jersey. Elle est la fille du Révérend William Corbet Le Breton, Doyen de l'île.

Seule fille d'une famille de 7 enfants, ses 6 frères ne lui font pas la vie facile... Elle ne se laisse pas faire, ce qui lui forge et endurcit son caractère. Sa blancheur de peau lui vaut très tôt son surnom de Jersey Lily, du nom de la fleur emblème de l'Île de Jersey. Elle séduit déjà par sa classe et surtout par sa beauté. Elle épouse en 1874, Edward Langtry, son beau-frère, veuf, âgé de 26 ans, un propriétaire foncier irlandais et passent ensemble plusieurs semaines sur son splendide Yacht : le 'Red Gauntlet '. Tous les deux s'installent à Londres deux ans plus tard.

Cette première année se déroule sans incident à Southampton, sauf qu'Edward commence à boire beaucoup, la laisse seule et Lillie s'ennuie... Elle tombe malade, et son médecin très proche de sa patiente, convainc son mari qu'elle a besoin d'un changement complet et que la réalisation de son souhait d'aller à Londres permettrait d'accélérer sa guérison ...

En 1877, lors d'une soirée, Lillie - qui vient de perde son jeune frère Reggie dans un accident de cheval - porte une robe de deuil toute simple contrastant avec le strass des tenues des autres invitées, est remarquée par les artistes John Millais et Frank Miles... Le portrait d'elle – dans cette tenue de deuil - , de Millais intitulé Lily Jersey, va asseoir sa renommée et sa beauté dans tout Londres.

Sa conversation intelligente, ses opinions tranchées et sa répartie, font qu'elle est très appréciée et demandée lors de réunions mondaines. Le Prince de Galles souhaite rencontrer cette femme célèbre pour ses yeux violets, son intelligence et son sens de l'humour.

Un dîner discrète est organisée chez Sir Allen à Londres. Mme Langtry est assise à côté du prince, tandis que son mari est placé à l'autre bout de la table. Edward Langtry n'a pas d'autre choix que de suivre le protocole et ne fait aucune objection.

 

 

John Everett Millais - Lillie Langtry (A Jersey Lily) King Edward VII (1841-1910).

Lillie devient bientôt la maîtresse du prince à l'exclusion de toutes les autres.

Il est discrètement rappelé à ceux qui invitent le prince, quelque que soit l'occasion mondaine, qu'il serait judicieux d'inviter aussi, Mme Langtry, sinon il serait très peu probable que le Prince y assiste....

Le prince n'est plus intéressé par aucune autre femme et Lillie est reconnue comme sa maîtresse 'officielle', se fait conduire avec elle dans une calèche ouverte et se promène avec elle en public lors d'événements sportifs et mondains...

Portrait of Lillie Langtry by Herbert Gustave Schmalz, 1890s Lillie Langtry - 'The Jersey Lily'

Bien que les deux soient mariés, leur relation n'est pas un secret. Lillie Langtry est même présentée à la reine Victoria. A cette occasion Lillie porte dans les cheveux, trois plumes d'autruche stylisées qui représentent l'emblème du pays de Galles...

Mais, le Prince de Galles Albert Edward ( Bertie pour les intimes) , est volage... La relation de Lillie avec le prince, se termine alors que lors d'une soirée, Lillie boit trop et crée un 'incident' …

Bertie se tourne bientôt vers d'autres cieux - et d'autres yeux: ceux de Sarah Bernhardt.

Lillie & Edward Langtry Sarah Bernhardt  ... Her lovers included Victor Hugo and the Prince of Wales ...

Lillie essaie de se consoler dans les bras du cousin du prince de Galles, le Prince Louis de Battenberg. Il lui laissa un souvenir sous forme d'une petite fille, Jeanne-Marie, qui naît en mars 1881 à Paris.

Le prince Louis de Battenberg, va épouser la petite-fille de la reine Victoria, la Princesse Victoria de Hesse et de Rhénanie en 1884 , et deviendra le père de Louis Mountbatten de Birmanie, le dernier vice-roi de l'Inde, et grand-père du prince Philip, duc d'Édimbourg.

Sitôt que Lillie n'eut plus les faveurs du Prince, les invitations de la haute société se sont retirées, et les créanciers qui ont détecté un changement de fortune pressent Lillie de régler de toute urgence l'état de ses comptes.

Son mari, Edward Langtry n'a pas assez de fortune pour soutenir le nouveau style de vie de sa femme... Leur mariage ne tient plus, et Edward boit beaucoup....

En plus de sa grossesse illégitime, il s'en suit la banqueroute de son mari et ses frasques provoquent la rétrogradation de son père du poste de doyen religieux à celui de simple pasteur à Londres.

Lillie Langtry Rare Lily Langtry in crown

A suivre ...

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