Overblog Suivre ce blog
Administration Créer mon blog

Articles avec #xviie tag

Christine de Suède : "Homme illustre" -4/4-

Publié le par Perceval

Christine est-elle misogyne ? Ou plutôt, reconnaît-elle que les femmes sont maintenues en esclavage par les hommes ?

« J’eus une aversion et une antipathie invincible pour tout ce que font et disent les femmes »

« Le sexe feminin est un terrible et incorrigible defaut, c’est un tres grand embarras dont on ne sauroit presque se tirer avec honneur. »

« Quel crime a commis le sexe feminin pour estre condamné a la dure necessité detre enfermees toutte leur vie ou prisonieres ou esclaves ? J’appelle prisonieres les religieuses et esclaves les mariées »

Ci-dessous :Christine au Palazzo Corsini, peint par Kristian Zahrtmann (1908)

Elle écrit aussi :

« Il y a des hommes qui sont aussi femmes que leurs mères, et des femmes qui sont autant hommes que leurs pères, car l’âme n’a point de sexe »

Christine assume pleinement sa féminité. Elle ne regrette véritablement de ne pas être un homme que pour l’exercice du pouvoir et, de manière plus ambivalente, pour la liberté de mœurs à laquelle elle pourrait prétendre

Elle accepte d’être une « fille », et elle refuse de devenir une « femme ». Christine en effet associe étroitement, avec une remarquable lucidité, ce qu’elle appelle sa « liberté » à son statut de femme non mariée, de « fille », soustraite à l’autorité masculine. Elle exprime également un profond dégoût pour la grossesse, qui lui apparaît comme le signe le plus violent de l’asservissement sexuel (aussi traite-t-elle de « vaches » les femmes enceintes de son entourage, selon des témoins). Elle-même, plus d’une fois, a exprimé son refus du mariage, comme un renoncement, ou du moins une entrave considérable au plaisir de la chair, pour une femme désireuse comme elle de préserver son honneur, au nom de la liberté, érigée en valeur suprême.Ninon de Lenclos

 

On ne peut manquer d'évoquer la rencontre qui eut vraiment lieu de Christine de Suède avec Ninon de Lenclos, alors en résidence surveillée chez religieuses de Lagny pour la punir de son « libertinage ». C'est un peu – dit-on - comme si deux 'hommes illustres' se rencontraient.

Citation de Mme de Motteville :

« [...] elle voulut voir une demoiselle qu’on appeloit Ninon, célèbre par son vice, par son libertinage et la beauté de son esprit. Ce fut à elle seule, de toutes les femmes qu’elle vit en France, à qui elle donna quelques marques d’estime. Le maréchal d’Albret et quelques autres en furent cause, par les louanges qu’ils donnèrent à cette courtisane de notre siècle. »

Et, selon Claude Quillet, affirmant l’avoir appris de la bouche même de la célèbre courtisane, Christine, au bout de deux heures d’entretien aurait demandé à Ninon de se mettre nue devant elle ; et celle-ci se serait exécutée, « avec une grande lenteur et des gestes savants »

Christine de Suède, agée. Monument funéraire de Christine de Suède à St-Pierre, Vatican.

L'âge venant, Christine s'abandonne à de longues contemplations mystiques et dévotes proches du quiétisme. Elle finit sa vie à Rome où elle décède en 1689.

 

- Source principale : un dossier de J.P. Cavaillé ( du GRIHL), sur les écrits sur et de Christine de Suède

Voir les commentaires

Christine de Suède : Libertine -3/4-

Publié le par Perceval

Elle est accueillie, en août 1656, à Lyon par le duc de Guise, avant de se rendre à Paris qui lui consacre une semaine de cérémonies et de divertissements. Christine présente pour certains un danger … En effet, elle convoite le trône de Naples... ! Il serait prévu que Christine monte sur le trône de Naples quand les Français auraient expulsé les Espagnols. Sans descendance, Christine transmettrait sa couronne à Philippe d'Anjou, frère de Louis XIV.

Alors qu'elle est reçue à Fontainebleau, elle ordonne l'assassinat à coups de couteau, dans la galerie des cerfs du château, du comte de Monaldesco, intendant de sa maison et, semble-t-il, son amant, mais qui l'aurait trahi ( en faveur des espagnols) : un crime qui scandalise nombre de ses contemporains.

Christine rentre en Italie après avoir emprunté d'importantes sommes d'argent à Mazarin.

Christine est « libertine » autant par ses propos grivois, son comportement en rupture avec les bienséances de son sexe et les conventions mondaines, autant par les multiples intrigues amoureuses qu’on lui prête, que par son irréligion ostentatoire et raisonnante.

Pendant la durée de son règne effectif, beaucoup de documents présentent Christine comme capable de toute l’autorité – et « donc » de toute la virilité – requise par la fonction. Dans l’abdication, par contre, elle révèle sa faiblesse première de femme (dépouillée de son corps mystique de « roi », la reine n’était plus en effet qu’une simple femme), une femme qui chercherait à réaffirmer sa masculinité de manière dérisoire, par le vêtement, le comportement et surtout l’exercice de l’impiété.

Christine : image d'une aventurière travestie, devient ainsi une figure du libertinage au féminin.

La féminité de la reine a une incidence importante sur son irréligion : celle-ci est en effet essentiellement pensée moins comme un trait de son esprit et de sa personnalité propre que comme le résultat fâcheux, par mimétisme, de la fréquentation d’hommes, et en particulier de savants, notoirement licencieux et mécréants. Il est invariablement répété que ce sont ces hommes, en particulier le médecin Bourdelot (Pierre Michon), mais aussi d’autres parmi les intellectuels dont elle s’entoure en Suède (l’humaniste Isaac Vossius, etc.) qui furent les corrupteurs de l’esprit de la reine. Soit, comme il est dit dans un pamphlet de 1655, farouchement hostile au médecin français, La Brieve relation de la vie de Christine, Reine de Suède, jusque à la démission de sa couronne et son arrivée à Bruxelles : « Cet homme sans religion et sans piete, imprima tous ses faux sentimens dans l’esprit de la Reyne, qu’il rendit en peu de temps fort semblable à luy. […] la Reyne s’est depuis monstrée telle qu’il l’avoit laissée; c’est-à-dire, sans Religion, sans pieté, sans vertu, sans loyauté, dissoluë, & libertine en ses discours, fourbe, trompeuse, medisante, mocqueuse... »

Légendes des photos: Voici deux pistolets à rouet portés lors du couronnement de Christine, et le détail d’un pistolet orné de figures coquines ...

Christine racontée par elle-même : ( textes autobiographiques)

Souper chez le Prince de Conti (M.B. Ollivier)« Tout le respect, l’admiration, l’amour que j’ai eu toute ma vie pour vous, Seigneur, ne m’empêchoit pas d’être très incrédule & peu dévote ? Je ne croyois rien de la Religion dans laquelle je fus nourrie. Tout ce qu’on m’en disoit me sembloit peu digne de vous. Je crus que les hommes vous faisoient parler à leur mode, & qu’ils me vouloient tromper, & me faire peur pour me gouverner à la leur. Je haissois mortellement les longs & frequens Sermons des Luthériens ; mais je connus qu’il falloit les laisser dire & avoir patience, & qu’il falloit dissimuler ce que j’en pensois. Mais quand je me trouvois un peu aggrandie, je me formois une espèce de Religion à ma mode, en attendant celle que vous m’avez inspirée, à laquelle j’avoir naturellement une si forte inclination. Vous savez combien de fois, par un langage inconnu du commun, je vous ai demandé la grace d’être éclairée de vous, que je fis vœu de vous obéir au prix de ma vie & de ma fortune. »

Cependant, une lettre de Fortner à Bouilliau (26 octobre 1656) rapporte une anecdote selon laquelle, de passage à Dijon, Christine se serait déclarée, non pas catholique, mais de « la religion des philosophes », telle qu’on la trouve dans le De Natura Rerum de Lucrèce...

En tout cas, il n’est nullement question dans ses propos d’un quelconque remord, ou même regret d’avoir suivi les mauvais enseignements des « libertins » dont elle s’était entourée..

Voir les commentaires

<< < 1 2