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Lettres d'amour: G. Flaubert – Louise Colet -3/3-

Publié le par Perceval

La santé d’Hippolyte Colet s’est dégradée. Toujours mariée, mais séparée de corps, Louise Colet l'héberge et s'occupe de lui jusqu'à sa mort, dans ses bras, le 21 avril 1851.

Louise se réconcilie avec Flaubert, dont elle redevient l’amante ; alors qu’elle est déjà celle de Musset.

Flaubert quitte Croisset pour s’installer avec Louise à Paris. Elle refuse de comprendre qu’il ait besoin de solitude pour écrire ce roman, Madame Bovary, dont on n’entrevoit jamais la fin.

 

Après un long intervalle de trois ans, la correspondance reprend en 1851, sur un ton plus apaisé.

« Comme je m’amuse à causer avec toi ! Cela me délasse de t’envoyer au hasard toutes mes pensées »

Sur Madame Bovary : « Tu n’as point, je crois, l’idée du genre de ce bouquin. Autant je suis débraillé dans mes autres livres, autant dans celui-ci je tâche d’être boutonné et de suivre une ligne droite géométrique. »

« Beaucoup de choses qui me laissent froid ou quand je les vois ou quand d’autres en parlent, m’enthousiasment, m’irritent, me blessent si j’en parle, et surtout si j’écris. C’est là l’un des effets de ma nature de saltimbanque ».

Madame Bovary rend Flaubert littéralement malade : « Ce livre au point où j’en suis, me torture tellement (et si je trouvais un mot plus fort, je l’emploierais) que j’en suis parfois malade physiquement. »

« Voilà une des rares journées de ma vie que j’ai passée dans l’Illusion, complètement, et d’un bout jusqu’à l’autre. Tantôt, à six heures, au moment où j’écrivais le mot attaque de nerfs, j’étais si emporté, je gueulais si fort, et sentais si profondément ce que ma petite femme éprouvait, que j’ai eu peur moi-même d’en avoir une. »

 

La lettre de rupture (1855), après 10 ans de liaison, est cinglante et glaciale, à l'image de cet amant distant et ingrat selon sa maîtresse...

« Madame,

J'ai appris que vous vous étiez donné la peine de venir, hier, dans la soirée, trois fois, chez moi.
Je n'y étais pas. Et dans la crainte des avanies qu'une telle persistance de votre part, pourrait vous attirer de la mienne, le savoir-vivre m'engage à vous prévenir : que je n'y serai jamais
.

J'ai l'honneur de vous saluer.

G.F »

Louise publie, en 1860, ''Lui, roman contemporain''. Elle s’y dépeint sous son plus beau jour, amoureuse injustement trahie par les hommes. Flaubert y est traîné dans la boue. À l’en croire, seul Musset savait apprécier les bienfaits de sa passion... Elle oublie de rapporter que le poète, à moitié ivre, avait tenté d’abuser d’elle dans une calèche, ou comment, lassé de sa fougue, il avait donné des ordres pour qu’elle ne fût plus jamais autorisée à mettre les pieds chez lui.

Après Gustave Flaubert, elle fut la maîtresse d'Alfred de Vigny, d’Alfred de Musset et d’Abel Villemain.

Après la mort de son mari à Paris, le 21 avril 1851, Louise Colet et sa fille subsistent grâce à ses écrits et à l'aide de Victor Cousin.

 

Autres extraits de lettres de Gustave Flaubert à Louise Colet

Samedi 8 Août 1846.

« A quelque jour j'irai vivre loin d'ici, et l'on n'entendra plus parler de moi. Quant à ce qui d'ordinaire touche les hommes de plus près, et ce qui pour moi est secondaire, en fait d'amour physique, je l'ai toujours séparé de l'autre. Je t'ai vu railler cela l'autre jour à propos de B***, c'était mon histoire. Tu es bien la seule femme que j'ai aimée et que j'ai eue. Jusqu'alors j'allais calmer sur d'autres les désirs donnés par d'autres. Tu m'as fait mentir à mon système, à mon coeur, à ma nature peut-être, qui, incomplète d'elle-même, cherche toujours l'incomplet. »

 

Nuit de samedi au dimanche, minuit. 8-9 AOût 1846

« Non, je t'embrasse, je te baise. Je suis fou. Si tu étais là, je te mordrais ; j'en ai envie, moi que les femmes raillent de ma froideur et auquel on a fait la réputation charitable de n'en pouvoir user, tant j'en usais peu. Oui je me sens maintenant des appétits de bêtes fauves, des instincts d'amour carnassier et déchirant ; je ne sais pas si c'est aimer. C'est peut-être le contraire. Peut-être est-ce le coeur, en moi, qui est impuissant. »

 

Mercredi soir. 12 Août 1846.

« O Louise, je vais te dire un mot dur, et pourtant il part de la plus immense sympathie, de la plus intime pitié. Si jamais vient à t'aimer un pauvre enfant qui te trouve belle, un enfant comme je l'étais, timide, doux, tremblant, qui ait peur de toi et qui te cherche, qui t'évite et qui te poursuive, sois bonne pour lui, ne le repousse pas, donne-lui seulement ta main à baiser, il en mourra d'ivresse. Perds ton mouchoir, il le prendra et il couchera avec ; il se roulera dessus en pleurant. Ce spectacle de tantôt a rouvert le sépulcre où dormait ma jeunesse momifiée ; j'en ai ressenti les exhalaisons fanées, il m'est revenu dans l'âme quelque chose de pareil à ces mélodies oubliées que l'on retrouve au crépuscule, durant ces heures lentes où la mémoire, ainsi qu'un spectre dans les ruines, se promène dans nos souvenirs. Non, vois-tu, jamais les femmes ne sauront tout cela. Elles le diront encore moins, jamais ; elles aiment bien, elles aiment peut-être mieux que nous, plus fort, mais pas si avant. Et puis suffit-il d'être possédé d'un sentiment pour l'exprimer ? Y a-t-il une chanson de table qui ait été écrite par un homme ivre ? Il ne faut pas toujours croire que le sentiment soit tout. Dans les arts, il n'est rien sans la forme. Tout cela est pour dire que les femmes qui ont tant aimé ne connaissent pas l'amour pour en avoir été trop préoccupées ; elles n'ont pas un appétit désintéressé du Beau. Il faut toujours, pour elles, qu'il se rattache à quelque chose, à un but, à une question pratique ; elles écrivent pour se satisfaire le coeur, mais non par l'attraction de l'

Art, principe complet de lui-même et qui n'a pas plus besoin d'appui qu'une étoile. Je sais très bien que ce ne sont pas là tes idées ; mais ce sont les miennes. »

 

Lettre du 27 mars 1853

« La femme est un produit de l'homme. Dieu a créé la femelle, et l'homme a fait la femme ; elle est le résultat de la civilisation, une œuvre factice. Dans les pays où toute culture intellectuelle est nulle, elle n'existe pas (car c'est une œuvre d'art, au sens humanitaire ; est-ce pour cela que toutes les grandes idées générales se sont symbolisées au féminin ?) Quelles femmes c'étaient que les courtisanes grecques ! Mais quel art c'était que l'art grec ! Que devait être une créature élevée pour contribuer aux plaisirs complets d'un Platon ou d'un Phidias ? Toi, tu n'es pas une femme, et si je t'ai plus et surtout plus profondément aimée (tâche de comprendre ce mot profondément) que toute autre, c'est qu'il m'a semblé que tu étais moins femme qu'une autre. Toutes nos dissidences ne sont jamais venues que de ce côté féminin. Rêve là-dessus, tu verras si je me trompe. Je voudrais que nous gardassions nos deux corps et n'être qu'un même esprit. Je ne veux de toi, comme femme, que la chair. Que tout le reste donc soit à moi, ou mieux soit moi, de même pâte et la même pâte. Comprends-tu que ceci n'est pas de l'amour, mais quelque chose de plus haut, il me semble, puisque ce désir de l'âme est pour elle presque un besoin même de vivre, de se dilater, d'être plus grande. Tout sentiment est une extension. C'est pour cela que la liberté est la plus noble des passions. »

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Lettres d'amour: G. Flaubert – Louise Colet -2/3-

Publié le par Perceval

Louise Colet est devenue célèbre... Elle fréquente les salons les plus cultivés, et de nombreux écrivains s’intéressent à son œuvre. Elle est reçue aux Tuileries et l’Académie lui accorde en 1843 un nouveau prix de poésie pour Le Monument de Molière. Elle publie des romans, des biographies, des récits de voyage et des vers, n’oubliant jamais de se rappeler au bon souvenir des chroniqueurs littéraires, quitte à les harceler et à se venger s'ils n'obtempèrent pas.

En juin 1846, Louise rencontre dans l’atelier du sculpteur Pradier un grand gaillard moustachu, une force de la nature : Gustave Flaubert, alors âgé de vingt-quatre ans. Elle en a trente-cinq. Il écrit – quelques nouvelles et une première version de L’Éducation sentimentale –, mais n’a encore rien publié.

Entre deux escapades à Paris, il vit avec sa mère et sa nièce à Croisset, près de Rouen, où il sacrifie au « culte fanatique de l’art », unique consolation à « la triste plaisanterie de l’existence ». En juillet, ils deviennent amants. Ils sont très amoureux.

Ils s’écrivent quotidiennement des lettres, de plusieurs pages pour la plupart. Celles de Louise Colet restant introuvables, c’est aux lettres de Flaubert qu’il faut s’en remettre pour savoir ce qui s’est passé

Cette correspondance, ne se limite pas aux griefs et autres considérations sur l’amour. Plus qu’une maîtresse, Louise Colet est pour Flaubert une confidente, à laquelle il s’ouvre de ses affres de créateur.

Leurs amours seront les seules de l'existence de Flaubert, prisonnier qu’il est de son travail, de sa haute idée de la littérature et des contraintes qu’il s’impose.

Pour Flaubert, seule compte réellement l’oeuvre à venir :

« l’amour ne saurait être le mets principal de l’existence, mais son assaisonnement ».

« Je me suis creusé mon trou et j’y reste ayant soin qu’il y fasse toujours la même température. » et de pouvoir descendre « au fond de ces gouffres intérieurs qui ne tarissent jamais pour les forts ».

L'Amour … ? « un lit où l’on met son coeur pour se détendre. Or on ne reste pas couché toute la journée. Toi tu en fais un tambour pour régler le pas de l’existence. Non, non, mille fois non. »

Louise s'impatiente …

Flaubert : « Tu me demandes une explication franche, nette. Mais ne te l’ai-je pas donnée cent fois, et j’ose dire, dans chaque lettre depuis des mois entiers ? »

Il affirme: « Puisque tu m’aimes je t’aime toujours »... Il s’étonne de l’amour qu’on lui porte et éprouve « des ébahissements singuliers à voir ces trésors de passion... »

Il sait que Louise recherche le monde: « Tu aimes l’existence, toi [...] tu respectes les passions et tu aspires au bonheur »...

« Oui je me sens maintenant des appétits de bêtes fauves, des instincts d'amour carnassier et déchirant, je ne sais pas si c'est aimer. C'est peut-être le contraire. Peut-être est-ce le cœur en moi qui est impuissant. La déplorable manie de l'analyse m'épuise. Je doute de tout, et même de mon doute. Tu m'as cru jeune et je suis vieux. (…) Je ne suis pas fait pour jouir. Il ne faut pas prendre cette phrase au sens terre à terre mais en saisir l'intensité métaphysique. »

« J’ai en moi, au fond de moi, un embêtement radical, intime, âcre et incessant qui m’empêche de rien goûter et qui me remplit l’âme à la faire crever. » (...) « J’aime l’art et je n’y crois guère. On m’accuse d’égoïsme, et je ne crois pas plus à moi qu’à autre chose. J’aime la nature, et la campagne me semble souvent bête. J’aime les voyages, et je déteste me remuer. »
Il reproche à Louise son sentimentalisme en art : « Il n’y a rien de plus faible que de mettre en art ses sentiments personnels. »... (…) Les femmes, dit-il: « prennent leur cul pour leur cœur et croient que la lune est faite pour éclairer leur boudoir. ».

« Il aurait mieux valu pour toi ne pas m’aimer. Le bonheur est un usurier qui pour un quart d’heure de joie qu’il vous prête vous fait payer toute une cargaison d’infortunes. »

Flaubert ne déteste rien tant que « la poétisation » des choses, qui est par essence « anti-artistique, anti-plastique, anti-humaine, anti-poétique par conséquent. » : « Dans Aristophane, on chie sur la scène. Dans l’Ajax de Sophocle, le sang des animaux égorgés ruisselle autour d’Ajax qui pleure. »

Lui, il a la religion de l’art : « Tu n’admires pas assez, tu ne respectes pas assez. Tu as bien l’amour de l’art, mais tu n’en as pas la religion. »

Il trouve trop académique l'écriture de Louise et tente de la convaincre de « viriliser » sa prose, il lui conseille de relire La Fontaine ou Montesquieu et de remplacer l’esprit de société par l’esprit des maîtres. Ce qui fait le plus envie à Flaubert en tant qu’écrivain est « le comique arrivé à l’extrême, le comique qui ne fait pas rire » : « Le Malade imaginaire descend plus loin dans les mondes intérieurs que tous les Agamemnon. » Mais il admire par-dessus-tout Shakespeare : « Ce n’était pas un homme, mais un continent. Il avait des grands hommes en lui, des foules entières, des paysages. » et le Don Quichotte est pour lui le livre de ses origines, le livre « qu’il savait par coeur avant même de savoir lire. » Louis Lambert de Balzac « le foudroie ». Il s’identifie à « cet homme qui devient fou à force de penser à des choses intangibles ».

Lui-même a dix-neuf ans a eu l’idée de se châtrer : « Il arrive un moment où l’on a besoin de se faire souffrir, de haïr sa chair, de lui jeter de la boue au visage tant elle vous semble hideuse. Sans l’amour de la forme, j’eusse peut-être été un grand mystique. »

Ils se voient à Paris, tous les deux mois en moyenne, ou à Mantes. Elle en veut plus. Il tente de la contenir. L’énergie dépensée à faire l’amour, estime Flaubert, nuit à celle qu’exige l’écriture. Elle insiste.

Première rupture en août 1848.

A suivre …

 

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Lettres d'amour: G. Flaubert – Louise Colet -1/3-

Publié le par Perceval

Gustave Flaubert, est né à Rouen le 12 décembre 1821, il est décédé à Croisset (Seine-Maritime) le 8 mai 1880.

Flaubert ( il a vingt quatre ans )rencontre pour la première fois en juin 1846, la blonde poétesse de dix ans son ainée. ''On dit '', que c'est le 29 juillet 1846, après une promenade au Bois de Boulogne (en fiacre, bien entendu, comme plus tard Mme Bovary), que Louise Colet succombe, le lieu choisi pour la chute étant l’Hôtel du Bon La Fontaine, 64, rue des Saints-Pères, à Paris...

De 1846 à 1848, c'est la passion entre les deux amants, une première rupture est datée du 21 août 1848, puis Flaubert voyage en Orient, de 1849 à 1851. Ils reprennent leur relation de juillet 1851 (à Rouen) jusqu’au 5 mars 1855, date de la dernière lettre, ou, peut-être même dès novembre ou décembre 1854, date à laquelle l’irascible Muse n’hésite pas à venir jusqu’à Croisset relancer son amant indigné.

Louise Révoil (Colet), est née à Aix-en-Provence le 15 septembre 1810, elle se prétend (faussement) noble ; et en 1832, elle rencontre Hippolyte Colet, qui effectue de fréquents séjours à Nîmes, dans sa famille ; il se dit ( faussement) professeur de composition au Conservatoire de Paris... Contre l'avis de ses parents, pour fuir la province et partir à la conquête de Paris, Louise se marie avec Hippolyte en 1834. Louise Colet est belle, elle a de l'esprit et écrit de la poésie. En 1836, ce ''Rastignac'' en jupons publie un premier recueil de vers, Fleurs du Midi. Prise en amitié par Mme Récamier, dont elle fréquente le salon, elle sollicite une préface du vieillissant Chateaubriand. Il refuse, par lettres, et Louise les insère en ouverture de l’ouvrage. Et parvient à décrocher une subvention du roi Louis-Philippe, qui n’avait pourtant que faire de la poésie.

Louise Colet concourt avec succès pour un prix de poésie de l’Académie française. Elle devient d’ailleurs la maîtresse de l’un d’eux, le très docte et sérieux Victor Cousin, presque cinquantenaire, qui ne manque pas de la recommander avec insistance au Tout-Paris littéraire.

En 1840, la poétesse, qui tient un salon littéraire 2 rue Bréda est enceinte. Son mari Hyppolite Colet,refusait toute idée de paternité, et Victor Cousin refuse tout aussi catégoriquement une quelconque reconnaissance.

Le journaliste Alphonse Karr révèle dans un pamphlet la liaison adultère .

Chroniques policières

« Mademoiselle R…, après une union de plusieurs années avec M. C…, a vu enfin le ciel bénir son mariage, elle est prête de mettre au monde autre chose qu’un alexandrin.

Quand le vénérable ministre de l’Instruction publique a appris cette circonstance, il a noblement compris ses devoirs à l’égard de la littérature. Il a fait pour Mme C… ce qu’il fera sans doute pour toute autre femme de lettres à son tour. Il l’a entourée de soins et d’attention ; il ne permet pas qu’elle sorte autrement que dans sa voiture… Il est allé lui-même chercher à Nanterre une nourrice pour l’enfant de lettres qui va bientôt voir le jour et on espère qu’il ne refusera pas d’en être le parrain. »

Ce n’était pas diffamatoire, mais reconnaissons que Victor Cousin, chef de l’école spiritualiste éclectique, pour lors ministre, en prenait pour son grade. Mais les philosophes sont si facilement étourdis.

Un mot courut alors dans les milieux littéraires qui ne sont pas généralement tendres pour leurs confrères masculins ou féminins, réduisant la piqûre des guêpes à celle d’un cousin. » A. Karr

Alors, que le journaliste est présent chez elle, Louise Colet, prise d'un accès de rage, prend un couteau, et le plante dans le dos de l'infortuné auteur du "Voyage autour de ma Chambre". La blessure est sans gravité, mais Alphonse Karr, conserve l'arme du crime qu'il exposera sur un mur de sa chambre du 46 rue Vivienne, avec une étiquette portant l'inscription : "Donné par Louise Colet....dans le dos !"

A suivre ...

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