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La Fin des Livres

Publié le par Perceval

Octave Uzanne par Albert Robida (1888)

Octave Uzanne par Albert Robida (1888)

''La fin des Livres'' est un texte de 1894, publié dans les Contes pour les Bibliophiles, et illustré par Albert Robida (1848-1926).

Ce texte d'anticipation, est de Octave Uzanne (1852-1931) . Et, Uzanne avait vu juste, en partie. Le sonore, le visuel a pris le pas sur l'imprimé sur papier... !

Uzanne par Robida (1888)

Octave Uzanne est un bibliophile de grande réputation, il est aussi journaliste et essayiste. Il est connu également pour les ''études'' qu'il a fait des femmes :  Son Altesse la Femme (1885), "La Française du siècle" (1886), "La Femme et la mode", "Métamorphoses de la Parisienne de 1792 à 1892", "Tableau des moeurs et usages aux principales époques de notre ère républicaine" (1892), "La Femme à Paris", "Nos contemporaines", "Notes successives sur les Parisiennes de ce temps dans leurs divers milieux, états et conditions" (1894), Les Modes de Paris. Variations du goût et de l'esthétique de la femme, 1797-1897  (1898), "Études de sociologie féminine", "Parisiennes de ce temps, en leurs divers milieux, états et conditions", "Études pour servir à l'histoire des femmes, de la société, de la galanterie française, des moeurs contemporaines et de l'égoïsme masculin" (1910).

« Eh bien! mon cher bibliophile (...) ne nous direz-vous pas ce qu’il adviendra des lettres, des littérateurs et des livres d’ici quelque cent ans ? »

( …) l’imprimerie qui, à dater de 1436, régna si despotiquement sur nos esprits, me semble menacée de mort, à mon avis, par les divers enregistreurs du son qui ont été récemment découverts et qui peu à peu vont largement se perfectionner.

<-- Robida et Uzanne, agenouillés et présentant leur ouvrage à deux haultes personnes, à la façon des livres enluminés du moyen-âge.

( …) « Je me base sur cette constatation indéniable que l’homme de loisir repousse chaque jour davantage la fatigue et qu’il recherche avidement ce qu’il appelle le confortable, c’est-à-dire toutes les occasions de ménager autant que possible la dépense et le jeu de ses organes. Vous admettrez bien avec moi que la lecture, telle que nous la pratiquons aujourd’hui, amène vivement une grande lassitude, car non seulement elle exige de notre cerveau une attention soutenue qui consomme une forte partie de nos phosphates cérébraux, mais encore elle ploie notre corps en diverses attitudes lassantes. Elle nous force, si nous lisons un de vos grands journaux, format du Times, à déployer une certaine habileté dans l’art de retourner et de plier les feuilles; elle surmène nos muscles tenseurs, si nous tenons le papier largement ouvert; enfin, si c’est au livre que nous nous adressons, la nécessité de couper les feuillets, de les chasser tour à tour l’un sur l’autre produit, par menus heurts successifs, un énervement très troublant à la longue.

La Fin des Livres

 (…) les paroles qui nous sont transmises par le tube auditif nous donnent une vibrance spéciale des cellules qui, par un effet constaté par tous les physiologistes actuels et passés, excite nos propres pensées.

« Je crois donc au succès de tout ce qui flattera et entretiendra la paresse et l’égoïsme de l’homme; l’ascenseur a tué les ascensions dans les maisons; le phonographe détruira probablement l’imprimerie. Nos yeux sont faits pour voir et refléter les beautés de la nature et non pas pour s’user à la lecture des textes; il y a trop longtemps qu’on en abuse,

(…) « Nos oreilles, au contraire, sont moins souvent mises à contribution; elles s’ouvrent à tous les bruits de la vie, mais nos tympans demeurent moins irrités; nous ne donnons pas une excessive hospitalité dans ces golfes ouverts sur les sphères de notre intelligence, et il me plaît d’imaginer qu’on découvrira bientôt la nécessité de décharger nos yeux pour charger davantage nos oreilles. Ce sera une équitable compensation apportée dans notre économie physique générale. »

(…) il y aura des cylindres inscripteurs légers comme des porte-plumes en celluloïd, qui contiendront cinq et six cents mots et qui fonctionneront sur des axes très ténus qui tiendront dans la poche; toutes les vibrations de la voix y seront reproduites; on obtiendra la perfection des appareils comme on obtient la précision des montres les plus petites et les plus bijoux; quant à l’électricité, on la trouvera souvent sur l’individu même, et chacun actionnera avec facilité par son propre courant fluidique, ingénieusement capté et canalisé, les appareils de poche, de tour de cou ou de bandoulière qui tiendront dans un simple tube semblable à un étui de lorgnette.

(…) l’auteur parlera son œuvre et la clichera sur des rouleaux enregistreurs et mettra en vente lui-même ses cylindres patentés, qui seront livrés sous enveloppe à la consommation des auditeurs.

(…) « Les auditeurs ne regretteront plus le temps où on les nommait lecteurs ; leur vue reposée, leur visage rafraîchi, leur nonchalance heureuse indiqueront tous les bienfaits d’une vie contemplative.

« Étendus sur des sophas ou bercés sur des rocking-chairs, ils jouiront, silencieux, des merveilleuses aventures dont des tubes flexibles apporteront le récit dans leurs oreilles dilatées par la curiosité.

(…) Le peuple « pourra se griser de littérature comme d’eau claire, à bon compte, car il aura ses distributeurs littéraires des rues comme il a ses fontaines.

« A tous les carrefours des villes, des petits édifices s’élèveront autour desquels pendront, à l’usage des passants studieux, des tuyaux d’audition correspondant à des œuvres faciles à mettre en action par la seule pression sur un bouton indicateur. ? D’autre part, des sortes d’automatic librairies, mues par le déclenchement opéré par le poids d’un penny jeté dans une ouverture, donneront pour cette faible somme les œuvres de Dickens, de Dumas père ou de Longfellow, contenues sur de longs rouleaux faits pour être actionnés à domicile.

(…) le phonographisme futur s’offrira à nos petits-fils dans toutes les circonstances de la vie; chaque table de restaurant sera munie de son répertoire d’œuvres phonographiées, de même les voitures publiques, les salles d’attente, les cabinets des steamers, les halls et les chambres d’hôtel posséderont des phonographotèques à l’usage des passagers.

(…) le futur grand journal phonographique?

« Ce seront des voix du monde entier qui se trouveront centralisées dans les rouleaux de celluloïd que la poste apportera chaque matin aux auditeurs abonnés ; les valets de chambre et les chambrières auront l’habitude de les disposer dans leur axe sur les deux paliers de la machine motrice et ils apporteront les nouvelles au maître ou à la maîtresse, à l’heure du réveil: télégrammes de l’Étranger, cours de la Bourse, articles fantaisistes, revues de la veille, on pourra tout entendre en rêvant encore sur la tiédeur de son oreiller.

(…) l’illustration sera abondante et réaliste; elle pourra satisfaire les plus exigeants. Vous ignorez peut-être la grande découverte de demain, celle qui bientôt nous stupéfiera. Je veux parler du KINÉTOGRAPHE de Thomas Édison, dont j’ai pu voir les premiers essais à Orange-Park dans une récente visite faite au grand électricien près de New-Jersey.

(…) « Le KINÉTOGRAPHE enregistrera le mouvement de l’homme et le reproduira exactement comme le phonographe enregistre et reproduit sa voix. D’ici cinq ou six ans, vous apprécierez cette merveille basée sur la composition des gestes par la photographie instantanée ; le kinétographe sera donc l’illustrateur de la vie quotidienne. Non seulement nous le verrons fonctionner dans sa boîte, mais, par un système de glaces et de réflecteurs, toutes les figures actives qu’il représentera en photo-chromos pourront être projetées dans nos demeures sur de grands tableaux blancs. Les scènes des ouvrages fictifs et des romans d’aventures seront mimées par des figurants bien costumés et aussitôt reproduites; nous aurons également, comme complément au journal phonographique, les illustrations de chaque jour, des Tranches de vie active, comme nous disons aujourd’hui, fraîchement découpées dans l’actualité.

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Le XVIIIe siècle : La femme et le libertin. - 14/. -

Publié le par Perceval

Ambiguïté du Féminin-masculin :

Dans une société où les rôles sexués sont clairement définis et délimité... Dans les romans ''libertins'' que signifie ce ''je'' féminin dont l'homme est l'auteur... ?

Margot, « expose au grand jour les rôles divers [qu’elle a] joués pendant [sa] jeunesse », tout comme Fanny écrit à sa « chère amie » qu’elle va retracer « les égarements de [sa] première jeunesse ». Quant à Félicia, elle écrit les « aventures » de sa jeunesse, jusqu’à ses seize ou dix-sept ans environ. Elles écrivent comme elles – ce sont des courtisanes – seraient censés écrire. Ceci ne cautionnant pas le statut de ''femme écrivain'' :

« Voilà, je pense, mon cher bienfaiteur, ce que vous avez exigé que j’écrivisse des détails de ma vie. » Thérèse la philosophe ...

Mademoiselle Javotte : « Encore une brochure, s’écrient déjà nos petits-maîtres caustiques. On n’y peut pas tenir, c’est à périr ! Doucement, messieurs, s’il-vous-plaît ; c’en est une à la vérité, mais brochure où, pour flatter votre goût frivole, on n’y a peint vos sottises qu’avec des couleurs gaies ; brochure où, pour ménager votre faible jugement, on ne s’y est permis d’autres moralités que celles des faits. Enfin, c’est un ouvrage écrit par une jolie femme, et publié par une autre. Pourrez-vous lui refuser votre suffrage ? »

 

Déjà... ! « ce sont les femmes qui […] font la plus grande consommation » de romans » car selon Charles Sorel « elles trouvent qu’ils sont faits principalement pour leur gloire, et qu’à proprement parler, c’est le triomphe de leur sexe » De la Connoissance des bons livres, Paris, Pralard, 1671

Le roman libertin représente les effets de sa propre lecture...

Le roman libertin, est un genre romanesque qui « semble fonctionner sur la mise en abyme de la lecture (…) « Jamais fille chaste n’a lu de romans. Lecture en cachette, lecture en abyme dans Thérèse philosophe », dans L’épreuve du lecteur. Livres et lectures dans le roman d’Ancien Régime de Mainil J. » en multipliant à plaisir les scènes où il représente sa capacité à porter le trouble dans les sens de son lecteur.

D'autant que les romans libertins ne sont pas lus que par les hommes. Les femmes de certains milieux aristocratiques les appréciaient … La médecine, d'ailleurs soucieuse de pathologie sexuelle ne cesse de vouloir prévenir contre « l’horrible danger de la lecture » de tels ouvrages, en particulier lorsqu’ils tombent entre des mains féminines.

 

La lectrice en tant que telle, le plaisir de la lecture est au cœur du roman libertin...

Dans les textes de Crébillon, tel Le Sylphe (1730) ou Le Sopha (1742), de belles lectrices dénudées lisent pour leur plaisir en solitaire dans le secret de leur cabinet ou de leur chambre à coucher mais le regard masculin n’est pas loin...

Dans ces œuvres, les lectrices se présentent comme des femmes belles et intelligentes mais lascives, la lecture les conduit à l’acte sexuel bien guidées par des maîtres séducteurs.

Mlle Créon et Mlle Tékély de Prévost , Félicia de Nerciat ou la marquise de Merteuil de Laclos , Laure de Mirabeau ou la paysanne pervertie de Rétif de la Bretonne lisent beaucoup et développent une liberté de pensée et des idées qui les conduisent à rompre avec les bienséances et les règles sociales pour vivre à leur guise.

La Dédicace à Zima sur laquelle s’ouvrent les Bijoux indiscrets :

« Zima, profitez du moment, écrit alors Diderot. L’aga Narkis entretient votre mère, et votre gouvernante guette sur un balcon le retour de votre père : prenez, lisez, ne craignez rien. Mais quand on surprendrait les Bijoux indiscrets derrière votre toilette, pensez-vous qu’on s’en étonnât ? Non, Zima, non ; on sait que le Sofa, le Tanzaï et les Confessions ont été sous votre oreiller. Vous hésitez encore ? Apprenez donc qu’Aglaé n’a pas dédaigné de mettre la main à l’ouvrage que vous rougissez d’accepter » Diderot D., Les bijoux indiscrets

 

Fatmé, dans Le Sopha (1742) de Crébillon fils : une « armoire secrète » dissimule des ouvrages licencieux. De cette armoire Fatmé tire un roman dont, nous dit-on, « les situations étaient tendres et les images vives». Bientôt, « Ses yeux devinrent plus vifs ; elle le quitta, moins pour perdre les idées qu’il lui donnait, que pour s’y abandonner avec plus de volupté. Revenue enfin de la rêve dans laquelle il l’avait plongée, elle allait le reprendre, lorsqu’elle entendit un bruit qui le lui fit cacher. Elle s’arma, à tout événement, de l’ouvrage du Bramine : sans doute elle le croyait meilleur à montrer qu’à lire. »

Ainsi, écrit Thérèse :

« Qu’[…] après une heure de lecture, je tombai dans une espèce d’extase. Couchée sur mon lit, les rideaux ouverts de toutes parts, deux tableaux — les Fêtes de Priape, les Amours de Mars et de Vénus — me servaient de perspective. L’imagination échauffée par les attitudes qui y étaient représentées, je me débarrassai des draps et des couvertures et […] je me mis en devoir d’imiter toutes les postures que je voyais. […] Machinalement, ma main droite se porta où celle de l’homme était placée, et j’étais au moment d’y enfoncer le doigt lorsque la réflexion me retint […] que j’étais folle, grands dieux, de résister aux plaisirs inexprimables d’une jouissance réelle ! Tels sont les effets du préjugé : ils sont nos tyrans. […] Quoi ! m’écriai-je, les divinités mêmes font leur bonheur d’un bien que je refuse ! Ah ! cher amant ! je n’y résiste plus. Parais, Comte, je ne crains point ton dard […]. » Boyer J.-B. de, marquis d’Argens, Thérèse philosophe

Notes :

* Le Sopha, conte moral est un conte français de Claude Prosper Jolyot de Crébillon dit « Crébillon fils », rédigé en 1737. Le conte adopte un récit cadre oriental qui renvoie aux Mille et une nuits4 et s’affirme comme une réflexion sur les aléas du désir et de l’amour. Le narrateur, Amanzéï, est transformé en sopha et ne retrouvera sa forme humaine que « quand deux personnes se donneraient mutuellement et sur [lui] leurs prémices ». À l’intention du sultan Schah-Baham, qui s’ennuie, et de la sultane, il raconte les scènes dont il a été le témoin en faisant défiler sept couples. Le dernier, formé de deux adolescents (Zéïnis et Phéléas) dont les jeunes cœurs jouissent innocemment du plaisir qu’ils se donnent, remplit la condition permettant de le libérer.

* Mademoiselle Javotte, ouvrage peu moral, écrit par elle-même et publié par une de ses amies. à Bicêtre, (Paris), 1788, est attribué à l'écrivain français Paul Baret (ou Barret) par le catalogue Paulmy, et par Barbier. La première édition est de 1757. Ce conte facétieux et un peu croustillant raconte les aventures de Javotte, fille d'un portefaix, qui doit vendre ses charmes pour sortir de la misère. "Une note à la main .. dit que l'héroïne du roman vivait à Paris, et qu'elle s'appelait Jeanne Godeau.... de la même famille que Godeau, Antoine, évêque de Vence... fils d'un chapelier de Dreux....

 

* Thérèse Philosophe ou Mémoires pour servir à l’histoire du père Dirrag et de mademoiselle Éradice

Anonyme, Attribué au marquis Boyer d’Argens ( Texte daté de 1748 )

C'est l'histoire d'une relation entre une jeune fille mineure et un vieux prêtre. Ce roman attire l’attention sur la répression sexuelle des femmes à l’époque des Lumières, mais également sur l’exploitation de la sexualité par l’autorité religieuse.

 

A suivre …

Sources : De la représentation au mythe : l'ambiguïtée féminine dans le roman libertin du XVIIIe siècle par Morgane Guillemet

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