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Articles avec #mythes - legendes tag

La Femme sur le chemin d'éveil de Perceval

Publié le par Perceval

Je commence "fort" cette année 2014... Disons, que je révise mes fondamentaux ... 

le-saint-graal.jpg

 

 

Le chevalier part délivrer « La belle »... C'est le début d'une quête, la mise en mouvement du masculin de l'être, qui « entend » -(1) - l'appel du Féminin.

Il doit d'abord traverser la forêt inextricable de son histoire personnelle, en restant connecté à l'objet de sa quête : la coupe, le joyau pur, inaltérable qui recèle la réponse au « qui suis-je ».

Il faudra affronter des terres inexplorées d'un royaume intérieur. C'est en réponse au désir du héros, que la femme-fée, va l'attirer vers le Centre... Le mythe ou le conte reprend en mots, cet appel désirant du féminin enfoui. La femme est l'initiatrice.

(1) en fait, il conscientise par le mental, c'est ce que je suis en train de faire !

*****

image045.jpgLa femme - partenaire semblable à lui– va assumer et représenter un aspect de l'' âme parfaite '… Ainsi, sa noblesse, faite de beauté et de vertu, est pour l'homme comme une révélation de sa propre essence infinie, donc de ce qu'il "veut être". Il veut l'être parce qu'il "l'est", comme « Elle » l'est.

Ce vis à vis féminin ( ou masculin – à l'inverse -...) permet de symboliser et comprendre par l'imagination l'idéal d'unité que le couple peut représenter dans le conte. Le roi, ou le royaume prospère, sera – lui - le signe d'une maîtrise et d'une bonne gouvernance de ses émotions, de sa volonté et de son intelligence.

C'est ainsi que, sur le chemin de Perceval, quelques femmes ( moins que pour d'autres … ! ), l'accompagnent, au cours de sa quête ...

*****

la-dame-a-la-licorne-la-tente-le-desirL'homme, comme Perceval, n’est pas toujours capable de reconnaître l'anima ( cette image du féminin, ou du désir qu'il a du féminin) : il la rudoie avec la Demoiselle du pavillon.


Blanchefleur : Peut-être plus femme « réelle », qu'Anima... Après avoir quitté sa mère pour s’engager dans le monde, et après avoir été fait chevalier, il est naturel qu’il rencontre la femme réelle. Cependant, elle symbolise l'union des principes, l'ouverture ( réelle, intentionnée et attentive) à l'autre... Elle est l'Absolu féminin, et le double de Perceval. 

Nièce de Gorneman de Gordant. Elle est la maîtresse du château de Beaurepaire que Perceval libère du siège que lui imposait Anguingueron. Elle devient l’amie de Perceval. Elle est l'objet de sa longue contemplation d'une goutte de sang dans la neige...

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La porteuse du Graal : Elle est véritablement l'anima, la médiatrice vers des contenus inconscients. Elle propose un effort supérieur d'attention ( l'homme ne vit pas que de pain ...) … A la clef, une énigme à déchiffrer ...


La Demoiselle en pleurs devant son ami, décapité par l’Orgueilleux de la lande. Elle représente, la parcelle divine qui se lamente de ce que l'harmonie mystique n'a pu être réalisée. C'est elle qui révèle à Perceval, son nom.  



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Elisabeth 1ère - 4/4 -

Publié le par Perceval

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A l'époque de Shakespeare, il y a un regard élisabéthaine sur le monde... On pourrait l'appeler « la grande chaîne de l'être ». Andreas-cellarius-Sphere-armillaire-ptolemaique.-Harmoni.jpgL'univers est ordonné par Dieu. Au ciel, Dieu règne sur les archanges et les anges; sur la terre,un ordre similaire sous-tend un système hiérarchique.Tout dans la société a sa place avec des classes fixes de la plus haute à la plus basse. Il y a également un ordre fixe pour les plantes, les animaux et les minéraux. Chaque fois que quelqu'un tente de briser cette grande chaîne de l'être, la conséquence est un désordre universel....

L'univers est constitué d'une série de sphères, l'une dans l'autre ou de cercles concentriques. Ils sont tous créés à partir d'une substance cristalline appelée éther. La sphère la plus éloignée est appelé le firmament, où se situent les étoiles ; à l'intérieur une petite sphère, contient le soleil, la lune, et les planètes; au centre est la terre. spheres-De-Les-Echecs-amoureux-Manuscrit-fait-pour-Louise-d.jpgLorsque les sphères se déplacent, elles font un son harmonieux, fruit du travail de la création. C'est la musique des sphères...

La matière est composée de quatre éléments: le feu, l'air, l'eau et la terre. Ces quatre éléments ont leurs homologues dans le corps humain. Ces éléments humains sont appelés humeurs. Voici les correspondances: - la terre: froide et sèche avec la mélancolie ; - l'eau: froise et humide avec le flegme ; - l'air: chaud et humaide avec le sanguin , et - le feu: chaud et sec avec la colère . Chaque fois que l'un de ces éléments est prédominant dans le corps, cela se reconnaît dans l'humeur de la personne. Si les quatre éléments sont équilibrés, la personne est d'humeur équilibrée, si elles ne sont pas équilibrés, la personne est de « mauvaise humeur».

 


bartholomeus-anglicus--Les-elements-et-les-humeurs-jpg 4-elements-et-4--humeurs.jpg


La science se différencie difficilement de l'alchimie, elle est parfois citée comme une preuve de crédulité populaire. Elisabeth elle-même prêta un crédit de courte durée à un certain Cornélius Alvetanus, (1565 ), qui finit dans la tour de Londres.

Elizabeth-first-sir-john-dee.jpgL'astrologie fait partie des données enracinées dans la mentalité collective.

Élisabeth appelait John Dee (1527-1608/9) son philosophe. Mathématicien, géographe et astronome respecté, il avait aussi un profond intérêt pour l’astrologie et l’occultisme. Il a conseillé la reine sur le choix du jour le plus favorable pour son couronnement, et pratiquait ses arts à la cour. Reconnu pour avoir popularisé l’expression “ Empire britannique ”, il a encouragé Élisabeth à se considérer comme l’impératrice d’un futur empire qui se bâtirait par la maîtrise des océans et la colonisation de nouveaux territoires.

John-Dee-realise-une-experience-devant-la-reine-Elizabeth.jpgÀ cette fin, il a formé des explorateurs à la navigation, particulièrement pour la recherche de passages vers l’Orient par le Nord-Est et le Nord-Ouest, et il a soutenu les projets de colonisation du continent nord-américain

 

John Dee réalise une expérience devant la reine Elizabeth I

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Existe t-il une " nature " féminine ?

Publié le par Perceval

Les-Huldres--fees-reputees-d-origine-humaine.-Huldra-s-N.jpg Johann_Heinrich_Fussli-Prince-Arthur-and-the-Fairy-Queen.jpg
 Les Huldres, fées réputées d'origine humaine. Huldra's Nymphs par Bernard Evans Ward  De Johann_Heinrich_Füssli, le Prince Arthur and la reine des fées

*****

 

Effectivement, je me rends bien compte - à la lumière du XIXème s. - la tentation d'utiliser les inégalités sociales, culturelles ( à l'époque!) … pour justifier avec un discours sexiste, un état de fait qui conforte le masculin dans son éventuelle supériorité.

Rendre compte d'une « nature féminine », consisterait-il à opposer féminin et masculin ? Oui, si nous imaginions qu'une nature masculine, s'apparenterait - elle - à une « nature universelle » … ! ( Le divin serait masculin..! )

La complémentarité ne consiste pas à se partager les professions ( par exemple), et prétendre que l'une ne peut pas faire ce qui serait de la "nature" de l'un. Mais bien que chacun prétende à tout, en se gratifiant ensemble des « différences intrinsèques» de chacun...

 Mais, que signifie ce concept de « nature » ?

« Par nature », le féminin, a une spécificité physiologique ; et pourtant cela ne suffit à affirmer une nature qui transcenderait l'objet corps. Bien sûr, la « nature » ( par définition) ne peut être un pur produit historique ou social …

- Ce qui est curieux, c'est que la nature comme « monde sauvage » s'oppose à nature comme « essence ». Ce qui revient à exprimer l'opposition entre le sensible et le mental ( difficile de trouver les bons mots …)... Aussi la question est de savoir si notre « nature » est de l'ordre du sensible ( matériel ) ou d'un « idéal » ( pour ne pas dire d'une transcendance …)... ?

Aussi à mon avis, la dualité nature-culture, me semble bien plus complexe que ce que le débat habituel qui conclue à : " puisque tout est culture, il n'y a pas de nature féminine, mais seulement une condition féminine …"

- D'autant que, si le terme de nature n'est peut-être pas si matérialiste que cela, le terme de culture n'est pas lui non plus si simple... Lorsque l'on dit que « masculin et féminin cohabitent en chaque individualité psychique, comme une dualité intérieure de la psyché... ». On pourrait penser que la nature féminine ou masculine serait une virtualité qui serait appelée à se réaliser pour devenir soi … La culture deviendrait la boite à outils d'une liberté qui cherche son épanouissement. Pour l'homme au travers de sa masculinité, et pour la femme, par sa féminité ...

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Le chevalier et sa dame. La belle Dame Sans-Merci

 

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Les sept visages de Marie-Madeleine, par Jacqueline Kelen. -2-

Publié le par Perceval

La déchirée

jake-Baddeley-illuminatum-philosophorum.jpg« Pourquoi m’as-tu abandonnée ? » crie Madeleine à l’homme cloué sur un poteau d’infamie qui vient de rendre le dernier soupir. Elle croyait, la folle, que l’amour attentionné et fervent qu’elle n’avait cessé de témoigner durant ces trois années passées avec lui sur les chemins de Palestine, oui, elle était persuadée que cet amour sans faille le protégerait de toute maladie et de la mort même

( … ) Alors Marie de Magdalena se met à hurler sur les remparts de la ville, elle appelle à l’aide tous les oiseaux du ciel, toutes les gazelles du désert, elle convoque les sources, les vignes qui bourgeonnent et les petits agneaux, elle veut que tous soient témoins de cette ignominie, que tous assistent au jour de la grande faute des hommes. Les filles de Jérusalem entonnent un chant funèbre, sanglotent en déchirant leurs voiles. Elle, elle entre dans sa propre Passion :est-il plus profonde horreur que de voir mourir devant soi, sans rien pouvoir faire, celui qu’on aime plus que soi ? Mais elle va traverser, les yeux ouverts, cet abîme de douleur, elle ne va pas s’évanouir même si tout en elle est en lambeaux. jake-Baddeley-21.jpgLa seule chose qu’elle peut offrir au crucifié qui suffoque déjà, c’est, si frêle, sa présence, une façon de tenir la lampe allumée pendant le grand aveuglement des hommes…

 

L’éblouie

La mort ne saurait être un arrachement cruel suivi d’un doux oubli. Pour qui aime, aucun deuil n’est possible. Mais il est demandé de traverser la nuit sans s’assoupir ni sombrer dans le chagrin. Traverser la nuit les yeux grands ouverts, le cœur en morceaux.
Marie-Madeleine ne cherche pas à calmer sa peine, elle ne veut pas se résigner, elle ne veut pas abandonner Jésus à la mort. La plupart des disciples avaient renoncé, pour eux c’était un échec, le Maître avait faillit…
Rentrés chez eux, comme si rien ne c’était passé, comme si leurs oreilles n’avaient rien entendu, comme si leurs yeux n’avaient pas été témoins de choses étonnantes.
Les hommes se plaisent à imaginer l’amour triomphant, ils raisonnent en terme de réussite et d’échec. Les femmes le voient plus humble, extrêmement fragile, et elles ont envie de veiller sur lui ; elles persistent à croire en lui-même s’il est malmené, trahi. Les femmes ne sont pas meilleures que les hommes mais elles se fient moins aux apparences, elles sont davantage tournées vers le mystère.

Jake-Baddeley-507.jpg( … ) Elle se lève au bout de deux nuits de veille, c’est le premier jour de la semaine, et les juifs vont fêter la Pâques. Elle se redresse, elle s’ébroue elle se sent comme neuve. A nouveau elle va courir à sa rencontre, lui manifester sa tendresse intacte, lui offrir tout l’amour du monde. Elle se lève à l’aube, c’est l’Amour qui est venu la chercher au fond du silence des nuits, l’Amour qui la relève et qui lui souffle de se mettre en route. Il est toujours là l’Amour, et il ne fait jamais défaut, ce sont les mortels qui le trahissent ou se détournent de lui.

 

La question demeure en suspens : si elle n’était accourue au premier jour de la semaine, avec ses jupes froissées et sa chevelure volant dans la fraîcheur de l’aube, Jésus serait-il sorti du sépulcre ? A qui se serait-il montré si personne n’était là pour l’attendre ?

( … ) Elle était trempée de chagrin la voici inondée de lumière. Elle le voit comme elle ne l’a jamais vu, glorieux sous l’apparence humble e familière du gardien des lieux. Elle le voit comme elle l’a toujours vu, comme l’inoubliable bien-aimé, elle veut s’approcher, embrasser sa main, mais lui a cette phrase, cruelle, de ne pas le toucher, de ne pas le retenir sur terre…Jake-Baddeley-15.jpg

( … ) Depuis fort longtemps dans l’histoire humaine, seul le savoir paraît sérieux tandis que la vision, l’inspiration ne sont pas prises en considération. Marie-Madeleine en fait aussitôt l’expérience. Revenant auprès de Pierre et de Jean pour leur transmettre l’incroyable nouvelle, elle n’est pas crue, elle-même traitée de délirante…

 

La solitaire

Où ira-t-elle maintenant qu’elle a vu le Ressuscité, radieux mais refusant son approche ? Il l’aime pour toujours et il lui dit adieu. Comment vivre désormais sans sa présence très chère ?

Elle a besoin de plus d’espace possible. Elle va donc voyager, prendre la mer, mais il lui faudra aussi l’espace intérieur : elle se tourne donc vers la vie de solitaire.

 

L’insaisissable

Jake-Baddeley-13.jpgMarie-Madeleine n’apparaît comme la pécheresse mais comme la compagne, la préférée du Maître, il n’est pas question de fautes passées, de repentir, parce que Marie a part aux vérités les plus cachées, les plus précieuses de l’enseignement du Seigneur et parce qu’elle témoigne plus que les autres de l’illumination spirituelle. Ainsi, sa relation avec Jésus désigne l’étroite union entre l’âme et l’esprit, autant dire les noces mystiques auxquelles chaque adepte éveillé est convié dans le secret du cœur.

Son histoire symbolise le parcours de toute âme amoureuse de son Seigneur : errance et tourments, élévation, délivrance. Elle représente aussi toute l’humanité en marche vers la rédemption, vers sa divination. Elle est encore la sagesse cachée que méconnaissent les hommes, elle est la passante, la reine dans son royaume. Elle est le parfum de Vie, l’essence inconnaissable de l’Amour.

( …) Les existants de poussière continueront à la houspiller, à étouffer sa lumière. Elle n’aura par le dernier mot, elle aura le dernier sourire… 

*****

Les illustrations reproduisent des oeuvres de Jake Baddeley, britannique né en 1964 à Nottingham

Jake-Baddeley-9.jpg Jake-Baddeley-2009_what_is_what_was_and_what_will_be.jpg

 

 Voir aussi: Marie de magdala ( madeleine ) - la femme multiple

Article - 06:08 - marie de magdala ( Madeleine ) - La femme multiple - marie demagdala (en grec : Magdaléné). magdala est le nom de la ville où était néemarie qu'on surnomme Madeleine. …


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Viviane et Merlin

Publié le par Perceval

Vign_carte_sandrine_gestin_viviane-_la_dame_du_lac.jpgLa fée Viviane ou la Dame du Lac est un personnage des légendes arthuriennes qui donne l'épée Excalibur à Merlin qui la remet ensuite au roi Arthur, guide le roi mourant vers Avalon après la bataille de Camlann, enchante Merlin et éduque Lancelot du Lac après la mort de son père. ( Wiki.)


Cette mythologie celtique est encore bien vivante dans « La quête du Graal » (1) , elle représente ce voyage symbolique à la découverte de l'Etre, l'être en soi, l'Etre réel. Chacun peut y prétendre, à condition qu'il progresse avec constance et détermination. Les personnages liés à cette Quête en soi sont nombreux, et en fait qui sont-ils ? Ils sont autant d'aspects de nous-mêmes, autant "d'aventures" que nous pouvons rencontrer dans ce périple illusoire à la recherche de notre nature profonde. Ils sont les aspects humains du chevalier, du magicien ou de la fée. Ils peuvent représenter ceux qui réussissent et ceux qui échouent. Tout un chacun possède en lui Perceval et Lancelot, Galaad et Bohort, Merlin et Viviane.

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Être d’origine double, porteur de traits divins et démoniaques, Merlin symbolise parfaitement l’homme primordial en attente de rédemption – l’archétype de l’anthropos ( être humain, mais aussi projet final divin).

Merlin-et-Viviane-histoire-de-merlin-14eme.jpg
Merlin et Viviane:  histoire de Merlin 14ème
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De Gueldre: Un transi entrainant la femme du chevalier, extrait de La Danse macabre des femmes de Martial d'Auvergne

Dans certaines versions, Merlin s’enfonce lentement dans la forêt, dans d’autres .. il se laisse ensorceler par la fée Viviane qui le tient prisonnier grâce à sa magie d’amour, de telle sorte qu’il n’est plus en mesure de réintégrer le monde des hommes. Cet enchantement prend la forme d’un enserrement ou d’un entombement dans une tour ou une tombe creusée dans le rocher. De là, l’esprit de Merlin s’adresse fréquemment à des héros solitaires. … La retraite de Merlin, à la fin du récit, traduit peut-être, à l’image de celle de Perceval, le problème non résolu ( mal posé?) de l’opposition entre esprit et matière.



Merlin est proche de Mercure, Viviane proche d’Aphrodite, née de l’écume de la mer et de Vénus, car son royaume magique sera comparé plus tard à la montagne de Vénus. Elle serait de la lignée de Diane... Il s'agit du même du même archétype, la fée revêtant tantôt des traits positifs, tantôt es traits négatifs.

On peut retrouver dans les versions plus récentes du mythe Merlin-Viviane, les préjugés chrétiens à l'égard de l'Eros, qui ensuite a enfermé l’homme et la femme dans une relation de pouvoir et qui se traduit par une répression intellectuelle de l’Éros chez l’homme, et par une possessivité étouffante chez la femme. L’amour, au sens plus large du terme, fait alors défaut. On a également présenté Viviane comme une mégère... On peut également s'imaginer Merlin qui s’abandonne à la magie de la fée, magie des arts de la séduction, et conscient de chaque parcelle qu’il lui livre… il s’élève vers les hauteurs sereines d’un dieu hindou qui, détaché du monde, se retire dans le silence du Soi.
Lao-Tseu – parait-il – fit retraite dans les montagnes de l’Ouest en compagnie d’une danseuse.... Il aurait été capable -dit-on - de faire appel consciemment aux principes de sa philosophie pour se protéger des débordement de l’anima...:-)

La christianisation a diabolisé Viviane, tout comme elle l’a fait de Merlin, Gargantua et de Mélusine et autre fées.... Elle a christianisée Morgane en sainte Marguerite.

Ste-Marguerite-et-le-dragon-2.jpg Viviane-elevant-Lancelot-roman-du-XIIIe.jpg
Ste Marguerite et le dragon Viviane élevant Lancelot roman du XIIIè

 

Lancelot du Lac ( élevé et prisonnier lui aussi de Viviane …) est hanté par la question du désir... Ce héros est convoité par les femmes : on y retrouve l’éden dans lequel pousse l’arbre de la connaissance et ses fruits défendus et les romans de la matière de Bretagne laissent apparaître les conflits très actuels dans la société de l’époque entre les modèles de la " fine amor "  et celui de la quête de la femme.

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L'enchantement de Merlin by_Edward_Burne-Jones


Une fée peut apparaître aussi, sous un jour menaçant ; ainsi Viviane plonge Merlin dans un profond sommeil, et ayant succombé aux charmes de la fée, il lui enseignera tous ses secrets...

Merlin repose, vulnérable et soumis, pris au piège des paroles de la fée, de son amour pour elle...... L’expérience de l'enchantement est figurée par un tourbillon de courbes sinueuses... Viviane a des serpents dans ses cheveux, comme Méduse... Fasciné, Merlin est figé... victime de cette présence féminine envoûtante ( femme fatale...)

Cette peinture aux accents oniriques a sans doute aussi quelques fondements autobiographiques. Dans sa correspondance, le peintre suggère un parallèle entre l'amour de Merlin pour Viviane et ses propres sentiments pour une jeune femme avec laquelle il eut une liaison, Maria Zambaco, dont les traits l'inspirèrent pour le visage de la fée.   On en parle à l'article suivant ...?


(1) Si Vous êtes intéressé par l'histoire de " PERCEVAL " C'est par ICI: ...<

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Shéhérazade, entre orient et occident 1: Jacqueline Kelen.

Publié le par Perceval

Extraits d'interviews de J. Kelen, par Anne Ducrocq, et Anik Doussau

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Jacqueline Kelen: écrivaine initiatrice Albena Vatcheva, peintre

«  Shéhérazade : et, cette extraordinaire descente aux enfers qu'elle propose à l'homme impérieux qui doit se taire pendant mille nuits. Et à la fin de ce huis clos, l'amour émerge, l'amour dont l'homme ne connaissait justement que l'érotisme, non l'érotique. Toutes les grandes femmes des mythes me semblent être de grandes amoureuses, des Dames d'Amour, comme la Dame à la Licorne. La Reine de Saba est une autre figure extraordinaire, une belle "païenne" qui va voir un Roi Salomon au fait de sa puissance pour le conquérir. Mystère insondable dont on ne sait rien. On ne peut rien saisir, et c'est pour ce rien, ce mystère de l'autre, qu'il nous faut entreprendre le voyage. La Reine de Saba n'a laissé aucune trace, c'est pour moi le symbole même de l'amour et de l'érotique."

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Tout de même, elle a eu de la chance, la Magdeleine : elle a rencontré un homme aussi fou qu’elle, et aussi épris d’absolu. Et la petite Reine des sables, qui a voyagé jusqu’à Salomon pour lui poser des énigmes et lui faire oublier sa sagesse ! Isis s’est affrontée à la mort et à Seth, le meurtrier, tandis que Shéhérazade tenait tête à un affreux misogyne, au demeurant Sultan de Bagdad, pendant des myriades de nuits. »

 Albena-Vatcheva-11.jpg

- Ne craignez-vous pas de choquer en mettant sur le même plan la relation physique entre un homme et une femme, et la spiritualité ou l’expérience mystique ?

« Si j’en choque certains, c’est parce que nous voyons tout en termes antinomiques: on a voulu séparer le corps et l’esprit comme si la spiritualité était d’ordre mental. Comme si elle impliquait de renoncer aux sensations, aux émotions et à la plus belle chose qui soit en ce monde: le désir. Ce serait une spiritualité d’eunuque. Si nous sommes vivants, nous sommes dans ce corps qui nous a été donné et l’amour, alors, passe par lui. Or, peut-être parce que la femme a la possibilité d’héberger en elle un enfant, elle est moins portée que l’homme à dissocier le corps et l’âme. Elle a gardé plus que lui le souvenir que le corps est sacré et qu’il est infiniment précieux. Elle reste la mémoire de ce lieu de plénitude et de lumière qu’est le paradis… »

« Dans l’acte amoureux, la femme fait cadeau à l’homme de son corps à lui, elle lui donne le sens de son corps à lui. Il est rare, en effet, que l’homme ait un contact juste et amical avec son corps. Même un sportif ou un homme très actif n’est pas vraiment dans son corps. Il n’éprouve aucune reconnaissance à son égard. Mais dans l’étreinte, l’homme prend conscience que son corps est infiniment plus qu’un corps. Il s’éveille à cette dimension d’éternité où tout se rejoint, le corps, l’esprit et l’âme, le ciel et la terre, ici et là-bas… »

«  La femme a un peu perdu contact avec elle-même, avec sa nature féminine. Les féministes de la première heure contesteraient violemment cette notion de nature féminine… Mais, pour moi, ce qui fait le fondement même de l’éternel féminin, c’est la capacité qu’a la femme à aimer, sa faculté de transfigurer le monde visible et de montrer qu’il peut prendre une autre dimension grâce à l’amour qu’elle incarne. »

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« Aujourd’hui, trop de femmes ne cherchent plus l’amour mais un homme dans leur vie. Aimer fait peur, c’est une expérience qui envahit tout l’être, le bouleverse, le déborde et le dépouille. Si l’amour vient du cœur... il dure par-delà le conflit, la séparation, le trépas. Aimer est une grâce et une gravité. ( … )

« Une femme, tout particulièrement, devrait inviter à cette aventure chevaleresque et à cette passion qu’est l’amour. Quand on considère le code de le Fin’Amor (“parfait amour”) des xiie siècle, quand on lit les poèmes et les romans courtois du XIIe et XIIIe siècles ainsi que les récits mystique des Fidèles d’Amour persans, c’est toujours la Dame - une femme “sage et belle”, autant dire éveillée - qui inspire et oriente chevaliers et troubadours dans leur quête. »

(… ) l’amour humain est d’abord une union mystique des âmes et des esprits. Ensuite seulement, et comme de surcroît, l’union des corps peut s’accomplir, tels un cantique et une prière.

«  Vivre est un risque permanent et passionnant, une aventure pleine d’imprévus. Tous les héros des mythes naviguent sur des mers déchaînées, traversent des forêts peuplées de brigands et de monstres, découvrent des territoires inconnus, hostiles... » (… ) Avoir une “bonne vie”, c’est tout embrasser, ne rien rejeter, c’est avoir envie de tout bénir, de tout serrer sur son cœur...

Albena-Vatcheva-sonata-for-two-and-unicorn.jpg

«  Qui a imaginé le conte de La Belle au bois dormant, de la jeune fille passive attendant que le courageux prince la réveille ? Dans nombre de traditions, c’est la femme (le principe féminin) qui anime, éveille, réveille ; c’est la femme (Reine) qui va au-devant de l’homme, qui va le tenter, le séduire, le dérouter, lui faire perdre tête, ou le ressusciter. Notre époque actuelle est celle de l’homme au bois dormant, de l’homme qui attend, qui n’ose pas un geste, ou dont les sentiments sont pris en glace. » (…) L’homme au bois dormant se recroqueville, et je crains qu’il n’attende même pas une Belle : il préfère jouer avec l'Internet, feuilleter des revues érotiques. Ça n’engage pas, on en reste aux fantasmes, au désir d’un jour, tout ça est bien propre, bien ordonné, bien tranquille. » J. Kelen



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Shéhérazade

Publié le par Perceval

Shéhérazade, entre émancipation et oppression:

« Les Mille et une nuits » est une prise de pouvoir de Schéhérazade, pour éduquer un homme, et sauver sa vie et celle de ses semblables.

Georges-Barbier--1882-1932--Scheherazade.jpgGeorges Barbier (1882-1932) Scheherazade

Les Mille et Une Nuits, recueil, d'origine persane, de contes moyen-orientaux, qui remonte au XIVe siècle, racontent comment la jeune sultane, Scheherazade (Shah-razad), déjoue les intentions de son mari à son égard. L'on se souviendra que le roi de Perse, Shehriyar, trompé par sa première femme, décide ensuite d'en prendre une nouvelle tous les soirs et de la faire étrangler le lendemain matin.

Quand vient son tour, la fille du vizir, Shéhérazade, ayant obtenu que sa sœur, Dinarzade, passe la nuit dans la chambre nuptiale, se met à raconter à celle-ci en présence de son époux une histoire qu'elle ne saurait terminer avant l'arrivée de l'aube. Pour entendre la fin, le roi remet au lendemain l'exécution de son épouse, mais celle-ci recommence tous les soirs la même manœuvre jusqu'à ce que, après mille et une nuits, impressionné par sa fidélité, le roi renonce à son projet. Shéhérazade a ainsi la vie sauve.

Barbier_Sheherazade_1903.jpg

Les femmes revendiqueraient-elles cette figure comme championne de l’émancipation par la fiction, ou comme victime d’une oppression qui l’oblige à des moyens de lutte détournés et dérisoires ?

Nabila-ben-Youssef_-Sheherazade-des-temps-modernes.jpg Rubinstein_Ida_Scheherazade.jpg

Nabila ben Youssef, conteuse tunisienne

 Shéhérazade des temps modernes

Ida Rubinstein en 
Scheherazade: 1910

 

Suite ... , avec Jacqueline kelen et Joumana Haddad

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Les super-héros et les femmes : Batman et Bond 007 (2)

Publié le par Perceval

Dans les " James Bond "  des années 60-70 : la femme est objet ( Goldfinger en 1964), elle est le repos du guerrier : Dans - « James Bond contre Dr No » (1962), Bond couche avec Miss Taro, en attendant ...un criminel .

Honor-Blackman-bond-pussy-galore-dans-Goldfinger.jpg Miss-Taro--interpretee-par-la-Britannique-Zena-Marshall.jpg 
 Honor Blackman - bond pussy-galore dans "Goldfinger"  Miss Taro, interprétée par la Britannique Zena Marshall


Dans les année 80 : les femmes ont un statut supérieur... James Bond a moins de partenaires sexuelles. En 1977, dans "L’Espion qui m’aimait" il ne séduit qu’une seule femme !

Dans les années 90, les femmes peuvent commander, surveiller Bond... Judie Dench dans le rôle de M jusqu’à Eva Green, alias Viper …

Dans Casino Royal (2006), le personnage interprété par Eva Green surveille James Bond, et le commande dans une certaine mesure.

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 "Casino Royale" 2006  une jolie brune, incarnée par la Française Eva Green

 

 

Honey Rider ( Ursula Andress ) sortant de l’eau dans son légendaire bikini blanc, cela créa quelques remous en 1962 ( James Bond contre Docteur No )

 

Le personnage de Money Penny renforce l’aspect irrésistible de James Bond. À travers le temps et tous les films elle ne cesse d’être sous son charme.

 

« Au service secret de sa majesté » ( 1969) , le couple Bond/Bond girl n’a aucun conflit, c’est l’entente parfaite, La femme est présenté comme extraordinaire et incarne la perfection.

 

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 Au Service secret de Sa Majesté (1969): Bond, à ses côtés, la Britannique Diana Rigg .  

Honey Rider ( Ursula Andress ) sortant de l’eau dans son légendaire bikini blanc, cela créa quelques remous en 1962 ( James Bond contre Docteur No )

 

 

M est le directeur du MI-6, donc le patron de James Bond, devient une femme, avec Judi Dench en 1995 ( 7 films ) ...

 

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 Miss Monneypenny

Miss Moneypenny, personnage de fiction de la saga James Bond, est la secrétaire de M, le patron de James Bond. Elle entretient avec l'agent secret une relation faite d'humour, d'ambiguïté et de sous-entendus.

Samantha Bond interprète Moneypenny dans GoldenEye en 1995, Demain ne meurt jamais en 1997, Le monde ne suffit pas en 1999, Meurs un autre jour en 2002

 

Les méchantes …. :

Pussy Galore une pilote d’avion associée au « méchant » dans Goldfinger ( 1964)

 

Dans l’Espion qui m’aimait (1977) apparaît un rapport presque d'égalité entre Bond et l'agent russe ...( l’agent russe va sauver 007 in extremis de la mort puis deux minutes plus tard c’est lui qui va sauver la jeune femme. )

 

Golden Eye (1995), pousse au paroxysme la cruauté des personnages féminins.

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 GoldenEye, en 1995. Dans la jungle, l'agent 007 subit la loi de l'actrice néerlandaise Famke Janssen

 

Aujourd'hui, chez Batman, ou Bond 007, les femmes les héroïnes principales, deviennent des femmes intelligentes actives et libérées qui donnent du fil à retordre aux plus célèbres héros.

 

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 Sophie Marceau perpétue la tradition des James Bond Girls françaises dans "Le monde ne suffit pas" (1999)


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L'histoire - la vraie - de Mélusine...

Publié le par Perceval

Comment raconter l’histoire de Mélusine ? Si j’en avais le don ( 1 ) , je dirai les mots ci-dessous…l-histoire-de-melusine-imprimee.jpg

( 1 ) Je vais travailler cette disposition dès cette semaine à l’île de Vassivière, puisque je suivrai le stage de Pierre Delye ; et ceci au cours du Festival du Conte : «  Paroles de Conteurs » …

 ***

 

Aimeri, Le Comte de Poitiers avait un beau et preux neveu, Raymondin, qu'il chérissait entre tous.

Un soir, en forêt de Coulombiers, après une longue journée de chasse, le Comte et son neveu se lancent à la poursuite d'un sanglier. Leur course les emmène loin, très loin de leur suite, jusqu'aux alentours d’une immense forêt, près de nulle part. Raymondin avait blessé un vieux mâle qu'il s'acharnait à poursuivre, malgré les supplications de son oncle. Surpris par la nuit, ils se posent, quand… un craquement se fait entendre dans les fourrés, et le sanglier blessé bondit. Le comte prend un épieu et touche la bête, Raymondin tente de l’achever de son épée. Mais la lame glisse sur le dos de l'animal et perce de part en part la poitrine de son oncle…

Rencontre-Raymondin-et-Melusine.jpgFou de douleur, il part au galop, se laissant conduire par son cheval…. Le jouvenceau n’a plus qu’à s'en retourner, et avouer sa faute…

Droit devant lui, il ne fait rien pour éviter les branchages qui viennent lui déchirer le visage.

Il a mal, la douleur le déchire car la fatalité a fait de lui un meurtrier.

Il galope pour oublier.
Si seulement il pouvait oublier !
Il galope sur sa monture hors d’haleine qui l’accompagne au bout de la folie...

 

À minuit, il arrive près d'une source que l'on appelle la « Fontaine de la grande soif ». Trois jolies dames se baignent dans la fontaine et s'y divertissent sous les rayons de la lune. Raymondin passe sans les voir... La plus belle des trois saisit alors la bride du cheval et l'arrête en lui demandant les raisons de son incorrection… Il semble absent.. Puis, elle surprend Raymondin, lui révélant qu'elle connait son nom, ainsi que le crime dont il s’accuse…raimondin-rencontre-la-fee-Melusine.-La-fontaine-de-Sed.jpg

Alors, Raymondin pose pied à terre... Il s’approche de la fée, comme hypnotisé.
- Je t’attendais, lui dit-elle. Il n’y a pas de mots qui puissent te consoler, pas d’actes qui puissent revenir contre le temps passé. C’est le destin, nous devons y faire face car c’est le lot de toute créature qui pense et qui respire au monde.
 
Et Raymondin, en un clin d’œil, des profondeurs de la folie, des abîmes du désespoir, là où l’obscurité est si opaque que l’on s’y prend les pieds et que l’on tombe encore plus bas, et que l’on se relève pour tomber encore, et bien Raymondin est illuminé... par la beauté , et par l’amour.
- Il faisait froid, dit-il. Mais cette étrange chaleur tout d’un coup... C’est vous ?
- Mais non, c’est toi !

Mélusine est fée, et je vous conterai son histoire d’avant, si vous le souhaitez…


 - Je m’appelle Mélusine. Je vais te sauver et t’accompagner . Si tu le souhaites et si tu t’engages :

- A me prendre pour épouse…

Et si tu t’engages encore : - que jamais que tu ne chercheras à me voir le samedi ; et me protègera.

A cette seule condition nous serons heureux. Et si le serment était brisé, nous serons à jamais séparés…

Raymondin fait les serments attendus.

Elle lui promet de faire de lui un grand seigneur.

 

Le-dragon-volant-Melusine-_-le-chateau-de-Lusignan-_-Les-.jpgDe retour à la cour, Raymondin, est tout à son bonheur, et tout triste à la fois. Suivant les conseils de Mélusine, Il se tire d'affaire en accusant le sanglier de la mort du Comte. Puis, au cours de la cérémonie d'hommage au nouveau Comte de Poitou, il demande une terre autour de la « fontaine de la grande soif ». Ridicule, disent les Barons, il y manque le château.

Raymondin épouse la dame mystérieuse. Il ne sait rien d’elle, sinon son nom : Mélusine. Il n’y a pas aux alentours : femme plus belle, et presque tous sont charmés par son rire qui soulage les peines les plus lourdes à porter.

L’amour qu’elle partage avec Raymondin est sans faille, limpide comme l’eau de la fontaine de Sé ( c’est le nom actuel de la fontaine de la grande soif ). Elle lui donne dix fils ! Dix enfants bien étranges... Bizarres comme on dit... Mais, ceci est une autre histoire …

Grâce à ses immenses richesses et pouvoirs, elle bâtit pour lui, près de la fontaine, où il l'avait vue pour la première fois, le château de Lusignan. Raymondin peut devenir seigneur de Lusignan, près de Poitiers…Et pour que son mari devienne le plus puissant Seigneur du pays, elle se plaît, certaines nuits, à parsemer les collines alentours de puissantes forteresses.

 

Mais, tant de fortune suscite bien des commentaires et bien des convoitises. D'où vient la féerique beauté de Mélusine? D'où vient que les dix enfants de Mélusine et Raymondin, leurs dix garçons, aient tous une infirmité. Pourquoi Mélusine s'enferme-t-elle tous les samedis ?

Or, un peu avant le déjeuner, ce samedi même, on vient lui dire que son frère, le comte de Forez, est arrivé pour lui rendre visite. Il organise un accueil merveilleux pour son frère. Puis il part à sa rencontre et lui souhaite gaiement la bienvenue. Ils vont à la messe, puis entrent dans la salle principale du château où ils se mettent à table. Son frère ne peut s'empêcher de lui demander où est sa femme…Book_of_Melusine.jpg

Il ajoute que le bruit court partout que sa femme se cache tous les samedis pour mal faire avec un autre homme, et sans doute même avec le diable … ce qui expliquerait bien des choses … !.

Raymondin est noble et fier, alors au tout début, il refuse d’écouter les paroles de son frère. Manquer à sa promesse, trahir la confiance, il n’en est pas question une seule seconde...

Mais deux secondes...
Le venin, distillé, purifié, corrosif, coule...
 
On jase en ville...
Tes enfants...
Ta femme... avec le diable

Raymondin est noble et fier, et il finit par douter. Sa confiance s’effrite. Un samedi, rongé jusqu’en son cœur crépitant, il se rend à l'endroit où il sait que Mélusine se cache tous les samedis. Là, il trouve une solide porte de fer, très épaisse. Jamais auparavant il n'avait osé avancer jusque-là. Il se précipite et  regarde par la serrure, en s'aidant d'une dague grâce à laquelle il agrandit le trou.

melusine-3.gif

Il regarde alors à l’intérieur et voit Mélusine dans un grand bassin de marbre, avec des escaliers qui descendent jusqu'au fond. C'est un bassin rond de quinze mètres de tour environ avec des allées tout autour. Et Mélusine se baigne là. Raymondin la voit dans le bassin. Elle peigne ses longs cheveux, nue de la tête jusqu’au nombril. Dans l’eau, trempe une gigantesque queue de serpent qui claque de temps à autres et projette des éclaboussures jusqu'à la voûte de la chambre.

melusine-St-Pierre-de-Bessuejouls.jpgIl ne dit rien et tente de garder le secret de sa trahison. Mais un jour, que son fils Geoffroy est accusé d'avoir détruit une abbaye et d'y avoir blessé son frère Fromont par accident, Raymondin s'emporte en jetant la responsabilité du comportement étrange de son fils sur Mélusine. Il la traite en public de « Très fausse serpente... ».

- Trahison ! hurle Mélusine. Nous sommes, mon amour, tous deux damnés ! Toi parce que tu me perds à tout jamais et moi, malgré mon amour, je retourne au monde des esprits errants et sans abris !

Mélusine se jette alors par une fenêtre aussi légèrement que si elle avait eu des ailes en poussant un cri de désespoir…

On prétend qu’elle n’abandonna pas ses enfants pour autant, et qu’elle revint régulièrement la nuit s’occuper d’eux, jusqu'à ce qu’ils fussent en âge de se passer d’elle. melusina1.jpgLa fée serpent se montre et se lamente à chaque fois que les biens des Lusignan changent de propriétaires ou qu'un membre de cette maison va mourir.


Plus jamais son mari ne la revit sous forme humaine. Repentant et désespéré Raymondin se fit ermite.


Mélusine, la fée rieuse, la fée bâtisseuse.
Mélusine la fée amoureuse.
est devenue :

Âme damnée, âme perdue, âme en peine...


Plus je dirai et plus je mentirai.
Un mot dit à l’oreille est parfois entendu de loin
On gagne toujours à taire ce qu’on n’est pas obligé de dire
Méfiez-vous des histoires...

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Mélusine ( 3 ) La place du féminin

Publié le par Perceval

 

« Le mythe de Mélusine joue de la curiosité et de la peur du sexe féminin : le comte de Lusignan, la-bain-de-Melusine.jpgtransgressant le pacte conclu, épie sa femme un fatal samedi pour découvrir qu’elle a une énorme queue de poisson, qui lui inspire peur, dégoût, colère et rejet. Cette ambivalence de l’image féminine, qui engendre fascination émerveillée et répulsion horrifiée, comporte plusieurs aspects. Mélusine est à la fois une certaine forme de la nature: elle est fée de la nature, elle en incarne la fécondité, elle est mère nourricière, bâtisseuse et défricheuse. Cette position a pu être interprétée au départ comme représentation matriarcale, puisqu’elle est celle qui fonde la lignée, qui apporte la gloire, la richesse, la force, une interprétation que l’anthropologie contemporaine nie dans sa réalité, puisqu’elle affirme qu’il n’existe pas de société matriarcale. Mais le problème n’est pas là : nous nous intéressons à l’imaginaire et à ses représentations ; nous voyons qu’il y a avec Mélusine l’image d’une femme originelle, qu’elle incarne comme femme et comme mère l’origine. »

 

La femme apparaît comme celle qui va éduquer et maîtriser les passions absolument violentes de l’homme. Elle est bâtisseuse et défricheuse, mais surtout civilisatrice. Cette fonction est, en filigrane, une fonction menacée. La violence de l’homme va reprendre le dessus. Si Mélusine apporte ses pleurs de deuil et revient la nuit pour éduquer ses enfants, c’est qu’elle a été victime de cette violence.

Le destin mélusinien présente, en effet, une allégorie de la femme, incomprise, maltraitée pour la part de mystère qu’elle possède et son pouvoir incommensurable, de mettre au monde l’homme, comme Mélusine Raymondin, et par dessus tout, pour sa capacité à donner la vie.

MELUSINE-Philippe Jamet-Fournier (1987)
 MELUSINE par Philippe Jamet-Fournier (1987)

 

À cette première impression stéréotypée d’une Mélusine matriarcale… se présente et s’impose encore aujourd’hui l’image d’une société patriarcale… en particulier dans l’Eglise « romaine », l’homme est seigneur et maître et où l’espace réservé à la femme est une place spécifique.

 

Sources : en particulier - Alain Montandon ,Université Blaise-Pascal, Centre de recherches sur les littératures modernes et contemporaines

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