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Articles avec #mythes - legendes tag

Qui est vraiment Guenièvre ? -3/3-

Publié le par Perceval

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The Lady Guinevere by Howard Pyle; from The Story of King Arthur and His knights.

Certaines histoires peuvent montrer Guenièvre, hautaine envers les hommes qui l’aiment et injustes avec ces derniers. Guenièvre semble parfois être la véritable quête, le véritable Graal de la Légende Arthurienne. Le couple  qu’elle forme avec Lancelot s’approche encore une fois d’un couple féérique. Les fées avaient en effet l’habitude de jeter leur dévolu sur un homme et de lui promettre un amour éternel à une unique condition qui semble irréalisable. Certains la comparent à Hélène de Troie car les deux femmes apportèrent le conflit et l’hostilité entre les alliés qui les aimaient.

Guenièvre serait – tout à la fois - la projection du désir charnel et des aspirations spirituelles.

Dans le Lancelot propre, rédigé en langue vernaculaire vers 1220, l'histoire d'amour entre Lancelot et Guenièvre est jugée acceptable, voire approuvée par la Dame du Lac, qui octroie à Guenièvre le droit d'aimer Lancelot. Cependant, tous les romans ne sont pas aussi tolérants, et la Queste del Saint Graal ( inspiration chrétienne) et la Mort Artu affirment clairement que l'infidélité de Guenièvre est la cause de l'échec de Lancelot dans sa quête du Graal. Malory, décrit cette liaison, comme celle d'un amour véritable, et refuse de voir en Guenièvre, une reine séductrice responsable du mal qui suivra …

Lancelot-and-Guinevere.jpg
 

En effet, les histoires d'amour sont habituelle à la cour ; ce que révèle l'histoire d'un cor et d'un manteau magique qui permet de révéler l'infidélité de quelqu'un. Arthur et Guenièvre sont tous deux démasqués par cet artefact, comme d'ailleurs tous les autres couples à la cour...

La Reine Guenièvre – malgré son amour coupable - représente la première reine chrétienne et s'oppose à sa grande rivale qui est Morgane, la demi-soeur d'Arthur, dernière prêtresse des celtes et qui tente de conquérir Lancelot par la magie et l'enfermement dans son château...

Guenièvre, comme reine du royaume de Logres, tient le royaume entre ses mains … D'autant que le roi Arthur entre dans une phase dans laquelle il semble entrer dans un état de langueur...

Dans « Li Hauz Livres du Graal » (*), en l'absence du roi Arthur, c'est Guenièvre qui tient les rênes du royaume, et au retour du roi, il n'a aucun droit de réponse … Ici, l'amour qui lie la reine et Lancelot, est de l'ordre de l'amour Courtois, et cet amour ne les couvre pas de honte … Cependant, par cet amour, Lancelot – chrétien – reste en marge de cette religion qu'il souhaite suivre. Il superpose sans cesse les images de la reine et de la Vierge, mêlant prières à l'une et à l'autre. Il tente de concilier paganisme et christianisme.

Maeve--is-a-portrait-of-the-warrior-queen-from-Celtic-mytho.jpgL'amour de la reine pour un autre que le roi n'est pas la cause de la fin de l'univers arthurien. Au contraire, il donne courage à Lancelot de lutter pour ce royaume quand bien même le roi Arthur le trahit en le faisant jeter en prison. Sans cet amour, Lancelot serait-il resté auprès du roi ? Guenièvre est la souveraine et tout, jusque dans sa relation avec Lancelot, fait d'elle la gardienne du royaume arthurien.

Guenièvre n'est pas seulement une reine chrétienne, mais aussi une reine guerrière comme en connaissaient les Celtes. Après sa mort, Guenièvre est associée à trois objets : la couronne ( fonction royale ), le destrier ( cheval de combat, réservé aux chevaliers...) et la coupe d'or ( de la déesse celte)...

Guenièvre représente le passage d'un monde païen, à un monde nouveau, chrétien peut-être, passage brutal et violent qui pourrait rappeler les guerres te le sang avce lesquels s'est imposé le christianisme...

Triple-Goddess.jpg

(*) Perlesvaus, aussi appelé Li Hauz Livres du Graal (Le Haut Livre du Graal), est un roman courtois du cycle arthurien en ancien français. Il est anonyme et date de la première moitié du XIIIe siècle. Il se veut être une suite de l'inachevé du Perceval ou le conte du graal (~1191) de Chrétien de Troyes, et s'inspire des deux premières continuations en vers, celle du pseudo-Wauchier et celle de Wauchier de Denain. C'est le moins canonique des écrits arthuriens du fait de ses différences marquées avec les autres versions, et il fait passer le mythe du Graal de la légende chevaleresque à l'allégorie chrétienne.


Alors que la littérature postérieure dépeint Lohot comme un preux chevalier et le fils morganatique du roi Arthur, dans Perlesvaus, il est apparemment le fils légitime d'Arthur et Guenièvre  

 Dans les Triades galloises, les trois grandes reines d'Arthur s'appellent Gwenhwyfar

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Qui est vraiment Guenièvre ? -2/3-

Publié le par Perceval

La personnalité de Guenièvre, s’étoffe à partir du XIIe siècle dans la littérature proprement dite, chez Chrétien de Troyes par exemple, qui répond peut-être aux attentes d’un public de dames nobles de la cour de Marie de Champagne ...

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Alienor d'Aquitaine

Au XIIIe siècle, Guenièvre est le fille du roi Leodegrance. Ce fait est mentionné pour la première fois dans Estoire de Merlin (vers 1215-1235), puis dans les adaptations ultérieures comme Le Morte d'Arthur de Malory (vers 1470), où la première rencontre entre Arthur et Guenièvre a lieu lors d'un banquet que le père de la jeune fille donne en l'honneur d'Arthur, pour le remercier de l'avoir aidé à vaincre le roi Royns. À l'époque du Morte d'Arthur, Guenièvre était devenue la belle et glorieuse reine de la plus belle cour médiévale d'Europe.

Dans le cycle arthurien, développé sur quelques siècles par de nombreux auteurs, elle apparaît tantôt comme un personnage entièrement négatif, faible ou opportuniste, tantôt comme une dame noble remplie de qualités mais victime de la fatalité.

La relation adultère de Guenièvre avec Lancelot est le thème récurrent du cycle arthurien.

Vous trouverez, sur ce site même, le récit de cette relation. Pour résumer (wiki) :

A l'arrivée de Lancelot, à la cour du Roi Arthur, c’est le coup de foudre immédiat... Cette relation ne sera découverte que plus tard par le roi – avec beaucoup d'incrédulité ou de naïveté de sa part -... Ainsi, - en toute fin du cycle - à l’issue d’un festin il constate l’absence simultanée des amants. Agravain et Mordred, fils du roi Lot, témoins du forfait, pression est faite sur Arthur pour qu’il fasse périr Guenièvre sur le bûcher.The-Rescue-of-Guinevere-Hath-L-.jpg Il s’y résout à contrecœur. Lancelot ayant promis de sauver la reine avec l’aide de sa parentèle, Arthur fait protéger le site de l’exécution par les autres chevaliers. Lancelot a le dessus, Gaheris et Gareth, frères de Gauvain, sont tués au combat. Gauvain pousse Arthur à poursuivre Lancelot en France où il s’est réfugié. En prévision de sa campagne française, Arthur laisse Guenièvre, semble-t-il amnistiée, à la garde de Mordred. À peine le roi parti, Mordred révèle ses intentions de s’emparer du trône et d’épouser Guenièvre. Celle-ci, selon les versions, accepte ou s’enfuit pour se réfugier à la tour de Londres et enfin dans un couvent. Ayant appris les nouvelles, Arthur retourne en Bretagne, confronte Mordred à Camlann et le tue, mais lui-même est mortellement blessé. Il est emmené par Merlin à Avalon. Quant à Guenièvre, après une dernière rencontre avec Lancelot, elle se retire à l'abbaye d'Amesbury pour y finir ses jours.

Premier-baiser-de-Lancelot-et-Guenievre--entre-1404-et-146.jpg Guinevere-envoie-sa-bague-de-Lancelot.jpg
Premier baiser de Lancelot et Guenièvre (Elum: entre 1404 et 1460) Guinevere envoie sa bague à Lancelot



Selon la plupart des traditions, Guenièvre est une femme très « convoitée » - elle est enlevée par Mordred, Melwas, Meleagant, Meljakanz, Melianz etc. ( notez la proximité étymologique …) - et aurait eu de nombreux amants … Guenievre-par-Sophie-Busson.jpgParmi eux, Yder ( le Roman de Yder (~1210)),

Il est vrai, que Guenièvre fait originellement partie des reines symboles de souveraineté: les enlever revient à s’emparer du royaume de leur mari...


(*) Dans Le Morte d'Arthur, le roman de Thomas Mallory qui sert de base à de nombreuses adaptations de la Légende Arthurienne, Guenièvre aurait eu même, deux fils de Mordred .. !

Guenièvre, par Sophie Busson

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Analyse de l'idée de la Femme, dans Perceval -5/6-

Publié le par Perceval

Lady-Bertilak-au-lit-de-Gauvain--du-manuscrit-original--art.jpgLa loi médiévale représente le pouvoir de l’oeil de la société qui regarde toujours ce qui se passe dans le couple amoureux. Quand Gauvain est en train d'échanger des baisers avec la soeur d'Ivonet, ils sont interrompus par un arrière-vassal. Au lieu de blâmer Gauvain, l’arrière-vassal accuse la demoiselle d'échanger des caresses avec un traître.

 

On a tort de l'appeler encore femme,

car elle en perd le nom

à n'aimer que le bien!

Mais toi, tu es bien femme c'est clair,

car l'homme qui est assis là, à côté de toi,

est celui qui a tué ton père, et il a tes baisers!

Mais quand une femme a trouvé ce qu'il lui

faut, le reste lui importe peu! (v. 5784-5791)

 Sir-gawain-2.jpg

On accuse explicitement la demoiselle d'être quelqu'un qui ne peut pas contrôler ses désirs. Selon cet arrière-vassal, voir ou non un chevalier qui soit un traître, ce n'est pas important; ce qui l’intéresse c'est le fait qu'elle va satisfaire son désir sexuel en échangeant des caresses avec le chevalier. La sexualité de Gauvain ou même son attitude vis-à-vis de la dame ne sont pas mises en question. La femme est celle qui séduit, celle qui veut être avec un homme à tout prix.

 

Pour confirmer cela, il nous reste le récit que l'Orgeuilleux de la Lande, l’ami de la demoiselle de la tente, fait à Perceval en lui disant que " la femme a si peur de consentir, mais désire qu'on la prenne de force... "(v. 3809-3811). La raison pour laquelle la dame doit se soumettre aux volontés d'un chevalier qui veut lui offrir son amour est qu'elle a toujours besoin de la protection d'un homme vaillant et viril. Comme on a vu avec Perceval, si la femme se trouve seule, elle court un grand danger, car elle peut souffrir toutes sortes de violences. Avec un homme qui peut la défendre en sortant vainqueur de chaque combat, elle est plus assurée d'être protégée. En plus, sa beauté va assurément refléter la valeur du chevalier, car celui qui a la femme la plus belle est celui qui a aussi la plus grande valeur dans le monde des hommes.

Arthur-Pyle_Sir_Gawaine_finds_the_beautiful_Lady.JPGEn effet, la beauté de la femme sert seulement au chevalier qui la choisit comme objet de son amour. C'est à dire, la femme narcissique, celle qui est trop sûre de sa beauté, a tendance à raccourcir le rôle de femme castratrice et pour cette raison elle représente une menace au chevalier. Telle est la situation quand Gauvain rencontre la jeune fille au miroir qui y "contemplait sa face et sa gorge qui étaient plus blanches que neige" (v.6588-6589). La façon dont Gauvain voit la jeune fille est le résultat de sa peur de la castration. Il ne voit pas son corps tout entier, il voit seulement sa face et sa gorge en niant alors que la femme ait un sexe. La demoiselle devient encore une fois la victime du désir masculin du chevalier qui, pour éloigner son angoisse, la transforme en être asexué.

Quoique Gauvain essaie d'éloigner de lui l'angoisse de la castration, il n'arrive pas à le faire, car il trouve toute une série de chevaliers qui ont perdu les têtes à cause de cette demoiselle qui les leur a fait trancher. Le miroir qu'elle porte à la main ne symbolise pas seulement le narcissisme féminin, mais aussi l'altérité de Gauvain . C'est à dire, l’image de la jeune fille dans le miroir renvoie à Gauvain la représentation de cet autre au phallus manquant qu'il ne veut pas devenir. Mais puisque, malgré ses efforts, il ne peut pas échapper à la réalité de son origine, il doit subir encore une fois la castration symbolique avec la jeune fille qui lui dit:

 

Je veux en tout premier me divertir

au spectacle de vos malheurs!...

Moi, je vais vous suivre, comme convenu

et je ne vous lâcherai pas,

jusqu'à ce que honte vous arrive. (v. 7104-7112)

Marianne Stokes (1855 Graz, Styria – August 1927 London)
Marianne Stokes (1855 Graz, Styria – August 1927 London)

En prononçant ces paroles à Gauvain la jeune fille lui fait subir une grande honte. Il doit absolument partir à la quête de la Lance-qui-saigne, symbole du phallus, pour ainsi reconstruire son honneur chevaleresque. Méchante et castratrice, la jeune fille occupe ici la même position que la demoiselle hideuse, car c’est à cause d'elle que Gauvain donne valeur à son désir de trouver la lance.

La jeune fille est aussi la femme fatale, une tentatrice qui valorise sa qualité séduisante en ne suscitant le désir masculin que pour le repousser. Cette femme castratrice lance à Gauvain le défi de la toucher en se faisant l’objet du désir du chevalier.

 

Si tu avais touché une chose

qui fût sur moi, de ta main nue,

et que tu l'eusses palpée ou caressée

je croirais en être déshonorée.

 

Ici la demoiselle parle à Gauvain comme si celui-ci avait les mains sales. C’est comme si elle avait été victime d’abus sexuel et que maintenant elle était obsédée de remettre continuellement en vigueur la scène originaire de disgrâce. En plus, les mots qu'elle utilise peuvent être aussi l'indication d'une grande pudeur. La représentation de la femme pudique apparaît très souvent dans la littérature médiévale comme critique de la femme. En accusant la femme de pudeur on l'accuse aussi de vouloir tromper l'homme qui veut une femme qui soit asexuée.

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Analyse de l'idée de la Femme, dans Perceval -4/6-

Publié le par Perceval

Gawain-meets-a-wounded-knight-in-this-painting-from-Ludwig-.jpgPassons maintenant à Gauvain et à la façon dont il manifeste son désir vis-à-vis de la femme. Au contraire de Perceval, qui a quitté sa mère de manière brutale pour s'insérer dans le monde des hommes, Gauvain quitte le monde des hommes pour s'insérer finalement dans le monde des femmes représenté par le château des reines. Gauvain est déjà un sujet accompli dans le texte, car il est bien connu pour sa courtoisie et sa valeur chevaleresque.

Cependant, au moment où Guinganbrésil entre à la cour du roi Arthur et accuse Gauvain de trahison, sa virilité est mise en question. On se demande alors si Gauvain est réellement un chevalier de grande valeur comme tout le monde le croyait au début. Pour que personne ne doute de son identité chevaleresque, Gauvain doit prouver qu'il a été accusé injustement. Autrement dit, il doit reconquérir son honneur chevaleresque. En plus, en faisant subir à Gauvain et une castration symbolique et une castration publique, Guinganbrésil le fait retourner à l’origine de son désir, à savoir où aller chercher la Lance-qui-saigne, symbole du pouvoir masculin et de l’identité du chevalier.

Sir-Gawain-detail.jpg

Gauvain part alors afin de reconquérir son identité comme sujet et sa première épreuve de virilité est au tournoi de Tintagel. Au tournoi il y a toute une série de dames qui regardent le combat entre les chevaliers. Entre les dames, il y a les deux filles de Thibaut dont l'aînée représente la femme castratrice, et la cadette l'innocence. La fille aînée est la femme castratrice, car elle accuse publiquement Gauvain de lâcheté; la fille cadette représente l’innocence, car elle ne suscite aucun désir sexuel chez Gauvain. La fille aînée de Thibaut veut avoir un chevalier fort et viril représenté par Méliant de Lis.Messire-Gauvain--la-fleur-de-la-chevalerie.jpg

 

Mesdames, quelle merveille!

Vous n'en avez jamais vu de pareille,

ni même entendu parler.

Voici de tous les jeunes le meilleur chevalier

que vous ayez jamais pu voir de vos yeux,

car il est beau et il fait mieux

que tous ceux qui sont au tournoi.

 

Quand elle voit Gauvain, elle l’accuse d’être quelqu’un de bas lignage, " car il use d'une indigne tromperie, en faisant transporter des écus et des lances et mener des chevaux par la bride " (v. 5150-5154). Elle sait que Gauvain peut tuer l'homme qu'elle désire et alors elle prend la position de la femme castratrice pour ainsi éviter cette fatalité. Pour que Gauvain sorte vainqueur du combat avec Méliant de Lis, il doit savoir qu'il vient d'être raillé par la fille aînée de Thibaut. Il faut qu'il subisse une castration pour enfin pouvoir continuer à désirer devenir sujet.

Gauvain-le-chevalier-aux-demoiselles.jpgLa femme joue encore une fois le rôle d'adjuvant vis-à-vis du chevalier qui en profite le plus possible. Le féminin contribue au bon passage du héros vers la suite de ses aventures.

 

Redevenu un chevalier honorable. Le désir sexuel se manifeste en lui pour la première fois dans le texte. On voit cela quand il se trouve tout seul avec la soeur d'Ivonet. À part la description de ce que sent Gauvain quand il la voit, on ne reçoit aucun détail sur l'apparence physique de la jeune fille. Il semble qu'elle n'est même pas importante dans le texte et que sa seule fonction est de devenir pour quelques moments l'objet d'amour de Gauvain (v.5750-5755).

On sait à travers le texte qu'elle correspond à l'idéal courtois, car on nous dit "qu'elle était si belle et si courtoise et qu'elle était d'une éducation parfaite" (v.5746-5747). La femme n'a pas d'individualité, elle doit se porter selon la loi médiévale et plus particulièrement, selon le désir du chevalier.

 

 

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St-Georges, le dragon et la femme. -2/2-

Publié le par Perceval

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saint-george-and-the-dragon de Luca Signorelli-1505 (détail)

Le cas de saint Georges est unique, d’abord par sa popularité, par le succès de son culte, qui en a inquiété plus d’un, parce qu’il faisait de l’ombre au culte des apôtres eux-mêmes : au Moyen Âge, il n’était pas de pèlerin qui, ayant visité le Saint-Sépulcre, n’allât se recueillir aussitôt sur la tombe présumée de saint Georges.

Des siècles après sa mort, la réputation de ce saint guerrier était telle qu'il devint le protecteur de l'Angleterre, de la Catalogne, de l'Aragon, de l'Italie et e la Grèce, et qu'on le révérait dans des pays aussi différents que la Lituanie, le Portugal et Constantinople. Sa fête, fixée au 23 avril, était partout célébrée par de magnifiques processions et des réjouissances. L'ordre de la Jarretière, la plus haute distinction britannique, se recommandait de lui.

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Edward Burne-Jones, La légende de St George et le dragon Détail

Pour tout dire, le dragon entre tardivement en scène... Vers le Xe siècle, et dans les légendiers vers le XIIIe s.( Jean de Mailly, 1240 ; Jacques de Voragine, avec la Légende dorée, vers 1290).

Dans les versions épiques et chevaleresques, l’enjeu est toujours la princesse – ce qui, est loin d’apparaître comme l’enjeu manifeste du combat de saint Georges, dans les versions plus anciennes ( sans dragon)...

Ensuite avec l'épisode du dragon, on retrouve, comme dans de nombreux récits chevaleresques : d’un côté le saint ( vierge) chevalier solitaire, et de l'autre une thématique nuptiale…

Saint Georges ( de par son origine agricole) , fêté le 23 avril est associé à l’ouverture des lieux, après la fonte des neiges, les sentiers sont à nouveau praticables, surtout pour les cavaliers... Le dragon, lui est associé à l’ouverture mortelle des corps sous les dents du dragon, et donc – avec une jeune fille - à l’ouverture vivante et féconde, l’ouverture sexuelle...

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Pieter balten (1525-1598): la_kermesse_de_la_saint_georges

Avec la Saint-Georges débute en effet, depuis le Moyen Âge, tout un cycle de fêtes d’initiations, fêtes pendant lesquelles – en particulier - l’image monstrueuse et coupable de la sexualité (l’image, donc, du dragon) est transgressée.

Les fêtes populaires convertissent ces tensions... Cette « ouverture » festive, et les légendes ( caution de l'imaginaire ) permettent de convertir en transgression l’interdit même qu’elle met en scène...

Le combat du prude chevalier contre le répugnant dragon – dont l’exigence sexuelle à s’offrir toutes les vierges d’un royaume constitue un aspect fondamental de sa valeur négative, partout explicite, sauf bien sûr dans ses versions ecclésiastiques – se transforme, se convertit en un jeu libre mais protégé, comme sanctifié par l’image tutélaire du saint. Voilà peut-être pourquoi on ne sait jamais exactement, dans les images de saint Georges, si le dragon est anéanti ou bien apprivoisé (notamment par la princesse).

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St Louis, St George, et la princesse - Jacopo Tintoretto (1518-1594)

" Sur une toile du Tintoret, on y voit saint Georges, le dragon, la princesse et Louis de Toulouse. Trois siècles plus tard, préparant Les pierres de Venise John Ruskin s’est arrêté devant cette toile. Il remarque que «  le sujet est traité d’une nouvelle et curieuse façon. Le personnage principal est la princesse, à califourchon sur le cou du dragon qu’elle tient par une bride de ruban ( ) Il n’y a aucune expression, aucune vie dans ce dragon ( ) la princesse semble avoir été placée par saint Georges sur le dragon, son principal ennemi, dans une attitude victorieuse. Elle porte une riche robe rouge, mais elle manque de grâce ». L’attitude est «  nouvelle et curieuse »; en clair, pour une princesse, elle est franchement inconvenante. Le dragon entre ses jambes est dit « sans vie »  "

Sources: « Saint Georges ou l’imaginaire de la liberté » de Richard Miller


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St-Georges, le dragon et la femme. -1/2-

Publié le par Perceval

La légende dorée de Jacques de Voragine (1228 env.-1298) évoque l’histoire héroïque du chevalier Georges qui délivre une ville assiégée par un dragon.

Il est intéressant de se rendre compte de l'histoire de la légende qui d'un agriculteur, fait un soldat, puis un tueur de dragon. Son culte connaît un grand succès populaire, il est invoqué contre toutes sortes de peur ( en particulier autour de la féminité)... Il devient , pas très catholique, du fait – entre autres raisons - de sa romance chevaleresque ( XIIe et XIIIe s.)... ? Le pape Paul III (pape de 1534 à 1549) fait retirer du bréviaire les leçons du second nocturne, relatives à Saint Georges.


Voici l'histoire:
Un reptile monstrueux habite une mare près de Silène (province de Libye). Plusieurs fois le peuple est venu avec des armes pour le tuer; mais il lui suffit de s'approcher d'une foule pour les détruire de son souffle.
Les habitants de la ville doivent mettre journellement deux brebis à sa disposition, pour satisfaire sa voracité. Quand il n’y a plus de brebis, il faut lui offrir des humains : les filles lui sont offertes... Le tour de la fille du roi vient et le peuple la réclame. Le père affligé, offre tous ses trésors en échange de la vie de sa fille, mais en vain.
Le peuple lui répond avec fureur : « Maintenant que tous nos enfants sont morts, tu veux sauver ta fille ? Si tu ne fais pas pour ta fille ce que tu as ordonné pour les autres, nous te brûlerons avec ta maison.» Alors le roi, voyant qu'il ne pourrait sauver sa fille, la fait revêtir d'une robe de mariée et l’embrasse en larmes.
Il la laisse partir en lui disant : « O ma fille, que ne suis-je mort avant toi pour te perdre ainsi ! ». Elle se jette aux pieds de son père pour lui demander sa bénédiction, et le père l’ayant bénie, elle se dirige vers le lac.
A ce moment là passe le chevalier Georges, et la voyant pleurer, il lui demande ce qu'elle a.
« Bon jeune homme, lui répond-elle, vite, monte sur ton cheval ; fuis, si tu ne veux mourir avec moi. » N'aie pas peur, lui dit Georges, Je ne m’en irai pas avant que tu ne m’aies expliqué ce que tu as. » Or, après elle l'instruit totalement, Georges lui dit :
« Ma fille, ne crains point, car au nom de J.-C., je t'aiderai. »
Elle lui dit : « Bon soldat ! mais hâte-toi de te sauver, ne péris pas avec moi ! C'est assez de mourir seule; car tu ne pourrais me délivrer et nous péririons ensemble. » Alors qu'ils parlent ainsi, voici que le dragon s'approche en levant la tête au-dessus du lac. La jeune fille toute tremblante dit : « Fuis, mon seigneur, fuis vite.
« A l’instant Georges monte sur son cheval, et se fortifiant du signe de la croix, il attaque avec audace le dragon qui avance sur lui : il brandit sa lance avec vigueur, se recommande à Dieu, frappe le monstre avec force et l’abat par terre

 
Il dit ensuite à la jeune fille d’attacher avec sa ceinture (symbole de chasteté), la bête blessée. Le dragon la suit comme un gentil chiot. Quand elle arrive à la porte de la ville, les gens prennent peur et s’enfuient. Saint Georges essaye de les retenir et de les tranquilliser : « Ne craignez rien, le Seigneur m’a envoyé auprès de vous afin de vous délivrer des malheurs que vous causent ce dragon : seulement croyez en J.-C., et que chacun de vous reçoive le baptême, et je tuerai le montre.
Alors le roi avec tout le peuple reçoit le baptême, et saint Georges, ayant dégainé son épée, tue le dragon et ordonne de le porter hors de la ville. Selon d’autres versions, la princesse était enfermée dans un château et tous mouraient de soif car la source était au pied de la montagne où se trouvait la tanière du dragon.


Dante Gabriel Rossetti - Le mariage de St Georges et de la princesse Sabra 1857

Saint-Georges, le héros au cœur pur, tua un dragon pour sauver une princesse de Libye. En récompense, il obtint la main de la jeune fille.

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Univers Steampunk -1/3-

Publié le par Perceval

Peut-être ne connaissez-vous pas le « Steampunk »... ?

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From the cover of Steam Punk Magazine (2011) Cover of The Bookman Histories (Angry Robot, 2012) by Lavie Tidhar

- Il s'agit -sans doute – d'une ramification de l’Uchronie -, un genre qui prend de la consistance en puisant dans les marges des « mauvais genres » … Il y a sans aucun doute une volonté de dérision...

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C'est une sorte de « fantaisie victorienne ».

K. W. Jeter écrit Morlock Night qui relève de cette démarche de fantaisie victorienne. Il s’agissait, selon Jeter, d’écrire un titre s’inscrivant dans une série consacrée au retour du roi Arthur. Diverses époques devaient servir de cadre aux aventures du souverain breton. Le récit se déroule finalement en Angleterre à l’époque victorienne et propose une suite à La Machine à explorer le temps de H.G. Wells. 



Dans des limites restreintes, le steampunk n’est qu’une imitation de l’anticipation du XIXème siècle et une mise en scène de gadgets technologiques anachroniques. Dans un cadre large, il lorgne vers la Fantasy urbaine, le Fantastique, l’Uchronie biaisée, voire un exercice de style très référencé mêlant des personnages historiques réels et des héros de roman populaire. 

L'une des spécificités du steampunk est d’être une extrapolation du potentiel technique d’une époque précise : le XIXème siècle. Une anticipation à rebours...

ligue-gentlemen-extraordinaires.jpeg
 

Le steampunk préfère éviter une réflexion sur l'avenir, où plutôt « Ils préfèrent se demander ce qui se serait passé si le futur était arrivé plus tôt plutôt que de s’interroger sur NOTRE avenir. C’est une manière d’écrire une SF qui ne risque pas d’être démentie, ni de se démoder sur le plan technoscientifique - d’autant que le recours à des éléments surnaturels, comme chez Tim Powers, rapproche certaines œuvres de la fantasy. » Roland C. Wagner

Le Steampunk est un genre visuel puisqu’il introduit dans le récit une esthétique singulière, celle des machines à vapeur, du rétro-futurisme, de la confusion des époques et des technologies. Certains dessinateurs y ont vu le moyen développer des univers graphiques propices à de trépidantes aventures.

La Ligue des Gentlemen extraordinaires de Alan Moore et Kevin O’Neill, est La bande dessinée à lire pour illustrer le steampunk...

 

 

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Steampunk-affiche.jpg Lady-Mechanika-2.jpg

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Les fées, ça n'existe plus ! -3/3-

Publié le par Perceval

Aux XIIe et XIIIe siècles, alors que s'écrit la légende arthurienne ; le merveilleux païen fait irruption dans la la culture savante sans grande opposition de l’Église, car elle ne représente plus un véritable danger.
f3be4dd10048Cependant, l'opposition entre l'interprétation des chevaliers et une interprétation des clercs, s'exprime clairement. Les clercs veulent intégrer au surnaturel chrétien une mythologie assez irréductiblement étrangère, et les chevaliers et troubadours exploitent cette mythologie parce qu'elle est précisément étrangère à l’Église…

L'Eglise va jouer la rationalisation, et assimiler les fées aux sorcières. Ce phénomène de rationalisation et de diabolisation va dénaturer – radicalement - la fonction des fées.
La nature fantastique de la fée du lai de Lanval n'est jamais mise en doute par Marie de France. Mais dans les romans en prose à partir du du XIIIe s., les fées vont devenir des mortelles douées de pouvoirs surnaturels.


Vers 1220, le Lancelot en prose donne une définition des fées dans la littérature profane, à propos de la Dame du Lac qui enlève l'enfant Lancelot à sa mère pour l’élever dans son royaume aquatique :

lancelot-et-viviane« Le conte dit que la demoiselle qui emporta Lancelot dans le lac était une fée. En ce temps-là, on appelait fées toutes celles qui se connaissaient en enchantements et en sorts; et il y en avait beaucoup à cette époque, en Grande Bretagne plus qu'en tout autre pays. Elles savaient, dit le Conte des Histoires bretonne, la force des paroles, des pierres et des herbes, par quoi elles se maintenaient en jeunesse, en beauté et en richesse, autant qu'elles le désiraient. Et tout cela fut institué à l'époque de Merlin, le prophète des Anglais, qui savait toute la science qui des diables peut descendre. C'est pourquoi il était tant redouté des Bretons et tant honoré que tous l'appelaient leur saint prophète, et les petites gens leur Dieu. Cette demoiselle, dont le conte parle, tenait de Merlin tout ce qu'elle savait de science occulte; et elle l'apprit par une très subtile ruse. »

Si la dame du lac, est réduite à l'état de magicienne, elle n'habite plus qu'un fantôme de lac :

« La dame qui l'élevait ne résidait jamais ailleurs que dans des forêts grandes et profondes ; et le lac, dans lequel elle avait sauté avec lui, lorsqu'elle l'avait emporté, n'était que d'enchantement. Et cette habitation était si bien cachée que personne ne pouvait la trouver ; car l'apparence du lac la protégeait de telle manière qu'on ne pouvait pas la voir. »

Chevalier dame sans merciLes fées ont acquis la science des clercs et se posent en rivales de ceux-ci, possédant une autre forme de maîtrise du surnaturel.
Cette opposition en recouvre deux autres : clercs/laïcs et masculin/féminin.
« Ainsi les thèmes féeriques peuvent être compris comme une manière, pour la littérature aristocratique, de conférer dans l'imaginaire aux chevaliers des pouvoirs surnaturels indépendants de ceux qui, dans le fonctionnement réel de la société, en constituent le pôle central et dominant : le sacré défini par les théologiens et dont la mise en œuvre est contrôlée par l’Église. »

Deux textes, deux discours parallèles qui exaltent l'idéal chevaleresque, sont révélateurs à cet égard ; tous deux, étonnamment, sont placés dans la bouche d'une fée, prêtés à la dame du lac et à mélusine.

La Dame du lac tient le premier jour au jeune Lancelot avant de la conduire à la cour d'Arthur où il recevra l'adoubement. Ce discours est très orthodoxe : il définit les devoirs du chevalier, qui doit défendre les faibles et les opprimés et servir fidèlement la sainte Église.
Le discours de Mélusine à ses deux fils Urien et Guy, est plus pragmatique, et concerne le bon gouvernement... Il faut être un bon seigneur, attentif aux besoins de son peuple …. Le plus remarquable est ce ces discours soient placés dans la bouche et d'une femme et d'une fée. C'est que le savoir des fées rivalise une fois de plus avec celui des clercs. Les forces féeriques sont mises au service de la chevalerie pour lui donner un caractère héroïque et sacré.

Chrétien de Troyes, joue avec subtilité sur les incertitudes : Laudine est-elle une fée ou non ? Les pucelles ponctuant le parcours de Lancelot en sont elles ? Espace de l’interrogation qui permet plusieurs lectures, mais qui montre aussi que la fée, en dépit de son originelle ambivalence, peut avoir une place véritable dans l’imaginaire médiéval et chrétien.
Morgane a perduré sous le nom de fée Margot et l’on trouve un peu partout en France des « Caves à Margot », des « chambres de la fée Margot », des « fuseaux de Margot », des « Roche Margot ».

 

St. Margaret of Antioch (France, 1490-1500)


Si la christianisation a diabolisé Morgane, tout comme elle l’a fait de Gargantua et de Mélusine. Elle l’a christianisée en sainte Marguerite, représentée « issourt » du dragon, ou avec le dragon à ses pieds, le dragon-vouivre symbolisant alors les énergies telluriques.

St. Margaret of Antioch (France, 1490-1500)


Après les déesses, les fées, on observe le triomphe d'une autre femme : Marie (Notre-Dame, la Vierge Marie) au début du XII° siècle, qui change terriblement le regard porté sur les fées et les dames. Notre-Dame donne son nom aux 3/4 des grands édifices gothiques qui s’érigent dans un monde nouveau qui explose.
L’évangélisation souvent brutale des populations n’avait jamais aboli l’héritage des fées maîtresses de la pierre, des eaux et du vent. On conserve des témoignages de la fin du XVII° siècle selon lesquels les druidesses de l’île de Sein seront alors et seulement, converties au christianisme.

Sources : Un livre important sur le sujet des fées, si on souhaite comprendre la place qu'elles avaient au Moyen-âge :
- Laurence Harf-Lancner, Le Monde des fées dans l’Occident médiéval, Paris, Hachette (« Littératures »), 2003

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La Dame et le Graal. -1/3-

Publié le par Perceval

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Adrian Velez: Chevaleresse

Je prends la précaution, d'écrire que je ne suis pas dupe de l'image que je donne ici de la femme. Il ne s'agit pas de décrire la réalité de la femme au Moyen-âge ; encore moins de figer la personne féminine d'aujourd'hui dans un rôle, dans un statut que je rêverais lui voir incarner... ! Je parle, mythe. Je cherche dans le patrimoine culturel, littéraire, une représentation de la femme symbolique... De même que le chevalier dans le mythe arthurien, est une représentation de la masculinité symbolique.


 C’est le mythe qui permet la fascination de l'homme pour la femme, et c'est grâce au mythe que demeure l’éternel féminin. C'est ainsi que la femme mythique devient une source d’inspiration intarissable, elle devient muse, égérie... Je ne sais, si la création féminine est ainsi liée à l'homme … ?

 Le Graal, s'il est relié à la chevalerie, semble être une affaire d'homme. Pourtant, en creux, si j'ose dire... Le Graal est féminin. Féminin, en ce qu'il est l'objet d'une quête masculine...

chevalier_et_sa_dame--1-.jpg Cette quête, si elle apparaît au XIe, XIIe s., c'est qu'elle correspond à une à une spiritualité qui n'est pas seulement rattachée au christianisme. Sinon, comment expliquer son absence jusque là ?

Le culte de la Dame se rattache à la chevalerie, il est sans doute resté fantasme, l'époque, l’Église ne permettant pas cette révolution des valeurs …

Imaginons, avec les poètes, hommes et femmes des « cours d'amour », ce qu'il en serait :

* Le fait de se vouer à une Dame, de lui consacrer inconditionnellement sa fidélité, est l'un des thèmes récurrents des cours chevaleresques. À la Dame on laisse juger de la valeur et de l'honneur des chevaliers et, selon la théologie des châteaux, il n'est pas douteux que le chevalier mort pour sa Dame participe au même destin d'immortalité bienheureuse assuré au Croisé mort pour la libération du Temple.

* Selon le rite d'adoubement, la Dame du récipiendaire se doit de déshabiller le futur chevalier pour le conduire au bain afin qu'il puisse se purifier et revêtir ensuite - comme les néophytes des mystères païens - les vêtements immaculés de la Veillée d'armes et recevoir, enfin, l'investiture chevaleresque. Ces héros d'aventures – aventures souvent amoureuses - dans lesquelles figure la Dame ( Tristan , Lancelot, Gauvain...), sont aussi des chevaliers du roi Arthur en quête du Graal.

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       Reza Abbasi 16e s.  Safavid period, ca 1630, Isfahan


Ne pourrait-on pas dire : La Dame à laquelle on jure une fidélité inconditionnelle, et à qui on se voue en se croisant, la Dame qui conduit à la purification (que le chevalier considère comme sa récompense et qui le rend immortel quand il meurt pour elle), n'est-elle pas au fond l'équivalent du Graal lui-même ?

      A suivre .....

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Le chevalier Lanval, aimé d'une fée.

Publié le par Perceval

Depuis les romans médiévaux jusqu'au récent naufrage du Costa Concordia , 

Launfal-Tryamour-[Kinuko-Y.-Craft]

les hommes sont censés risquer leur vie pour sauver les femmes en détresse. Les hommes devraient également fournir de l'argent et des biens pour les femmes …

Dans ce lai (court poème narratif) : “ Lanval ”, Marie de France raconte l'histoire d'une femme, d'une héroïne, qui sauve un chevalier de l'isolement social et de la persécution injuste . Cette femme, ose exprimer un désir érotique, elle est également riche, et fournit au chevalier ce qui est nécessaire pour tenir son rang. Une autre femme, tente de séduire le même homme, et devant son refus, se venge.

A moins que l'on préfère annoncer ce lai ainsi: c'est l'histoire d'un chevalier d'Arthur, qui rencontre une fée d'une incomparable beauté et en tombe éperdument amoureux. Celle-ci exige, comme toutes les fées amantes du folklore, le respect d'un interdit. …

The Fairytales of George MacDonald

Sans doute, il est préférable, que vous vous fassiez votre propre idée. Je ne peux que vous engager à lire ce court récit, ou l'entendre raconter …

Si vous ne l'avez pas encore fait, ou ne le ferez pas … Bon, sachez que:

Le roi Arthur distribue à ses chevaliers des terres, de l’argent et des femmes. Mais il oublie Lanval. … Il n’est donc aimé ni du roi, ni d’une femme et par conséquent il est aussi 'oublié' par ses anciens compagnons, les chevaliers de la Table Ronde. Le chevalier désespéré quitte la ville. Au bord de la rivière, il se livre tout seul à sa mélancolie , et c'est le passage de la réalité et la merveille...

launfal et Guenièvre
Guenièvre et Lanval

Deux demoiselles d’une grande beauté, le conduisent auprès de leur dame, couchée dans une tente, et la plus gracieuse créature que le chevalier n’ait jamais vu. La mystérieuse jeune femme lui offre son coeur et ses richesses en échange d’une promesse : Lanval ne doit jamais dévoiler à quiconque qui est la gente dame qui a ravi son coeur, sous peine de la perdre à jamais.

De retour au château, le noble homme reçoit les avances de la Reine, mais celui-ci les rejette, n’ayant en tête que l’amour que lui porte sa tendre amie. Furieuse et déçue, la souveraine sous-entend que le chevalier préfère la compagnie des beaux jeunes gens, mais face à cette accusation Lanval s’emporte, avouant qu’il aime la plus belle femme du monde, modèle de courtoisie et de bonté. Lanval regrette aussitôt ses paroles, car par ces mots il vient de briser le serment fait à la demoiselle de la forêt. De plus, la Reine, se sentant humiliée par ces paroles, demande justice au Roi, qui ordonne à Lanval de prouver ses dires sous peine d’être brûlé ou pendu …

circlet (by N.C. Wyeth)
Lancelot, et Chrétien de Troyes sont bien plus connus, que Lanval et Marie de France. Les deux auteurs vivent à la même époque, mais leur vision semble s'opposer.

Marie de France, présente au travers de ses histoires, des versions plutôt critiques et opposées aux aventures traditionnelment racontées sur la cour du Roi Arthur. Là, les femmes apparaissent comme des biens, que le roi s'autorisent à donner aux meilleurs de ses chevaliers... Là des chevaliers sont “oubliés” alors que leur richesse s'épuise... Là, c'est une parodie de justice...

 Lady Love (Minne) shoots an arrow on the Lover. Detail of a painting found on the inside a boxlid, Germany, c.1320.

 

 

Marie de France, confronte les défauts du monde arthurien ( et celui dans lequel elle vit) au fonctionnement idéal de l'Autre Monde féérique.

Dans le Lai de Marie, Merveilles et amour dominent, comme le pouvoir des femmes. Guenièvre ne craint pas l'adultère, et l'organise; puis quand Lanval rejette ses avances, elle se venge, en toute malhonnetété. Elle parvient à manipuler Arthur, et ses codes juridiques.

Cette fois-ci, c'est une femme ( aussi fée, soit-elle ) qui arrive sur son palefroi blanc, alors que le jugement semble défavorable, presque comme un champion chevaleresque dans un combat.

Lanval disparaît dans un monde intemporel, celui du désir assouvi et de la richesse illimitée, de la plus ancienne tradition celtique...  

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