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C'est une fille !

Publié le par Perceval

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L'histoire de Psyché ( l'âme )

Publié le par Perceval

A propos de l'article précédent, je retiens l’histoire de Psyché, parce qu'elle enseigne comment l'âme se purifie ( se réalise) :

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L’âme pour les Grecs était une princesse de toute beauté, nommée Psyché (Psuké).

Psyché est l'une des trois filles d'un roi, si belle que tous les habitants du royaume l'adorent... Mais aussi, si belle que personne n’ose l’épouser ! Les foules se contentent de venir la contempler comme une œuvre d'art et de la vénérer comme une déesse. Vénus, jalouse de cette rivale et offensée par un tel sacrilège, Vénus - elle-même - en devient jalouse, au point de vouloir tramer sa perte.

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Elle envoie Cupidon avec comme mission de lui inspirer l'amour pour l'être le plus hideux de la terre. Mais tel est pris (épris?) qui croyait prendre... Cupidon tombe lui aussi sous le charme de Psyché.

Cupidon se confie à Apollon – déjà prié par le père de Psyché désespéré de voir que sa fille ne trouve pas d'époux – Apollon donne un oracle au roi qui lui prescrit d'exposer sa fille sur un rocher où viendra la chercher son futur époux, un monstrueux serpent volant. Là vêtue de noir, soumise, elle attend la venue du monstre mais c'est le souffle léger de Zéphyr qui l'emporte vers un palais mystérieux.

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Elle est la seule habitante de ce palais merveilleux où les portes sont ornées de pierres précieuses et où le dallage du sol est d'or pur. Jamais elle ne peut voir le maître de céans mais il lui rend visite toutes les nuits, et lui promet que leur bonheur durera toujours, à la condition qu'elle ne cherche pas à voir le visage de son amant.

Psyché s'ennuie et supplie son amant, de l'autoriser à recevoir ses sœurs. Et, les sœurs de Psyché la persuadent qu'elle est aimée d'un monstre, qui finira par la dévorer. Terrifiée à cette idée, une nuit, elle allume une lampe. Tandis qu'elle contemple avec ravissement la beauté de son amant, une goutte d'huile tombe sur lui. Il se réveille et s'enfuit, alors disparaît le palais enchanté.

Psyché se retrouve seule sur terre, - grâce à l'appui secret de Cupidon ( Eros), et surtout la ténacité de son amour - elle part à la recherche de Vénus, qui accepte de la rencontrer et l'accable de mille tourments, la retient comme esclave et lui impose quatre épreuves réputées impossibles. Mais à chaque fois quelqu'un sera là pour l'aider.

Ainsi, elle trie des graines mélangées de toutes espèces à l'aide de fourmis... Elle rapporte la laine d'or de moutons féroces grâce à un roseau qui lui indique le bon moment pour récupérer la laine prise aux branches du buisson près de la rivière … Elle puise l'eau inaccessible du Styx avec l'aide de l'aigle de Zeus. 

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Pour la dernière épreuve, Psyché doit se rendre aux enfers demander à Perséphone un précieux flacon contenant une eau de Jouvence...

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Persuadée de ne pas pouvoir y parvenir elle est sur le point de se jeter du haut d'une tour quand la tour se met à lui parler et lui indique la marche à suivre; il lui est recommandé de ne pas l'ouvrir et de ne pas partager le repas de Perséphone.

Normalement, nul mortel ne pouvait se rendre aux enfers sous peine d'être dévoré par son terrible gardien : Cerbère. Pour passer la porte des enfers sans dommage, Psyché donne au monstre un gâteau trempé dans du vin drogué qui l'endort.

Elle n'a pas oublié de prendre deux pièces de monnaie pour payer Charon à l'aller et au retour.

Mais au retour alors que tout s'est bien passé, Psyché est à nouveau perdue par sa curiosité; elle débouche le flacon, une fumée noire se répand et se dépose sur son visage qui devient hideux. En se regardant dans un miroir Psyché s'évanouit. Cependant, Cupidon ne l'oublie pas, il l'éveille d'une piqûre de ses flèches et lui rend sa beauté première.

Enfin, Zeus intervient et Vénus (Aphrodite) pardonne; Zeus accorde son pardon à Cupidon et convoque les dieux pour célébrer l'immortalité de Psyché et le mariage du couple. Les jeunes mariés auront une fille : Hêdonê en grec ou Volupté pour les Romains.

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La morale de l’histoire est que l’âme humaine ( déchue) doit devenir divine et qu’elle ne le peut qu’après des épreuves multiples et difficiles, grâce à l’Amour. La beauté de l’âme est ce qui mène à l’amour et l’âme ne peut survivre que grâce à l’amour.

Les néo-platoniciens y virent la promesse d'une renaissance, d'une vie future, d'un bonheur éternel.

Psyché est souvent représentée avec des ailes de papillon, car l'âme avait en effet le papillon pour symbole. Cette histoire est tirée du récit d'Apulée, (Métamorphoses IV-28 à VI-24), qui a fait connaître l'interprétation populaire de cette allégorie.

 


Les illustrations sont de Maurice Denis (1870-1943), artiste peintre nabi... Ces esquisses sont réalisées pour la décoration du salon de musique de l'hôtel du collectionneur Ivan Morosoff à Moscou...  Les peintures réalisées à la fin de 1907 sont conservées au Musée de l'Ermitage à Saint-Petersbourg.

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Camille Claudel, incarcérée pour trente ans...

Publié le par Perceval

Camille Claudel passe les 30 dernières années de sa vie enfermée: sacrifiée par son frère Paul?  Victime d'un complot familial?

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Paul Claudel Camille Claudel Rodin

Article de d'Alfred Grosser, et paru dans La Croix du 03 Déc 2014:

Camille Claudel est née voici cent cinquante ans, le 8 décembre 1864. On peut dire que sa vie s’est achevée deux fois. Sa mort est intervenue le 19 octobre 1943, mais quelle fut donc son existence à partir du 10 mars 1913 ? Ce jour-là, une semaine après le décès de son père qui l’aimait et la protégeait, elle fut enlevée, à la demande de sa mère et de son frère Paul, sur la base d’un certificat médical établi par un médecin qui ne l’avait pas examinée, pour être enfermée pendant les trente années suivantes. Son œuvre de sculptrice est aujourd’hui reconnue comme majeure, et qui n’a pas été ému en contemplant ses œuvres, même s’il n’est pas au courant de sa sordide histoire ?C-Claudel-Vieil-aveugle-chantant.jpg

Transférée à Montdevergues, au Centre de santé de Montfavet, elle fut tenue au secret. Ses lettres devaient sortir clandestinement. À lire ses plaintes fort précises sur les conditions de sa détention (1), on comprend l’étendue de ses souffrances. En 1917, elle écrit : « Je suis incarcérée depuis cinq ans comme une criminelle, privée de liberté, privée de nourriture, privée de feu, privée des plus élémentaires commodités. » La pire période est celle de la guerre. Le froid et la faim dont elle se plaignait déjà deviennent dramatiques. En cette période de restrictions, les « fous » deviennent victimes prioritaires et, comme des centaines d’autres aliénés à travers la France, Camille est morte de faim.

Certes, elle reçoit quelques paquets de nourriture d’amis et de son frère Paul. Mais les discussions familiales sur le montant et les conditions de son entretien à l’asile sont sordides. Par relations, Paul obtient une sorte de subvention gouvernementale complétant la pension à verser à l’hôpital psychiatrique. Un conseil de famille décide, contre l’avis de Paul, de transformer en rente viagère la majeure partie de ce qui revient en héritage à Camille. Cette rente suffit à peu près à satisfaire les exigences de la clinique pour assurer une vie même pas décente à l’enfermée qui ne cesse de demander un transfert dans la région parisienne, même dans une institution où elle serait encore détenue.

Sa mère ne viendra jamais la voir pendant ces trente années. Paul vient rarement, ce que sa sœur lui pardonne. Au début de 1939, elle lui écrit : « Mon cher Paul. Hier, samedi, j’ai bien reçu les cinquante francs que tu as bien voulu m’envoyer et qui me seront bien utiles… Je suis bien fâchée de savoir que tu es toujours souffrant. Espérons que cela se remettra peu à peu. J’attends la visite que tu me promets pour l’été prochain, mais je ne l’espère pas. C’est loin Paris et Dieu sait ce qui arrivera d’ici là… Ta sœur en exil C. » Une autre fois, elle dit comprendre les empêchements de Paul. Comme ambassadeur, il a sûrement des dépenses qui ne lui permettent pas d’assumer les frais du voyage à Montdevergues. Il effectue une dernière visite peu avant la mort de sa sœur. Il note : « Elle me reconnaît, profondément touchée de me voir. ”Mon petit Paul, mon petit Paul !”…Elle est très affectueuse. Tout le monde l’aime, me dit-on. Amer, amer regret de l’avoir si longtemps abandonnée ! »

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Violaine Kruchpetite

Le Musée les Arcades du Centre hospitalier psychiatrique de Montfavet a rendu hommage à Camille Claudel. Des sculptures et des tableaux, fruits du travail des patients de l’atelier de psychothérapie à médiation créatrice  Marie-Laurencin ont été exposées aux côtés de ses œuvres.

Pourquoi cet abandon ? On trouve peut-être la raison profonde dans une lettre que Paul Claudel écrit en 1939 à une amie qui vient de se faire avorter : « Sachez qu’une personne de qui je suis très proche a commis le même crime que vous et qu’elle expie depuis vingt-six ans dans une maison de fous. » (Il est possible que la haine tenace de Camille pour Rodin, encore vivace dans ses lettres d’internée, vienne de cet avortement).

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Camille Claudel à l'asile 
de Montdevergues (Montfavet)

L’abandon cesse lorsque la célébrité de Camille grandit. Paul meurt en 1955. En 1962 son fils Pierre demande au maire de Montfvafet : « Les membres de la famille de Paul Claudel seraient heureux de donner à Camille Claudel, la sœur de Paul Claudel, une sépulture plus digne de la grande artiste qu’elle a été… » Le Bureau des cimetières répond : «… votre désir de transférer les restes de Madame Camille Claudel, inhumée au cimetière de Montfavet dans la partie réservée à l’hôpital de Montdevergues. J’ai le regret de vous faire connaître que le terrain a été repris pour les besoins du service, les renseignements concernant la famille de la défunte n’ayant pas été fournis au service du cimetière. »

(1) textes dans le Dossier Camille Claudel de Jacques Cassar, librairie Séguier, 1987.

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Qui est vraiment Guenièvre ? -1/3-

Publié le par Perceval

Guinevere (Lord Alfred Tennyson) Guinevere (Lord Alfred Tennyson)

 

Une chose est certaine, Guenièvre est fille du seigneur Léodagan, roi de Carmélide. Sa mère (elle pourrait être la Reine Seli ...( Kaamelot) ) serait morte à sa naissance. Très vite son père, décide de l’envoyer en Gwynedd, là où vit la soeur de sa mère : un pays de forêts et de montagnes, où l'ombre de la terrible prophétie prononcée à sa naissance semble s'éloigner. Epouse de roi, qu'elle trahira; elle sera la cause de la chute du Royaume … Selon Nancy McKenzie, qui a visité sa biographie, Guenièvre y vit avec sa cousine, Elaine, sa tante, la Reine Alise et son oncle, le Roi Pellinor.


En grandissant, les deux jeunes cousines s'enflamment pour les exploits d'Arthur, le fils d'Uther Pendragon, mais le roi n'est encore qu'une figure lointaine...

 

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Elle adore monter à cheval, et prend peu de plaisir à parfaire ses points de broderie, petits et serrés... Païenne, elle se convertit au christianisme, mais elle reste toujours et avant tout fille de Galles et de Bretagne.

Arthur et Léodagan Arthur et Léodagan

Léodagan était un serviteur d’Uther Pendragon, père d'Arthur et futur roi de Grande Bretagne, et gardien de la Table Ronde. Pour devenir légitime sur le trône, le roi Arthur cherche à créer des alliances avec les seigneurs. Son salut provient de Léodagan, qui livre bataille avec une troupe romaine du duc des Alémans et de Claudas de la Terre Déserte depuis plus de sept ans. Le roi Arthur lui vient alors en aide, accompagné de quelques chevaliers mais suivant le conseil de Merlin, il ne divulgue pas son identité et met en défaite la coalition ennemie. Léodagan invite alors les chevaliers dans son château en guise de remerciement autour d’un banquet.

 

 

 


Queen Guinevere’s Maying, by John Collier, 1900 Queen Guinevere’s Maying, by John Collier, 1900

C'est à ce moment qu’Arthur rencontre Guenièvre et tombe immédiatement amoureux d’elle. Léodagan découvre que son sauveur n’est autre que le roi Arthur, il lui offre alors la main de sa fille et la Table Ronde et ses chevaliers.


Celtic Art - Autumn Queen by Cristina McAllisterGuenièvre apparaît dans Historia Regum Britanniae, l'Histoire des rois de Bretagne, rédigée vers 1136 par Geoffroy de Monmouth. À la suite de cette première mention, le personnage et l'histoire de Guenièvre se sont développés et ont évolué, pas nécessairement de façon cohérente, au gré des adaptations des différents auteurs, qui se concentraient sur tel ou tel attribut pour ignorer tel ou tel autre. Dans l'Histoire de Geoffroy, par exemple, Guenièvre s'appelle Guenhumare. Elle est noble, d'origine romaine, elle n'est pas élevée par ses parents mais devient pupille de Cador de Cornouailles, son cousin dans le Roman de Brut ; elle est célèbre pour sa grande beauté. 5c292eee2827f6807e0022d98270ccc8En revanche, dans la tradition galloise, elle est la fille du roi Ogrfan Gawr, et son nom, Gwenhwyfar en gallois, peut se traduire par « le fantôme blanc » ou « la fée blanche ». Dans les Triades galloises, les trois grandes reines d'Arthur s'appellent Gwenhwyfar, et il est dit que Gwenhwyfar est plus infidèle que les Trois Femmes Infidèles de l'île de Grande-Bretagne.


Par ce nom, "Gwenhwyfar", la reine inspire la féérie, la magie, un monde mystérieux…Ce qui sous-entend, sa beauté, son éloquence, et son prestige auprès de tous...

Aucun texte ne mentionne le nom de sa mère et on ne lui connaît pas d’enfant.

A suivre ...

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Truffaut et ses actrices -1/2-

Publié le par Perceval

« François Truffaut aime chacune de ses actrices comme une icône, puis comme un spécimen unique de cette altérité féminine qui est, avec les films, la grande affaire de sa vie. » Mahilde Blottière (Télérama)

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*****

« Je ne suis pas une apparition, je suis une femme... Ce qui est tout le contraire. Par exemple, ce matin, avant de venir ici, je me suis maquillée, je me suis mis de la poudre sur le nez... Vous dites que je suis exceptionnelle. C'est vrai : je suis exceptionnelle. Toutes les femmes sont exceptionnelles, chacune à leur tour. » C'est l'une des tirade de Delphine Seyrig déclamée à Antoine Doinel, son petit amant pétrifié d'un après-midi

      *****

« Quand je travaille, je deviens séduisant et séducteur, écrit Truffaut à son amie Liliane David à la veille du tournage des Deux anglaises et le continent. Ce travail, qui est le plus beau du monde, me place dans un état émotionnel favorable au départ d'une “love story”. En face de moi, il y a généralement une jeune fille ou femme, émotionnée, craintive et obéissante, qui fait confiance et se trouve prête à l'abandon. Ce qui arrive alors, c'est toujours la même chose. » Fr. T.

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La nuit Américaine 1973 à Cannes

« François a fait des films d'amour où la sexualité a toujours été présente. Elle est assez nimbée, la pudeur l'emporte souvent. Mais si on regardait ses films sous cet angle précis, avec un peu d'attention, on verrait combien ils sont sexuellement violents et explicites. » Catherine Deneuve

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« Jeanne Moreau est la plus grande amoureuse du cinéma français, écrit-il dans Les Cahiers du cinéma. La bouche frémissante, les cheveux fous, elle ignore ce que d'autres appellent « la moralité » pour vivre par et pour l'amour. » F.T.

 « Inventer l'amour », telle est la mission que Jeanne Moreau s'est fixée dans Jules et Jim... Ni fleur bleue ni eau de rose, ni romantique ni dandy, ni pervers ni amer, ou peut-être tout cela en même temps, « François a su parler légèrement des choses graves », résume aujourd'hui l'actrice, qui ne peut pas revoir Jules et Jim sans « une sorte de nostalgie de l'état dans lequel on appréhendait la vie à ce moment-là. Comment vivre, comment s'aimer ? C'était une préoccupation importante... ».

: « Je n'ai pas voulu faire un film sur l'amour physique, mais un film physique sur l'amour », dit-il à sa sortie  de Les Deux Anglaises et le Continent .

« Elle avait des yeux, des yeux d'opale, qui me fascinaient, qui me fascinaient. Y'avait l'ovale de son visage pâle, de femme fatale qui m'fut fatale » chante Jeanne dans Jules et Jim (1962) et les paroles s'appliquent parfaitement à sa beauté. Elle a aussi joué dans Les Quatre Cent Coups (1959) et La Mariée était en noir (1967).

 

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Marie France Pisier dans l'Amour en fuite M-F-Pisier-et-Truffaut.jpg

 

F. Truffaut cherche une fiancée pour son alter ego ( J.P. Léaud) : « Ni une Lolita, ni une blousonne, ni une petite jeune femme, ni trop sexy » La somme de tous ces « ni » donne un résultat idéal : une apprentie comédienne de 17 ans à la voix inimitable. Aux essais, Truffaut n'entend qu'elle. Comme souvent, se croisent alors les trajectoires d'Antoine et de François, de la vie et du cinéma : le réalisateur tombe éperdument amoureux de l'actrice, au point d'envisager de quitter sa femme Madeleine, alors enceinte de leur deuxième fille. Les deux amants fuguent pendant un mois. Et Marie-France Pisier alias Colette, devient au fil de la saga Doinel une femme libre, indépendante, moderne. ( M.B. Télérama). Elle a cosigné le scénario de L’Amour en fuite.

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Claude Jade: Baisers volés

Dans la saga Doinel, elle est Christine Darbon alias Peggy Sage, une jeune fille douce et effacée. Courtisée dans Baisers volés, épousée dans Domicile conjugal, quittée dans L'Amour en fuite. Dans la réalité, Truffaut devancera Doinel, puisqu'il la quittera avant même de l'épouser, quasiment au pied de l'autel. C'est au théâtre que le cinéaste découvre Claude Jade. Elle n'a encore que dix-neuf ans, et joue dansHenri IV, de Pirandello. Truffaut, « conquis par sa beauté, ses manières, sa gentillesse et sa joie de vivre », a le coup de foudre. C'est réciproque. 



 La Sirène du Mississippi. Avant le tournage de ce film, il prévient Catherine Deneuve par lettre : « Je ne vous demanderai de jouer aucune scène explicitement sexuelle, mais il faudra que la sexualité soit toujours présente, sous-jacente. »

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La Sirène du Mississipi

« Ce que j'aime en elle, c'est son mystère, écrit-il. Elle se prête admirablement aux rôles qui comportent un secret, une double vie. Catherine Deneuveajoute de l'ambiguïté, à n'importe quelle situation, n'importe quel scénario, car elle donne l'impression de dissimuler un grand nombre de pensées secrètes qui se laissent deviner à l'arrière plan... » F. T.

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Deneuve Truffaut en 1981

Deneuve et Truffaut s'aiment, évidemment. Il la surnomme Kathe, comme l'héroïne de Jules et Jim, la vouvoie et décide, à l'été 69, de vivre en couple avec elle. Leur histoire dure deux ans. La séparation conduira Truffaut à l'hôpital et le plongera dans l'une des pires dépressions de sa vie.



Dans La Nuit américaine, la belle Jackie, sex symbol des années 70, est Julie Baker. Une star dépressive qui, hors plateau, prolonge son séjour dans la peau de son personnage en couchant avec le jeune premier du film, Alphonse alias Léaud bien sûr. Dans la vraie vie, c'est plutôt dans le lit de Truffaut que Jacqueline Bisset finit le tournage.

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La nuit américaine: François Truffaut, Jacqueline Bisset, Jean-Pierre Léaud  

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Zinaida Gippius et le trio érotique -2/4-

Publié le par Perceval

Gippius aimait confondre l'identité de genre. Elle passait d'un style très féminin, au travestissement masculin. Gippius a utilisé des pseudonymes masculins pour écrire des critiques et de la poésie …

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Leon Bakst - Zinaida Gippius

En 1906, Bakst peint Gippius couchée sur une chaise dans un costume de dandy: mains dans les poches, de longues jambes astucieusement croisés, et dans une pose nettement masculine. Le visage, encadré par une chevelure rouge épaisse, est pâle; sa bouche sensuelle et ses yeux languissants défient le spectateur ... Plus important encore, l'image suggère un dandy « décadent », un travesti aristocratique qui subvertit le système binaire de genre... !

Gippius construit des « triangles érotiques » platoniques, ainsi vers 1890, Akim Volynsky (*), participe à l'un de ces triangles complexes, avec qui le couple Merezhkovsky voyage en Italie.

La fin de siècle en Russie est une période de recherche spirituelle intense qui fusionne les sphères érotiques et religieuses. Selon Gippius, la pratique de la vie chrétienne du « Troisième Testament » serait de convertir l'énergie érotique en une forme spirituelle supérieure.

Cette pratique de la vie repose sur ​​une théorie utopique du triangle érotique qui transcende les sexes dans l'androgynie...

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Zinaida Gippius, Léon Bakst (1900)

Gippius est généralement attirée par les hommes androgynes: « J'aime l'illusion de la possibilité - un soupçon de bisexualité, où chacun semble être à la fois femme et homme. » Elle recherche la possibilité « d'un amour qui transcende ce monde »...

Zinaida Gippius est bisexuelle. A la fin des années 1890 - début des années 1900, elle a - en particulier - une liaison avec une baronne allemande Elisabeth von Overbeck, qui a collaboré avec Merezhkovskys en tant que compositrice. Gippius a consacré plusieurs poèmes à la baronne...

Tout cela peut sembler aujourd'hui, relever du phantasme et non de la vie réelle, pourtant, cette période permit des pratiques de vie expérimentales et utopiques dans une petite coterie des premiers modernistes russes.

 

(*) Volynsky, Akim (1865-1926). Critique russe de danse, historien de l'art, et directeur de l'école de ballet.

 

   
Gippius-et-Akim-Volynsky--1890-.jpg Gippius et Akim Volynsky (1890)


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Zinaida Gippius et Dmitri Merezhkovsky -1/4-

Publié le par Perceval

Zinaida Gippius est l'une des femmes parmi les plus étonnantes et intelligentes de son époque en Russie.

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Zinaida Gippius by Otto Renar (1904)

Elle est écrivaine, éditrice, critique littéraire, et ( avec Valery Brioussov  ) une théoricienne du symbolisme dans la littérature russe.

Elle est née Zinaida Nikolaïevna Gippius le 20 novembre 1869, dans la ville de Belev ( province de Toula ), en Russie. Elle est l'aînée de quatre filles. Son père, Nicolas Romanovitch Gippius, est un célèbre avocat et procureur du Sénat russe. Sa mère, Anastasia Vasilevna (née Stepanova), est la fille du chef de la police d'Ekaterinbourg.

Jeune, Zinaida Gippius est éduquée à la maison en mettant l'accent sur ​​la littérature, l'histoire, les arts et la musique, puis elle étudie à l'Institut de Kiev pour les femmes. En 1881, après la mort de son père, elle déménage à Yalta, puis à Tbilissi, et vit chez son oncle à Borjomi. Là, en 1888, elle rencontre Dmitri Merezhkovsky, écrivain il vient de faire paraître son premier livre de poésie... Ils se marient le 9 Janvier 1889, à Borjomi. Elle a dix-neuf ans.

Gippius ( ou orthographe latine-alphabet "Hippius") et Merezhkovsky vivent dans une magnifique maison à Saint-Pétersbourg - un cadeau de mariage de la mère de Merejkovsky. Leur domicile devient un lieu de rencontre apprécié par le milieu culturel de Saint-Pétersbourg milieu culturel.

Zinaida Gippius attire d'abord l'attention avec son comportement peu conventionnel, en cultivant une image androgyne, et plus tard comme critique virulent et perspicace.

Elle tient à affirmer, avec son mari, une égalité dans le couple. Ils ont chacun leur chambre ( une pièce propre, à laquelle tenait beaucoup aussi Virginia Woolf...).

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Gippius Caricature by Mitrich (1907)

Zinaïda Gippius ou Hippius a une réputation ( appelée « décadente ») de femme fatale, qui piège ses victimes telle une araignée... Une caricature la montre en figure masculinisée avec une lorgnette et la cigarette aux lèvres. Chacun reconnaît l'odeur de son tabac parfumé à la cannelle … Contrairement à son mari, elle vit beaucoup la nuit, et se couche vers trois ou quatre heures du matin, pour se lever autour de deux heures de l'après-midi. Andrey Bely (*) décrit Gippius allongée sur le canapé dans le salon au papier peint rouge composée de fauteuils rouges, et engagés dans longue discussion intellectuelle avec un invité plutôt masculin, assis devant la cheminée... Bely souligne sa belle chevelure rousse clair. Il parle de ses yeux verts et de son sourire ambigu de Mona Lisa. Il la compare à une guêpe de taille humaine, à une séductrice dessinée par Aubrey Beardsley...

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A suivre ...

 

(*) Andreï Biély ou André Bély (1880 - 1934) est un poète et important écrivain russe. Avec son ami, Alexandre Blok, il fut un des chefs de file de la seconde génération symboliste en Russie  

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Effie Gray, J.Ruskin et E.Millais -1/2-

Publié le par Perceval

Euphemia Gray ( Effie ) connaît John Ruskin depuis l'enfance. Ruskin (1819-1900) épouse Effie (1828-1897) en 1846.

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Effie Ruskin en 1851, par G F Watts

Après leur mariage, ils font un voyage à Venise, où Ruskin fait des recherches pour son livre The Stones of Venice. Toutefois, leurs tempéraments différents causent bien vite des problèmes : elle est naturellement extravertie et aime plaire, et s'adapte mal à personnalité « trop sérieuse » de son mari.

Ruskin, est connu comme critique d'art. Sa notoriété française doit beaucoup à Marcel Proust, qui forme son esthétique à l'école des livres de Ruskin.

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Ce portrait de John Ruskin par Sir John Everett Millais (1853) est réalisé dans un style qui remplit les idéaux de Ruskin. Ruskin pose élégamment et naturellement sur le bord rocheux d'une cascade... La représentation est précise, non anonyme, dans un décor naturel. Avec réalisme, le peintre capture un moment précis, peut-être un moment de réflexion silencieuse ou de méditation...

 

Le premier ouvrage de Ruskin est consacré aux "Peintres modernes" dans lequel il se livre à une défense passionnée de William Turner. En 1845, amoureux de l'Italie, il y retourne seul, séjourne à Florence et à Pise, puis à Venise, découvrant les primitifs qui vont à jamais changer sa conception de l'art. Au retour, il s'attarde en France afin d'étudier les principaux monuments et, de ce voyage, tirera une étude "Les sept lampes de l'architecte" ( 1849 ) où, à l'opposé d'un Viollet-le-Duc, il développe une conception antirestaurationniste et affirme sa conviction que l'art et l'architecture d'un peuple sont indissociables de sa religion, de sa morale, de ses moeurs et de ses sentiments nationaux.

Ruskin vole au secours des pré-raphaélistes, à l'époque éreintés par la critique, et s'emploie à les défendre dans un pamphlet intitulé "Pré-Raphaeltism" ( 1851 ).

Conjuguant le social et l'esthétisme, Ruskin et Morris plaident pour le renouveau d'un artisanat de haute qualité, en mesure de libérer l'homme de la laideur et du machinisme productif...

Le mariage avec Effie Gray, après cinq années, est annulé pour « non-consommation ». Il continue à alimenter de nos jours des légendes nombreuses et variées, des suppositions. Effie épouse très vite le peintre John Everett Millais, un membre du mouvement préraphaélite dont Ruskin fut le mécène et le soutien... A la suite de ses déboires conjugaux, Ruskin sera sujet à plusieurs reprises de dépressions...

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Effie Ruskin 1851 - Thomas Richmond

Quand Effie rencontre Millais, Ruskin n'a eu de cesse de repousser la consommation de leur mariage. Ses raisons ne sont pas claires :

« Il faisait valoir diverses raisons, sa haine pour les enfants, des motifs religieux, le désir de préserver ma beauté, et c'est cette année qu'il m'a dit au bout du compte sa véritable raison... c'est qu'il avait imaginé les femmes tout à fait différentes de ce qu'il a vu que j'étais, et s'il n'a pas fait de moi sa femme, c'est qu'il s'est senti dégoûté de ma personne le premier soir, le 10 avril. » ( lettre de Effie à son père )

Ruskin déclare à son avocat au cours de la procédure en annulation.

« On peut trouver étrange que j'aie pu m'abstenir d'une femme qui pour la plupart des gens était tellement attirante. Mais si son visage était beau, sa personne n'était pas formée pour exciter la passion. Au contraire, il y avait dans sa personne certaines choses, qui l'ont bien montré. »

 

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Sue Lewin, la muse de Maxfield Parrish.

Publié le par Perceval

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Maxfield Parrish (1870-1966) était un peintre et illustrateur américain connu pour ses œuvres utopiques et éthérées. Né 'Frederick Parrish', il prend le prénom Maxfield, de sa grand-mère quaker. 

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 Dinky_Bird -Maxfield_Parrish -1904  Maxfield Parrish - Fountain of Pirene -
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 Cinderella -  Maxfield Parrish  -  Sleeping Beauty, 1912  - Maxfield Parrish -

Maxfield Parrish, à 33 ans, est un illustrateur connu, il vit dans une très grande propriété, avec sa femme Lydia. Il rencontre Sue Lewin (1889-1978), alors qu'elle n'a que 16 ans, et qu'elle est employée par sa femme pour l'aider aux soins de leurs deux jeunes enfants. Lydia ne posant plus pour lui, il fait poser la jeune nounou dans des costumes de conte de fées.

Lewin est vite devenue sa muse, le modèle pour ses illustrations les plus célèbres. Finalement Parrish emménage un atelier afin que lui et Lewin puissent travailler en étroite collaboration. ….

 

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Les villageois de cette petite ville agricole sont scandalisés par ce mode de vie et même envoient une délégation pour rencontre l'artiste !. Mais Parrish et Lewin assurent que leur relation est purement platonique.... Ils seront ensemble pendant 55 années... Puis,alors que Parrish a 90 ans et Lewin 71 ans, la femme de Parrish meurt, le laissant libre de se marier avec Lewin... Cependant, il refuse! ... Alors, elle fait ses valises, quitte le domaine et retourne à son village où elle épouse quelqu'un d'autre. 

Parrish, peintre de génie à l'imagination débordante meurt, seul, quelques années plus tard.  

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Un Fête florentine  -1916-

Étonnantes peintures murales (1910-1916)  de Maxfield Parrish peintes pour  la Salle à manger des « girls » à la Curtis Publishing Company de Philadelphie. 

Un observateur attentif remarque facilement le modèle préféré de Parrish, sa maîtresse Susan Lewin ; elle apparaît 166 fois dans ces peintures murales. Parrish lui-même se représente 10 fois.

Sue Lewin est représenté comme fille ou garçon, mais avec des positions, des coiffures et des costumes différentes. 

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Il a été une figure unique dans l'art américain, Parrish était célèbre pour les couleurs lumineuses qui ont marqué une grande partie de son œuvre. La teinte "Parrish bleu" a été inventée en reconnaissance pour sa couleur. Il a obtenu ce résultat dans ses tableaux en utilisant une technique spéciale impliquant plusieurs couches d'huile et de vernis.  

Parrish n'a fait partie d'aucun mouvement traditionnel ou d'aucune école, et a développé un style vraiment original.

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Analyse de l'idée de la Femme, dans Perceval -6/6-

Publié le par Perceval

J C Leyendecker
J C Leyendecker

On voit Gauvain exprimer ce désir au moment où il rencontre Clarissant au château des reines. La présentation de Clarissant ressemble beaucoup au portrait de Blanchefleur.

 

...ses cheveux aussi dorés

que l'or ou même davantage.

Elle avait la face blanche et, dessus,

Nature l'avait enluminée

d'une couleur vermeille et pure. (v. 7820- 7824).

La représentation de Clarissant est un ensemble d'éléments choisis par l’auteur qui interprète le désir du voyeur masculin, Gauvain. Son désir d'abord inconsciemment incestueux, car Clarissant est sa soeur sans qu’il le sache, est le désir d’une femme qui n'a pas de sexe désirant. Puisque la beauté de Clarissant est associée à la lumière divine, une lumière trouvée dans les portraits de la Madone et des saintes, la demoiselle devient cet être inaccessible qui n'existe qu'à travers le désir du chevalier; celui-ci tombe amoureux d'un portrait et non pas d'une femme de chair et d'os. La lumière sert aussi à porter l’oeil de l’observateur sur la surface plutôt que sur l’objet même de son angoisse. Tel est le cas de Guiromelant, le chevalier qui tombe amoureux de Clarissant sans jamais l'avoir vue.

a knight and his lady 11
 

Mais la femme comme représentation de la divinité peut -être souvent la mère du chevalier. Celle qui selon le modèle de la Vierge Marie est la représentation de la pureté et de la chasteté. Voyons d'abord la présentation de la mère du roi Arthur, père symbolique de tous les chevaliers.

 

Mais il avait tout lieu de le pressentir,
Qui en voyant les tresses blanches
qui lui tombaient jusque sur les hanches.
Elle était vêtue d'une robe de brocart
blanche, brochée de fleurs d'orfinement dessinées.


Comme Clarissant et toutes les autres femmes idéalisées dans le texte, la mère du roi Arthur est le symbole de la pureté représentée par le blanc de ses cheveux et de sa robe. Le fait qu'elle vit plongée dans une monde féminin renforce aussi sa pureté. Elle ne représente pas une menace pour Gauvain, parce qu’en représentant l'image divine de la mère symbolique de tous les chevaliers, elle représente aussi la mère qu'il n'a jamais connue et qui se trouve dans le même château.

John Everett Millais - Le Chevalier Errant (1870)
John Everett Millais - Le Chevalier Errant (1870)

Mais les femmes au château des reines ne représentent pas seulement la femme icône, elles représentent aussi un désir refoulé chez le chevalier. À travers ses aventures chevaleresques, Gauvain n'a jamais eu l'occasion de satisfaire son désir sexuel. D'abord quand il est avec la soeur d'Ivonet il est interrompu, et après, quand il est avec Clarissant, il ne peut pas combler son désir incestueux, le tabou par excellence. En plus, en apprenant qu'il doit rester prisonnier dans le château des reines, il veut en sortir. Vivre dans un monde féminin, c'est perdre son identité comme sujet masculin. Gauvain n'a pas encore trouvé la Lance-qui-saigne et il faut qu'il la trouve. Il faut aussi qu'il fasse preuve de sa virilité chaque fois qu'on menace son honneur chevaleresque. C'est ce désir d'être un homme viril qui l'aide à franchir le Gué Périlleux et à accepter le défi que lui propose Guiromelant.

Finalement, on voit que la femme n’a d’importance dans le texte que par rapport au désir masculin. Elle y existe comme adjuvant, celle qui aide le héros à réussir les aventures chevaleresques. Elle est femme médiatrice, celle qui informe le chevalier de tous les événements pour qu'il puisse agir correctement dans chaque épreuve de virilité qui se présente à lui.

Tacuinum Sanitatis, ca. 1400 Mandrake
Tacuinum Sanitatis, ca. 1400 Mandrake

Puisque, selon l'homme médiéval, la femme est naturellement un être inférieur, elle devient objectivée devant le regard masculin. D'une part, elle est idéalisée pour qu'ainsi le chevalier puisse éloigner de lui l'angoisse de la castration que la femme en tant qu’être manquant représente pour l’homme. D'autre part, elle est comparée à des animaux maléfiques, ce qui reflète la façon négative dont l'homme la perçoit. Quelle que soit la situation, la femme est toujours pour le chevalier un corps morcélé construit à partir des éléments de la nature selon le désir masculin. En n'ayant ni un corps réel, ni un désir sexuel, la femme n'est pas un sujet dans le texte. Sa présence textuelle s'efface complètement avec l'émergence du sujet masculin qui, étant le porteur du symbole du pouvoir, devient enfin le héros du roman.

 

Le Conte du Graal de Chrétien de Troyes montre alors qu’à la fin du XIIe siècle le statut de la femme n’est pas trop élevé dans le roman médiéval, car elle reste désormais à l’ombre du héros chevaleresque qui s’en sert pour atteindre son désir.

 

Sources : Le désir masculin et l’absence du corps féminin dans Le Conte du Graal de Chrétien de Troyes par Eugénia M. Neves dos Santos : Ph.D. Candidate Department of French The University of Western Ontario ; esantos@uwo.ca

 

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