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Articles avec #litterature tag

« Du Maurier », l'histoire d'une famille - 3/3 -

Publié le par Perceval

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En 1834, alors qu'ils habitaient Paris, Louis et Ellen eurent un fils, George-Louis Busson du Maurier (1834-1896)

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George du Maurier 1878-Edisons-Anti-Gravitation-Under-Clothing

George du Maurier étudie les beaux-arts à Paris avant de partir pour Anvers, où il perd l'usage de son œil gauche, ce qui l'oblige à renoncer à sa vocation de peintre. Alors qu'il se trouve à Düsseldorf pour consulter un ophtalmologue, il rencontre Emma Wightwick, qu'il épouse peu après à Londres en 1863.


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Ancêtres de nos smartphone ...

Il devient célèbre et riche grâce à ses talents de dessinateur qui lui permettent de devenir l'illustrateur du journal satirique anglais Punch, en 1865, il y dessine deux caricatures par semaine. Il écrit également deux romans à succès : Trilby et Peter Ibbetson.

En 1878, croyant illustrer une nouvelle invention d'Edison, le téléphonoscope, il invente sans le savoir le concept de la télévision et celui de la vidéo-conférence.

 


 

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Gerald du Maurier (1873-1934) fut un célèbre acteur et metteur en scène de théâtre anglais.

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Sa fille lui consacra un roman tout simplement intitulé Gerald. Il fut anobli. Avec Muriel Beaumont, également actrice, il a trois filles dont Daphné Busson du Maurier qui naît à Londres, en 1907, et décède en 1989.

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Daphne fait ses études à Paris. Elle connaît un succès rapide avec la publication d'une saga familiale appelée La Chaîne d'amour (The Loving Spirit)  à l'âge de 22 ans.

Elle épouse l'année suivante le général de division Frederick Browning. Le couple donne naissance à trois enfants.

Son cinquième roman, Rebecca , est le plus connu... Même si le fond est romantique, elle sait créer un climat étrange ; elle peut aussi écrire des histoires plus 'gothiques' ( "Les Oiseaux", est devenue un film Hitchcock …) ou historiques, et même de la science-fiction... jusqu'à des nouvelles ( récemment éditées ) beaucoup plus perverses, écrites quand elle n'avait pas vingt ans...( La Poupée )daphne-du-maurier-smoking.jpg

Dès l'enfance, Daphne estimait qu'elle aurait dû naître ' garçon' et a lutté pour se réconcilier avec sa sexualité. Elle a eu des aventures amoureuses et sexuelles avec des hommes et des femmes, elle utilisait l'euphémisme «tendances vénitiennes» pour désigner ses sentiments lesbiens. Son amour non partagé pour Ellen Doubleday, la femme de son éditeur américain, inspire sa pièce September Tide (1948), et c'est à cette occasion que Daphne rencontre l'actrice Gertrude Lawrence, avec qui elle a une relation passionnée. Elle est, toutefois, restée mariée pendant plus de trente ans...

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Amedeo Modigliani et Anna Akhmatova, à Paris 1910.

Publié le par Perceval

Elisabeth Barillé sort un livre sur la poétesse Anna Akhmatova, et centre son « enquête » sur son séjour à Paris et sa rencontre avec Modigliani; et la vie intellectuelle à Saint-Pétersbourg.

Nous sommes en 1910, et la grande poétesse découvre Paris, avec son mari. Elle rencontre un artiste bohème et vont s'aimer le temps d'un séjour...

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Portrait d'Akhmatova, par Olga Della-Vos-Kardovskaya. (1914)

Le camarade et censeur Jdanov écrit sur les textes d'Anna Akhmatova, ainsi : «...c'est la poésie d'une grande dame hystérique, ballottée entre le boudoir et l'oratoire (...) Nonne ou pécheresse, ou plutôt nonne et pécheresse chez qui la fornication se mêle à la prière...»

Vers 1958, Anna Akhmatova écrit sur Modigliani, et évoque une correspondance « perdue » … Dans les années trente, elle avait détruit une partie de ses archives, par peur du stalinisme. Pour Staline cette artiste décadente n'avait rien d'une citoyenne exemplaire : son mari avait été fusillé en 1921, son fils faisait l'objet d'arrestations répétées, c'était une orgueilleuse, une solitaire, une exaltée, une ténébreuse.

Paris-Montparnasse de cette époque, est un quartier tout neuf, le boulevard Raspail vient d'être percé, les automobiles commencent à damner le pion aux fiacres, les autobus aux omnibus à chevaux, le métro vient d’inaugurer sa fameuse ligne Nord-Sud. Désormais on peut traverser Paris en beaucoup moins de temps qu'il fallait quand Gertrude Stein allait poser pour Picasso. C'était aussi le début d'une certaine liberté des mœurs, les audacieuses se promenaient en jupes-culottes, cela avait frappé la jeune russe...

 

 Elisabeth Barillé a enquété... Elle nous retrace la rencontre d'Anna – jeune mariée, mais qui s'ennuie déjà de son époux – avec Amadéo – un homme libre qui arrive d'Italie- . Tous deux passionnés par l'art et en pleine quête. Elle, rêve de devenir poète, et lui, a décidé de se consacrer corps et âme à la sculpture. D'un côté le Montparnasse des débuts du cubisme, de l’autre les dandys poètes de « La Tour » d'Ivanov, à Saint-Pétersbourg.

Anna, jeune mariée en voyage de noces, s'ennuie déjà de son époux et n'a qu'un rêve : devenir poète. Au même moment, Modigliani arrive d'Italie, il a 26 ans et a décidé de se consacrer corps et âme à la sculpture. Il est orgueilleux et solitaire. Son charme et sa pauvreté émeuvent les femmes. En 1910, il habite avec d'autres peintres l'insalubre cité Falguière, à Montparnasse. Il est l'érudit de la bande, le philosophe.

Il va rencontrer la jeune poétesse russe à La Rotonde, (imagine Élisabeth Barillé) : brasserie à la mode fréquentée par les artistes reconnus et inconnus. Modigliani propose l'un de ses dessins à Lénine, client de l'établissement...

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Amedeo Modigliani:  Nu - Anna-Akhmatova  


Anna, c'est la «reine de la Neva» descendue du froid. Elle a épousé Nicolas Stepanovitch Goumiliov, poète novateur, déjà renommé, visage laid, dandy arrogant. Il était fou d'elle et il l'a eue à l'usure. Le couple arrive à Paris, en mai 1910, et s'installe au 10 de la rue Bonaparte. "À peine mariée et filant déjà la déception au rouet conjugal, enfin, c'est l'air qu'Anna se donne."

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Amedeo Modigliani . Anna Akhmatova. c. 1911

Un amour à l'aube est un éloge de la beauté : les dessins et les sculptures de Modigliani, les vers d'Anna Akhmatova, leur histoire, quelques lettres. "Vous êtes en moi comme une hantise", lui écrit-il. Ou encore : "Je tiens votre tête entre mes mains et je vous couvre d'amour."

Et, la beauté d'Anna Akhmatova "peinte" par Élisabeth Barillé : "Beauté singulière, beauté travaillée, beauté gagnée sur d'éclatants, d'insupportables défauts – nez cassé, cou à n'en plus finir – beauté arrogante pour la lycéenne qui s'en étourdissait comme d'un destin inaccessible. Car la beauté, la grande beauté, construite par le vouloir, conquise sur la disgrâce, est un destin, bien sûr."

Entre eux, la passion est brève, violente, désespérée, inassouvie.

En effet, chacun est trop egocentré pour risquer l'abandon... Et puis, si l'amour ensuite, n'est que la fin d'une énigme de l'un pour l'autre … alors il faut le refuser et se condamner à n'en vivre que le commencement, à n'en connaître que l'aube.

«Anna retourne en Russie. Puis revient à Paris. Ils se retrouvent. Pas pour longtemps. "Un jour, il faut partir." Ils étaient encore trop fragiles, trop incertains d'eux-mêmes, pour que le cours de leur vie en fût changé.» Elis. Barillé

      *****

Voir aussi: 

Anna, béatrice, simone… Et modigliani -1-

Anna, béatrice, simone… Et modigliani -1-

Anna, Béatrice, Simone… Et modigliani -1- - Le 22 janvier 1920, Amedeo Clemente modigliani (1884-1920) est découvert chez lui agonisant. Peintre, modigliani est tuberculeux, alcoolique…
Jeanne hébuterne et modigliani -2-

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Jeanne Hébuterne et modigliani -2- - Jeanne Hébuterne est une artiste. Elle veut faire du dessin et de la peinture. modigliani est admiratif des dons de Jeanne, son…

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La vie des Dames Galantes -2/2-

Publié le par Perceval

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   Pierre de Bourdeille Brantôme. 
Vies des dames galantes 1935 
Illustrateur: Edmond Malassis

Il commence à rédiger « Les Dames Galantes » autour des années 1580. Un premier volume traite des « Dames illustres ». Le livre est divisé en sept chapitres, que Brantôme nomme des discours

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Le premier «Discours», - « Sur les dames qui font l’amour et leurs maris cocus » - qui traite des relations conjugales et du cocuage, plaide la cause des femmes et justifie leur inconstance au nom de «ceste belle liberté françoise»; émaillé de nombreuses digressions concernant les maris (cruels ou complaisants), la virginité (perdue ou prétendue), les inclinations saphiques, les techniques érotiques, il fait l'apologie de l'amour physique et de la liberté sexuelle: «Il n'y a que la jouissance en amour et pour l'homme et pour la femme, pour ne regretter rien du temps passé.»

Le deuxième «Discours» - « Sur le sujet qui contente le plus en amour : le toucher, la vue ou la parole » -s'ouvre par un inventaire des beautés des dames et s'égare dans les particularités (réelles ou fantasmatiques) de leur physiologie avant d'évoquer le comportement amoureux de quelques grands personnages de l'Histoire, d'Alexandre à François Ier en passant par ce «marault» de Mahomet.

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Le troisième «Discours» - « Sur la beauté de la belle jambe et la vertu qu’elle a »- traite de l'érotisme de la jambe et du pied, mis en valeur par les nouvelles modes de la cour.

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Le quatrième «Discours», - « Sur l’amour des dames vieilles, et comme certaines l’aiment autant que les jeunes » - sur l'amour des dames mûres, atteste que ni l'âge ni la contenance ne permettent de préjuger des appétits amoureux.

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   La vie des Dames Galantes 
Illustrée par Paul-Emile Béca
 


Le cinquième «Discours» - « Les belles et honnêtes dames aiment les hommes vaillants et les hommes braves aiment les femmes courageuses » - évoque les règles de l'amour courtois et la préférence des dames pour les hommes vaillants et hardis.

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Le sixième «Discours», - « Il ne faut jamais parler mal des dames, et la conséquence qui en vient » - déplore que, sous une apparence d'honnêteté, la calomnie, la médisance et parfois la brutalité règnent à la cour. Il rappelle l'attitude des rois de France depuis Louis XI, indulgente ou sévère, à l'égard des détracteurs du sexe féminin et des fauteurs de scandales. Si Henri II et Catherine de Médicis se sont efforcés d'imposer à leur entourage des moeurs polies, et respectueuses des dames, la discrétion, voire la dissimulation, demeurent indispensables en amour, car les dames «le veulent bien faire, mais non pas qu'on en parle».

Le septième et dernier «Discours» -« Sur les femmes mariées, les veuves et les filles, à savoir lesquelles sont le plus chaudes à l’amour »-

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passe en revue, dans une récapitulation générale, la diversité des tempéraments et des comportements des femmes selon qu'elles sont jeunes ou vieilles, filles, mariées ou veuves pour «sçavoir desquelles les unes sont plus chaudes à l'amour que les autres»; il apparaît que toutes ont reçu en partage la même sensualité, la même ingéniosité pour faire triompher leurs désirs, les reines et les princesses comme les autres: ici, dames illustres et dames galantes se confondent. La chasteté et la fidélité sont rarissimes, la recherche du plaisir est générale. A regret, le vieux courtisan met un terme à son enquête et prend congé de ses lectrices, véritables destinataires de son livre et objets de toutes ses pensées.



Sources, pour le résumé des discours : Robert Paul ( site, Arts et Lettres)  

 

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Il y a cent ans: Marguerite Duras

Publié le par Perceval

Il y a cent ans... La guerre de 14, et la naissance de Marguerite Duras (1914-1996) , avec Patrick Modiano, ce sont les deux écrivains contemporains qui m'ont touché le plus …

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Pourtant Duras, c'est aussi une facette d'un personnage que j'ai du mal à apprécier … Ainsi, quand j'entends cette voix de fumeuse, éraillée, sentencieuse... Je revoie alors la « pythie mitterrandienne": elle vénère, ou elle brûle. Autoritaire, elle crane … Elle semble alors fonctionner en mode binaire, pose ses déclarations avec emphase, et manifeste un contentement de soi... gênant. Bref … !

Je préfère penser à la Cochinchine (et la concession pourrie des rizières de sa mère), à " L'Amant ", à la jeune fille au visage ovale si lisse et énigmatique...


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Photo de Claire Mallett Photo de Claire Mallett


Margurite Duras, c'est : « Moderato cantabile » ou « La douleur », de grands textes épurés. L'écrivaine du désespoir d'aimer, de l’approche de la folie,une espèce  à soi.. .. Mon livre préféré : « Le ravissement de lol V stein »

Lol en est sûre : ensemble ils auraient été sauvés de la venue d'un autre jour, d'un autre, au moins.
Claire-Mallett--4.jpgQue se serait-il passé ? Lol ne va pas loin dans l'inconnu sur lequel s'ouvre cet instant. Elle ne dispose d'aucun souvenir même imaginaire, elle n'a aucune idée sur cet inconnu. Mais ce qu'elle croit, c'est qu'elle devait y pénétrer, que c'était ce qu'il lui fallait faire, que ç'aurait été pour toujours, pour sa tête et pour son corps, leur plus grande douleur et leur plus grande joie confondues jusque dans leur définition devenue unique mais innommable faute d'un mot. J'aime à croire, comme je l'aime, que si Lol est silencieuse dans la vie c'est qu'elle a cru, l'espace d'un éclair, que ce mot pouvait exister. Faute de son existence, elle se tait. Ç'aurait été un mot-absence, un mot-trou, creusé en son centre d'un trou, de ce trou où tous les autres mots auraient été enterrés. On n'aurait pas pu le dire mais on aurait pu le faire résonner. Immense, sans fin, un gong vide, il aurait retenu ceux qui voulaient partir, il les aurait convaincus de l'impossible, il les aurait assourdis à tout autre vocable que lui-même, en une fois il les aurait nommés, eux, l'avenir et l'instant. Manquant, ce mot, il gâche tous les autres, les contamine, c'est aussi le chien mort de la plage en plein midi, ce trou de chair. Comment ont-ils été trouvés les autres ? Au décrochez-moi-ça de quelles aventures parallèles à celle de Lol V. Stein étouffées dans l'œuf, piétinées et des massacres, oh ! qu'il y en a, que d'inachèvements sanglants le long des horizons, amoncelés, et parmi eux, ce mot, qui n'existe pas, pourtant est là : il vous attend au tournant du langage, il vous défie, il n'a jamais servi, de le soulever, de le faire surgir hors de son royaume percé de toutes parts à travers lequel s'écoulent la mer, le sable, l'éternité du bal dans le cinéma de Lol V. Stein. 
Ils avaient regardé le passage des violons, étonnés.

Marguerite Duras, Le ravissement de Lol V. Stein, 1964

 

C’est toujours des histoires de rencontres et d’impossible rencontre. L’amour est au centre, le désir aussi, l’attente. Mais quel amour ? … Et rien ne frôle de plus près l’amour que la mort. J’aime la place qu’elle laisse dans son écriture au silence. Pas d’illusion narrative. Un murmure…

Claire-Mallett--Love-is-Like-a-Butterfly.jpg« L’idée de ce qu’elle fait ne la traverse pas. Je crois encore que c’est la première fois, qu’elle est là sans idée d’y être, que si on la questionnait elle dirait qu’elle s’y repose. de la fatigue d’être arrivée là. De celle qui va suivre. D’avoir à en repartir. Vivante, mourante, elle respire profondément, ce soir l’air est de miel, d’une épuisante suavité. Elle ne se demande pas d’où lui vient la faiblesse merveilleuse qui l’a couchée dans ce champ. Elle la laisse agir, la remplir jusqu’à la suffocation, la bercer rudement, impitoyablement jusqu’au sommeil de Lol V. Stein.
Le seigle crisse sous ses reins. Jeune seigle du début d’été. Les yeux rivés à la fenêtre éclairée, une femme entend le vide – se nourrir, dévorer ce spectacle inexistant, invisible, la lumière d’une chambre où d’autres sont. »

Ci-dessus: les photos sont de Claire Mallett

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Photo de Marjorie Salvaterra Photo de Marjorie Salvaterra

Question ?

Pourrait-on imaginer Le ravissement de Lol. V. Stein, écrit par un homme ? Je pense, que j'aime lire aussi ce livre parce qu'il est écrit par une femme, et qu'il ne peut pas l'être, par un homme... J'aime penser que Duras me décrit ici un « monde très féminin de sensations »...

Bien sûr, les femmes, comme les hommes vis à vis des femmes, ne se définissent pas par leur relation à l'autre sexe...

Nos deux mondes, se complètent mais ne sont pas semblables. Ce ne sont pas « les mêmes mondes » (1)...

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Marjorie Salvaterra - The Janes Marjorie Salvaterra,  Photography

 

(1) A savoir:

Extraits de Tractatus logico-philosophicus de Ludwig Wittgenstein

« Le monde est tout ce qui a lieu. » Wittgenstein considère que c'est le fait, et non l'objet, qui est l'élément logique fondamental du monde. « Le monde est la totalité des faits, non des choses ». « Les objets constituent la substance du monde. » Tous les mondes possibles ont donc en commun leurs objets. Le langage vise à représenter le monde, à en donner une image.

« Les limites de mon langage signifient les limites de mon propre monde.  »

« Le monde d’un homme heureux est un autre monde que celui du malheureux.  »

« Le monde est indépendant de ma volonté.  »

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Du côté de Jacques Emile Blanche -1/2-

Publié le par Perceval

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« Jacques Blanche était tellement lui-même « du côté de chez Swann » que, sortant d'un chapitre du livre, je croyais entrer, rue du Docteur Blanche, dans une suite vivante de l'oeuvre, comme lorsque les acteurs quittent soudain la scène et courent en farandole à travers l'orchestre. » François Mauriac.

 

Le fils du Docteur Blanche, n'est pas un artiste maudit. Il serait plutôt qualifié d'artiste mondain …

Ce que Mauriac admire chez Jacques Emile Blanche (1861-1942), c'est le talent de

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Travail d'étude pour un portrait de F Mauriac

« créer autour de lui une atmosphère qui fut celle de son époque et que ses toiles ont fixée. » Blanche est donc un témoin irremplaçable.

«  Rien ne peut faire que nous n'ayons recours à lui qui a fixé les visages illustres ou charmants de la fin du dernier siècle et de la première moitié de celui-ci, les visages, mais aussi les paysages, les plages, les jardins normands, les maisons que la guette a détruites. C'est un peintre qui a des souvenirs à faire revivre, une histoire à raconter. » F. Mauriac

 

Proust ( 1871-1922) écrit à Louis Robert «  Mon livre est un portrait ». Blanche, que Proust appelle dans l'intimité « mon peintre » ( lettre de Proust à JE Blanche 1892) n'est pas en peinture ce que ce dernier est en littérature, mais son œuvre a souvent les traits du tableau proustien...

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Jacques-Emile-BLANCHE - Colette, 1905

«  J. E. Blanche peint les roses bouffantes, ruchées, que madame Swann fixait à son corsage. » Colette, Comoedia 1942 ( article )

 

Le dimanche après-midi, cet homme curieux, comme on le surnomme reçoit dans son « atelier-salon d'Auteuil » au décor chinois, la crème des arts et des lettres, écrivains, musiciens, ge,s du monde. « On y entendait de la musique, où l'on se livrait à l'art bien français de la conversation ». N'oublions pas que Blanche a publié une trentaine d’ouvrages, romans, mémoires, essais …

Blanche est portraitiste par goût des autres. C'est en paigant son portrait que Blanche se lie avec Proust. Dans cet entre deux siècles, Blanche fréquente les mêmes salons que ses modèles : un soir chez les Baignères ou chez Mme Arman, un après-midi chez Mme Strauss, inspiratrice d'Oriane de Guermantes, ou chez Mme de Saint-Marceaux, modèle de Mme Verdurin, une matinée chez les Bonnières …

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Proust et Blanche se retrouvent dans un de ces salons à l'époque du service militaire de Marcel, après avoir fait connaissance vers 1885 à Auteuil.

L'affaire Dreyfus, sépare les deux amis... Ils se retrouvent en 1913, au crépuscule de cette époque que leurs œuvres se sont attachées à comprendre et à transmettre. Blanche se souvient de la scène et : « d'une pélisse de fourrure enveloppant un spectre barbu qui se glissa parmi les stalles d'orchestre et vint s'asseoir près de moi. Dans l'entracte, il me joua une scène de jalousie, de reproches, mystères à la Montesquiou – lequel nous observait d'une loge. » J E Blanche 1923

 

« Il s’accroupissait aux pieds d'une belle dame, levait vers elle son charmant visage rasé de la veille, aussi galant et cérémonieux avec une Odette Swann, qu'avec une Oriane de Guermantes, ou qu'avec la tenancière d'un buen retiro des Champs-Élysées. » J E Blanche.

Ce tableau est exposé en 1893 au Champ-de-Mars. Proust a adoré ce portrait, qu'il transporta toute sa vie, d'un appartement à l'autre.

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Sources : Expo. Fondation Pierre Bergé

Voir aussi:

Jacques-emile blanche et désirée manfred

Jacques-Emile Blanche et Désirée Manfred

(...) aujourd’hui dans les plus prestigieux du monde ! (1) Ce patronyme très « byronien » a été choisi par la mère de Désirée… Sans doute s'appelait-elle…

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Mes "apprentissages" de Colette -2/3-

Publié le par Perceval

En 1893, quand Gabriele devient madame Gauthier-Villars, elle est une jeune femme de vingt ans qui ne sait rien de la vie alors que Willy, qui en a trente-quatre, est un séducteur impénitent bien résolu à ne pas s'astreindre à la monogamie. Willy est un auteur à succès, qui fait rire la société de la Belle Epoque.

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Colette et Polaire. 
Colette (à gauche) et Pauline Polaire, c.1900s
Daniel-thouroude-de Losques(1880-1915): une-loge-celebre, Colette Polaire et Willy

« La jeunesse et l'ignorance aidant, j'avais bien commencé par la griserie – une coupable griserie, un affreux et impur élan d'adolescente. Elles sont nombreuses, les filles à peine nubiles qui rêvent d'être le spectacle, le jouet, le chef-d’œuvre libertin d'un homme mûr. C'est une laide envie, qu'elles expient en la contentant. » M App.

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  Publicité pour les "Claudine"

 Le couple s’installe à Paris, et fréquente les grands salons de madame Armand Caillavet, de madame de Saint-Marceaux ou de la princesse de Polignac. La beauté de la jeune madame Gauthier-Villars, sa vivacité d’esprit et… son fort accent bourguignon y font merveille. Dans le salon huppé de Mme Arman de Caillavet, elle rencontre Anatole France et le jeune Marcel Proust. Elle passe également dans les coulisses des théâtres légers et des music-halls, où elle se divertit en compagnie de Jean Lorrain et de Polaire et où elle croise la Belle Otero et Liane de Pougy.

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Albert Guillaume 1905 Willy et Madeleine Rassat (en sosie de Colette) dans "En Bombe"

Colette-Willy.pngSouffrance d’«une jeunesse vacante, d’une gaieté inhumée», à la proximité des jeunes Lorrain, Louÿs... Des camaraderies masculines qui auraient pu être parfois des amours évoquées en des portraits esquissés d’un geste net, rapide, délicat (Veber, Masson («mon premier ami, le premier ami de mon âge de femme» et grand mystificateur ...), Courteline, Mendes, le «gars» Lorrain), quelques plus rares relations féminines : «non que je me sentisse particulièrement misogyne, mais j'étais garçonnière, assurée dans la compagnie des hommes, et je redoutais la fréquentation des femmes comme j'eusse été hostile à un luxe qui demandait ensemble des ménagements et une certaine méfiance... »

 « De la première, de la seconde année de mon mariage, je conserve un souvenir net et fantastique, comme l’image que l’on rapporte du fond d’un rêve désordonné dont tous les détails, sous une incohérence apparente, contiennent des symboles clairs et funestes. Mais j’avais vingt et un ans et j’oubliais à chaque moment les symboles.

Les enchantements d’une réclusion volontaire ne sont pas que maléfices. Avant que l’épisode Kinceler ne me donnât la conscience du danger, le goût de durer et de me défendre, j’ai eu beaucoup de peine à accepter qu’il existât autant de différence entre l’état de fille et l’état de femme, entre la vie de la campagne et la vie à Paris, entre la présence — tout au moins l’illusion — du bonheur et son absence, entre l’amour et le laborieux, l’épuisant divertissement sensuel...

Colette-periode-2.jpg

J’avais des compensations. Je goûtais des loisirs longs et protégés comme ceux des prisonniers, et des repos d’infirme. (…)

J’avais des amis nouveaux, et point d’amie. La compagnie des hommes mûrs plaît aux filles jeunes, mais elle les attriste secrètement. Mon mari comptait quinze ans de plus que moi. Pierre Veber, témoin de M. Willy, avait rejoint après notre mariage les compagnons que méritaient, qu’exigeaient ses vingt-huit ans frais, sveltes, chuchoteurs, spirituels. Quand il venait rue Jacob, je respirais l’air qu’il agitait, son parfum d’homme jeune et soigné, je le regardais avec surprise, avec plaisir, et je ne pensais pas que j’aurais pu le convoiter. Cependant la calvitie de M. Willy miroitait sous la lampe, et non loin de lui Paul Masson, mélancolique commensal facétieux, tiraillait sa petite barbe pointue, qui grisonnait... Mon autre ami, Marcel Schwob, à trente ans n’avait de jeune que sa passion de toutes connaissances humaines, sa véhémence, son agressive lumière à éclats brusques...

Je ne m’ennuyais jamais avec mes compagnons dessaisonnés... » M. Appr.

( à suivre...)

 

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Les "Apprentissages" de Colette -1/3-

Publié le par Perceval

Mes-Apprentissages-livre-3.jpgJe viens de relier, puis lire un ouvrage de Colette (1873-1954): « Mes Apprentissages » (1936).  Elle y raconte ses premières années de femme mariée, et évoque des personnalités du milieu journalistique et du monde littéraire auxquels elle fut très tôt liée.

Elle établit un portrait à charge contre son mari: « M. Willy n'était pas énorme, nais bombé. Le puissant crâne, l'œil à fleur de front , un nez bref, sans arête dure, entre les joues basses, tous ses traits se ralliaient à la courbe. La bouche étroite, mignarde, agréable, sous les très fortes moustaches d'un blond-gris qu'il teignit longtemps, avait je ne sais quoi d'anglais dans le sourire. Quant au menton frappé d'une fossette, il valait mieux - faible, petit et même délicat - le cacher. Aussi M. Willy garda-t-il une sorte d'impériale élargie, puis une courte barbe. On a dit de lui qu’il ressemblait à Edouard VII. Pour rendre hommage à une vérité moins flatteuse, sinon moins auguste, je dirai qu'il ressemblait surtout à la reine Victoria. (..) Rondeurs, suavités, calvitie qui concentrait la  lumière et les regards, voix  et contours adoucis... » M App. ( pour Mes Apprentissages )

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Lors de sa réception à l'Académie Royale Belge, elle dit «  Je suis devenue écrivain sans m'en apercevoir...Sortie d'une ombre anonyme, je m'étonnais que l'on m’appelât écrivain, et j'attribuais ces coïncidences renouvelées à un hasard complaisant. »

Un peu plus tard (1939) dans « Le Journal à rebours », elle écrit : « je sentais que j'étais justement faite pour ne pas écrire... »

Nous sommes en 1936, Colette ( Ne l'appelez pas Gabriele, elle dit ne plus se reconnaître à travers ce prénom ...) est reconnue. Henry Gauthier-Villars dit Willy (1859-1931) est mort depuis cinq ans.

      A propos de Willy, ce qui ressort, c'est la peur qu'il a inspiré : «  trois ou quatre femmes tremblent encore à son nom – trois ou quatre que je connais. Puisqu'il est mort, elles cessent peu à peu de trembler. Quand il était vivant, j'avoue qu'il y avait de quoi. » M App.

Willy installe une de ses maîtresses dans leur appartement parisien pendant qu'elle travaille aux Monts-Boucons dans le Doubs, et évoque sa « couardise », et sa peur... Elle abandonne ses droits sur le Claudine : «  Ce dessaisissement est bien le geste le plus inexcusable qu'ait obtenu de moi la peur, et je ne me le suis jamais pardonné. » M App.

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 Colette en 1896, par Jacques Humbert

Douleur de la tromperie, Lotte pour commencer, qui la fera rester 60 jours au lit … : « on comprendra que je m’attarde au souvenir de Lotte Kinceler. Cette jeune femme, qui eut une vie brève, m’apprit beaucoup. D’elle datent mes doutes sur l’homme à qui je m’étais fiée, et la fin de mon caractère de jeune fille, intransigeant, beau, absurde… »

 "Il faut comprendre aussi qu'un captif, animal ou homme, ne pense pas tout le temps à s'évader, en dépit des apparences, en dépit du va-et-vient derrière les barreaux, d'une certaine manière de lancer le regard très loin, à travers les murailles... Ce sont là des réflexes, imposés par l'habitude, par les dimensions de la geôle. Ouvrez la porte : presque toujours, au lieu du bond, de l'essor que vous attendez, la bête déconcertée s'immobilise, recule vers le fond de la cage."M App.

Tout lâcher n'est pas si commode : « nous autres filles de province, nous avions de la désertion conjugale, vers 1900, une idée énorme et peu maniable, encombrée de gendarmes, de malle bombée et de toilette épaisse, sans compter l’indicateur des chemins de fer…"

 

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Baudelaire: Le dandy et la femme.

Publié le par Perceval

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Dans son essai Le Peintre de la Vie Moderne publié en feuilleton en 1863 qui passe pour l'acte de naissance de la modernité, Baudelaire (1821-1867 ) fait l'éloge de l'artifice, du maquillage et des parures, de la femme élégante, de la ville, du frivole et de l'horreur, et développe une théorie du dandy : qui n'a pas « d'autre état que de cultiver l'idée du beau dans [sa] personne, de satisfaire [ses] passions, de sentir et de penser. »


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 Guys constantin elegant-lady-riding-in-a-ban  Constantin Guys - En quittant le théâtre

« La modernité, c'est le transitoire, le contingent, la moitié de l'art, dont l'autre moitié est l'éternel et l'immuable. »

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IX- Le dandy : (..)Il est par excellence le héros de la vie moderne, attaché à maintenir l’éternelle beauté de la forme dans un monde où tout est voué à la disparition, a afficher son originalité dans un monde où règne le conformisme, à « fonder une espèce nouvelle d’aristocratie » dans un monde démocratique.

X- La femme : (...) Elle est la grande magicienne de l’apparence, pure image, s’étudiant à incarner le fantasme du désir. Idole éblouissante, elle n’a de réalité que par le rêve qu’elle inspire.

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 Constantin Guys demi-mondaines ca. 1852-1860  Constantin Guys Deux femmes-1891


Baudelaire écrit Le Peintre de la Vie Moderne dans le courant de l’année 1859; c’est le Figaro qui le publiera, en trois épisodes, les 26 et 29 novembre et le 3 décembre 1863.

 Baudelaire fait l'éloge du dandys, par La Femme. Dans ce texte, il consacre l'art de Constantin Guys (1802-1892) , hollandais et artiste peintre modeste au point de ne pas signer ses oeuvres.… Son œuvre comble l'attente du poète, sur sa vision de la beauté moderne qui surgit, aussi bien, dans le charme de l'artifice et de la mode que dans le visage emblématique de la courtisane.

Chacun se délecte d'un monde sensé représenté l'univers féminin, qui laisse la place à la provocation lascive et sensuelle de la femme « vénale », et au cortège d'artifices,de mystère,de séduction, de grâce ou d'impudeur de la grande bourgeoise... Chacun a le même désir de saisir la vie à travers le langage du corps féminin et de son enveloppe d'étoffes aux ondulations souples et volumineuses,dont l'image de la femme du XIXe siècle est indissociable.

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Proust, lui-même, n'est pas insensible à ces images...

« (…)  je voyais enfin, débouchant de l’allée qui vient de la Porte Dauphine — image pour moi d’un prestige royal, d’une arrivée souveraine telle qu’aucune reine véritable n’a pu m’en donner l’impression dans la suite, parce que j’avais de leur pouvoir une notion moins vague et plus expérimentale — emportée par le vol de deux chevaux ardents, minces et contournés comme on en voit dans les dessins de Constantin Guys, portant établi sur son siège un énorme cocher fourré comme un cosaque, à côté d’un petit groom rappelant le «tigre» de «feu Baudenord», je voyais — ou plutôt je sentais imprimer sa forme dans mon cœur par une nette et épuisante blessure — une incomparable victoria, à dessein un peu haute et laissant passer à travers son luxe «dernier cri» des allusions aux formes anciennes, au fond de laquelle reposait avec abandon Mme Swann »(I, 299) »

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Etty Hillesum (1914-1943) aurait 100 ans aujourd'hui.

Publié le par Perceval

Etty-Hillesum.jpgEtty Hillesum (1914-1943) aurait 100 ans aujourd'hui. Elle reste cette éternelle jeune femme libérée et fougueuse, prodigue de vie et d'amour... Juive hollandaise, elle devient à vingt-sept ans passionnément amoureuse d’un psychothérapeute qui lui fait lire la Bible et l’initie à une expérience intérieure. Drôle, fine et surtout intensément vivante, elle nous livre dans son journal son cheminement. Il la conduit à un engagement social auprès des prisonniers du camp de Westerbork en attente d’être déportés. Elle choisit librement d’assumer le destin de son peuple. Elle est déportée en septembre 1943 et meurt à Auschwitz.

Dans ses écrits, nous sommes surpris de constater, alors qu'elle s'apprête à être déportée, sa liberté d'esprit face aux événements et face à elle-même. Jour après jour, dans un combat lumineux et singulier pour rencontrer la vérité et la réalité telle qu'elle est, elle confie à son journal son cheminement mystique et son inébranlable parti pris d'espérance : la vie est “belle et pleine de sens” à chaque instant.Etty_Hillesum_2-b-1-.jpg

Femme de désirs par excellence, grande amoureuse, elle va, grâce à un travail sur soi et à de nombreuses lectures (la Bible, les Evangiles, Saint-Augustin, Dostoïevski, Tolstoï, Rainer Maria Rilke) progressivement dépasser l’amour humain pour toucher l’amour de Dieu. Un Dieu incarné cher à ma sensibilité judéo-chrétienne, et un Dieu parfois plus abstrait, proche des sagesses orientales.

Etty est une sainte des temps modernes comme l'est Simone Weil. Elle incarne la figure du croyant en marge des églises institutionnelles. 

"Je vais te promettre une chose, mon Dieu, oh, une broutille ! Je vais t'aider, mon Dieu, à ne pas t'éteindre en moi...."

Et loin de la toute-puissance hypothétique de Dieu.
« Une chose cependant m’apparaît de plus en plus claire, ce n’est pas toi qui peux nous aider, mais nous qui pouvons t’aider – et ce faisant nous nous aidons nous-mêmes. C’est tout ce qu’il est possible de sauver en cette époque et c’est la seule chose qui compte, un peu de toi en nous, mon Dieu... Il m’apparaît de plus en plus clairement, presque à chaque pulsation de mon cœur, que tu ne peux pas nous aider, mais que c’est à nous de t’aider et de défendre, jusqu’au bout, la demeure qui t’abrite en nous. »

Etty Hillesum  Une vie bouleversée

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Doris Lessing (1919 - 17 nov 2013 )

Publié le par Perceval

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Doris Lessing est décédée dimanche 17 novembre, à 94 ans, à Londres où elle vivait. Prix Nobel de littérature en 2007, elle représentait une femme au fort esprit critique, hostile à la bien-pensance : « Pourquoi ai-je vécu toute ma vie avec des gens qui se dressent automatiquement contre le pouvoir, “le gouvernement”, qui considèrent que toute autorité est mauvaise d’emblée, qui attribuent des motifs douteux et vénaux aux politiques, à l’establishment, à la classe dirigeante, au conseil municipal, au directeur d’école ? » Dans ma peau (1994)

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Doris Lessing avec sa mère et son frère.

 Doris Lessing est née en 1919 en Perse, où son père, officier de l’armée britannique, était alors affecté. Mais c’est en Rhodésie, où s’était installée sa famille en 1925, qu’elle a passé la majeure partie de son enfance et sa jeunesse.

Elle vit très mal son séjour en pensionnat catholique et est en conflit constant avec sa mère, elle arrête ses études à 15 ans. Elle se lance dans de petits boulots (jeune fille au pair, standardiste), avant de revenir à la ferme familiale pour s’adonner à sa passion pour la littérature, dévorant les grands classiques du XIXe  siècle qui ne cesseront de l’influencer.

Cette future féministe n’a que 19 ans quand elle se marie pour la première fois à un fonctionnaire, qu’elle quitte pour épouser, en 1943, un Allemand, communiste et juif exilé, Gottfried Lessing. Six ans plus tard, de nouveau divorcée, elle embarque, avec le benjamin de ses trois enfants – elle laisse derrière elle les deux aînés –, pour Londres où son premier roman, Vaincue par la brousse, est publié, suivi d’un recueil de nouvelles africaines. Elle a trente ans, et ce sont les premiers jalons d’une ample bibliographie forte, au total, d’une soixantaine d’ouvrages.doris-Lessing-1.jpg

Deux fois mariée et deux fois divorcée, elle estimait que "le mariage était un état qui ne lui convenait pas". (…) "Il n'y a rien de plus ennuyeux pour une femme intelligente que de perdre un temps infini avec des enfants en bas âge. J'aurais fini en alcoolique ou en intellectuelle frustrée comme ma mère", dira-t-elle.


Engagée politiquement, à l’instar de beaucoup d’intellectuels parmi ses contemporains, elle est une militante antiapartheid, anticolonialiste et adhère au parti communiste qu’elle quitte cependant en 1956 suite aux événements de Budapest.

Dans les années 60, Doris Lessing va marquer les esprits avec un cycle de cinq ouvrages autobiographiques, Les Enfants de la violence, dominés par son chef-d’œuvre : Le Carnet d’or (1962). Longtemps refusé par les éditeurs à cause de sa forme audacieuse, ce livre retrace la désillusion politique de son auteur...

« Le Carnet d'or », raconte l'histoire d'une femme écrivain, Anna, qui se bat pour exister et qui, face à un monde éclaté, s’escrime à retrouver une identité en se confessant dans quatre carnets de couleurs différentes... il s'agit une incursion dans l'intimité de la romancière (sa chambre sous les combles, ses chats adorés) et c'est surtout une exploration de son jardin secret: tous les auteurs qu'elle dévore depuis l'adolescence. Ils ont été les vrais maîtres de cette autodidacte qui, à travers eux, a appris à déchiffrer le monde. Ceux qu'elle commente ici forment une véritable bibliothèque idéale, de Jane Austen à Virginia Woolf, de Tolstoï à Stendhal, de D.H. Lawrence à Boulgakov, de Muriel Spark à Jaan Kross. C'est donc aussi un exercice d'admiration que l'on découvre dans ce recueil, à la fois mordant et fraternel - les deux mots qui définissent le mieux l'auteur du Carnet d'or. 

Doris Lessing devient malgré elle une icône féministe, souvent comparée à Simone de Beauvoir. Traduit en français en 1976, son livre est alors couronné du prix Médicis étranger.

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S’essayant à d’autres styles littéraires, elle s’engage dans l’écriture d’une littérature visionnaire explorant les remous de la psyché humaine, et se voit influencée par différentes formes de spiritualités tel que le mysticisme soufi, comme en témoigne d’ailleurs « Descente aux Enfers », paru en 1971. L’ouvrage donne une nouvelle orientation à son écriture, qui après avoir flirté avec le surréalisme, côtoie la science-fiction notamment dans « Shikasta » en 1981 et dans son cycle tétralogique, « Canopus dans Argos : Archives » (1979-80). Entre 1983 et 1984, elle entre dans une phase sombre, mélancolique, en publiant deux romans - sous le pseudonyme de Jane Somers  et refusés par son éditeur habituel ( qui ignorait l'identité de l'auteur) - évoquant des problèmes plus tristement réalistes comme la vieillesse, la maladie et la mort : « Journal d’une voisine » et « Si la vieillesse pouvait ».

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En 2001, au Festival du livre d'Edimbourg, elle déclare que les féministes sont « horribles avec les hommes ». Et de confier au « Monde » en 2007 : « Après avoir fait une révolution, beaucoup de femmes se sont fourvoyées, n'ont en fait rien compris. Par dogmatisme. Par absence d'analyse historique. Par renoncement à la pensée. Par manque dramatique d'humour ».

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Dans son discours de réception du Nobel, Doris Lessing livre peut-être les clés qui permettent de comprendre sa passion pour le Verbe et son désir de ne jamais arrêter de raconter des histoires, une tradition «née dans le feu, la magie, le monde des esprits», explique-t-elle. Et elle ajoute ces mots qui résument toute une vie, toute une œuvre: «Le conteur est au fond de chacun de nous, le faiseur d’histoires se cache toujours en nous. Supposons que notre monde soit ravagé par la guerre, par les horreurs que nous pouvons tous imaginer facilement. Supposons que des inondations submergent nos agglomérations, que le niveau des mers monte… Le conteur sera toujours là, car ce sont nos imaginaires qui nous modèlent, nous font vivre, nous créent, pour le meilleur et pour le pire. Ce sont nos histoires qui nous réinventent quand nous sommes déchirés, meurtris et même détruits. C’est le conteur, le faiseur de rêves, le faiseur de mythes, qui est notre phénix: il nous représente au meilleur de nous-mêmes et au plus fort de notre créativité.»

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