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Christine de Pisan (1364-1430) -1/2-

Publié le par Perceval

Christine-de-Pizan-ecrivant-1407.jpgChristine de Pisan naît en Italie en 1364, au sein d’une famille d’intellectuels. Son père est un médecin et un conférencier en astrologie à l’université de Bologne. Il est appelé à Paris, à la cour de Charles V, en 1368. C’est là que Christine reçoit une éducation de jeune fille noble, apprend la musique, le latin, la poésie, et lit des ouvrages de philosophie, d’histoire ou de religion.

Elle vit à la cour jusqu’à "l’âge où l’habitude veut que les filles prennent mari, même si j’étais encore très jeune". Des chevaliers, des nobles, de riches clercs demandent sa main, non pour sa "valeur", dit-elle, mais en raison de l’amitié que le roi avait pour son père. Thomas préféra à ces prétendants "un jeune écolier gradué, bien né de nobles parents picards et dont les vertus dépassaient les richesses". Etienne de Castel, vingt-quatre ans. Elle a quinze ans, lorsque « le corps baigné de musc, vêtue de soie et couronnée de fleurs », elle est mariée à Étienne de Castel, qui devient notaire et secrétaire du roi … L-Amant-approche-du-sanctuaire-de-la-Dame---Le-Roman-de-l.jpgChristine a bien de la chance... et connaît l'amour dès la première nuit, alors que rien ne laissait présager que cet homme, de dix ans son aîné, serait le mari idéal... Christine, elle-même, de son mari, explique que « nul ne le valait en bonté, en douceur, en loyauté et tendre amour » (5). Elle y songe encore dans la ballade Douce chose est que mariage : « La première nuit du mariage alors que j’avais très peur, je me rendis compte de sa grandeur car il ne fit rien qui puisse me faire mal, mais jusqu’à l’heure du lever, m’embrassa cent fois… »

Christine et Étienne s'aimèrent et eurent plusieurs enfants... Le 26 septembre 1380 s’ouvre une première fois la porte des infortunes, lorsque le roi Charles V meurt à l’âge de quarante-trois ans. Son père tombe vite en disgrâce... En 1389, année néfaste... Le père de Christine vient de mourir, ruiné et criblé de dettes, et son mari est emporté par la peste... !

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Christine de Pisan assise à côté d'un lutrin et tenant une ecritoire. Miniature.sur.velin.du.xve.siecle.

Christine se retrouve veuve, avec trois enfants, une mère et une nièce à charge. Elle choisit de ne pas se remarier...Et le sort lui réserve une nouvelle épreuve : la perte d'un fils...

Elle fait les sièges des tribunaux plus de treize ans pour régler la succession. Et là, « combien ne fallut-il pas attendre ! Que de paroles outrageantes ! Que de regards moqueurs ! Que de quolibets de la part de ceux qui avaient bien bu ! Et moi, j’étais souvent en butte à des propos inconvenants. Mais, comme j’avais peur que cela ne porte préjudice à ma cause, étant dans le dénuement, je laissais faire et dire. Je détournais la tête pour ne rien répondre, ou bien je faisais semblant de ne pas avoir entendu le grossier bouffon ». Christine est aussi la proie des calomnies : « Ne fut-il pas dit de moi et par toute la ville que j’aimais d’amour ? », alors qu’elle pleure toujours son « ami mort et le bon temps passé ».

Peu après la mort d’Étienne, Christine revient à « la voie qui lui était la plus plaisante et la plus naturelle : celle de la solitude »

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Christine de Pisan fait la lecture à des bourgeois

Elle se lance dans le « métier » de femme de lettres tout en s’évertuant à compléter son éducation et sa culture et à conserver ses relations à la cour. Elle a déjà rédigé une biographie du roi Charles V, des ballades ainsi que des ouvres allégoriques. Ce qui représente une véritable innovation, c'est sa façon de se positionner dans la vie en tant qu'intellectuelle.

Christine de Pizan laissera environ quatre cents poèmes en tout genre, ballades, rondeaux, virelais, complaintes. Elle écrit ces poèmes “d’amant et de dame” sur commande des particuliers, car elle entend vivre de sa plume. Elle compose de nombreuses pièces lyriques rassemblées dans Le Livre des Cent Ballades, dans lequel elle évoque son deuil et sa vie de femme à la cour. Grâce au succès de cette œuvre, elle obtient des commandes et le soutien de puissants.

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3 novembre 1874 : Naissance de Lucie Delarue-Mardrus -2/2-

Publié le par Perceval

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Lucie Delarue-Mardrus (1874-1945 )

On dit que Lucie voulait épouser Philippe Pétain... ! Ses parents n'ont pas voulu... Reconnaissons qu'elle eut une meilleure idée, en 1900 de se marier avec Jean-Charles Mardrus un orientaliste célèbre qui traduit les Mille et une nuits et qui l'appelle "Princesse amande" ( et, ce n'est pas du fait de ses yeux ...)

C'est grâce à lui, qu'elle devient aussi célèbre que Colette. Beaucoup de romans de Lucie paraissent sous la forme de feuilleton dans des revues avant d'être publiés sous forme de livres, et - dans les deux premières décennies du 20e siècle - elle jouit d'une grande popularité.

Lucie-Delarue-Mardrus-5.jpg
 


Femme excentrique, elle assume ses désirs lesbiens. Au moment de son mariage Lucie avait déjà eu l'expérience de cet attachement passionné qu'elle a pour les femmes, en particulier avec Impéria Heredia (  Luisa Despaigne - la femme du poète José-Maria de Heredia) qu'elle aime depuis trois ans.

Son mari introduit Lucie dans la société littéraire français et elle y rencontre d'autres écrivaines lesbiennes tels que Renée Vivien, qui admire la poésie de Lucie, et Natalie Barney, de qui elle tombe passionnément amoureuse. Mais, cette passion n'est pas partagée. Elle marque donc une nette préférence pour les femmes et multiplie les conquêtes de ces amazones hardies qui défient les préjugés bourgeois et affichent leur sexualité.

Entre 1902 et 1905, Lucie Delarue écrit des poèmes qui retracent sa liaison avec Natalie Clifford Barney. Cette dernière les fera éditer en 1951 aux éditions Les Isles dans un recueil intitulé 'Nos secrètes amours'.

Lucie-Delarue-Mardrus-photo-dans-la-Pavillon-de-la-Reine.jpegLucie Delarue Mardrus,

photo dans la Pavillon de la Reine

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Natalie Clifford Barney

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Joseph-Charles Mardrus


En 1914, Mardrus est mobilisé  comme Médecin, Lucie reste à Honfleur.

Après quinze années de mariage, elle divorce de son mari. Lui a rencontré une jeune brodeuse, Gabrielle Bralant, elle a 16 ans, lui 45... Lucie, elle, ne quitte plus Suzy, la femme du mondain docteur Doyen : cette relation suscite de nombreux commérages … Ensuite, elle a une longue liaison avec Valentine Ovize (Chattie), qu'elle emmène partout avec elle, au gré de ses conférences (1917 et 1920). Obsédée par la mort, Lucie écrit l'un de ses meilleurs romans « L'Ex-voto »...

Lucie-Delarue-Mardrus-1906.jpg Lucie-Delarue-Mardrus-2.jpeg
   

A cette époque elle emménage au 17 bis quai Voltaire à Paris, où elle vit de 1915 à 1936. Elle passera les trois dernières années de sa vie à Château-Gontier où elle se retire en 1942.

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de Lucien Lévy-Dhurmer -  

Lucie Delarue-Mardrus

Elle est prise de passion pour une violoniste américaine et devient l'amante de la chanteuse juive d'opéra Germaine de Castro qu'elle rencontre en 1932, alors qu'elle a 58 ans. Durant les années 1930 elles sont l'objet de persécutions antisémites...

Paradoxalement, elle éprouve également une passion pour … Ste Thérése de Lisieux . !

Dans son œuvre abondante, le meilleur peut côtoyer le pire. Il semblerait qu'après avoir écrit "pour le plaisir" elle doit le faire – après sa séparation - pour subvenir à ses besoins. Une oeuvre sans contenu essentiel et qui révèle une nature ardente, parfois mutine, une adhésion réelle et profonde avec la vie dans sa sensualité première. Aujourd'hui, sa prose peut paraître sans relief et perdre beaucoup de son attrait.

Livres-Lucie-Delarue-M.jpg

 

 

 

 

Faisant de longues balades sur Alfreda ,sa jument , puis écrivant et tisonnant le soir venu au coin de l’âtre, la Poétesse vit ses dernières années seule ,oubliée ! Elle meurt le 26 avril 1945 à 70 ans . Jean-Charles Mardrus meurt en 1949.

En France, elle est surtout connue pour son poème : "L'odeur de mon pays était dans une pomme», que l'on apprend à l'école... Ses écrits expriment son amour des voyages et de sa Normandie. « L'Ex-voto  (1932), par exemple, décrit la vie et le milieu des pêcheurs de Honfleur en ce début du vingtième siècle.

 

L'Odeur de mon pays...

Lucie-Delarue-Mardrus-6.jpg
 

L'odeur de mon pays était dans une pomme.
Je l'ai mordue avec les yeux fermés du somme,
Pour me croire debout dans un herbage vert.
L'herbe haute sentait le soleil et la mer,
L'ombre des peupliers y allongeaient des raies,
Et j'entendais le bruit des oiseaux, plein les haies, 
Se mêler au retour des vagues de midi...

Combien de fois, ainsi, l'automne rousse et verte
Me vit-elle, au milieu du soleil et, debout,
Manger, les yeux fermés, la pomme rebondie
De tes prés, copieuse et forte Normandie ?...
Ah! je ne guérirai jamais de mon pays!
N'est-il pas la douceur des feuillages cueillis
Dans la fraîcheur, la paix et toute l'innocence?

Et qui donc a jamais guéri de son enfance ?...

Lucie DELARUE-MARDRUS, Ferveur (1902

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3 novembre 1874 : Naissance de Lucie Delarue-Mardrus -1/3-

Publié le par Perceval

Lucie-Delarue-Mardrus-3.jpgOnze recueils de poésie (une anthologie et un recueil anonyme posthumes), au moins quarante sept récits de fiction (romans et nouvelles), de très nombreux articles (critique littéraire, artistique, bien-être, sociologie...), trois essais, cinq biographies, quatre récits de voyage, une autobiographie, deux pièces de théâtre publiées, de très nombreux manuscrits (poésies et théâtre, scénarii), des dessins et des tableaux étonnants, des sculptures très variées, des partitions (paroles et/ou musique), voici une oeuvre prolifique. Lucie Delarue-Mardrus fut une artiste complète aux dons multiples, d'une curiosité insatiable et d'une capacité de travail impressionnante.

Lucie Delarue-Mardrus, est née à Honfleur le 3 novembre 1874. Elle est la cadette de 6 filles, le père est un riche avocat ,et la famille vit entre Paris et Honfleur . Lucie-Delarue-Mardrus--Nos-secretes-amours--Les-Isles--Par.jpgGarçonne, active, libre, elle joue du piano, chante, sculpte, peint et découvre très tôt son goût pour la poésie. C’est grâce à ses poèmes qu'elle rencontre son futur mari, Jean-Charles Mardrus (1868-1949), l'illustre traducteur des Mille et une nuits. Ils se marient en le 5 juin 1900. Il est âgé de plus de 15 ans qu'elle ! Grâce à lui, elle va connaître le "tout-Paris", elle reçoit Gide,Valéry,Debussy, Claudel, Colette, Proust, Rodin … Elle publie son premier recueil "Occident", et c'est la célébrité à Paris .

Mardrus prépare sa traduction, ils voyagent beaucoup : l'Afrique du Nord (Tunisie, Algérie, Maroc, Kroumirie, Egypte, Syrie...), l'Asie mineure (Turquie), et l'Italie. Elle publie des reportages photographiques et, plus tard, des récits de voyage. Le monde littéraire parisien la fête et réclame des contes et des articles.

Lucie-delarue-en-Egypte.jpg

Au printemps 1904, son premier voyage l'emmène en Tunisie et en Algérie ; dans le massif de l'Edough, près de Constantine, elle est plus à cheval ou en dos de chameau qu'en diligence.

En 1906, Lucie revient en Algérie, visite Kenadsa, Béchar et Aïn-Sefra. Au retour, elle passe par Tlemcen, Mers-El-Kébir et Oran. Elle fait une halte à Bougie avant de rejoindre Paris et sa Normandie natale.

 

Elle vient habiter à Honfleur, où son mari a acheté une demeure à restaurer, romantique avec vue sur baie de Seine . Leur vie s'organise entre la Normandie, Paris et leurs voyages. Elle pose pour des photographes, des sculpteurs, des peintres, devient membre du jury Femina et fait des conférences.

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De 1907, et pour trente ans, la maison sera celle de Lucie ... Les paysans l'appellent le Château du diable. Son véritable nom est plus engageant : le Pavillon de la Reine...  

 

1910, Son troisième voyage, Lucie sillonne, deux années durant, l'Égypte et la Syrie.

A suivre ....

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George Sand : Les bas bleus...

Publié le par Perceval

Daumier réalise en 1844, une série de caricatures sur Les Bas-bleus - nom donné au XIXe siècle aux femmes qui ont des prétentions littéraires - il insiste notamment sur la mauvaise tenue de leur foyer.

Honore-Daumier--Adieu--mon-cher--je-vais-chez-mes-editeur.jpg Honore-Daumier--La-mere-est-dans-le-feu-de-la-composition.jpg
Honoré Daumier, " Adieu, mon cher, je vais chez mes éditeurs...", série Les Bas-bleus, lithographie, parue dans Le Charivari, 8 février 1844 Honoré Daumier, La mère est dans le feu de la composition, l’enfant est dans l’eau de la baignoire ! série Les Bas-bleus, lithographie, parue dans Le Charivari, 26 février 184

Nous retrouvons ces stéréotypes, dans les femmes auteurs de La Comédie humaine, par exemple : Camille Maupin dans Béatrix ou de Dinah de la Baudraye dans La Muse du département.

Daumier-Les_bas-bleus-8.jpg Daumier-Les_bas-bleus-7.jpg
1er_Bas_bleu_-_Profitons_de_l-occasion.jpg Daumier-Les_bas-bleus-6.jpg


L'admiration que Balzac – le conservateur - semble porter à George Sand, est à rapprocher des critiques qu'il fait d'elle - à Mme Hanska - dans ses lettres.

Il reproche à George Sand de ne pas éduquer ses enfants comme il le faudrait. Elle est certes "excellente mère, adorée de ses enfants", "mais elle met sa fille Solange en petit garçon et ce n’est pas bien" et elle "a laissé son fils Maurice goûter de trop bonne heure aux dissipations de Paris" (lettre à Mme Hanska, 2 mars 1838)

Il juge aussi avec sévérité la "femme auteur" de Lucrezia Floriani dont le talent "arrive comme sa personne à l’âge critique" (lettre à Mme Hanska, Paris, 26 juin 1847).

Mme de la Baudraye est présentée comme "la future rivale de George Sand" et elle est associée à ce que Balzac appelle le "sandisme", "cette lèpre sentimentale [qui] a gâté beaucoup de femmes qui, sans leurs prétentions au génie, eussent été charmantes".

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Caricature de G. Sand - 1839-  Henri Gérard-Fontallard, Congrès masculino-fœmino-littéraire, lithographie publiée dans Aujourd’hui,Journal des ridicules, 15 octobre 1839

 ----

« Je lui jetais presque son livre au nez. Je me souviens que, comme je le traitais de gros indécent, il me traita de prude et sortit en me criant sur l’escalier : "Vous n’êtes qu’une bête!" » (George Sand qui parle de Balzac ... dans  Histoire de ma vie)

 *****

Le jugement de quelques contemporains, sur G Sand


    caricature de George Sand dans le Monde Illustré"Pour mieux faire l’homme, (Sand) a éteint en elle le christianisme, renversé l’autel du mariage et de la mort et imprimé à son talent cette horrible grimace philosophique qui le défigure et qui a fini par le rendre affreux." BARBEY d’AUREVILLY

 

"Madame Dudevant commet des infamies et elle écrit des sublimités. Elle se flatte qu’on ne croira jamais ce qui est, et que la phrase, en définitive, prévaudra. Elle se juge assez vaisseau de haut bord pour avoir la sentine profonde. Une Christine de Suède à l’estaminet". SAINTE-BEUVE

 


"J’ai lu les premières Lettres d’un voyageur : comme tout ce qui tire son origine de Rousseau, cela est faux, factice, bourgeois, boursouflé, exagéré. Je ne puis supporter ce style de tapisserie, tout aussi peu que l’ambition populacière qui aspire aux sentiments généreux" NIETZSCHE

 

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"La femme Sand est le Prud’homme de l’immoralité. Elle a toujours été moraliste. Seulement, elle faisait autrefois de la contre-morale. Aussi elle n’a jamais été artiste. Elle a le fameux style coulant cher aux bourgeois. Elle est bête, elle est lourde, elle est bavarde ; elle a dans les idées morales la même profondeur de jugement et la même délicatesse de sentiment que les concierges et les filles entretenues (…) Que quelques hommes aient pu s’amouracher de cette latrine c’est bien la preuve de l’abaissement des hommes de ce siècle" BAUDELAIRE

 

"Les femmes n’ont jamais fait quelque chose de remarquable qu’en couchant avec beaucoup d’hommes, en suçant leur moelle morale : Madame Sand, Madame de Staël. Je crois qu’on ne trouverait pas une femme vertueuse qui vaille deux sous par l’intelligence". Les GONCOURT

 

Enumération présentée dans l’ABCdaire de George Sand, Flammarion, 1999

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Georges Sand, inspire Balzac.

Publié le par Perceval

George Sand (1804-1876) est mère célibataire. Elle est obligée d'écrire pour survivre. La "rage d'écrire" qui l'habitait déjà jeune devient un gagne-pain au journal "Le figaro", journal d'opposition républicain à l'époque.

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Indiana (1831) est le premier roman, que George Sand fait paraître, seule. Comme d'autres, un critique de l'hebdomadaire satirique illustré La Caricature, un certain Honoré de Balzac (1799-1850), s'enthousiasme à son propos :

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Le dandy Balzac aux Tuileries (Cassal, 1839)

« Ce livre-là est une réaction de la vérité contre le fantastique, du temps présent contre le moyen-âge, du drame intime contre la tyrannie du genre historique… Je ne connais rien de plus simplement écrit, de plus délicieusement conçu ».

Balzac admire véritablement George Sand, même si tout les sépare. Il vient la visiter à Nohant - sa propriété qu'elle a réussi à récupérer après sa séparation officielle - quelques jours, en 1838, et s'en retourne avec l'idée de se lancer, grâce à elle, dans la rédaction de Béatrix, prenant exemple sur l'histoire de Mme d'Agoult et de Liszt, qui faisaient partie de son entourage.

L'ouvrage sortira à la fin de l'année suivante , mettant en scène deux figures féminines. La première est celle de la blonde marquise de Rochefide, dont le roman porte le prénom, tandis que George Sand va fortement inspirer la seconde, la libre et indépendante Félicité de Touches.

En 1837, Balzac avait eu l'idée de raconter l'histoire de parisiens en province et d'une provinciale montant à Paris qui deviendra , en 1843, La Muse du département. La figure de George Sand détermine celle, posée en négatif, de la comtesse Dinah de La Baudraye, passionnée de littérature et auteur de poésie à ses heures. Balzac écrit au début de son livre, lui rendant un mordant hommage :

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George Sand par Musset

«  Si ce mot ne devait pas, pour beaucoup de gens, comporter une espèce de blâme, on pourrait dire que George Sand a créé le sandisme, tant il est vrai que, moralement parlant, le bien est presque toujours doublé d’un mal. Cette lèpre sentimentale a gâté beaucoup de femmes qui, sans leurs prétentions au génie, eussent été charmantes. Le sandisme a cependant cela de bon que la femme qui en est attaquée faisant porter ses prétendues supériorités sur les sentiments méconnus, elle est en quelque sorte le bas-bleu du cœur : il en résulte alors moins d’ennui, l’amour neutralisant un peu la littérature. Or l’illustration de George Sand a eu pour principal effet de faire reconnaître que la France possède un nombre exorbitant de femmes supérieures assez généreuses pour laisser jusqu’à présent le champ libre à la petite-fille du maréchal de Saxe.» (Balzac, La Muse du département, Pléiade, p. 51 . L’intrigue est de 1836… On appréciera le constat plutôt aigre de la réussite de Sand auprès du public féminin, et des motivations " féministes " et pleurnichardes que Balzac y déchiffre )

« Quand, après la révolution de 1830, la gloire de George Sand rayonna sur le Berry, beaucoup de villes envièrent à La Châtre le privilège d’avoir vu naître une rivale à madame de Staël, à Camille Maupin, et furent assez disposées à honorer les moindres talents féminins. Aussi vit-on, alors beaucoup de Dixièmes Muses en France, jeunes filles ou jeunes femmes détournées d’une vie paisible par un semblant de gloire ! » (La Muse du département Honoré de Balzac XII. Comment la révolution de Juillet en produisit une chez Dinah)

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De Aurore Dupin, à George Sand ...

Publié le par Perceval

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Madame Dupin de Francueil en compagnie de sa petite-fille (1815), Aurore, reçoivent le général Alphonse de Colbert (1776-1843),

Pendant son adolescence, Aurore Dupin – née à Paris le 1er juillet 1804 - ( la future George Sand), formait le projet de devenir religieuse... De quatorze à seize ans, elle fut pensionnaire au couvent des Dames augustines anglaises, ce même couvent où sa grand-mère, Marie-Aurore de Saxe, nièce du Maréchal de Saxe, frappée par la politique de la Terreur, fut arrêtée en décembre 1793, et incarcérée pendant huit mois... Marie-Aurore de Saxe avait épousé Claude-Louis Dupin de Francueil en seconde noce (elle était alors âgée de 29 ans et lui de 61 ans).

Leur fils, Maurice Dupin, père de George Sand, et Sophie-Victoire Delaborde, sa mère, se marièrent en 1804. Ce mariage constituait une mésalliance et fut conclu à l’insu de Mme Dupin de Francueil. À l’automne 1805, au début des grandes guerres napoléoniennes, Maurice Dupin repartit en campagne. Il avait été nommé aide de camp du prince Murat .. Maurice Dupin est mort accidentellement d'une chute de cheval à la sortie de La Châtre, le 16 septembre 1808. Aurore est prise en charge par sa grand-mère... Marie-Aurore de Saxe meurt le 26 décembre 1821 à Nohant.

Aurore Dupin (alias George Sand) jeune
Aurore Dupin (alias George Sand) jeune

Aurore Dupin épouse Casimir Dudevant en 1822, un sous-lieutenant qui abandonne sa carrière militaire pour se consacrer au droit. Ils s’installent dans dans la propriété familiale de Nohant ( Berry) appartenant à la mère d'Aurore.

Peu cultivé, Casimir passe tout son temps à la chasse. Aurore tente d’amener son mari à lire et à écouter de la musique, ses deux grandes passions, mais leurs divergences d’éducation minent leur relation. Leur désaccord grandit avec le train de vie de son mari, plutôt attiré par les soirées de beuverie … Cette union est un échec sentimental, malgré la naissance de deux enfants, Maurice venu au monde le 30 juin 1823 puis Solange, quelques années plus tard, le 13 septembre 1828.

Ainsi, délaissée par son mari, Aurore n’a aucun mal à succomber aux charmes cultivés d’Aurélien de Sèze. En 1825 à Cauterets, leur rencontre bouleverse l’équilibre fragile du couple... Aurore et Aurélien se lancent dans une longue relation, principalement épistolaire.  A Nohant, elle noue une liaison avec Stéphane Ajasson de Grandsagne, originaire de La Châtre, de 1827 à 1828. La rumeur publique rattrape les amants et compromet l'équilibre précaire des époux Dudevant. Casimir se met à boire, devient odieux et entretient des relations avec les servantes

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George Sand par de Musset - 1833

Le 30 juillet 1830, la jeune femme ( 26 ans) fait également la connaissance de Jules Sandeau, âgé à l'époque de dix-neuf ans, lors d’une réception chez des amis, les Duvernet, au château voisin de Coudray. Celui-ci devient rapidement son amant.

La séparation d'avec Casimir est inévitable (le divorce n'existe pas à cette époque), elle sera prononcée en sa faveur le 16 février 1836, le tribunal de La Châtre reconnaissant prouvés les « injures graves, sévices et mauvais traitements ». Face à la grande fermeté de son épouse, Casimir Dudevant s'incline et ne veut surtout pas perdre l'usufruit des possessions d'Aurore. Elle obtient de partager désormais son temps entre Nohant et Paris, Casimir accepte également de lui verser une rente de 1.500 Francs. Elle retrouve alors Jules Sandeau, et partage à Paris la vie littéraire qui lui faisait tant envie.

georges-sand-alias-aurore-dudevant-french-writer-dressed-as.jpg      Dans ce Paris de 1831, en pleine effervescence romantique après la révolution de Juillet où les jeunes artistes et poètes du quartier latin portaient des costumes extravagants, Aurore mène une vie de bohème avec ses compagnons, allant dans les théâtres, les musées et les bibliothèques. Ayant obtenu de la préfecture de police de l'Indre une permission de travestissement... elle adopte un costume masculin, plus pratique et moins coûteux: elle endosse une « redingote-guérite », se noue une grosse cravate en laine, se fait couper les cheveux jusqu'aux épaules et met un chapeau de feutre mou. Aurore affiche sa liaison avec Jules Sandeau. Journaliste au Figaro, il lui présente ses amis, dont Balzac. Ils écrivent en commun un roman, Rose et Blanche, publié sous le pseudonyme de J. Sand.

Mais lorsqu’elle décide de publier seule son prochain roman, Indiana, - un roman d'amour contant l'histoire d'une jeune fille mal mariée - sous le pseudonyme de George Sand, Sandeau reprend la seule paternité du premier roman, mettant ainsi fin à leur relation.

Malgré l'épidémie de choléra qui sévit à Paris et occupe les esprits, celui-ci connaît un vif succès. Au mois de novembre 1831, elle écrit Valentine, premier roman berrichon,et entame une collaboration avec La Revue des Deux-Mondes, pour laquelle elle s'engage à rédiger une chronique. Le 29 mai 1836, dans ces pages très courues, elle dénonce ainsi le silence qui règne sous les toits, les affres de la vie conjugale. L'écrivain se lie aussi avec des personnalités du monde des lettres et des arts : le critique Sainte-Beuve, l'actrice Marie Dorval...

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Analyse de l'idée de la Femme, dans Perceval -2/6-

Publié le par Perceval

Perceval, ne désire vraiment qu'une femme : Blanchefleur.

Perceval-monte-le-cheval-noir--v-1385-90-.jpg Blanchefleur est une femme en détresse qui a besoin de l'aide de Perceval pour combattre Aguingueron qui a fait prisonniers presque tous les chevaliers de Beau Repaire. Pour vivre en sécurité elle a besoin d'un chevalier qui puisse la défendre en combattant les chevaliers qui veulent lui faire du mal. Sans un homme dans le château pour combattre tous ceux qui y viennent pour en prendre possession, Blanchefleur se trouve complètement seule et en grand danger, exactement comme la demoiselle de la tente.

Cette fois-ci, Perceval est plus mature, et courtois avec la demoiselle. Il semble que son désir a finalement évolué. Avant d'arriver à Beau Repaire, Perceval tue le Chevalier Vermeil et c’est cette épreuve qui va permettre au jeune chevalier de continuer sa quête. Autrement dit, c'est après avoir tué le Chevalier Vermeil et après avoir revêtu ses armes que Perceval est prêt pour l'apprentissage chevaleresque avec Gornemant qui va l’aider à entrer définitivement dans le monde des hommes, monde masculin. Il peut participer aux grands tournois, et a atteint la maturité suffisante pour délivrer une demoiselle en détresse comme Blanchefleur.

perceval-luchini.jpgCette demoiselle devient alors l'objet de son désir et c'est à travers elle qu'il va se construire une image de virilité dont tout chevalier a besoin pour affirmer son identité. Le désir de Perceval est représenté dans le portrait de Blanchefleur. Elle est l'incarnation de la perfection, car elle est, selon Chrétien de Troyes, l’œuvre de Dieu:


S’il m’est jamais arrivé de décrire

La beauté que Dieu a pu mettre

au corps d’une femme ou sur son visage,

je veux maintenant refaire une description

où il n’y aura pas un mot de mensonge...

Pour ravir l’esprit et le coeur des gens

Dieu lui avait fait passer toute merveille... (v. 1763-1785)

 

La femme icône :

 Blanchefleur est le portrait de la femme idéalisée par excellence. L'homme qui idéalise la femme la déshumanise complètement, car il lui attribue des caractéristiques qui ne sont pas réelles. Son corps est réduit à la tête, au cou et aux bras, parties du corps qui sont toujours décrites en grand détail. De ce fait la femme n'est pas un être de chair et d'os. Elle devient plutôt une œuvre artistique qui est le produit du désir masculin.

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« Dans Le Jeu de la feuillée, vers 1286, le trouvère artésien Adam de la Halle fait le portrait de la femme idéale, […] blanche et vermeille, ses cheveux blonds, ondulés, son front bien proportionné, blanc, lisse et dégagé, ses sourcils fins, ses yeux vifs et noirs, son nez fin et droit, ses joues rondes, sa bouche charnue et vermeille, ses dents éclatantes, les bras minces, ses doigts longs, ses ongles roses, ses seins hauts, son ventre saillant, ses hanches étroites et ses chevilles fines » 

 

La beauté idéale chez Blanchefleur va réfléchir la valeur de celui qui veut la servir, car dans la société médiévale il y a un lien entre la prouesse masculine et la beauté féminine. Une extension donc de l’homme, la demoiselle augmente le statut masculin du chevalier dans la société. Comme on peut le voir chez Perceval, la représentation de la femme idéalisée est l’œuvre de Dieu. D'abord, les mouvements du corps féminin sont comparés à ceux d'un épervier ou d'un papegai et, suit immédiatement une description détaillée des cheveux qui sont comparés à l'or et à la lumière. 

 

Elle avait laissé ses cheveux libres

et leur nature était telle, si la chose est

possible, qu’on aurait dit à les voir

qu’ils étaient entièrement d’or pur,

Tant leur dorure avait de lumière.

 

En idéalisant la femme, l'homme la réduit à n'être qu'un objet de son désir , aussi chaste soit-il... Le portrait idéalisé de la femme renvoie donc à son rôle dans le monde masculin. L'homme médiéval veut avoir une femme obéissante et soumise à toutes ses volontés. La femme icône est la mère de ses enfants, celle digne de lui donner la possibilité de perpétuer son nom, le nom du père. La femme source de lumière est souvent présentée à partir du modèle de la Vierge Marie, symbole de perfection et mère de Dieu.

Blanchefleur-Perceval.jpgLe chevalier est l'artiste qui voit la femme, celui qui la transforme dans l’objet de son désir en lui attribuant des caractéristiques tirées des éléments de la nature, une nature qui n’est pas menaçante, car elle est de création divine.

 

Elle avait le front tout de blancheur, haut et

lisse, comme fait à la main,

d’une main d’artiste travaillant

la pierre, l’ivoire ou le bois...

 

Le portrait de Blanchefleur est bien l’œuvre de Pygmalion qui fait une statue de la femme idéale,

La femme n'existe alors que dans le langage à partir des mots qui sont mis ensemble sur le papier, des mots qui parlent des couleurs telles que le vermeil des joues et le blanche de la peau.

Le blanc et le vermeil sont les couleurs du désir du chevalier lorsqu'il fait le portrait de la femme idéale. Quoiqu’on sache qu'il s'agit ici du portrait d'une femme, que l’on décrive seulement sa tête et ses mouvements est déjà une façon de la rendre absente comme sujet dans le texte. Autrement dit, lorsqu’on nous fait le portrait féminin, ce n’est pas la femme qui est en question mais l’homme et la façon dont il la perçoit. En voyant la femme, le chevalier expose son désir pour elle et s’affirme dans le texte comme sujet désirant, c’est-à-dire, qu’il exprime de manière voilée et donc inconsciente, son désir sexuel. Dans le cas de la femme, celle-ci ne devient qu’une projection dans le texte du regard et du désir masculins.

 

Pour que quelqu'un puisse exister comme sujet, il faut lui donner un nom. C'est dans le texte même et de la bouche de Perceval qu’on apprend le nom de ce personnage. Quand il rencontre sa cousine germaine et qu’elle lui demande son nom, il répond que c'est Perceval le Gallois (v.3510-3514). Néanmoins, Blanchefleur est la seule femme nommé dans le texte de Chrétien.

Bien souvent, les femmes n'ont pas de nom : en effaçant l'identité, on efface le sujet, pour valoriser au maximum, l'identité – associée à la virilité – du chevalier.

La femme devient l'adjuvant qui aide le chevalier à réussir à avoir le plus d'honneur chevaleresque possible. Elle n'existe le plus souvent que pour déclencher le récit et pour assurer que les désirs du héros masculin soient tous comblés.

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Blanchefleur au lit, avec Perceval

Quand Blanchefleur va rejoindre Perceval dans son lit, c'est le désir sexuel masculin qu'elle va satisfaire et non pas le sien. On ne voit pas ici dans cette scène une description du corps physique de Blanchefleur, car ceci aurait exigé qu'on parle de la sexualité féminine. En plus, admettre que Blanchefleur a une sexualité serait détruire le portrait idéal qu'on vient de nous faire de la jeune fille. Pour cette raison Chrétien nous dit tout simplement que :

« bouche contre bouche, dans les bras l'un de l'autre, ils ont dormi jusqu'à l'aube » (v.2026-2027).

 

La seule façon dont Perceval peut accomplir son désir sexuel et en jouir pleinement en même temps, c'est dans le rêve, car dans le rêve il n'a pas besoin de faire face à la peur de la castration que représente pour lui la femme. L'épisode des gouttes de sang sur la neige est l'accomplissement de son désir pour Blanchefleur sur le plan imaginaire.

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Perceval tombe en contemplation devant trois gouttes de sang

Il n'était plus que regard. 
Il lui apparaissait, tant qu'il prenait plaisir, 
que ce qu'il voyait, c'était la couleur toute nouvelle 
du visage de son amie, si belle. (v. 4142-4144)

 

La semblance de Blanchefleur s'écrit sur la neige comme la métaphore du désir. La métaphore est toujours un déplacement d'un signifiant sur un autre signifiant. Autrement dit, ce sont le vermeil du sang et la blancheur de la neige qui, signifiants du désir de Perceval, lui rappellent le visage de Blanchefleur. Ici la représentation de la femme devient encore une fois le fruit de l'interprétation du désir masculin du chevalier et non pas le corps unifié d'un sujet humain.  

 

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Analyse de l'idée de la Femme, dans Perceval -1/6-

Publié le par Perceval

Voici, une synthèse d'un travail « féministe » sur la représentation de la Femme, dans « le Conte du Graal » de Chrétien de Troyes. Ce travail a été pensé et écrit par Eugénia M. Neves dos Santos du Department of French - University of Western Ontario.Danse_de_femmes_Sienne.jpg

Cette analyse m'a fortement interpellée. En effet, je retrouve la critique souvent formulée de la vision 'idéalisée' de La femme par l'homme, et son rêve de « féminité », qu'il projette sur des images artistiques de la femme...

 

Dans le Conte du Graal, Perceval et Gauvain - chevaliers en quête - construisent leur identité au travers la rencontre de femmes.

- Perceval, orphelin de père, est un jeune homme naïf qui habite seul avec sa mère dans la forêt. Il ne connaît rien du monde de la chevalerie et moins encore de l’amour. N’ayant pas de rôle masculin à suivre au foyer maternel, il doit partir à la recherche de quelqu’un qui puisse remplir cette fonction dans sa vie, quelqu’un qui puisse finalement lui enseigner les secrets du code chevaleresque.

- Gauvain, lui, est déjà un chevalier établit à la cour du roi Arthur. Cependant, il doit partir pour prouver à la cour qu’il est digne de l’honneur et de la courtoisie qu’on associe avec son nom.

 

- Perceval -

      Quand Perceval rencontre la demoiselle de la tente ( c'est «  sa première fois » ), il retrouve ce désir originel incontrôlable : celui de l'enfant qui veut manger ou boire, et c'est la mère qui, en lui donnant le sein, satisfait tout de suite son désir. La femme représente l'être manquant, le jeune novice obéit à son instinct, il prend des baisers par la force et lui arrache son anneau qu'elle porte au doigt. L'anneau de la demoiselle symbolise son union avec l'Orgueilleux de la Lande et le pouvoir qu'il a sur elle.

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Perceval arrache l'anneau ..

Le crime de Perceval n'est pas d’enlever l'anneau en 'violant' la demoiselle, mais de lancer un défi à un autre homme en touchant à sa 'propriété'. Cet épisode montre bien la place de la femme à-vis de l'homme à l'époque médiévale. La femme n'existe que pour satisfaire les désirs de l'homme qui est son maître et son seigneur...

Selon la Coutume de Logres qui est très bien illustrée dans Le Chevalier de la charrette de Chrétien de Troyes, le chevalier qui rencontre une demoiselle toute seule, n'a pas le droit de lui faire violence. Cependant, si elle est accompagnée, il peut se battre contre son compagnon pour essayer d'avoir sa femme. Si le chevalier sort vainqueur du combat, il a le droit d'amener la demoiselle avec lui et de faire avec elle ce qu'il lui plaît (v.1302-1316)

La demoiselle - à qui Perceval vole un baiser – sera punie par 'son ami' jusqu'à ce qu'il rencontre l'homme qui lui a enlevé son orgueil masculin ( en violant son amie) .

Quand Perceval sort vainqueur du combat contre l'Orgueilleux de la Lande, c'est son honneur chevaleresque qui augmente et non pas celui de la demoiselle qui avait été maltraitée pendant des années à cause de lui.

Si, la demoiselle de la tente symbolise le désir sexuel incontrôlable chez Perceval... Que représente pour lui Blanchefleur, qui semble être la seule femme qu'il désire vraiment.

 

Perceval, ne désire vraiment qu'une femme : Blanchefleur.

A suivre ...

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L'amour courtois venu d'Orient -1/2-

Publié le par Perceval

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Youssef et Zulaykha. - Miniature persane du XVIe siècle

La poésie arabe déjà au cours de la période préislamique, utilisait le thème de l'amour, au travers des rapports complexes entre amoureux éperdus, entre l'homme et une femme idéale, inaccessible, parée de toutes les qualités divines.

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A prince and princess embrace- ca. 1550, Abdullah, Uzbek period

Deux notions centrales sont mises en avant dès le VIIIe siècle par Ibn Sallâm al-Jumahî (756-845) :  "La poésie est la science la plus complète des Arabes" et "Les premiers Arabes n'avaient pas d'autre poésie que les vers dits par un homme dans le besoin".

 

Les poètes soufis ont maintes fois exploité ce modèle pour décrire les états d’exaltation, de souffrance, de perplexité, de soumission et de plénitude liés à l’expérience amoureuse. L’amour humain devient ainsi une image de l’amour spirituel et l’amoureux incarne le disciple qui aspire à l’Union à Dieu symbolisée par la femme convoitée. Ces vers de Ibn al-Farid (1181-1235) donnent un aperçu de l’embrasement d‘amour qui emporte l’amoureux lors de son voyage intérieur : « Je suis ton esclave et ne songe pas à me libérer de cet esclavage. Voudrais-tu m’en libérer que je refuserais cette liberté, Et si tu m’éloignais, je reviendrais. Ta beauté a fait de moi un prisonnier ! Ton charme m’a enchaîné à toi, mais mon esclavage m’est infiniment doux ! »

*****

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L'amour courtois puise peut-être ses origines au Levant et dans la littérature arabo-andalouse, notamment chez le poète arabe du IXe siècle Ibn Dawud (868 - 909)- juriste iranien zâhirite et poète de langue arabe - qualifié de « Boileau des arabes » et considéré comme le « théoricien de l'amour courtois » ou chez Ibn al-Hazm (994 à Cordoue - 1064 ) poète, historien, juriste, philosophe et théologien musulman de souche andalouse (convertie à l'islam depuis plus de deux siècles.).

 

Sources : Wiki, et Traces de soufisme en Europe occidentale de Jean-Louis Girotto  

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Anna de Noailles et Maurice Barrès : Correspondance -3/3-

Publié le par Perceval

«  je pense, mon amie, qu'au milieu de Venise et plus encore dans Milan et sur les lacs ( qui mettent en activité toute l'imagination et ne lui offrent aucun objet) vous évoquerez nécessairement votre ami. Je me rappelle le coup de couteau que me fut à Venise telle scène ou telle autre ... » lettre de Barrès du 6 Octobre 1907

«  (…) je suis désormais l'écho, le miroir de votre propre vie ; habitée par la sublime amitié (…) Mon ami, mon amitié jusqu'à cet automne était absolue, parfaite, divine, mais la Douleur l'a prise et l'a posée dans le sublime. » Lettre d'Anna du 20 décembre 1907

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Portrait d'Anna de Noailles, 1918

Pour dire vrai, l'aventure passionnelle entre les deux poètes, s'est renversée :

Cécile Sorel, actrice et ancienne maitresse de Barrès, note dans ses mémoires ( Les Belles Heures de ma Vie -1946 )  que Barrès affolé, demande à la voir. Il lui explique qu’Anna a décidé de transformer leur chaste passion en aventure : « Elle veut me jeter hors de ma vie, hors de mon œuvre. Elle veut être ma souveraine »

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Anna s’embrase. Vivre ! Elle veut vivre au grand jour avec l’homme qu’elle aime. Elle veut quitter son mari, partir. Les malles sont faites, elle a trente ans, elle n’est plus une petite fille.

Barrès monte dans le fiacre qui est venu le chercher chez Cécile Sorel. A l’intérieur, Anna en tenue de voyage. Partir. Tout abandonner. La gloire, l’Académie, le confort bourgeois et la tradition. Partir impossible.

Anna ne lui pardonne pas. C’est ainsi qu’on pourrait comprendre sa phrase à l’Abbé Mugnier : Barrès est sorti de ma vie « comme un misérable. »


Anna va se mettre à adorer l’homme qui commence à la fuir, jusqu’à l’épuisement, mais jamais jusqu’au renoncement.Maurice_Barres_1916.jpg

 « Mon ami, que ne suis-je morte quand votre cœur, votre esprit, votre caractère me semblait divins, quand toute mon âme était fière de vous, quand vous me consoliez de la mort, quand vous étiez mon repos, mon paradis et ma gloire éternelle. Mon ami, je suis à bout de forces, de paroles, je suis exténuée, brisée, déçue jusqu’à mourir (…). Mon ami, dîtes à chacune de vos journées que vous m’empêchez de vivre, que vous avez mon sang sur vos mains. Ne me répondez pas à présent vous me feriez trop mal. Ah mon ami, mon ami ! Je mets ma douleur, ma main dans votre main. A.N. » Lettre d’Anna à Barrès, 21 mai 1907


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Anna de Noailles en 1922

«Aucune absence, fût elle de vingt années, ne me délie de mon serment d’éternelle amitié. Tous les besoins des êtres, la faim, le repos, la vanité, je les ignore ; je suis sourde à ce qui n’est pas la voix de mon cœur pour vous. (…) Mon ami, mon amitié est divine, ne brisez pas dans un moment de colère, de démence, cette plus grande chose sur la terre. Je m’en remets à vous pour rétablir, quel que soit le temps qu’il faille y mettre, ce lien sublime. (…) Si vous étiez mort, j’aurais été plusieurs fois par an, et jusqu’à ma mort, sur la place où vous eussiez reposé. Moi vivante et vous vivant, comment accepter cette plus morte mort. » Anna, le 21 juin 1907.

 

Leurs retrouvailles ont lieu de manière informelle en 1916. Pendant quelques mois, leur passion indéfectible trouve enfin sa concrétisation peine et entière. Mais le bonheur est de courte durée : Barrès malade et en proie au doute, s'éloigne de nouveau. Il s’apaise enfin, dans une lettre du 11 mai 1923, il exprime la volonté que toute son œuvre soit dédiée à Madame de Noailles.

 

Sources ( entre autres...) Un article de Patricia Voisin, docteur en lettres et écrivaine.

- Voir aussi:

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