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Articles avec #litterature tag

Milena Jesenská, l'amie de Kafka. -2/2-

Publié le par Perceval

Le rapport de Kafka aux femmes était difficile. Les rapports sexuels n'étaient pour lui qu'un « résidu » de l'amour, peut-être même nuisibles à la pureté des relations, bien qu'il ne les refusait pas toujours...

Franz souhaite que Milena se sépare de son mari, mais elle n’est pas prête pour le divorce, malgré la passion qu’elle lui voue.Milena-Jesenska-3.jpg

Il est malheureux et les lettres s'espacent car; estime-t-il, « ces lettres en zigzag doivent cesser, Milena, elles nous rendent fous. » En fait, il est malade, toujours aussi angoissé et dans sa dernière lettre datée de juillet 1923, alors qu'il ne lui reste qu'à peine un an à vivre, il lui avoue qu'il « a trouvé à Müritz une aide prodigieuse en son genre, » qui s'appelle Dora Dymant, jeune Berlinoise de 19 ans qui l'accompagnera jusqu’à la fin le 3 juin 1924.

Milena Jesenská et Kafka ne se sont rencontrés que deux fois, toute leur relation est essentiellement épistolaire, d’une densité rare, d’une courte durée, et Franz, tuberculeux, meurt en 1924.

Dans le Narodni Listy du 7 juin 1924, Milena lui rend hommage dans un article d'un acuité extraordinaire où elle le peint comme un homme « timide, inquiet, doux et bon, mais les livres qu’il a écrits sont cruels et douloureux, » le présentant comme celui qui « a écrit les livres les plus importants de la jeune littérature allemande, » des livres ajoute-t-elle « pleins de l’ironie sèche et de la vision sensible d’un homme qui voyait le monde si clairement qu’il ne pouvait pas le supporter et qu’il lui fallait mourir s’il ne voulait pas faire de concessions comme les autres… »

Milena traduira en Tchèque plusieurs des nouvelles de Kafka :« La contemplation », « Le chauffeur » (premier chapitre du roman inachevé L’Amérique), « Le verdict » et « La métamorphose ». Par la suite, elle traduira des auteurs germanophones (Henrich Mann, Franz Werfel) mais aussi français (Jules Laforgue, Guillaume Apollinaire, Romain Rolland...)

Milena-Jesenska-5.jpgMilena se sépare finalement de son mari et s'installe à Dresde, puis de nouveau à Prague avec son nouvel amant, le comte Xavier Schaffgotsch. Milena est devenu la rédactrice en chef d'un important journal de Prague, elle écrit sur la mode et la décoration intérieure, et édite une série de livres pour enfants. En 1927 Milena rencontre et épouse un architecte du Bauhaus, Jaromír Krejcar. Elle semble alors plus heureuse qu'elle ne l'a jamais été.

De ce second mariage, elle a une fille, puis tombe malade et devient dépendante de la morphine.

Dans les années 1930 Miléna Jesenská est attirée par le communisme, mais finalement rejette cette idéologie quand elle prend conscience des excès du stalinisme. En Octobre 1934, son deuxième mariage ne tient plus... Dans un élan d'idéalisme, Jaromír déménage pour l'Union soviétique. Quand il revient, Milena a un nouvel amant; et lui, souhaite épouser une interprète lettone qu'il a rencontré lors de sa visite à l'Union soviétique.

Après l’entrée des troupes allemandes à Prague en mars 1939, Milena s’engage dans la résistance, au sein d’une organisation visant à aider ses concitoyens à fuir en Pologne... Jusqu'à ce qu'elle soit arrêtée par la Gestapo.

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1929 Milena avec sa fille Honza Krejcarová

Elle a la bonne idée de confier à son ami Max Brod toutes les lettres de Kafka avant d’être arrêtée. Mais inversement, toutes ses propres lettres à Kafka n’ont hélas jamais été retrouvées. Kafka avait lui-même confié son testament à Max Brod en lui demandant de détruire tous ses manuscrits après sa mort, Brod avait heureusement pour nous, lecteurs, désobéi à son ami.

Milena est arrêtée par la Gestapo en novembre 1939 et déportée au camp de concentration de Ravensbrück. Elle y rencontré Margarete Buber-Neumann, qui est aussi journaliste et ancienne communiste, et elles devinrent très liées. Elles se promettent d'écrire un livre ensemble quand elles seront sorties, et si une seule survit, elle aurait à rendre témoignage à l'autre. Milena meurt le 17 mai 1944 à l'âge de 47 ans. Margarete tient sa promesse... ,

En 1995 Miléna Jesenská est honorée à Yad Vashem, à Jérusalem comme l'une des "Justes parmi les Nations" pour ses efforts à sauver les Juifs des nazis.  

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Milena Jesenská, l'amie de Kafka. -1/2-

Publié le par Perceval

Milena Jesenská (1896-1944), écrivaine et journaliste, est connue, aussi, pour avoir été l'amie de Franz Kafka. Fille d'un professeur d'université praguois et stomatologue de renom, Milena perd sa mère à l'âge de 16 ans et grandit sans grande contrainte... Elle devient une jeune fille rebelle, intrépide, n’hésitant pas à traverser la Moldau à la nage pour retrouver un petit copain...Milena-Jesenska-4.jpg

Lors d'une promenade à travers Prague, elle rencontre Max Brod et Franz Werfel au Café Arco. Elles fréquente assidûment le quartier juif-allemand de la ville, où elle rencontre l'élite artistique de l'époque.

Sur la volonté de son père, elle entame des études de médecine, qu'elle abandonne bientôt.

Ernst-Pollak.jpgElle rencontre Ernst Pollak, alors qu'elle a environ 20 ans , et tombe éperdument amoureuse de lui, même s'il a dix ans de plus qu'elle. Son père est un antisémite enragé et désapprouve sa liaison avec E. Pollak, juif de langue allemande. Il va jusqu'à l'enfermer dans un hôpital psychiatrique pendant neuf mois, de Juin à Mars 1918. Elle réussit finalement à s'échapper et rompt définitivement avec sa famille.

Milena vit bientôt de sa plume, travaillant comme journaliste et traductrice.

Après sa 'libération', elle épouse Ernst et le couple s'installe à Vienne. Elle s'y sent seule et son mari la trompe... Le couple manque d’argent. Milena donne des leçons de tchèque, traduit, porte les bagages à la gare, sert comme dame de compagnie, rédige des articles… Elle publie finalement des articles et des éditoriaux dans certains des quotidiens et magazines les plus connus de Prague.kafka_franz.jpg

Milena écrit à Kafka qu’elle souhaite traduire en tchèque un texte qu'elle vient de lire « Der Heizer ». C’est le début de leur fameuse correspondance, la « joie secrète » de Milena.

Après trois mois d’échanges, leur rencontre ne se fait pas sans une préalable lutte intérieure chez Kafka. Il voudrait bien voir Milena, mais il redoute aussi la rencontre immédiate, physique. Kafka rompt ses fiançailles avec Julie Wohryzek.

Ils ne se ressemblent pas du tout : Ils font connaissance à Merano où Kafka fait une cure; elle a 24 ans, et lui 38. Il lui parle de ses problèmes, sa tuberculose, son hypocondrie, alors qu'elle est la vie même, une femme gaie et passionnée. Ces Lettres à Milena portent bien leur nom : elles sont à sens unique, seule Milena ayant conservé les courriers de Kafka.

C'est le coup de foudre, et une correspondance passionnée s’ensuit.

« J’ai besoin pour toi de ce temps et de mille fois plus que ce temps : de tout le temps qu’il peut y avoir au monde, celui de penser à toi, de respirer en toi, (…) de ce présent qui t’appartient. »

Milena-Jesenska.jpgDans son Journal, le 2 décembre 1921, Kafka semble littéralement frappé par la foudre : 

« Toujours Milena, ou peut-être pas Milena, mais un principe, une lumière dans les ténèbres. Elle est le ciel fourvoyé sur terre. »

Très vite, les lettres de Milena deviennent une drogue indispensable pour Kafka. Anxieux, Kafka ne cesse de déplorer son état de dépendance tout autant que la crainte du sevrage :

« Hier je t’ai conseillé de ne pas m’écrire chaque jour; je n’ai pas changé d’avis, ce serait très bon pour nous deux, et je te le conseille encore, et j’y insiste même encore plus; seulement, Milena, ne m’écoute pas, je t’en prie; écris-moi quand même tous les jours, tu n’as pas besoin d’en mettre bien long, tu peux faire bien plus bref que tes lettres d’aujourd’hui; deux lignes à peine, un seul mot, mais de ce mot je ne puis me passer sans une effroyable souffrance. »

En juillet 1920, ils se retrouvent à Vienne où ils passent quatre longs jours ensemble, « ton visage au-dessous du mien dans la forêt et ma tête qui repose sur ton sein presque nu… » Il hésite, s'imagine détruire ce miracle, cette harmonie s'il cède à la rencontre physique... Seconde rencontre à Gmundà la frontière autrichienne, « ce jour-là nous nous sommes parlé, nous nous sommes écoutés, souvent, longtemps, comme des étrangers. »

Après cette rencontre, il est à la fois lyrique et lucide : « Je ne sais ce que j’ai, je ne puis plus rien t’écrire de ce qui n’est pas ce qui nous concerne seuls, nous dans la cohue de ce monde. Tout ce qui est étranger à cela m'est étranger ». Il recherche la fusion : « ce n’est pas toi que j’aime, c’est bien plus, c’est mon existence : elle m’est donnée à travers toi » ; il doute : « tu veux toujours savoir, Milena, si je t’aime ; c’est une grave question à laquelle on ne saurait répondre dans une lettre. »

La relation amoureuse entre Franz et Milena reste essentiellement platonique. Elle traduit en tchèque plusieurs œuvres de l'écrivain, alors relativement méconnu. Leur amitié durera jusqu'à la mort de Kafka.

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Christine de Pisan (1364-1430) -2/2-

Publié le par Perceval

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Christine à la fontaine de clergie, Le Livre de mutacion de Fortune
« Si pry a Dieu qu’il leur vueille donner
La mort briefment; car leur vie m’anoye,
Pour ce qu’en dueil me font mes jours finer
Sanz vous veoir, ou est toute ma joye
Car ilz se vont entremettant
De moy gaitier nuit et jour, mais pourtant
Ne vous oubli, ce pouez vous savoir,
Pour le desir que j’ay de vous veoir. 
»
Extrait de Pour le désir que j’ay de vous veoir :

Christine est d’abord une poétesse. En effet, c’est le premier moyen de se faire remarquer en bien par les princes mécènes, car leur cour se plaît particulièrement aux jeux poétiques de la littérature courtoise. Pourtant ...

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Christine de Pizan écrivant et la déesse Minerve, Christine de Pizan , Le livre des faits d’armes et de chevalerie, 1434

En 1399 elle publie une Epître au dieu d’Amour. Christine y dénonce l’amour courtois qui n’était, selon elle, qu’hypocrisie. Les hommes, écrit-elle, aiment à séduire, puis à se vanter entre eux de leurs conquêtes et prouesses sexuelles.... En 1401, avec le Dit de la Rose, elle déclenche la fameuse Querelle du Roman de la Rose, en dénonçant la misogynie grossière de Jean de Meung. A la querelle se sont mêlés des personnages très sérieux, parmi lesquels le chancelier de l’Université de Paris, le théologien Jean Gerson.

 Dans ce contexte, elle rédige une œuvre surprenante : la première utopie féminine.

La Cité des Dames (1405) de Christine de Pisan, est un espace gouverné par les femmes, une citadelle inexpugnable, bâtie à l'abri des guerres et du chaos engendré par la domination des hommes.

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Christine de Pizan présentant ses Epîtres du Débat sur le Roman de la Rose à la reine Isabeau de Bavière

« Dans cet espace utopique, dans cet univers féminin, elle analyse le rôle du corps, la fonction qu'il a rempli jusqu'alors. Pour elle, considéré comme beau et sain, il échappe à son destin de tentation et de péché, de procréation et de souffrance. L'image positive du corps de la femme, éloignée de la maternité ou de la faute, suppose une surprenante avancée par rapport aux idées du moment, qui ne laisse pas de surprendre. » Clara Obligado

Un siècle plus tôt, le pape Honoré III clamait du haut de sa chaire : « Les femmes ne doivent pas parler parce que leurs lèvres portent les stigmates d'Eve, dont les paroles ont scellé le destin des hommes ».

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Christine de Pisan offre son livre à Marguerite de Bourgogne

En 1418, au moment de la terreur bourguignonne, Christine trouve refuge dans un monastère. La victoire de Jeanne d’Arc à Orléans lui redonne l’espoir; elle rédige en son honneur le Ditié de la Pucelle en 1429. Elle sera le seul lettré contemporain qui ait salué par ses écrits l’épopée de Jeanne d’Arc. Elle a dû mourir peu de temps après.

 

« Et ainsi moi, Christine, un peu fatiguée par la longue écriture, mais me félicitant de la digne beauté de cette œuvre […] je me résolus d’en multiplier les copies de par le monde, quel qu’en fût le coût, afin qu’elle soit connue en différents endroits par les reines, les princesses et hautes dames, pour qu’elle reçoive les honneurs et louanges qu’elle mérite, et qu’elles la fassent connaître à d’autres femmes. Et lorsque sera réalisé ce projet auquel j’aspire - et qui est en bonne voie -, elle sera diffusée, répandue et publiée dans tous les pays du monde, bien qu’elle soit rédigée en langue française. Toutefois, parce que cette langue est plus connue que n’importe quelle autre dans l’univers, notre dite œuvre ne restera pas vaine pour autant, mais copiée en maints exemplaires, demeurera sans dépérir. Et ainsi les plus excellentes dames et femmes d’autorité, tant du présent que de l’avenir, pourront la voir et la lire, et prieront dieu pour leur servante Christine, regrettant qu’elle n’ait pas vécu en leur temps » (Le Livre des Trois Vertus.)

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Christine de Pisan (1364-1430) -1/2-

Publié le par Perceval

Christine-de-Pizan-ecrivant-1407.jpgChristine de Pisan naît en Italie en 1364, au sein d’une famille d’intellectuels. Son père est un médecin et un conférencier en astrologie à l’université de Bologne. Il est appelé à Paris, à la cour de Charles V, en 1368. C’est là que Christine reçoit une éducation de jeune fille noble, apprend la musique, le latin, la poésie, et lit des ouvrages de philosophie, d’histoire ou de religion.

Elle vit à la cour jusqu’à "l’âge où l’habitude veut que les filles prennent mari, même si j’étais encore très jeune". Des chevaliers, des nobles, de riches clercs demandent sa main, non pour sa "valeur", dit-elle, mais en raison de l’amitié que le roi avait pour son père. Thomas préféra à ces prétendants "un jeune écolier gradué, bien né de nobles parents picards et dont les vertus dépassaient les richesses". Etienne de Castel, vingt-quatre ans. Elle a quinze ans, lorsque « le corps baigné de musc, vêtue de soie et couronnée de fleurs », elle est mariée à Étienne de Castel, qui devient notaire et secrétaire du roi … L-Amant-approche-du-sanctuaire-de-la-Dame---Le-Roman-de-l.jpgChristine a bien de la chance... et connaît l'amour dès la première nuit, alors que rien ne laissait présager que cet homme, de dix ans son aîné, serait le mari idéal... Christine, elle-même, de son mari, explique que « nul ne le valait en bonté, en douceur, en loyauté et tendre amour » (5). Elle y songe encore dans la ballade Douce chose est que mariage : « La première nuit du mariage alors que j’avais très peur, je me rendis compte de sa grandeur car il ne fit rien qui puisse me faire mal, mais jusqu’à l’heure du lever, m’embrassa cent fois… »

Christine et Étienne s'aimèrent et eurent plusieurs enfants... Le 26 septembre 1380 s’ouvre une première fois la porte des infortunes, lorsque le roi Charles V meurt à l’âge de quarante-trois ans. Son père tombe vite en disgrâce... En 1389, année néfaste... Le père de Christine vient de mourir, ruiné et criblé de dettes, et son mari est emporté par la peste... !

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Christine de Pisan assise à côté d'un lutrin et tenant une ecritoire. Miniature.sur.velin.du.xve.siecle.

Christine se retrouve veuve, avec trois enfants, une mère et une nièce à charge. Elle choisit de ne pas se remarier...Et le sort lui réserve une nouvelle épreuve : la perte d'un fils...

Elle fait les sièges des tribunaux plus de treize ans pour régler la succession. Et là, « combien ne fallut-il pas attendre ! Que de paroles outrageantes ! Que de regards moqueurs ! Que de quolibets de la part de ceux qui avaient bien bu ! Et moi, j’étais souvent en butte à des propos inconvenants. Mais, comme j’avais peur que cela ne porte préjudice à ma cause, étant dans le dénuement, je laissais faire et dire. Je détournais la tête pour ne rien répondre, ou bien je faisais semblant de ne pas avoir entendu le grossier bouffon ». Christine est aussi la proie des calomnies : « Ne fut-il pas dit de moi et par toute la ville que j’aimais d’amour ? », alors qu’elle pleure toujours son « ami mort et le bon temps passé ».

Peu après la mort d’Étienne, Christine revient à « la voie qui lui était la plus plaisante et la plus naturelle : celle de la solitude »

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Christine de Pisan fait la lecture à des bourgeois

Elle se lance dans le « métier » de femme de lettres tout en s’évertuant à compléter son éducation et sa culture et à conserver ses relations à la cour. Elle a déjà rédigé une biographie du roi Charles V, des ballades ainsi que des ouvres allégoriques. Ce qui représente une véritable innovation, c'est sa façon de se positionner dans la vie en tant qu'intellectuelle.

Christine de Pizan laissera environ quatre cents poèmes en tout genre, ballades, rondeaux, virelais, complaintes. Elle écrit ces poèmes “d’amant et de dame” sur commande des particuliers, car elle entend vivre de sa plume. Elle compose de nombreuses pièces lyriques rassemblées dans Le Livre des Cent Ballades, dans lequel elle évoque son deuil et sa vie de femme à la cour. Grâce au succès de cette œuvre, elle obtient des commandes et le soutien de puissants.

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3 novembre 1874 : Naissance de Lucie Delarue-Mardrus -2/2-

Publié le par Perceval

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Lucie Delarue-Mardrus (1874-1945 )

On dit que Lucie voulait épouser Philippe Pétain... ! Ses parents n'ont pas voulu... Reconnaissons qu'elle eut une meilleure idée, en 1900 de se marier avec Jean-Charles Mardrus un orientaliste célèbre qui traduit les Mille et une nuits et qui l'appelle "Princesse amande" ( et, ce n'est pas du fait de ses yeux ...)

C'est grâce à lui, qu'elle devient aussi célèbre que Colette. Beaucoup de romans de Lucie paraissent sous la forme de feuilleton dans des revues avant d'être publiés sous forme de livres, et - dans les deux premières décennies du 20e siècle - elle jouit d'une grande popularité.

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Femme excentrique, elle assume ses désirs lesbiens. Au moment de son mariage Lucie avait déjà eu l'expérience de cet attachement passionné qu'elle a pour les femmes, en particulier avec Impéria Heredia (  Luisa Despaigne - la femme du poète José-Maria de Heredia) qu'elle aime depuis trois ans.

Son mari introduit Lucie dans la société littéraire français et elle y rencontre d'autres écrivaines lesbiennes tels que Renée Vivien, qui admire la poésie de Lucie, et Natalie Barney, de qui elle tombe passionnément amoureuse. Mais, cette passion n'est pas partagée. Elle marque donc une nette préférence pour les femmes et multiplie les conquêtes de ces amazones hardies qui défient les préjugés bourgeois et affichent leur sexualité.

Entre 1902 et 1905, Lucie Delarue écrit des poèmes qui retracent sa liaison avec Natalie Clifford Barney. Cette dernière les fera éditer en 1951 aux éditions Les Isles dans un recueil intitulé 'Nos secrètes amours'.

Lucie-Delarue-Mardrus-photo-dans-la-Pavillon-de-la-Reine.jpegLucie Delarue Mardrus,

photo dans la Pavillon de la Reine

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Natalie Clifford Barney

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Joseph-Charles Mardrus


En 1914, Mardrus est mobilisé  comme Médecin, Lucie reste à Honfleur.

Après quinze années de mariage, elle divorce de son mari. Lui a rencontré une jeune brodeuse, Gabrielle Bralant, elle a 16 ans, lui 45... Lucie, elle, ne quitte plus Suzy, la femme du mondain docteur Doyen : cette relation suscite de nombreux commérages … Ensuite, elle a une longue liaison avec Valentine Ovize (Chattie), qu'elle emmène partout avec elle, au gré de ses conférences (1917 et 1920). Obsédée par la mort, Lucie écrit l'un de ses meilleurs romans « L'Ex-voto »...

Lucie-Delarue-Mardrus-1906.jpg Lucie-Delarue-Mardrus-2.jpeg
   

A cette époque elle emménage au 17 bis quai Voltaire à Paris, où elle vit de 1915 à 1936. Elle passera les trois dernières années de sa vie à Château-Gontier où elle se retire en 1942.

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de Lucien Lévy-Dhurmer -  

Lucie Delarue-Mardrus

Elle est prise de passion pour une violoniste américaine et devient l'amante de la chanteuse juive d'opéra Germaine de Castro qu'elle rencontre en 1932, alors qu'elle a 58 ans. Durant les années 1930 elles sont l'objet de persécutions antisémites...

Paradoxalement, elle éprouve également une passion pour … Ste Thérése de Lisieux . !

Dans son œuvre abondante, le meilleur peut côtoyer le pire. Il semblerait qu'après avoir écrit "pour le plaisir" elle doit le faire – après sa séparation - pour subvenir à ses besoins. Une oeuvre sans contenu essentiel et qui révèle une nature ardente, parfois mutine, une adhésion réelle et profonde avec la vie dans sa sensualité première. Aujourd'hui, sa prose peut paraître sans relief et perdre beaucoup de son attrait.

Livres-Lucie-Delarue-M.jpg

 

 

 

 

Faisant de longues balades sur Alfreda ,sa jument , puis écrivant et tisonnant le soir venu au coin de l’âtre, la Poétesse vit ses dernières années seule ,oubliée ! Elle meurt le 26 avril 1945 à 70 ans . Jean-Charles Mardrus meurt en 1949.

En France, elle est surtout connue pour son poème : "L'odeur de mon pays était dans une pomme», que l'on apprend à l'école... Ses écrits expriment son amour des voyages et de sa Normandie. « L'Ex-voto  (1932), par exemple, décrit la vie et le milieu des pêcheurs de Honfleur en ce début du vingtième siècle.

 

L'Odeur de mon pays...

Lucie-Delarue-Mardrus-6.jpg
 

L'odeur de mon pays était dans une pomme.
Je l'ai mordue avec les yeux fermés du somme,
Pour me croire debout dans un herbage vert.
L'herbe haute sentait le soleil et la mer,
L'ombre des peupliers y allongeaient des raies,
Et j'entendais le bruit des oiseaux, plein les haies, 
Se mêler au retour des vagues de midi...

Combien de fois, ainsi, l'automne rousse et verte
Me vit-elle, au milieu du soleil et, debout,
Manger, les yeux fermés, la pomme rebondie
De tes prés, copieuse et forte Normandie ?...
Ah! je ne guérirai jamais de mon pays!
N'est-il pas la douceur des feuillages cueillis
Dans la fraîcheur, la paix et toute l'innocence?

Et qui donc a jamais guéri de son enfance ?...

Lucie DELARUE-MARDRUS, Ferveur (1902

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3 novembre 1874 : Naissance de Lucie Delarue-Mardrus -1/3-

Publié le par Perceval

Lucie-Delarue-Mardrus-3.jpgOnze recueils de poésie (une anthologie et un recueil anonyme posthumes), au moins quarante sept récits de fiction (romans et nouvelles), de très nombreux articles (critique littéraire, artistique, bien-être, sociologie...), trois essais, cinq biographies, quatre récits de voyage, une autobiographie, deux pièces de théâtre publiées, de très nombreux manuscrits (poésies et théâtre, scénarii), des dessins et des tableaux étonnants, des sculptures très variées, des partitions (paroles et/ou musique), voici une oeuvre prolifique. Lucie Delarue-Mardrus fut une artiste complète aux dons multiples, d'une curiosité insatiable et d'une capacité de travail impressionnante.

Lucie Delarue-Mardrus, est née à Honfleur le 3 novembre 1874. Elle est la cadette de 6 filles, le père est un riche avocat ,et la famille vit entre Paris et Honfleur . Lucie-Delarue-Mardrus--Nos-secretes-amours--Les-Isles--Par.jpgGarçonne, active, libre, elle joue du piano, chante, sculpte, peint et découvre très tôt son goût pour la poésie. C’est grâce à ses poèmes qu'elle rencontre son futur mari, Jean-Charles Mardrus (1868-1949), l'illustre traducteur des Mille et une nuits. Ils se marient en le 5 juin 1900. Il est âgé de plus de 15 ans qu'elle ! Grâce à lui, elle va connaître le "tout-Paris", elle reçoit Gide,Valéry,Debussy, Claudel, Colette, Proust, Rodin … Elle publie son premier recueil "Occident", et c'est la célébrité à Paris .

Mardrus prépare sa traduction, ils voyagent beaucoup : l'Afrique du Nord (Tunisie, Algérie, Maroc, Kroumirie, Egypte, Syrie...), l'Asie mineure (Turquie), et l'Italie. Elle publie des reportages photographiques et, plus tard, des récits de voyage. Le monde littéraire parisien la fête et réclame des contes et des articles.

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Au printemps 1904, son premier voyage l'emmène en Tunisie et en Algérie ; dans le massif de l'Edough, près de Constantine, elle est plus à cheval ou en dos de chameau qu'en diligence.

En 1906, Lucie revient en Algérie, visite Kenadsa, Béchar et Aïn-Sefra. Au retour, elle passe par Tlemcen, Mers-El-Kébir et Oran. Elle fait une halte à Bougie avant de rejoindre Paris et sa Normandie natale.

 

Elle vient habiter à Honfleur, où son mari a acheté une demeure à restaurer, romantique avec vue sur baie de Seine . Leur vie s'organise entre la Normandie, Paris et leurs voyages. Elle pose pour des photographes, des sculpteurs, des peintres, devient membre du jury Femina et fait des conférences.

Lucie-delarue-dans-son-pavillon-de-la-reine-a-Honfleur.jpg

De 1907, et pour trente ans, la maison sera celle de Lucie ... Les paysans l'appellent le Château du diable. Son véritable nom est plus engageant : le Pavillon de la Reine...  

 

1910, Son troisième voyage, Lucie sillonne, deux années durant, l'Égypte et la Syrie.

A suivre ....

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George Sand : Les bas bleus...

Publié le par Perceval

Daumier réalise en 1844, une série de caricatures sur Les Bas-bleus - nom donné au XIXe siècle aux femmes qui ont des prétentions littéraires - il insiste notamment sur la mauvaise tenue de leur foyer.

Honore-Daumier--Adieu--mon-cher--je-vais-chez-mes-editeur.jpg Honore-Daumier--La-mere-est-dans-le-feu-de-la-composition.jpg
Honoré Daumier, " Adieu, mon cher, je vais chez mes éditeurs...", série Les Bas-bleus, lithographie, parue dans Le Charivari, 8 février 1844 Honoré Daumier, La mère est dans le feu de la composition, l’enfant est dans l’eau de la baignoire ! série Les Bas-bleus, lithographie, parue dans Le Charivari, 26 février 184

Nous retrouvons ces stéréotypes, dans les femmes auteurs de La Comédie humaine, par exemple : Camille Maupin dans Béatrix ou de Dinah de la Baudraye dans La Muse du département.

Daumier-Les_bas-bleus-8.jpg Daumier-Les_bas-bleus-7.jpg
1er_Bas_bleu_-_Profitons_de_l-occasion.jpg Daumier-Les_bas-bleus-6.jpg


L'admiration que Balzac – le conservateur - semble porter à George Sand, est à rapprocher des critiques qu'il fait d'elle - à Mme Hanska - dans ses lettres.

Il reproche à George Sand de ne pas éduquer ses enfants comme il le faudrait. Elle est certes "excellente mère, adorée de ses enfants", "mais elle met sa fille Solange en petit garçon et ce n’est pas bien" et elle "a laissé son fils Maurice goûter de trop bonne heure aux dissipations de Paris" (lettre à Mme Hanska, 2 mars 1838)

Il juge aussi avec sévérité la "femme auteur" de Lucrezia Floriani dont le talent "arrive comme sa personne à l’âge critique" (lettre à Mme Hanska, Paris, 26 juin 1847).

Mme de la Baudraye est présentée comme "la future rivale de George Sand" et elle est associée à ce que Balzac appelle le "sandisme", "cette lèpre sentimentale [qui] a gâté beaucoup de femmes qui, sans leurs prétentions au génie, eussent été charmantes".

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Caricature de G. Sand - 1839-  Henri Gérard-Fontallard, Congrès masculino-fœmino-littéraire, lithographie publiée dans Aujourd’hui,Journal des ridicules, 15 octobre 1839

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« Je lui jetais presque son livre au nez. Je me souviens que, comme je le traitais de gros indécent, il me traita de prude et sortit en me criant sur l’escalier : "Vous n’êtes qu’une bête!" » (George Sand qui parle de Balzac ... dans  Histoire de ma vie)

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Le jugement de quelques contemporains, sur G Sand


    caricature de George Sand dans le Monde Illustré"Pour mieux faire l’homme, (Sand) a éteint en elle le christianisme, renversé l’autel du mariage et de la mort et imprimé à son talent cette horrible grimace philosophique qui le défigure et qui a fini par le rendre affreux." BARBEY d’AUREVILLY

 

"Madame Dudevant commet des infamies et elle écrit des sublimités. Elle se flatte qu’on ne croira jamais ce qui est, et que la phrase, en définitive, prévaudra. Elle se juge assez vaisseau de haut bord pour avoir la sentine profonde. Une Christine de Suède à l’estaminet". SAINTE-BEUVE

 


"J’ai lu les premières Lettres d’un voyageur : comme tout ce qui tire son origine de Rousseau, cela est faux, factice, bourgeois, boursouflé, exagéré. Je ne puis supporter ce style de tapisserie, tout aussi peu que l’ambition populacière qui aspire aux sentiments généreux" NIETZSCHE

 

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"La femme Sand est le Prud’homme de l’immoralité. Elle a toujours été moraliste. Seulement, elle faisait autrefois de la contre-morale. Aussi elle n’a jamais été artiste. Elle a le fameux style coulant cher aux bourgeois. Elle est bête, elle est lourde, elle est bavarde ; elle a dans les idées morales la même profondeur de jugement et la même délicatesse de sentiment que les concierges et les filles entretenues (…) Que quelques hommes aient pu s’amouracher de cette latrine c’est bien la preuve de l’abaissement des hommes de ce siècle" BAUDELAIRE

 

"Les femmes n’ont jamais fait quelque chose de remarquable qu’en couchant avec beaucoup d’hommes, en suçant leur moelle morale : Madame Sand, Madame de Staël. Je crois qu’on ne trouverait pas une femme vertueuse qui vaille deux sous par l’intelligence". Les GONCOURT

 

Enumération présentée dans l’ABCdaire de George Sand, Flammarion, 1999

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Georges Sand, inspire Balzac.

Publié le par Perceval

George Sand (1804-1876) est mère célibataire. Elle est obligée d'écrire pour survivre. La "rage d'écrire" qui l'habitait déjà jeune devient un gagne-pain au journal "Le figaro", journal d'opposition républicain à l'époque.

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Indiana (1831) est le premier roman, que George Sand fait paraître, seule. Comme d'autres, un critique de l'hebdomadaire satirique illustré La Caricature, un certain Honoré de Balzac (1799-1850), s'enthousiasme à son propos :

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Le dandy Balzac aux Tuileries (Cassal, 1839)

« Ce livre-là est une réaction de la vérité contre le fantastique, du temps présent contre le moyen-âge, du drame intime contre la tyrannie du genre historique… Je ne connais rien de plus simplement écrit, de plus délicieusement conçu ».

Balzac admire véritablement George Sand, même si tout les sépare. Il vient la visiter à Nohant - sa propriété qu'elle a réussi à récupérer après sa séparation officielle - quelques jours, en 1838, et s'en retourne avec l'idée de se lancer, grâce à elle, dans la rédaction de Béatrix, prenant exemple sur l'histoire de Mme d'Agoult et de Liszt, qui faisaient partie de son entourage.

L'ouvrage sortira à la fin de l'année suivante , mettant en scène deux figures féminines. La première est celle de la blonde marquise de Rochefide, dont le roman porte le prénom, tandis que George Sand va fortement inspirer la seconde, la libre et indépendante Félicité de Touches.

En 1837, Balzac avait eu l'idée de raconter l'histoire de parisiens en province et d'une provinciale montant à Paris qui deviendra , en 1843, La Muse du département. La figure de George Sand détermine celle, posée en négatif, de la comtesse Dinah de La Baudraye, passionnée de littérature et auteur de poésie à ses heures. Balzac écrit au début de son livre, lui rendant un mordant hommage :

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George Sand par Musset

«  Si ce mot ne devait pas, pour beaucoup de gens, comporter une espèce de blâme, on pourrait dire que George Sand a créé le sandisme, tant il est vrai que, moralement parlant, le bien est presque toujours doublé d’un mal. Cette lèpre sentimentale a gâté beaucoup de femmes qui, sans leurs prétentions au génie, eussent été charmantes. Le sandisme a cependant cela de bon que la femme qui en est attaquée faisant porter ses prétendues supériorités sur les sentiments méconnus, elle est en quelque sorte le bas-bleu du cœur : il en résulte alors moins d’ennui, l’amour neutralisant un peu la littérature. Or l’illustration de George Sand a eu pour principal effet de faire reconnaître que la France possède un nombre exorbitant de femmes supérieures assez généreuses pour laisser jusqu’à présent le champ libre à la petite-fille du maréchal de Saxe.» (Balzac, La Muse du département, Pléiade, p. 51 . L’intrigue est de 1836… On appréciera le constat plutôt aigre de la réussite de Sand auprès du public féminin, et des motivations " féministes " et pleurnichardes que Balzac y déchiffre )

« Quand, après la révolution de 1830, la gloire de George Sand rayonna sur le Berry, beaucoup de villes envièrent à La Châtre le privilège d’avoir vu naître une rivale à madame de Staël, à Camille Maupin, et furent assez disposées à honorer les moindres talents féminins. Aussi vit-on, alors beaucoup de Dixièmes Muses en France, jeunes filles ou jeunes femmes détournées d’une vie paisible par un semblant de gloire ! » (La Muse du département Honoré de Balzac XII. Comment la révolution de Juillet en produisit une chez Dinah)

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De Aurore Dupin, à George Sand ...

Publié le par Perceval

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Madame Dupin de Francueil en compagnie de sa petite-fille (1815), Aurore, reçoivent le général Alphonse de Colbert (1776-1843),

Pendant son adolescence, Aurore Dupin – née à Paris le 1er juillet 1804 - ( la future George Sand), formait le projet de devenir religieuse... De quatorze à seize ans, elle fut pensionnaire au couvent des Dames augustines anglaises, ce même couvent où sa grand-mère, Marie-Aurore de Saxe, nièce du Maréchal de Saxe, frappée par la politique de la Terreur, fut arrêtée en décembre 1793, et incarcérée pendant huit mois... Marie-Aurore de Saxe avait épousé Claude-Louis Dupin de Francueil en seconde noce (elle était alors âgée de 29 ans et lui de 61 ans).

Leur fils, Maurice Dupin, père de George Sand, et Sophie-Victoire Delaborde, sa mère, se marièrent en 1804. Ce mariage constituait une mésalliance et fut conclu à l’insu de Mme Dupin de Francueil. À l’automne 1805, au début des grandes guerres napoléoniennes, Maurice Dupin repartit en campagne. Il avait été nommé aide de camp du prince Murat .. Maurice Dupin est mort accidentellement d'une chute de cheval à la sortie de La Châtre, le 16 septembre 1808. Aurore est prise en charge par sa grand-mère... Marie-Aurore de Saxe meurt le 26 décembre 1821 à Nohant.

Aurore Dupin (alias George Sand) jeune
Aurore Dupin (alias George Sand) jeune

Aurore Dupin épouse Casimir Dudevant en 1822, un sous-lieutenant qui abandonne sa carrière militaire pour se consacrer au droit. Ils s’installent dans dans la propriété familiale de Nohant ( Berry) appartenant à la mère d'Aurore.

Peu cultivé, Casimir passe tout son temps à la chasse. Aurore tente d’amener son mari à lire et à écouter de la musique, ses deux grandes passions, mais leurs divergences d’éducation minent leur relation. Leur désaccord grandit avec le train de vie de son mari, plutôt attiré par les soirées de beuverie … Cette union est un échec sentimental, malgré la naissance de deux enfants, Maurice venu au monde le 30 juin 1823 puis Solange, quelques années plus tard, le 13 septembre 1828.

Ainsi, délaissée par son mari, Aurore n’a aucun mal à succomber aux charmes cultivés d’Aurélien de Sèze. En 1825 à Cauterets, leur rencontre bouleverse l’équilibre fragile du couple... Aurore et Aurélien se lancent dans une longue relation, principalement épistolaire.  A Nohant, elle noue une liaison avec Stéphane Ajasson de Grandsagne, originaire de La Châtre, de 1827 à 1828. La rumeur publique rattrape les amants et compromet l'équilibre précaire des époux Dudevant. Casimir se met à boire, devient odieux et entretient des relations avec les servantes

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George Sand par de Musset - 1833

Le 30 juillet 1830, la jeune femme ( 26 ans) fait également la connaissance de Jules Sandeau, âgé à l'époque de dix-neuf ans, lors d’une réception chez des amis, les Duvernet, au château voisin de Coudray. Celui-ci devient rapidement son amant.

La séparation d'avec Casimir est inévitable (le divorce n'existe pas à cette époque), elle sera prononcée en sa faveur le 16 février 1836, le tribunal de La Châtre reconnaissant prouvés les « injures graves, sévices et mauvais traitements ». Face à la grande fermeté de son épouse, Casimir Dudevant s'incline et ne veut surtout pas perdre l'usufruit des possessions d'Aurore. Elle obtient de partager désormais son temps entre Nohant et Paris, Casimir accepte également de lui verser une rente de 1.500 Francs. Elle retrouve alors Jules Sandeau, et partage à Paris la vie littéraire qui lui faisait tant envie.

georges-sand-alias-aurore-dudevant-french-writer-dressed-as.jpg      Dans ce Paris de 1831, en pleine effervescence romantique après la révolution de Juillet où les jeunes artistes et poètes du quartier latin portaient des costumes extravagants, Aurore mène une vie de bohème avec ses compagnons, allant dans les théâtres, les musées et les bibliothèques. Ayant obtenu de la préfecture de police de l'Indre une permission de travestissement... elle adopte un costume masculin, plus pratique et moins coûteux: elle endosse une « redingote-guérite », se noue une grosse cravate en laine, se fait couper les cheveux jusqu'aux épaules et met un chapeau de feutre mou. Aurore affiche sa liaison avec Jules Sandeau. Journaliste au Figaro, il lui présente ses amis, dont Balzac. Ils écrivent en commun un roman, Rose et Blanche, publié sous le pseudonyme de J. Sand.

Mais lorsqu’elle décide de publier seule son prochain roman, Indiana, - un roman d'amour contant l'histoire d'une jeune fille mal mariée - sous le pseudonyme de George Sand, Sandeau reprend la seule paternité du premier roman, mettant ainsi fin à leur relation.

Malgré l'épidémie de choléra qui sévit à Paris et occupe les esprits, celui-ci connaît un vif succès. Au mois de novembre 1831, elle écrit Valentine, premier roman berrichon,et entame une collaboration avec La Revue des Deux-Mondes, pour laquelle elle s'engage à rédiger une chronique. Le 29 mai 1836, dans ces pages très courues, elle dénonce ainsi le silence qui règne sous les toits, les affres de la vie conjugale. L'écrivain se lie aussi avec des personnalités du monde des lettres et des arts : le critique Sainte-Beuve, l'actrice Marie Dorval...

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Analyse de l'idée de la Femme, dans Perceval -2/6-

Publié le par Perceval

Perceval, ne désire vraiment qu'une femme : Blanchefleur.

Perceval-monte-le-cheval-noir--v-1385-90-.jpg Blanchefleur est une femme en détresse qui a besoin de l'aide de Perceval pour combattre Aguingueron qui a fait prisonniers presque tous les chevaliers de Beau Repaire. Pour vivre en sécurité elle a besoin d'un chevalier qui puisse la défendre en combattant les chevaliers qui veulent lui faire du mal. Sans un homme dans le château pour combattre tous ceux qui y viennent pour en prendre possession, Blanchefleur se trouve complètement seule et en grand danger, exactement comme la demoiselle de la tente.

Cette fois-ci, Perceval est plus mature, et courtois avec la demoiselle. Il semble que son désir a finalement évolué. Avant d'arriver à Beau Repaire, Perceval tue le Chevalier Vermeil et c’est cette épreuve qui va permettre au jeune chevalier de continuer sa quête. Autrement dit, c'est après avoir tué le Chevalier Vermeil et après avoir revêtu ses armes que Perceval est prêt pour l'apprentissage chevaleresque avec Gornemant qui va l’aider à entrer définitivement dans le monde des hommes, monde masculin. Il peut participer aux grands tournois, et a atteint la maturité suffisante pour délivrer une demoiselle en détresse comme Blanchefleur.

perceval-luchini.jpgCette demoiselle devient alors l'objet de son désir et c'est à travers elle qu'il va se construire une image de virilité dont tout chevalier a besoin pour affirmer son identité. Le désir de Perceval est représenté dans le portrait de Blanchefleur. Elle est l'incarnation de la perfection, car elle est, selon Chrétien de Troyes, l’œuvre de Dieu:


S’il m’est jamais arrivé de décrire

La beauté que Dieu a pu mettre

au corps d’une femme ou sur son visage,

je veux maintenant refaire une description

où il n’y aura pas un mot de mensonge...

Pour ravir l’esprit et le coeur des gens

Dieu lui avait fait passer toute merveille... (v. 1763-1785)

 

La femme icône :

 Blanchefleur est le portrait de la femme idéalisée par excellence. L'homme qui idéalise la femme la déshumanise complètement, car il lui attribue des caractéristiques qui ne sont pas réelles. Son corps est réduit à la tête, au cou et aux bras, parties du corps qui sont toujours décrites en grand détail. De ce fait la femme n'est pas un être de chair et d'os. Elle devient plutôt une œuvre artistique qui est le produit du désir masculin.

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« Dans Le Jeu de la feuillée, vers 1286, le trouvère artésien Adam de la Halle fait le portrait de la femme idéale, […] blanche et vermeille, ses cheveux blonds, ondulés, son front bien proportionné, blanc, lisse et dégagé, ses sourcils fins, ses yeux vifs et noirs, son nez fin et droit, ses joues rondes, sa bouche charnue et vermeille, ses dents éclatantes, les bras minces, ses doigts longs, ses ongles roses, ses seins hauts, son ventre saillant, ses hanches étroites et ses chevilles fines » 

 

La beauté idéale chez Blanchefleur va réfléchir la valeur de celui qui veut la servir, car dans la société médiévale il y a un lien entre la prouesse masculine et la beauté féminine. Une extension donc de l’homme, la demoiselle augmente le statut masculin du chevalier dans la société. Comme on peut le voir chez Perceval, la représentation de la femme idéalisée est l’œuvre de Dieu. D'abord, les mouvements du corps féminin sont comparés à ceux d'un épervier ou d'un papegai et, suit immédiatement une description détaillée des cheveux qui sont comparés à l'or et à la lumière. 

 

Elle avait laissé ses cheveux libres

et leur nature était telle, si la chose est

possible, qu’on aurait dit à les voir

qu’ils étaient entièrement d’or pur,

Tant leur dorure avait de lumière.

 

En idéalisant la femme, l'homme la réduit à n'être qu'un objet de son désir , aussi chaste soit-il... Le portrait idéalisé de la femme renvoie donc à son rôle dans le monde masculin. L'homme médiéval veut avoir une femme obéissante et soumise à toutes ses volontés. La femme icône est la mère de ses enfants, celle digne de lui donner la possibilité de perpétuer son nom, le nom du père. La femme source de lumière est souvent présentée à partir du modèle de la Vierge Marie, symbole de perfection et mère de Dieu.

Blanchefleur-Perceval.jpgLe chevalier est l'artiste qui voit la femme, celui qui la transforme dans l’objet de son désir en lui attribuant des caractéristiques tirées des éléments de la nature, une nature qui n’est pas menaçante, car elle est de création divine.

 

Elle avait le front tout de blancheur, haut et

lisse, comme fait à la main,

d’une main d’artiste travaillant

la pierre, l’ivoire ou le bois...

 

Le portrait de Blanchefleur est bien l’œuvre de Pygmalion qui fait une statue de la femme idéale,

La femme n'existe alors que dans le langage à partir des mots qui sont mis ensemble sur le papier, des mots qui parlent des couleurs telles que le vermeil des joues et le blanche de la peau.

Le blanc et le vermeil sont les couleurs du désir du chevalier lorsqu'il fait le portrait de la femme idéale. Quoiqu’on sache qu'il s'agit ici du portrait d'une femme, que l’on décrive seulement sa tête et ses mouvements est déjà une façon de la rendre absente comme sujet dans le texte. Autrement dit, lorsqu’on nous fait le portrait féminin, ce n’est pas la femme qui est en question mais l’homme et la façon dont il la perçoit. En voyant la femme, le chevalier expose son désir pour elle et s’affirme dans le texte comme sujet désirant, c’est-à-dire, qu’il exprime de manière voilée et donc inconsciente, son désir sexuel. Dans le cas de la femme, celle-ci ne devient qu’une projection dans le texte du regard et du désir masculins.

 

Pour que quelqu'un puisse exister comme sujet, il faut lui donner un nom. C'est dans le texte même et de la bouche de Perceval qu’on apprend le nom de ce personnage. Quand il rencontre sa cousine germaine et qu’elle lui demande son nom, il répond que c'est Perceval le Gallois (v.3510-3514). Néanmoins, Blanchefleur est la seule femme nommé dans le texte de Chrétien.

Bien souvent, les femmes n'ont pas de nom : en effaçant l'identité, on efface le sujet, pour valoriser au maximum, l'identité – associée à la virilité – du chevalier.

La femme devient l'adjuvant qui aide le chevalier à réussir à avoir le plus d'honneur chevaleresque possible. Elle n'existe le plus souvent que pour déclencher le récit et pour assurer que les désirs du héros masculin soient tous comblés.

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Blanchefleur au lit, avec Perceval

Quand Blanchefleur va rejoindre Perceval dans son lit, c'est le désir sexuel masculin qu'elle va satisfaire et non pas le sien. On ne voit pas ici dans cette scène une description du corps physique de Blanchefleur, car ceci aurait exigé qu'on parle de la sexualité féminine. En plus, admettre que Blanchefleur a une sexualité serait détruire le portrait idéal qu'on vient de nous faire de la jeune fille. Pour cette raison Chrétien nous dit tout simplement que :

« bouche contre bouche, dans les bras l'un de l'autre, ils ont dormi jusqu'à l'aube » (v.2026-2027).

 

La seule façon dont Perceval peut accomplir son désir sexuel et en jouir pleinement en même temps, c'est dans le rêve, car dans le rêve il n'a pas besoin de faire face à la peur de la castration que représente pour lui la femme. L'épisode des gouttes de sang sur la neige est l'accomplissement de son désir pour Blanchefleur sur le plan imaginaire.

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Perceval tombe en contemplation devant trois gouttes de sang

Il n'était plus que regard. 
Il lui apparaissait, tant qu'il prenait plaisir, 
que ce qu'il voyait, c'était la couleur toute nouvelle 
du visage de son amie, si belle. (v. 4142-4144)

 

La semblance de Blanchefleur s'écrit sur la neige comme la métaphore du désir. La métaphore est toujours un déplacement d'un signifiant sur un autre signifiant. Autrement dit, ce sont le vermeil du sang et la blancheur de la neige qui, signifiants du désir de Perceval, lui rappellent le visage de Blanchefleur. Ici la représentation de la femme devient encore une fois le fruit de l'interprétation du désir masculin du chevalier et non pas le corps unifié d'un sujet humain.  

 

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