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Articles avec #litterature tag

Les Dames illustres: XVe s.

Publié le par Perceval

« Les XXI Epistres des Dames illustres traduicttes d’Ovide par le Reverend Pere en Dieu Monseigneur l’Evesque de Angoulesme », c'est à dire traduites par Octovien de Saint-Gelais.  Octovien de Saint-Gelais traduisit pour Charles VIII entre 1490 et 1493 les 21 Heroides d’Ovide en décasyllabes à rimes plates. Très vite, l’imprimerie s’empara du texte dont elle produisit de nombreuses rééditions pendant la première moitié du XVIe siècle
« Les XXI Epistres des Dames illustres traduicttes d’Ovide par le Reverend Pere en Dieu Monseigneur l’Evesque de Angoulesme », c'est à dire traduites par Octovien de Saint-Gelais.  Octovien de Saint-Gelais traduisit pour Charles VIII entre 1490 et 1493 les 21 Heroides d’Ovide en décasyllabes à rimes plates. Très vite, l’imprimerie s’empara du texte dont elle produisit de nombreuses rééditions pendant la première moitié du XVIe siècle
« Les XXI Epistres des Dames illustres traduicttes d’Ovide par le Reverend Pere en Dieu Monseigneur l’Evesque de Angoulesme », c'est à dire traduites par Octovien de Saint-Gelais.  Octovien de Saint-Gelais traduisit pour Charles VIII entre 1490 et 1493 les 21 Heroides d’Ovide en décasyllabes à rimes plates. Très vite, l’imprimerie s’empara du texte dont elle produisit de nombreuses rééditions pendant la première moitié du XVIe siècle
« Les XXI Epistres des Dames illustres traduicttes d’Ovide par le Reverend Pere en Dieu Monseigneur l’Evesque de Angoulesme », c'est à dire traduites par Octovien de Saint-Gelais.  Octovien de Saint-Gelais traduisit pour Charles VIII entre 1490 et 1493 les 21 Heroides d’Ovide en décasyllabes à rimes plates. Très vite, l’imprimerie s’empara du texte dont elle produisit de nombreuses rééditions pendant la première moitié du XVIe siècle
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« Les XXI Epistres des Dames illustres traduicttes d’Ovide par le Reverend Pere en Dieu Monseigneur l’Evesque de Angoulesme », c'est à dire traduites par Octovien de Saint-Gelais.  Octovien de Saint-Gelais traduisit pour Charles VIII entre 1490 et 1493 les 21 Heroides d’Ovide en décasyllabes à rimes plates. Très vite, l’imprimerie s’empara du texte dont elle produisit de nombreuses rééditions pendant la première moitié du XVIe siècle
« Les XXI Epistres des Dames illustres traduicttes d’Ovide par le Reverend Pere en Dieu Monseigneur l’Evesque de Angoulesme », c'est à dire traduites par Octovien de Saint-Gelais.  Octovien de Saint-Gelais traduisit pour Charles VIII entre 1490 et 1493 les 21 Heroides d’Ovide en décasyllabes à rimes plates. Très vite, l’imprimerie s’empara du texte dont elle produisit de nombreuses rééditions pendant la première moitié du XVIe siècle
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« Les XXI Epistres des Dames illustres traduicttes d’Ovide par le Reverend Pere en Dieu Monseigneur l’Evesque de Angoulesme », c'est à dire traduites par Octovien de Saint-Gelais. Octovien de Saint-Gelais traduisit pour Charles VIII entre 1490 et 1493 les 21 Heroides d’Ovide en décasyllabes à rimes plates. Très vite, l’imprimerie s’empara du texte dont elle produisit de nombreuses rééditions pendant la première moitié du XVIe siècle

Au XIIe siècle, Ovide exerce sur les clercs médiévaux une attraction telle qu’on peut parler de fascination. Ovide va pénétrer la matière des écoles, jusque là exclusivement constituée des écritures saintes et des écrits de Pères de l’Eglise. Avec Virgile, il sera l’auteur antique le plus lu et imité de tout le Moyen Âge.

Chrétien de Troyes lui-même, d’après le prologue de son Cligès, aurait commencé son activité d’écrivain en « translatant » (c’est-à-dire en traduisant au sens médiéval du terme, en adaptant) des fables ovidiennes :

« Cil qui fist d’Erec et Enide, / Et les comandemanz Ovide / Et l’art d’amors en romanz mist / Et le mors de l’espaule fist, / Del roi Marc et d’Iseut la Blonde, / Et de la hupe et de l’aronde / Et del rossignol la muance, / Un novel conte recomance. » (vers 1 à 8)  

 

Les Dames illustres: XVe s.
Les Dames illustres: XVe s.
Les Dames illustres: XVe s.
Les Dames illustres: XVe s.

Les recueils de Vies de femmes illustres se développent et se multiplient aux XVe et XVIe siècles au point de constituer un véritable genre littéraire à succès. Écrits ou traduits en français et rendus ainsi accessibles au public féminin, ils sont souvent adressés à de grandes dames dont ils font l’éloge.

La mise en lumière des femmes célèbres s’avère en effet un moyen de réfuter les attaques contre les femmes, particulièrement intenses à partir de la fin du Moyen Âge.

La Cité des dames (1405) de Christine de Pizan, qui emprunte à la fiction-cadre du songe (Dans le prologue, Raison, Droiture et Justice incitent Christine à défendre l’honneur féminin en édifiant la Cité. ), est d’abord un éloge des femmes et une réfutation des arguments misogynes, les exemples de femmes illustres jouant ici un rôle de narration à l’appui du discours...

Martine Vasselin, « on constate à travers ce corpus littéraire le caractère confus de la notion d’héroïne. […] les femmes atteignent à la notoriété, justifient l’admiration, aux yeux des auteurs, pour des raisons multiples, parfois d’une façon dont elles ne sont pas responsables volontairement ou directement ».

Jean Dufour, dont le splendide manuscrit enluminé des Vies des femmes célèbres qu’il offre à Anne de Bretagne, en 1504, présente une sèche suite chronologique de quatre-vingt onze notices (Comme chez Boccace, les femmes y sont exemplaires car représentatives d’un vice à fuir ou d’une vertu à rechercher.), de la Vierge à Jeanne d’Arc.

Dans le prologue allégorique de la Nef des dames vertueuses, que Symphorien Champier dédie à Anne de France et à sa fille en 1503, dame Prudence demande à l’auteur de défendre les dames contre leurs détracteurs. Il se compose de quatre livres très différents : une liste de femmes célèbres, un traité sur le mariage,un livre de prophéties et une anthologie du commentaire de Ficin sur le Banquet de Platon. Dans le premier livre qui nous intéresse ici, les louenges fleurs et deffenssoir des dames, les vies de cent trente-trois femmes antiques, bibliques puis saintes sont classées par ordre chronologique.

Chez l’universitaire Pierre de Lesnauderie, c’est une Louenge de mariage qui introduit le Recueil des hystoires des bonnes, vertueuses et illustres femmes (1520) compilant « environ deux cens » exempla de la bonté des femmes regroupés dans six chapitres thématiques  (Par exemple « De la sagesse, prudence, sapience et devotion des femmes », « De [leur] litterature, clergie et science », « De [leur] patience, charite et liberalite », « De [leur] force, vertu, prouesse et chevalerie ».) qui visent à convaincre maître Zacharie le Gouez, « voisin familier et disciple » de l’auteur, d’opter pour le mariage.

L’ouvrage  Les Controverses des Sexes Masculin et Femenin (1534) est écrit contre les idées nouvelles et les formes littéraires raffinées en l’honneur des femmes.

 

Sources : Etude de Tatiana Clavier 

Les Dames illustres: XVe s.
Les Dames illustres: XVe s.
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Galanterie et Préciosité au XVIIe s.-3/3-

Publié le par Perceval

Deux femmes de la famille Lake - Sir Peter Lely - vers 1660 - Visible au Tate Britain

Deux femmes de la famille Lake - Sir Peter Lely - vers 1660 - Visible au Tate Britain

Une précieuse parle autrement que le peuple, afin que ses pensées ne soient entendues que de ceux qui ont des clartés au-dessus du vulgaire.

Par bienséance, la préciosité, rejoignant Malherbe et Vaugelas, rejetait les termes réalistes, éveillant des images « insupportables », équivoques ou contenant des « syllabes déshonnêtes ».

Il fallait être précis, et dire « aimer une dame » mais « goûter le melon ». La préciosité qui aimait les nuances psychologiques fixa utilement les sens de termes comme bel esprit, galant, prude, précieuse, honnête homme. Inversement, on émaillait le langage de mots vagues ou inutiles comme joli, ma chère, car enfin, air (bon air, bel air, l’air de la cour). 

la périphrase était utilisée soit pour éviter un mot bas :

la main : la belle mouvante

les larmes : les perles d’Iris

les pieds : les chers souffrants

le pain : le soutien de la vie

le miroir : la conseiller des grâces

les joues : les trônes de la pudeur

la lune : le flambeau de la nuit

le nez : les écluses du cerveau

les yeux : le miroir de l’âme

On aimait beaucoup les métaphores...

   Les métaphores galantes comparaient souvent l’amour à la guerre (Précieuses, scène 9), aux duels, à la chasse, aux jeux de société. Le chef-d’œuvre du genre ? La Carte de Tendre, où l’amour est un voyage.   

Cette carte du tendre, célèbre et assez étrange, est tirée d’un des ouvrages féministes majeurs du XVIIème siècle français, Clélie, de Madame de Scudéry, écrit entre 1654 et 1660. Sa réalisation est attribuée à François Chauveau, dessinateur, graveur, peintre et donc cartographe.

La carte du Pays de Tendre, est un jeu de badinage auquel s'amusèrent, un jour de novembre 1653, Mlle de Scudéry, Pellisson et leurs amis.

Cette carte put fonctionner comme un jeu de société : chaque samedi, les habitués du cercle consignaient les progrès de tel ou tel couple vers Tendre. Par-delà le divertissement, la carte pose le problème de la liberté de l'individu face à l'amour : né d'un hasard ou d'une pulsion, l'amour peut-il se construire ? ou n'est-il qu'une passion fatale ?

Il s'agit d'aller de la ville de Nouvelle-Amitié à la ville de Tendre. À partir de la rencontre initiale, trois voies sont offertes : la plus rapide, au milieu, conduit au désastre ; celles qui, de part et d'autre, l'encadrent, assurent la solidité des lendemains (si l'on ne s'échoue pas sur l'écueil Orgueil). Entre la Mer d'Inimitié et le Lac d'Indifférence, le fleuve Inclination mène tout droit à la Mer dangereuse et aux Terres inconnues.

La carte est caractéristique de la préciosité : elle cherche à faire sortir les hommes de l'égoïsme et de la brutalité, leur apprendre l'estime, le respect, le raffinement. Cette figuration des théories précieuses connut un immense succès, grâce à sa représentation dans la Clélie(1654-1660) de Madeleine de Scudéry.

Voiture fut celui qui innovait les divertissements et le plus souvent, l'initiateur des jeux de société. Il fut considéré comme " l'âme du rond ".

Les jeux de société n'étaient pas de tout repos non plus et étaient loin de nos jeux de société actuels. Les jeux qui y furent joués sont, le coeur volé (comme son nom l'indique, cherchez la voleuse de coeur), la chasse à l'amour (trouver qui se cache dans les yeux d'une dame), du corbillon (" J'aime tel ou telle pour telles qualités ou tels défauts "), de la lettre (toutes les réponses doivent commencer par la lettre convenue...)

Gravure (eau-forte) d’Abraham Bosse (1604-1676): « Les Vierges folles s’entretiennent des plaisirs mondains », extraite de la suite Les Vierges sages et les Vierges folles, (vers 1635).

Gravure (eau-forte) d’Abraham Bosse (1604-1676): « Les Vierges folles s’entretiennent des plaisirs mondains », extraite de la suite Les Vierges sages et les Vierges folles, (vers 1635).

Dans un salon quelque peu désordonné, les Vierges folles se livrent à la frivolité. Deux d’entre elles jouent aux cartes ; une autre lit une partition de musique ; elles sont interrompues par une quatrième qui, une guitare à la main droite, leur montre de l’autre le roman qu’elle est en train de lire ; la cinquième se regarde dans le miroir placé sur le mur du fond, au-dessous d’un tableau représentant Danaé. […] Au premier plan, à droite, les lampes traînent à terre, et le vase à huile est manifestement vide. Le thème des Vierges sages et des Vierges folles, qui s’appuie sur un passage de l’Évangile (Matthieu, XXV, 1-13 : Parabole des dix vierges), est relativement rare dans l’iconographie. Que Bosse le traite ici avec un grand luxe de détail n’est cependant ni dû au hasard ni nécessairement lié à son protestantisme, dont on sait qu’il n’était pas intransigeant. Cela s’inscrit dans la lutte du temps à la fois contre les mondanités et contre la préciosité naissante, ce dernier sujet étant une des cibles favorites de notre graveur. Le thème est traité en sept planches, de façon symétrique.

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Galanterie et Préciosité au XVIIe s.-2/3-

Publié le par Perceval

Melle de Scudery (1607-1701)

Melle de Scudery (1607-1701)

La 'jeune femme précieuse' reçoit chez elle, dans sa chambre : à l'époque, ce n'est pas considéré comme inconvenant. Elle est allongée, sur le lit, au milieu de la pièce. Les hommes et les femmes qui lui rendent visite sont assis autour d'elle, dans l'espace entre le lit et le mur. Chacun, selon son rang, est assis sur une chaise, un tabouret, ou sur le sol... On nomme cet espace où se tiennent les invités "la ruelle".

A la suite de la Marquise de Rambouillet, Mlle de Scudéry tient, un salon moins aristocrate, plus bourgeois d'esprit, plus sérieux et plus intellectuel. Cette romancière célèbre mit à la mode le « jour » des femmes du monde, et se fit, à ses samedis, l'ordonnatrice d'une préciosité plus savante, plus littéraire, où les exercices de style l'emportaient quelque peu sur les plaisirs mondains, les préoccupations morales et les analyses psychologiques sur les badinages frivoles

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Dans le sillage de ces cercles illustres se multiplièrent à Paris, puis en province, des « ruelles » ou « alcôves » où nombre des femmes de la noblesse et de la bourgeoisie se mirent à recevoir, dans des chambres luxueusement décorées, leurs connaissances et amis, ces « précieuses » et ces « précieux » dont les satiriques ne tardèrent pas à se moquer.

Tous les salons ne sont pas précieux, cependant. Il en existe où l'on s'amuse 'simplement', de façon plus libertine, comme celui de Ninon de L'Enclos, une courtisane réputée.. La grande courtisane pleine d'esprit, traitait les précieuses de "jansénistes de l'amour"  

La relation amoureuse reste la grande affaire des cercles précieux. Paradoxalement, les précieuses ont paru à leurs contemporains tout à la fois craindre et exalter l'amour, passant tantôt pour prudes, tantôt pour coquettes. Elles refusaient en fait qu'il ne fût qu'une brutale jouissance ou une conquête égoïste qui les ravalent au rang d'objet, et elles prétendaient, pour sauvegarder ou conquérir leur dignité d'être humain, le spiritualiser en le dégageant de l'instinct naturel, vulgaire ou grossier.

Le célibat paraissait le meilleur moyen de préserver l'indépendance féminine ; le mariage devait être une alliance librement consentie et assurant l'égalité des partenaires ; d'ailleurs les amants de coeur permettraient à l'épouse de conserver son droit à l'amour. Ce n'est pas un hasard si cette Préciosité féministe fut surtout le fait de la seconde génération, plus bourgeoise, plus éloignée des libertés de la haute aristocratie et plus soumise aux vieilles contraintes.

Une fureur d'écrire s'empara des salons, où l'on tourna des lettres, des vers, des pages de roman, où l'on rivalisa en portraits, énigmes, rondeaux, bouts rimés, etc. Les romans d'une Mlle de Scudéry se voulurent le miroir de la nouvelle mondanité et le véhicule des idées modernes. En poésie — le jeu souverain, l'exercice roi — la manière l'emporta sur la matière ; primèrent le rare, le surprenant, l'ingénieux, le délicat, le fin ou le badin. Ce fut une esthétique de la virtuosité stylistique. 

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Galanterie et préciosité au XVIIe s.-1/3-

Publié le par Perceval

Portrait de Suzanna Doublet-Huygens par Caspar Netscher (1639-1684)

Portrait de Suzanna Doublet-Huygens par Caspar Netscher (1639-1684)

Le substantif ''galanterie'' prend en bonne part le sens de ''galant'' du XVe s. : ' vif, alerte, enjoué ', qui donne alors le courage, l'élégance et la distinction... C'est en 1640, que l'usage du mot se répand.

L'habitude d’un comportement toujours respectueux envers les femmes; l'art de leur plaire en les louant avec esprit..., ces éléments définissent la pratique de la galanterie au milieu de XVIIe siècle.

On voit, dans L’Astrée (1607), des amoureux se faire chevaliers errants afin de devenir dignes de leur belle. Cependant dans le Dialogue, Chapelain résume l’opposition entre la galanterie médiévale et celle qui s’instaure de son temps : au Moyen Âge, on prouvait sa passion par la recherche des dangers, par du sang et par des victoires; aujourd’hui, on ne la prouve « que par des coquetteries et des assiduités ou, au plus, que par des collations, des musiques et des courses de bague ».

Astrée se dévoile à Céladon au temple de Vénus (L'Astrée, 1733, I, 4)

L'Astrée, c'est le roman de l'amour, l'amour de la beauté. Pour Honoré d'Urfé le symbole de la beauté, c'est la femme. Il la porte aux nues. Les femmes sont plus pleines de mérite que les hommes, écrit-il. Elles nous surpassent de tant en perfection que c'est leur faire tort que de les mettre en un même rang avec les hommes.

Je voudrais donc parler de cette ''galanterie'', qui - suite à l'amour courtois - retrouve vigueur avec les ''précieuses''.

Le plaisir galant, dont il est question est assez subtil pour naître à la fois du langage et de la pensée … La rencontre érotique au XVIIe s. exerce l’équivalent d'une force attractive et transgressive d’un acte réputé « bas ». Le langage du plaisir entre un homme et une femme ne peut abaisser ce plaisir au risque d'exclure les femmes qui seraient offensées à l'entendre...

La galanterie se veut joyeuse, entièrement positive, débarrassée de ce que le sujet humain, être de langage, peut y projeter de négatif : le trouble, l’inquiétude, le manque.

Les propos d'un galant homme à une dame se veulent être promesse d’une jouissance multipliée par ce qu'il peut en dire, et ne pas dire …

Pour dire le plaisir érotique, les galants et même les libertins parviennent à trouver des solutions dans la langue au moment où la censure est maximale. Non pas seulement parce qu’ils en ont intégré les contraintes, mais parce qu’ils disposent d’une langue élaborée dans les salons, riche paradoxalement de ses possibilités de refoulement et donc de ses capacités allusives.

Recueil de poésie du début du XVIIe siècle manuscrit sur papier, illustré d’enluminures à la gouache, daté 1604-1608 - Les histoires de coeur, tel est le thème de ce liber amicorum du début du XVIIe s

La Préciosité :

Ce phénomène de société ( daté du lendemain de la Fronde ~ 1650) est initié par des femmes. Des femmes de la bonne société qui voulaient imprimer une distinction éloignée du commun à leurs personnes, à leurs sentiments, à leurs gestes et aux choses qui les entouraient... Bien sûr, il prêtera à rire, puisqu'il s'agit de femmes, et à qui on prêtera des délicatesses outrées et des raffinements excessifs ou affectés.

Le salon de Catherine de Vivonne – marquise de Rambouillet - « l’incomparable Arthénice », anagramme (coutume très en vogue à cette époque dans le monde littéraire) de « Catherine », une des personnalités féminines les plus marquantes de son temps, fut l’un des plus brillants de son époque. De sa « chambre bleue», « Arthénice » recevra allongée sur un lit les beaux esprits de son époque, tel le Cavalier Marin, histrion intelligent, mais aussi des gens de lettres et les grands personnages de son époque : Richelieu, Malherbe, Vaugelas,Guez de Balzac, Racan, Voiture feront partie de ses familiers.

On raffolait de poésie et de romanesque. Le cercle rayonna sur la capitale entre 1620 et 1648.

On aimait les conversations, où l'on parlait de « galanterie » et de littérature ; on s'écrivait, on faisait des vers. 

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''De Amore'' d'André le Chapelain, XIIe s.

Publié le par Perceval

''De Amore'' d'André le Chapelain, paraît vers 1186. Ce texte fournit des renseignements précis sur le rôle que l'amour et les débats sur les questions d'amour ont pu jouer dans la société aristocratique française du XIIe s. Imprégné lui-même de tradition cléricale, Le Chapelain était aussi familier de la Bible que d'Ovide et de Chrétien de Troyes. Sa définition de l'amour courtois est lapidaire : il s'agit d' « un embellissement du désir érotique ».

André le Chapelain, un clerc intimement mêlé à la vie de la cour de Marie de Champagne, la célèbre inspiratrice de Chrétien de Troyes, prodigue d’abord à son disciple Gautier, les conseils les plus avertis dans la difficile technique de la conquête amoureuse, mais finalement, en un brusque retournement, il dénonce, avec la véhémence d’un sermonnaire, les méfaits de l’amour et accable d’opprobres la femme pourvue de tous les vices.

Dans la première partie de son ouvrage, il définit l'amor purus, constituant « une source de perfectionnement » et s'opposant donc à tous les excès, notamment ceux de la concupiscence masculine. Il le différencie de l'amor mixtus, où le désir parvient à sa réalisation. Même alors, cependant, la passion débridée se voit déniée toute valeur et est finalement ravalée au rang d'instinct bas et méprisable. Le mot clé du traité est sapiens, évoquant aussi bien la modération que la magnanimité qui devaient plus tard définir en partie l'idéal de l'honnête homme du XVIIe S.

Dans la première partie de son livre, Le Chapelain rend hommage à l'amour où la sexualité et l'adoration ne font qu'un. Dans la seconde, au contraire, il le représente soudain, au mépris de toute logique, comme le modèle abject de tout crime et de tout péché. Le clerc dut-il inopinément se plier à l'autorité morale de l’Église, pour qui tout amour hors norme constituait un danger ?

Le dernier chapitre de De Amore, où apparaissent des éléments nettement misogynes absents jusqu'alors de l'ouvrage, continue bien de célébrer l'amour courtois mais sous une forme ''domestiquée'', conforme à la doctrine de l'Eglise. Après mûre réflexion, la passion se soumet à la raison, sans plus accorder aucune importance au désir ni au rêve. Dans cette seconde variante, l'amour courtois dédaigne la tentation des sens, dépasse son égocentrisme et réalise une union transfigurée avec l'être aimé. Une nouvelle fois, la femme est idéalisée : aussi parfaite qu’inaccessible, elle est l'objet d'une vénération constante mais sans espoir.

La position de Le Chapelain, à la fois théoricien de l'amour courtois transgressif et représentant de l'enseignement répressif de l’Église, confère à son texte une dichotomie saisissante. Ce dualisme profond est caractéristique du Moyen-âge. La Fin'amor représentait une tentative pour échapper au temps, non dénuée d'une dimension utopique...

L'amour courtois, qui ne se réalisait qu'en dehors du mariage, avait beau se caractériser par des éléments cultuels, et même religieux, il n'avait au fond presque rien en commun avec la conception chrétienne de l'amour ….

Sources: Verena Heyden-Rynsch, La passion de séduire

Les Préceptes d'Amour

1. Fuis l'avarice comme un fléau dangereux et, au contraire, sois généreux.

2. Evite toujours le mensonge.

3. Ne sois pas médisant.

4. Ne divulgue pas les secrets des amants.

5. Ne prends pas plusieurs confidents à ton amour.

6. Conserve-toi pur pour ton amante.

7. N'essaie pas sciemment de détourner l'amie d'un autre.

8. Ne recherche pas l'amour d'une femme que tu aurais quelque honte à épouser.

9. Sois toujours attentif à tous les commandements des dames.

10. Tâche toujours d'être digne d'appartenir à la chevalerie d'amour.

11. En toutes circonstances, montre-toi poli et courtois.

12. En t'adonnant aux plaisirs de l'amour, n'outrepasse pas le désir de ton amante.

13. Que tu donnes ou reçoives les plaisirs de l'amour, observe toujours une certaine pudeur.

Les Règles

1. Le prétexte de mariage n'est pas une excuse valable contre l'amour.

2. Qui n'est pas jaloux ne peut pas aimer.

3. Personne ne peut avoir deux liaisons à la fois.

4. Toujours l'amour doit croître ou décroître.

5. Il n'y a point de saveur à ce que l'amant obtient sans le gré de son amante.

6. L'homme ne peut aimer qu'après la puberté.

7. A la mort de son amant, le survivant attendra deux ans.

8. Personne ne doit sans raison suffisante être privé de l'objet de son amour.

9. Personne ne peut aimer vraiment sans être poussé par l'espoir de l'amour.

10. L'amour est toujours étranger dans la maison de l'avarice

11. Il n'est pas bon d'aimer une femme qu'on aurait quelque honte à épouser.

12. L'amant véritable ne désire d'autres baisers que ceux de son amante.

13. Rendu public, l'amour résiste peu.

14. Une conquête facile rend l'amour sans valeur, une conquête difficile lui donne du prix.

15. Tout amant doit pâlir en présence de son amante.

16. A la vue soudaine de son amante, le cœur d'un amant doit tressaillir.

17. Un nouvel amour fait oublier l'ancien.

18. Rien que le bon caractère rend l'homme digne d'amour.

19. Quand l'amour diminue, il diminue vite et se renforce rarement.

20. L'amoureux est toujours craintif.

21. Vraie jalousie fait toujours croître l'amour.

22. Un soupçon sur son amante, jalousie et ardeur d'aimer augmentent.

23. Il ne dort ni ne mange celui que passion d'amour démange.

24. N'importe quel acte de l'amant se termine dans la pensée de son amante.

25. L'amant véritable ne trouve rien de bien, qui à son amante ne plaise bien.

26. L'amant ne saurait rien refuser à son amante.

27. L'amant ne peut se rassasier des plaisirs de son amante.

28. La moindre présomption pousse l'amant à soupçonner le pire sur son amante.

29. Il n'aime pas vraiment celui qui possède une trop grande luxure.

30. L'amant véritable est toujours absorbé par l'image de son amante.

31. Rien ne défend à une femme d'être aimée de deux hommes, ni à un homme d'être aimé de deux femmes.

Voir aussi:

L'ART D'AIMER AU MOYEN-AGE- 1/2 -

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Anna et Elena Balbusso: Illustrations et Littérature -2-

Publié le par Perceval

Anna et Elena Balbusso: Illustrations et Littérature -2-

 

Pride and Prejudice by Jane Austen

Illustrations des soeurs  Anna & Elena Balbusso

 

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Anna et Elena Balbusso: Illustrations et Littérature -1-

Publié le par Perceval

Eugène Onéguine est un roman envers d'Alexandre Pouchkine.  

Illustrations des soeurs  Anna & Elena Balbusso  

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La Belle et la Bête, une version adulte, en images.

Publié le par Perceval

La Belle et la Bête, une version adulte, en images.
La Belle et la Bête, une version adulte, en images.
La Belle et la Bête, une version adulte, en images.

Dans cet article, je reprends l'histoire de la Belle et la Bête, à son origine, écrite par dame Suzanne Allaire, qui a épousé le 9 février 1706 Jean Baptiste de Gaalon de Barzay, chevalier, seigneur de Villeneuve... Mais Jean-Baptiste est un mauvais mari, Mme de Villeneuve obtient du Présidial de La Rochelle la séparation de biens, à cause des pertes faites au jeu par son mari "et son mauvais ménagement"... Devenue veuve à 26 ans, et sans ressources, elle se lance dans la carrière littéraire, ce qui lui vaut l'amitié de plusieurs hommes de lettres, parmi lesquels Crébillon père avec qui elle vit quelques années. Son roman le plus apprécié est La Jardinière de Vincennes, paru en 1753.

Les illustrations, ici, sont d'une autre femme : Nicole Claveloux, née en 1940 à Saint-Étienne. Elle commence une carrière d’illustratrice pour enfants, ce qui lui impose souvent de la retenue, mais elle se lâche dès que possible. Déjà le magazine pour adolescents Okapi de Bayard lui permet d’inventer des personnages irrévérencieux comme Cactus Acide ou Louise XIV. Et parallèlement, Nicole Claveloux publie des BDs plus adultes, dont La Main verte (1978) et Morte saison (1979), pour Métal Hurlant, A Suivre ou les Humanoïdes Associés. Et se lance dans les années 2000 dans les livres érotiques avec entre autres une version de La Belle et la Bête qui dévoile tout…

Nicole Claveloux aime inventer des contes fantastiques avec des images grouillant de détails et des fouillis de personnages.

Le noir et blanc ici sont maîtres et l’illustratrice va nous emmener dans un monde remplis de détails, véritable broderie de lettrines, de plantes envahissantes, de franges de tapis, de détails architecturaux. Une bête inquiétante voir terrifiante dans un château rempli d’animaux fantastiques et étranges avec une belle tout droit sortie du XVIIème siècle.

Le conte présente comme situation initiale un riche marchand et ses six enfants, trois fils et trois filles, dont la cadette, Belle. Alors que ses sœurs sont gâtées et capricieuses, n'ayant goût que pour le luxe et la richesse, Belle est douce, modeste et s’intéresse à la lecture. Elle entretient une relation très forte avec son père, au point de se sacrifier à sa place lorsque ce dernier se retrouve condamné à mort par la Bête pour avoir cueilli une rose. Belle part vivre chez la terrible Bête et découvre, au delà de sa laideur, un être généreux qui ne demande qu'à aimer et se faire aimer en retour.

« Vous m'apprîtes à démêler les apparences qui déguisent toutes choses. Je sus que l'image trompe, et nos sens et nos cœurs. Vous m'apprîtes encore à ne point suivre les mouvements de l'esprit et que le monde ne me serait donné qu'en pensant (...) Absenté de votre corps d'homme, vous l'exhibiez au gré des tableaux et des rêves afin que j'en recueillisse les images éparses. Prisonnière de votre palais et de sa cour assoupie d'un sommeil minéral, je régnais à mon insu sur votre vie, puisque j'en détenais les fragments jetés de part et d'autre du miroir et que mon amour seul pouvait en rassembler le sens. »

La Belle est tous les soirs demandée en mariage part la bête, et chaque nuit elle fait un rêve ou elle voit un jeune homme (et parfois une fée) dont elle tombe amoureuse et dont l'amour est partagé. En explorant le château elle remarque des portraits du jeune homme qu'elle voit en rêve et elle en conclue que la Bête le retient prisonnier quelque part. Mais au fur et à mesure, (même si le jeune homme donne des indices à la belle, indices pour nous lecteurs éclairés) Belle s'attache de plus en plus à la Bête. Elle part voir sa famille pendant deux mois et lorsqu'elle revient elle trouve la Bête presque morte. Elle se rend compte qu'elle l'aime plus qu'elle ne le pensait. Elle consent à devenir sa femme. La Belle et la Bête se couchent et au petit matin, la Belle en se réveillant découvre avec stupéfaction que ce n'est plus la Bête qui dort avec elle mais l'inconnu qu'elle aimait en songe....

Ci-dessous, certains dessins reprennent une deuxième version illustrée par Nicole Claveloux qui reprend les deux mêmes personnages, et racontent explicitement leurs aventures intimes, pour les adultes cette fois. Ces « Morceaux choisis de la Belle et la Bête » ont un scénario assez simple : deux héros dans un décor unique, un parc et un château, le tout dans un XVIIIe siècle plus ou moins fantaisiste.

Tous les soirs, la Bête fantasme de coucher avec la Belle, et chaque nuit la Belle fait un rêve ou la Bête lui procure toutes sortes de plaisirs inavouables …

Attention: Dessins de Nicole Claveloux érotiques ...!
Attention: Dessins de Nicole Claveloux érotiques ...!
Attention: Dessins de Nicole Claveloux érotiques ...!
Attention: Dessins de Nicole Claveloux érotiques ...!
Attention: Dessins de Nicole Claveloux érotiques ...!
Attention: Dessins de Nicole Claveloux érotiques ...!
Attention: Dessins de Nicole Claveloux érotiques ...!

Attention: Dessins de Nicole Claveloux érotiques ...!

« On trouve à tous les coins de rue des analystes autoproclamés qui savent avec une certitude en béton que la couleur noire est « inquiétante », que la couleur blanche est « morbide » et que telle pose ou attitude est « avilissante » ou « méprisante ». Quand on est dans le domaine de la représentation des fantasmes, tout jugement moral ou social me semble hors de propos puisqu’on est dans un champ imaginaire privé. » (…) « En ce qui me concerne, les histoires et les images sexuelles m’ont toujours intéressée, depuis les époques lointaines où j’étais gamine (et où je n’avais pas grand-chose à me mettre sous la dent) et ça n’a pas cessé depuis. » Nicole Claveloux

« Je ne suis pas du tout dans une posture de provocation ou de transgression. Si je choque, j’en suis la première surprise ; j’ai parfois choqué dans l’illustration jeunesse où, pour certains, j’ai une réputation « d’illustratrice qui fait peur aux enfants » !! Je n’ai jamais bien compris pourquoi. J’aime bien représenter des animaux humanisés ou l’inverse, d’abord parce que nous sommes des animaux et puis parce qu’ils sont beaux, la plus part du temps. Mais je reconnais qu’il y a plus attrayant que le phacochère qui valse avec la Belle ! »N.C.

« Jean Cocteau a dit : « les histoires érotiques sont les contes de fées des grandes personnes ». »N.C.

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Les illustrations de James Sante Avati

Publié le par Perceval

Des images qui ressemblent à des romans...!

Des images qui ressemblent à des romans...!

James Sante Avati (1912-2005) est né à Bloomfield, New Jersey, d'immigrants italiens. Après avoir étudié l'architecture et passé près de trois ans dans l'armée, il déménage à New York, où il commence à illustrer des accessoires de mode et à concevoir des vitrines des grands magasins.

Il a 34 ans quand il commence à illustrer des couvertures de livres de poche. Ses illustrations pour des magazines tels que Collier's and The Ladies' Home Journal  l'ont aidé à décrocher un emploi aux New American Library Publishers. Pour vendre leurs livres, les éditeurs comptent sur une illustration de couverture accrocheuse pour attirer l'œil des lecteurs potentiels. Avati, qui a immédiatement reconnu que le travail d'un illustrateur était de servir l'histoire de l'auteur, se distingue de la plupart des autres illustrateurs de l'époque, en insistant sur la lecture attentive qu'il fait de chaque livre avant de concevoir sa couverture. Il préfère capturer dans une image, le thème général du livre, plutôt qu'une scène spécifique et réaliste …

Avati rend davantage le côté sombre, et reste moins innocemment optimiste que son collègue Norman Rockwell.

Dès le début des années 50, son style - en prise avec la réalité - provoquant mais honnête a été imité, jusqu'en Europe...

 Son innovation est de réussir à capturer le sens de chaque livre en une seule scène. Un article sur lui dans le magazine Harper en 1954, dit: « Sa réussite ne vient pas seulement qu'il réussit à reproduire le réel en quatre couleurs, mais qu'il l'encadre émotionnellement, d'une manière qui séduise le lecteur et l'encourage à lire le contenu du livre, en l'assurant qu'il ne s'ennuiera pas ... »

 

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La Princesse andalouse Wallada

Publié le par Perceval

La Princesse andalouse Wallada

 

Wallâda Bint al-Mustakfi, princesse andalouse, est la fille du dernier Khalife Omeyyade de Cordoue, Mohamed Al-mostafki, chassé du pouvoir ( pour incompétence...) et assassiné en 1025.

Wallada est née en 994... Sa mère était sans doute une esclave éthiopienne chrétienne.

Elle a bénéficié d’une éducation sophistiquée, cultivée et relativement libre.

Wallada ne subit aucune rétorsion à l'avènement de la dynastie des Bani Jawhar à Cordoue.

Elle garde son statut de princesse et continue comme auparavant à organiser chez elle des salons littéraires. Elle a une trentaine d’années et hérite d’une grande fortune.

D'une grande beauté, de corps svelte, teint blanc, yeux bleus, cheveux entre blonds et roux, la poétesse prend alors la décision consciente de rejeter en bloc les carcans des traditions ''médiévales'' qui entravent son autonomie et sa liberté personnelle. Elle délaisse le voile, et ses biographes écrivent qu’elle porte les vêtements transparents des harems de Bagdad en plein public.

Wallada – rebelle - fait broder sur la manche droite de ses robes : «par Dieu, je suis qualifiée pour les hautes positions, et j’avance fièrement dans mon chemin,» et sur la manche gauche :«je permets à mon amant de caresser ma joue, et j’offre mon baiser à celui qui le désire.»

Wallada tient un salon littéraire où les grands esprits, poétesses et artistes, se rencontrent pour réciter la poésie, discuter avec ferveur et jouer de la musique, sans ségrégation de sexe. Lors de ces rencontres, elle prend part aux joutes de poésie en exprimant ses sentiments avec une grande liberté et audace. Wallada charme les cœurs et les esprits...

 

Et, c’est lors de ces rencontres que Wallada rencontre le grand poète de Cordoue, Ibn Zaydoun. C'est alors le grand amour, qui enrichit la littérature arabe de nombreux poèmes enflammés, dont les vers de la poétesse :

 

 

«Sois prêt pour ma visite à l’obscurité,
parce que la nuit est la meilleure gardienne des secrets.
Si le soleil sentait l’étendue de mon amour pour toi,
il ne brillerait plus,
la lune ne se lèverait plus,
et les étoiles s’éteindraient d’émoi.»

Ibn Zaydoun répond:

« Ton amour m’a rendu célèbre parmi les gens.

Mon cœur et mes pensées s’inquiètent pour toi,

quand tu es absent ils ne peuvent pas me consoler

et quand tu arrives tout le monde est présent. »

 Leon Comerre (1850-1917)

Leur liaison défraye la chronique dans la Cordoue du XIe siècle ; mais cet amour ''enflammé'' ne dure que quelques mois. Une brouille due probablement à la jalousie lui porte le coup de grâce. Ibn Zeydoun continuera à écrire à son amour perdu, qu'il ne pourra pourtant jamais plus la revoir. Aussitôt, la poétesse prend pour amant le vizir Ibn Abdus. Plus tard, elle s’éprend de Muhyah Bint al-Tayyani al-Qurtubiyah, l’une des plus belles femmes de Cordoue. Wallada entreprend l’éducation de cette dernière, si bien que Muhyah est devenue elle-même une grande poétesse.

Wallada avance en âge, et perd sa fortune. Aussi, elle renonce à son salon littéraire, et vit dans la maison de son ancien amant Ibn Abdus jusqu’à son décès, en 1091 . La poétesse décède quand les Almohades conquièrent Cordoue.

 

Regrets

« Lorsqu'en hiver nous nous rendions visite, les braises du désir me brûlaient la nuit durant

Comment se fait-il que j'en sois venue à être séparée de lui, c'est bien le Destin qui précipita ce que je voulais éviter

Les nuits passent sans que je vois l'éloignement prendre fin, sans que je vois la patience m'affranchir de la servitude du désir

Que Dieu arrose une terre devenue désormais ta demeure, en déversant une pluie abondante et ininterrompue. »

 

Les adieux

« Une amoureuse a perdu patience et te fit ses adieux pour avoir ébruité un secret, à toi, confié

Elle regrette de n'être pas restée à tes côtés plus longtemps, maintenant qu'elle te reconduit pour te faire ses adieux

Ô toi le jumeau de la pleine lune par l'élévation et l'éclat, que Dieu préserve l'instant qui te vit naître

Si après ton départ, mes nuits sont devenues longues que de fois ne me suis-je plainte de leur brièveté en ta compagnie »

Leon Francois Comerre - La Joueuse de Kouira

 

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