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La légende de Lady Godiva

Publié le par Perceval

La légende de Lady Godiva

Lady Godiva ( ou Godgyfu en saxon) est la très belle épouse de Léofric (968-1057), comte de Mercie et seigneur de Coventry. Elle est aussi une héroïne de la culture anglo-saxonne... Son mari, pour financer ses guerres, harcèle violemment ses sujets et les couvre de taxes ; et Lady Godiva – sensible aux conditions difficiles d'existence des habitants de Coventry- régulièrement plaide auprès de son époux, une réduction des impôts. A chaque fois, près de l'oreiller, Léofric promet de supprimer des taxes ; mais ensuite le besoin d'argent se fait sentir … Par ailleurs, si lady Godiva est fort belle, elle est aussi fort prude ; et malgré la vigueur de son mari, elle refuse de se montrer entièrement déshabillée, la dame ne se livre que dans l'obscurité …

lady Godiva Edmund Leighton dépeint point de décision (1892) Ce jour là, Léofric, exaspéré, fait comprendre à sa femme qu'il ne réduirait les impôts qu'à la condition, qu'elle-même traverse - nue à cheval – la ville de Conventry. Il pense qu'ainsi, lady Godiva ne l’ennuiera plus jamais avec cette question de taxes ... Après une longue réflexion, Godiva accepte le défi.

out of; (c) Herbert Art Gallery & Museum; Supplied by The Public Catalogue Foundation out of; (c) Herbert Art Gallery & Museum; Supplied by The Public Catalogue Foundation
Lady_Godiva - Alfred Joseph Woolmer out of; (c) Herbert Art Gallery & Museum; Supplied by The Public Catalogue Foundation

La dame demande alors aux habitants de rester chez eux lors de son passage, pour que personne ne puisse la voir nue. L'annonce à la population ajoute que toute personne qui enfreindrait cette règle serait durement puni... Il n'est pas précisé si la punition serait divine, ou séculière ...

Sir Edwin Landseer - La prière de Lady Godiva, 1865 Sir Edwin Landseer - La prière de Lady Godiva, 1865

 

Godiva Preparing to Ride through Coventry exhibited 1833 George Jones 1786-1869 Presented by Robert Vernon 1847 http://www.tate.org.uk/art/work/N00390 Godiva Preparing to Ride through Coventry exhibited 1833 George Jones 1786-1869 Presented by Robert Vernon 1847

 

Ainsi, vêtue uniquement de ses longs cheveux, qui cachent sa poitrine, lady Godiva passe à dos de cheval, accompagné d’une servante.

Lady Godiva, huile sur toile de Jules Lefebvre, 1890, 620 x 390 cm, Musée de Picardie, Amiens Lady Godiva, huile sur toile de Jules Lefebvre, 1890, 620 x 390 cm, Musée de Picardie, Amiens

William Holmes Sullivan - Lady Godiva, 1877

William Holmes Sullivan - Lady Godiva, 1877

On dit que seul un tailleur, du nom de ''Peeping Tom'' a osé transgresser cette règle. Effectivement, le malheur s’est abattu sur lui... Il devint aveugle pour le restant de ses jours. C'est de là que vient l'expression anglaise « Peeping Tom », que nous connaissons sous l’expression « voyeur ». On dit aussi, que le Conte lui aussi, a regardé ( enfin) sa femme nue... On ne sait quel malheur l'a frappé... Peut-être s'en est-il expliqué avec son épouse... Il tint parole, et l'on sait – documents historiques à l'appui, que le roi Édouard 1er (XIIIe ) lui-même, a pu vérifier dans les annales de Coventry, que l’impôt n’a plus été perçu à partir de 1057. Une forme plus ancienne de cette histoire raconte la traversée du marché de Coventry par Godiva, alors que le peuple était rassemblé, surveillée seulement par deux cavalières (vêtues). Cette version est narrée dans Flores Historiarum de Roger de Wendover (mort en 1236) [caption id="attachment_5255" align="aligncenter" width="873"]Lady Godiva, tableau d'Adam van Noort, 1586 Lady Godiva, tableau d'Adam van Noort, 1586

En 1586 : le peintre Adam van Noort a représenté l'épisode et a montré Léofric en train de regarder sa femme par la fenêtre...

godiva-modern Lady_Godiva_Jedburgh_Festival_2011
Lady-Godiva Affiche lady Godiva_1955_American_film_star_M

La légende de Lady Godiva donne lieu chaque année depuis 1678 à un festival annuel au cours duquel une jeune femme personnifiant la jeune comtesse parcourt sur un cheval blanc les rues de la ville de Coventry. La seule condition, absolue, est d'avoir des cheveux longs et dorés.Godiva_statue_Broadgate_Oct_2011 petit    

 

 

 

Une statue représentant Lady Godiva à également été élevée près de la place du marché de Coventry afin de rappeler l'événement.

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Les dames du XVIIIe s. et le cabinet des fées. -2/3-

Publié le par Perceval

D'où viennent les contes .. ?

Comme nous l'avons déjà lu, de l'écoute des histoires d'un « nombre infini de Pères, de Mères, de Grands-Mères, de gouvernantes et de Grand'Amies qui, depuis peut-être plus de mille ans, y ont ajouté en enchérissant toujours les uns sur les autres beaucoup d'agréables circonstances. »

Cette récupération du folklore a pu aussi se faire au hasard de livres véhiculant eux-mêmes une tradition orale : « Le Prince Marcassin » de Mme d'Aulnoy s'inspire très vraisemblablement d'une des Nuits facétieuses de Straparole et la « Cendrillon » de Perrault doit quelques uns de ses traits à la « Gatta Cenerentola » de Basile, qui figure, en 1636, dans le Pentamerone.

Il arrive aussi que, sournoisement, certains auteurs du Cabinet des fées, se refusent à avouer cette source populaire d'inspiration : Mlle de la Force prétend bien haut avoir inventé l'histoire de cette femme qui dut donner sa fille aux fées pour leur avoir volé du persil alors qu'elle l'attendait ; Or Basile en donne déjà une version et le motif des tresses de la belle qu'elle dénoue à la fenêtre de sa tour pour que son amant y grimpe et la rejoigne se trouve dans le Livre des rois du poète persan du Xe siècle, Firdousi.

Parfois, tout bonnement, ces mondains prétendront qu'ils tirent leurs fables des fées elles-mêmes.

Ré-écriture du conte :

Il y a manipulation et appropriation, car un conte, qu'il soit oral ou littéraire est inséparable de la communauté qui le produit et dans laquelle il s'inscrit. Issus de l'aristocratie provinciale, des hommes, des femmes parfois liés à la préciosité écrivent et publient des contes ; ils publient pour la Cour et ceux qui gravitent autour d'elle, pour les salons où l'on occupe mille et une nuits à se désennuyer des peines des jours où l'on a joué aux bergers sur les pelouses de Trianon. L'appropriation passe d'abord par l'élimination de tous les éléments qui décèlent une origine populaire. Ces récits ne sont pas destinés à être entendus tandis que l'on tresse des paniers ou que, le cochon abattu, on mitonne ses rognons dans une sauce au sang. Ils seront lus au boudoir ou sous les feux d'un lustre de Bohême.

C'est en aristocrates que ces lettrés traitent une culture qui vient du peuple et donc ils la retraitent. Il faut aux deux sœurs du conte « Les Fées » épouiller la tête de la vierge avant de cracher ducats sonnants et trébuchants ; Perrault éliminera avec soin ce détail, comme il éliminera le dépeçage rituel de la grand-mère du Chaperon Rouge. Et s'il affuble Cendrillon du qualificatif de « cucendron » il a soin d'en faire par l'italique une citation. Quand il faut prendre femme, le garçon éconduit par les filles de son village épouse la première grenouille qui sort du « patouillas » tandis que le cadet de Mme d'Aulnoy s'éprend d'une chatte de luxe aussi blanche que nacre et qui repose au fond d'un palais doré sur des coussins de taffetas. Héros et héroïnes sont des aristocrates et, lorsque Mme d'Aulnoy s'inspire du « Petit Poucet », son conte, « Finette Cendron », ne commence point dans une pauvre hutte de bûcheron mais chez un roi et une reine « qui avaient mal fait leurs affaires ». Jamais il ne sera question de perdre les trois fillettes parce qu'il n'y a plus rien à leur donner à manger - hantise qui ne cessera de peser sur les fermes d'avant la Révolution - mais tout simplement parce qu'elles veulent faire les demoiselles et avoir tous les habits dont elles ont envie. Le préjugé nobiliaire ne manque pas même d'atteindre les fées. Ainsi, Mme de Murât ne cache pas son mépris pour celles qui traversent les récits populaires : « Leurs occupations étaient basses, écrit-elle, et pué- riles. Elles étaient presque toujours laides, mal vêtues et mal logées.(2) » Rurales donc, les fées appartenaient toutes à la gent de la forêt, des prés et des buissons, plus habiles à tailler un fagot et à mûrir des fromages qu'à mélanger poudres et sortilèges. Les siennes seront étincelantes, habillées d'argent et de pierres précieuses ; telles des reines-soleils, elles habiteront des palais enchantés. Désinvoltes ou sûrs d'être maîtres des outils intellectuels de référence, ces auteurs manipulent la matière orale en toute liberté et, ce faisant, obéissent à leur insu à cette loi du conte qui veut que celui-ci ait tendance à s'agglutiner avec des récits voisins.

La merveille n'est plus, comme dans la matière populaire, l'au-delà du miroir, le rêve d'un rubis qui n'est qu'une goutte de sang sur la blancheur de la neige ; elle est le reflet des palais de ces aristocrates qui l'installent en abyme dans leurs récits.

Dans les versions populaires, l'animalité était simple : ours, chien, porc ou loup sont les figures d'emprunt qu'adopte l'éphémère métamorphose. Dans les versions des lettrés, il ne s'agit plus que de monstres, moitié femme moitié baleine, de dragon aux ailes verdâtres, d'écrevisse ou de nain jaune. Le lettré, formé par une culture classique, fabrique des chimères.

Sources : '' Où l'on voit ces dames aller aux champs, et le Conte s'écrire... L'oralité populaire mise en écriture par les lettrés du XVIIIe siècle par Elisabeth Lemirre

Jean-Michel Moreau, dit Moreau le Jeune (1741 – 1814 ), est un dessinateur et graveur français.   Les œuvres les plus connues de la carrière prolifique de Moreau le Jeune, dont l’œuvre dépasse les 2 000 pièces, sont en particulier  les vingt-quatre illustrations transcrivant les costumes et les intérieurs à la mode dans les dernières années de l’Ancien Régime
Jean-Michel Moreau, dit Moreau le Jeune (1741 – 1814 ), est un dessinateur et graveur français.   Les œuvres les plus connues de la carrière prolifique de Moreau le Jeune, dont l’œuvre dépasse les 2 000 pièces, sont en particulier  les vingt-quatre illustrations transcrivant les costumes et les intérieurs à la mode dans les dernières années de l’Ancien Régime
Jean-Michel Moreau, dit Moreau le Jeune (1741 – 1814 ), est un dessinateur et graveur français.   Les œuvres les plus connues de la carrière prolifique de Moreau le Jeune, dont l’œuvre dépasse les 2 000 pièces, sont en particulier  les vingt-quatre illustrations transcrivant les costumes et les intérieurs à la mode dans les dernières années de l’Ancien Régime
Jean-Michel Moreau, dit Moreau le Jeune (1741 – 1814 ), est un dessinateur et graveur français.   Les œuvres les plus connues de la carrière prolifique de Moreau le Jeune, dont l’œuvre dépasse les 2 000 pièces, sont en particulier  les vingt-quatre illustrations transcrivant les costumes et les intérieurs à la mode dans les dernières années de l’Ancien Régime
Jean-Michel Moreau, dit Moreau le Jeune (1741 – 1814 ), est un dessinateur et graveur français.   Les œuvres les plus connues de la carrière prolifique de Moreau le Jeune, dont l’œuvre dépasse les 2 000 pièces, sont en particulier  les vingt-quatre illustrations transcrivant les costumes et les intérieurs à la mode dans les dernières années de l’Ancien Régime
Jean-Michel Moreau, dit Moreau le Jeune (1741 – 1814 ), est un dessinateur et graveur français.   Les œuvres les plus connues de la carrière prolifique de Moreau le Jeune, dont l’œuvre dépasse les 2 000 pièces, sont en particulier  les vingt-quatre illustrations transcrivant les costumes et les intérieurs à la mode dans les dernières années de l’Ancien Régime
Jean-Michel Moreau, dit Moreau le Jeune (1741 – 1814 ), est un dessinateur et graveur français.   Les œuvres les plus connues de la carrière prolifique de Moreau le Jeune, dont l’œuvre dépasse les 2 000 pièces, sont en particulier  les vingt-quatre illustrations transcrivant les costumes et les intérieurs à la mode dans les dernières années de l’Ancien Régime
Jean-Michel Moreau, dit Moreau le Jeune (1741 – 1814 ), est un dessinateur et graveur français.   Les œuvres les plus connues de la carrière prolifique de Moreau le Jeune, dont l’œuvre dépasse les 2 000 pièces, sont en particulier  les vingt-quatre illustrations transcrivant les costumes et les intérieurs à la mode dans les dernières années de l’Ancien Régime
Jean-Michel Moreau, dit Moreau le Jeune (1741 – 1814 ), est un dessinateur et graveur français.   Les œuvres les plus connues de la carrière prolifique de Moreau le Jeune, dont l’œuvre dépasse les 2 000 pièces, sont en particulier  les vingt-quatre illustrations transcrivant les costumes et les intérieurs à la mode dans les dernières années de l’Ancien Régime
Jean-Michel Moreau, dit Moreau le Jeune (1741 – 1814 ), est un dessinateur et graveur français.   Les œuvres les plus connues de la carrière prolifique de Moreau le Jeune, dont l’œuvre dépasse les 2 000 pièces, sont en particulier  les vingt-quatre illustrations transcrivant les costumes et les intérieurs à la mode dans les dernières années de l’Ancien Régime
Jean-Michel Moreau, dit Moreau le Jeune (1741 – 1814 ), est un dessinateur et graveur français.   Les œuvres les plus connues de la carrière prolifique de Moreau le Jeune, dont l’œuvre dépasse les 2 000 pièces, sont en particulier  les vingt-quatre illustrations transcrivant les costumes et les intérieurs à la mode dans les dernières années de l’Ancien Régime
Jean-Michel Moreau, dit Moreau le Jeune (1741 – 1814 ), est un dessinateur et graveur français.   Les œuvres les plus connues de la carrière prolifique de Moreau le Jeune, dont l’œuvre dépasse les 2 000 pièces, sont en particulier  les vingt-quatre illustrations transcrivant les costumes et les intérieurs à la mode dans les dernières années de l’Ancien Régime

Jean-Michel Moreau, dit Moreau le Jeune (1741 – 1814 ), est un dessinateur et graveur français. Les œuvres les plus connues de la carrière prolifique de Moreau le Jeune, dont l’œuvre dépasse les 2 000 pièces, sont en particulier les vingt-quatre illustrations transcrivant les costumes et les intérieurs à la mode dans les dernières années de l’Ancien Régime

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Les dames du XVIIIe s. et le cabinet des fées. -1/3-

Publié le par Perceval

La plupart des contes de fées sont écrits par des femmes qui trouvent dans les salons mondains une forme d'émancipation et la possibilité de prouver leur intelligence

Alors qu'un « Roi-Soleil règne sur une cour que des codes souverains régissent et dont les plaisirs des îles enchantées ont été eux-mêmes soumis à une étiquette rigoureuse. »... Dans ce même pays la plupart des « sujets de ce roi ignorent tout à la fois le français, l'usage de la lecture et la pratique de l'écriture. Ce qu'ils savent : leur pater et leur ave ; ce qu'ils connaissent : le profil de leur roi au revers de quelques doublons et les visages de leurs saints patrons aux vitraux de leur paroisse ; ce qui leur revient, au bout de la langue, comme la pluie et le soleil au bout du champ : des histoires, celle d'un homme à la barbe bleue qui égorgeait ses femmes au fond d'une chambre secrète ou celle encore de la fillette au bonnet rouge qui ne savait quel chemin prendre, celui des épingles ou celui des aiguilles. Ces histoires, ils les tiennent de la bouche d'une mère-grand ou d'un conteur qui les avaient entendues un soir de moisson ou qui les avaient lues dans un petit livre bleu avant de les redire, à leur façon, toujours semblable et toujours différente ; car à se répéter, on le sait, les histoires se retissent à la couleur du temps. »

 

Ainsi donc, une société tout entière se penche sur son 'folklore' et s'émerveille... Elle s'émerveille de ce temps où tout au fond de la forêt, il y avait un château de cristal dont la porte était d'or et où le boudin parfois se pendait au bout du nez des bûcheronnes ( conte des souhaits ridicules). Claude Perrault, le frère de Charles, collecte une version de « Mélusine », lors d'un voyage à Bordeaux et en parle à son frère. Une lettre de Mme de Sévigné datée de 1656 et adressée à Mlle de Montpensier rapporte l'histoire de la cane de Montfort qui fut autrefois demoiselle et qui, chaque année, sort de l'étang pour s'en venir avec ses canetons suivre l'office de la sainte messe. Une autre lettre de la Marquise, d'août 1677, rapporte à Mme de Coulanges comment ces dames de la cour s'amusent follement à « mitonner » des histoires à dormir assises sur des chaises d'or.

 

Sources : '' Où l'on voit ces dames aller aux champs, et le Conte s'écrire... L'oralité populaire mise en écriture par les lettrés du XVIIIe siècle par Elisabeth Lemirre.

Les Fées ont tenu conseil sous la présidence de Mauritiane : Florine a été enfermée dans le « cabinet du Crepuscule », où elle est condamnée à « filer la toile qui sépare le jour d’avec la nuit ». Une des Fées cependant la prend en pitié et lui rend visite :

    « mais elle fut bien surprise de trouver la Princesse qui se reposoit sur son lit, ayant achevé son ouvrage avec la dernière perfection. De Françoise Le Marchand, (17..-1754) - Florine, ou la belle Italienne (1713)  

 

''Le Cabinet des fées'' est une collection d’ouvrages parue tout au long du XVIIIe s. Elle se finalise dans une édition de contes rassemblés entre 1785 et 1786 et publiés à Amsterdam par Charles-Joseph Mayer et Charles-Georges-Thomas Garnier ; les 4 derniers vol. (t. 38-41) ont été publiés à Genève en 1788-1789 ; ils contiennent même une suite des “Mille et une nuits”.

Mayer poursuit deux buts essentiels : sauvegarder des contes risquant de tomber dans l’oubli et fournir aux générations futures des modèles et des sources d’inspiration. Sûr de lui, Mayer affirme ses choix, sélectionne et hiérarchise : une quarantaine de conteurs retenus, les contes libertins écartés et, bien entendu, la première place donnée à Perrault.

Les illustrations sont de Clément-Pierre Marillier. ( A noter que pas un volumes n'est exempt de charmes féminins offerts au lecteur en illustration et ce, même lorsque le texte est dénué de toute évocation suggestive...)

 

Le cabinet des fées ou, Collection choisie des contes des fées, et autres contes merveilleux (1785)
Le cabinet des fées ou, Collection choisie des contes des fées, et autres contes merveilleux (1785)
Le cabinet des fées ou, Collection choisie des contes des fées, et autres contes merveilleux (1785)
Le cabinet des fées ou, Collection choisie des contes des fées, et autres contes merveilleux (1785)
Le cabinet des fées ou, Collection choisie des contes des fées, et autres contes merveilleux (1785)
Le cabinet des fées ou, Collection choisie des contes des fées, et autres contes merveilleux (1785)
Le cabinet des fées ou, Collection choisie des contes des fées, et autres contes merveilleux (1785)

Le cabinet des fées ou, Collection choisie des contes des fées, et autres contes merveilleux (1785)

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Noël à la cour du Roi Arthur

Publié le par Perceval


Au début du Moyen Age, ce n'était pas le jour de Noël qui importait. La grande fête était l'Epiphanie : la manifestation de Jésus comme Christ, aux Mages. Le calendrier médiéval était dominé par des congés tels que les ''quarante jours de Saint-Martin", qui débutaient le 11 Novembre avec la fête de St Martin, période qui correspondrait aujourd'hui à l'Avent.
L'importance du jour de Noël a augmenté progressivement après Charlemagne qui fut couronné empereur le jour de Noël 800. Le roi Edmund martyr a été oint au Noël de 855 et le roi Guillaume Ier d'Angleterre a été couronné le jour de Noël 1066. Autour du 12ème siècle, les ''douze saints jours'' apparaissent dans les calendriers liturgiques, à compter du 25 Décembre et durent jusqu'au 6 Janvier à l'Epiphanie.

À la fin du Moyen Âge, la fête est devenue si importante que les chroniqueurs régulièrement relèvent ce que les rois font à cette date Noël. C'est lors de la fête de Noël en 1377 - avec le roi Richard II - que vingt-huit bœufs et trois cents moutons ont été mangés.

 

Un régal festif représentant Janvier
dans les Très Riches Heures du duc Jean de Berry (XVe siècle)


Dans la légende arthurienne, le conte de Sire Gauvain et du Chevalier vert est présenté comme une histoire de Noël, remplie de célébrations et réjouissances... Le motif de Noël est facilement observable dans la personne même du Chevalier Vert...
Le récit relate l'arrivée d'un mystérieux géant vert, monté sur un cheval verts, à la cour d'Arthur se préparant à fêter Noël. Le mystérieux chevalier lance un défi au roi et à ses preux : que celui qui en aura le courage accepte de le frapper avec sa propre hache de forestier ; en retour, le chevalier lui impose seulement d'accepter le même traitement un an et un jour plus tard. Arthur serait prêt à relever le défi, mais par souci de le protéger, c'est Gauvain son neveu qui aura finalement cet ''honneur''. Pensant éviter toutes suites désagréables, Gauvain décapite à la hache son adversaire tout de vert vêtu, maos ô surprise, le génat ramasse sa tête qui avait roulé par terre dans des flots de sang. La t^te se met à parler, donnant à Gauvain rendes-vous à la Chapelle Verte, avant que le chevalier portant sa tête sous le bras et chevauchant son destrier aussi vert et superbe que lui ne s'éloigne au galop.... L'aventure ne fait que commencer …. !




Les activités décrites à la cour du roi Arthur lors de Noël dans le célèbre roman du XIVe siècle Sire Gauvain et le Chevalier vert  offrent un bon aperçu de la fête dans une cour médiévale tardive:

Christmas preparations  on a calendar page for December in 'The Golf Book'

 

Le roi est à Camelot au moment de Noël et, avec les meilleurs chevaliers de la noble confrérie de la Table ronde, dûment assemblés, ils s'adonnent aux réjouissances et aux plaisirs insouciants de la fête. Auparavant, ils avaient participé à des tournois... Ces célébrations s'étalent sans interruption pendant quinze jours, alternant toutes sortes d’activités festives et de la danse la nuit, pour le plus grand contentement des seigneurs et des dames de la cour …

'The Golf Book', British Library

 

 

Alors que la Nouvelle Année est toute jeune - ce jour même la splendeur de la table est redoublée – le roi après la messe rejoint la grande salle avec tous ses chevaliers... Noël est célébré à nouveau, chacun apportant des présents …

La majeure partie du poème (37-197, de 750 à 2479) a lieu pendant la saison de Noël. Le défi du chevalier vert a lieu le jour de la Nouvelle Année.

Un an plus tard, Gauvain arrive au château de Bertilak la veille de Noël; il y reste pour être ''testée'' par Lady Bertilak pendant trois jours, et répond au défi du chevalier vert, le jour de l'An. Ainsi, les principaux éléments de l'intrigue se produisent lors de la Veillée de Noël et au cours de ses douze jours.

Calendar page for February in British Library
 ‘The Golf Book (Sixteenth Century)

 

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Les Lettres d’une religieuse portugaise

Publié le par Perceval

Dans le monde des lettres, Beja est depuis trois siècles la ville de la religieuse portugaise, Mariana Alcoforado. Entrée au couvent des clarisses de la conception sur décision de ses parents, elle s’éprend d’un jeune officier de la marine française, le comte de Chamilly, qui, parti en 1661 faire campagne en Alentejo contre les espagnols, n’en revient qu’en 1668.

Les Lettres d’une religieuse portugaise, sont publiées anonymement et traduites en français par Gabriel de Guilleragues. Le capitaine de Chamilly à qui elles sont adressées les lui aurait transmises, donnant son accord pour les publier. On a cherché aussitôt à connaître l’identité de l’auteur. Mais si certains tels Saint Simon en attribuent l’origine à une vraie religieuse nommée Marianne, d’autres, comme Jean-Jacques Rousseau, dénoncent une supercherie du traducteur, prétendant que c’est lui le véritable auteur

Dans un livre publié en 1672, on découvre que de Chamilly a bien été envoyé par Louis XIV sur le sol portugais pour combattre les espagnols durant la guerre d’indépendance. L’auteur du livre, dissimulé sous les initiales de L.C.d. V, un officier qui mène ses troupes en campagne de Toulon à Candie, raconte que sur le navire, de Chamilly garde toujours sur lui les lettres d’une jeune religieuse de Beja ; mais un jour que de Chamilly les relit, un ecclésiastique, le père Chavigny, les lui arrache des mains pour les jeter à la mer.

Une édition de Cologne, également de 1669, précise que le Marquis de Chamilly est leur destinataire, assertion reprise par Saint-Simon, puis par Duclos. On ne sait alors de la rédactrice que son prénom, celui qui figure dans sa première lettre : Marianna. En 1810, l'érudit Boissonade découvre un exemplaire des Lettres Portugaises ainsi annoté : '' La religieuse qui a écrit ces lettres se nommait Marianna Alcaforada, religieuse à Beja, entre l'Estramadure et l’Andalousie. Le cavalier à qui ces lettres furent écrites était le comte de Chamilly, dit alors le comte de Saint-Léger.'' Les recherches effectuées dans les archives du couvent de Beja, confirment qu'il y a eu effectivement, dans cette communauté, une religieuse du nom de Marianna Alcaforada, née le 22 avril 1640, morte en 1723, et âgée 25 ans au moment des faits. Tout ce qui est mentionné dans Les lettres au sujet de sa rencontre avec de Chamilly, les précisions sur des personnages ayant existé et sur les lieux décrits qu’elle seule peut connaître, suscitent un trouble qui n’a cessé depuis.

Cette publication d'une œuvre galante écrite par une religieuse, passionne l'Europe et scandalise les dévots. (20 éditions au XVIIè siècle... !).

Si les Lettres portugaises restent pour la plupart du temps attribuées à Guilleragues, de récentes recherches accréditent la thèse de Mariana Alcoforado. Myriam Cyr a notamment publié un ouvrage à ce sujet en 2006, et Philippe Sollers, dans sa préface d’une édition des Lettres en 2009, demeure lui aussi convaincu de leur authenticité.

Datées de décembre 1667 à juin 1668, ces pages pleines de feu, rédigées par la nonne pour déplorer son abandon par son amant, sont en effet d'une modernité stupéfiante ; par leur liberté de style, leur limpidité, leur élan de franchise, la netteté de l'aveu de sa passion contre les règles de la morale, elles tranchent sur la production du temps. On relève surtout la précision de la description clinique des transes auxquelles peuvent conduire un amour trop violent, et qui font passer la narratrice du doute à la colère, de la colère au désespoir, enfin à la résignation. Ce que Mme de La Fayette ne fait que suggérer, les Lettres le disent crûment ; d'où l'étonnement qu'elles suscitent chez Saint-Simon ou chez la marquise de Sévigné.

Il y a là, au milieu du Grand Siècle, un avant-goût du climat des Liaisons Dangereuses ou de La Religieuse...

Ce ''roman épistolaire'' est un monologue (le lecteur ne dispose pas des réponses) et n’est constitué que de cinq lettres, distantes de plusieurs mois. Il est aussi caractérisé par le refus du romanesque et de l’anecdote et s’apparente davantage aux cinq actes d’une tragédie : de l’histoire d’amour ne subsiste que l’épilogue tragique, seuls vivent en évoluant les sentiments, transcrits dans un style remarquable de simplicité et d’authenticité, d’une femme séduite et abandonnée qui s’achemine vers une lucidité désespérée.

  • 1ere Lettre
    Elle s’abîme dans la douleur. Elle s’installe dans un désespoir sans limite. Elle laisse s’écouler de cette béance radicale une longue plainte. Elle vit cette situation amoureuse comme une impasse douloureuse, une destruction d’elle même et en même temps en évoquant les souvenirs amoureux elle allonge le temps suspendu entre l’absence et la mort.

  • 2ème Lettre
    Elle oublie l’objet aimé pour aimer l’amour perdu. Elle exhale le souvenir amoureux, le corps tout entier érotique jouit de se souvenir. Elle s’apaise à désirer l’absent. Alors elle se sent coupable de cet oubli et s’oblige à souffrir à nouveau.

  • 3ème Lettre
    Elle s’épuise à attendre. L’autre s’éloigne, s’estompe, il est gagné par la nuit. Alors, elle perd le goût de souffrir, sa voix s’évanouit, son inflexion se déchire. Elle est comme fatiguée d’aimer.

  • 4ème Lettre
    Elle ravive le deuil qu’elle ne veut pas quitter, c’est sa propre parole qui l’a fait pleurer encore. Elle roule inlassablement sa douleur. Elle se livre, de nouveau, comme pour la retenir, à la violence des mouvements de son cœur.

  • 5ème Lettre
    Elle décide de renoncer à son état amoureux. Elle s’exile de son imaginaire. L’image aimée meurt pour qu’elle vive. Elle découvre avec tristesse qu’elle aimait plus le fait d’aimer que l’amant lui-même. Avec la perte du délire, elle entre dans sa propre vie, elle assume son exil comme une unique délivrance.

Henri Matisse,  Lettres Portugaises
Henri Matisse,  Lettres Portugaises
Henri Matisse,  Lettres Portugaises
Henri Matisse,  Lettres Portugaises
Henri Matisse,  Lettres Portugaises
Henri Matisse,  Lettres Portugaises
Henri Matisse,  Lettres Portugaises
Henri Matisse,  Lettres Portugaises
Henri Matisse,  Lettres Portugaises
Henri Matisse,  Lettres Portugaises
Henri Matisse,  Lettres Portugaises
Henri Matisse,  Lettres Portugaises
Henri Matisse,  Lettres Portugaises
Henri Matisse,  Lettres Portugaises
Henri Matisse,  Lettres Portugaises

Henri Matisse, Lettres Portugaises

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L'amant infortuné

Publié le par Perceval

Ce manuscrit  du XVe s. appelé '' L'Amant infortuné '' appartient à la bibliothèque de Chantilly. Il est sur parchemin et contient 97 feuillets. Les dimensions des illustrations sont 228 x132mm.
Ce manuscrit  du XVe s. appelé '' L'Amant infortuné '' appartient à la bibliothèque de Chantilly. Il est sur parchemin et contient 97 feuillets. Les dimensions des illustrations sont 228 x132mm.
Ce manuscrit  du XVe s. appelé '' L'Amant infortuné '' appartient à la bibliothèque de Chantilly. Il est sur parchemin et contient 97 feuillets. Les dimensions des illustrations sont 228 x132mm.
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L'Amant infortuné se présente sous la forme d'un poème en vers de 10 syllabes.

Interviennent quatre personnages: l'Auteur, la Fortune, l'Amant et sa Dame. Pas de titre; celui transcrit ci-dessus est emprunté au sujet même.

Le nom de l'auteur n'est pas indiqué, bien que Chardin ait voulu, sans raison sérieuse, attribuer l'ouvrage à Jean Bouchet (note conservée dans le volume) : Jean Boucher  né à Poitiers en1476, et mort en 1557, et ami de Rabelais.

On lui préfère François Habert né vers 1510 à Issoudun (Indre) et mort vers 1561. Il fut d'abord secrétaire d'hommes d'Église, puis entra à la cour de François Ier et de Henri II où il devint « poète du Roi ».

En : F. 8v, l'énigmatique monogramme 'N.O.T.H.E.R.U.S.' ; 21v, monogramme 'N.Z.' Présence de la devise "banny de joie", très proche de celle de l'auteur présumé François Habert , qui se surnomma lui-même « le Banni de liesse ».

 

Incipit :

La doléance de l'amant infortuné.

Ung jour estant de desplaisance ataint.

De grand ennuy et tristesse rataint,

En deul transy, comblé de doléance...

 

Le sujet du poème n'est pas compliqué : l'Amant se désole dans un verger ; dame Fortune lui offre son aide et se charge d'un amoureux message ; la réponse est favorable. Conduit auprès de la dame de ses pensées, l'Amant est au comble de ses vœux; mais la Fortune, on ne sait pourquoi, lui retire ses faveurs au prétexte de lui procurer quelque repos, elle le conduit dans son labyrinthe et l'y abandonne. Le labyrinthe n'est en rien plaisant; les arbres sont en pourriture, les arbustes garnis d'épines, l'eau pleine de soufre.

Après de vains efforts pour sortir, l'Amant, se sentant mourir, confie ses peines à l'Acteur, qui apparaît à propos et promet d'écrire le récit de cette triste aventure.  

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Les femmes et les fées dans les salons du XVIIe s. -2/2-

Publié le par Perceval

Les femmes et les fées dans les salons du XVIIe s. -2/2-

Les salons formaient un monde socioculturel décentralisé qui avait existé avant la centralisation de la cour à Versailles. Un espace où les gens, parfois de classes sociales différentes, pouvaient se forger de nouvelles identités. Pour certains, les contes de fées représentent une échappée imaginaire, pour d’autres, une façon de critiquer le monde sociopolitique... N'oublions pas que les dernières décennies du règne de Louis XIV ( 1638-1715) étaient extrêmement dures.... ( la dette nationale, des conditions de vie difficiles, des mauvaises récoltes et de la grande perte de vies occasionnée par les combats, une austérité à tendance religieuse, la révocation de l’Edit de Nantes et l’exode des protestants ...etc)

Quoi qu’il en soit, les contes de fées littéraires sont nés dans ces salons du XVIIe siècle qui étaient organisés et dominées par des femmes, dont la situation à cette époque mérite d’être examinée.

 

Au XVIIe siècle, les femmes étaient largement exclues du monde socioculturel. Les lois limitant leurs droits existaient depuis longtemps. On les empêchait de voter dans les guildes mixtes, de se marier sans l’autorisation parentale, de revendre leurs biens, d’être maîtres de leur fonction reproductive, de décider des conditions d’une séparation conjugale. En tant qu’épouses, les femmes n’avaient guère de pouvoir...

Timothy Reiss propose quatre raisons pour cette exclusion. D’abord, au XVIIe siècle, on pensait que les femmes avaient un raisonnement différent de celui des hommes, d’où l’influence limitée qu’elles exerçaient dans le monde culturel. Deuxièmement, la femme était considérée seulement comme mère et épouse, et par conséquent confinée à la sphère domestique. Même Charles Perrault, qui prétend être l’avocat des femmes, partageait cette image. Troisièmement, les maris, voire les hommes, traitaient les femmes comme objets et possessions. Enfin, on croyait que les femmes étaient les consommatrices idéelles de la culture. On ne leur permettait pas de produire la littérature, mais on les respectait en tant que gardiennes du bon goût. Cette discussion s’inscrit dans le contexte de ce que l’on appelait la Querelle des Femmes.

L’instruction des filles à cette époque était basée sur l’idée que les femmes devaient rester à la maison, loin des dangers de la mondanité qui caractérisait les salons. François Fénelon, auteur célèbre de L’éducation des filles (1891), et Madame Maintenon, la deuxième femme morganatique de Louis XIV et fondatrice de Saint-Cyr, une école pour les filles, étaient des défenseurs de l’instruction conservative pour les filles... Les femmes ne vivaient pas pour elles-mêmes. Elles devaient penser d’abord à leur mari, à leurs enfants et à leurs domestiques. De plus, il fallait qu’elles soient modestes, simples, discrètes et sincères et qu’elles évitent l’affectation, l’égoïsme et la déception.

A cette époque, l’instruction des filles se faisaient soit dans les écoles paroissiales, soit dans les couvents, soit dans les petites écoles. L’enseignement religieux y avait la priorité, mais les filles apprenaient aussi à lire, à écrire et à compter. L’instruction des filles ne dépassait jamais les premières années, car on disait que trop d’intelligence ne pouvait que leur nuire ...

Pour les femmes, les salons remplaçaient l’université, dont l’accès leur était interdite. Ils leur offraient le moyen de s’affranchir des rôles sociaux qui leur étaient réservés et la possibilité de se créer une identité par la force de leur intellect. C’était le seul endroit où on encourageait les femmes à développer leur esprit et à se mélanger aux hommes. Si une femme voulait accéder à l’enseignement supérieur, c’était à elle de le chercher, voire de le créer, grâce à l’aide des autres salonniers. Parce qu’elles se considéraient au même niveau intellectuel que les hommes, elles ont pu se permettre de s’engager dans la formation du monde culturel et social en produisant des contes de fées et de participer ainsi d’une élite nouvellement constituée qui ne se définissait plus par sa naissance. Marginalisées à cause de leur sexe et exclues des domaines masculins, les femmes ont créé des salons pour se doter d’un pouvoir et décider de leur rôle dans la société.

La chambre bleue de l’Hôtel de Rambouillet, qui a ouvert ses portes vers 1610, était le premier salon français. En fait, il y en avait beaucoup au XVIIe siècle et ils n’étaient pas tous identiques. Par exemple, celui de Mlle de Scudéry était plus littéraire et plus féministe que celui de l’Hôtel de Rambouillet. Mme d’Aulnoy, Mlle de L’Héritier, Mme de Murat et Mlle de La Force en fréquentaient plusieurs ; d’autres femmes ont même organisé leurs propres salons. Mlle de L’Héritier a repris le célèbre salon de Mlle de Scudéry. Le salon de Mme d’Aulnoy, que Mme de Murat fréquentait, a commencé vers 1690, rue Saint-Benoît. Mlle de La Force était la grande fidèle du salon de la marquise de Lambert, la dernière grande précieuse.

On a tendance à croire que les salons étaient réservés à la haute société, mais certains écrivains, comme Victor Cousin, explique que l’on laissant entrer « des personnages de différents ordres, auxquels pouvaient manquer la naissance, mais que relevaient le mérite et l’esprit. Car l’esprit était alors une puissance reconnue, avec laquelle toutes les autres puissances comptaient ».

La participation des femmes dans les salons servait à montrer qu’elles étaient dotées d’une capacité de raisonnement aussi grande que celle des hommes. En plus, les salons permettaient aux femmes de participer à la production et dissémination de la littérature, la science et la philosophie. Les salonnières ont aussi fait évoluer la langue française. De fait, elles ont redéfini l’aristocratie. Au début, parce qu’on croyait que les femmes étaient prédisposées au bon goût esthétique, les écrivains leur donnaient leurs œuvres à corriger. Malgré le respect qu’elles ont trouvé dans ce rôle, les salonnières n’étaient pas satisfaites d’être seulement des consommatrices culturelles. Elles voulaient aussi produire de la littérature.

L’aspect collaboratif des salons a contribué à créer une atmosphère d’égalité entre les sexes : « ce sont les salons lettrés et mondains, en marge de la cour versaillaise, où les auteurs de contes, de Saint-Evremond à Perrault, Mlle L’hériter, Mme d’Aulnoy, Mme de Murat, Mlle de La Force, Préchac ou encore le chevalier de Mailly, travaillent en étroite collaboration ». Dans ces assemblées, les gens passaient leur temps dans la conversation et dans les jeux. Les trois sujets les plus fréquents étaient l’amour, la littérature et la philosophie.

L’atmosphère des salons a beaucoup influencé la facture des contes de fées. Sur le plan de l’écriture, les contes des fées sont rédigés dans le style naturel de la conversation. Plus important encore, comme nous allons le voir, ces conteuses nous offrent des mondes merveilleux dans lesquels les femmes sont souvent égales aux hommes, voire plus puissantes qu’eux. Ainsi la réalité sociale des salons se reflétait-elle dans l’égalité que l’on trouvait dans leurs contes.

 

Sources : Une thèse de Deborah Amato : Les Contes de fées oubliés: vision d’un monde plus égal

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Les fées dans les salons du XVIIe s.-1/2-

Publié le par Perceval

Les fées sont à la mode dans les salons du XVIIe s.: les "contes de bonnes femmes" deviennent "contes de précieuses"...

Mais...

D’où viennent les contes ?

Pour certains les contes et leurs personnages, les fées et les ogres, seraient les derniers avatars d’une mythologie païenne, plus ou moins gauloise. Parmi ces hypothèses prédomine celle des frères Grimm (~1785-1860) : tout comme la plupart des langues de l’Europe moderne sont issues d’une langue commune, l’indo-européen, les contes seraient la forme prise en différents lieux par des récits prototypes, d’où la tentative des deux philologues de rassembler le corpus des contes populaires allemands, trace pour eux du lointain passé germanique. Effectivement Le Petit Poucet n’est pas loin de rappeler certains épisodes de la légende de Thésée ou de celle de Tristan.

Dans les années 1160, Marie de France compose douze lais en vers inspirés des contes populaires bretons auxquels ils empruntent les éléments merveilleux – objets magiques, métamorphoses, loups-garous, fées – et la structure. Cinq siècles plus tard, Mme d’Aulnoy (1650-1705) puisera dans le lai d’Yonec la matière de L’Oiseau bleu.

Le conte de fées littéraire comme forme narrative courte s'inspire de la novella et autre conto italiens. Il faut toutefois attendre le XVIIe siècle pour que naisse un véritable genre littéraire, théorisé par Charles Perrault dans la fameuse Querelle qui l’oppose à Boileau et aux Anciens.

- 1690 : Mme d'Aulnoy publie L'Ile de la Félicité, le premier conte emprunté à l'oralité où l'on voit un prince russe s'en aller au pays où l'on ne meurt pas.

- En 1693, Charles Perrault publie une version versifiée des Souhaits ridicules, et en 1694, Peau d'âne . Les Contes de ma mère l'Oye est un recueil de huit contes de fées de Charles Perrault paru en 1697, sous le titre Histoires ou contes du temps passé, avec des moralités, avec cet autre titre au dos : Contes de ma mère l'Oye, et toujours en 1697 Mme d'Aulnoy publie ses Contes de fées.

Les Contes sont liés à la société de leur époque : comme l’a montré Philippe Ariès (Philippe Ariès, L’Enfant et la vie familiale sous l’Ancien Régime ), la fin du XVIIe siècle voit s’amorcer un mouvement qui va mettre l’enfant au centre de la cellule familiale. D’autre part, se plaçant dans la ligne de la Contre-Réforme et dans la vague de pruderie de la fin du règne de Louis XIV, Perrault a censuré dans ses propres récits des épisodes proposés par la version populaire des contes ; dans certains de ceux-ci, par exemple, le Petit Chaperon Rouge se déshabille avant de se mettre au lit avec le loup…

Perrault (1628-1703) introduit des réalités de son temps dans les Contes. Par exemple Le Petit Poucet évoque la famine de 1693. On est en présence du phénomène de l’actualisation : pour intéresser son auditoire ou son public, le conteur intègre des éléments contemporains. En effet, pour traverser le temps, le conte doit être assumé et recréé par chaque nouvelle génération de conteurs. Il s’agit d’un « processus de particularisation » (Marc SORIANO).

Les contes sont donc à la mode dans les années 1690 ; mais ne faut-il pas distinguer entre ceux qui appartiennent à la culture savante, écrits par des dames et reconnaissables à l’importance du féerique, et ceux qui proviennent de la tradition populaire, dont le meilleur exemple est ceux de Perrault... ?

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Mme d'Aulnoy - La baronne aventurière

Publié le par Perceval

Marie-Catherine Le Jumel de Barneville naît vers 1650 non loin de Honfleur, dans une famille de petite noblesse normande.

Le 6 mars 1666, âgée tout juste de seize ans, elle est forcée de se marier à Saint-Gervais à Paris avec François de la Motte, baron d'Aulnoy. Ce valet de pied du duc de Vendôme a environ quarante-six ans, il est coureur de jupons, pilier de cabaret et est endetté. Il lui fait cinq enfants, ce qui donne à la jeune dame tout le temps de le détester et de prendre un amant.

En 1669, aidée de sa mère et de deux gentilshommes, elle le fait arrêter sous un faux prétexte : il est accusé d'outrage verbal contre la majesté royale... Parvenant à se disculper, le baron est rapidement libéré. Les deux gentilshommes normands responsables de la dénonciation ( dont l'amant …) sont décapités en place de Grève. Pendant que l'on a arrêté les deux hommes, Marie-Catherine est parvenue à s’échapper par un escalier dérobé. Elle s'est réfugiée dans une église voisine et a passé la nuit sous un catafalque qui reposait là. Elle demeure introuvable le temps que cessent les recherches et se réfugie en Angleterre. De là, elle passe en Espagne où, désireuse de rentrer en grâce, elle accepte de rendre au Royaume de France quelques discrets services.

Commencent alors pour Mme d’Aulnoy quinze années d’errance durant lesquelles elle sillonne l’Europe, des Flandres à l’Espagne en passant par l’Angleterre. On dit d'elle qu'elle espionne pour Louis XIV dans les cours européennes, en Angleterre, en Flandres, et surtout dans une Espagne encore orientale, qui la choque et la fascine; la comtesse séduit beaucoup, se laisse séduire, et à l'occasion manie le poison. ( cf l'Histoire De La Comtesse d'Aulnoy de Fernande Gontier)

En 1681, Madame d'Aulnoy devient veuve. En 1685, ayant obtenu le pardon de Louis XIV, elle rentre en France et s’installe rue Saint-Benoît à Paris où elle tient un salon littéraire fréquenté par Mme de Murat, Melle L’Héritier mais aussi Saint-Evremond et le prince de Conti. En 1690, paraît son premier livre, l’Histoire d’Hippolyte, comte de Douglas, dans lequel elle insère un conte de fées, "L’île de la Félicité", initiant ainsi la mode qui ne débutera que quelques années plus tard. Entre 1697 et 1698, la baronne écrit vingt-cinq contes, parmi lesquels La Chatte Blanche, L'Oiseau bleu ou Le Nain Jaune. La baronne est un auteur prolixe, publiant près d’un livre par an jusqu’à sa mort le 14 janvier 1705. Elle reste aujourd’hui l’auteur de contes de fées la plus publiée en France après Charles Perrault.

En 1699, elle est mêlée à un nouveau scandale, une tentative d'assassinat cette fois, dont l'intéressée est une amie intime, Mme Ticquet, femme d'un conseiller au parlement, qui sera décapitée pour avoir tué son époux . Elle s'en trouve quitte finalement, et meurt six ans plus tard.

Si de nos jours Mme d’Aulnoy est connue pour ses contes de fées publiés entre 1697 et 1698, elle fut surtout célèbre en son temps pour ses nouvelles et pseudo-mémoires ayant principalement pour cadre l’Espagne et l’Angleterre. Elle reçut de nombreux éloges dans les journaux et revues de l’époque et plusieurs de ses œuvres furent rapidement traduites à l’étranger. Son style témoigne d’un grand sens de l’observation, d’une remarquable finesse dans l’analyse des sentiments et d’une fantaisie extrême au point que Jacques Barchilon la présente comme un "Rabelais féminin".

Sources : Exposition Bnf – Les Contes de Fées.

 

Mme d'Aulnoy - La baronne aventurière
Mme d'Aulnoy - La baronne aventurière
Mme d'Aulnoy - La baronne aventurière
Mme d'Aulnoy - La baronne aventurière

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Le style burlesque au XVIIe s.

Publié le par Perceval

Le style burlesque au XVIIe s.

Voilà un air léger qui souffle jusque dans les salons fréquentés par les académiciens...

Si dans la 'préciosité' les femmes jouent le rôle le plus important, les serviteurs du 'burlesque' sont essentiellement des hommes. On a dit que le burlesque – gaîté un peu leste des poètes - était le 'singe' de la préciosité, à qui il répondait …

Le burlesque est décrit, presque dès sa naissance, comme une mode littéraire qui fait fureur dans les années 1643-1653, puis qui « tombe », victime de ses excès, selon Scarron (1610-1660) lui-même, pourtant réputé en être le « créateur ». En 1643, son Recueil de quelques vers burlesques est l'origine d'une vogue immense.

Paul Scarron, écuyer, seigneur de Fougerest est issu de la noblesse de robe. Il entre dans les ordres en 1629. Il vit au Mans de 1632 à 1640, dans l'entourage de l'évêque et fréquente les salons provinciaux. En 1638, il est atteint d’une maladie qui finit par lui paralyser les jambes, la colonne et la nuque. À partir de 1638, Scarron n’est plus qu’un pauvre corps, tordu et perclus, immobilisé dans un cul-de-jatte... Il commence à écrire ses premières œuvres à partir de 1643. Il rentre à Paris et en 1652, à 42 ans, il épouse une orpheline sans fortune âgée de seize ans et demi, Françoise d'Aubigné, petite-fille d'Agrippa d'Aubigné et future Madame de Maintenon...

 

Le mot '' burlesque'' est consacré par Jean François Sarrasin (1604-1654), familier de l’hôtel de Rambouillet. Il vient de 'burla' – plaisanterie -

J. F. Sarrasin, poète et écrivain, homme de plaisirs, rivalise comme auteur de vers de société avec Vincent Voiture (1597-1648) ... Surnommé Amilcar par les Précieuses, il est intime avec Ménage, Pellisson, Madeleine de Scudéry et Scarron avec qui il échange des vers. Il soutient Georges de Scudéry en 1639 dans son attaque contre Corneille avec un Discours de la tragédie.

Devenu familier du comte de Chavigny, secrétaire d’État aux Affaires étrangères, celui-ci l’honore bientôt d’une faveur toute spéciale. Il l’accompagne dans divers voyages diplomatiques. Ce ministre, qui avait reconnu le parti qu’on pouvait tirer des connaissances acquises et de l’esprit naturel de son protégé, le charge d’une mission à Rome auprès du pape Urbain VIII, amateur éclairé des belles-lettres. Il reçoit 4 000 livres pour ses premiers frais de voyage, mais au lieu de leur donner cette destination, il n’a rien de plus pressé que de les dissiper en parties de plaisir avec une maîtresse qu’il avait rue Quincampoix.

Sarrasin n'a jamais un sou vaillant, aussi doit-il louer ses talents chez le futur cardinal de Retz, puis chez le Prince de Conti, mais Sarrasin a le tort de porter les yeux sur la sœur du Prince, Mme de Longueville...

Le burlesque donc, ça fait rire – de certaines choses, et d’une certaine façon : il y a du « sous-entendu » là-dessous, du sous-entendu « bas », et même de l’équivoque « grossière » – et pourtant nous sommes entre gens du monde.

Non seulement, en usant de tous les lexiques à la fois, et de tous les genres, le burlesque nie leurs relations hiérarchiques, mais encore il procède systématiquement à un renversement « révolutionnaire » au sens propre des hiérarchies établies. Ainsi Scarron écrit-il qu’il a l’art de

Donner une vive beauté

À l’affreuse difformité,

Faire un louvre d’une cabane,

D’une coureuse une Suzanne,

D’un folâtre en faire un Caton,

Et d’un gros âne un Cicéron :

Quelque chose de plus encore,

Peser le vent, blanchir un Maure,

D’une farce en faire un sermon,

Et canoniser un démon,

Prédire les choses futures,

Grossir, ou moindrir les figures,

Faire un nouveau calendrier,

Et d’une buse un épervier,

Faire un libéral d’un avare,

Comme d’un sot un homme rare,

Un Alexandre d’un poltron,

Et d’un petit Nain un Typhon.

''Le Testament de M. Scarron, son épitaphe et son portrait en vers burlesques '' (1660),

 

 

 

PERRAULT Parallèle des Anciens et des Modernes

Le « burlesque galant » : « (Le burlesque) qui est une espèce de ridicule, consiste dans la disconvenance de l’idée que l’on donne d’une chose d’avec son idée véritable, de même que le raisonnable consiste dans la convenance de ces deux idées. Or cette disconvenance se fait de deux façons, l’une en parlant bassement des choses les plus relevées, et l’autre en parlant magnifiquement des choses les plus basses. […] les choses graves et sérieuses cachées sous des expressions communes et enjouées donnent plus de plaisir que ne peuvent donner les choses triviales et populaires sous des expressions pompeuses ou brillantes. »

DESHAYES Jean-Baptiste Henri (attribué) - LE SINGE PEINTRE - 3e quart 18e siècle

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