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Articles avec #litterature tag

Lettres d'amour: G. Flaubert – Louise Colet -3/3-

Publié le par Perceval

La santé d’Hippolyte Colet s’est dégradée. Toujours mariée, mais séparée de corps, Louise Colet l'héberge et s'occupe de lui jusqu'à sa mort, dans ses bras, le 21 avril 1851.

Louise se réconcilie avec Flaubert, dont elle redevient l’amante ; alors qu’elle est déjà celle de Musset.

Flaubert quitte Croisset pour s’installer avec Louise à Paris. Elle refuse de comprendre qu’il ait besoin de solitude pour écrire ce roman, Madame Bovary, dont on n’entrevoit jamais la fin.

 

Après un long intervalle de trois ans, la correspondance reprend en 1851, sur un ton plus apaisé.

« Comme je m’amuse à causer avec toi ! Cela me délasse de t’envoyer au hasard toutes mes pensées »

Sur Madame Bovary : « Tu n’as point, je crois, l’idée du genre de ce bouquin. Autant je suis débraillé dans mes autres livres, autant dans celui-ci je tâche d’être boutonné et de suivre une ligne droite géométrique. »

« Beaucoup de choses qui me laissent froid ou quand je les vois ou quand d’autres en parlent, m’enthousiasment, m’irritent, me blessent si j’en parle, et surtout si j’écris. C’est là l’un des effets de ma nature de saltimbanque ».

Madame Bovary rend Flaubert littéralement malade : « Ce livre au point où j’en suis, me torture tellement (et si je trouvais un mot plus fort, je l’emploierais) que j’en suis parfois malade physiquement. »

« Voilà une des rares journées de ma vie que j’ai passée dans l’Illusion, complètement, et d’un bout jusqu’à l’autre. Tantôt, à six heures, au moment où j’écrivais le mot attaque de nerfs, j’étais si emporté, je gueulais si fort, et sentais si profondément ce que ma petite femme éprouvait, que j’ai eu peur moi-même d’en avoir une. »

 

La lettre de rupture (1855), après 10 ans de liaison, est cinglante et glaciale, à l'image de cet amant distant et ingrat selon sa maîtresse...

« Madame,

J'ai appris que vous vous étiez donné la peine de venir, hier, dans la soirée, trois fois, chez moi.
Je n'y étais pas. Et dans la crainte des avanies qu'une telle persistance de votre part, pourrait vous attirer de la mienne, le savoir-vivre m'engage à vous prévenir : que je n'y serai jamais
.

J'ai l'honneur de vous saluer.

G.F »

Louise publie, en 1860, ''Lui, roman contemporain''. Elle s’y dépeint sous son plus beau jour, amoureuse injustement trahie par les hommes. Flaubert y est traîné dans la boue. À l’en croire, seul Musset savait apprécier les bienfaits de sa passion... Elle oublie de rapporter que le poète, à moitié ivre, avait tenté d’abuser d’elle dans une calèche, ou comment, lassé de sa fougue, il avait donné des ordres pour qu’elle ne fût plus jamais autorisée à mettre les pieds chez lui.

Après Gustave Flaubert, elle fut la maîtresse d'Alfred de Vigny, d’Alfred de Musset et d’Abel Villemain.

Après la mort de son mari à Paris, le 21 avril 1851, Louise Colet et sa fille subsistent grâce à ses écrits et à l'aide de Victor Cousin.

 

Autres extraits de lettres de Gustave Flaubert à Louise Colet

Samedi 8 Août 1846.

« A quelque jour j'irai vivre loin d'ici, et l'on n'entendra plus parler de moi. Quant à ce qui d'ordinaire touche les hommes de plus près, et ce qui pour moi est secondaire, en fait d'amour physique, je l'ai toujours séparé de l'autre. Je t'ai vu railler cela l'autre jour à propos de B***, c'était mon histoire. Tu es bien la seule femme que j'ai aimée et que j'ai eue. Jusqu'alors j'allais calmer sur d'autres les désirs donnés par d'autres. Tu m'as fait mentir à mon système, à mon coeur, à ma nature peut-être, qui, incomplète d'elle-même, cherche toujours l'incomplet. »

 

Nuit de samedi au dimanche, minuit. 8-9 AOût 1846

« Non, je t'embrasse, je te baise. Je suis fou. Si tu étais là, je te mordrais ; j'en ai envie, moi que les femmes raillent de ma froideur et auquel on a fait la réputation charitable de n'en pouvoir user, tant j'en usais peu. Oui je me sens maintenant des appétits de bêtes fauves, des instincts d'amour carnassier et déchirant ; je ne sais pas si c'est aimer. C'est peut-être le contraire. Peut-être est-ce le coeur, en moi, qui est impuissant. »

 

Mercredi soir. 12 Août 1846.

« O Louise, je vais te dire un mot dur, et pourtant il part de la plus immense sympathie, de la plus intime pitié. Si jamais vient à t'aimer un pauvre enfant qui te trouve belle, un enfant comme je l'étais, timide, doux, tremblant, qui ait peur de toi et qui te cherche, qui t'évite et qui te poursuive, sois bonne pour lui, ne le repousse pas, donne-lui seulement ta main à baiser, il en mourra d'ivresse. Perds ton mouchoir, il le prendra et il couchera avec ; il se roulera dessus en pleurant. Ce spectacle de tantôt a rouvert le sépulcre où dormait ma jeunesse momifiée ; j'en ai ressenti les exhalaisons fanées, il m'est revenu dans l'âme quelque chose de pareil à ces mélodies oubliées que l'on retrouve au crépuscule, durant ces heures lentes où la mémoire, ainsi qu'un spectre dans les ruines, se promène dans nos souvenirs. Non, vois-tu, jamais les femmes ne sauront tout cela. Elles le diront encore moins, jamais ; elles aiment bien, elles aiment peut-être mieux que nous, plus fort, mais pas si avant. Et puis suffit-il d'être possédé d'un sentiment pour l'exprimer ? Y a-t-il une chanson de table qui ait été écrite par un homme ivre ? Il ne faut pas toujours croire que le sentiment soit tout. Dans les arts, il n'est rien sans la forme. Tout cela est pour dire que les femmes qui ont tant aimé ne connaissent pas l'amour pour en avoir été trop préoccupées ; elles n'ont pas un appétit désintéressé du Beau. Il faut toujours, pour elles, qu'il se rattache à quelque chose, à un but, à une question pratique ; elles écrivent pour se satisfaire le coeur, mais non par l'attraction de l'

Art, principe complet de lui-même et qui n'a pas plus besoin d'appui qu'une étoile. Je sais très bien que ce ne sont pas là tes idées ; mais ce sont les miennes. »

 

Lettre du 27 mars 1853

« La femme est un produit de l'homme. Dieu a créé la femelle, et l'homme a fait la femme ; elle est le résultat de la civilisation, une œuvre factice. Dans les pays où toute culture intellectuelle est nulle, elle n'existe pas (car c'est une œuvre d'art, au sens humanitaire ; est-ce pour cela que toutes les grandes idées générales se sont symbolisées au féminin ?) Quelles femmes c'étaient que les courtisanes grecques ! Mais quel art c'était que l'art grec ! Que devait être une créature élevée pour contribuer aux plaisirs complets d'un Platon ou d'un Phidias ? Toi, tu n'es pas une femme, et si je t'ai plus et surtout plus profondément aimée (tâche de comprendre ce mot profondément) que toute autre, c'est qu'il m'a semblé que tu étais moins femme qu'une autre. Toutes nos dissidences ne sont jamais venues que de ce côté féminin. Rêve là-dessus, tu verras si je me trompe. Je voudrais que nous gardassions nos deux corps et n'être qu'un même esprit. Je ne veux de toi, comme femme, que la chair. Que tout le reste donc soit à moi, ou mieux soit moi, de même pâte et la même pâte. Comprends-tu que ceci n'est pas de l'amour, mais quelque chose de plus haut, il me semble, puisque ce désir de l'âme est pour elle presque un besoin même de vivre, de se dilater, d'être plus grande. Tout sentiment est une extension. C'est pour cela que la liberté est la plus noble des passions. »

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Lettres d'amour: G. Flaubert – Louise Colet -2/3-

Publié le par Perceval

Louise Colet est devenue célèbre... Elle fréquente les salons les plus cultivés, et de nombreux écrivains s’intéressent à son œuvre. Elle est reçue aux Tuileries et l’Académie lui accorde en 1843 un nouveau prix de poésie pour Le Monument de Molière. Elle publie des romans, des biographies, des récits de voyage et des vers, n’oubliant jamais de se rappeler au bon souvenir des chroniqueurs littéraires, quitte à les harceler et à se venger s'ils n'obtempèrent pas.

En juin 1846, Louise rencontre dans l’atelier du sculpteur Pradier un grand gaillard moustachu, une force de la nature : Gustave Flaubert, alors âgé de vingt-quatre ans. Elle en a trente-cinq. Il écrit – quelques nouvelles et une première version de L’Éducation sentimentale –, mais n’a encore rien publié.

Entre deux escapades à Paris, il vit avec sa mère et sa nièce à Croisset, près de Rouen, où il sacrifie au « culte fanatique de l’art », unique consolation à « la triste plaisanterie de l’existence ». En juillet, ils deviennent amants. Ils sont très amoureux.

Ils s’écrivent quotidiennement des lettres, de plusieurs pages pour la plupart. Celles de Louise Colet restant introuvables, c’est aux lettres de Flaubert qu’il faut s’en remettre pour savoir ce qui s’est passé

Cette correspondance, ne se limite pas aux griefs et autres considérations sur l’amour. Plus qu’une maîtresse, Louise Colet est pour Flaubert une confidente, à laquelle il s’ouvre de ses affres de créateur.

Leurs amours seront les seules de l'existence de Flaubert, prisonnier qu’il est de son travail, de sa haute idée de la littérature et des contraintes qu’il s’impose.

Pour Flaubert, seule compte réellement l’oeuvre à venir :

« l’amour ne saurait être le mets principal de l’existence, mais son assaisonnement ».

« Je me suis creusé mon trou et j’y reste ayant soin qu’il y fasse toujours la même température. » et de pouvoir descendre « au fond de ces gouffres intérieurs qui ne tarissent jamais pour les forts ».

L'Amour … ? « un lit où l’on met son coeur pour se détendre. Or on ne reste pas couché toute la journée. Toi tu en fais un tambour pour régler le pas de l’existence. Non, non, mille fois non. »

Louise s'impatiente …

Flaubert : « Tu me demandes une explication franche, nette. Mais ne te l’ai-je pas donnée cent fois, et j’ose dire, dans chaque lettre depuis des mois entiers ? »

Il affirme: « Puisque tu m’aimes je t’aime toujours »... Il s’étonne de l’amour qu’on lui porte et éprouve « des ébahissements singuliers à voir ces trésors de passion... »

Il sait que Louise recherche le monde: « Tu aimes l’existence, toi [...] tu respectes les passions et tu aspires au bonheur »...

« Oui je me sens maintenant des appétits de bêtes fauves, des instincts d'amour carnassier et déchirant, je ne sais pas si c'est aimer. C'est peut-être le contraire. Peut-être est-ce le cœur en moi qui est impuissant. La déplorable manie de l'analyse m'épuise. Je doute de tout, et même de mon doute. Tu m'as cru jeune et je suis vieux. (…) Je ne suis pas fait pour jouir. Il ne faut pas prendre cette phrase au sens terre à terre mais en saisir l'intensité métaphysique. »

« J’ai en moi, au fond de moi, un embêtement radical, intime, âcre et incessant qui m’empêche de rien goûter et qui me remplit l’âme à la faire crever. » (...) « J’aime l’art et je n’y crois guère. On m’accuse d’égoïsme, et je ne crois pas plus à moi qu’à autre chose. J’aime la nature, et la campagne me semble souvent bête. J’aime les voyages, et je déteste me remuer. »
Il reproche à Louise son sentimentalisme en art : « Il n’y a rien de plus faible que de mettre en art ses sentiments personnels. »... (…) Les femmes, dit-il: « prennent leur cul pour leur cœur et croient que la lune est faite pour éclairer leur boudoir. ».

« Il aurait mieux valu pour toi ne pas m’aimer. Le bonheur est un usurier qui pour un quart d’heure de joie qu’il vous prête vous fait payer toute une cargaison d’infortunes. »

Flaubert ne déteste rien tant que « la poétisation » des choses, qui est par essence « anti-artistique, anti-plastique, anti-humaine, anti-poétique par conséquent. » : « Dans Aristophane, on chie sur la scène. Dans l’Ajax de Sophocle, le sang des animaux égorgés ruisselle autour d’Ajax qui pleure. »

Lui, il a la religion de l’art : « Tu n’admires pas assez, tu ne respectes pas assez. Tu as bien l’amour de l’art, mais tu n’en as pas la religion. »

Il trouve trop académique l'écriture de Louise et tente de la convaincre de « viriliser » sa prose, il lui conseille de relire La Fontaine ou Montesquieu et de remplacer l’esprit de société par l’esprit des maîtres. Ce qui fait le plus envie à Flaubert en tant qu’écrivain est « le comique arrivé à l’extrême, le comique qui ne fait pas rire » : « Le Malade imaginaire descend plus loin dans les mondes intérieurs que tous les Agamemnon. » Mais il admire par-dessus-tout Shakespeare : « Ce n’était pas un homme, mais un continent. Il avait des grands hommes en lui, des foules entières, des paysages. » et le Don Quichotte est pour lui le livre de ses origines, le livre « qu’il savait par coeur avant même de savoir lire. » Louis Lambert de Balzac « le foudroie ». Il s’identifie à « cet homme qui devient fou à force de penser à des choses intangibles ».

Lui-même a dix-neuf ans a eu l’idée de se châtrer : « Il arrive un moment où l’on a besoin de se faire souffrir, de haïr sa chair, de lui jeter de la boue au visage tant elle vous semble hideuse. Sans l’amour de la forme, j’eusse peut-être été un grand mystique. »

Ils se voient à Paris, tous les deux mois en moyenne, ou à Mantes. Elle en veut plus. Il tente de la contenir. L’énergie dépensée à faire l’amour, estime Flaubert, nuit à celle qu’exige l’écriture. Elle insiste.

Première rupture en août 1848.

A suivre …

 

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Lettres d'amour: G. Flaubert – Louise Colet -1/3-

Publié le par Perceval

Gustave Flaubert, est né à Rouen le 12 décembre 1821, il est décédé à Croisset (Seine-Maritime) le 8 mai 1880.

Flaubert ( il a vingt quatre ans )rencontre pour la première fois en juin 1846, la blonde poétesse de dix ans son ainée. ''On dit '', que c'est le 29 juillet 1846, après une promenade au Bois de Boulogne (en fiacre, bien entendu, comme plus tard Mme Bovary), que Louise Colet succombe, le lieu choisi pour la chute étant l’Hôtel du Bon La Fontaine, 64, rue des Saints-Pères, à Paris...

De 1846 à 1848, c'est la passion entre les deux amants, une première rupture est datée du 21 août 1848, puis Flaubert voyage en Orient, de 1849 à 1851. Ils reprennent leur relation de juillet 1851 (à Rouen) jusqu’au 5 mars 1855, date de la dernière lettre, ou, peut-être même dès novembre ou décembre 1854, date à laquelle l’irascible Muse n’hésite pas à venir jusqu’à Croisset relancer son amant indigné.

Louise Révoil (Colet), est née à Aix-en-Provence le 15 septembre 1810, elle se prétend (faussement) noble ; et en 1832, elle rencontre Hippolyte Colet, qui effectue de fréquents séjours à Nîmes, dans sa famille ; il se dit ( faussement) professeur de composition au Conservatoire de Paris... Contre l'avis de ses parents, pour fuir la province et partir à la conquête de Paris, Louise se marie avec Hippolyte en 1834. Louise Colet est belle, elle a de l'esprit et écrit de la poésie. En 1836, ce ''Rastignac'' en jupons publie un premier recueil de vers, Fleurs du Midi. Prise en amitié par Mme Récamier, dont elle fréquente le salon, elle sollicite une préface du vieillissant Chateaubriand. Il refuse, par lettres, et Louise les insère en ouverture de l’ouvrage. Et parvient à décrocher une subvention du roi Louis-Philippe, qui n’avait pourtant que faire de la poésie.

Louise Colet concourt avec succès pour un prix de poésie de l’Académie française. Elle devient d’ailleurs la maîtresse de l’un d’eux, le très docte et sérieux Victor Cousin, presque cinquantenaire, qui ne manque pas de la recommander avec insistance au Tout-Paris littéraire.

En 1840, la poétesse, qui tient un salon littéraire 2 rue Bréda est enceinte. Son mari Hyppolite Colet,refusait toute idée de paternité, et Victor Cousin refuse tout aussi catégoriquement une quelconque reconnaissance.

Le journaliste Alphonse Karr révèle dans un pamphlet la liaison adultère .

Chroniques policières

« Mademoiselle R…, après une union de plusieurs années avec M. C…, a vu enfin le ciel bénir son mariage, elle est prête de mettre au monde autre chose qu’un alexandrin.

Quand le vénérable ministre de l’Instruction publique a appris cette circonstance, il a noblement compris ses devoirs à l’égard de la littérature. Il a fait pour Mme C… ce qu’il fera sans doute pour toute autre femme de lettres à son tour. Il l’a entourée de soins et d’attention ; il ne permet pas qu’elle sorte autrement que dans sa voiture… Il est allé lui-même chercher à Nanterre une nourrice pour l’enfant de lettres qui va bientôt voir le jour et on espère qu’il ne refusera pas d’en être le parrain. »

Ce n’était pas diffamatoire, mais reconnaissons que Victor Cousin, chef de l’école spiritualiste éclectique, pour lors ministre, en prenait pour son grade. Mais les philosophes sont si facilement étourdis.

Un mot courut alors dans les milieux littéraires qui ne sont pas généralement tendres pour leurs confrères masculins ou féminins, réduisant la piqûre des guêpes à celle d’un cousin. » A. Karr

Alors, que le journaliste est présent chez elle, Louise Colet, prise d'un accès de rage, prend un couteau, et le plante dans le dos de l'infortuné auteur du "Voyage autour de ma Chambre". La blessure est sans gravité, mais Alphonse Karr, conserve l'arme du crime qu'il exposera sur un mur de sa chambre du 46 rue Vivienne, avec une étiquette portant l'inscription : "Donné par Louise Colet....dans le dos !"

A suivre ...

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Lettres d'amour: Diderot – Sophie Volland -2/2-

Publié le par Perceval

En 1755 Sophie Volland devient la maîtresse de Diderot. Elle s’appelle « Louise-Henriette » mais Diderot la rebaptise '' Sophie '', en grec 'sagesse'.. Leur relation passionnée dure cinq ans. Puis, Madame Volland surprend les amoureux ensemble, et surcroît de malchance, Madame Diderot découvre une lettre de Sophie à son mari. Madame Volland emmène Sophie sur ses terres et Madame Diderot menace, en cas de divorce, d’interdire à Diderot de voir Angélique, sa fille chérie !

C’est à partir de ce moment que Diderot développe la métaphore d’Héloïse et Abélard pour évoquer leur amour. Les deux amants n’ont plus qu’une solution pour continuer à communiquer : s’écrire !

Le libertin et Sophie, échangent alors une correspondance passionnée et savante … Sophie, curieuse de tout, au courant des écrits des philosophes comme de ceux des scientifiques. Son intelligence vive, son jugement pertinent en font la correspondante privilégiée de Diderot pendant 14 ans.

À la cour de Versailles, Diderot peut compter sur de puissants protecteurs, à commencer par la marquise de Pompadour et Malesherbes, le directeur de la librairie.

Plus fort encore, la tsarine Catherine II de Russie lui apporte son soutien et, pour le libérer de ses tracas financiers, lui achète sa bibliothèque tout en lui en laissant l'usage. Diderot va rendre visite à sa bienfaitrice en 1773 à Saint-Pétersbourg.

En 1769, Diderot devient l’amant de madame de Maux.

En 1773-74 il effectue le voyage à Saint-Petersbourg auquel Catherine II l’invitait depuis des années. Il en revient épuisé et affaibli.

Denis Diderot décède le 31 juillet 1784, six mois après sa maîtresse Sophie Volland.

Sans doute, dans cette correspondance, Sophie par ses retards, ses lenteurs , n’y exprimait peut-être qu’une « liaison douce », toujours en deçà des attentes du philosophe. Si cette correspondance a pu s’accomplir dans la durée, c'est que Sophie était une destinataire à la hauteur.

Cette relation est exigeante, de la part des deux amants : Diderot ne s’adresse pas à Louise-Henriette, le véritable prénom de mademoiselle Volland, mais à Sophie, la sagesse, pseudonyme qui évoque cette muse parfaite dont rêve tout philosophe. Lectrice enthousiaste, sensible et indépendante, telle est Sophie. Diderot écrit d’elle qu’elle a « de l’esprit comme un démon » (15 septembre 1760)…

« Jamais passion ne fut plus justifiée par la raison que la mienne. N’est-il pas vrai, ma Sophie, que vous êtes bien aimable ? Regardez au-dedans de vous-même. Voyez-vous bien, voyez combien vous êtes digne d’être aimée, et connoissez combien je vous aime » (Paris, le 23 juillet 1759 )

L’oeuvre de Montaigne, auteur de prédilection de la jeune femme, a pu servir de guide ou d’emblème à la relation entre les deux amants, si l’on en croit le testament de celle-ci et l’association qu’elle fera, comme Diderot des années auparavant, entre un ouvrage intellectuel et un objet de faveur évoquant le corps de l’aimée :

« Je donne et lègue à Monsieur Diderot sept petits volumes des Essais de Montaigne, reliés en maroquin rouge, plus une bague que j’appelle ma pauline. »

Si l’écrivain invoque très tôt le modèle héloïsien pour définir la relation de maître à disciple qui l’unit à Sophie, c’est pour lui donner bientôt un rôle égalitaire au sein de leurs joutes intellectuelles, favorisées par une certaine androgynie physique et morale du personnage : « Ma Sophie est homme et femme quand il lui plaît » ( 10 mai 1759 ).

La correspondance révèle un personnage très important : Marie-Charlotte Volland, la sœur benjamine de Sophie, surnommée ''Uranie''... la sœur de Sophie rêvait l'amour mais était dans l'incapacité de la vivre. Elle eaimait les galanteries sans céder aux hommes de peut d'être abandonnée. La relation Diderot-Sophie-Uranie en devient étrange, insolite, complexe. Uranie semble « se fondre » dans leur amour et sa présence est ambiguë :

« Je vous félicite toutes deux, chères sœurs, de vous posséder. Je serai souvent en esprit entre l’une et l’autre, mettant vos mains entre les miennes, ne sachant laquelle des deux j’aime le plus ; autant ami de l’aînée que de la cadette ; partageant également mon respect et mon estime. »

« Votre sœur vous aime bien ; j’admire comme elle se prête à votre délire. Ne levons pas tout à fait ce petit rideau ; c’est bien assez d’en avoir écarté un point. Si vous saviez, mon amie, combien les discours les plus passionnés sont maussades pour ceux qui les écoutent de sang-froid ! Uranie nous voit tous deux dans la cahutte à travers les barreaux ; elle vient s’appuyer sur le trou, et causer gaiement avec nous. » (le 22 septembre 1761 )

La mort des amants

Lettre de Diderot à Sophie Volland

"Ceux qui se sont aimés pendant leur vie et qui se font inhumer l'un à côté de l'autre ne sont peut-être pas aussi fous qu'on pense.
Peut-être leurs cendres se pressent, se mêlent et s'unissent. Que sais-je? Peut-être n'ont-elles pas perdu tout sentiment, toute mémoire de leur premier état.
Peut-être ont-elles un reste de chaleur et de vie dont elles jouissent à leur manière du fond de l'urne froide qui les renferme.[...]
Ô ma Sophie, il me resterait donc un espoir de vous toucher, de vous sentir, de vous aimer, de vous chercher, de m'unir, de me confondre avec vous lorsque nous ne serons plus.
S'il y avait dans nos principes une loi d'affinité, s'il nous était réservé de composer un être commun; si je devais dans la suite des siècles refaire un tout avec vous; si les molécules de votre amant dissous venaient à s'agiter, à se mouvoir et à rechercher les vôtres éparses dans la nature!
Laissez-moi cette chimère. Elle m'est douce. Elle m'assurerait l'éternité en vous et avec vous...
" (Lettre du 15 octobre 1759)

Lettre de Diderot à Sophie Volland

Lettre de Diderot à Sophie Volland

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L'incandescente Emily Dickinson -1/4-

Publié le par Perceval

L'incandescente Emily Dickinson -1/4-

En 1862, Emily Dickinson a 32ans.

« C’est la fille de l’homme le plus riche d’Amherst, Massachusetts. Elle n’a pas besoin de travailler, sa famille a plusieurs domestiques, elle a accès à la grande bibliothèque familiale, elle a pu faire d’excellentes études et son père lui a offert un piano pour ses quatorze ans. Elle aide la cuisinière à faire des gâteaux pour le repas du soir et elle distribue des bonbons aux enfants du voisinage. Il serait impossible de trouver vie plus réglée. » (1)

Emily est fille de petite bourgeoisie puritaine, nourrie à la Bible à haute dose, de Ralph Waldo Emerson (poète et philosophe, figure de proue du courant de pensée transcendantaliste) (note*), de Hawthorne, mais aussi Shakespeare, Dickens, Emily Brontë et les romantiques anglais, sans oublier ses contemporains américains, le sentimental Henry Longfellow par exemple... Elle semble vivre dans une cellule intellectuelle fermée, provinciale et hantée par le péché. Elle était vieille avant que d’être, cousant et tissant, comptant ses deuils nombreux qui se succédaient autour d’elle.

« Tout semble ridicule et excessif : père autoritaire, mère douce et transparente, sœur aussi, effacée qu’elle, un frère incapable d’habiter à plus de quelques mètres de cette maudite maison qui dévorait ses habitants. » (2)

Le Vent n’est pas venu du Verger – aujourd’hui –

Mais de plus loin –

Il ne s’est pas arrêté pour jouer avec le Foin –

Ni menacer un Chapeau –

C’est un gars- toujours de passage –

Tu peux en être sûr –

 

S’il laisse une Pigne devant la porte

Nous savons qu’il a grimpé à un Sapin –

Mais Où est le Sapin – Dis –

Tu y as été, toi ?

 

S’il apporte des Odeurs de Trèfles –

C’est Son affaire – pas la Nôtre –

Alors c’est qu’Il était avec les Faucheurs –

Aiguisant les Heures qui passent

En douces pauses de Foin –

Sa façon à Lui – par un Jour de Juin-

 

S’il lance du Sable, et des Galets –

Les Chapeaux des petits Garçons – et du chaume-

Avec parfois un clocher –

Avec un cri rauque « Ôtez-vous de mon chemin, que diable »,

Qui serait assez idiot pour rester ?

Hein – Dis-

Tu serais, toi, assez idiot pour rester ?

Le Vent commença à faire danser l’Herbe

Sur un Ton comminatoire et grave –

Il lança une menace à la Terre –

Et une autre menace, au Ciel –

Les Feuilles se dégrafèrent des Arbres

S’éparpillant de-ci- de-là –

La Poussière comme des Mains se creusa pour former une coupe

Et lança la Route au loin –

Les Chariots se pressèrent dans les rues

Le Tonnerre se hâta lentement –

L’Eclair montra un Bec Jaune

 

Puis une Griffe livide-

Les Oiseaux Barricadèrent leurs Nids_

Le Bétail se terra dans sa Grange-

Puis vint une Goutte de Pluie Géante

Et puis comme si les Mains

Qui tenaient les Barrages, avaient lâché,

Les eaux naufragèrent le Ciel,

Mais négligèrent la Maison de Mon Père –

Fendant seulement un Arbre en quatre morceaux –

( note *) C'est dans l'est de l'Etat du Massachusetts, à Concord, au nord de Boston, où aux côtés d'Emerson vivaient notamment Henry David Thoreau et Nathaniel Hawthorne, que battait au XIXe siècle le coeur de ce « mouvement » tout à la fois intellectuel, spirituel et littéraire. Un mouvement anticonformiste qui bouscula l'Eglise unitarienne, dominante en Nouvelle-Angleterre, en prônant le primat de l'intuition sur la raison, et secoua la société de Nouvelle-Angleterre tout entière en rejetant le positivisme matérialiste au profit d'un retour à la nature. Thèmes qui infusent dans les poèmes d'Emily Dickinson, où l'émerveillement face au monde et à la Création, doublé d'une sensualité intense, se mêle à un mysticisme inquiet assez éloigné de l'orthodoxie protestante :

« Je me dis, la Terre est brève

Et l'Angoisse -- absolue

La douleur partout,

Et alors ?

Je me dis, on peut mourir

Les Forces les plus vives

sont vouées à la Corruption,

Et alors ?

Je me dis qu'au Ciel

Cela risque d'être la même question

Avec une nouvelle Equation

Et alors ? »

Sources :

  1. Daniel Thomières - Université de Reims Champagne-Ardenne

  2. Gil Pressnitzer - Site Esprits Nomades :

  3. Christine Savinel ( le nouveau dictionnaire des auteurs)

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La légende de Lady Godiva

Publié le par Perceval

La légende de Lady Godiva

Lady Godiva ( ou Godgyfu en saxon) est la très belle épouse de Léofric (968-1057), comte de Mercie et seigneur de Coventry. Elle est aussi une héroïne de la culture anglo-saxonne... Son mari, pour financer ses guerres, harcèle violemment ses sujets et les couvre de taxes ; et Lady Godiva – sensible aux conditions difficiles d'existence des habitants de Coventry- régulièrement plaide auprès de son époux, une réduction des impôts. A chaque fois, près de l'oreiller, Léofric promet de supprimer des taxes ; mais ensuite le besoin d'argent se fait sentir … Par ailleurs, si lady Godiva est fort belle, elle est aussi fort prude ; et malgré la vigueur de son mari, elle refuse de se montrer entièrement déshabillée, la dame ne se livre que dans l'obscurité …

lady Godiva Edmund Leighton dépeint point de décision (1892) Ce jour là, Léofric, exaspéré, fait comprendre à sa femme qu'il ne réduirait les impôts qu'à la condition, qu'elle-même traverse - nue à cheval – la ville de Conventry. Il pense qu'ainsi, lady Godiva ne l’ennuiera plus jamais avec cette question de taxes ... Après une longue réflexion, Godiva accepte le défi.

out of; (c) Herbert Art Gallery & Museum; Supplied by The Public Catalogue Foundation out of; (c) Herbert Art Gallery & Museum; Supplied by The Public Catalogue Foundation
Lady_Godiva - Alfred Joseph Woolmer out of; (c) Herbert Art Gallery & Museum; Supplied by The Public Catalogue Foundation

La dame demande alors aux habitants de rester chez eux lors de son passage, pour que personne ne puisse la voir nue. L'annonce à la population ajoute que toute personne qui enfreindrait cette règle serait durement puni... Il n'est pas précisé si la punition serait divine, ou séculière ...

Sir Edwin Landseer - La prière de Lady Godiva, 1865 Sir Edwin Landseer - La prière de Lady Godiva, 1865

 

Godiva Preparing to Ride through Coventry exhibited 1833 George Jones 1786-1869 Presented by Robert Vernon 1847 http://www.tate.org.uk/art/work/N00390 Godiva Preparing to Ride through Coventry exhibited 1833 George Jones 1786-1869 Presented by Robert Vernon 1847

 

Ainsi, vêtue uniquement de ses longs cheveux, qui cachent sa poitrine, lady Godiva passe à dos de cheval, accompagné d’une servante.

Lady Godiva, huile sur toile de Jules Lefebvre, 1890, 620 x 390 cm, Musée de Picardie, Amiens Lady Godiva, huile sur toile de Jules Lefebvre, 1890, 620 x 390 cm, Musée de Picardie, Amiens

William Holmes Sullivan - Lady Godiva, 1877

William Holmes Sullivan - Lady Godiva, 1877

On dit que seul un tailleur, du nom de ''Peeping Tom'' a osé transgresser cette règle. Effectivement, le malheur s’est abattu sur lui... Il devint aveugle pour le restant de ses jours. C'est de là que vient l'expression anglaise « Peeping Tom », que nous connaissons sous l’expression « voyeur ». On dit aussi, que le Conte lui aussi, a regardé ( enfin) sa femme nue... On ne sait quel malheur l'a frappé... Peut-être s'en est-il expliqué avec son épouse... Il tint parole, et l'on sait – documents historiques à l'appui, que le roi Édouard 1er (XIIIe ) lui-même, a pu vérifier dans les annales de Coventry, que l’impôt n’a plus été perçu à partir de 1057. Une forme plus ancienne de cette histoire raconte la traversée du marché de Coventry par Godiva, alors que le peuple était rassemblé, surveillée seulement par deux cavalières (vêtues). Cette version est narrée dans Flores Historiarum de Roger de Wendover (mort en 1236) [caption id="attachment_5255" align="aligncenter" width="873"]Lady Godiva, tableau d'Adam van Noort, 1586 Lady Godiva, tableau d'Adam van Noort, 1586

En 1586 : le peintre Adam van Noort a représenté l'épisode et a montré Léofric en train de regarder sa femme par la fenêtre...

godiva-modern Lady_Godiva_Jedburgh_Festival_2011
Lady-Godiva Affiche lady Godiva_1955_American_film_star_M

La légende de Lady Godiva donne lieu chaque année depuis 1678 à un festival annuel au cours duquel une jeune femme personnifiant la jeune comtesse parcourt sur un cheval blanc les rues de la ville de Coventry. La seule condition, absolue, est d'avoir des cheveux longs et dorés.Godiva_statue_Broadgate_Oct_2011 petit    

 

 

 

Une statue représentant Lady Godiva à également été élevée près de la place du marché de Coventry afin de rappeler l'événement.

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Les dames du XVIIIe s. et le cabinet des fées. -2/3-

Publié le par Perceval

D'où viennent les contes .. ?

Comme nous l'avons déjà lu, de l'écoute des histoires d'un « nombre infini de Pères, de Mères, de Grands-Mères, de gouvernantes et de Grand'Amies qui, depuis peut-être plus de mille ans, y ont ajouté en enchérissant toujours les uns sur les autres beaucoup d'agréables circonstances. »

Cette récupération du folklore a pu aussi se faire au hasard de livres véhiculant eux-mêmes une tradition orale : « Le Prince Marcassin » de Mme d'Aulnoy s'inspire très vraisemblablement d'une des Nuits facétieuses de Straparole et la « Cendrillon » de Perrault doit quelques uns de ses traits à la « Gatta Cenerentola » de Basile, qui figure, en 1636, dans le Pentamerone.

Il arrive aussi que, sournoisement, certains auteurs du Cabinet des fées, se refusent à avouer cette source populaire d'inspiration : Mlle de la Force prétend bien haut avoir inventé l'histoire de cette femme qui dut donner sa fille aux fées pour leur avoir volé du persil alors qu'elle l'attendait ; Or Basile en donne déjà une version et le motif des tresses de la belle qu'elle dénoue à la fenêtre de sa tour pour que son amant y grimpe et la rejoigne se trouve dans le Livre des rois du poète persan du Xe siècle, Firdousi.

Parfois, tout bonnement, ces mondains prétendront qu'ils tirent leurs fables des fées elles-mêmes.

Ré-écriture du conte :

Il y a manipulation et appropriation, car un conte, qu'il soit oral ou littéraire est inséparable de la communauté qui le produit et dans laquelle il s'inscrit. Issus de l'aristocratie provinciale, des hommes, des femmes parfois liés à la préciosité écrivent et publient des contes ; ils publient pour la Cour et ceux qui gravitent autour d'elle, pour les salons où l'on occupe mille et une nuits à se désennuyer des peines des jours où l'on a joué aux bergers sur les pelouses de Trianon. L'appropriation passe d'abord par l'élimination de tous les éléments qui décèlent une origine populaire. Ces récits ne sont pas destinés à être entendus tandis que l'on tresse des paniers ou que, le cochon abattu, on mitonne ses rognons dans une sauce au sang. Ils seront lus au boudoir ou sous les feux d'un lustre de Bohême.

C'est en aristocrates que ces lettrés traitent une culture qui vient du peuple et donc ils la retraitent. Il faut aux deux sœurs du conte « Les Fées » épouiller la tête de la vierge avant de cracher ducats sonnants et trébuchants ; Perrault éliminera avec soin ce détail, comme il éliminera le dépeçage rituel de la grand-mère du Chaperon Rouge. Et s'il affuble Cendrillon du qualificatif de « cucendron » il a soin d'en faire par l'italique une citation. Quand il faut prendre femme, le garçon éconduit par les filles de son village épouse la première grenouille qui sort du « patouillas » tandis que le cadet de Mme d'Aulnoy s'éprend d'une chatte de luxe aussi blanche que nacre et qui repose au fond d'un palais doré sur des coussins de taffetas. Héros et héroïnes sont des aristocrates et, lorsque Mme d'Aulnoy s'inspire du « Petit Poucet », son conte, « Finette Cendron », ne commence point dans une pauvre hutte de bûcheron mais chez un roi et une reine « qui avaient mal fait leurs affaires ». Jamais il ne sera question de perdre les trois fillettes parce qu'il n'y a plus rien à leur donner à manger - hantise qui ne cessera de peser sur les fermes d'avant la Révolution - mais tout simplement parce qu'elles veulent faire les demoiselles et avoir tous les habits dont elles ont envie. Le préjugé nobiliaire ne manque pas même d'atteindre les fées. Ainsi, Mme de Murât ne cache pas son mépris pour celles qui traversent les récits populaires : « Leurs occupations étaient basses, écrit-elle, et pué- riles. Elles étaient presque toujours laides, mal vêtues et mal logées.(2) » Rurales donc, les fées appartenaient toutes à la gent de la forêt, des prés et des buissons, plus habiles à tailler un fagot et à mûrir des fromages qu'à mélanger poudres et sortilèges. Les siennes seront étincelantes, habillées d'argent et de pierres précieuses ; telles des reines-soleils, elles habiteront des palais enchantés. Désinvoltes ou sûrs d'être maîtres des outils intellectuels de référence, ces auteurs manipulent la matière orale en toute liberté et, ce faisant, obéissent à leur insu à cette loi du conte qui veut que celui-ci ait tendance à s'agglutiner avec des récits voisins.

La merveille n'est plus, comme dans la matière populaire, l'au-delà du miroir, le rêve d'un rubis qui n'est qu'une goutte de sang sur la blancheur de la neige ; elle est le reflet des palais de ces aristocrates qui l'installent en abyme dans leurs récits.

Dans les versions populaires, l'animalité était simple : ours, chien, porc ou loup sont les figures d'emprunt qu'adopte l'éphémère métamorphose. Dans les versions des lettrés, il ne s'agit plus que de monstres, moitié femme moitié baleine, de dragon aux ailes verdâtres, d'écrevisse ou de nain jaune. Le lettré, formé par une culture classique, fabrique des chimères.

Sources : '' Où l'on voit ces dames aller aux champs, et le Conte s'écrire... L'oralité populaire mise en écriture par les lettrés du XVIIIe siècle par Elisabeth Lemirre

Jean-Michel Moreau, dit Moreau le Jeune (1741 – 1814 ), est un dessinateur et graveur français.   Les œuvres les plus connues de la carrière prolifique de Moreau le Jeune, dont l’œuvre dépasse les 2 000 pièces, sont en particulier  les vingt-quatre illustrations transcrivant les costumes et les intérieurs à la mode dans les dernières années de l’Ancien Régime
Jean-Michel Moreau, dit Moreau le Jeune (1741 – 1814 ), est un dessinateur et graveur français.   Les œuvres les plus connues de la carrière prolifique de Moreau le Jeune, dont l’œuvre dépasse les 2 000 pièces, sont en particulier  les vingt-quatre illustrations transcrivant les costumes et les intérieurs à la mode dans les dernières années de l’Ancien Régime
Jean-Michel Moreau, dit Moreau le Jeune (1741 – 1814 ), est un dessinateur et graveur français.   Les œuvres les plus connues de la carrière prolifique de Moreau le Jeune, dont l’œuvre dépasse les 2 000 pièces, sont en particulier  les vingt-quatre illustrations transcrivant les costumes et les intérieurs à la mode dans les dernières années de l’Ancien Régime
Jean-Michel Moreau, dit Moreau le Jeune (1741 – 1814 ), est un dessinateur et graveur français.   Les œuvres les plus connues de la carrière prolifique de Moreau le Jeune, dont l’œuvre dépasse les 2 000 pièces, sont en particulier  les vingt-quatre illustrations transcrivant les costumes et les intérieurs à la mode dans les dernières années de l’Ancien Régime
Jean-Michel Moreau, dit Moreau le Jeune (1741 – 1814 ), est un dessinateur et graveur français.   Les œuvres les plus connues de la carrière prolifique de Moreau le Jeune, dont l’œuvre dépasse les 2 000 pièces, sont en particulier  les vingt-quatre illustrations transcrivant les costumes et les intérieurs à la mode dans les dernières années de l’Ancien Régime
Jean-Michel Moreau, dit Moreau le Jeune (1741 – 1814 ), est un dessinateur et graveur français.   Les œuvres les plus connues de la carrière prolifique de Moreau le Jeune, dont l’œuvre dépasse les 2 000 pièces, sont en particulier  les vingt-quatre illustrations transcrivant les costumes et les intérieurs à la mode dans les dernières années de l’Ancien Régime
Jean-Michel Moreau, dit Moreau le Jeune (1741 – 1814 ), est un dessinateur et graveur français.   Les œuvres les plus connues de la carrière prolifique de Moreau le Jeune, dont l’œuvre dépasse les 2 000 pièces, sont en particulier  les vingt-quatre illustrations transcrivant les costumes et les intérieurs à la mode dans les dernières années de l’Ancien Régime
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Jean-Michel Moreau, dit Moreau le Jeune (1741 – 1814 ), est un dessinateur et graveur français.   Les œuvres les plus connues de la carrière prolifique de Moreau le Jeune, dont l’œuvre dépasse les 2 000 pièces, sont en particulier  les vingt-quatre illustrations transcrivant les costumes et les intérieurs à la mode dans les dernières années de l’Ancien Régime
Jean-Michel Moreau, dit Moreau le Jeune (1741 – 1814 ), est un dessinateur et graveur français.   Les œuvres les plus connues de la carrière prolifique de Moreau le Jeune, dont l’œuvre dépasse les 2 000 pièces, sont en particulier  les vingt-quatre illustrations transcrivant les costumes et les intérieurs à la mode dans les dernières années de l’Ancien Régime
Jean-Michel Moreau, dit Moreau le Jeune (1741 – 1814 ), est un dessinateur et graveur français.   Les œuvres les plus connues de la carrière prolifique de Moreau le Jeune, dont l’œuvre dépasse les 2 000 pièces, sont en particulier  les vingt-quatre illustrations transcrivant les costumes et les intérieurs à la mode dans les dernières années de l’Ancien Régime
Jean-Michel Moreau, dit Moreau le Jeune (1741 – 1814 ), est un dessinateur et graveur français.   Les œuvres les plus connues de la carrière prolifique de Moreau le Jeune, dont l’œuvre dépasse les 2 000 pièces, sont en particulier  les vingt-quatre illustrations transcrivant les costumes et les intérieurs à la mode dans les dernières années de l’Ancien Régime

Jean-Michel Moreau, dit Moreau le Jeune (1741 – 1814 ), est un dessinateur et graveur français. Les œuvres les plus connues de la carrière prolifique de Moreau le Jeune, dont l’œuvre dépasse les 2 000 pièces, sont en particulier les vingt-quatre illustrations transcrivant les costumes et les intérieurs à la mode dans les dernières années de l’Ancien Régime

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Les dames du XVIIIe s. et le cabinet des fées. -1/3-

Publié le par Perceval

La plupart des contes de fées sont écrits par des femmes qui trouvent dans les salons mondains une forme d'émancipation et la possibilité de prouver leur intelligence

Alors qu'un « Roi-Soleil règne sur une cour que des codes souverains régissent et dont les plaisirs des îles enchantées ont été eux-mêmes soumis à une étiquette rigoureuse. »... Dans ce même pays la plupart des « sujets de ce roi ignorent tout à la fois le français, l'usage de la lecture et la pratique de l'écriture. Ce qu'ils savent : leur pater et leur ave ; ce qu'ils connaissent : le profil de leur roi au revers de quelques doublons et les visages de leurs saints patrons aux vitraux de leur paroisse ; ce qui leur revient, au bout de la langue, comme la pluie et le soleil au bout du champ : des histoires, celle d'un homme à la barbe bleue qui égorgeait ses femmes au fond d'une chambre secrète ou celle encore de la fillette au bonnet rouge qui ne savait quel chemin prendre, celui des épingles ou celui des aiguilles. Ces histoires, ils les tiennent de la bouche d'une mère-grand ou d'un conteur qui les avaient entendues un soir de moisson ou qui les avaient lues dans un petit livre bleu avant de les redire, à leur façon, toujours semblable et toujours différente ; car à se répéter, on le sait, les histoires se retissent à la couleur du temps. »

 

Ainsi donc, une société tout entière se penche sur son 'folklore' et s'émerveille... Elle s'émerveille de ce temps où tout au fond de la forêt, il y avait un château de cristal dont la porte était d'or et où le boudin parfois se pendait au bout du nez des bûcheronnes ( conte des souhaits ridicules). Claude Perrault, le frère de Charles, collecte une version de « Mélusine », lors d'un voyage à Bordeaux et en parle à son frère. Une lettre de Mme de Sévigné datée de 1656 et adressée à Mlle de Montpensier rapporte l'histoire de la cane de Montfort qui fut autrefois demoiselle et qui, chaque année, sort de l'étang pour s'en venir avec ses canetons suivre l'office de la sainte messe. Une autre lettre de la Marquise, d'août 1677, rapporte à Mme de Coulanges comment ces dames de la cour s'amusent follement à « mitonner » des histoires à dormir assises sur des chaises d'or.

 

Sources : '' Où l'on voit ces dames aller aux champs, et le Conte s'écrire... L'oralité populaire mise en écriture par les lettrés du XVIIIe siècle par Elisabeth Lemirre.

Les Fées ont tenu conseil sous la présidence de Mauritiane : Florine a été enfermée dans le « cabinet du Crepuscule », où elle est condamnée à « filer la toile qui sépare le jour d’avec la nuit ». Une des Fées cependant la prend en pitié et lui rend visite :

    « mais elle fut bien surprise de trouver la Princesse qui se reposoit sur son lit, ayant achevé son ouvrage avec la dernière perfection. De Françoise Le Marchand, (17..-1754) - Florine, ou la belle Italienne (1713)  

 

''Le Cabinet des fées'' est une collection d’ouvrages parue tout au long du XVIIIe s. Elle se finalise dans une édition de contes rassemblés entre 1785 et 1786 et publiés à Amsterdam par Charles-Joseph Mayer et Charles-Georges-Thomas Garnier ; les 4 derniers vol. (t. 38-41) ont été publiés à Genève en 1788-1789 ; ils contiennent même une suite des “Mille et une nuits”.

Mayer poursuit deux buts essentiels : sauvegarder des contes risquant de tomber dans l’oubli et fournir aux générations futures des modèles et des sources d’inspiration. Sûr de lui, Mayer affirme ses choix, sélectionne et hiérarchise : une quarantaine de conteurs retenus, les contes libertins écartés et, bien entendu, la première place donnée à Perrault.

Les illustrations sont de Clément-Pierre Marillier. ( A noter que pas un volumes n'est exempt de charmes féminins offerts au lecteur en illustration et ce, même lorsque le texte est dénué de toute évocation suggestive...)

 

Le cabinet des fées ou, Collection choisie des contes des fées, et autres contes merveilleux (1785)
Le cabinet des fées ou, Collection choisie des contes des fées, et autres contes merveilleux (1785)
Le cabinet des fées ou, Collection choisie des contes des fées, et autres contes merveilleux (1785)
Le cabinet des fées ou, Collection choisie des contes des fées, et autres contes merveilleux (1785)
Le cabinet des fées ou, Collection choisie des contes des fées, et autres contes merveilleux (1785)
Le cabinet des fées ou, Collection choisie des contes des fées, et autres contes merveilleux (1785)
Le cabinet des fées ou, Collection choisie des contes des fées, et autres contes merveilleux (1785)

Le cabinet des fées ou, Collection choisie des contes des fées, et autres contes merveilleux (1785)

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Noël à la cour du Roi Arthur

Publié le par Perceval


Au début du Moyen Age, ce n'était pas le jour de Noël qui importait. La grande fête était l'Epiphanie : la manifestation de Jésus comme Christ, aux Mages. Le calendrier médiéval était dominé par des congés tels que les ''quarante jours de Saint-Martin", qui débutaient le 11 Novembre avec la fête de St Martin, période qui correspondrait aujourd'hui à l'Avent.
L'importance du jour de Noël a augmenté progressivement après Charlemagne qui fut couronné empereur le jour de Noël 800. Le roi Edmund martyr a été oint au Noël de 855 et le roi Guillaume Ier d'Angleterre a été couronné le jour de Noël 1066. Autour du 12ème siècle, les ''douze saints jours'' apparaissent dans les calendriers liturgiques, à compter du 25 Décembre et durent jusqu'au 6 Janvier à l'Epiphanie.

À la fin du Moyen Âge, la fête est devenue si importante que les chroniqueurs régulièrement relèvent ce que les rois font à cette date Noël. C'est lors de la fête de Noël en 1377 - avec le roi Richard II - que vingt-huit bœufs et trois cents moutons ont été mangés.

 

Un régal festif représentant Janvier
dans les Très Riches Heures du duc Jean de Berry (XVe siècle)


Dans la légende arthurienne, le conte de Sire Gauvain et du Chevalier vert est présenté comme une histoire de Noël, remplie de célébrations et réjouissances... Le motif de Noël est facilement observable dans la personne même du Chevalier Vert...
Le récit relate l'arrivée d'un mystérieux géant vert, monté sur un cheval verts, à la cour d'Arthur se préparant à fêter Noël. Le mystérieux chevalier lance un défi au roi et à ses preux : que celui qui en aura le courage accepte de le frapper avec sa propre hache de forestier ; en retour, le chevalier lui impose seulement d'accepter le même traitement un an et un jour plus tard. Arthur serait prêt à relever le défi, mais par souci de le protéger, c'est Gauvain son neveu qui aura finalement cet ''honneur''. Pensant éviter toutes suites désagréables, Gauvain décapite à la hache son adversaire tout de vert vêtu, maos ô surprise, le génat ramasse sa tête qui avait roulé par terre dans des flots de sang. La t^te se met à parler, donnant à Gauvain rendes-vous à la Chapelle Verte, avant que le chevalier portant sa tête sous le bras et chevauchant son destrier aussi vert et superbe que lui ne s'éloigne au galop.... L'aventure ne fait que commencer …. !




Les activités décrites à la cour du roi Arthur lors de Noël dans le célèbre roman du XIVe siècle Sire Gauvain et le Chevalier vert  offrent un bon aperçu de la fête dans une cour médiévale tardive:

Christmas preparations  on a calendar page for December in 'The Golf Book'

 

Le roi est à Camelot au moment de Noël et, avec les meilleurs chevaliers de la noble confrérie de la Table ronde, dûment assemblés, ils s'adonnent aux réjouissances et aux plaisirs insouciants de la fête. Auparavant, ils avaient participé à des tournois... Ces célébrations s'étalent sans interruption pendant quinze jours, alternant toutes sortes d’activités festives et de la danse la nuit, pour le plus grand contentement des seigneurs et des dames de la cour …

'The Golf Book', British Library

 

 

Alors que la Nouvelle Année est toute jeune - ce jour même la splendeur de la table est redoublée – le roi après la messe rejoint la grande salle avec tous ses chevaliers... Noël est célébré à nouveau, chacun apportant des présents …

La majeure partie du poème (37-197, de 750 à 2479) a lieu pendant la saison de Noël. Le défi du chevalier vert a lieu le jour de la Nouvelle Année.

Un an plus tard, Gauvain arrive au château de Bertilak la veille de Noël; il y reste pour être ''testée'' par Lady Bertilak pendant trois jours, et répond au défi du chevalier vert, le jour de l'An. Ainsi, les principaux éléments de l'intrigue se produisent lors de la Veillée de Noël et au cours de ses douze jours.

Calendar page for February in British Library
 ‘The Golf Book (Sixteenth Century)

 

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Les Lettres d’une religieuse portugaise

Publié le par Perceval

Dans le monde des lettres, Beja est depuis trois siècles la ville de la religieuse portugaise, Mariana Alcoforado. Entrée au couvent des clarisses de la conception sur décision de ses parents, elle s’éprend d’un jeune officier de la marine française, le comte de Chamilly, qui, parti en 1661 faire campagne en Alentejo contre les espagnols, n’en revient qu’en 1668.

Les Lettres d’une religieuse portugaise, sont publiées anonymement et traduites en français par Gabriel de Guilleragues. Le capitaine de Chamilly à qui elles sont adressées les lui aurait transmises, donnant son accord pour les publier. On a cherché aussitôt à connaître l’identité de l’auteur. Mais si certains tels Saint Simon en attribuent l’origine à une vraie religieuse nommée Marianne, d’autres, comme Jean-Jacques Rousseau, dénoncent une supercherie du traducteur, prétendant que c’est lui le véritable auteur

Dans un livre publié en 1672, on découvre que de Chamilly a bien été envoyé par Louis XIV sur le sol portugais pour combattre les espagnols durant la guerre d’indépendance. L’auteur du livre, dissimulé sous les initiales de L.C.d. V, un officier qui mène ses troupes en campagne de Toulon à Candie, raconte que sur le navire, de Chamilly garde toujours sur lui les lettres d’une jeune religieuse de Beja ; mais un jour que de Chamilly les relit, un ecclésiastique, le père Chavigny, les lui arrache des mains pour les jeter à la mer.

Une édition de Cologne, également de 1669, précise que le Marquis de Chamilly est leur destinataire, assertion reprise par Saint-Simon, puis par Duclos. On ne sait alors de la rédactrice que son prénom, celui qui figure dans sa première lettre : Marianna. En 1810, l'érudit Boissonade découvre un exemplaire des Lettres Portugaises ainsi annoté : '' La religieuse qui a écrit ces lettres se nommait Marianna Alcaforada, religieuse à Beja, entre l'Estramadure et l’Andalousie. Le cavalier à qui ces lettres furent écrites était le comte de Chamilly, dit alors le comte de Saint-Léger.'' Les recherches effectuées dans les archives du couvent de Beja, confirment qu'il y a eu effectivement, dans cette communauté, une religieuse du nom de Marianna Alcaforada, née le 22 avril 1640, morte en 1723, et âgée 25 ans au moment des faits. Tout ce qui est mentionné dans Les lettres au sujet de sa rencontre avec de Chamilly, les précisions sur des personnages ayant existé et sur les lieux décrits qu’elle seule peut connaître, suscitent un trouble qui n’a cessé depuis.

Cette publication d'une œuvre galante écrite par une religieuse, passionne l'Europe et scandalise les dévots. (20 éditions au XVIIè siècle... !).

Si les Lettres portugaises restent pour la plupart du temps attribuées à Guilleragues, de récentes recherches accréditent la thèse de Mariana Alcoforado. Myriam Cyr a notamment publié un ouvrage à ce sujet en 2006, et Philippe Sollers, dans sa préface d’une édition des Lettres en 2009, demeure lui aussi convaincu de leur authenticité.

Datées de décembre 1667 à juin 1668, ces pages pleines de feu, rédigées par la nonne pour déplorer son abandon par son amant, sont en effet d'une modernité stupéfiante ; par leur liberté de style, leur limpidité, leur élan de franchise, la netteté de l'aveu de sa passion contre les règles de la morale, elles tranchent sur la production du temps. On relève surtout la précision de la description clinique des transes auxquelles peuvent conduire un amour trop violent, et qui font passer la narratrice du doute à la colère, de la colère au désespoir, enfin à la résignation. Ce que Mme de La Fayette ne fait que suggérer, les Lettres le disent crûment ; d'où l'étonnement qu'elles suscitent chez Saint-Simon ou chez la marquise de Sévigné.

Il y a là, au milieu du Grand Siècle, un avant-goût du climat des Liaisons Dangereuses ou de La Religieuse...

Ce ''roman épistolaire'' est un monologue (le lecteur ne dispose pas des réponses) et n’est constitué que de cinq lettres, distantes de plusieurs mois. Il est aussi caractérisé par le refus du romanesque et de l’anecdote et s’apparente davantage aux cinq actes d’une tragédie : de l’histoire d’amour ne subsiste que l’épilogue tragique, seuls vivent en évoluant les sentiments, transcrits dans un style remarquable de simplicité et d’authenticité, d’une femme séduite et abandonnée qui s’achemine vers une lucidité désespérée.

  • 1ere Lettre
    Elle s’abîme dans la douleur. Elle s’installe dans un désespoir sans limite. Elle laisse s’écouler de cette béance radicale une longue plainte. Elle vit cette situation amoureuse comme une impasse douloureuse, une destruction d’elle même et en même temps en évoquant les souvenirs amoureux elle allonge le temps suspendu entre l’absence et la mort.

  • 2ème Lettre
    Elle oublie l’objet aimé pour aimer l’amour perdu. Elle exhale le souvenir amoureux, le corps tout entier érotique jouit de se souvenir. Elle s’apaise à désirer l’absent. Alors elle se sent coupable de cet oubli et s’oblige à souffrir à nouveau.

  • 3ème Lettre
    Elle s’épuise à attendre. L’autre s’éloigne, s’estompe, il est gagné par la nuit. Alors, elle perd le goût de souffrir, sa voix s’évanouit, son inflexion se déchire. Elle est comme fatiguée d’aimer.

  • 4ème Lettre
    Elle ravive le deuil qu’elle ne veut pas quitter, c’est sa propre parole qui l’a fait pleurer encore. Elle roule inlassablement sa douleur. Elle se livre, de nouveau, comme pour la retenir, à la violence des mouvements de son cœur.

  • 5ème Lettre
    Elle décide de renoncer à son état amoureux. Elle s’exile de son imaginaire. L’image aimée meurt pour qu’elle vive. Elle découvre avec tristesse qu’elle aimait plus le fait d’aimer que l’amant lui-même. Avec la perte du délire, elle entre dans sa propre vie, elle assume son exil comme une unique délivrance.

Henri Matisse,  Lettres Portugaises
Henri Matisse,  Lettres Portugaises
Henri Matisse,  Lettres Portugaises
Henri Matisse,  Lettres Portugaises
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Henri Matisse,  Lettres Portugaises
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Henri Matisse,  Lettres Portugaises
Henri Matisse,  Lettres Portugaises
Henri Matisse,  Lettres Portugaises
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Henri Matisse,  Lettres Portugaises
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Henri Matisse, Lettres Portugaises

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