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Articles avec #litterature tag

Le Cantique des Cantiques -2/2-

Publié le par Perceval

* Le périple amoureux des deux amants peut être divisé en cinq actes, mettant en scène les différents personnages.

  • Le premier acte (I, 2 ; II, 7) présente l'amante captive qui pense à son amant (I, 2-7), puis qui est rappelée à l'ordre par le chœur (I, 8). Ensuite Salomon intervient (I, 9-11) : son amour n'est ni véritable ni inspiré comme le suggère la comparaison profondément matérielle et comme le souligne le champ lexical de la richesse des bijoux : "pendeloques", "colliers", "pendants d'or", "globules d'argent". La Sulamite reprend alors la parole pour célébrer son amant (I, 12-14), et se livre avec le roi Salomon à un dialogue (I, 15-17 -II, 1) fondé sur une suite de malentendus puisque Salomon flatte la Sulamite et croit en être flatté en retour, alors même que celle-ci pense à son amant. Ce dernier surgit dans cet échange confus (II, 2), comme le souligne la continuité de la comparaison "Comme lis entre les chardons […] Comme le pommier parmi les arbres d'un verger". La Sulamite se laisse aller à son illusion (II, 3-7). Les verbes "n'éveillez pas, ne réveillez pas" indiquent que l'amante est en proie au sommeil, ce qui annonce la fin de l'acte.

  • Dans le second acte (II, 8-III, 6), la Sulamite rêve de son amant. Puis elle se réveille en pleine nuit et cherche son amant en parcourant la ville (III, 1-6).

  • Le troisième acte s'ouvre sur l'entrée solennelle de Salomon dans Jérusalem, scène visualisée par le chœur composé de jeunes hommes (III, 6-11) : ce passage est intéressant car on a l'impression d'assister à une somptueuse mise en scène (III, 9-10). Puis Salomon prend la parole (IV, 1-7) et fait une description physique de l'amante, description plus rhétorique qu'amoureuse si l'on se réfère à la vision ascendante plutôt structurée à laquelle se livre Salomon. La différence d'expression (IV, 8-16) est certaine : la campagne natale de l'amante est évoquée, "montagne" que seul l'amant connaît pour avoir aimé l'amante en ces lieux. L'interlocuteur semble nostalgique et plus passionné, ce qui pourrait bien faire de lui l'amant de la Sulamite. La Sulamite prend la parole (IV, 16) et c'est au tour de l'amant (V, 1).

  • Le quatrième acte (V, 2 - VI, 3) commence par le réveil en sursaut de la jeune fille qui entend la voix de son Bien-Aimé à la porte. Mais il disparaît. Elle le cherche et rencontre le chœur des jeunes filles (V, 9), avec lequel elle dialogue.

  • Le cinquième acte débute sur la prise de parole de Salomon qui paraît embarrassé face à la Sulamite : "Détourne de moi tes regards", car il commence à sentir que l’amour qu’elle éprouve ne lui est pas destiné. L’amant intervient pour détruire les paroles de Salomon (VI, 8-10). Il évoque le souvenir de "sa mère", ce qui certifie sa nature. La Sulamite raconte la façon dont elle a été capturée par Salomon. Puis le chœur tente de l’apprivoiser. Le passage suivant (VII, 2-6) est ambigu : il semble que ce dithyrambe soit celui d’une autre jeune fille du harem qui oppose ses charmes à ceux de la Sulamite. En effet, il serait étrange qu’il s’agisse de la Sulamite elle-même, qui danse en montrant ses charmes.

Mais il semble que les deux hypothèses se valent, car les louanges chantées par le chœur embellissent le corps de la Sulamite également. Salomon intervient alors (VII, 7-10) car le ton est audacieux. La Sulamite semble d’abord éprouver un sentiment de répulsion à son égard (VII, 10-11) et réaffirme sa fidélité à son amant en se consolant dans ses souvenirs (VII, 12 ; VIII, 4). Le chœur reprend la parole. La Sulamite est endormie et son amant la transporte dans son village natal pendant son sommeil où elle se donne à lui. Enfin le chœur résume la morale de la pièce.

  • L’épilogue (VIII, 8-14) rappelle l’enfance de la Sulamite tiraillée par ses frères inquiets de sa vertu.  

** La « erwah », c’est-à-dire la nudité et tout ce qui relève de la sexualité, est intensément présente dans le poème.

Les allusions sexuelles les plus frappantes sont présentes en V, 4 et en VII, 9. La figure vaginale du trou est importante car elle incarne la féminité face à l’acte sexuel :

"Mon Bien-aimé a passé la main

par le trou de la porte

et du coup mes entrailles ont frémi.

Je me suis levée

pour ouvrir à mon Bien-aimé,

et de mes mains a dégoutté la myrrhe,

de mes doigts la myrrhe vierge,

sur la poignée du verrou."

L’allusion est ici très claire : la main représente la force de l’homme, le membre. La dimension phallique du passage est euphémisée par l’emploi du substantif « main », mais l’acte sexuel est ici bien réel puisque lorsque l’amant retire sa main, le ventre de la Sulamite frémit, ce qui correspond à la frustration du désir, de la jouissance. L’évocation de la myrrhe symbolise le liquide féminin de la passion, liquide dont les doigts viennent calmer l’ardeur impatiente provoquée par la présence de l’amant. La force et le désir sexuel sont également suggérés dans la description du nombril : "Ton nombril forme une coupe / où le vin ne manque pas." Le nombril est au centre du corps, il reçoit toutes les énergies symbolisées par le vin, il est donc le réservoir de toute l’énergie vitale du corps. Le nombril est l’Eros biblique, l’énergie charnelle et érotique.

L’aspect proprement charnel du Cantique des Cantiques donne au poème toute son humanité. Mais il ne se focalise pas uniquement sur l’aspect corporel de l’érotisme, il sait faire intervenir le sensualisme des éléments pour donner douceur et volupté à son contenu.

Quelques extraits:

Meinrad Craighead's vision of the Song of Songs(...)
Écoutez !... Mon Bien-Aimé l... Le voici.
Il vient, bondissant sur les montagnes,
franchissant les collines.
Pareil au chevreuil, mon Bien-Aimé,
au faon de la biche.
Le voilà ! Debout derrière notre mur.
Il regarde par la fenêtre,
son œil brille à travers le grillage.
Il parle, mon Bien-Aimé. Il me dit :
"Lève-toi, mon Amour, ma Belle, et viens.
Car voici l'hiver passé, la saison des pluies est finie,
elle s'en est allée ;
Les fleurs ont paru dans les champs,
l'époque de l'émondage est venue
et la voix de la tourterelle s'est fait entendre
dans nos campagnes;
Les fruits du figuier mûrissent,
les vignes en fleur embaument.
Lève-toi, mon Amour, ma Belle, et viens !"
Ma colombe se retire dans les fentes du rocher,
dans les cachettes de l'escarpement.
- Montre-moi ton visage, fais entendre ta voix,
car ta voix est douce et ton visage est beau.
Prenez-nous les renards, les petits renards,
détruisant les vignobles, et nos vignes sont en fleur.
Mon Bien-Aimé est à moi,
et je suis à lui qui fait paître parmi les roses.
Tandis que le jour se lève et que les ombres s'enfuient, retourne.
Sois semblable, mon Bien-Aimé, au chevreuil
ou au faon de la biche sur les " monts de la Séparation ".

(...)
Que tu es belle, ma Bien-Aimée, que tu es belle !
Tes yeux, à travers ton voile, sont des colombes.
Ta chevelure est un troupeau de chèvres couchées
sur la montagne de Guiléad;
Tes dents sont un troupeau de brebis tondues remontent du bain, toutes sont mères de jumeaux aucune n'est stérile;
Tes lèvres sont des bandelettes d'écarlate et ta voix est agréable ;
tes joues, sous ton voile, sont des moitiés de grenade ;
Ton cou est la tour de David bâtie pour les trophées,
mille boucliers y sont suspendus, tous les carquois des braves ;
Tes seins sont deux faons jumeaux de biche paissant parmi les roses.
Lorsque le jour soufflera et que les ombres disparaîtront,
j'irai au " mont de la Myrrhe " et à la " colline de l'Encens ".
Tu es toute beauté, ma Bien-Aimée, tu n'as aucun défaut.
Vers moi du Liban, Épouse, vers moi du Liban, tu viendras :
tu regarderas du sommet d'Amanâ, du sommet du Schenir et du Hermon, des repaires de lions, des montagnes de léopards.
Tu as ravi mon cœur, ma Sœur, mon Épouse,
tu as ravi mon cœur d'un regard, par un collier de ton cou.
Qu'il est beau ton amour, ma Sœur, mon Épouse !
Il est meilleur que le vin, ton amour !
Et l'odeur de ton parfum préférable à tous les aromates !
Tes lèvres, Bien-Aimée, distillent le miel ;
le miel et le lait sont sous ta langue,
et l'odeur de ton vêtement a le parfum du Liban ;
Ma sœur, mon Épouse, (tu es) un jardin fermé,
une source close, une fontaine scellée ;
Tes plantes forment un verger de grenadiers et d'autres fruits délicieux, de cyprès et de nards;
Le nard et le safran, la cannelle et le cinnamome
avec toutes sortes d'arbres à encens : myrrhe et aloès,
avec tous les aromates précieux ;
Une source de jardin, une fontaine d'eau vive et les ruisseaux du Liban !
Lève-toi, Aquilon; accours, Autan!
Soufflez sur mon jardin, que ses parfums se diffusent !
Que mon Bien-Aimé vienne dans son jardin et mange de ses fruits exquis !

Les deux dernières illustrations: Meinrad Craighead's vision of the Song of Songs

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Le Cantique des Cantiques -1/2-

Publié le par Perceval

Elle et Lui « amoureux de l’absence de l’autre –, aucune incertitude ne pèse sur l’existence de celui qui est aimé et qui aime. « Qu’il me baise des baisers de sa bouche ! ». Cette conjonction entre la certitude et l’attente à l’égard de l’Aimé ne définit-elle pas notre imaginaire amoureux, mais aussi religieux ? » Julia Kristeva

Elle :
«
Il me baisera des baisers de sa bouche ;

oui, tes étreintes sont meilleures que le vin. » (1,2)

« Mon amant est pour moi un sachet de myrrhe ;

il nuite entre mes seins. » (1, 13)

« Qu'elles sont belles tes étreintes, ma sœur, ma fiancée ;

qu'elles sont bonnes tes étreintes, plus que le vin ! » (4, 10)

« De nectar, elles dégoulinent, tes lèvres, fiancée ! » (4, 11)


Lui :
«
Mangez, compagnons, buvez, enivrez-vous d'étreintes ! » (5, 1)


Elle :
«
Ses joues (...) sont des tours d'épices ; ses lèvres, des lotus, (...)

Ses mains, des sphères d'or (...) ; son ventre, un bloc d'ivoire (...)

Ses jarrets, des colonnes d'albâtre (...)

Son sein est douceur, son tout désirable. » (5, 13-16)


Lui :
«
Le galbe de tes cuisses, tels des joyaux, est oeuvre de main d'artiste.

Ton ombilic, cratère de lune, ne manque pas de brandevin.

Ton ventre, une meule de blé (...)

Tes deux seins, tels deux faons, jumeaux d'une gazelle. » (7,2-4)

« Ceci, ta taille ressemble au palmier, et tes seins à des pampres. » (7, 8)

Elle :
«
Là, je te donnerai mes étreintes. » (7, 13)

« Initie-moi. » (8, 2)

« Va, mon amant, sortons au champ, nuitons dans les villages ! » (7, 12)

« Oui, l'amour est inexorable comme la mort,

l'ardeur, dure comme le Shéol.

Ses fulgurations sont fulgurations de feu, flammes de Yah. » (8, 6)

Il s'agit d'un long poème biblique, qui trace un récit des amours de deux êtres humains, qui se cherchent et se répondent l'un à l'autre. L'amour qui semble les unir est empli d'images fortes en sensualité et en érotisme.

Au regard des exégètes juifs et chrétiens, il s'agit d'une allégorie des relations entre Yahvé et Israël ou entre le Christ et l'Eglise.

Il s'agit d'un dialogue entre l'époux et l'épouse : un chant nuptial... La Bible elle-même indique l'intervention d'un chœur à l'antique, mais ce découpage est arbitraire, car à l'origine il n'existe pas de parties différentes clairement dissociées, ni de distinction réelle entre les personnages.

Il ne s'agit pas d'un drame antique : les actions ne sont pas jouées, mais racontées, comme on peut le voir en I, 4 : "Le Roi m'a introduite dans ses appartements", ou encore en V, 1 "J'entre dans mon jardin". C'est un drame fait pour être lu, non pour être joué.

Le poème met en scène plusieurs personnages ou groupes : La Sulamite, celle que la Bible nomme le plus souvent "l'Epouse" ou "la Bien-Aimée", le berger, le roi Salomon, les frères de la Sulamite, les femmes du harem, le chœur, les jeunes filles de Jérusalem et quelques autres de moindre importance.

La Sulamite est l'amante séparée de son amant par Salomon, qui l'a faite prisonnière dans son harem. La jeune femme va alors laisser libre cours à sa rêverie, songeant à son amant qui vient la retrouver, malgré Salomon. Cette distinction entre l'amant et Salomon peut se fonder en VIII, 11-12, où l'amante (ou l'amant) prononce ces paroles "Salomon avait une vigne […] Ma vigne à moi, je l'ai sous mes yeux" : ces images portent toute la symbolique du vin, source de vie, de plaisir, l'amant en opposition à Salomon. Dès lors, Salomon est celui qui permet malgré lui l'exaltation de cet amour momentanément contrarié.

Illustrations de Eric Gill (1882-1940), britannique, et graphiste, dessinateur et sculpteur,

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Simone ( de Cavaillet ) Maurois.

Publié le par Perceval

Simone ( de Cavaillet ) Maurois.

Simone a le goût du « monde » et celui des lettres. Simone de Cavaillet, est un des modèles de Proust pour Mademoiselle de Saint-Loup. Simone est la fille de Jeanne Pouquet ( l'un des modèle pour Gilberte) et de Gaston de Caillavet. La mère de Gaston est Léontine Lippmann Arman de Caillavet, la maîtresse d'Anatole France, et l'un des modèle pour madame de Verdurin... A noter que, André Maurois a écrit une biographie de Marcel Proust... Il se sentait concerné et admiratif ….

SIMONE DE CAILLAVET - Le modèle de Mademoiselle de Saint-Loup. Elle est la fille de Jeanne Pouquet.

Simone Arman de Caillavet, et sa fille Françoise Stoïesco, Marie Pouquet, Jeanne Pouquet.

A vingt-quatre ans, Simone publie un recueil de poèmes, que préface Anatole France...

Elle épouse en premières noces George Stoïcescu, diplomate roumain. Le ménage ne dure pas.

Portrait de Madame Simone de Caillavet Stoicesco Maurois posant dans une robe de Lucien Lelong (1922)

En 1924, elle fait la connaissance à Paris de l'écrivain André Maurois ( 1885-1967 ), veuf d'un premier mariage. Un grand amour: Janine de Szymkiewicz, une jolie polonaise fantasque et volage... Neurasthénique, elle meurt à l'âge de 31 ans, des suites d'un avortement.

Simone épouse André ( Emile Herzog, de son vrai nom) en 1926, à Saint-Médard-d'Excideuil où les parents de Simone sont propriétaires du château d'Essendiéras.

Cette propriété acheté par son ancêtre Antoine Pouquet (1757-1833) qui avait épousé Marguerite Gay sera du temps des Pouquet et des Maurois un haut lieu de la culture littéraire et de la culture agricole. Bien que se sachant moins aimée que Jeanine, la première épouse, elle se dévoue à l’homme qu’elle aime et à l'écrivain qu'elle admire.

Cette année-là, André Maurois lui fait un envoi sur son ouvrage Ariel ou la Vie de Shelley: « À Madame Simone de Caillavet qui aime les poètes et qui mérite de les aimer.  »

Simone pose dans les magazines pour Lucien Lelong, le couturier chez qui elle s'habille, comme le font d’autres femmes très en vue : la danseuse Georgia Grave, la comtesse de Chabannes, la princesse Galitzine, Natalie Paley, Baba de Faucigny-Lucinge.

Les relations de Simone facilitent l'élection de son mari à l'Académie française, le 23 juin 1938.

Pendant la guerre, le couple s'exile aux États-Unis. Jeanne Pouquet reste seule au château d'Essendiéras. Son antidreyfusisme cause quelques ennuis à son gendre, accusé d'avoir été collaborationniste malgré ses contributions à Radio Londres.

En 1947, elle laisse André partir seul pour un voyage de conférences en Amérique du Sud. Il s'enflamme pour Marita, une de ses admiratrices péruviennes. La liaison se scelle de cinquante-quatre lettres d’amour fou. Simone apprend, et pardonne. Neuf ans plus tard, pour prouver à André qu’il s'est trompé sur cette femme, elle l’invite à Paris. Elle-même ne s’est pas trompée : il est déçu. Simone peut exiger et obtenir la restitution des lettres péruviennes. Marita les lui vend et repart seule pour le Pérou.

Simone meurt en 1968, un an après son mari. ( Source Wikipedia )

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Scènes de la vie de Bohème – H. Murger

Publié le par Perceval

Scènes de la vie de Bohème – H. Murger
Scènes de la vie de Bohème – H. Murger

Je viens d'achever la lecture de '' Scènes de la vie de Bohème '' d'Henry Murger (1822-1861) . J'ai beaucoup aimé.

Ce livre, qui parut en 1851, raconte une série d'histoires parisiennes au milieu du XIXème siècle. Précédemment, ces pages furent publiées en feuilleton dans une discrète feuille satyrique appelée « Le corsaire ». Puis, Henry Murger avec l’aide du dramaturge Théodore Barrière en fit une adaptation au théâtre sous le nom « La vie de bohème » qui connut un immense succès fin 1849 et fit d’Henry Murger un auteur reconnu à défaut d’être très célèbre.

Il est beaucoup question d'amour, dans ces pages. En 1880 Puccini adaptera lui-aussi la pièce tirée de ces feuilletons pour en faire son plus célèbre opéra « La bohème » ; les amours de Rodolphe et Mimi feront à partir de là le tour du monde.

« L’histoire relate les aventures de quatre amis tout « artistes » de cœur et d’âme :

– Le Musicien Schaunard tout occupé à composer sa grande œuvre musicale « l’influence du bleu dans l’art »
– Le philosophe Colline arpentant les rues parisiennes son grand manteau aux larges poches remplis de livres ou de papiers
– Le poète Rodolphe, héros central avec son amour avec Mimi, leur séparation et leurs retrouvailles douloureuses.
– Le peintre Marcel, celui qui refuse de vendre un tableau à un « amateur » ne connaissant rien de l’art (bien que l’on puisse se tromper à ce sujet comme le montrera l’un des épisodes les plus cocasses du livre)

Tout ce petit monde ayant en commun de mettre leur amitié et leur art (et l’amour) au-dessus de toute autre chose dans leur vie, partageant avec un égal mépris la moindre petite contingence les enlisant dans le réel alors qu’ils se vivent dans l’art et l’amour !!
Ce petit monde ayant aussi en commun de vivre sans le sou dans des mansardes où le maigre argent gagné se transforme bien plus souvent en peinture ou papier qu’en nourriture ou bois pour se chauffer, la vie de bohème est depuis restée dans le langage commun pour symboliser cette manière de vivre. » (Je recopie les mots de Bruno Piszorowicz sur culturopoing.com )

Une bonne partie de l'intrigue, se centre sur les amours tumultueux de Rodolphe et de Mimi. Passion amoureuse et lassitude de la demoiselle à vivre aussi pauvrement et précairement alors qu’un beau marquis lui fait une cour assidue. Elle s’en ira enfin vers lui mais pour au bout de quelques mois revenir s’enivrer l’espace de quelques jours avec son éternel amour puis de revenir en ces beaux quartiers, racontant son escapade au marquis de ces quelques lignes qui pour moi encore aujourd’hui sont sans doute les plus belles que j’ai jamais pu lire :

« Que voulez-vous ? fit Mimi, j’ai besoin de temps en temps d’aller respirer l’air de cette vie-là. Mon existence folle est comme une chanson ; chacun de mes amours est un couplet mais Rodolphe en est le refrain »

J'ai donc pris vraiment beaucoup de plaisir à la lecture de ce livre. Pour l'amateur de la Comédie Humaine de Balzac- que je suis - , j'ai retrouvé le cadre de cette vie parisienne, où les artistes côtoient les bourgeois et les jolies dames, ou, comme ici rêvent de le faire, fascinés - même s'ils la critique ou la repousse - par la vie mondaine...

Ce livre est peut-être plus engageant qu'un tome de Balzac ; parce que l'auteur s'incarne dans le narrateur, qui partage lui-même cette vie de Bohème. L'écriture prend de la hauteur, et ne transige pas sur le style, et avec beaucoup humour. L'auteur ne manque pas de décrire ce monde de la Bohème avec dérision, humour et admiration … Cette Bohème, vit avec des valeurs, parfois paradoxales pour cette époque.

J'ai été agréablement surpris par les personnages féminins, qui humoristiquement frivoles, dégagent beaucoup de caractère et de passion...

 

Scènes de la vie de Bohème – H. Murger
Scènes de la vie de Bohème – H. Murger
Scènes de la vie de Bohème – H. Murger
Scènes de la vie de Bohème – H. Murger
Scènes de la vie de Bohème – H. Murger
Scènes de la vie de Bohème – H. Murger

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Le Lai du Chèvrefeuille - Marie de France

Publié le par Perceval

Marie de France, au XIIe siècle, est considérée comme la première femme écrivain française. Liée à la cour d'Henri II, elle aurait vécu à la Cour d'Angleterre.

Contemporaine de Chrétien de Troyes et des troubadours occitans, Marie a fait de ses Lais ( de 1160 à 1175) des hymnes à l’amour ; à l’amour courtois : celui qui était en usage à la cour du roi Arthur.

Les histoires que raconte Marie sont puisées dans la « Matière de Bretagne » et les anciennes légendes galloises qui lui ont été transmises oralement. Le merveilleux y est omniprésent car ce sont bien des contes dont on retrouvera la trame dans des légendes ou des histoires racontées par des auteurs plus récents.

 

Dans les Lais de Marie de France, on y rencontre des fées qui parfois aiment des mortels, d’autres fois se métamorphosent en divers animaux . On y suggère même que certains héros de légendes auraient eux-mêmes raconté les histoires.

Ainsi ce serait Tristan, le Tristan aimé d’Yseult, qui parce qu’il était barde, aurait composé ce délicieux « Lai du Chévrefeuille » :

Tristan, chassé de la cour du roi Marc, apprend que Guenièvre voyage avec celui-ci . Connaissant le chemin du cortège royal, il décide de profiter de l'opportunité pour graver un message sur une baguette de noisetier. Guenièvre l'aperçoit, et les deux amants passent un moment ensemble.

 

(...)

Le jour où le roi se mit en route,
Tristan revint au bois.
Sur le chemin où il savait
Que devait passer le cortège,
Il trancha une branche de coudrier par le milieu,
Et le fendit de manière à lui donner une forme carrée.
Quand il eut préparé le bâton,
Avec son couteau il écrivit son nom.
Si la reine le remarque,
Qui y prenait bien garde -
Elle connaîtra bien le bâton
De son ami en le voyant.
Telle fut la teneur de l’écrit
Qu’il lui avait dit et fait savoir :
 

Comme du chèvrefeuille
Qui s’attachait au coudrier
Une fois qu’il s’y est attaché et enlacé,
Et qu’il s’est enroulé tout autour du tro
nc,
 

« Belle amie, ainsi est-il de nous :
Ni vous sans moi, ni moi sans vous. »

 

 

 

"Le Lai du Chèvrefeuille" raconté par Edith Mac Leod - enregistrement CLiO

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Le Lai de Lanval - de Marie de France

Publié le par Perceval

Marie de France, au XIIe siècle, est considérée comme la première femme écrivain française. Liée à la cour d'Henri II, elle aurait vécu à la Cour d'Angleterre.

Contemporaine de Chrétien de Troyes et des troubadours occitans, Marie a fait de ses Lais ( de 1160 à 1175) des hymnes à l’amour ; à l’amour courtois : celui qui était en usage à la cour du roi Arthur.

Les histoires que raconte Marie sont puisées dans la « Matière de Bretagne » et les anciennes légendes galloises qui lui ont été transmises oralement. Le merveilleux y est omniprésent car ce sont bien des contes dont on retrouvera la trame dans des légendes ou des histoires racontées par des auteurs plus récents.

Dans les Lais de Marie de France, on y rencontre des fées qui parfois aiment des mortels, d’autres fois se métamorphosent en divers animaux . On y suggère même que certains héros de légendes auraient eux-mêmes raconté les histoires.

L’univers de ces lais comme celui des contes merveilleux se situe au-delà d’une rivière, d’une forêt, d’une mer ; on y parvient par d’étranges moyens tels que le navire fantôme de Guigemar ou la cavalcade aérienne de Lanval.

 

Le Lai de Lanval

(extraits)

 

Je vous conterai, comme elle advint,
l'aventure d'un autre lai.
Il fut fait au sujet d'un très noble chevalier ;
en breton, on l'appelle Lanval.

(...)

Le chevalier dont je vous parle
et qui avait tant servi le roi,
monta un jour sur son destrier
et partit se distraire.
Il sortit de la ville,
et arriva seul dans un pré.

(...)

Tandis qu'il était couché,
il regarda en bas vers la rivière,
et vit venir deux demoiselles.
Il n'en avait jamais vu d'aussi belles.
Elles étaient somptueusement vêtues
et lacées très étroitement
dans leurs tuniques de soie grise.
Leur visage était d'une beauté remarquable.
La plus âgée portait deux bassins
d'or pur, bien ouvragés et fins.
Je vous dirai toute la vérité sans mentir.
L'autre portait une serviette.
Elles se dirigèrent tout droit
à l'endroit où le chevalier était couché.
Lanval, qui était très bien élevé,
se leva en les voyant venir.

Elles le saluèrent en premier
lui rapportèrent leur message :
"Seigneur Lanval, ma dame
qui est si bonne, si sage et si belle
nous envoie vous chercher.
Venez donc avec nous et accompagnez-nous !
Nous vous y conduirons sans danger.
Voyez, le pavillon est tout près !"

Le chevalier va avec elles,
sans se soucier de son cheval
qui paissait devant lui dans le pré.
Elles l'ont mené jusqu'à la tente
(...) qui était fort belle et bien plantée.


À l'intérieur de cette tente se trouvait une jeune fille ;
elle surpassait en beauté
la fleur de lys et la rose nouvelle
quand elles éclosent en été.
Simplement revêtue de sa chemise,
elle était couchée sur un lit magnifique
dont les draps valaient le prix d'un château.
Elle avait le corps très bien fait et joli ;
pour ne pas prendre froid, elle avait jeté sur ses épaules
un précieux manteau d'hermine blanche
recouverte de soie d'Alexandrie ;
Elle avait découvert tout son côté,
ainsi que son visage, son cou et sa poitrine ;
elle était plus blanche que l'aubépine.

Le chevalier s'avança
et la jeune fille le fit venir près d'elle.
Il s'assit devant son lit.
"Lanval, dit-elle, mon cher ami,
c'est à cause de vous que j'ai quitté mon pays ;
je suis venue vous chercher de bien loin.
Si vous êtes preux et courtois,
aucun empereur, aucun comte, aucun roi
n'a jamais eu tant de joie et de bonheur,
car je vous aime par-dessus tout."

Il la regarda bien et admira sa beauté ;
Amour le pique d'une étincelle
qui embrase son coeur et l'enflamme.
Il lui répond avec gentillesse :
"Ma belle, si c'était votre désir
de vouloir m'aimer,
si cette joie pouvait m'arriver,
vous ne sauriez donner aucun ordre
que je n'exécute dans la mesure de mes moyens,
que cela entraîne folie ou sagesse.
Je ferai ce que vous me commanderez,
pour vous j'abandonnerai le monde entier.
Je souhaite ne jamais vous quitter.
Vous êtes mon plus cher désir."

Quand la jeune fille entendit parler
celui qui la pouvait tant aimer,
elle lui accorda son amour et son corps.

(...)

"Ami, dit-elle, maintenant je vous avertis,
je vous le recommande et je vous en prie :
ne vous confiez à personne.
Je vais vous dire la raison de la chose :
vous me perdriez à tout jamais
si cet amour était connu.
Plus jamais vous ne pourriez me voir
ni prendre possession de mon corps.

(...)

toute prête à vous satisfaire.
Aucun homme en dehors de vous ne me verra
ni n'entendra ma parole."

(...)


Il lui répond qu'il observera bien
tout ce qu'elle lui commandera.
Dans le lit, à côté d'elle, il se coucha.
Comme Lanval est bien loti à présent !
Il resta en sa compagnie
tout l'après-midi jusqu'au soir ;

(...)

Il y avait un divertissement de choix
qui plaisait beaucoup au chevalier
car il embrassait souvent son amie
et l'enlaçait très étroitement.

(...)

[ Après cette délicieuse aventure, Lanval s'en retourne en ville...]

La reine s'était appuyée
à l'embrasure d'une fenêtre.
Trois dames lui tenaient compagnie.
Elle aperçut les chevaliers du roi,
reconnut Lanval et le regarda.

Elle appela une de ses dames
et lui demanda de convoquer ses demoiselles,
les plus aimables et les plus belles.
Elles iront se distraire avec leur reine,
dans le jardin où les chevaliers se trouvaient.
Une bonne trentaine de demoiselles l'accompagnaient.
Elles descendirent les escaliers jusqu'en bas.
Les chevaliers vinrent à leur rencontre
et éprouvèrent un grand plaisir de les voir.
Ils les prirent par la main.
Cette assemblée n'avait rien de méprisable.

 

Lanval s'en va à l'écart,
très loin des autres chevaliers, il lui tarde
d'étreindre son amie, de lui donner des baisers,
de la tenir dans ses bras et de la sentir proche.
il apprécie peu la joie d'autrui
s'il ne trouve pas son propre plaisir.
Quand la reine voit qu'il est seul,
elle va le trouver ;
Elle s'assoit à côté de lui, elle l'interpelle
et lui dévoile ses sentiments :
"Lanval, je vous ai déjà fait un grand honneur,
je vous ai fort chéri et beaucoup aimé.
Vous pouvez avoir tout mon amour.
Dites-moi votre volonté.
Je vous accorde mon amour ;
vous devez être très content de moi."

"Dame, répondit-il, laissez-moi tranquille !
Je ne me soucie pas de vous aimer.
J'ai servi le roi pendant longtemps.
Je ne veux pas manquer à la foi que je lui ai jurée.
Ni pour vous, ni pour votre amour,
je ne ferai du tort à mon seigneur."

La reine se fâcha de ces propos.
Elle était en colère et s'emporta inconsidérément :
" Lanval, dit-elle, c'est bien ce que je pense,
vous n'aimez guère ce plaisir.
On me l'a dit bien souvent,
vous n'avez que faire des femmes ;
vous avez de jeunes compagnons bien élevés,
vous prenez votre plaisir avec eux.
Misérable lâche, infâme perfide,
mon seigneur est bien malheureux
de vous avoir supporté à ses côtés !
Je crois bien qu'il en perdra la faveur divine !"

À ces mots, grande fut la douleur de Lanval.
Il ne fut pas lent à lui répondre
et il dit, sous l'effet de la colère,
des choses dont il se repentit souvent :
" Madame, dit-il, dans ce commerce
je n'ai aucune aptitude ;
mais j'aime et je suis l'ami
de celle qui doit être reconnue
comme la meilleure de toutes celles que je connais.
Et je vais vous dire une chose,
sachez-le sans détour :
une de celles qui la servent,
même sa plus pauvre servante,
vaut mieux que vous, Madame la reine,
de corps, de visage et de beauté,
d'éducation et de valeur."

Là-dessus, la reine se retira.

(...)
 

Traduction de Laurence Harf-Lancner et Karl Warnke (Ed. bilingue J'ai lu - Lettres Gothiques)

Le Lai de Lanval - de Marie de France

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Contes de ''La Fontaine'' - Le Tableau -

Publié le par Perceval

Dans le conte ''Le Tableau'', publié en 1674, La Fontaine explique au lecteur la difficulté d'écrire son sujet :

On m'engage à conter d'une manière honnête
Le sujet d'un de ces tableaux
Sur lesquels ont met des rideaux.
Il me faut tirer de ma tête
Nombre de traits nouveaux, piquants et délicats
Qui disent et ne disent pas,
Et qui soient entendus sans notes
Des Agnès même les plus sottes;

 

Décrire un tableau licencieux que l'on voit sans voir, puisque celui-ci est chastement recouvert de rideaux. Pourtant, ces voiles envoient le message suivant : ceci est un tableau licencieux. Le voile met en valeur la licence … De même, le texte de l'auteur doit constituer le voile, et ce qu'il faut voiler … !

Cette ''auto-censure'' est ironique et fonde le texte et la licence...

Tout y sera voilé, mais de gaze ; et si bien, 
Que je crois qu'on n'en perdra rien . 

 

Les voiles du discours remplissent une fonction d’ordre social, destinée à ménager la bienséance pour que le tableau puisse être contemplé par les dames :

Quand le mot est bien trouvé,
Le sexe, en sa faveur, à la chose pardonne.

 

L'image du voile, conduit d'autant plus au but, que le voile désigne aussi le vêtement de deux nonnes, en attente de plaisir ...

En mille endroits nichait l’Amour,
Sous une guimpe, un voile, et sous un scapulaire,
Sous ceci, sous cela, que voit peu l’œil du jour,
Si celui du galant ne l’appelle au mystère.

 

Le vêtement, révèle le mystère des corps, et ce que masquent les conventions...

Et le voile érotise le discours ...

Pour en arriver au tableau, La Fontaine décrit ce qui précède son sujet :

Deux nonnes ont préparé un festin pour un bachelier, qui leur avait rendu familier chaque point d'une certaine science. Et le tout par expérience. Le Bachelier fut en retard. Cela arrive.... Un « coquin… lourd… et de très court esprit » se présente par hasard et fait leur affaire,

Ce pitaud doit valoir pour le point souhaité. Le rustaud est assis sur la chaise. Ces dames y vont... Si ce n’est que, sous l’effet de l’ardeur des religieuses, la chaise rompt, incident qui donne lieu à une furieuse mêlée parmi les dames (sujet du tableau).

ou soit par le défaut
De la chaise un peu faible, ou soit que du pitaud
Le corps ne fut pas de plume,
Ou soit que sœur Thérèse eût chargé d’action
Son discours véhément et plein d’émotion,
On entendit craquer l’amoureuse tribune. […]
Thérèse en ce malheur perdit la tramontane :
Claude la débusqua, s’emparant du timon.
Thérèse, pire qu’un démon,
Tâche à la retirer et se remettre au trône ;
Mais celle-ci n’est pas personne
À céder un poste si doux.


La Fontaine, en son Tableau, fait passer la peinture par les lettres.

Mais, quelques peintres se sont pressés de représenter... le Tableau.

Une peintre contemporaine- Catherine Dhomps - en a fait son sujet, relié à une ancienne actualité... ( On reconnait Giscard...)!

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Lettres d'amour: G. Flaubert – Louise Colet -3/3-

Publié le par Perceval

La santé d’Hippolyte Colet s’est dégradée. Toujours mariée, mais séparée de corps, Louise Colet l'héberge et s'occupe de lui jusqu'à sa mort, dans ses bras, le 21 avril 1851.

Louise se réconcilie avec Flaubert, dont elle redevient l’amante ; alors qu’elle est déjà celle de Musset.

Flaubert quitte Croisset pour s’installer avec Louise à Paris. Elle refuse de comprendre qu’il ait besoin de solitude pour écrire ce roman, Madame Bovary, dont on n’entrevoit jamais la fin.

 

Après un long intervalle de trois ans, la correspondance reprend en 1851, sur un ton plus apaisé.

« Comme je m’amuse à causer avec toi ! Cela me délasse de t’envoyer au hasard toutes mes pensées »

Sur Madame Bovary : « Tu n’as point, je crois, l’idée du genre de ce bouquin. Autant je suis débraillé dans mes autres livres, autant dans celui-ci je tâche d’être boutonné et de suivre une ligne droite géométrique. »

« Beaucoup de choses qui me laissent froid ou quand je les vois ou quand d’autres en parlent, m’enthousiasment, m’irritent, me blessent si j’en parle, et surtout si j’écris. C’est là l’un des effets de ma nature de saltimbanque ».

Madame Bovary rend Flaubert littéralement malade : « Ce livre au point où j’en suis, me torture tellement (et si je trouvais un mot plus fort, je l’emploierais) que j’en suis parfois malade physiquement. »

« Voilà une des rares journées de ma vie que j’ai passée dans l’Illusion, complètement, et d’un bout jusqu’à l’autre. Tantôt, à six heures, au moment où j’écrivais le mot attaque de nerfs, j’étais si emporté, je gueulais si fort, et sentais si profondément ce que ma petite femme éprouvait, que j’ai eu peur moi-même d’en avoir une. »

 

La lettre de rupture (1855), après 10 ans de liaison, est cinglante et glaciale, à l'image de cet amant distant et ingrat selon sa maîtresse...

« Madame,

J'ai appris que vous vous étiez donné la peine de venir, hier, dans la soirée, trois fois, chez moi.
Je n'y étais pas. Et dans la crainte des avanies qu'une telle persistance de votre part, pourrait vous attirer de la mienne, le savoir-vivre m'engage à vous prévenir : que je n'y serai jamais
.

J'ai l'honneur de vous saluer.

G.F »

Louise publie, en 1860, ''Lui, roman contemporain''. Elle s’y dépeint sous son plus beau jour, amoureuse injustement trahie par les hommes. Flaubert y est traîné dans la boue. À l’en croire, seul Musset savait apprécier les bienfaits de sa passion... Elle oublie de rapporter que le poète, à moitié ivre, avait tenté d’abuser d’elle dans une calèche, ou comment, lassé de sa fougue, il avait donné des ordres pour qu’elle ne fût plus jamais autorisée à mettre les pieds chez lui.

Après Gustave Flaubert, elle fut la maîtresse d'Alfred de Vigny, d’Alfred de Musset et d’Abel Villemain.

Après la mort de son mari à Paris, le 21 avril 1851, Louise Colet et sa fille subsistent grâce à ses écrits et à l'aide de Victor Cousin.

 

Autres extraits de lettres de Gustave Flaubert à Louise Colet

Samedi 8 Août 1846.

« A quelque jour j'irai vivre loin d'ici, et l'on n'entendra plus parler de moi. Quant à ce qui d'ordinaire touche les hommes de plus près, et ce qui pour moi est secondaire, en fait d'amour physique, je l'ai toujours séparé de l'autre. Je t'ai vu railler cela l'autre jour à propos de B***, c'était mon histoire. Tu es bien la seule femme que j'ai aimée et que j'ai eue. Jusqu'alors j'allais calmer sur d'autres les désirs donnés par d'autres. Tu m'as fait mentir à mon système, à mon coeur, à ma nature peut-être, qui, incomplète d'elle-même, cherche toujours l'incomplet. »

 

Nuit de samedi au dimanche, minuit. 8-9 AOût 1846

« Non, je t'embrasse, je te baise. Je suis fou. Si tu étais là, je te mordrais ; j'en ai envie, moi que les femmes raillent de ma froideur et auquel on a fait la réputation charitable de n'en pouvoir user, tant j'en usais peu. Oui je me sens maintenant des appétits de bêtes fauves, des instincts d'amour carnassier et déchirant ; je ne sais pas si c'est aimer. C'est peut-être le contraire. Peut-être est-ce le coeur, en moi, qui est impuissant. »

 

Mercredi soir. 12 Août 1846.

« O Louise, je vais te dire un mot dur, et pourtant il part de la plus immense sympathie, de la plus intime pitié. Si jamais vient à t'aimer un pauvre enfant qui te trouve belle, un enfant comme je l'étais, timide, doux, tremblant, qui ait peur de toi et qui te cherche, qui t'évite et qui te poursuive, sois bonne pour lui, ne le repousse pas, donne-lui seulement ta main à baiser, il en mourra d'ivresse. Perds ton mouchoir, il le prendra et il couchera avec ; il se roulera dessus en pleurant. Ce spectacle de tantôt a rouvert le sépulcre où dormait ma jeunesse momifiée ; j'en ai ressenti les exhalaisons fanées, il m'est revenu dans l'âme quelque chose de pareil à ces mélodies oubliées que l'on retrouve au crépuscule, durant ces heures lentes où la mémoire, ainsi qu'un spectre dans les ruines, se promène dans nos souvenirs. Non, vois-tu, jamais les femmes ne sauront tout cela. Elles le diront encore moins, jamais ; elles aiment bien, elles aiment peut-être mieux que nous, plus fort, mais pas si avant. Et puis suffit-il d'être possédé d'un sentiment pour l'exprimer ? Y a-t-il une chanson de table qui ait été écrite par un homme ivre ? Il ne faut pas toujours croire que le sentiment soit tout. Dans les arts, il n'est rien sans la forme. Tout cela est pour dire que les femmes qui ont tant aimé ne connaissent pas l'amour pour en avoir été trop préoccupées ; elles n'ont pas un appétit désintéressé du Beau. Il faut toujours, pour elles, qu'il se rattache à quelque chose, à un but, à une question pratique ; elles écrivent pour se satisfaire le coeur, mais non par l'attraction de l'

Art, principe complet de lui-même et qui n'a pas plus besoin d'appui qu'une étoile. Je sais très bien que ce ne sont pas là tes idées ; mais ce sont les miennes. »

 

Lettre du 27 mars 1853

« La femme est un produit de l'homme. Dieu a créé la femelle, et l'homme a fait la femme ; elle est le résultat de la civilisation, une œuvre factice. Dans les pays où toute culture intellectuelle est nulle, elle n'existe pas (car c'est une œuvre d'art, au sens humanitaire ; est-ce pour cela que toutes les grandes idées générales se sont symbolisées au féminin ?) Quelles femmes c'étaient que les courtisanes grecques ! Mais quel art c'était que l'art grec ! Que devait être une créature élevée pour contribuer aux plaisirs complets d'un Platon ou d'un Phidias ? Toi, tu n'es pas une femme, et si je t'ai plus et surtout plus profondément aimée (tâche de comprendre ce mot profondément) que toute autre, c'est qu'il m'a semblé que tu étais moins femme qu'une autre. Toutes nos dissidences ne sont jamais venues que de ce côté féminin. Rêve là-dessus, tu verras si je me trompe. Je voudrais que nous gardassions nos deux corps et n'être qu'un même esprit. Je ne veux de toi, comme femme, que la chair. Que tout le reste donc soit à moi, ou mieux soit moi, de même pâte et la même pâte. Comprends-tu que ceci n'est pas de l'amour, mais quelque chose de plus haut, il me semble, puisque ce désir de l'âme est pour elle presque un besoin même de vivre, de se dilater, d'être plus grande. Tout sentiment est une extension. C'est pour cela que la liberté est la plus noble des passions. »

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Lettres d'amour: G. Flaubert – Louise Colet -2/3-

Publié le par Perceval

Louise Colet est devenue célèbre... Elle fréquente les salons les plus cultivés, et de nombreux écrivains s’intéressent à son œuvre. Elle est reçue aux Tuileries et l’Académie lui accorde en 1843 un nouveau prix de poésie pour Le Monument de Molière. Elle publie des romans, des biographies, des récits de voyage et des vers, n’oubliant jamais de se rappeler au bon souvenir des chroniqueurs littéraires, quitte à les harceler et à se venger s'ils n'obtempèrent pas.

En juin 1846, Louise rencontre dans l’atelier du sculpteur Pradier un grand gaillard moustachu, une force de la nature : Gustave Flaubert, alors âgé de vingt-quatre ans. Elle en a trente-cinq. Il écrit – quelques nouvelles et une première version de L’Éducation sentimentale –, mais n’a encore rien publié.

Entre deux escapades à Paris, il vit avec sa mère et sa nièce à Croisset, près de Rouen, où il sacrifie au « culte fanatique de l’art », unique consolation à « la triste plaisanterie de l’existence ». En juillet, ils deviennent amants. Ils sont très amoureux.

Ils s’écrivent quotidiennement des lettres, de plusieurs pages pour la plupart. Celles de Louise Colet restant introuvables, c’est aux lettres de Flaubert qu’il faut s’en remettre pour savoir ce qui s’est passé

Cette correspondance, ne se limite pas aux griefs et autres considérations sur l’amour. Plus qu’une maîtresse, Louise Colet est pour Flaubert une confidente, à laquelle il s’ouvre de ses affres de créateur.

Leurs amours seront les seules de l'existence de Flaubert, prisonnier qu’il est de son travail, de sa haute idée de la littérature et des contraintes qu’il s’impose.

Pour Flaubert, seule compte réellement l’oeuvre à venir :

« l’amour ne saurait être le mets principal de l’existence, mais son assaisonnement ».

« Je me suis creusé mon trou et j’y reste ayant soin qu’il y fasse toujours la même température. » et de pouvoir descendre « au fond de ces gouffres intérieurs qui ne tarissent jamais pour les forts ».

L'Amour … ? « un lit où l’on met son coeur pour se détendre. Or on ne reste pas couché toute la journée. Toi tu en fais un tambour pour régler le pas de l’existence. Non, non, mille fois non. »

Louise s'impatiente …

Flaubert : « Tu me demandes une explication franche, nette. Mais ne te l’ai-je pas donnée cent fois, et j’ose dire, dans chaque lettre depuis des mois entiers ? »

Il affirme: « Puisque tu m’aimes je t’aime toujours »... Il s’étonne de l’amour qu’on lui porte et éprouve « des ébahissements singuliers à voir ces trésors de passion... »

Il sait que Louise recherche le monde: « Tu aimes l’existence, toi [...] tu respectes les passions et tu aspires au bonheur »...

« Oui je me sens maintenant des appétits de bêtes fauves, des instincts d'amour carnassier et déchirant, je ne sais pas si c'est aimer. C'est peut-être le contraire. Peut-être est-ce le cœur en moi qui est impuissant. La déplorable manie de l'analyse m'épuise. Je doute de tout, et même de mon doute. Tu m'as cru jeune et je suis vieux. (…) Je ne suis pas fait pour jouir. Il ne faut pas prendre cette phrase au sens terre à terre mais en saisir l'intensité métaphysique. »

« J’ai en moi, au fond de moi, un embêtement radical, intime, âcre et incessant qui m’empêche de rien goûter et qui me remplit l’âme à la faire crever. » (...) « J’aime l’art et je n’y crois guère. On m’accuse d’égoïsme, et je ne crois pas plus à moi qu’à autre chose. J’aime la nature, et la campagne me semble souvent bête. J’aime les voyages, et je déteste me remuer. »
Il reproche à Louise son sentimentalisme en art : « Il n’y a rien de plus faible que de mettre en art ses sentiments personnels. »... (…) Les femmes, dit-il: « prennent leur cul pour leur cœur et croient que la lune est faite pour éclairer leur boudoir. ».

« Il aurait mieux valu pour toi ne pas m’aimer. Le bonheur est un usurier qui pour un quart d’heure de joie qu’il vous prête vous fait payer toute une cargaison d’infortunes. »

Flaubert ne déteste rien tant que « la poétisation » des choses, qui est par essence « anti-artistique, anti-plastique, anti-humaine, anti-poétique par conséquent. » : « Dans Aristophane, on chie sur la scène. Dans l’Ajax de Sophocle, le sang des animaux égorgés ruisselle autour d’Ajax qui pleure. »

Lui, il a la religion de l’art : « Tu n’admires pas assez, tu ne respectes pas assez. Tu as bien l’amour de l’art, mais tu n’en as pas la religion. »

Il trouve trop académique l'écriture de Louise et tente de la convaincre de « viriliser » sa prose, il lui conseille de relire La Fontaine ou Montesquieu et de remplacer l’esprit de société par l’esprit des maîtres. Ce qui fait le plus envie à Flaubert en tant qu’écrivain est « le comique arrivé à l’extrême, le comique qui ne fait pas rire » : « Le Malade imaginaire descend plus loin dans les mondes intérieurs que tous les Agamemnon. » Mais il admire par-dessus-tout Shakespeare : « Ce n’était pas un homme, mais un continent. Il avait des grands hommes en lui, des foules entières, des paysages. » et le Don Quichotte est pour lui le livre de ses origines, le livre « qu’il savait par coeur avant même de savoir lire. » Louis Lambert de Balzac « le foudroie ». Il s’identifie à « cet homme qui devient fou à force de penser à des choses intangibles ».

Lui-même a dix-neuf ans a eu l’idée de se châtrer : « Il arrive un moment où l’on a besoin de se faire souffrir, de haïr sa chair, de lui jeter de la boue au visage tant elle vous semble hideuse. Sans l’amour de la forme, j’eusse peut-être été un grand mystique. »

Ils se voient à Paris, tous les deux mois en moyenne, ou à Mantes. Elle en veut plus. Il tente de la contenir. L’énergie dépensée à faire l’amour, estime Flaubert, nuit à celle qu’exige l’écriture. Elle insiste.

Première rupture en août 1848.

A suivre …

 

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Lettres d'amour: G. Flaubert – Louise Colet -1/3-

Publié le par Perceval

Gustave Flaubert, est né à Rouen le 12 décembre 1821, il est décédé à Croisset (Seine-Maritime) le 8 mai 1880.

Flaubert ( il a vingt quatre ans )rencontre pour la première fois en juin 1846, la blonde poétesse de dix ans son ainée. ''On dit '', que c'est le 29 juillet 1846, après une promenade au Bois de Boulogne (en fiacre, bien entendu, comme plus tard Mme Bovary), que Louise Colet succombe, le lieu choisi pour la chute étant l’Hôtel du Bon La Fontaine, 64, rue des Saints-Pères, à Paris...

De 1846 à 1848, c'est la passion entre les deux amants, une première rupture est datée du 21 août 1848, puis Flaubert voyage en Orient, de 1849 à 1851. Ils reprennent leur relation de juillet 1851 (à Rouen) jusqu’au 5 mars 1855, date de la dernière lettre, ou, peut-être même dès novembre ou décembre 1854, date à laquelle l’irascible Muse n’hésite pas à venir jusqu’à Croisset relancer son amant indigné.

Louise Révoil (Colet), est née à Aix-en-Provence le 15 septembre 1810, elle se prétend (faussement) noble ; et en 1832, elle rencontre Hippolyte Colet, qui effectue de fréquents séjours à Nîmes, dans sa famille ; il se dit ( faussement) professeur de composition au Conservatoire de Paris... Contre l'avis de ses parents, pour fuir la province et partir à la conquête de Paris, Louise se marie avec Hippolyte en 1834. Louise Colet est belle, elle a de l'esprit et écrit de la poésie. En 1836, ce ''Rastignac'' en jupons publie un premier recueil de vers, Fleurs du Midi. Prise en amitié par Mme Récamier, dont elle fréquente le salon, elle sollicite une préface du vieillissant Chateaubriand. Il refuse, par lettres, et Louise les insère en ouverture de l’ouvrage. Et parvient à décrocher une subvention du roi Louis-Philippe, qui n’avait pourtant que faire de la poésie.

Louise Colet concourt avec succès pour un prix de poésie de l’Académie française. Elle devient d’ailleurs la maîtresse de l’un d’eux, le très docte et sérieux Victor Cousin, presque cinquantenaire, qui ne manque pas de la recommander avec insistance au Tout-Paris littéraire.

En 1840, la poétesse, qui tient un salon littéraire 2 rue Bréda est enceinte. Son mari Hyppolite Colet,refusait toute idée de paternité, et Victor Cousin refuse tout aussi catégoriquement une quelconque reconnaissance.

Le journaliste Alphonse Karr révèle dans un pamphlet la liaison adultère .

Chroniques policières

« Mademoiselle R…, après une union de plusieurs années avec M. C…, a vu enfin le ciel bénir son mariage, elle est prête de mettre au monde autre chose qu’un alexandrin.

Quand le vénérable ministre de l’Instruction publique a appris cette circonstance, il a noblement compris ses devoirs à l’égard de la littérature. Il a fait pour Mme C… ce qu’il fera sans doute pour toute autre femme de lettres à son tour. Il l’a entourée de soins et d’attention ; il ne permet pas qu’elle sorte autrement que dans sa voiture… Il est allé lui-même chercher à Nanterre une nourrice pour l’enfant de lettres qui va bientôt voir le jour et on espère qu’il ne refusera pas d’en être le parrain. »

Ce n’était pas diffamatoire, mais reconnaissons que Victor Cousin, chef de l’école spiritualiste éclectique, pour lors ministre, en prenait pour son grade. Mais les philosophes sont si facilement étourdis.

Un mot courut alors dans les milieux littéraires qui ne sont pas généralement tendres pour leurs confrères masculins ou féminins, réduisant la piqûre des guêpes à celle d’un cousin. » A. Karr

Alors, que le journaliste est présent chez elle, Louise Colet, prise d'un accès de rage, prend un couteau, et le plante dans le dos de l'infortuné auteur du "Voyage autour de ma Chambre". La blessure est sans gravité, mais Alphonse Karr, conserve l'arme du crime qu'il exposera sur un mur de sa chambre du 46 rue Vivienne, avec une étiquette portant l'inscription : "Donné par Louise Colet....dans le dos !"

A suivre ...

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