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Articles avec #litterature tag

Catherine Pozzi: à l'extrême de soi-même.

Publié le par Perceval

A dix ans, Catherine Pozzi commence à écrire un journal qu’elle tiendra jusqu’à ses vingt-trois ans :

Catherine-Pozzi1.jpg« Je veux dire aux indifférents combien un enfant peut souffrir, combien une jeune fille peut être seule ».

Âgée de 25 ans, elle quitte la France et sa famille pour une année d'études à Oxford.

En janvier 1909, elle se laisse épouser par Edouard Bourdet - dramaturge qui va vite connaître le succès, agrémenté de liaisons variées ….  dont elle a un fils, Claude Bourdet (Claude, né en octobre 1909, mort le 22 mars 1996, le journaliste du temps de la Résistance, puis de France-Observateur )., mais le mariage tourne tout de suite à l’échec.
En 1912, elle apprend qu’elle est atteinte de la tuberculose. Maladie dont elle ne va jamais se remettre et qui l'emportera en 1934. Paul-Valéry04

 

Elle étudie - avec la méthode et le désordre de qui sait son temps compté-  l’histoire de la philosophie et des religions, les mathématiques, les sciences . Elle passera son baccalauréat à 37 ans pendant la guerre, divorcera et rencontrera, en 1920, celui qui fut sa plus belle chance et son plus dur échec, son « très haut Amour » et son « Enfer », Paul Valéry qui était marié, depuis 1900, à la nièce de Berthe Morisot..

 

À la fin de la Grande Guerre, son père est assassiné par un de ses anciens patients.

En 1913, elle débute son journal d’adulte qu’elle tiendra jusqu’à sa mort en 1934 dans lequel elle livre le plus profond d’elle-même.

Elle y raconte la passion mouvementée qu’elle vécut avec Paul Valéry de 1920 à 1928, les terribles souffrances que la maladie lui infligea, ses rapports avec un certain nombre de personnalités, Julien Benda, Bernard Groethuysen, Rainer Maria Rilke, Marie de Régnier, Pierre Jean Jouve, Anna de Noailles...
Pozzi-logo.gif
« Je suis un des points singuliers par où la souffrance de la planète rayonne » (Catherine Pozzi)
« Ce qui ne peut devenir nuit ou flamme, il faut le taire »
« Il y a tant de raisons d’écrire, outre celle de publier. Par exemple exalter la conscience, l’attention ; tracer un chemin ; son chemin ; détruire ; croître…. »
« On n’arrive au plus haut de soi que contre soi »

Au terme de huit années d’une liaison presque secrète, mais terriblement exigeante, riche d’une réflexion commune et quotidienne, mais douloureuse et dévastatrice pour tous deux, Catherine Pozzi rompt avec le « Prince des Poètes »

Désormais, c’est une solitude noire et fiévreuse, traversée de quelques amitiés amèrement fidèles : Julien Benda, Jean Paulhan, Pierre Jean Jouve, Jean Guéhenno, Ernst Robert Curtius, Jacques Maritain, Charles Du Bos…

Ensuite, c’est la maladie qui accentue ses ravages, exténuant à coups de morphine, de laudanum, le corps frêle et les nerfs à vif. Elle meurt le 3 décembre 1934 .

Intransigeante, orgueilleuse, vivant à l’extrême de soi-même, Catherine Pozzi fut toute sa vie une assoiffée d’absolu.

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L'éducation – sentimentale – de Paul Valéry

Publié le par Perceval

Paul Valéry ( 1871-1945) , est devenu l’écrivain que l’on sait, grâce aux femmes qui ont jalonné son parcours.

Valery-2.jpg

Catherine Pozzi tient une place centrale.( Voir ici un article: " Le Journal de Catherine Pozzi " ...)


Madame Rovira, est un amour platonique de jeunesse. Miss Bath, écuyère de cirque, laisse la place à Jeannie-Gobillard-au-sofa--Julie-Manet.jpgJeanne Gobillard qui devient sa femme et qui, pendant 45ans, lui restera fidèle… malgré tout ! Il se marie donc en 1900 à Jeanne nièce de Berthe Morisot.


De 1920 à 1928, Valéry a presque 50ans et fréquente Catherine Pozzi ( elle en a 38 ). Période difficile : elle même parle sans complaisance de celui qui « se regard[ait] être regardé » qu'elle appelait souvent le « Magister », sans vouloir pour autant qu'il devînt son maître : a-rilke-pozzi1.jpg« Il ne fut jamais mon maître. Il fut mon frère, mon pareil, ma tendresse très pure. Ce n'est pas la même chose. »

 

Cette page tournée, Valéry courtise en vain la sculptrice Renée Vautier. Il se tourne également vers la duchesse de La Rochefoucauld, puis vers Emilie Noulet, et peut-être d’autres encore ..

Enfin à 67ans, il fait de la séductrice Jeanne Loviton, sa muse… Il lui réserve un recueil de 133 poèmes d'amour, à elle adressés par Valéry, ensemble groupé sous le titre Coronilla…


 

 

« Jeanne, ton corps me suit. Ô mains pleines de Jeanne 

Ô pensée où revient ton silence et ta voix. »


 

valery-et-J-Loviton.jpgAinsi, naîtront plus de cent cinquante poèmes et un millier de lettres qui rythmeront leurs semaines et se glisseront entre leurs rendez-vous dominicaux.

 

Cette aventure se clôt quelques mois avant la mort de Paul Valéry. Jeanne Loviton (qui se fait appeler: Jean Voilier)  le quitte pour l'éditeur Robert Denoël. Effondré, le vieil homme, malade, prend le temps de relire tous ces poèmes et de les commenter, sa lucidité intellectuelle intacte.

 

 

***

 

Muses-paul-valery.jpg

 

Ici: un article concernant la biographie de Catherine POZZI...

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Blanche de Richemont et le désert

Publié le par Perceval

blanche-de-richemont.jpgBlanche de Richemont écrit son premier livre Eloge du désert (Presses de la Renaissance, 2004) pour rendre compte de sa découverte du désert qui donne une autre orientation à sa vie, elle se tourne vers le silence et l'essentiel. Elle a parcouru plusieurs déserts (en Tunisie, en Algérie et également en Lybie). A la suite de ce premier livre, elle décide de vivre encore plus intensément la grande aventure du désert. Elle part seule en 2005 suivre une caravane de sel au Mali, 800 kilomètres entre Tombouctou et la mine de sel de Taoudenni récit de voyage dans Le livre des déserts , collection Bouquin et dans Carnets d'aventure (Presses de la Renaissance). A la suite de ce voyage, elle est partie vivre avec des contrebandiers à la frontière du Mali et de l'Algérie. Elle évoque également ces voyages dans son livre : Eloge du désir (Presses de la Renaissance, 2007).eloge-du-desir.jpg

 

" Depuis ce jour où je décidai de me brûler à la vie pour retrouver le feu, je regardai le monde à travers le prisme du désir. Je suis partie dans le désert, dans un monatère de brousse, sur les routes le jour, dans certains lieux de plaisir de nuit. J’ai cherché à comprendre le mystère de cette force qui nous pousse à nous dépasser malgré tout, contre tout. Je n’ai rien trouvé de définitif, j’ai juste appris peu à peu à vivre de désir.»

 

Extrait de Eloge du désir      Blanche de Richemont

 

  eloge-du-desert-2.jpg" La certitude que je devais repartir dans le désert m’a réveillée un matin. Ayant toujours pris au sérieux les mots de l’aube, car ils viennent de l’âme, je m’exécutai. Le 30 décembre 2004, un avion m’a déposée au Mali pour emprunter la route du sel, 700 kilomètres de sable reliant Tombouctou à la mine de Taoudenni, escortée par les hommes de la tribu berabich, qui parcourent le Sahara en quête de l’or blanc.
Chaque jour, à Tombouctou, on m’annonçait que je partais le lendemain. L’attente a duré plusieurs semaines. Semaines insoutenables : le temps ne passait pas, il tournait en rond, enlisé dans l’ennui. Pour échapper à cet étau, j’errais dans la maison arabe où je logeais, attendant mon heure et perdant courage. Pendant mes nuits blanches, je me remémorais les raisons de ma présence ici : trouver une terre ou un regard qui justifient d’être encore en vie...
Un après-midi, enfin, des inconnus sont venus me chercher. Après plusieurs heures de route, coincée au milieu des nomades à l’arrière d’un 4x4, je suis arrivée dans un campement berabich, en pleine nuit. Deux tentes, des hommes, des femmes, des enfants, un feu, quelques chèvres. En silence, on me tendit une gamelle de riz, avant de me faire signe d’aller me coucher au milieu des chèvres.blanche-de-richemont-2.jpg

Puis le jour du départ arriva. Accompagnée de Sheikh, mon guide, j’ai grimpé sur une dune où une vieille femme nous a pris les mains en priant. La solennité de ce rituel ressemblait à un adieu. Tandis que nous nous éloignions, la femme continuait de prier et le vent charriait sa voix brisée. Étrange sensation de partir en pèlerinage ou pour l’enfer. Ce fut les deux.
J’étais désormais la seule femme au sein de cette caravane d’hommes – chez les Berabich, la femme est considérée comme un refuge, elle ne prend pas la route. Nous marchions plus de dix heures par jour. Les 350 premiers kilomètres, je les ai parcourus à pied, délaissant ma chamelle. Je voulais m’exténuer pour ne pas penser. Chacun de mes pas écrasait ma souffrance, le deuil, les questions sans réponses. La route était aussi éprouvante pour les hommes que pour les bêtes. Chaque jour, le soleil se levait sur des cadavres de chameaux ; leurs squelettes jalonnaient cette route séculaire qui semblait mener à l’enfer.

De jour comme de nuit, nous nous enfoncions dans le vide. J’ignorais comment les hommes s’orientaient. La route semblait inscrite en eux. Pour mettre de la variation dans mes journées, je m’étais forgée un emploi du temps : une heure pour apprendre un poème, une autre pour manger des dattes ou penser à une personne que j’aimais.... Ces balises m’évitaient de penser à la faim, à l’eau crasseuse que je partageais avec les animaux et à la dureté des hommes. Ces derniers ne parlaient pas le français, j’ignorais leur dialecte : je n’avais donc aucune échappatoire à moi-même. Rien d’autre que la marche et ce désert plat et laid, sans émotions. Dans ce paysage immobile, seule la date changeait tous les jours. Le reste demeurait immuable : silence, nuages, sable, vent. Je m’épuisais dans l’attente d’un baiser qui ne venait pas : celui de mon cœur avec cette terre.
Pourtant, j’étais heureuse dans ce dénuement et cette âpreté. Malgré l’épuisement, je vivais ce pour quoi je me sentais faite : une existence simple où l’on suit le soleil le jour et les étoiles la nuit ; des journées épurées, centrées sur un seul objectif : atteindre Taoudenni.
Chaque jour, les hommes me disaient que nous arriverions le lendemain. Taoudenni devenait une destination fantôme. Au fil du voyage, cependant, je cessais de compter les jours, acceptant de me laisser bercer par la marche, de calmer ma colère, d’accueillir chaque instant comme il venait. Enfin, je me laissais aspirer par le désert : le vrai voyage commençait.
desert-2.jpg
Un matin, l’aube s’est levée sur un désert rouge. Pour la première fois, le soleil nous offrait des couleurs. Quelques dunes brisaient enfin l’horizon. C’était le 14 février, jour anniversaire de la naissance mon frère ( Arthur a décidé de quitter la vie à 15 ans) , qui me faisait le cadeau d’un peu de grâce, de beauté. En retour, je lui ai offert cette journée illuminée sans savoir que l’après-midi même je serai à Taoudenni. Pour son anniversaire, j’ai atteint le but. Par ce signe, Arthur me demandait de le laisser vivre sa vie invisible. Il me signifiait aussi qu’il n’avait jamais cessé d’être à mes côtés. Ce jour-là, je compris que le silence était habité.
À mon retour du Sahara, je me suis libérée non seulement de mois de poussière, mais de plusieurs années de larmes. Quelques étoiles, un peu de lune et beaucoup de nostalgie. J’étais arrivée, vidée de ma quête. Je pouvais désormais en chercher une autre, plus intérieure, inépuisable, pour tenir debout. Ces journées et ces nuits de marche en silence ont changé ma vie. Six ans après, je n’en suis toujours pas revenue. J’aspire encore à cette respiration, ces larmes de sable. Ce règne de l’horizon et ce cri du cœur : avancer."

 

 



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Flora Tristan, féministe - 2 -

Publié le par Perceval

Flora Tristan est née à Paris le 7 avril 1803, morte à Bordeaux le 14 novembre 1844. Femme de lettres, militante socialiste et féministe, figure majeure du débat social dans les années 1840 … Flora-Tristan-brune.gif

Fille d'un noble péruvien, Mariano de Tristán y Moscoso, qui descendait de Montézuma, à une époque où le Pérou était encore rattaché à la couronne espagnole, et d'une Parisienne de petite bourgeoisie, Anne-Pierre Laisnay, qui au temps de la Révolution avait émigré en Espagne, Flora connut une petite enfance dorée dont le souvenir ne cessa de la hanter..

La mort de Mariano, le 14 juin 1807, met fin au bonheur... Le mariage des parents n'avait pas été régularisé, et en ces années où Napoléon se lance dans l'aventureuse expédition d'Espagne, Mariano est sujet d'un prince ennemi. Anne-Pierre Laisnay est dans l'incapacité de faire valoir ses droits ; la maison est saisie par l'état français. En 1818, Flora et sa maman vivent dans le quartier misérable de la place Maubert.

A 18 ans, Flora épouse à la mairie du XIe arrondissement le peintre et lithographe André François Chazal, frère du peintre Antoine Chazal, dans l'atelier duquel elle est entrée en qualité d'ouvrière, coloriant des étiquettes de parfumeur, le soir, chez elle ou à l'atelier. L'argent manque au foyer, trois maternités se succèdent, les disputes sont courantes. En mars 1825, Flora, enceinte d'Aline, son troisième enfant, quitte le domicile conjugal. Elle ne reprendra plus la vie commune. En 1828, elle n'obtient qu'une séparation de biens d'avec André Chazal, à défaut de divorce, aboli depuis 1816. amazones-flora-tristan-femmes.jpeg

 

« L’émancipation de la femme est l’objet principal de mes études et la cause à laquelle je me suis vouée », écrit Flora Tristan. «  L'homme le plus opprimé  peut opprimer un être qui est sa femme. Elle est la prolétaire du prolétaire même. »

 

Une identité d'emprunt lui permet, avec des succès divers, d'échapper aux poursuites d'un époux violent.

Flora visite par deux fois l'Angleterre (1826, 1831), sillonne la France, est à Paris lors des Trois Glorieuses, s'y laisse séduire par le saint-simonisme. La tension avec son mari devenant insupportable, sa famille maternelle ayant définitivement pris le parti de Chazal, elle place sa fille dans une institution d'Angoulême (Charente), et s'embarque le 7 avril 1833 pour le Pérou…

 

Elevée dans le culte du pays d’origine de son père, elle décide de se rendre au Pérou, à la recherche de ses racines et d’une aide familiale.

Son oncle, don Pio de Tristán, l'accueille froidement, et ne veut voir en elle que la fille naturelle de son frère. Le rêve de légitimation, la reconnaissance comme membre à part entière d'une famille aristocratique illustre échoue...

La-Mariscala.jpgFloran Tristan est le témoin d’une révolte armée contre l’ordre institutionnel de la jeune et instable république péruvienne. Elle est impressionnée par le rôle qu’y joue Francisca Zubiaga gamarra dite La Maréchale épouse et soutien du président putschiste Augustin Gamarra…  

Flora s’imagine au Pérou, même, un rôle politique… Elle est attirée par le colonel Escudero, mais renonce à cette union… ( elle est toujours mariée en France …)

Elle quitte le Pérou.
Elle sublimera son désir d'amour (sa vie avec Chazal lui fait redouter l'amour charnel) en passion sociale …

Atteinte dans sa fierté et mesurant que le droit est contre elle, Flora revendique alors la qualité de paria que la loi lui épingla doublement (en France, comme femme mariée soumise à l'arbitraire d'un mari, en l'absence de toute procédure de divorce, au Pérou comme bâtarde) : l'exclue se change en justicière des droits bafoués de la femme et en porte-parole des victimes de l'ordre social.

-       Dans , Pérégrinations d'une paria (1837). Politique, moeurs, religion, tout est passé au crible du regard de cette femme intransigeante …

De retour à Paris, en janvier 1835, Flora Tristan, qui a fréquenté les plus hautes sphères du pouvoir à Lima et à Arequipa, prend pied dans les cercles littéraires et socialistes de la capitale. Toute habitée encore des tribulations qu'elle avait essuyées au cours de ses divers voyages en sa qualité de "femme seule", c'est-à-dire exposée aux outrages de toutes sortes …

-       Dans, Nécessité de faire un bon accueil aux femmes étrangères (1835). Elle y propose les statuts d'une association destinée à fournir accueil et logement aux femmes seules. Sur ces bases, elle prend contact en août avec Charles Fourier, auquel elle offre ses services: "Employez-moi, lui écrit-elle le 11 octobre 1835, ah! employez-moi! je vous en aurai une gratitude infinie. […] je peux vous assurer que vous trouverez en moi une force peu commune à mon sexe, un besoin de faire le bien, et une reconnaissance profonde pour tous ceux qui me procureront les moyens d'être utile."

 

Présente sur tous les fronts, Flora Tristan assiste aux réunions du jeudi organisées par La Gazette des femmes ; elle y noua des liens avec Eugénie Niboyet par exemple. Elle intervient, dans les débats socialistes : elle s'y montre plus soucieuse de réalisations concrètes que de questions d'école. Elle tança Victor Considerant et La Phalange pour leur immobilisme rêveur : « L'intelligence des peuples est aujourd'hui trop développée pour qu'on puisse longtemps les repaître de mots [...] il est de votre devoir, de votre humanité de vous expliquer, et au plus vite, sur ce que vous pouvez faire et sur ce que nous pouvons tous faire pour arriver à la réalisation de l'éden, que, sur la parole de Fourier, vous nous faites pressentir. » (Lettre publiée par La Phalange, n° 6, du 1er septembre 1836).

 

Flora Tristan Flora-Tristan-4.jpginvestit également le monde très fermé des revues littéraires : elle est admise à L'Artiste comme au Voleur et, sur la recommandation de Sainte-Beuve, à la Revue de Paris. Fin 1837, Arthus Bertrand publia les Pérégrinations, volume bientôt repris par un plus grand éditeur, Ladvocat, qui donne en novembre suivant Méphis, seul roman de sa plume. Flora fait feu de tout bois. La publicité que lui valut le geste criminel de son mari qui, le 10 septembre 1838, la guette au sortir de chez elle et lui décharge son pistolet en pleine poitrine, alimente les ventes du roman. De son lit de convalescence, l'auteur invite l'éditeur à transformer en succès commercial le capital de sympathie que lui vaut l'attentat.

L'enlèvement en 1835 par André Chazal de son troisième enfant, Aline Chazal-Tristan, âgée de dix ans, qui sera la mère du grand peintre Gauguin, n'avait abouti à un jugement de séparation de corps qu'en 1838. Chazal étant condamné le 1er février 1839 à vingt ans de travaux forcés par la cour d'assises de la Seine, Flora recouvre sa liberté et la jouissance de son nom.

 

 

Sources ( entre autres..) :Maitron.org, site d’histoire sociale

 


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La brune et passionnée Flora ...

Publié le par Perceval

Elle est la petite fille de Pio Tristán, ancien vice-roi du Pérou…

 Elle a traversé seule le Pérou en pleine révolution …  Elle a enquêté dans les maisons closes à Londres. flora-tristan.jpgElle est devenue une figure des salons parisiens. Elle s'est introduite dans la Chambre des Lords déguisée en homme. Elle a été surveillée par les polices politiques. Elle a vécu les dernières années de sa vie avec une balle logée près du coeur, victime de son mari jaloux...

Elle est la grand-mère de Paul Gauguin …


Qui est-elle ?


brune-nicole-avril.jpg« Je l’imagine. Brune comme une héroïne romantique. Ardente et intense. Flora Tristan. Sa rencontre a marqué ma vie. Son histoire dans l’Histoire est un roman.

Née à Paris en 1803, de mère française et de père péruvien, elle s’embarque – seule femme à bord, quatre mois en mer et le cap Horn en prime – pour faire valoir ses droits auprès de sa riche famille paternelle qui l’a abandonnée. Au Pérou, elle découvre la passion, la violence et l’esclavage. Autodidacte, elle écrit à son retour Pérégrinations d’une paria. Jaloux de son succès, son mari lui tire une balle dans le dos, qui restera fichée à deux doigts de son cœur. » Nicole Avril

 

Beaucoup d’éléments biographiques, et l’époque, rapprochent George Sand ( 1804-1876) de Flora Tristan ( 1803-1844).george-sand-02.jpg

Par exemple : Flora, née le 7 avril 1803, a 4 ans à la mort de son père. Aurore, née le 1er juillet 1804 a le même âge quand en 1808 son père se tue en tombant de cheval. Etc … etc...  

leroux-pierre.jpgLe socialiste saint-simonien Pierre Leroux constitue un trait d'union entre les deux femmes. Cependant la "Bonne Dame de Nohant" n'apprécie guère "La Paria" : tout en lui reconnaissant du courage et des convictions, elle la juge trop vaniteuse, impérieuse et coléreuse...


Pierre Leroux fut, entre autres choses, imprimeur à Boussac ( ce n'est pas loin de chez moi ... Limoges..) dans la Creuse, petite ville dont il fut élu maire en 1848 au lendemain de la Révolution de 1848 ...Caricature-Leroux.jpg


Pierre Leroux ( né en 1797 ), introduit en France le mot " socialisme " comme antithèse de l’individualisme.  Il fonde « le Globe », qui devient le journal des jeunes opposants au régime de la Restauration. Après la révolution de 1830, il se rallie au saint-simonisme dont il se sépare en novembre 1831. Pierre Leroux rencontre George Sand en 1835 et une profonde amitié nait de leur admiration mutuelle, le philosophe trouve auprès de l’écrivain une aide matérielle importante. Spiridion est dédié au philosophe dont l’influence est particulièrement nette dans les romans " socialistes " du début des années 1840. En 1843, Pierre Leroux obtient un brevet d’imprimeur et, l’année suivante, il s’installe à Boussac, toute petite sous-préfecture de la Creuse, à quelques lieues de Nohant.

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Les nombreuses vies de Cristina Trivulzio Belgioioso -3-

Publié le par Perceval

En 1852, la princesse Cristina di Belgiojoso traverse seule la Turquie pour se rendre en Terre sainte. Souhaitant se documenter sur la région et y faire un pèlerinage, elle s’était en réalité imposé un exil volontaire pour fuir les autorités autrichiennes qui contrôlaient la Lombardie.

Cristina-Trivulzio-Belgioioso-Francesco_Hayez_034.jpgElle se rend d’abord à Athènes, puis en Turquie, où elle achete une petite ferme dans la vallée d’Eiaq-Maq-Oglou, sur les rives du Bosphore, à deux heures de cheval d’Ankara….

En janvier  1852, elle entame un périple à cheval de onze mois à destination de la Syrie et de la Palestine, accompagnée par sa fille ( illégitime ) Maria, sa domestique anglaise Mrs Parker, et l’un des fils d’Osman ( le vendeur de la ferme ). En chemin, elle visite des harems, administre des médicaments, s’intéresse aux coutumes locales, et discute les affaires du monde avec des muftis qui vivent dans des contrées reculées. Les difficultés liées aux voyage en hiver – les pièces enfumées par les braseros, l’âpreté du froid qui entrave les déplacements à cheval et la neige qui masque les pistes – sont un sujet qui reviennent régulièrement. Elle pose constamment des questions sur la vie des femmes turques, arméniennes ou syriennes.

Son itinéraire à travers la Syrie la conduit à Latakia et à Beyrouth, puis à Sidon où elle séjourne au Khan des français où s’était arrêtée Hester Stanhope ( 1776-1839) trente ans auparavant…

Indépendante, Cristina voyage avec une détermination et une confiance en elle tout à fait perceptibles dans ses articles publiés dans la Revue des deux mondes comme dans son livre Asie mineure et Syrie, souvenirs de voyage

Cristina-Trivulzio-di-Belgioioso-copie-1.jpgUn de ses employés, dans la ferme où elle retourne en décembre, parce qu’il avait été réprimandé par la gouvernante anglaise avec qui il avait eu une relation, aveuglé par la haine frappe Cristina de cinq coups de couteau en Juillet 1853. Les blessures ne sont pas fatales, mais à partir de cette mésaventure , elle se trouve trop affaiblie et préfère retourner en Italie, trois ans plus tard…


En Novembre 1855, elle se rend à Paris. Sa relation avec Mignet est éteinte. En Novembre 1860 elle vend la maison de Paris.

Elle tente de faire reconnaître sa fille à son mari, en vain ;  Emilio meurt de la syphilis

Mary a déjà vingt ans, n'a pas encore de nom... Elle se marie avec un marquis : Trotti  (24 Janvier 1861), un veuf, avec le plein assentiment de Cristina

Elle achète une villa à Blevio où elle a déménagé avec son fidèle Bodoz, le serviteur turc, qui l'a suivie pendant vingt ans, et Miss Mary Ann Parker, la gouvernante anglaise, qui avait vécu avec elle et sa fille depuis 1839.

Elle est morte en 1871, à seulement 63 ans dans la maison de sa fille à Milan. Elle fut enterrée à Locate, où elle demeure aujourd'hui.

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Les nombreuses vies de Cristina Trivulzio Belgioioso -2-

Publié le par Perceval

La naissance de Marie marque le début de la seconde vie de Cristina. Le climat de persécution de la police autrichienne a été beaucoup atténué après le couronnement du nouvel empereur, aussi retourne t-elle à Milan, en Juillet 1840.


Cristina-Trivulzio-di-Belgioioso-hayez.jpgElle achète une ferme dans une petite vallée en Cappadoce, et y fonde une colonie agricole ouvertes aux réfugiés italiens. La pauvreté, l'ignorance, les maladies des paysans de Locate, met devant les yeux Cristina une réalité très différente de celle des salons parisiens. Elle se laisse entrainer à comprendre et lutter contre cet environnement, et devient une réformatrice sociale, elle s’inspire des théories utopiques entendus en France – (Saint Simon,  Fourier ). Elle regroupe les enfants, crée des écoles… parfois au grand scandale des riches lombards qui ne comprennent pas cet intérêt pour les agriculteurs …lotto-lorenzo-portrait-of-cristina-barbiano-trivulzio-di-be.jpg

Cristina étudie et publie ses premiers travaux: l'essai sur la formation du dogme catholique et la traduction en français des œuvres de Gian Battista Vico, avec une longue introduction. Rédigé en français et publié en France, ces livres renforce contre elle l’hostilité des puissants… C'est la limite! Non seulement cette femme donne des cours d’économie mais elle empiète sur le champ de la philosophie et même de la Théologie.


En 1843, Lehman fait de Cristina un célèbre portrait :


A l’occasion des évènements politiques elle devient journaliste, s'associe avec les dirigeants de la Cavour Risorgimento,  parcourt en 1847 toute l’Italie et promeut la dynastie de Savoie (Charles-Albert de Sardaigne) pour unifier l’Italie avant d’instaurer la République.

Cristina-et-sa-division-Belgioioso.jpg 

 

 

Elle se trouve à Naples pendant l'insurrection qui conduit aux cinq journées de Milan de 1848. Elle part immédiatement et paye le voyage à environ 200 napolitains, transporté par mer à Gênes et de là à Milan , qui sont prêts à la suivre.

Dans la chaleur de la bataille politique décède Stelzi le secrétaire bien-aimé, qui sera enterré dans le cimetière même où reposent les restes de Cristina.

 

 

 

Il Risorgimento invisibile Lombardo

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Madame du Chatelet; d'amour et d'étude... avec Voltaire.

Publié le par Perceval

Voltaire n’est plus souhaité à Versailles suite à la publication de son ouvrage critique « les Lettres Philosophiques ».

Voltaire et Emilie du ChateletIl décide de s’installer dans le refuge que lui propose Madame du Châtelet, une possession de famille, le château de Cirey en Lorraine ( 1735 ) . Emilie va le rejoindre et les deux amants ( depuis 1933... )  vont vivre quatre années, pratiquement hors du monde, non pas d’amour et d’eau fraîche mais d’amour et d’étude. Ils passent de longues heures, de nuit comme de jour, à débattre de questions scientifiques ou métaphysiques. Peu à peu, Emilie élabore son propre système de pensée.

Elle se passionne pour la physique et analyse les travaux théoriques de Leibniz sur l’énergie cinétique, qu’elle illustre à l’aide d’expériences. Émilie du Châtelet rédige un traité de physique, publié par l’Académie des sciences, une première pour une femme. Elle s’intéresse aux travaux de Newton ( mort en 1727 ) et entame une traduction de ses Principia mathématica, devenus Principes mathématiques de la philosophie naturelle.

 

Voltaire est un grand admirateur de Newton et cherche à mettre ses idées à la portée de tous. Emilie du Châtelet est beaucoup plus critique à l’égard de certaines de ses théories. Sa traduction ne se contente pas d’un simple mot à mot, mais elle refait les calculs, rédige ses commentaires, prend note de ses critiques. Cette traduction sera publiée dix années après sa mort ( en 1759) et reste aujourd’hui encore une référence.Emilie du Châtelet Collection Jean-Jacques Monney

 

En frontispice de son livre “Il Newtonianismo per le dame” Algarotti fait figurer le portrait d'Émilie car elle a fait la correction de l'édition de 1737. Ce livre : un dialogue avec une marquise de E*** : «  J’espère que vous laisserez sous-entendre que je suis votre marquise » lui écrit-elle. Francesco Algarotti l’aima beaucoup et la fit un peu souffrir : «  L’amour d’un amant qui décroit en raison du carré inverse des temps et du cube de la distance me paraît difficile à digérer » ( allusion à la loi de Kepler ... )

En 1748, la marquise rencontre à la cour du roi Stanislas, à Lunéville, le jeune et beau chevalier de Saint-Lambert, poète à ses heures, de dix ans son cadet. Elle en tombe amoureuse... et enceinte. Nourrie d'un terrible pressentiment, elle se hâte de terminer son oeuvre clé…

 Enfin, elle accouche d'une fillette le 5 septembre 1749, dans des conditions difficiles. Elle n'a que le temps de boucler son manuscrit et de le faire envoyer à la bibliothèque du roi avant de rendre l'âme quatre jours plus tard (la fillette mourra quelques années plus tard). 

 

A sa mort, Voltaire ( 1694-1778 ), désespéré, écrira : « Je n’ai point perdu ma maîtresse j’ai perdu la moitié de moi-même, une âme pour qui la mienne était faite, une amie de vingt ans que j’avais vu naître. »

 

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Nellie Bly: la plus importante journaliste d'Amérique.

Publié le par Perceval

Nellie Bly est le pseudonyme de Elizabeth Cochrane ou Cochran. Elle est née aux Etats-Unis le 5 mai 1864.

Nellie_Bly-3.jpgElizabeth Cochran commence sa carrière en 1885 dans sa ville natale en Pennsylvanie en tant que journaliste pour la Dépêche de Pittsburgh. Elle y envoie une lettre de colère à l'éditeur en réponse à un article du journal intitulé «Le peu de bonnes choses que font les filles ». Le rédacteur en chef est tellement impressionné par son écriture qu'il lui offre un emploi.

Elle prend comme nom de plume " Nellie Bly " emprunté à une chanson populaire de Stephen Foster. Ses premiers articles, se portent sur les conditions de travail des jeunes filles à Pittsburgh, la vie des bidonvilles, et d'autres sujets similaires… Mais la pression Nellie-Bly--May-5--1864---January-27--1922-.jpgéditoriale l'a pousse à se cantonner aux "pages féminines" pour couvrir la mode, de la société, et le jardinage, le rôle habituel des femmes journalistes. Insatisfaite de ces fonctions, elle prend l'initiative de servir comme correspondante à l'étranger .En 1886-1887, elle se rend pendant plusieurs mois au Mexique, elle écrit sur la corruption officielle et la condition des pauvres. Ses articles critiquent fortement et irritent les autorités mexicaines et entrainent son expulsion du pays.

En 1887, Cochrane quitte Pittsburgh pour New York pour travailler avec Joseph Pulitzer au ”New York World. Un de ses premiers engagements lui permet  de se faire admettre à l'asile sur l’île Blackwell (maintenant Roosevelt) en feignant la folie. Son exposé sur les conditions de vie des patients, publiés dans le New York World et plus tard recueillis dans dix jours à une maison de fous (1887), précipitent une inspection de l’asile et permet d’apporter les améliorations nécessaires aux soins aux patients. Ses enquêtes journalistiques  l'amènent jusque dans des ateliers clandestins, des prisons, et dénoncent la corruption de la justice avec la pression lobbyiste …. Elle devient une journaliste renommée.

 

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Le 22 novembre 1889, une journaliste américaine de 25 ans rencontre l’écrivain Jules Verne à Amiens. Ce rendez-vous est programmé depuis plusieurs semaines déjà. La jeune femme a embarqué le 14 novembre à New York, à bord du paquebot Augusta Victoria, s’est arrêtée à Londres puis a débarqué à Calais.

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Le point culminant de la carrière de Nellie Bly au monde commence le 14 Novembre 1889, quand elle part de New York pour battre le record de Phileas Fogg, héros de roman de Jules Verne Le tour du monde en quatre-vingts jours. Le New York World en fait un véritable événement, avec des articles quotidiens et un concours … ( avec pour le gagnant : un voyage en Europe) . Il y avait près d'un million d'inscrits au concours. Nellie Bly parcourt le monde à bord de navires et de trains, en pousse-pousse, sur des chevaux ou des ânes…  Nellie-bly-4.jpgEnfin, de San Francisco à New York, le monde l'a transporte dans un « train spécial », est accueillie partout par des fanfares, des feux d'artifice…. Le temps officile de son tour du monde est de 72 jours 6 heures 11 minutes 14 secondes. Le livre de Nellie Bly:. Tour du monde en soixante-douze jours (1890) est un grand succès populaire, et Nellie Bly est une star...

 

Le voyage de la jeune journaliste se poursuit sans encombre et un mois après son départ, elle se trouve sur l’île de Ceylan, dans la ville de Colombo, attendant avec impatience le bateau qui doit la conduire à Hong Kong, puis à Tokyo…. A chacune de ses escales dans des grandes villes, elle câble à son journal, le « New York World » un récit pittoresque de ses dernières aventures. Les lecteurs attendent chaque nouvel épisode avec une impatience comparable à celle qui touche les amateurs de feuilletons à suspens, et, au fil des jours, sa célébrité grandit aux EtatsNellie-Bly.jpg-Unis.

Lorsqu’elle arrive enfin à New York, le 25 janvier 1890, elle a parcouru 40 070 kilomètres et largement remporté son pari puisqu’il ne lui a fallu « que » 72 jours, six heures et 11 minutes.

 

 

 

À 30 ans , elle épouse Robert Seaman ( 70 ans et millionnaire) en 1895, mais après sa mort, dix ans plus tard, elle poursuit les affaires et devient une des rares femmes chef d’entreprise jusqu'en 1914 … Elle subit des revers financiers et fait faillite. Elle retourne travailler au New York Journal en 1920.

 

Nellie Bly décide de réformer fondamentalement le fonctionnement de son usine de fabrication de tôles. Elle supprime la rémunération à la pièce et introduit un salaire journalier indépendant de la productivité, et elle dépense une bonne part de ses capitaux pour réaliser des investissements sociaux dans l’entreprise : centre de loisirs, bibliothèque, club de pêche… Toutes ces « loufoqueries » sociales ne sont guère appréciées par ses pairs. La nouvelle patronne n’est pas une très bonne gestionnaire et la situation financière de l’usine devient catastrophique.

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Nous sommes en 1914 et le monde est sur le point de basculer dans le chaos. Lorsque le conflit éclate, Nellie Bly devient correspondante de guerre. Jusqu’en 1919, elle se rend sur de nombreux fronts et publie une longue série de reportages sur la vie des soldats et l’évolution du conflit.

 

Elle meurt d'une pneumonie à l'âge de 57 ans, le 27 Janvier, 1922. Le lendemain, Le Journal du soir lui rend hommage en déclarant Nellie Bly:   "La meilleure journaliste d'Amérique.".

 

Biblio: ( en Anglais )

- Ten Days in a Mad-house

- Nellie Bly's Book: Around the World in 72 Days

 


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Bloomsbury: Un cercle d'intellectuels disparus

Publié le par Perceval

« Ils adorent Diaghilev, ont des expériences homosexuelles, font des mariages libres, des enfants hors mariage, ils sont objecteurs de conscience, aiment le postimpressionnisme. Ils vivent dans l’Angleterre puritaine du début du XXe siècle. Ils forment une communauté excentrique, subversive, drôle, flamboyante, régie par ses propres règles, donc difficile à caractériser. Ce sont les membres du groupe de Bloomsbury. »

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Il y a donc - le mythe « Bloomsbury » : récit édifiant qui se transmet au sein d’un groupe social, avec pour rite : les fameuses soirées du jeudi au 4 Gordon Square.

Les activités quotidiennes des membres du groupe de Bloomsbury. prennent place largement au sein et autour de pratiques collectives : les ateliers Omega, la Hogarth Press, les repas pris en commun à Charleston et les vacances en France et en Italie.

virginia-woolf-_and_leonard-w_1912.jpgVirginia Woolf  et Leonard en 1912

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A portrait painting of Leonard Woolf by Vanessa Bell in 1940

 


Les soirées du jeudi :

«  C’était dans cette pièce que se rassemblaient les amis de Virginia et Vanessa les jeudis soir… Les habitués avaient l’habitude d’apparaître aux environs de 10 heures du soir et continuaient d’arriver par intervalles jusqu’à minuit. Il était rare que le dernier parte avant 2 ou 3 heures du matin. Whisky, pains au lait et cacao étaient servis, et les visiteurs discutaient entre eux. » Dunca Grant

 «  C’était tard le soir ; la pièce était pleine de fumée ; il y avait un peu partout des pains au lait, du café, du whisky (..) Thoby allait ouvrir la porte (…). Bell entrait ; Strachey entrait. Ils entraient en hésitant, en s’effaçant, et s’écroulaient sans bruit dans un coin du canapé. » Virginia Woolf

«  Bell était une sorte de dieu soleil, avec de la paille dans les cheveux ; Strachey était un prodige d’esprit ; Léonard était si violent, si sauvage ; il méprisait tant le genre humain ! »V.W.

«  Dans un des petits ilots d’ordre relatif, Ducan avait dressé son chevalet et Bunny ( David Garnett ) écrivait un roman dans une série de cahiers. » V. W.

 

Ce groupe incarne, le fantasme intellectuel de la réunion des grands esprits, et - comble de curiosité - traine derrière lui une réputation sulfureuse : « La plupart de ses membres sont homosexuels, flirtant avec leurs camarades et épousant ceux de l'autre sexe. Entre autres anecdotes, Virginia Woolf a une aventure avec la poétesse Vita Sackville-West, immortalisée par son roman 'Orlando' et Duncan Grant devient l'amant de Vanessa Bell, 

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Virginia Woolf et Vita Sackville-West

  elle-même mariée, tout en entretenant une liaison avec l'écrivain David Garnett. C'est d'ailleurs de ce trio que naît Angelica Garnett, la fille issue de la liaison de Bell et Grant, qui apprendra à 20 ans que son père n'est pas le mari de sa mère (Clive Bell) avant d'épouser Garnett, l'amant de son vrai père... »

 

Reprenons la chronologie :

 

 

1899 : À Cambridge, un club de réflexion regroupe le futur économiste John M. Keynes et Thoby Stephen. C'est à Trinity qu'en 1899 le biographe et essayiste Lytton Strachey, Leonard Woolf, Saxon Sydney-Turner et Clive Bell étaient devenus de grands amis de Thoby Stephen, lequel les présenta à Londres à ses sœurs Vanessa ( Bell ) et Virginia ( Woolf ); c'est ainsi que

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Le peintre Duncan Grant avec l'économiste John Maynard Keynes

le groupe de Bloomsbury vit le jour. S’y retrouvent également E. M. Forster et Mary (Molly) MacCarthy, les peintres Duncan Grant, et Roger Fry, et les critiques littéraires, artistiques et politiques, Desmond MacCarthy, et Leonard Woolf.

De plus, certains de leurs amis très proches, de leurs frères et sœurs, voire leurs partenaires, n'appartenaient pas nécessairement à Bloomsbury. L'amie de Lytton Strachey, la femme peintre Dora Carrington, n'a jamais été membre ; Lydia Lopokova, épouse de John Maynard Keynes, n'y a été admise qu'avec réticence. On a parfois soutenu qu'Ottoline Morrell, Vita Sackville-West, Arthur Waley et quelques autres faisaient partie du Groupe, mais aucun n'était considéré comme membre, ni par eux-mêmes ni par leurs amis, membres authentiques.

 

1904 : La fratrie Stephen (Thoby, Vanessa [Bell], Virginia [Woolf] et Adrian) s’installe à Bloomsbury (Londres) et baptise du nom de ce quartier leur groupe.

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 Vanessa-Bell-par-Duncan-Grant

 

Le décès prématuré de Thoby en 1906 les réunit plus fortement. Lytton Strachey devint ami intime des sœurs Stephen de même que Duncan Grant du fait de ses relations homosexuelles avec Lytton Strachey, John Maynard Keynes et Adrian Stephen. Clive Bell épousa Vanessa en 1907, et Leonard Woolf, rentré de Ceylan où il exerçait des fonctions publiques, se maria avec Virginia en 1912.

Le développement artistique de Bloomsbury se fera en plusieurs phases, marquées en grande partie par la présence du peintre Roger Fry, point focal du groupe, qui lui insuffle son esprit novateur et formateur.

 

1910 : Première exposition d’art postimpressionniste organisée à Londres par Roger Fry.

 

1913 : Fondation des ateliers Omega. La société fabriquait des objets d'artisanat et de décoration. Ce fut le peintre et critique d'art Roger Fry qui fonda la société. Les objets n'étaient pas signés par les artistes et portaient simplement la lettre omega en guise de signe distinctif. Vanessa Bell et Duncan Grant fournirent plusieurs dessins à Omega…

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 Mobilier décoratif de Roger Fry pour les Omega Workshops Roubaix_Roger_Fry_mobilier_decor


L'hostilité de l'establishment au post-impressionnisme provoqua une controverse autour de Bloomsbury. Clive Bell attaqua le post-impressionnisme dans son livre Art (1914), en fondant partiellement son esthétique sur le criticisme artistique de Roger Fry et la philosophie morale de G. E. Moore. La campagne pour le vote des femmes ajouta aux polémiques de Bloomsbury, puisque Virginia Woolf et certains membres du Groupe, mais non tous, voyaient des liens entre les aspects politiques du capitalisme, de l'impérialisme, de la sexualité et de l'esthétique.

Comme à peu près tout le reste de la culture moderne, le premier Bloomsbury se vit bouleversé dans son développement par la Première Guerre mondiale. Aucun des hommes n'y a combattu. La plupart d'entre eux étaient objecteurs de conscience, ce qui, bien entendu, ajouta aux controverses contre le Groupe. Politiquement, ses membres étaient répartis entre le libéralisme et le socialisme, comme on peut le voir dans les carrières et les écrits respectifs de Keynes et de Leonard Woolf. Mais ils étaient unis dans leur opposition contre le gouvernement qui les avait plongés dans la guerre, puis dans une paix fragile.

 

1917 : Création d’Hogarth Press, maison d’édition dirigée par Virginia et Leonard Woolf. La Hogarth Press fut l'une des premières maisons à éditer des ouvrages de psychanalyse, parmi lesquels des essais de Sigmund Freud et d'Anna Freud, ainsi que de nombreuses traductions de textes étrangers (Rainer Maria Rilke, Federico García Lorca), en particulier la littérature russe (Léon Tolstoï, Fiodor Dostoïevski, Maxime Gorki, Daniel Andreiev, Ivan Bounine).

Hogarth-Press.jpgEntre autres auteurs britanniques, la Hogarth Press publia les poètes John Betjeman, Cecil Day-Lewis, W. H. Auden, Christopher Isherwood, Edith Sitwell et Stephen Spender. Parmi les membres du Bloomsbury Group et leurs proches, elle édita, outre les œuvres de Virginia et de Leonard Woolf, des textes de Leslie Stephen, Clive Bell, Vita Sackville-West, Harold Nicolson, Roger Fry, E. M. Forster, John Maynard Keynes, Robert Graves, H. G. Wells, Laurens van der Post, William Plomer, Logan Pearsall Smith ou Nancy Cunard.

Ce fut à la Hogarth Press que parut la première édition britannique de Prelude de Katherine Mansfield (1918), de The Waste Land (La Terre vaine) de T. S. Eliot (1924) et de Composition as Explanation de Gertrude Stein (1926).Roger-Fry--self-portrait--oil-on-canvas--1930-4.jpg

 

1934 : Décès de Roger Fry.               Son auto-portrait...->

 

1941 : Suicide de Virginia Woolf.

 

«  Pour que six individus, sans privilèges particuliers à l’exception de leur tempérament, puissent ainsi s’imposer, il doit bien y avoir une raison. Là où ils triomphent, à mon avis, c’est d’avoir décidé de leut prpre mode de vie  - qui n’étaient en aucun cas dépravé, sinistre ou simplement intellectuel ; mais plutôt en effet ascétique et austère – qui perdure  et leur permet toujours de pouvoir dîner ensemble, de rester ensemble, après vingt ans ; les querelles, succés ou échecs éventuels n’ont pu rien y changer. Je dois dire que je trouve cela plutôt honorable. » Virginia Woolf.

 

Sources : «  Conversation anglaise : le groupe de Bloomsbury » Exposition : Gallimard

Sites Wiki, Thomas Flamerion pour Evene.fr, article Journal des arts: L'Oeil - n° 619 - Décembre 2009…

 

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Vanessa Bell

 Duncan-Grant-by-Alvin-Langdon.jpgDuncan Grant by Alvin Langdon

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Virginia_Woolf par Roger Fry

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Duncan Grant, Interior with the Artist’s Daughter (Angelica), c. 1935-36


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