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Nellie Bly: la plus importante journaliste d'Amérique.

Publié le par Perceval

Nellie Bly est le pseudonyme de Elizabeth Cochrane ou Cochran. Elle est née aux Etats-Unis le 5 mai 1864.

Nellie_Bly-3.jpgElizabeth Cochran commence sa carrière en 1885 dans sa ville natale en Pennsylvanie en tant que journaliste pour la Dépêche de Pittsburgh. Elle y envoie une lettre de colère à l'éditeur en réponse à un article du journal intitulé «Le peu de bonnes choses que font les filles ». Le rédacteur en chef est tellement impressionné par son écriture qu'il lui offre un emploi.

Elle prend comme nom de plume " Nellie Bly " emprunté à une chanson populaire de Stephen Foster. Ses premiers articles, se portent sur les conditions de travail des jeunes filles à Pittsburgh, la vie des bidonvilles, et d'autres sujets similaires… Mais la pression Nellie-Bly--May-5--1864---January-27--1922-.jpgéditoriale l'a pousse à se cantonner aux "pages féminines" pour couvrir la mode, de la société, et le jardinage, le rôle habituel des femmes journalistes. Insatisfaite de ces fonctions, elle prend l'initiative de servir comme correspondante à l'étranger .En 1886-1887, elle se rend pendant plusieurs mois au Mexique, elle écrit sur la corruption officielle et la condition des pauvres. Ses articles critiquent fortement et irritent les autorités mexicaines et entrainent son expulsion du pays.

En 1887, Cochrane quitte Pittsburgh pour New York pour travailler avec Joseph Pulitzer au ”New York World. Un de ses premiers engagements lui permet  de se faire admettre à l'asile sur l’île Blackwell (maintenant Roosevelt) en feignant la folie. Son exposé sur les conditions de vie des patients, publiés dans le New York World et plus tard recueillis dans dix jours à une maison de fous (1887), précipitent une inspection de l’asile et permet d’apporter les améliorations nécessaires aux soins aux patients. Ses enquêtes journalistiques  l'amènent jusque dans des ateliers clandestins, des prisons, et dénoncent la corruption de la justice avec la pression lobbyiste …. Elle devient une journaliste renommée.

 

  tour-dumonde-80jours-J-Verne.jpg

Le 22 novembre 1889, une journaliste américaine de 25 ans rencontre l’écrivain Jules Verne à Amiens. Ce rendez-vous est programmé depuis plusieurs semaines déjà. La jeune femme a embarqué le 14 novembre à New York, à bord du paquebot Augusta Victoria, s’est arrêtée à Londres puis a débarqué à Calais.

Nellie bly 2

 

Le point culminant de la carrière de Nellie Bly au monde commence le 14 Novembre 1889, quand elle part de New York pour battre le record de Phileas Fogg, héros de roman de Jules Verne Le tour du monde en quatre-vingts jours. Le New York World en fait un véritable événement, avec des articles quotidiens et un concours … ( avec pour le gagnant : un voyage en Europe) . Il y avait près d'un million d'inscrits au concours. Nellie Bly parcourt le monde à bord de navires et de trains, en pousse-pousse, sur des chevaux ou des ânes…  Nellie-bly-4.jpgEnfin, de San Francisco à New York, le monde l'a transporte dans un « train spécial », est accueillie partout par des fanfares, des feux d'artifice…. Le temps officile de son tour du monde est de 72 jours 6 heures 11 minutes 14 secondes. Le livre de Nellie Bly:. Tour du monde en soixante-douze jours (1890) est un grand succès populaire, et Nellie Bly est une star...

 

Le voyage de la jeune journaliste se poursuit sans encombre et un mois après son départ, elle se trouve sur l’île de Ceylan, dans la ville de Colombo, attendant avec impatience le bateau qui doit la conduire à Hong Kong, puis à Tokyo…. A chacune de ses escales dans des grandes villes, elle câble à son journal, le « New York World » un récit pittoresque de ses dernières aventures. Les lecteurs attendent chaque nouvel épisode avec une impatience comparable à celle qui touche les amateurs de feuilletons à suspens, et, au fil des jours, sa célébrité grandit aux EtatsNellie-Bly.jpg-Unis.

Lorsqu’elle arrive enfin à New York, le 25 janvier 1890, elle a parcouru 40 070 kilomètres et largement remporté son pari puisqu’il ne lui a fallu « que » 72 jours, six heures et 11 minutes.

 

 

 

À 30 ans , elle épouse Robert Seaman ( 70 ans et millionnaire) en 1895, mais après sa mort, dix ans plus tard, elle poursuit les affaires et devient une des rares femmes chef d’entreprise jusqu'en 1914 … Elle subit des revers financiers et fait faillite. Elle retourne travailler au New York Journal en 1920.

 

Nellie Bly décide de réformer fondamentalement le fonctionnement de son usine de fabrication de tôles. Elle supprime la rémunération à la pièce et introduit un salaire journalier indépendant de la productivité, et elle dépense une bonne part de ses capitaux pour réaliser des investissements sociaux dans l’entreprise : centre de loisirs, bibliothèque, club de pêche… Toutes ces « loufoqueries » sociales ne sont guère appréciées par ses pairs. La nouvelle patronne n’est pas une très bonne gestionnaire et la situation financière de l’usine devient catastrophique.

 Nellie_Bly_later_years.jpg
 nellie-bly-stamp.jpg

Nous sommes en 1914 et le monde est sur le point de basculer dans le chaos. Lorsque le conflit éclate, Nellie Bly devient correspondante de guerre. Jusqu’en 1919, elle se rend sur de nombreux fronts et publie une longue série de reportages sur la vie des soldats et l’évolution du conflit.

 

Elle meurt d'une pneumonie à l'âge de 57 ans, le 27 Janvier, 1922. Le lendemain, Le Journal du soir lui rend hommage en déclarant Nellie Bly:   "La meilleure journaliste d'Amérique.".

 

Biblio: ( en Anglais )

- Ten Days in a Mad-house

- Nellie Bly's Book: Around the World in 72 Days

 


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Bloomsbury: Un cercle d'intellectuels disparus

Publié le par Perceval

« Ils adorent Diaghilev, ont des expériences homosexuelles, font des mariages libres, des enfants hors mariage, ils sont objecteurs de conscience, aiment le postimpressionnisme. Ils vivent dans l’Angleterre puritaine du début du XXe siècle. Ils forment une communauté excentrique, subversive, drôle, flamboyante, régie par ses propres règles, donc difficile à caractériser. Ce sont les membres du groupe de Bloomsbury. »

arch_bloomsbury_large.jpg

 

Il y a donc - le mythe « Bloomsbury » : récit édifiant qui se transmet au sein d’un groupe social, avec pour rite : les fameuses soirées du jeudi au 4 Gordon Square.

Les activités quotidiennes des membres du groupe de Bloomsbury. prennent place largement au sein et autour de pratiques collectives : les ateliers Omega, la Hogarth Press, les repas pris en commun à Charleston et les vacances en France et en Italie.

virginia-woolf-_and_leonard-w_1912.jpgVirginia Woolf  et Leonard en 1912

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A portrait painting of Leonard Woolf by Vanessa Bell in 1940

 


Les soirées du jeudi :

«  C’était dans cette pièce que se rassemblaient les amis de Virginia et Vanessa les jeudis soir… Les habitués avaient l’habitude d’apparaître aux environs de 10 heures du soir et continuaient d’arriver par intervalles jusqu’à minuit. Il était rare que le dernier parte avant 2 ou 3 heures du matin. Whisky, pains au lait et cacao étaient servis, et les visiteurs discutaient entre eux. » Dunca Grant

 «  C’était tard le soir ; la pièce était pleine de fumée ; il y avait un peu partout des pains au lait, du café, du whisky (..) Thoby allait ouvrir la porte (…). Bell entrait ; Strachey entrait. Ils entraient en hésitant, en s’effaçant, et s’écroulaient sans bruit dans un coin du canapé. » Virginia Woolf

«  Bell était une sorte de dieu soleil, avec de la paille dans les cheveux ; Strachey était un prodige d’esprit ; Léonard était si violent, si sauvage ; il méprisait tant le genre humain ! »V.W.

«  Dans un des petits ilots d’ordre relatif, Ducan avait dressé son chevalet et Bunny ( David Garnett ) écrivait un roman dans une série de cahiers. » V. W.

 

Ce groupe incarne, le fantasme intellectuel de la réunion des grands esprits, et - comble de curiosité - traine derrière lui une réputation sulfureuse : « La plupart de ses membres sont homosexuels, flirtant avec leurs camarades et épousant ceux de l'autre sexe. Entre autres anecdotes, Virginia Woolf a une aventure avec la poétesse Vita Sackville-West, immortalisée par son roman 'Orlando' et Duncan Grant devient l'amant de Vanessa Bell, 

Virginia-Woolf-et-Vita-Sackville-West.jpg
Virginia Woolf et Vita Sackville-West

  elle-même mariée, tout en entretenant une liaison avec l'écrivain David Garnett. C'est d'ailleurs de ce trio que naît Angelica Garnett, la fille issue de la liaison de Bell et Grant, qui apprendra à 20 ans que son père n'est pas le mari de sa mère (Clive Bell) avant d'épouser Garnett, l'amant de son vrai père... »

 

Reprenons la chronologie :

 

 

1899 : À Cambridge, un club de réflexion regroupe le futur économiste John M. Keynes et Thoby Stephen. C'est à Trinity qu'en 1899 le biographe et essayiste Lytton Strachey, Leonard Woolf, Saxon Sydney-Turner et Clive Bell étaient devenus de grands amis de Thoby Stephen, lequel les présenta à Londres à ses sœurs Vanessa ( Bell ) et Virginia ( Woolf ); c'est ainsi que

Painter-Duncan-Grant-with-economist-John-Maynard-Keynes.jpg
Le peintre Duncan Grant avec l'économiste John Maynard Keynes

le groupe de Bloomsbury vit le jour. S’y retrouvent également E. M. Forster et Mary (Molly) MacCarthy, les peintres Duncan Grant, et Roger Fry, et les critiques littéraires, artistiques et politiques, Desmond MacCarthy, et Leonard Woolf.

De plus, certains de leurs amis très proches, de leurs frères et sœurs, voire leurs partenaires, n'appartenaient pas nécessairement à Bloomsbury. L'amie de Lytton Strachey, la femme peintre Dora Carrington, n'a jamais été membre ; Lydia Lopokova, épouse de John Maynard Keynes, n'y a été admise qu'avec réticence. On a parfois soutenu qu'Ottoline Morrell, Vita Sackville-West, Arthur Waley et quelques autres faisaient partie du Groupe, mais aucun n'était considéré comme membre, ni par eux-mêmes ni par leurs amis, membres authentiques.

 

1904 : La fratrie Stephen (Thoby, Vanessa [Bell], Virginia [Woolf] et Adrian) s’installe à Bloomsbury (Londres) et baptise du nom de ce quartier leur groupe.

Vanessa-Bell--Oil-on-Canvas--by-Duncan-Grant-jpg
 Vanessa-Bell-par-Duncan-Grant

 

Le décès prématuré de Thoby en 1906 les réunit plus fortement. Lytton Strachey devint ami intime des sœurs Stephen de même que Duncan Grant du fait de ses relations homosexuelles avec Lytton Strachey, John Maynard Keynes et Adrian Stephen. Clive Bell épousa Vanessa en 1907, et Leonard Woolf, rentré de Ceylan où il exerçait des fonctions publiques, se maria avec Virginia en 1912.

Le développement artistique de Bloomsbury se fera en plusieurs phases, marquées en grande partie par la présence du peintre Roger Fry, point focal du groupe, qui lui insuffle son esprit novateur et formateur.

 

1910 : Première exposition d’art postimpressionniste organisée à Londres par Roger Fry.

 

1913 : Fondation des ateliers Omega. La société fabriquait des objets d'artisanat et de décoration. Ce fut le peintre et critique d'art Roger Fry qui fonda la société. Les objets n'étaient pas signés par les artistes et portaient simplement la lettre omega en guise de signe distinctif. Vanessa Bell et Duncan Grant fournirent plusieurs dessins à Omega…

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 Mobilier décoratif de Roger Fry pour les Omega Workshops Roubaix_Roger_Fry_mobilier_decor


L'hostilité de l'establishment au post-impressionnisme provoqua une controverse autour de Bloomsbury. Clive Bell attaqua le post-impressionnisme dans son livre Art (1914), en fondant partiellement son esthétique sur le criticisme artistique de Roger Fry et la philosophie morale de G. E. Moore. La campagne pour le vote des femmes ajouta aux polémiques de Bloomsbury, puisque Virginia Woolf et certains membres du Groupe, mais non tous, voyaient des liens entre les aspects politiques du capitalisme, de l'impérialisme, de la sexualité et de l'esthétique.

Comme à peu près tout le reste de la culture moderne, le premier Bloomsbury se vit bouleversé dans son développement par la Première Guerre mondiale. Aucun des hommes n'y a combattu. La plupart d'entre eux étaient objecteurs de conscience, ce qui, bien entendu, ajouta aux controverses contre le Groupe. Politiquement, ses membres étaient répartis entre le libéralisme et le socialisme, comme on peut le voir dans les carrières et les écrits respectifs de Keynes et de Leonard Woolf. Mais ils étaient unis dans leur opposition contre le gouvernement qui les avait plongés dans la guerre, puis dans une paix fragile.

 

1917 : Création d’Hogarth Press, maison d’édition dirigée par Virginia et Leonard Woolf. La Hogarth Press fut l'une des premières maisons à éditer des ouvrages de psychanalyse, parmi lesquels des essais de Sigmund Freud et d'Anna Freud, ainsi que de nombreuses traductions de textes étrangers (Rainer Maria Rilke, Federico García Lorca), en particulier la littérature russe (Léon Tolstoï, Fiodor Dostoïevski, Maxime Gorki, Daniel Andreiev, Ivan Bounine).

Hogarth-Press.jpgEntre autres auteurs britanniques, la Hogarth Press publia les poètes John Betjeman, Cecil Day-Lewis, W. H. Auden, Christopher Isherwood, Edith Sitwell et Stephen Spender. Parmi les membres du Bloomsbury Group et leurs proches, elle édita, outre les œuvres de Virginia et de Leonard Woolf, des textes de Leslie Stephen, Clive Bell, Vita Sackville-West, Harold Nicolson, Roger Fry, E. M. Forster, John Maynard Keynes, Robert Graves, H. G. Wells, Laurens van der Post, William Plomer, Logan Pearsall Smith ou Nancy Cunard.

Ce fut à la Hogarth Press que parut la première édition britannique de Prelude de Katherine Mansfield (1918), de The Waste Land (La Terre vaine) de T. S. Eliot (1924) et de Composition as Explanation de Gertrude Stein (1926).Roger-Fry--self-portrait--oil-on-canvas--1930-4.jpg

 

1934 : Décès de Roger Fry.               Son auto-portrait...->

 

1941 : Suicide de Virginia Woolf.

 

«  Pour que six individus, sans privilèges particuliers à l’exception de leur tempérament, puissent ainsi s’imposer, il doit bien y avoir une raison. Là où ils triomphent, à mon avis, c’est d’avoir décidé de leut prpre mode de vie  - qui n’étaient en aucun cas dépravé, sinistre ou simplement intellectuel ; mais plutôt en effet ascétique et austère – qui perdure  et leur permet toujours de pouvoir dîner ensemble, de rester ensemble, après vingt ans ; les querelles, succés ou échecs éventuels n’ont pu rien y changer. Je dois dire que je trouve cela plutôt honorable. » Virginia Woolf.

 

Sources : «  Conversation anglaise : le groupe de Bloomsbury » Exposition : Gallimard

Sites Wiki, Thomas Flamerion pour Evene.fr, article Journal des arts: L'Oeil - n° 619 - Décembre 2009…

 

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Vanessa Bell

 Duncan-Grant-by-Alvin-Langdon.jpgDuncan Grant by Alvin Langdon

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Virginia_Woolf par Roger Fry

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Duncan Grant, Interior with the Artist’s Daughter (Angelica), c. 1935-36


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Des Fleurs du mal, à une passante ...

Publié le par Perceval

 

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A une passante

 

 

 

 

 

 

La rue assourdissante autour de moi hurlait.
Longue, mince, en grand deuil, douleur majestueuse,Lartigue--GG313---Les-Elegantes.jpg
Une femme passa, d’une main fastueuse
Soulevant, balançant le feston et l’ourlet ;

Agile et noble, avec sa jambe de statue.
Moi, je buvais, crispé comme un extravagant,
Dans son oeil, ciel livide où germe l’ouragan,
La douceur qui fascine et le plaisir qui tue.

Un éclair... puis la nuit ! Fugitive beauté
Dont le regard m’a fait soudainement renaître,
Ne te verrai-je plus que dans l’éternité ?

Ailleurs, bien loin d’ici ! trop tard ! jamais peut-être !
Car j’ignore où tu fuis, tu ne sais où je vais,
Ô toi que j’eusse aimée, ô toi qui le savais !

 

lartigue_villerville.jpg

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

lartigue-4.jpg

 

 

Les photos sont de Jacques Henri Lartigues.

sauf, la première qui est de Breitner.

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Angelica Bell - Garnett est décédée ce 5 mai 2012

Publié le par Perceval

Angelica Garnett, dernière survivante du Groupe de Bloomsbury, est décédée à Forcalquier le 5 mai à l’âge de 93 ans.

vanessa-bell-et-Angelica.jpg

Rappel : le Groupe de Bloomsbury, est ce collectif d’intellectuels et d’artistes exceptionnels (Virginia Woolf, John Maynard Keynes, Duncan Grant…) qui a fortement marqué la vie culturelle en Grande Bretagne dans la première moitié du vingtième siècle…

 

Vanessa Bell et Angelica: --->


Angelica Garnett ( Bell ), artiste et écrivain, est née le 25 Décembre 1918; à Charleston. Vanessa Bell a loué ce lieu éloigné de la civilisation et dépourvu de tout le confort moderne pour s’isoler avec Grant et son ami David Garnett, ( tous les deux objecteurs de conscience ). Son mari Clive Bell les visitaient le week-end, mais leurs relations conjugales entre eux avaient cessé et Vanessa était tombé amoureuse de Grant.

angelica-garnett-and-virginia-Woolf.jpg
 Angelica et Virginia Woolf

A la naissance de Angelica, la paternité a été attribué à Clive, pour se protéger des potins et pour des raisons financières… Aussi, Angelica a grandi en croyant qu'elle avait le même père que ses deux frères, Julian et Quentin, et que Grant n'était qu'un ami (enchanteur ) de la famille.


Contre l’avis de Grant et Vanessa, elle épousa ( par rébellion ) David Garnett - «Bunny» : il avait 26 ans de plus qu’elle ; il eut une brève liaison homosexuelle dans sa jeunesse avec Duncan Grant. Il était devenu un éditeur de renom, auteur et romancier. Le mariage eut lieu en 1942, deux ans après le décès de sa première femme : Rachel "Ray" Marshall (1891-1940).

Angelica-Garnett-a-Charleston-House.jpg

 

Après quelques 25 ans, ils se séparèrent. Pour Angelica, il s’ensuivit une période nomade: elle s'installa à Islington, au nord de Londres, puis elle est retournée à Charleston après la mort de Grant en 1978. Ensuite, elle a acheté une maison à proximité, à Ringmer, avant de finalement s'installer à Forcalquier.

 

Angelica Garnett à Charleston

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Flora Tristan : " l’Union ouvrière " (extraits)

Publié le par Perceval

Flora Tristan flora-tristan: l’Union ouvrière (extraits)

« Jusqu'à présent, la femme n'a compté pour rien dans les sociétés humaines. - Qu'en est-il résulté ?  - Que le prêtre, le législateur, le philosophe, l'ont traitée en vraie paria. La femme (c'est la moitié de l'humanité) a été mise hors l'Eglise, hors la loi, hors la société. - Pour elle, point de fonctions dans l'Eglise, point de représentation devant la loi, point de fonctions dans l'Etat. - Le prêtre lui a dit : - Femme, tu es la tentation, le péché, le mal ; - tu représentes la chair, - c'est-à-dire la corruption, la pourriture. - Pleure sur ta condition, jette de la cendre sur ta tête, enferme-toi dans un cloître, et là, macère ton cœur, qui est fait pour l'amour, et tes entrailles de femme qui sont faites pour la maternité ; et quand tu auras ainsi mutilé ton cœur et ton corps, offre-les tout sanglants et tout desséché à ton Dieu pour la rémission du péché originel commis par ta mère Eve. Puis le législateur lui a dit : - Femme, par toi-même tu n'es rien comme membre actif du corps humanitaire ; tu ne peux espérer trouver place au banquet social. - Il faut si tu veux vivre, que tu serves d'annexe à ton seigneur et maître, l'homme. - Donc jeune fille, tu obéiras à ton père ; mariée, tu obéiras à ton mari, veuve et vieille on ne fera plus aucun cas de toi. - Ensuite le savant philosophe lui a dit : - Femme, il a été constaté par la science que, d'après ton organisation, tu es inférieure à l'homme. - Or, tu n'as pas d'intelligence, pas de compréhension pour les hautes questions, pas de suite dans les idées, aucune capacité pour les sciences dites exactes, pas d'aptitude pour les travaux sérieux, - enfin, tu es un être faible de corps et d'esprit, pusillanime, superstitieux ; en un mot, tu n'es qu'un enfant capricieux, volontaire, frivole ; pendant 10 ou 15 ans de la vie tu es une gentille petite poupée, mais remplie de défauts et de vices. - C'est pourquoi, femme, il faut que l'homme soit ton maître et ait toute autorité sur toi.amazones-flora-tristan-femmes

Voilà, depuis six mille ans que le monde existe, comment les sages des sages ont jugé la race femme. Une aussi terrible condamnation et répétée pendant six mille ans, était de nature à frapper la foule, car la sanction du temps a beaucoup d'autorité sur la foule. - Cependant, ce qui doit nous faire espérer qu'on pourra en appeler de ce jugement, c'est que de même, pendant six mille ans, les sages des sages ont porté un jugement non moins terrible sur une autre race de l'humanité : les PROLETAIRES.  - Avant 89, qu'était le prolétaire dans la société française ? - Un vilain, un manant, dont on faisait une bête de somme taillable et corvéable. - Puis arrive la révolution de 89 et tout à coup voilà les sages des sages qui proclament que la plèbe se nomme peuple, que les vilains et les manants se nomment citoyens. - Enfin, ils proclament en pleine assemblée les droits de l'homme ».

 

Quel tableau ! Même allégé des notes qui font référence à Aristote, à St Paul, à l'Assemblée nationale de 1792, le texte est superbe. Quel éditeur pouvait diffuser de telles idées ? Aucun bien sûr ! Sa logique imparable nous éloigne des phrases abruptes que peuvent produire telle ou telle réaction à l'événement. flora Tristan AfficheElle s'appuie sur les thèses d'autres féministes, elle croise bien des expérien-ces pour introduire une nouveauté phénoménale. Après avoir montré comment la Révolution avait fait surgir du peuple, des grands généraux, des savants, des poètes, des financiers, des écrivains, triplant ainsi la richesse du pays en 30 ans, elle note pour les femmes :

« Ce qui est arrivé pour les prolétaires est, il faut en convenir, de bonne augure pour les femmes lorsque leur 89 aura sonné. - D'après un calcul fort simple, il est évident que la richesse croîtra indéfiniment le jour où l'on appellera les femmes (la moitié du genre humain) à apporter dans l'activité sociale leur somme d'intelligence, de force, de capacité. - Ceci est aussi facile à comprendre que 2 est le double de 1. - Mais hélas ! nous ne sommes pas encore là, et en attendant cet heureux 89 constatons ce qui se passe en 1843. 

L'Eglise ayant dit que la femme était le péché ; le législateur, que par elle-même elle n'était rien, qu'elle ne devait jouir d'aucun droit ; le savant philosophe, que par son organisation elle n'avait pas d'intelligence, on en a conclu que c'était un pauvre être déshérité de Dieu, et les hommes et la société l'ont traitée en conséquence.

Je ne connais rien de puissant comme la logique forcée, inévitable, qui découle d'un principe posé ou de l'hypothèse qui le représente. - L'infériorité de la femme une fois proclamée et posée comme un principe, voyez quelles conséquences désastreuses il en résulte pour le bien-être universel de tous et de toutes en l'humanité.

FLORA-tristan-dessin.JPGCroyant que la femme, par son organisation, manquait de force, d'intelligence, de capacité et qu'elle était impropre aux travaux sérieux et utiles, on en a conclu très logiquement que ce serait perdre son temps que de lui donner une éducation rationnelle, solide, sévère, capable d'en faire un membre utile de la société. On l'a donc élevée pour être une gentille poupée et une esclave destinée à distraire son maître ou à le servir. - A la vérité, de temps à autre quelques hommes doués d'intelligence, de sensibilité, souffrant dans leurs mères, dans leurs femmes, dans leurs filles, se sont récriées contre la barbarie et l'absurdité d'un pareil ordre des choses, et ont protesté énergiquement contre une condamnation aussi inique. -A plusieurs reprises la société s'est émue un moment ; mais, poussée par la logique, elle a répondu : Eh bien ! mettons que les femmes ne soient pas ce que les sages ont cru ; supposons même qu'elles aient beaucoup de force morale et beaucoup d'intelligence, eh bien ! dans ce cas, à quoi servirait de développer leurs facultés, puisqu'elles ne trouveraient pas à les employer utilement dans cette société qui les repousse. - Quel supplice affreux que de sentir en soi la force et la puissance d'agir, et de se voir condamné à l'inaction ».

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Virginia Woolf, une Femme ...

Publié le par Perceval

De Virginia Woolf ( 1882-1941), je dirais que c’était une ‘ vraie femme ‘ … Dit ainsi, c’est un peu .. benêt, comme une timidité adolescente devant tant de féminité et de maturité … !

C’est une intellectuelle, une romancière et une innovatrice..

virginia_woolf_3.png

Je suis très curieux de ce qui s’est passé à l’intérieur du groupe de Bloomsbury ( je vais « enquêter »… Je lance un appel à tous les témoins !  :-) ) - rencontres, idées, liaisons - ...

 

Elle souffre de la mort de ses parents

Virginia Woolf
 

Virginia Woolf et son père Leslie Stephen

( sa mère en 1895, sa sœur, puis son père ( un vrai tyran ..) en 1904, et puis celle de son frère Thoby. Des dépressions accentuées sans doute par les sévices sexuels bien concrets de ses demi-frères George et Gerald … Elle épouse, selon ses termes, un «juif sans le sou», Leonard Woolf, avec lequel elle n'aurait jamais ( ? ) eu de relations sexuelles. 

 

Dans les années 20 elle rencontre Vita Sackville-West (poète, romancière et biographe) avec qui elle a une relation amoureuse, et qui reste son amie jusqu'à sa mort. Vita est le modèle pour son roman Orlando, publié en 1928.
« J’aime le fait qu’elle est (ce que je n’ai jamais été) ' une vraie femme ' »,  dit-elle. .. !

 

Elle rêverait ( "Une chambre à soi" )  d’une auteure qui "écrit comme une femme, mais comme Virginia-Woolf-Freund-.jpgune femme qui a oublié qu’elle est une femme" et qui, en tant qu’esprit androgyne, connaît "cette délivrance majeure de penser aux choses en elles-mêmes » … Moi, je pense à Virginia, comme un homme pense à une femme … ! Elle n’aurait pas aimé… 

 

L’angoisse de devenir folle, la submerge.

En 1941, Virginia Woolf se suicide en se jetant, les poches pleines de pierres, dans la rivière Ouse.

 

Je n’avais jamais rien lu de Virginia Woolf… Je voulais lire un roman significatif : j’ai feuilleté et parcouru : ‘La chambre de Jacob’, ‘Mrs Dalloway’… Finalement, j’ai opté pour ‘ Au phare ‘ .

S’il ne se passe rien, j’en étais averti… Seulement un flot de pensées de la part de la narratrice qui est dans le secret des vies de chacun des personnages. De la prose qui suit le roulement cadencé des vagues , et ce phare : objet des discussions. Mrs Ramsay, épouse et mère exemplaire, est belle comme une héroïne, et son prétentieux mari n’est qu’irrascible et finalement dépendant… . J’aurais aimé la présence plus affirmée de Lily Briscoet, par exemple, et finalement une intrigue plus fournie… J’eu imaginé, dans cette ambiance « fin de siècle », des passions tempétueuses… pareilles à la folie qui emportera Virginia… Sauf, que ce n’eut pas été du ‘ Virginia Woolf ‘ dont les passions et sa folie, sont toutes en retenue… C’est vrai que sa biographie ( que l’on doit, à mon avis, lire avant tout autre écrit d’elle ), éclaire et enrichit la lecture de ce roman…

La structure de l’ouvrage est originale : trois tableaux inégaux, qui expriment encore plus les vanités de toute vie.

Un roman très « féminin, sans doute… Et c’est peut-être, là, ce qui le différencie de «  La Recherche », où je trouve plus de « mental » que de « cœur » … Après cette lecture, je pense préférer Proust…

 

Virginia-W-Elle-et-sa-soeur--Vanessa--rencontrent-alors-Lyt.jpg  Virginia Woolf et sa soeur, Vanessa, rencontrent  Lytton Strachey, Clive Bell... ( Bloomsbury )
 Virginia W et Vita  Virginia-W-et-Vita.jpg


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Les Fleurs du mal.

Publié le par Perceval

– La chevelureFemme-Juive.jpg

Ô toison, moutonnant jusque sur l’encolure !

Ô boucles ! Ô parfum chargé de nonchaloir !

Extase ! Pour peupler ce soir l’alcôve obscure

Des souvenirs dormant dans cette chevelure,

Je la veux agiter dans l’air comme un mouchoir !

La langoureuse Asie et la brûlante Afrique,

Tout un monde lointain, absent, presque défunt,

Vit dans tes profondeurs, forêt aromatique !

Lefebvre_Jules_Joseph_Odalisque_1874.jpg

 

 

 

 

 

 

Comme d’autres esprits voguent sur la musique,

Le mien, ô mon amour ! nage sur ton parfum.

 


J’irai là-bas où l’arbre et l’homme, pleins de sève,

Se pâment longuement sous l’ardeur des climats ;

Fortes tresses, soyez la houle qui m’enlève !

Tu contiens, mer d’ébène, un éblouissant rêve

De voiles, de rameurs, de flammes et de mâts :

Un port retentissant où mon âme peut boire

À grands flots le parfum, le son et la couleur ;

Où les vaisseaux, glissant dans l’or et dans la moire,

Ouvrent leurs vastes bras pour embrasser la gloire

D’un ciel pur où frémit l’éternelle chaleur.Edouard-Rosset-Granger--La-somnambule--1897-.jpg


Je plongerai ma tête amoureuse d’ivresse

Dans ce noir océan où l’autre est enfermé ;

Et mon esprit subtil que le roulis caresse

Saura vous retrouver, ô féconde paresse,

Infinis bercements du loisir embaumé !

Cheveux bleus, pavillon de ténèbres tendues,

Vous me rendez l’azur du ciel immense et rond ;

Sur les bords duvetés de vos mèches tordues

Je m’enivre ardemment des senteurs confondues

De l’huile de coco, du musc et du goudron.

Longtemps ! toujours ! ma main dans ta crinière lourde

Sèmera le rubis, la perle et le saphir,

Afin qu’à mon désir tu ne sois jamais sourde !

N’es-tu pas l’oasis où je rêve, et la gourde

Où je hume à longs traits le vin du souvenir ?

 

XXIV

Death-the-Bride---Thomas-Cooper-Gotch--c.-1895.pngJe t’adore à l’égal de la voûte nocturne,

Ô vase de tristesse, ô grande taciturne,

Et t’aime d’autant plus, belle, que tu me fuis,

Et que tu me parais, ornement de mes nuits,

Plus ironiquement accumuler les lieues

Qui séparent mes bras des immensités bleues.

Je m’avance à l’attaque, et je grimpe aux assauts,

Comme après un cadavre un chœur de vermisseaux,

Et je chéris, ô bête implacable et cruelle !

Jusqu’à cette froideur par où tu m’es plus belle !

 

XXV

Tu mettrais l’univers entier dans ta ruelle,

Femme impure ! L’ennui rend ton âme cruelle.

Pour exercer tes dents à ce jeu singulier,

Il te faut chaque jour un cœur au râtelier.

 

Tes yeux, illuminés ainsi que des boutiques1855_Ary_Scheffer_-_The_Ghosts_of_Paolo_and_Francesca_Appea.jpg

Et des ifs flamboyants dans les fêtes publiques,

Usent insolemment d’un pouvoir emprunté,

Sans connaître jamais la loi de leur beauté.

Machine aveugle et sourde, en cruautés féconde !

Salutaire instrument, buveur du sang du monde,

Comment n’as-tu pas honte et comment n’as-tu pas

Devant tous les miroirs vu pâlir tes appas ?

La grandeur de ce mal où tu te crois savante,

Ne t’a donc jamais fait reculer d’épouvante,

Quand la nature, grande en ses desseins cachés,

De toi se sert, ô femme, ô reine des péchés,

– De toi, vil animal, – pour pétrir un génie ?

Ô fangeuse grandeur ! sublime ignominie !

 

ô femme, ô reine des péchés

Publié le 21 août 1857 par La Gazette des tribunaux :
Attendu que Baudelaire, Poulet-Malassis et De Broise ont commis le délit d’outrage à la morale publique et aux bonnes mœurs, savoir : Baudelaire, en publiant ; Poulet-malassis en publiant, vendant et mettant à la vente, à Paris et à Alençon, l’ouvrage intitulé : Les Fleurs du mal, lequel contient des passages ou expressions obscènes ou immorales ;
- Vu l’article 8 de la loi du 17 mai 1819, l’article 26 de la loi du 26 mai 1819
- Condamne Baudelaire à 300 francs d’amende,
- Poulet-Malassis et De Broise chacun à 100 francs d’amende
- Ordonne la suppression des pièces portant les numéros 20, 30, 39, 80, 81 et 87 du recueil.

 

Ps/: Les tableaux ci-dessus sont, en partant du haut:

- de Charles Emile Vernet-Lecomte, Femme juive de Tanger.

- de Jules Lefebvre -1874- Odalisque- au Art Institute of Chicago

- de Edouard Rosset Granger, La somnambule (1897)

- de Thomas Cooper Gotch, c. 1895 Death the Bride

- de Ary Scheffer - The_Ghosts_of_Paolo_and_Francesca_Appear_to_Dante_and_Virgil 1855

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Le Journal de Catherine Pozzi

Publié le par Perceval

Catherine Pozzi assumera très tôt une indépendance alors rarement permise aux femmes.

Passionnée par les sciences comme la physique ou, plus obscure, la psychophysiologie, elle passera plusieurs examens, en commençant par le baccalauréat.


Catherine Pozzi (1884-1934)Elle débute son journal en 1913, donc bien avant sa rencontre avec Paul Valéry.

Dans ce qui fut comparé aux Confessions de Rousseau, elle décrit sans complaisance ni frivolité les rencontres que les mondanités parisiennes lui ont permis de rencontrer : Martin du Gard, André du Bos, Guéhenno, Paulhan, Suarès, Julien Benda, Pierre-Jean Jouve, Jacques et Raïssa Maritain, Louis Massigon et, inévitable à cette époque, l'abbé Mugnier… Elle possède un véritable don d'introspection de sa propre vie - toujours en train de souffrir -, avec une grande maîtrise d'écriture révélant une personnalité hypersensible.


Paul Valéry : (attention... le journal ne se réduit pas à ce " récit d'une douleur qui m'a été pendant sept ans incompréhensible "a-rilke-pozzi1

P.V. qui « se regard[ait] être regardé » (p. 359), « Il ne fut jamais mon maître. Il fut mon frère, mon pareil, ma tendresse très pure. Ce n'est pas la même chose. » (p. 310.)

« Les gestes de l'amour, dans mon histoire, ne furent que ceux du noyé. » (p. 283.)

« Tu n'as pas eu un mot pour moi. Je vois que tu ne me vois pas […]. Je vous embrasse une fois, vite, et puis il faut descendre. Et je commence à sentir avec horreur que, vraiment, ce n'est pas de moi que vous souffrez mais de mon départ et de ce qu'il cause en vous. » (p. 225.)


Face à la maladie qui la taraudera toute sa vie (elle parle de la mort vingt ans avant qu'elle n'arrive enfin !), elle exprimera son permanent mal-être :

« Mon corps est trop étroit pour moi, et l'air n'y entre pas assez pour que je parle. L'univers est plein de personnes qui respirent, qui respirent, et qui n'ont rien à dire. Je veux sortir. Je n'aurai pas le temps. Je nage à contretemps. Mais le temps est tari. » (p. 553.)


Incroyante, mais remplie d’ inquiétudes métaphysiques, sur le catholicisme, cette « seule chose humaine qui abolisse le temps, seule entente absolue du présent au passé » (p. 254).

« J'aime mieux Dieu que tous ces hommes [tous ceux qu'elle a aimés]. Combien cela fait-il d'années, mon Dieu, que je vous cherche et manque, dans l'amour ? » (p. 193.)


La principale matière du «  Journal »  est la douleur :

" l'horrible mariage, l'horrible divorce, la guerre, et le fiancé frère, qui fut martyr. La maladie, pendant sept années. Mon père assassiné. Enfin, la passion d'un fou. ".

Catherine Pozzi aura vécu toute sa vie dans la pensée d'une mort imminente, toujours possible : " Je suis descendue à la cuisine chercher sur le calendrier la date de ma mort. Je crois, depuis toujours, que je mourrai le jour de la Pentecôte. Cette année, c'est le 19 mai. "


Catherine-Pozzi2.jpgElle parle d’elle-même comme un" os de seiche, une robe de soie dessus ", ou " maigre et laide et pâle, un grand vermicelle qui aurait de grands yeux ".

Ses caricatures savent être grinçantes : la comtesse Murat est " celle qui crache des noms de grands hommes à chaque respiration ".

 

Elle se relit (c'est l'été 1928): " Un homme. Un tourment. Rien à côté. Il semble que l'univers n'existait pas. C'est que, d'abord, mon univers était lui-même. Ensuite, c'est que je n'écrivais qu'en état de douleur. J'écrivais comme l'on se retire dans un oratoire à supplier. " Il s'agit moins d'écriture que de " la chose vivante elle-même qui gémit ". Un Journal pour l'essentiel " sans faits et sans histoire ", écrit parce que Pozzi n'avait ni amie ni confesseur, adressé " à la sympathie... de qui ? De rien, de nul, je le sais bien : ce lecteur est moi, cette oreille est la mienne. "

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Béatrice de Die, femme troubatour

Publié le par Perceval

comtessa_de_dia.jpgLa comtessa de Dia si fo moiller d'En Guillem de Peitieus, bella domna e bona. Et enamoret se d'En Rambaut d'Aurenga, e fez de lui mantas bonas cansos.

La comtesse de Die fut l'épouse du seigneur Guillaume de Poitiers, belle et bonne dame. Elle s'enamoura du seigneur Raimbaut d'Orange, et fit sur lui maintes bonnes chansons

 

 

Il me faut chanter ici ce que je ne voudrais point chanter
Car j'ai fort à me plaindre de celui dont je suis l'amieBeatriz_de_Dia.jpg
Je l'aime plus que tout au monde 
Mais rien ne trouve grâce auprès de lui 
Ni Merci, ni Courtoisie, ni ma beauté, ni mon esprit,
Je suis trompée et trahie comme je devrais l'être
Si je n'avais pas le moindre charme.

 

Une chose me console: jamais, je n'eus de torts
Envers vous, ami. Je vous aime, au contraire
Plus que Seguin n'aima Valence
Et il me plait fort de vous vaincre en amour,
Ami, car vous êtes le plus vaillant de tous.
Mais vous me traitez avec orgueil en paroles et en actes,
Alors que vous êtes si aimable envers d'autres.

 

Je suis surprise de l'arrogance de votre coeur,
Ami, et j'ai bien sujet d'en être triste
Il n'est point juste qu'un autre amour vous éloigne de moi
Quel que soit l'accueil qu'il vous réserve,
Qu'il vous souvienne du débuttroubadour6.jpg
De notre amour. A Dieu ne plaise
Que par ma faute il s'achève.

 

La grande vaillance qui loge en votre coeur
Et votre grand mérite me sont sujets de tourments,
Car je ne connais point dame , proche ou lointaine,
Et en désir d'amour qui vers vous ne soit attirée
Mais vous, ami de si bon jugement,
Vous devez bien reconnaître la plus sincère
Ne vous souvient-il pas de nos jeux-partis?

 

Ma valeur et mon lignage, ma beauté
Et plus encore la sincerité de mon coeur, doivent me secourir
C'est pourquoi je vous envoie, là-bas,
Cette chanson qui me servira de messager

troubad1.jpg

Je veux savoir, mon bel et doux ami,
Pourquoi vous m'êtes si dur et si farouche,
Est-ce orgueil ou indifférence?

Mais je veux, messager, que tu lui dises
Que trop d'orgueil peut nuire à maintes gens.

 

Béatrice de Die : Elle était trobairitz (femme troubadour). (1200)

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Catherine Pozzi (1)

Publié le par Perceval

catherine-Pozzi.png

 

Catherine Pozzi est née à paris en 1882. Son parcours, plutôt sa vie, m’a profondément touchée. Il émane d’elle une certaine incandescence… Intransigeante, elle vécut sa courte vie à l’extrême d’elle-même, assoiffée d’absolu.

Quelques élément biographiques paraissent sortir de « La Recherche » de Proust :

D’ailleurs son père, médecin, directeur du service de gynécologie de l'hôpital Broca, aurait été immortalisé dans l’œuvre sous les traits « Docteur Cottard », celui-là même dont l’ineffable épouse, trompée par son volage mari, s'endort inopinément, à la Raspelière, chez les Verburin.

Pozzi, Samuel - Par SargentSamuel Pozzi, mari volage, n’hésite pas à séduire ses patientes, et consoler sa femme de ses infidélités en lui disant : «  Je ne vous ai pas trompée, ma chère, je vous ai complétée. »

Sarah Bernhardt, l'une de ses nombreuses conquêtes rencontrée en 1869, le surnommait en toute simplicité « Docteur Dieu ». Parmi ses conquêtes féminines : la cantatrice  Georgette Leblanc, la grande actrice Réjane et, l'extraordinaire Geneviève Straus, veuve de Bizet, fille d'Halévy, mère du grand ami de Marcel Proust et égérie de Charles Haas. Le grand amour de Pozzi fut Emma Fischhof, fille d'un marchand de tableaux célèbre, qui  partagea sa vie jusqu'à la fin.

Familier du docteur Adrien Proust, Pozzi rencontre Marcel Proust au cours d’un dîner donné par ses parents en 1886 et devint son médecin. En 1914, c’est lui qui lui procura la dispense qui lui permit de ne pas être envoyé au front.

 

Catherine grandit dans le Tout-Paris aristocratique et bourgeois de la fin du 19°s. Dès son plus jeune âge, elle rencontre des gens de lettres et des personnalités du monde artistique dans les salons de sa mère : Thérèse Loth-Cazalis

 

 

Samuel Pozzi par John Singer Sargent ^

 

A suivre ....

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