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Articles avec #litterature tag

Marie de Régnier et Pierre Louÿs -4-

Publié le par Perceval

pierre-louys-par-jacques-emile-blanche.jpgHenri Régnier, est déjà auteur de quelques ouvrages et sa fortune arrange grandement les affaires de la famille Heredia, la mère de Marie trouve là un moyen d’éponger les dettes de jeu du père Heredia.

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Jean-Louis Forain (1852-1931) Portrait de Marie de Régnier 1907

Quand Pierre Louÿs comprends la trahison de son ami. Il se précipite chez Régnier, une violente altercation les oppose. Faisant fi de leur vieille amitié, Louÿs accuse Régnier d’avoir manqué à la parole donnée, parle de trahison. Le ton monte, mais Régnier conserve son calme. C’est de justesse si les deux jeunes gens ne vont pas régler cela "au pré, devant témoins".

Marie, en larmes, est consolée par sa petite sœur. De dépit, un soir, Pierre Louÿs se rend en secret chez Marie et lui raconte tout : la compétition entre les deux jeunes gens, le pacte, la nécessité du voyage, la trahison d’Henri, la dispute, le duel évité de peu… Marie est effondrée. Non seulement Régnier l’épouse en l’ayant, en quelque sorte achetée, mais encore, il a fait sa demande sans avertir son ami. Henri de Régnier, aux yeux de Marie, n’est plus un homme estimable.

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Marie et Henri à l'époque de leurs fiancailles 1896

 

Le mariage de Marie de Heredia et d’Henri de Régnier se déroule en l’église Saint-Philippe-du-Roule, le 17 octobre 1895. Lui a 31 ans, elle 20. Mais la jeune épousée, ulcérée d’avoir été l’objet d’un marché aussi ignoble, a prévenu Henri :

"Nous nous marierons comme prévu. Le plus tôt sera d’ailleurs le mieux. Mais comme vous avez fait de notre mariage une affaire, je ne serai votre femme que de nom. Je vous appartiendrai le jour que je fixerai. Est-ce clair ?" Comme elle ne baisse pas les yeux, attendant la réponse, Régnier, effaré, rajuste son monocle d’un geste machinal et acquiesce silencieusement.

En elle-même, Marie s'engage à se réserver pour Pierre Louÿs …

Après un bref voyage de noces (à Versailles) ; Les Régnier s'installent dans le VIIIe arrondissement. Marie de Régnier se lie alors d’amitié avec Mme Bulteau qui tient salon avenue de Wagram.

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Zohra bent Brahim et Debussy photographiés par Pierre Louÿs à Paris (1897

Pierre Louÿs publie Aphrodite, qui reçoit un accueil très élogieux. Le succès du roman assure à son auteur des revenus confortables en même temps que la reconnaissance dont il avait besoin.

Pierre Louÿs revient d'un voyage à Alger avec Zohra bent Brahim. Marie est temporairement vexée ( plus que jalouse) , de l'intérêt qu'accorde Pierre à cette jeune mauresque.

 

Deux ans presque jour pour jour après son mariage, Marie deviendra la maîtresse de Pierre Louÿs qui gratifia la postérité de cette remarque à son frère Georges : « Je l’ai eue miraculeusement vierge. »

Pierre entretient donc une liaison avec Marie à partir de 1897. Ce '17 octobre 1897' est nommé: les « noces mystérieuses ».

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Marie de Régnier photographiée par Pierre Louÿs: 1898 Cette photo de Marie aurait été dédicacée à Pierre Louys avec la mention "A mon écuyer Pierrot,... »


Ils vont vivre un grand amour, dans une ivresse charnelle. Les deux amants échangent des messages codés « HML » dans les petites annonces des Echos de Paris. Ils échangent des lettres, s’écrivent des poèmes, Pierre photographie Marie, y compris nue, moulera une coupe de son sein… 

Sources : Marie de Régnier de Robert Fleury, chez Plon 1990

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Marie de Régnier, -1- la fille Hérédia

Publié le par Perceval

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Marie de Heredia (1875-1963) par Nadar (photo de 1889)

Marie de (Heredia) de Régnier (1875-1963) en ce début de siècle est l'héroïne d'un trio célèbre et littéraire composé de son mari Henri de Régnier et de son amant Pierre Louÿs ( qui épouse sa sœur). Trio assez ouvert, puisque Marie de dédaigne pas d'autre aventures...

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Deuxième fille de José-Maria de Hérédia, Marie et ses deux sœurs, Hélène et Louise, grandissent au milieu du salon littéraire que tient leur père à son domicile, 11 rue de Balzac. Appartenant au mouvement littéraire du Parnasse, José Maria de Hérédia y reçoit d’autres écrivains, célèbres ou non.

 L'époque a retenu les trois sœurs Heredia, comme un ensemble de trois grâces, placé sous le signe de la littérature.

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Louise de Heredia et Marie de Régnier (1897)

Hélène (1871-1953) épousera Maurice Maindron et René Doumic ; Marie (1875-1963) épousera Henri de Régnier mais aura beaucoup d'amants et Louise (1878-1930) épousera Pierre Louys et Gilbert des Voisins. Tous désirent être romanesques. Maurice Maindron se veut le nouveau Alexandre Dumas, René Doumic, sera le directeur de la fameuse Revue des Deux Mondes et finira Académicien, Henri de Régnier entre lui aussi à l'Académie française après une carrière de poète largement apprécié, Pierre Louys est un auteur fort célèbre de son vivant, Gilbert des Voisins sera aux côtés de Victor Segalen, poète et archéologue.
Au milieu de cette famille pittoresque et mondaine, écartelée entre frasques amoureuses et reconnaissance publique c'est Marie qui s'impose. 
Ces gracieuses jeunes filles qui firent le succès du Salon de leur père, vécurent comme de grandes bourgeoises émancipées (surtout Marie)... Ces trahisons teintées de cruauté et d'érotisme fin de siècle trouvèrent un écho dans les oeuvres de Régnier et de Louÿs, dans celle de Marie, mais aussi de manière plus inattendue dans celle d'André Gide, de Claude Farrère ou de mémorialistes comme Paul Léautaud.

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Pierre Louÿs Henri de Régnier


 Devenue Madame de Régnier, elle fréquente les salons peuplés d'écrivains, d'artistes, de femmes du monde. Elle fut aussi poète, romancière, journaliste. Elle qui en son temps était considérée comme l'égale de Colette ou d'Anna de Noailles, est une belle image de la femme de lettres 1900 et de ses aspirations.

Marie de Régnier publie ses œuvres sous le pseudonyme de Gérard d'Houville, patronyme porté par l’un de ses ancêtres normands qui fut un filleul de Mme de Pompadour. Ses poèmes et chroniques paraissent dans la revue Le Gaulois et dans la Revue des deux Mondes. Marie de Régnier a publié aussi des livres pour enfants.

Elle fut reconnue pour ses talents littéraires puisqu’elle reçut en 1908 le Premier Prix de littérature de l’Académie française, même si sa vie semble davantage connue que ses écrits.

La vie de Marie de Hérédia, donc, et particulièrement sa liaison avec Pierre Louÿs, mérite d'être racontée : c'est un véritable feuilleton, et nécessitera plusieurs articles ...

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Rachilde, femme, "homme de lettres", son salon ...

Publié le par Perceval

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Marguerite Eymery, se fait appeler Rachilde (1860-1953), et se présente comme « homme de lettres ». Elle crée avec Alfred Vallette la revue symboliste: Mercure de France dont elle deviendra la patronne. Elle exerce alors un grande influence sur la vie littéraire. Le Tout-Paris se presse à ses "mardis".rachilde-2.jpg

Fille unique d'un militaire de carrière, et d'une héritière de l'une des plus influentes familles du Périgord, Rachilde vit jeune fille dans la vieille demeure familiale du Cros. Sa mère sombrant dans une demi-folie et son père devenu taciturne et violent après la défaite de 1870, la jeune fille est livrée à elle-même. Elle lit tout ce qui lui tombe sous la main et notamment Rachilde, un gentilhomme suédois du 16e siècle dont elle découvre les relations de voyage. Sans doute s'identifie-t-elle à lui, au point de décider de prendre ce nom comme pseudonyme littéraire. C'est à partir de cette passion pour la lecture qu'elle se lance dans l'écriture. Ainsi, entre 1877 et 1880, près d'une centaine de ses écrits paraîtront dans les journaux locaux :L'Echo de la Dordogne, L'Union Nontronnaise, Le Périgord, Le Réveil de la Dordogne.


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"Elle se trouve dans le clan des écrivains
dangereux et rares
 (...) une espèce de Mademoiselle de Maupin du livre, petite fille à la fois de Monsieur de Cazotte
 et du grand Barbey d'Aurevilly"
Jean Lorrain

En 1878, après avoir rompu ses fiançailles, Rachilde décide d'aller à Paris tenter sa chance dans les milieux littéraires. Une telle perspective d'éloignement satisfait également ses parents qui trouvent là un prétexte pour se séparer, puisque sa mère lui sert de chaperon dans la Capitale. Pour gagner sa vie, la jeune femme multiplie les collaborations : elle donne des articles à l'Estaffette, Paris-Bébé, La Jeunesse,Le Décadent, Le Scapin, Le Zig-Zag ainsi qu'aux journaux éphémères de son amie Camille Delaville : Le Passant et La Revue verte. En 1880, paraît en feuilleton dans L'École des femmes un de ses tout premiers romans La Dame des bois.

Habillée en homme, coiffée à la garçonne, courant les bals populaires une prostituée à son bras, elle défraie la chronique. Elle s'intéresse très tôt aux questions d'identité sexuelle et d'inversion, que reflète son roman le plus célèbre, Monsieur Vénus (1884), qui scandalise l'opinion et lui vaut une célébrité immédiate et largement sulfureuse. L'intrigue met en scène la passion d'une femme qui aime comme un homme son amant, lequel se comporte en femme... Romancière prolifique, elle a écrit plus de soixante romans. majeska-mv-5.jpg

Elle nie toutes les liaisons que lui prêtent ses contemporains avec Léo d'Orfer(Marius Pouget 1859-1924) et avec Maurice Barrès. En revanche elle reconnaît avoir eu une passion malheureuse pour Catulle Mendès (1841-1909). Après cet échec sentimental, la jeune femme rencontre au fameux bal Bullier son futur mari. Il s'appelle Alfred Vallette (1858-1935), il n'est alors qu'un modeste secrétaire de rédaction et romancier à ses heures (il ne publie d'ailleurs qu'un seul roman en 1886 : Monsieur Babylas). Ils se marient en 1889 et un an plus tard Mme Vallette donne naissance à sa fille unique, Gabrielle.

En 1890, les Valette crée avec d'autres le Mercure de France : seule Rachilde est alors vraiment connue, ce qui constitue pour cette jeune revue une véritable caution. Pour s'assurer de la collaboration de cette dernière, le comité de rédaction lui confia la critique littéraire, une tâche dont elle s'acquitte à partir de 1897 et ce, jusqu'en 1925. Elle anime également les "mardis" du Mercure. Ces réunions, qui ont débuté bien avant son mariage et auxquelles participaient des amis comme Jean Lorrain, Maurice Barrès, Tailhade et Moréas, font de son salon, à la veille de la Première Guerre mondiale, l'un des salons littéraires les plus en vue. majeska-mv-4.jpgElle est ainsi aux premières loges pour assister à la naissance du Symbolisme dont elle s'inspire pour écrire La Sanglante Ironie (1891), puis La Jongleuse (1900).

Elle tient, donc un salon dans les bureaux du Mercure de France, rue de l'Échaudé puis rue de Condé, où elle reçoit des écrivains et poètes comme Jules Renard, Maurice Barrès, Pierre Louÿs, Émile Verhaeren, Paul Verlaine,Jean Moréas, Paul et Victor Margueritte, Francis Carco, André Gide, Catulle Mendès, Léo d'Orfer (Marius Pouget), Natalie Clifford Barney, Henry Bataille, Guillaume Apollinaire, Alfred Jarry, Léon Bloy, Remy de Gourmont, Joris-Karl Huysmans, l'astronome Camille Flammarion, Stéphane Mallarmé, Henry Gauthier-Villars dit « Willy », Jean Lorrain, Laurent Tailhade, Paul Léautaud, Louis Dumur et Oscar Wilde.

Anti-dreyfusarde, Rachilde craint l'avancée des Allemands sur Paris et s'enfuit avec son mari à La Charité-sur-Loire.

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La grande ville, 1928  d'Otto Dix ( 1891-1969 )

Après la guerre, Ses activités se limitent à siéger au sein des comités littéraires. Elle continue également à faire parler d'elle, ainsi témoigne-t-elle en 1921 au procès que font les surréalistes à Maurice Barrès ( avec qui elle avait eu une brève liaison en 1885) . L'année suivante, elle refuse bruyamment la Légion d'honneur qui lui est proposée... pour l'accepter deux ans plus tard. Lors du banquet donné en l'honneur de Saint-Pol-Roux en 1925, elle en vient aux mains avec Max Ernst. En 1928, elle déchaîne contre elle les ligues féministes en publiant un pamphlet au titre provoquant en ces années d'émancipation de la femme : Pourquoi je ne suis pas féministe.

A partir de la mort de son mari (1935), elle vit désormais cloîtrée chez elle. Elle meurt, oubliée à l'âge de 93 ans, en 1953.

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Apollinaire et Anne, Marie, Louise, ou La Jolie Rousse -3-

Publié le par Perceval

La vie et la mort sont tous un.  La réalité et l’imagination sont tous un.  Le passé et le futur sont tous un. Quand deux deviennent un seul, toutes les contradictions finissent.  Je suis la vie.  Je suis le son et la lumière.  Je suis la chair des hommes :

            ‘Je suis la vie . . . je suis le son et la lumière

            Je suis la chair des hommes . . .’  (Apollinaire - Poèmes retrouvés)

            Quand deux devient un seul, nous pouvons provoquer et défier même la mort et nous pouvons appeler soir le matin, noir le blanc . . .

            ‘Et liés l’un à l’autre en une étreinte unique

            Nous pouvons défier la mort et son destin

            Quand nos dents claqueront en claquement panique

            Nous pouvons appeler soir ce qu’on dit matin’   (Poèmes à Lou)

            ‘Me voici devant tous un homme plein de sens

            Connaissant la vie et de la mort ce qu’un vivant peut connaître.’ (Calligrammes, 1918)

            Apollinaire idole l’Amour ; il est naturel et spontané comme un enfant, pas comme Kafka qui est blasé devant les désirs charnels immondes,  Apollinaire reste toujours ‘pur et clair’ comme le ciel bleu :

            ‘Tu peux défier ma volonté sauvage

            Je peux me prosterner comme vers un autel

            Devant ta croupe qu’ensanglantera ma rage

            Nos amours resterons purs comme un beau ciel.’ (Poèmes à Lou)

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Man-Ray---Portrait-de-Marie-Laurencin--1924.png

En 1907, il quitte le domicile de sa mère au Vésinet et s'installe seul rue Henner, au pied de la butte Montmartre. Sa rencontre avec Marie Laurencin ouvre une période de renouveau créateur dont témoignent des poèmes comme «Le Brasier» et «Les Fiançailles». 

1909 Il s'installe à Auteuil pour se rapprocher de Marie Laurencin. Il tient la rubrique de «La Littérature féminine» dans la revue Les Marges sous le masque de Louise Lalanne. 

En juin 1912, Marie Laurencin («Marie») le quitte après 5 ans d'une liaison orageuse. Apollinaire écrit «Le Pont Mirabeau».

 

LE PONT MIRABEAU
 
Sous le pont Mirabeau coule la Seine
          Et nos amours
   Faut-il qu'il m'en souvienne
La joie venait toujours après la peine
 
          Vienne la nuit sonne l'heure
          Les jours s'en vont je demeure

 

Marie Laurencin Apollinaire et ses amis (1907)

Marie Laurencin Apollinaire et ses amis (1907)

 

 

Passent les jours et passent les semaines
          Ni temps passé
   Ni les amours reviennent
Sous le pont Mirabeau coule la Seine
          Vienne la nuit sonne l'heure
   Les jours s'en vont je demeure

                                        [Alcools]

 

  
Les mains dans les mains restons face à face
          Tandis que sous
   Le pont de nos bras passe
Des éternels regards l'onde si lasse
 
          Vienne la nuit sonne l'heure
          Les jours s'en vont je demeure
 
L'amour s'en va comme cette eau courante
          L'amour s'en va
   Comme la vie est lente
Et comme l'Espérance est violente
 
          Vienne la nuit sonne l'heure
          Les jours s'en vont je demeure
   

 

(...)

.... Voici que vient l'été la saison violente

Jacqueline Kolb 1

Fin 1917, Apolinaire rencontre Amélia Jacqueline Kolb, «la jolie rousse».

Le 2 mai 1918, mariage avec Amelia Kolb, dite Ruby,...

Le 9 novembre 1918, il meurt à l'âge de 38 ans de la grippe espagnole dont l'épidémie ravage l'Europe. Engagé pour la durée de la guerre, il est déclaré «Mort pour la France».  

Et ma jeunesse est morte ainsi que le printemps

O Soleil c'est le temps de la Raison ardente

                  Et j'attends

Pour la suivre toujours la forme noble et douce

Qu'elle prend afin que je l'aime seulement

Elle vient et m'attire ainsi qu'un fer l'aimant

                 Elle a l'aspect charmant

                 D'une adorable rousse

Ses cheveux sont d'or on dirait

Un bel éclair qui durerait

Ou ces flammes qui se pavanent

Dans les rose-thé qui se fanent

 

Mais riez riez de moi
Hommes de partout surtout gens d'ici
Car il y a tant de choses que je n'ose vous dire
Tant de choses que vous ne me laisseriez pas dire
Ayez pitié de moi


 

LA JOLIE ROUSSE [Calligrammes] 

 

 

Guillaume-Apollinaire-et-sa-femme-Jacqueline_Kolb--copie-1.jpgGuillaume Apollinaire et sa femme Jacqueline Kolb, Paris 1918

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Apollinaire et Anne, Marie, Louise, ou La Jolie Rousse -2-

Publié le par Perceval

Apollinaire n'est pas tourmenté par le sens de la vie, il ne s’occupe pas de rechercher Dieu, car pour lui, Dieu ou la vie, c'est Anne, Marie, Louise, ou La Jolie Rousse. C’est pourquoi il ne fuit pas la vie comme Kafka, Hemingway. Il s’attache à la vie, il la dévore comme une pêche fraîche, il la boit passionnément comme un alcool brûlant :

                        ‘Et tu bois cet alcool brûlant

                        Ta vie que tu bois comme une eau-de-vie’      (Zone dans Alcools)

Pour Apollinaire, la vie est l’amour. Pour lui, tout est sans frontière: la vie, la poésie, et l’amour se mélangent en un seul Un: l’infini et le fini, l’intérieur et l’extérieur, le phénomène et le noumène (*) , le blanc et le noir, la guerre et la paix, l’essence et l’existence, la laideur et la beauté, le logique et l'illogique... Tout s’est associé, tout se réunie ensemble dans un seul Un. Et qu’est-ce que c’est ce seul Un ? C’est l’Amour : quand les deux amants se réunissent ensemble, l’univers s’allie, le désordre devient l’ordre, le seul un devient unique, et l’un est la surréalité.  Apollinaire a crée le mot ‘surréalisme...

(*) Kant oppose le phénomène au noumène : les phénomènes constituent le monde tel que nous le percevons, et les noumènes révèlent un monde dont l'existence est au contraire indépendante de notre expérience, la chose en soi.


En mai 1901, il est engagé par Madame de Milhau, aristocrate allemande veuve d'un comte français, comme précepteur de sa fille Gabrielle. Fin août, il l'accompagne en Rhénanie où elle a des terres. Il ne tarde pas à s'éprendre de la gouvernante anglaise Annie Playden.

En 1902, il accompagne la famille de Milhau à travers l'Allemagne

Annie l'ayant définitivement éconduit après l'avoir longtemps encouragé, il rentre fin août.

En novembre 1903, alors qu'il a déjà ébauché ce qui deviendra «La Chanson du mal aimé», il se rend à Londres pour convaincre Annie, laquelle lui laisse quelque espoir.

En mai 1904, il retourne à Londres auprès d'Annie et s'en revient rassuré.

En 1905, Annie ayant définitivement quitté l'Angleterre pour les Etats-Unis. Apollinaire reprend et achève «La Chanson du mal aimé».

1906
Année difficile. Il peine à écrire et regrette Annie. Il rédige Les onze mille Verges qu'il publie sans nom d'auteur début 1907.  

 

Apollinaire.jpg
Un soir de demi-brume à Londres
Un voyou qui ressemblait à
Mon amour vint à ma rencontre
Et le regard qu'il me jeta
Me fit baisser les yeux de honte
 
Je suivis ce mauvais garçon
Qui sifflotait mains dans les poches
Nous semblions entre les maisons
Onde ouverte de la mer Rouge
Lui les Hébreux moi Pharaon
 
Qui tombent ces vagues de briques
Si tu ne fus pas bien aimée
Je suis le souverain d'Egypte
Sa sœur-épouse son armée
Si tu n'es pas l'amour unique
 
[Alcools]
Annie_Playden-et-G-Apolinaire.jpg


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Les liaisons dangereuses de Mme de Genlis -2-

Publié le par Perceval

Mme-de-Genlis.jpgPuis brutalement, - à trente ans - Madame de Genlis se retire dans un petit couvent de province pour élever et éduquer les quatre enfants de la duchesse de Chartres. Elle reste encore la maîtresse du duc d’Orléans (futur Philippe Egalité), pour un temps, avant de rester toujours la conseillère.

Elle s'engage à fond, pour une restauration de la primauté de la religion, s'en prenant à tous les philosophes de son époque( Montesquieu, Voltaire, d'Alembert et Diderot). A l'intention du petit Louis Philippe, elle écrit «  La religion considérée comme l'unique base du bonheur et de la véritable philosophie »

Amusante anecdote : On lui attribue l'écriture des « Liaisons dangereuses », ouvrage non signé... y reconnaissant le style de sa liaison, son personnage, ses habitudes … ! Le scandale est prêt à tomber, quand on découvre l'auteur... Laclos, était un intime du duc d'Orléans...

En 1789, Madame de Genlis est à la tête d'un véritable pensionnat, à Saint-Leu.

 

Souvenirs de Madame Louise-Élisabeth Vigée-Lebrun:

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Marie Louise Elisabeth Vigée-Lebrun Autoportrait avec un turban, et sa fille 1786

« J'ai connu madame de Genlis avant la révolution. Elle vint me voir, me présenta aux jeunes princes d'Orléans, dont elle faisait l'éducation, puis, peu de temps après, elle m'amena Paméla, qui me parut aussi jolie qu'on peut l'être. Madame de Genlis était coquette pour cette jeune personne, dont elle cherchait à faire valoir les charmes. Je me rappelle qu'elle lui faisait prendre différentes attitudes, lever les yeux au ciel, donner à son beau visage diverses expressions, et quoique tout cela fût fort agréable à voir, il me parut qu'une aussi profonde étude de coquetterie pourrait profiter beaucoup trop à l'écolière.
La conversation de madame de Genlis m'a toujours semblé préférable à ses ouvrages, quoiqu'elle en ait fait de charmants, notamment Mademoiselle de Clermont, que je regarde comme son chef-d'oeuvre. Mais lorsqu'elle causait, son langage avait un certain abandon, et sur plusieurs points une certaine franchise, qui manquent à ses écrits. Elle racontait d'une manière ravissante, et pouvait raconter beaucoup ; car nul, je crois, n'avait vu, soit à la cour, soit à la ville, plus de personnes et plus de choses qu'elle n'en avait vues. Ses moindres discours avaient un charme dont il est difficile de donner l'idée. Ses expressions avaient tant de grâce, le choix de tous ses mots était de si bon goût, qu'on aurait voulu pouvoir écrire ce qu'elle disait. Au retour de mes voyages, elle vint un matin chez moi, et comme elle m'avait annoncé sa visite, j'en avertis plusieurs personnes de ma connaissance, dont quelques-unes n'aimaient point madame de Genlis. À peine eut-elle causé, pendant une demi-heure, qu'amis, ennemis, tout était ravi, et comme enchanté par cette conversation si brillante.
Madame de Genlis n'a jamais dû être précisément jolie ; elle était assez grande et très bien faite ; elle avait beaucoup de physionomie, le regard et le sourire très fin.

Je pense que sa figure aurait pris difficilement l'expression de la bonté ; mais elle prenait toute autre expression avec une mobilité prodigieuse. »

Souvenirs de Madame Louise-Élisabeth Vigée-Lebrun

 

De 1789 à 1791, Madame de Genlis tient un salon (rue de Bellechasse à Paris) , que fréquente le duc d’Orléans, où se retrouvent Talleyrand, David et de jeunes députés de la Constituante comme Lameth, Barère et Barnave, la plupart opposants à la monarchie absolue.. Excitant alors les ambitions du duc d'Orléans, et se brouille ouvertement avec la duchesse, fidèle au Roi.

La prise de la Bastille, le 14 juillet 1789, la réjouit ainsi que le clan des Orléans, de l’affaiblissement de la branche aînée des Bourbons. Cependant, on prétend que c’est sur le conseil de Mme de Genlis que le duc d’Orléans refuse de prendre le pouvoir après l’arrestation de Louis XVI à Varennes (juin 1791).

Marguerite-Gerard-6.jpg
marguerite-gerard-le-present-1785-88.jpg
Installée à Paris depuis le milieu des années 1770, dans l’appartement même de Fragonard au Louvre, Marguerite Gérard (1761-1837) devient l’élève, puis l’assistante et la collaboratrice du maître. 
Surtout connue comme portraitiste, elle s'illustre aussi avec talent dans la peinture de genre, et laisse dans ce domaine plusieurs chefs-d'œuvre, dont La Liseuse (vers 1783 - 1785, Cambridge), La Bonne Nouvelle (vers 1798, collection particulière), Le Petit MessagerLe ConcertL'Heureux Ménage.

Mal vue par les royalistes, mais menacée par les "patriotes", elle juge plus prudent d'émigrer en 1792 .Madame de Genlis s'enfuit en Angleterre pendant la Terreur. Son mari ainsi que Philippe Égalité furent guillotinés. En 1801, Bonaparte l’autorisa à rentrer en France, l’utilisa comme espionne, et la pensionna. 

Mme de Genlis, rentrée à l'époque du Consulat, publia, de 1802 à 1813, quelques ouvrages qui tiennent à sa veine sentimentale et romanesque plus qu'à sa veine pédagogique, et dont quelques-uns ont obtenu un vrai succès : les Souvenirs de Félicie, première esquisse agréable, qu'elle a délayée depuis dans ses intarissables Mémoires ; une nouvelle qui passe pour son chef-d'oeuvre, Mademoiselle de Clermont, et quelques romans historiques, la Duchesse de La Vallière, Madame de Maintenon, Mademoiselle de La Fayette : ce fut son meilleur moment.


Dans ses Mémoires publiés en 1824-1825, Madame de Genlis parle peu de sa vie intime, mais brosse un tableau extrêmement vivant de la société d'Ancien Régime, où l'on rencontre des personnages aussi célèbres que Madame du Deffand, Voltaire, Rousseau, Madame Du Barry, Talleyrand... Témoin d'une histoire tumultueuse qui commence sous Louis XV et s'achève dix ans après la chute de l'Empire, elle évoque avec bonheur les moeurs de la société aristocratique à la veille de la Révolution et apparaît également comme une pionnière du féminisme.

Elle a survécu jusqu'au 31 Décembre 1830, et a vu son ancien élève, Louis-Philippe , assis sur le trône de France.

 

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Apollinaire et Anne, Marie, Louise, ou La Jolie Rousse -1-

Publié le par Perceval

Les hommages récents envers Stéphane Hessel, ont rappelé la valeur , quasi spirituelle que cet agnostique portait à la poésie ; en particulier celle d'Apollinaire. Il connaissait par cœur :
" Me voici devant tous un homme plein de sens / Connaissant la vie et de la mort ce qu'un vivant peut connaître / Ayant éprouvé les douleurs et les joies de l'amour / Ayant su quelquefois imposer ses idées / Connaissant plusieurs langages / Ayant pas mal voyagé…"

 

Apollinaire (1880-1918 ) est apparu comme un ‘poète avant-gardiste,’ ‘un homme singulier, en effet il n'est pas :

  • arrogant et insoumis comme Rimbaud
  • un poète maudit et hystérique comme Baudelaire, il n’est pas non plus, Antonin Artaud ou Ezra Pound.
  • un homme révolté ; il ne se sent pas exilé, déraciné ou isolé comme Melville, Kafka ou Baudelaire
  • il n’a pas des sentiments tragiques comme Unamuno, Strindberg.
  • Il ne tient pas en horreur la guerre, comme Hermann Hesse, Romain Rolland ou Bertrand Russell
  • il ne vit l’enfer, au point de basculer dans la folie Lautréamont. Il souffre, et plus il souffre, plus il compose.
  • Apollinaire semble naïf : il ne révolte pas, il n’est jamais perdu. Apollinaire ne s’occupe pas de haïr la guerre, la civilisation, ou la modernité.

Il semble qu'Apollinaire soit né pour aimer, aimer les femmes. L’amour a influencé toute sa vie et ses œuvres. La Vie, la Poésie, et l’Amour se sont fondus en un seul. Une sorte de Trinité divine... Toute sa conception de la vie ou de l’univers tourne autour d’un centre : la femme aimée.

 La nuit 
              S’achève 
              Et Gui 
              Poursuit 
              Son rêve 
              Où tout 
              Est Lou 
    On est en guerre 
              Mais Gui 
    N’y pense guère 
              La nuit 
S’étoile et la paille se dore 
Il songe à Celle qu’il adore 
  

Nuit du 27 avril 1915.
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En septembre 1914, à Nice depuis le début du mois, il rencontre Louise de Coligny-Châtillon le 27, la courtise sans la vaincre, lui envoie des poèmes et la renomme Lou («Je pense à toi»).

 

Le 6 décembre, il arrive au 38e Régiment d'artillerie de Campagne de Nîmes. Lou (Poèmes à Lou,Lettres à Lou) le rejoint le 7 pour une semaine de passion.  

 

Les 27 et 28 mars 1915, il passe sa troisième et dernière permission auprès de Lou. C'est la rupture définitive mais les amants promettent de rester amis.

Le 4 avril, il part pour le front.


 

Je pense à toi mon Lou ton cœur est ma caserne
Mes sens sont tes chevaux ton souvenir est ma luzerne
 
Le ciel est plein ce soir de sabres d'éperons
Les canonniers s'en vont dans l'ombre lourds et prompts
 
Mais près de toi je vois sans cesse ton image
Ta bouche est la blessure ardente du courage
 
Nos fanfares éclatent dans la nuit comme ta voix
Quand je suis à cheval tu trottes près de moi
 
Nos 75 sont gracieux comme ton corps
Et tes cheveux sont fauves comme le feu d'un obus
qui éclate au nord
 
Je t'aime tes mains et mes souvenirs
Font sonner à toute heure une heureuse fanfare
Des soleils tour à tour se prennent à hennir
Nous sommes les bat-flanc sur qui ruent les étoiles


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Les salons au XVIIIème siècle …

Publié le par Perceval

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Voilà plusieurs jours, que je me perds dans les salons littéraires et mondains de cette période étrange de la fin de l'ancien régime...

La cour a sans doute perdu son éclat, pour que l'on soit ainsi attiré vers les salons, les cafés ou les clubs... On y rencontre les plus grands intellectuels : savants et écrivains … Ce qui est étonnant c'est la liberté des propos qui s'y affichent …

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L'aspect divertissant des propos prime ; il s'agit de raconter des événements, d'expliquer des faits, de discuter des opinions... et tout cela sans lasser l'auditoire.

On y célèbre parfois l'insolence et la gaieté...

 Le marquis de Bombelles écrit en 1788 dans son Journal : « [le baron de Breteuil] ne revient pas de tout ce qu’il voit, de tout ce qu’il entend : nombre de nos amis deviennent fols ; quiconque ose élever la voix en faveur des anciennes formes est regardé avec dédain, et l’on regardera bientôt comme synonymes les qualifications de bête ou de royaliste. » Les inventaires montrent que les trois quart des bibliothèques nobles parisiennes de la seconde moitié du XVIIIe comportent des ouvrages interdits soit sur le plan politique, soit religieux...

 

Parmi les nombreux salons littéraires qui sont ouverts à Paris en ce milieu du XVIIIe siècle, il faut citer d’abord celui de la marquise Marie du Deffand (1697-1780), dont la rare et solide raison qu’elle apportait dans les causeries et discussions auxquelles elle présidait était encouragée par Voltaire en ces termes : « Ce qui est beau et lumineux est votre élément ; ne craignez pas de faire la disserteuse, ne rougissez point de joindre aux grâces de votre personne la force de votre esprit. »

La marquise du Deffand représente le siècle avant Jean-Jacques Rousseau et Julie de Lespinasse le siècle après l’invasion du roman en toutes choses.

Une-Soiree-chez-Madame-Geoffrin-par-Gabriel-Lemonnier.jpgUne Soirée chez Madame Geoffrin par Gabriel Lemonnier

Le salon de Marie-Thérèse Geoffrin a moins de portée littéraire … Elle veut éviter l’imprévu dans la causerie, en mettant toujours en présence les mêmes personnes, et divise les habitués de son salon en trois catégories. Le lundi, elle reçoit les artistes, peintres, sculpteurs, architectes ; le mercredi, les gens de lettres et les savants parmi lesquels on distingue surtout Diderot, d’Alembert, Dortous de Mairan, Marmontel, Raynal, Saint-Lambert, Thomas, d’Holbach, de comte de Caylus, etc.

À côté de ces salons du XVIIIe siècle, il y a aussi ceux de Louise d'Épinay, et de Doublet de Persan. On voit, dans le salon de Louise d’Épinay qui est restreint à un petit cercle de hommes de lettres et de philosophes les plus éclairés :le baron Grimm, Diderot et d’Holbach.

Chez l’actrice distinguée de la Comédie-Française :Jeanne-Françoise Quinault, dite Quinault Cadette se retrouvent un grand nombre d’habitués, parmi lesquels on distingue des hommes de lettres comme d’Alembert, Diderot, Duclos, Rousseau, Destouches, Marivaux, Caylus, Voltaire, Piron, Voisenon, Grimm, Lagrange-Chancel, Collé, Moncrif, Grimod de La Reynière, Crébillon fils, Saint-Lambert, Fagan de Lugny, l’abbé de La Marre, le chevalier Destouches et des hommes de pouvoir comme Maurepas, Honoré-Armand de Villars, le duc de Lauragais, le duc d’Orléans, le Grand Prieur d’Orléans, le marquis de Livry, Antoine de Fériol de Pont-de-Veyle etc... La conversation a lieu surtout à table, au souper. Au milieu de la table est une écritoire dont chacun des convives se sert tour à tour pour écrire un impromptu.

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Suzanne Necker (1737-1794 ) ne put jamais se livrer à son goût pour l’écriture, que son mari estimait ne pas ressortir de la condition féminine. Elle prend soin, parallèlement, de donner à sa fille - la future Madame de Staël - une excellente éducation, bien supérieure à celle dont bénéficiaient les jeunes filles de son milieu à la même époque.

Il ne faut pas non plus oublier le salon de la marquise de Turpin, où se trouvent Favart, Voisenon et Boufflers, et où l’on vient de fonder l’ordre de la Table ronde, qui a produit le petit recueil intitulé la Journée de l’amour.

Enfin, à la veille de la Révolution, on trouve encore le salon de Suzanne Necker, où Germaine de Staël, alors enfant prodige, s’entretient avec Grimm, Thomas, Raynal, Gibbon, Marmontel : et le salon de Anne-Catherine Helvétius, connu sous le nom de « Société d’Auteuil », et qui rassemble Condillac,d’Holbach, Turgot, Chamfort, Cabanis, Morellet, Destutt de Tracy, etc.

 


Oui... Il y a de quoi faire tourner la tête, et jusqu'aujourd'hui, si l'on en croit tous les passionné(e)s de cette période... Également, tout récemment au théâtre : L’Antichambre de Jean-Claude Brisville dans une mise en scène de Christophe Lidon, avec Danièle Lebrun et Sara Biasini... lebrun.1241810494.jpg

 

 

Nous sommes dans un salon à Paris vers 1750 au temps des encyclopédistes. Mme du Deffand, aussi réactionnaire que libertine, engage sa nièce Julie de Lespinasse comme lectrice car elle n’y voit plus clair...


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Delphine ( Gay) de Girardin (1804-1855) -3-

Publié le par Perceval

Ceci est le troisième article au sujet de Sohie Gay et Delphine Gay ...

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Emile de Girardin (1806 - 1881), précurseur du journalisme moderne

Émile de Girardin fonde La Presse :
« Journal quotidien, politique, littéraire, agricole, industriel et commercial. »

Le premier numéro sort en kiosque le 16 juin 1836.

C’est le premier journal bon marché en France, Émile de Girardin ayant fait appel à des annonceurs divisant par deux le prix de l’abonnement.

Le quotidien innova également en publiant des romans feuilleton et en collaborant avec, entre autres, Victor Hugo, Alexandre Dumas, Balzac….

Le quotidien innova également en publiant des romans feuilleton et en collaborant avec, entre autres, Victor HugoAlexandre DumasBalzac….

Le succès fut immédiat !


Le 1er juin 1831, Delphine Gay épouse Emile de Girardin (1806-1882), journaliste, fondateur de La Presse et député de Bourganeuf (Creuse). Dès lors son salon éclipse celui de sa mère. En tête de liste des habitués, figurent Victor Hugo, Alfred de Musset, Théophile Gautier, Frédéric Soulié, la duchesse d'Abrantès, Marceline Desbordes-Valmore, Louis Ganderax, Alphonse de Lamartine, Jules Janin, Jules Sandeau, Franz Liszt, Alexandre Dumas (père), George Sand, Fortunée Hamelin.

Son mariage lui ouvre de nouveaux horizons littéraires.

Ensemble ils conquièrent la Société par l’entremise des journaux pour « l’ambition personnelle et l’utopie sociale ». A cette époque E. De Girardin a fondé «  Le voleur »,1828, et «La Mode »,1829. Tous les jeunes talents y écrivent  des articles: Dumas, Karr, Sue, Balzac, G. Sand … Il crée ensuite le « Journal » et l’ «Almanach de France ». Elle contribue au succès du journal « La Presse » lancé par son mari, elle y écrit ses « Lettres Parisiennes » signées Vicomte de Launay. parues de 1836 à 1847 en feuilleton.

Le Vicomte raconte l’érection de l’obélisque place de la Concorde, tient les lectrices au courant des tendances de la mode, chapeaux, manches bouffantes ou ajustées, dentelles, plis, volants. Va écouter l’Opéra, applaudir Rachel au théâtre français, frissonne à la Porte Saint Martin, rit aux Variétés. Contemple le défilé de Longchamp, mange des glaces chez Tortoni, assiste aux séances de l’Académie française. Visite le salon de peinture, les expositions de produits de l’industrie. Détaille les toilettes dans les bals. Delphine de Girardin exprime ainsi son sens comique.

Ces chroniques ont été rassemblées dans un seul ouvrage intitulé Lettres parisiennes l'année 1843.

delphine-de-girardin.jpgAmie de Balzac, admirant sincèrement son oeuvre, elle lui consacra en 1836 un petit livre flatteur : la Canne de Monsieur de Balzac.

 

Delphine Gay est aussi connue pour son salon au 41 rue Laffite, à Paris puis dans l’Hôtel  Marbeuf  sur Les Champs Elysées. Elle reçoit ses intimes tous les soirs mais sa soirée de réception où l’on fait de la poésie et de la musique  se tient le mercredi. Elle ne supporte la médiocrité, il faut se distinguer par la naissance, ou posséder un talent réel. Elle convie Gautier notamment, en lui disant que le but de la soirée est de prendre des glaces et de dessiner des girafes. Après l’Opéra ou avant d’aller dans le monde, entre onze heures et minuit viennent Lamartine, Hugo, Balzac, Musset… salon_litteraire-parisien-1850.gifMais aussi des politiques tel le ministre Guizot, le préfet de police Delessert, un homéopathe à la mode, le docteur Cabarrus. Le couple De Girardin réunit charme, talent, pouvoir, influence, intelligence et humour. La caricature ci-dessous montre Balzac à gauche et Hugo à droite à l'une de ces réceptions.

 

Cette même année, et forte de son influence, elle n’hésite pas à critiquer le résultat de l’élection à l’Académie, refusée au candidat Victor Hugo : « Si l’on pesait les voix, Hugo serait élu ; malheureusement on les compte. » 
Après l’exil du poète, elle poursuit une correspondance, très hostile à Bonaparte le Petit, qu’elle appelle Boustrapa. Elle écrit à Hugo le 6 avril 1853 : " Vous vous rappelez cette belle Eugénie, que vous avez vue chez moi et avec laquelle vous parliez espagnol si facilement. La voilà l’épouse de Boustrapa… C’est une femme charmante et qui mérite mieux. Une chose m’étonne : c’est que, quand elle a dit oui, elle avait lu votre livre [Napoléon le Petit] en cachette, avec mille précautions, mais enfin elle l’avait lu. Moi, cette lecture m’aurait un peu refroidie… " .
Le 6 septembre 1853, elle arrive à Jersey et entreprend le 11 septembre d’initier ses hôtes au spiritisme. Elle a pratiqué à Paris cette démarche qui consiste à évoquer les morts et à les faire parler, grâce a des " médiums ".. Mme de Girardin repart le 14, mais Hugo restera très influencé par cette forme de spiritisme …

Delphine meurt des suites d’un cancer, le 29 juin 1855.

 

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Ses poésies sont désormais inspirées par la politique : l'Epître à la Chambre, la Diatribe contre le général Cavaignac. On lui doit des romans : le Lorgnon (1831), le Marquis de Pontanges (1835), Contes d'une vieille fille à ses neveux (1832), Marguerite (1853), Il ne faut pas jouer avec la douleur (1855), la Croix de Berny (1846), en collaboration avec Méry, J.Sandeau et Théophile Gautier ; et des oeuvres dramatiques : l'Ecole des journalistes (1840), Judith (1843), Cléopâtre (1847), C'est la faute du mari (1851), Lady Tartufe (1853), La joie fait peur(1854), le Chapeau d'un horloger (1855).

Delphine de Girardin a écrit de nombreux romans et drames sous divers pseudonymes: Charles de Launay, Léo Lespès, Léa Sepsel.

Delphine de Girardin n'est pas seulement connue par ses oeuvres poétiques et ses chroniques. Elle tient aussi son renom de ses oeuvres de fiction telles que le Marquis de Pontanges, Contes d'une vieille fille à ses neveux, la Canne de Monsieur de Balzacet il ne faut pas jouer avec la douleur.
Elle s'est aussi exercée en drames et en comédie avec ses célèbres oeuvres dontl'école des journalistes, Cléopâtre, La joie fait peur, C'est la faut du mari et  la femme qui déteste son mari.

 

SOURCES : Wikipédia, LA VIE ELEGANTE par Anne MARTIN-FUGIER, Editions FAYARD, site sur Victot-Hugo ...etc

 

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Delphine Gay -2-

Publié le par Perceval

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Albert Besnard, figurant la première représentation du drame Hernani

Ce 25 février 1830, à la Comédie-Française, le jour de la Première d’Hernani, quand radieuse, dans une robe blanche, une écharpe bleue de la couleur de ses yeux jetée sur ses épaules, Delphine Gay entre dans loge et se penche pour regarder la salle : sa beauté suspend un instant le tumulte de la salle et lui vaut une salve d’applaudissements.

Sa carrière fut conduite par sa mère, figure assez connue dans la société littéraire. Elle permet à sa fille adolescente, de par sa beauté et ses dons poétiques, de publier et de rencontrer une véritable gloire qui lui valut le surnom de « Muse de la patrie »

Elle fait la connaissance - dans le salon de sa mère Sophie Gay - de l'élite du début du XIXème siècle. Elle fut l'amie d'enfance du futur Napoléon III.

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Delphine Gay par Louis Hersent

En 1822, Alfred de Vigny tombe amoureux d'elle.

Victor Hugo la rencontre en 1823 chez Charles Nodier, elle fait partie ensuite du groupe de la revue : La muse française.

Lors d’ une visite en Italie en 1827, elle est accueillie avec enthousiasme par le monde littéraire romain. Elle obtient même un couronnement au Capitole.

 


Oeuvres de 1822 à1833 ( natureculture.org ):

En 1822, elle obtient un prix académique pour un petit poème intitulé : les Soeurs de sainte Camille ; elle publie alors des meilleurs morceaux poétiques : Madeleine, Ourika (1824), le Bonheur d'être belle (1825), le Sacre de Charles X qui lui vaut une pension ; la Mort de Napoléon, la Mort du général Foy, qui lui attribuent les sympathies des libéraux.

Ces premiers vers, qu'on trouve réunis dans Essais poétiques (1824) et Nouveaux essais poétiques (Canel, 1825), se font remarquer par une élégance brillante et classique. Au retour d’Italie, Elle compose de nouvelles poésies élégiatiques : le Retour, Palerme, le Dernier jour de Pompéi, et surtout Napoline (1833), qui dénote l'influence de Musset.

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