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Articles avec #litterature tag

Les "Apprentissages" de Colette -1/3-

Publié le par Perceval

Mes-Apprentissages-livre-3.jpgJe viens de relier, puis lire un ouvrage de Colette (1873-1954): « Mes Apprentissages » (1936).  Elle y raconte ses premières années de femme mariée, et évoque des personnalités du milieu journalistique et du monde littéraire auxquels elle fut très tôt liée.

Elle établit un portrait à charge contre son mari: « M. Willy n'était pas énorme, nais bombé. Le puissant crâne, l'œil à fleur de front , un nez bref, sans arête dure, entre les joues basses, tous ses traits se ralliaient à la courbe. La bouche étroite, mignarde, agréable, sous les très fortes moustaches d'un blond-gris qu'il teignit longtemps, avait je ne sais quoi d'anglais dans le sourire. Quant au menton frappé d'une fossette, il valait mieux - faible, petit et même délicat - le cacher. Aussi M. Willy garda-t-il une sorte d'impériale élargie, puis une courte barbe. On a dit de lui qu’il ressemblait à Edouard VII. Pour rendre hommage à une vérité moins flatteuse, sinon moins auguste, je dirai qu'il ressemblait surtout à la reine Victoria. (..) Rondeurs, suavités, calvitie qui concentrait la  lumière et les regards, voix  et contours adoucis... » M App. ( pour Mes Apprentissages )

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Lors de sa réception à l'Académie Royale Belge, elle dit «  Je suis devenue écrivain sans m'en apercevoir...Sortie d'une ombre anonyme, je m'étonnais que l'on m’appelât écrivain, et j'attribuais ces coïncidences renouvelées à un hasard complaisant. »

Un peu plus tard (1939) dans « Le Journal à rebours », elle écrit : « je sentais que j'étais justement faite pour ne pas écrire... »

Nous sommes en 1936, Colette ( Ne l'appelez pas Gabriele, elle dit ne plus se reconnaître à travers ce prénom ...) est reconnue. Henry Gauthier-Villars dit Willy (1859-1931) est mort depuis cinq ans.

      A propos de Willy, ce qui ressort, c'est la peur qu'il a inspiré : «  trois ou quatre femmes tremblent encore à son nom – trois ou quatre que je connais. Puisqu'il est mort, elles cessent peu à peu de trembler. Quand il était vivant, j'avoue qu'il y avait de quoi. » M App.

Willy installe une de ses maîtresses dans leur appartement parisien pendant qu'elle travaille aux Monts-Boucons dans le Doubs, et évoque sa « couardise », et sa peur... Elle abandonne ses droits sur le Claudine : «  Ce dessaisissement est bien le geste le plus inexcusable qu'ait obtenu de moi la peur, et je ne me le suis jamais pardonné. » M App.

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 Colette en 1896, par Jacques Humbert

Douleur de la tromperie, Lotte pour commencer, qui la fera rester 60 jours au lit … : « on comprendra que je m’attarde au souvenir de Lotte Kinceler. Cette jeune femme, qui eut une vie brève, m’apprit beaucoup. D’elle datent mes doutes sur l’homme à qui je m’étais fiée, et la fin de mon caractère de jeune fille, intransigeant, beau, absurde… »

 "Il faut comprendre aussi qu'un captif, animal ou homme, ne pense pas tout le temps à s'évader, en dépit des apparences, en dépit du va-et-vient derrière les barreaux, d'une certaine manière de lancer le regard très loin, à travers les murailles... Ce sont là des réflexes, imposés par l'habitude, par les dimensions de la geôle. Ouvrez la porte : presque toujours, au lieu du bond, de l'essor que vous attendez, la bête déconcertée s'immobilise, recule vers le fond de la cage."M App.

Tout lâcher n'est pas si commode : « nous autres filles de province, nous avions de la désertion conjugale, vers 1900, une idée énorme et peu maniable, encombrée de gendarmes, de malle bombée et de toilette épaisse, sans compter l’indicateur des chemins de fer…"

 

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Baudelaire: Le dandy et la femme.

Publié le par Perceval

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Dans son essai Le Peintre de la Vie Moderne publié en feuilleton en 1863 qui passe pour l'acte de naissance de la modernité, Baudelaire (1821-1867 ) fait l'éloge de l'artifice, du maquillage et des parures, de la femme élégante, de la ville, du frivole et de l'horreur, et développe une théorie du dandy : qui n'a pas « d'autre état que de cultiver l'idée du beau dans [sa] personne, de satisfaire [ses] passions, de sentir et de penser. »


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 Guys constantin elegant-lady-riding-in-a-ban  Constantin Guys - En quittant le théâtre

« La modernité, c'est le transitoire, le contingent, la moitié de l'art, dont l'autre moitié est l'éternel et l'immuable. »

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IX- Le dandy : (..)Il est par excellence le héros de la vie moderne, attaché à maintenir l’éternelle beauté de la forme dans un monde où tout est voué à la disparition, a afficher son originalité dans un monde où règne le conformisme, à « fonder une espèce nouvelle d’aristocratie » dans un monde démocratique.

X- La femme : (...) Elle est la grande magicienne de l’apparence, pure image, s’étudiant à incarner le fantasme du désir. Idole éblouissante, elle n’a de réalité que par le rêve qu’elle inspire.

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 Constantin Guys demi-mondaines ca. 1852-1860  Constantin Guys Deux femmes-1891


Baudelaire écrit Le Peintre de la Vie Moderne dans le courant de l’année 1859; c’est le Figaro qui le publiera, en trois épisodes, les 26 et 29 novembre et le 3 décembre 1863.

 Baudelaire fait l'éloge du dandys, par La Femme. Dans ce texte, il consacre l'art de Constantin Guys (1802-1892) , hollandais et artiste peintre modeste au point de ne pas signer ses oeuvres.… Son œuvre comble l'attente du poète, sur sa vision de la beauté moderne qui surgit, aussi bien, dans le charme de l'artifice et de la mode que dans le visage emblématique de la courtisane.

Chacun se délecte d'un monde sensé représenté l'univers féminin, qui laisse la place à la provocation lascive et sensuelle de la femme « vénale », et au cortège d'artifices,de mystère,de séduction, de grâce ou d'impudeur de la grande bourgeoise... Chacun a le même désir de saisir la vie à travers le langage du corps féminin et de son enveloppe d'étoffes aux ondulations souples et volumineuses,dont l'image de la femme du XIXe siècle est indissociable.

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Proust, lui-même, n'est pas insensible à ces images...

« (…)  je voyais enfin, débouchant de l’allée qui vient de la Porte Dauphine — image pour moi d’un prestige royal, d’une arrivée souveraine telle qu’aucune reine véritable n’a pu m’en donner l’impression dans la suite, parce que j’avais de leur pouvoir une notion moins vague et plus expérimentale — emportée par le vol de deux chevaux ardents, minces et contournés comme on en voit dans les dessins de Constantin Guys, portant établi sur son siège un énorme cocher fourré comme un cosaque, à côté d’un petit groom rappelant le «tigre» de «feu Baudenord», je voyais — ou plutôt je sentais imprimer sa forme dans mon cœur par une nette et épuisante blessure — une incomparable victoria, à dessein un peu haute et laissant passer à travers son luxe «dernier cri» des allusions aux formes anciennes, au fond de laquelle reposait avec abandon Mme Swann »(I, 299) »

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Etty Hillesum (1914-1943) aurait 100 ans aujourd'hui.

Publié le par Perceval

Etty-Hillesum.jpgEtty Hillesum (1914-1943) aurait 100 ans aujourd'hui. Elle reste cette éternelle jeune femme libérée et fougueuse, prodigue de vie et d'amour... Juive hollandaise, elle devient à vingt-sept ans passionnément amoureuse d’un psychothérapeute qui lui fait lire la Bible et l’initie à une expérience intérieure. Drôle, fine et surtout intensément vivante, elle nous livre dans son journal son cheminement. Il la conduit à un engagement social auprès des prisonniers du camp de Westerbork en attente d’être déportés. Elle choisit librement d’assumer le destin de son peuple. Elle est déportée en septembre 1943 et meurt à Auschwitz.

Dans ses écrits, nous sommes surpris de constater, alors qu'elle s'apprête à être déportée, sa liberté d'esprit face aux événements et face à elle-même. Jour après jour, dans un combat lumineux et singulier pour rencontrer la vérité et la réalité telle qu'elle est, elle confie à son journal son cheminement mystique et son inébranlable parti pris d'espérance : la vie est “belle et pleine de sens” à chaque instant.Etty_Hillesum_2-b-1-.jpg

Femme de désirs par excellence, grande amoureuse, elle va, grâce à un travail sur soi et à de nombreuses lectures (la Bible, les Evangiles, Saint-Augustin, Dostoïevski, Tolstoï, Rainer Maria Rilke) progressivement dépasser l’amour humain pour toucher l’amour de Dieu. Un Dieu incarné cher à ma sensibilité judéo-chrétienne, et un Dieu parfois plus abstrait, proche des sagesses orientales.

Etty est une sainte des temps modernes comme l'est Simone Weil. Elle incarne la figure du croyant en marge des églises institutionnelles. 

"Je vais te promettre une chose, mon Dieu, oh, une broutille ! Je vais t'aider, mon Dieu, à ne pas t'éteindre en moi...."

Et loin de la toute-puissance hypothétique de Dieu.
« Une chose cependant m’apparaît de plus en plus claire, ce n’est pas toi qui peux nous aider, mais nous qui pouvons t’aider – et ce faisant nous nous aidons nous-mêmes. C’est tout ce qu’il est possible de sauver en cette époque et c’est la seule chose qui compte, un peu de toi en nous, mon Dieu... Il m’apparaît de plus en plus clairement, presque à chaque pulsation de mon cœur, que tu ne peux pas nous aider, mais que c’est à nous de t’aider et de défendre, jusqu’au bout, la demeure qui t’abrite en nous. »

Etty Hillesum  Une vie bouleversée

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Doris Lessing (1919 - 17 nov 2013 )

Publié le par Perceval

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Doris Lessing est décédée dimanche 17 novembre, à 94 ans, à Londres où elle vivait. Prix Nobel de littérature en 2007, elle représentait une femme au fort esprit critique, hostile à la bien-pensance : « Pourquoi ai-je vécu toute ma vie avec des gens qui se dressent automatiquement contre le pouvoir, “le gouvernement”, qui considèrent que toute autorité est mauvaise d’emblée, qui attribuent des motifs douteux et vénaux aux politiques, à l’establishment, à la classe dirigeante, au conseil municipal, au directeur d’école ? » Dans ma peau (1994)

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Doris Lessing avec sa mère et son frère.

 Doris Lessing est née en 1919 en Perse, où son père, officier de l’armée britannique, était alors affecté. Mais c’est en Rhodésie, où s’était installée sa famille en 1925, qu’elle a passé la majeure partie de son enfance et sa jeunesse.

Elle vit très mal son séjour en pensionnat catholique et est en conflit constant avec sa mère, elle arrête ses études à 15 ans. Elle se lance dans de petits boulots (jeune fille au pair, standardiste), avant de revenir à la ferme familiale pour s’adonner à sa passion pour la littérature, dévorant les grands classiques du XIXe  siècle qui ne cesseront de l’influencer.

Cette future féministe n’a que 19 ans quand elle se marie pour la première fois à un fonctionnaire, qu’elle quitte pour épouser, en 1943, un Allemand, communiste et juif exilé, Gottfried Lessing. Six ans plus tard, de nouveau divorcée, elle embarque, avec le benjamin de ses trois enfants – elle laisse derrière elle les deux aînés –, pour Londres où son premier roman, Vaincue par la brousse, est publié, suivi d’un recueil de nouvelles africaines. Elle a trente ans, et ce sont les premiers jalons d’une ample bibliographie forte, au total, d’une soixantaine d’ouvrages.doris-Lessing-1.jpg

Deux fois mariée et deux fois divorcée, elle estimait que "le mariage était un état qui ne lui convenait pas". (…) "Il n'y a rien de plus ennuyeux pour une femme intelligente que de perdre un temps infini avec des enfants en bas âge. J'aurais fini en alcoolique ou en intellectuelle frustrée comme ma mère", dira-t-elle.


Engagée politiquement, à l’instar de beaucoup d’intellectuels parmi ses contemporains, elle est une militante antiapartheid, anticolonialiste et adhère au parti communiste qu’elle quitte cependant en 1956 suite aux événements de Budapest.

Dans les années 60, Doris Lessing va marquer les esprits avec un cycle de cinq ouvrages autobiographiques, Les Enfants de la violence, dominés par son chef-d’œuvre : Le Carnet d’or (1962). Longtemps refusé par les éditeurs à cause de sa forme audacieuse, ce livre retrace la désillusion politique de son auteur...

« Le Carnet d'or », raconte l'histoire d'une femme écrivain, Anna, qui se bat pour exister et qui, face à un monde éclaté, s’escrime à retrouver une identité en se confessant dans quatre carnets de couleurs différentes... il s'agit une incursion dans l'intimité de la romancière (sa chambre sous les combles, ses chats adorés) et c'est surtout une exploration de son jardin secret: tous les auteurs qu'elle dévore depuis l'adolescence. Ils ont été les vrais maîtres de cette autodidacte qui, à travers eux, a appris à déchiffrer le monde. Ceux qu'elle commente ici forment une véritable bibliothèque idéale, de Jane Austen à Virginia Woolf, de Tolstoï à Stendhal, de D.H. Lawrence à Boulgakov, de Muriel Spark à Jaan Kross. C'est donc aussi un exercice d'admiration que l'on découvre dans ce recueil, à la fois mordant et fraternel - les deux mots qui définissent le mieux l'auteur du Carnet d'or. 

Doris Lessing devient malgré elle une icône féministe, souvent comparée à Simone de Beauvoir. Traduit en français en 1976, son livre est alors couronné du prix Médicis étranger.

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S’essayant à d’autres styles littéraires, elle s’engage dans l’écriture d’une littérature visionnaire explorant les remous de la psyché humaine, et se voit influencée par différentes formes de spiritualités tel que le mysticisme soufi, comme en témoigne d’ailleurs « Descente aux Enfers », paru en 1971. L’ouvrage donne une nouvelle orientation à son écriture, qui après avoir flirté avec le surréalisme, côtoie la science-fiction notamment dans « Shikasta » en 1981 et dans son cycle tétralogique, « Canopus dans Argos : Archives » (1979-80). Entre 1983 et 1984, elle entre dans une phase sombre, mélancolique, en publiant deux romans - sous le pseudonyme de Jane Somers  et refusés par son éditeur habituel ( qui ignorait l'identité de l'auteur) - évoquant des problèmes plus tristement réalistes comme la vieillesse, la maladie et la mort : « Journal d’une voisine » et « Si la vieillesse pouvait ».

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En 2001, au Festival du livre d'Edimbourg, elle déclare que les féministes sont « horribles avec les hommes ». Et de confier au « Monde » en 2007 : « Après avoir fait une révolution, beaucoup de femmes se sont fourvoyées, n'ont en fait rien compris. Par dogmatisme. Par absence d'analyse historique. Par renoncement à la pensée. Par manque dramatique d'humour ».

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Dans son discours de réception du Nobel, Doris Lessing livre peut-être les clés qui permettent de comprendre sa passion pour le Verbe et son désir de ne jamais arrêter de raconter des histoires, une tradition «née dans le feu, la magie, le monde des esprits», explique-t-elle. Et elle ajoute ces mots qui résument toute une vie, toute une œuvre: «Le conteur est au fond de chacun de nous, le faiseur d’histoires se cache toujours en nous. Supposons que notre monde soit ravagé par la guerre, par les horreurs que nous pouvons tous imaginer facilement. Supposons que des inondations submergent nos agglomérations, que le niveau des mers monte… Le conteur sera toujours là, car ce sont nos imaginaires qui nous modèlent, nous font vivre, nous créent, pour le meilleur et pour le pire. Ce sont nos histoires qui nous réinventent quand nous sommes déchirés, meurtris et même détruits. C’est le conteur, le faiseur de rêves, le faiseur de mythes, qui est notre phénix: il nous représente au meilleur de nous-mêmes et au plus fort de notre créativité.»

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Balzac, et son époque par les illustrations.

Publié le par Perceval

Le monde de Balzac, illustré, et tiré des éditions de ses oeuvres:

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L'époque de Balzac, illustrée par:

- Pierre Numa Bassaget, dit Numa (peintre, dessinateur-lithographe, 1802?-1872), 

- Augustin-Désiré Pajou ( 1800-1878)

- Alphonse Fonruge,

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Paul Gavarni (1804-1866) est un dessinateur français, lithographe, illustrateur, peintre, aquafortiste et écrivain. Son vrai nom est Hippolyte Sulpice Guillaume Chevalier.

De 1837 à 1848, l’artiste réalise plus de 1000 lithographies pour "Le Charivari".

L’œuvre graphique de l’artiste comprend dans l’ensemble 2700 lithographies originales ainsi que plus de 2000 lithographies, gravures sur bois et acier réalisées d’après des dessins.  

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La Cousine Bette, de Balzac

Publié le par Perceval

De mes différentes lectures estivales, glanées dans la Comédie Humaine de Balzac, c'est avec La Cousine Bette, que je me suis le plus diverti.

 Balzac Cousine Bette Vous êtes sans le sou, dit Crevel à
 Adeline, Vous êtes sans le sou, dit Crevel à voix basse

 Lisbeth FISCHER (dite BETTE) est apparentée via sa cousine Adeline Fischer, à l'honorable famille HULOT. Toutes deux issues d'une famille de paysans lorrains; pourtant tout sépare les deux cousines... Adeline est une épouse religieusement soumise à son époux, elle est l'incarnation parfaite de la vertu conjugale. Lisbeth, va lui faire payer cher ce bonheur affiché … Balzac met en scène le type même de l'horrible célibataire - aigrie et concupiscente - qui, par vengeance, nourrit le projet de mettre en pièces une famille qui se présente comme respectable …

Un jour, Hulot rend visite, à la cousine Bette dans sa mansarde :

« Le baron embrassa tout, d’un coup d’oeil, vit la signature de la médiocrité dans chaque chose, depuis le poêle en fonte jusqu’aux ustensiles de ménage, et il fut pris d’une nausée en se disant à lui-même : - Voilà donc la Vertu ! »

Mais, voilà … ! Le baron Hulot, est loin de correspondre à l'image respectable souhaitée par sa famille, à qui il cache ses nombreuses liaisons extra-conjugales qui entraînent des dépenses inconsidérées; et se rajouteront des opérations frauduleuses, en lien avec la colonisation algérienne … !

 LaCousineBette Tout en s'occupant de lui, Bette se réfère
            Celui qu'elle présentait comme son amoureux caché... Bette s'en occupait comme de son enfant.

Les Hulot ont une fille Hortense qui va déclencher la haine de Bette en lui volant Wenceslas Steinbock, un artiste polonais. Réfugié dans une mansarde sinistre, il tente de se suicider mais il est sauvé par l'intervention de sa voisine, Lisbeth Fischer. La vieille fille se prend d'amour pour lui et dépense ses économies pour le nourrir, et lui payer un apprentissage de sculpteur à la Maison Florent.

L’événement catalyseur qui va réveiller « l’envie latente », et la haine de Bette, sera le mariage d’Hortense, la fille d’Adeline, avec Wenceslas.

« Adeline ! Oh ! Adeline, tu me le payeras, je te rendrai plus laide que moi ! »

Pour mener à bien sa vengeance contre Hortense et la famille Hulot, Bette va s'allier à une extraordinaire Valérie MARNEFFE

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Madame Marneffe posait en Dalila...

, courtisane mariée, qui allie la grâce et l'esprit pour fournir corruption et dépravation au scénario de cette histoire …. Sa séduction puissante et perverse accélère la dégénérescence de l'équilibre familial et social des Hulot. Elle collectionne simultanément les conquêtes de Hulot, Crevel un parfumeur, Steinbock maintenant marié avec Hortense, et un ancien amant Brésilien, de retour, tous tombent sous le charme de celle qui possède “des spécialités de tendresse”.

Avant de mourir elle aura même ce mot : « Oui, il faut que je (me) fasse le bon Dieu ».

La perversité de Valérie ira jusqu'à faire croire à son mari, puis à chacun de ses amants, qu'il est le père de l'enfant qu'elle attend ; à tel point que la maison où elle habite sera appelée “maison des cinq pères de l'Eglise”.

BALZAC COUSIN BETTE. In the apartment on the Rue d'Artois.
Mme Marneffe, dans l'appartement de la Rue d'Artois. Illustration, 1897...

Il appartiendra au jeune Victorin Hulot, jeune avocat et futur député, de venger l'honneur de sa famille ce qui conduira Balzac à des arguties dignes du roman-feuilleton : le bras armé de la vengeance n'étant autre que le Brésilien Henri Montès de Montéjanos qui contaminera sexuellement Valérie et son nouveau mari, le Baron Crevel, après s'être fait contaminé lui-même par une très jeune fille, Cydalise, dont le prénom évoque un poème de Nerval.

 

 


Le 31 mai 1837, Emile de Girardin écrit à Balzac : « Je vous serai très obligé de vous rappeler que La Presse s'adresse à quinze mille abonnés et que c'est dans les salons qu'elle compte le plus de lecteurs parmi les femmes. Donc si le sujet permet qu'il n'y ait rien qui blesse leur pudeur susceptible, cela sera une grand-chance d'un immense succès. »

Illustrations de Paris de 1831 a 1870 - 2 073 portrait d Ho

 

La cousine Bette, publiée du 8 octobre au 3 décembre 1846 dans Le Constitutionnel, va permettre à Balzac de renouer avec le succès populaire. Ainsi, un journal pourtant d'inspiration socialiste, La Démocratie Pacifique, proche des idées de Charles Fourier, n'hésitera pas à écrire : « Jamais M. de Balzac n'a été plus brillant, plus émouvant, plus vrai que dans ce roman » même si c'est pour lui suggérer d'écrire désormais des romans ... socialistes.

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Reading is sexy au café -4-

Publié le par Perceval

 

Cafe-livre.jpgDe la plage au café, il n'y a qu'un pas ...

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Un bon polar, et des images plein la tête ... C'est  " mauvais genre " ... Vous êtes prévenus ... 

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A suivre, au café ...

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Scènes illustrées de la Comédie Humaine de Balzac -1-

Publié le par Perceval

Scènes de la Comédie Humaine de Balzac 2

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La duchesse d’Abrantès et Balzac

Publié le par Perceval

Laure Junot, duchesse d’Abrantès (1784-1838).

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"Cette femme a vu Napoléon enfant, elle l'a vu jeune homme encore inconnu, elle l'a vu occupé des choses ordinaires de la vie, puis elle l'a vu grandir, s'élever et couvrir le monde de son nom! Elle est pour moi comme un bienheureux qui viendrait s'asseoir à mes côtés, après avoir vécu au ciel tout près de Dieu !" Balzac (1799-1850)

 

Insouciante, dépensière, bavarde, drôle, inattendue, prodigue, sensible et généreuse, telle apparait la duchesse d’Abrantès que ses « Mémoires » vont rendre célèbre.

Son premier salon parisien, sera le rendez-vous des corses de Paris. Parmi les visiteurs, Napoléon Bonaparte, futur empereur des Français, qu'elle connait depuis toujours ... Elle épousera ensuite le général Junot qui sera fait un peu plus tard duc d'Abrantès.

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1808 : Elle mécontente Napoléon par ses liens avec des opposants, et a même une liaison tumultueuse avec l'ambasseur autrichien Clément von Metternich. Les troubles mentaux de Junot, la menace de ruine... Elle intrigue pour le retour des Bourbons.

 

Balzac souhaitait égaler par l'écriture l’œuvre accomplie par l'Empereur. En 1825, il a "l'honneur" de devenir l'amant de celle qu'il considère comme l'une des anciennes gloires de l'Empire, veuve du général Junot ( il se suicide en 1813). Grâce à ses confidences et ses souvenirs, il approche de plus près cette période de l'histoire française. Elle va l'inspirer pour la rédaction de La Physiologie du mariage et en échange, il l'aida à rédiger ses Mémoires qui parurent de 1831 à 1835. 

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Madame Récamier et Théophile Gautier furent ses amis intimes.

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BALZAC : 1831

Publié le par Perceval

Des romans pour l'été...?

Pour moi, ce sera un retour vers Balzac, en piochant dans la "Comédie Humaine"; ainsi, je ne quite pas le XIXème... J'ai parcouru "Physiologie du mariage", puis lu Les Secrets de la Princesse de Cadignan, et actuellement, je reviens plus en début de chronologie avec La femme de Trente ans

 *****

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Monsieur Bertin de J Aug Dom Ingres -1832 - La monarchie de Juillet ou le triomphe de la bourgeoisie...

La monarchie de Juillet (1830-1848) succède en France à la Restauration. En effet, le 9 août 1830 après les émeutes dites des « Trois Glorieuses »,  Louis-Philippe Ier est intronisé roi des Français. En février 1831, à la suite d’un service funèbre organisé par les légitimistes à Saint-Germain-l’Auxerrois pour l’anniversaire de l’assassinat du duc de Berry, des émeutes agitent Paris. En mars, Casimir Périer ( 1777-1832), banquier, est nommé Président du Conseil.

Balzac, semblait - avant ces événements- soutenir des opinions libérales (progressistes), puis se prononce, à cette époque partisan d'un « pouvoir fort » conservateur, sous la protection du Roi, qui règne mais ne gouverne pas ( Thiers ) ...

 

En 1828, Balzac fait faillite, après s'être lancé en tant qu'éditeur et imprimeur. Constamment poursuivi par des créanciers, il a un goût immodéré pour le luxe. En 1929, Le Dernier Chouan ou la Bretagne en 1800 est publié avec la signature Balzac, et "Physiologie du mariage" signé "par un jeune célibataire" connaît un large succès et vaut à Balzac d'être admis dans les salons littéraires.19th-century---Restauration.jpg Il fréquentera notamment ceux de Sophie Gay, du Baron Gérard, de Madame de Récamier et de Madame de Girardin qui lui permettront de rencontrer Victor Hugo, Alfred de Vigny, Alexandre Dumas et le peintre Delacroix.

En 1830: Il publie la première série Scènes de la vie privée soit la Vendetta, les Dangers de l'Inconduite, le Bal de Sceaux, Gloire et Malheur, la Femme vertueuse, la Paix du Ménage, la maison du chat qui pelote où la Duchesse d'Abrantès paraît sous les traits de la duchesse de Carigliano. Il collabore à la Revue de Paris, à la Revue des deux Mondes, au feuilleton des journaux politiques, à la Mode, la Silhouette, le Voleur et la Caricature. Il va bâtir roman après roman une œuvre qui prendra en 1841 le nom de Comédie humaine. Il adopte définitivement la particule "de Balzac".

En juin 1830, il descend la Loire en bateau avec Laure de Berny chez qui, il séjourne en été, dans sa propriété de La Grenadière à Saint Cyr sur Loire. Depuis 1822 (à 1832), Balzac et Laure de Berny (de vingt-deux ans son aînée) sont amants.

 

Enfin, en 1831, il semble consacré comme écrivain, il travaille avec acharnement. Balzac mène une vie mondaine et s'amuse... Il s'éprend de la marquise de Castries, qui se joue de lui, le traîne à sa remorque à Aix-les-Bains et à Genève en 1832, puis l'abandonne sèchement. Il s'en vengera en écrivant La Duchesse de Langeais (1833)... Ses dettes sont ranimées. balzac-lys-vallee-1836-Jane-Digby--Arabelle-Dudley-.jpegLa comtesse Guidoboni-Visconti (1804-1883) sauve Balzac au moment où la police vient l’arrêter chez elle pour dettes. Elle paie elle même, la somme demandée par l'huissier. Aristocrate anglaise, elle est amante et amie d'Honoré de Balzac, depuis 1835, et le sera longtemps... L'écrivain s'est inspiré d'elle pour créer le personnage de Lady Dudley dans Le Lys dans la vallée.  

 

Le Lys dans la vallee - 1836- Jane Digby (Arabelle Dudley)

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