Overblog Suivre ce blog
Administration Créer mon blog

Articles avec #femme tag

Etty Hillesum – La rencontre femme-homme -1/3-

Publié le par Perceval

Etty Hillesum est née le 15 janvier 1914 à Middelburg, en Zélande province des Pays-Bas. Elle est morte à Auschwitz, le 30 novembre 1943. Elle avait 29 ans.

Etty est reconnue pour sa spiritualité. Egalement, Etty a analysé sa sensualité.

Etty est l’aînée d’une famille de trois enfants et elle a grandi, comme ses deux frères cadets, dans une ambiance étrangère à toute référence religieuse. Etty provient d’une famille juive qui semble tout à fait adaptée à la modernité européenne de la première moitié du XXe siècle.

Dès la fin de son adolescence, puis à l’Université d’Amsterdam, où elle fait des études de droit, ainsi que l’étude de la langue et de la littérature russe, Etty fréquente un milieu d’intellectuels de gauche, où les mœurs et les valeurs sont plutôt libérales... Elle se questionne toutefois sur son existence ''tumultueuse'', face à des périodes de dépressions et de malaises physiques récurrents.

Etty vit chez un homme Han Wegerif à Amsterdam, elle y est engagée pour s'occuper de l'intendance de la maisonnée où vivent le propriétaire, son fils, une servante allemande, qu'elle aime comme sa mère et une jeune étudiante. Etty est la maîtresse de Han Wegerif, mais mène une vie sentimentale mouvementée. Elle explore en funambule ces espaces venteux, accidentés de la rencontre amoureuse.

Un des pensionnaires de la maison, Bernard Meylink, lui conseille alors d’aller consulter un psychologue-chirologue, Julius Spier. Il a 27 ans de plus qu’Etty. Juif allemand, il a, comme beaucoup d’autres, émigré aux Pays-Bas en 1939, et sa réputation de thérapeute commence à se répandre à Amsterdam. Cette rencontre est décisive. Sous sa conduite elle décide de commencer à rédiger un journal.

Spier a suivi pendant deux ans à Zurich l'enseignement de C. G. Jung et fait une analyse avec lui. Il a un charisme profond. Julius Spier fait une très forte impression sur Etty, elle devient très vite très proche de Spier - elle sera sa secrétaire, rédactrice de ses rapports d'analyse, sa maîtresse et son amie. La relation de ces deux êtres d'exception ne peut se passer sans heurt et sans une certaine souffrance.

« Avec ce coeur de soufre et cette chair d'étoupe, avec ces os qui sont pareils à du bois sec, avec une âme qui dédaigne freins et rênes, avec un désir prompt à trop d'ardeur, avec une raison aveugle, débile et boiteuse et les gluaux, les pièges dont le monde est plein, ce n'est pas grand merveille si, en un éclair, je flambe au premier feu qu'on rencontre en chemin. »

« Ce que je trouvais beau, je le désirais de façon beaucoup trop physique, je voulais l'avoir. Aussi, j'avais toujours cette sensation pénible de désir inextinguible. »

« Sa vie sexuelle, libre et désordonnée, a longtemps masqué son besoin de tout prendre et de tout donner, son besoin de vivre incarnée. Femme à l'insatiable curiosité érotique, elle a besoin de goûter, de se « gaver » de l'autre, de tous les autres. Elle communique par son corps. Pourtant, sans le savoir, sa « fichue » sensualité dissimule les prémisses de son désir d'absolu : elle constate en elle « un lent mais constant déplacement du physique au spirituel [...]. Je sais que les possibilités du corporel atteignent bientôt leurs limites. »

Apprivoisant progressivement le tempérament impétueux - tant physiquement qu'intellectuellement - d'Etty, Julius Spier l'éduquera à un « amour plus large que celui qui se concentre sur une seule personne » et la guidera, jusqu'à son dernier souffle, dans le chemin pour se trouver et aller vers l'autre. Julius, fiancé à une femme à Londres, pose et impose sa fidélité à la volcanique Etty qui accepte le “défi”. L'homme lui échappe à moitié, mais le désir qui la déchire pendant des mois sera fécond : c'est de l'amour qui flambe entre eux qu'est né sa force spirituelle d'Etty. Derrière son amour pour lui, elle découvre, un amour impersonnel, démultiplié, pour tous les autres et pour Dieu. L'avancée inéluctable de la menace qui pèse sur les juifs d'Europe et la frustration de cet amour sans retour charnel expliquent sa vertigineuse conversion du cœur. » Extraits d'un article de Anne Ducrocq : Etty , une vie bouleversante

 

Illustrations de Liu Ye, et de Chagall

Voir les commentaires

L'art d'être nue: Milo Moiré

Publié le par Perceval

En cette chaude période estivale, le vêtement devient presque un accessoire encombrant...

De fait, dimanche 5 juillet au Trocadéro, à Paris, Milo Moiré prenait des photos entièrement nue avec des passants face à la Tour Eiffel pour son nouveau projet : "Nackt Selfies''.

Si pour les hommes du moins, la vision d'un corps magnifique, est fort agréable en émotions, il semble – et cela m'interroge – que des femmes se servent de leur nudité, pour illustrer leur performance artistique...

La dame a été arrêtée pour outrage à la pudeur, contrainte de mettre fin à la performance, elle a été conduite au commissariat, où elle a passé la nuit en garde à vue.

 

 

Ainsi, après l'artiste luxembourgeoise Déborah De Robertis qui a posé comme L'Origine du monde de Courbet au Musée d'Orsay, voici Milo Moiré...

Ce mois de juin 2015, lors de la 46e foire d'art moderne et contemporain de Bâle ( 90.000 visiteurs), cette jeune (sculpturale …) artiste a voulu reprendre un concept qu'elle avait inventé en mai 2013. Elle avait alors pris le tram entièrement nue, le corps recouvert d'inscriptions qui désignent des vêtements. «Pants» (pantalon) sur les jambes, «jacket» (veste) sur les bras, «shirt» (chemise) sur le dos… C'est ainsi dévêtue qu'elle s'est rendue ce jeudi à la foire de Bâle. Elle a pris le tram et a été accueillie dès son arrivée par des hordes de curieux dégainant leurs smartphones pour immortaliser l'instant.

* Qui est Milo Moiré, et que propose-t-elle au juste, artistiquement?

Née en Suisse en 1983, cette artiste est d’origine slovaque et espagnole, elle est diplômée en psychologie à l’Université de Berne. Elle vit et travaille à Düsseldorf, en Allemagne, le plus souvent en partenariat avec son mari, le photographe P. H. Hergarten , aka Peter Palm.

* Pourquoi arborer sa nudité... ? Sa beauté fait-elle de Lilo Moiré une artiste... ? La rareté d'une telle exhibition, fait le succès médiatique... Et, l’artiste présente-t-elle un propos qui va au-delà de sa nudité?

Déjà, Milo Moiré avait agité la planète médiatique avec sa performance du PlopEgg lors de l' Art Cologne en Allemagne, performance pendant laquelle elle expulsait des oeufs remplis de peinture de son vagin sur un canevas blanc.

Elle l’avait fait nue, comme lors de son Script System, une autre performance artistique à l'Art Basel, pendant laquelle elle se déplaçait en métro toute nue, des mots peints sur différentes parties de son corps, supposés représenter les vêtements qui la couvriraient habituellement. Elle explique la force de son script system, par le fait que l’être humain s’est progressivement aliéné pour obéir à des codes sociaux précis,particulièrement lorsqu’il se trouve en transport en commun en direction de son travail. Ainsi, est-il assez fascinant de la voir aller, complètement nue, soit dans des transports en commun où, selon elle, tout le monde l’ignore et personne ne lui parle, ou bien dans un musée, tandis que les visiteurs la fuient comme la peste, ceux-là mêmes qui étaient en train de regarder des oeuvres d’art de femmes dénudées quelques secondes auparavant.

En effet, plus récemment, lors d', elle parcourt tranquillement avec dans les bras un bébé nu, une exposition consacrée à l'art du ''nu'' ...

THE NAKED LIFE - “How little abstraction can art tolerate?” (2015) from Milo Moiré on Vimeo.

Propos de Milo Moiré :

- Pourquoi la nudité ?

« Sans coquille, le corps retrouve sa nature primitive et toute sa capacité à communiquer. Le corps devient ainsi universel, libéré de toute forme de distraction, d'idées dominantes, de mode et même du temps. La vue de la nudité provoque une rencontre avec soi-même et affecte profondément chacun. »

- Références artistiques :

« Edvard Munch, Käthe Hollwitz, Maria Lassnig, Francis Bacon et H.R. Giger

« Cela dit, je suis fascinée par Marina Abramovic. J'ai en mémoire un entretien de Marina Abramovic à la radio en 2006 qui ne m'a pas quittée. J'étais complètement captivée par le courage de l'artiste et le pouvoir artistique de son corps. Joseph Beuys, son esprit chamanique et sa vision révolutionnaire m'ont aussi beaucoup marquée. .. J'adore les tableaux de Cecily Brown et de Gerhard Richter. J'aime aussi les images satiriques de la sexualité par Paul McCarthy … »

« Je vois le corps nu avec neutralité, comme une toile blanche et la possibilité de se rapprocher de soi. L'occasion de se sentir vulnérable et de découvrir sa force. Ma première performance date de 2007. Depuis le début, je suis nue parce que les images naissent dans mon esprit et seul mon corps sait les traduire. »

Voir les commentaires

La Princesse andalouse Wallada

Publié le par Perceval

La Princesse andalouse Wallada

 

Wallâda Bint al-Mustakfi, princesse andalouse, est la fille du dernier Khalife Omeyyade de Cordoue, Mohamed Al-mostafki, chassé du pouvoir ( pour incompétence...) et assassiné en 1025.

Wallada est née en 994... Sa mère était sans doute une esclave éthiopienne chrétienne.

Elle a bénéficié d’une éducation sophistiquée, cultivée et relativement libre.

Wallada ne subit aucune rétorsion à l'avènement de la dynastie des Bani Jawhar à Cordoue.

Elle garde son statut de princesse et continue comme auparavant à organiser chez elle des salons littéraires. Elle a une trentaine d’années et hérite d’une grande fortune.

D'une grande beauté, de corps svelte, teint blanc, yeux bleus, cheveux entre blonds et roux, la poétesse prend alors la décision consciente de rejeter en bloc les carcans des traditions ''médiévales'' qui entravent son autonomie et sa liberté personnelle. Elle délaisse le voile, et ses biographes écrivent qu’elle porte les vêtements transparents des harems de Bagdad en plein public.

Wallada – rebelle - fait broder sur la manche droite de ses robes : «par Dieu, je suis qualifiée pour les hautes positions, et j’avance fièrement dans mon chemin,» et sur la manche gauche :«je permets à mon amant de caresser ma joue, et j’offre mon baiser à celui qui le désire.»

Wallada tient un salon littéraire où les grands esprits, poétesses et artistes, se rencontrent pour réciter la poésie, discuter avec ferveur et jouer de la musique, sans ségrégation de sexe. Lors de ces rencontres, elle prend part aux joutes de poésie en exprimant ses sentiments avec une grande liberté et audace. Wallada charme les cœurs et les esprits...

 

Et, c’est lors de ces rencontres que Wallada rencontre le grand poète de Cordoue, Ibn Zaydoun. C'est alors le grand amour, qui enrichit la littérature arabe de nombreux poèmes enflammés, dont les vers de la poétesse :

 

 

«Sois prêt pour ma visite à l’obscurité,
parce que la nuit est la meilleure gardienne des secrets.
Si le soleil sentait l’étendue de mon amour pour toi,
il ne brillerait plus,
la lune ne se lèverait plus,
et les étoiles s’éteindraient d’émoi.»

Ibn Zaydoun répond:

« Ton amour m’a rendu célèbre parmi les gens.

Mon cœur et mes pensées s’inquiètent pour toi,

quand tu es absent ils ne peuvent pas me consoler

et quand tu arrives tout le monde est présent. »

 Leon Comerre (1850-1917)

Leur liaison défraye la chronique dans la Cordoue du XIe siècle ; mais cet amour ''enflammé'' ne dure que quelques mois. Une brouille due probablement à la jalousie lui porte le coup de grâce. Ibn Zeydoun continuera à écrire à son amour perdu, qu'il ne pourra pourtant jamais plus la revoir. Aussitôt, la poétesse prend pour amant le vizir Ibn Abdus. Plus tard, elle s’éprend de Muhyah Bint al-Tayyani al-Qurtubiyah, l’une des plus belles femmes de Cordoue. Wallada entreprend l’éducation de cette dernière, si bien que Muhyah est devenue elle-même une grande poétesse.

Wallada avance en âge, et perd sa fortune. Aussi, elle renonce à son salon littéraire, et vit dans la maison de son ancien amant Ibn Abdus jusqu’à son décès, en 1091 . La poétesse décède quand les Almohades conquièrent Cordoue.

 

Regrets

« Lorsqu'en hiver nous nous rendions visite, les braises du désir me brûlaient la nuit durant

Comment se fait-il que j'en sois venue à être séparée de lui, c'est bien le Destin qui précipita ce que je voulais éviter

Les nuits passent sans que je vois l'éloignement prendre fin, sans que je vois la patience m'affranchir de la servitude du désir

Que Dieu arrose une terre devenue désormais ta demeure, en déversant une pluie abondante et ininterrompue. »

 

Les adieux

« Une amoureuse a perdu patience et te fit ses adieux pour avoir ébruité un secret, à toi, confié

Elle regrette de n'être pas restée à tes côtés plus longtemps, maintenant qu'elle te reconduit pour te faire ses adieux

Ô toi le jumeau de la pleine lune par l'élévation et l'éclat, que Dieu préserve l'instant qui te vit naître

Si après ton départ, mes nuits sont devenues longues que de fois ne me suis-je plainte de leur brièveté en ta compagnie »

Leon Francois Comerre - La Joueuse de Kouira

 

Voir les commentaires

La Femme et l'Allégorie

Publié le par Perceval

 

«Modestie» sculptée dans le marbre par Antonio Corradini 1751

Antonio Corradini - "Modesty" 

La Prudence  par Robinet Testard - Traité des vertus, de leur excellence, et comment on les peut acquérir, ca 1510 La Tempérance  par Robinet Testard
Giacinto Brandi -  Allégorie de la philosophie Allégorie de la sagesse. - Giovanni Martinelli (Italian, 1600-1659)
Allégorie de l' Innocence et de la Ruse - par Maerten van Heemskerck Cesare Dandini (1595–1658) - Allégorie de l'Intelligence .. - 1656

 

''La Femme'', petit à petit au travers des siècles, avec le XIXème siècle en apothéose, est considérée comme objet poétique: muse ou égérie ; elle est considérée par l'homme dans une vision sublimée.

" Une allégorie est toujours une femme, qu'on représente la Perversité ou l'Agriculture, la Morale ou la Géométrie."  J. Péladan  

 

Lucas Cranach l'Ancien - Allégorie de la Justice - 1537 Anonymous (Holland) - Allégorie de la Fortune, - 1520-1530

 

Eugène Faure - Allegory of Music Jacopo Ligozzi (Italian, 1547–1627). Allegory of Avarice
Moritz Stifter (1857–1905) ~ Allégorie du Rêve 'Allegory Of Medical Science' (1914) Robert Auer 1873-1952
Mars & Venus, Allegory of Peace - Louis Jean François Lagrenée Louis Maeterlinck (1846 – 1926, Belgian) - Allégorie de la Paix

Dans le poème ''Allégorie '' de Baudelaire ( 1821-1867), le poète fait allusion au corps et à la beauté de la femme...

 

Allégorie 

 

C'est une femme belle et de riche encolure,
Qui laisse dans son vin traîner sa chevelure.
Les griffes de l'amour, les poisons du tripot,
Tout glisse et tout s'émousse au granit de sa peau.
Elle rit à la Mort et nargue la Débauche,
Ces monstres dont la main, qui toujours gratte et fauche,
Dans ses jeux destructeurs a pourtant respecté
De ce corps ferme et droit la rude majesté.
Elle marche en déesse et repose en sultane;
Elle a dans le plaisir la foi mahométane,
Et dans ses bras ouverts, que remplissent ses seins,
Elle appelle des yeux la race des humains.
Elle croit, elle sait, cette vierge inféconde
Et pourtant nécessaire à la marche du monde,
Que la beauté du corps est un sublime don
Qui de toute infamie arrache le pardon.
Elle ignore l'Enfer comme le Purgatoire,
Et quand l'heure viendra d'entrer dans la Nuit noire
Elle regardera la face de la Mort,
Ainsi qu'un nouveau-né, - sans haine et sans remords.

 
(Poème LXXXV - « Les Fleurs du Mal » - Section Spleen et Idéal - première édition de 1857)

 

Pourquoi donner le nom d'une figure de style à son poème ? Peut-être parce que la femme est l'allégorie de la vie... 

 

Le lecteur peut mettre en doute l'humanité même de cette personne: « Elle marche en déesse et repose en sultane »... Et si cette femme ne se laisse pas atteindre par « les griffes de l'amour », elle exhibe sans pudeur son anatomie... Baudelaire précise qu'elle a dans le plaisir la « foi mahométane » et pour lui, cette religion magnifie le plaisir sexuel (!).. Elle sublime le regard des hommes « Elle appelle des yeux la race des humains », et les invite de « ses bras ouverts que remplissent ses seins ».

L'auteur parsème son poème d'allégories, comme la Mort ou la Débauche, des figures personnifiées et comparées à des monstres.   

 

 

 

Jules Joseph Lefebvre (1836 - 1911) - Allégorie de La Vérité, 1870 La Vanité - Hans Memling, Vanitas  central panel of the Triptych of Earthly Vanity and Divine Salvation, circa 1485
Allégorie de la Vertu Henry Ryland - Allégorie de la Liberté

 

Voir les commentaires

Lillie Langtry, le lys de Jersey -2/2-

Publié le par Perceval

Lillie au bord de la faillite réalise qu'elle a besoin d'un travail, et surtout d'être indépendante... Ses options sont limitées.

  Lillie Langtry & Sarah Bernhardt, 1887

Lillie a rencontré le monde du Théâtre, et se lie d'amitié avec l'actrice française Sarah Bernhardt. Elle persuade Lillie de devenir une actrice et de profiter de sa renommée. En effet, le sort de Lillie l'a rendue encore plus célèbre.. Elle joue à guichets fermés partout où elle est apparaît sur scène. Les critiques reconnaissent qu'elle a, sur scène, une présence unique et apporte beaucoup aux rôles qu'elle tient. Le prince, lui-même, encourage ses amis à l’applaudir...

 

 

 

 

Lillie - Cleopatra Lillie / Cleopatra 1891

Lillie Langtry se lie d'amitié avec des célébrités comme Oscar Wilde et James McNeill Whistler.

   

George Bernard Shaw claironne qu'il n'apprécie pas Mme Langtry, « une femme n'a pas le droit d'être intelligente, audacieuse et indépendante, si elle est belle. »

En 1882, Lillie Langtry commence une tournée en Amérique... Elle est une fois de plus une célébrité bien-aimée et bénéficie du plus gros cachet jamais payé à ce jour à une actrice. Elle commence une relation avec Freddie Gebhard millionnaire.

C'est vers cette époque que le juge de paix Roy Bean connait l'existence de Lillie Langtry, Il l'admire tellement qu'il réussit à rebaptiser la petite ville d'Eagle's Nest où il habite du nom de Langtry. Il la voit une seule fois lors de l'une de ses tournées dans la ville de San Antonio, qui se trouve à pas moins de 300km de Langtry. La tournée américaine de Lillie est un tel succès qu'elle est reconduite 5 années consécutives. Freddie Gebhard l’inonde de cadeaux dont un wagon pullman baptisé "Lalee", décoré selon ses goûts et ayant coûté la coquette somme d'un million de dollars...

A la fin de sa tournée théâtrale américaine, en juillet 1887, Lillie obtient la nationalité américaine et le divorce d'avec son mari.

Comme elle adore la Californie et les chevaux, elle s’achète en 1888 un ranch de 6500 acres à Lake Country avec écuries, vergers et domaine viticole qu'elle baptise "Langtry Farm". Elle y produit du vin de Californie sous son propre nom.

Avec cette gloire et ce succès phénoménal outre-atlantique, son coeur n'a plus beaucoup de pensées pour son père déchu resté en Angleterre. Il décède à Kennington, au sud de Londres, tout seul avec à peine 5 livres sterling en poche...

Elle retourne en Angleterre, et, de par sa passion pour les chevaux, se lie avec George Braid, un riche propriétaire écossais. Au cours d'une scène violente, Lillie se retrouve avec les deux yeux au ''beurre noir'' et 10 jours d'hospitalisation. Pour se faire pardonner, George Braid lui offre un magnifique Yacht de 200 pieds de long (env. 60 mètres) nommé "White Lady", mais bien vite surnommé "Black Eye".

 

 

 

   

Elle épouse en 1899 le jeune Hugo Gerald de Bathe de 19 ans son cadet, et s'installe sur son île natale de Jersey. Sa fille Jeanne-Marie ( qu'elle faisait passer pour sa nièce...) se brouille avec sa mère en apprenant la vérité sur ses origines.

Dans les années 1900 Lillie suit la mode et les nouveautés, elle achète une automobile, s'habillé à la dernière mode et répond aux demandes des photographies, et paraît sur des centaines de cartes postales...

En 1903, Lillie revient aux Etats-Unis. Elle fait un détour dans cette fameuse petite ville de Langtry qui porte son nom, pour voir ce juge dont elle a entendu parler et qui est si passionné d'elle. Il venait malheureusement de décéder quelque mois plus tôt.

La prohibition met fin à son exploitation viticole qu'elle revend en 1906. Année où elle remonte sur les planches à New York, à l'âge de 53 ans.

Elle aime se rendre à Monte Carlo et devient une habituée des casinos. En 1907, elle est la première femme à avoir fait 'sauter la banque'. La même année, elle devient Lady de Bathe après le décès de son beau-père.

Lillie paraît dans un seul film en 1913.

A la fin de la guerre, Lillie Langtry se retire à Monaco (villa "Le Lys"), se réconcilie avec sa fille Jeanne-Marie et peut jouer son rôle de grand'mère autour de ses 4 petits enfants. En automne 1928, à l'âge de 75 ans, elle attrape une bronchite compliquée d'une pleurésie. Elle en guérit, mais reste très faible. Une mauvaise grippe l'emporte le 12 février 1929. Elle est inhumée dans le petit cimetière de St Saviour, sur son île natale de Jersey.

 

Old (and gorgeous) Lily Langtry by Cecil Beaton, 1929 Jeanne Marie (née Langtry), Lady Malcolm, by Bassano (1922)

Dans le film de John Huston Juge et Hors-la-loi, Lillie Langtry est interprétée par Ava Gardner : le personnage principal, le juge Roy Bean, campé par Paul Newman, y voue une véritable dévotion à « Jersey Lily ». Dans Le Cavalier du désert, un film de William Wyler avec Gary Cooper, elle est interprétée par Lilian Bond.

Elle est également présente, sans vraiment l'être, dans l'album de Lucky Luke Le Juge, puisque comme dans le film de John Huston et dans celui de William Willer, elle y est l'égérie et l'inspiratrice du juge Roy Bean.

 

Voir les commentaires

Lillie Langtry, le lys de Jersey -1/2-

Publié le par Perceval

Il était une fois, une femme célèbre pour sa beauté, et son sens de l'entreprise, peut-être même son goût pour l'aventure... Un homme l'a particulièrement remarquée : Albert Edward, le prince de Galles.

Lillie Langtry est née 'Emilie Charlotte Le Breton', le 13 Octobre 1853, à St Saviour, sur l'île de Jersey. Elle est la fille du Révérend William Corbet Le Breton, Doyen de l'île.

Seule fille d'une famille de 7 enfants, ses 6 frères ne lui font pas la vie facile... Elle ne se laisse pas faire, ce qui lui forge et endurcit son caractère. Sa blancheur de peau lui vaut très tôt son surnom de Jersey Lily, du nom de la fleur emblème de l'Île de Jersey. Elle séduit déjà par sa classe et surtout par sa beauté. Elle épouse en 1874, Edward Langtry, son beau-frère, veuf, âgé de 26 ans, un propriétaire foncier irlandais et passent ensemble plusieurs semaines sur son splendide Yacht : le 'Red Gauntlet '. Tous les deux s'installent à Londres deux ans plus tard.

Cette première année se déroule sans incident à Southampton, sauf qu'Edward commence à boire beaucoup, la laisse seule et Lillie s'ennuie... Elle tombe malade, et son médecin très proche de sa patiente, convainc son mari qu'elle a besoin d'un changement complet et que la réalisation de son souhait d'aller à Londres permettrait d'accélérer sa guérison ...

En 1877, lors d'une soirée, Lillie - qui vient de perde son jeune frère Reggie dans un accident de cheval - porte une robe de deuil toute simple contrastant avec le strass des tenues des autres invitées, est remarquée par les artistes John Millais et Frank Miles... Le portrait d'elle – dans cette tenue de deuil - , de Millais intitulé Lily Jersey, va asseoir sa renommée et sa beauté dans tout Londres.

Sa conversation intelligente, ses opinions tranchées et sa répartie, font qu'elle est très appréciée et demandée lors de réunions mondaines. Le Prince de Galles souhaite rencontrer cette femme célèbre pour ses yeux violets, son intelligence et son sens de l'humour.

Un dîner discrète est organisée chez Sir Allen à Londres. Mme Langtry est assise à côté du prince, tandis que son mari est placé à l'autre bout de la table. Edward Langtry n'a pas d'autre choix que de suivre le protocole et ne fait aucune objection.

 

 

John Everett Millais - Lillie Langtry (A Jersey Lily) King Edward VII (1841-1910).

Lillie devient bientôt la maîtresse du prince à l'exclusion de toutes les autres.

Il est discrètement rappelé à ceux qui invitent le prince, quelque que soit l'occasion mondaine, qu'il serait judicieux d'inviter aussi, Mme Langtry, sinon il serait très peu probable que le Prince y assiste....

Le prince n'est plus intéressé par aucune autre femme et Lillie est reconnue comme sa maîtresse 'officielle', se fait conduire avec elle dans une calèche ouverte et se promène avec elle en public lors d'événements sportifs et mondains...

Portrait of Lillie Langtry by Herbert Gustave Schmalz, 1890s Lillie Langtry - 'The Jersey Lily'

Bien que les deux soient mariés, leur relation n'est pas un secret. Lillie Langtry est même présentée à la reine Victoria. A cette occasion Lillie porte dans les cheveux, trois plumes d'autruche stylisées qui représentent l'emblème du pays de Galles...

Mais, le Prince de Galles Albert Edward ( Bertie pour les intimes) , est volage... La relation de Lillie avec le prince, se termine alors que lors d'une soirée, Lillie boit trop et crée un 'incident' …

Bertie se tourne bientôt vers d'autres cieux - et d'autres yeux: ceux de Sarah Bernhardt.

Lillie & Edward Langtry Sarah Bernhardt  ... Her lovers included Victor Hugo and the Prince of Wales ...

Lillie essaie de se consoler dans les bras du cousin du prince de Galles, le Prince Louis de Battenberg. Il lui laissa un souvenir sous forme d'une petite fille, Jeanne-Marie, qui naît en mars 1881 à Paris.

Le prince Louis de Battenberg, va épouser la petite-fille de la reine Victoria, la Princesse Victoria de Hesse et de Rhénanie en 1884 , et deviendra le père de Louis Mountbatten de Birmanie, le dernier vice-roi de l'Inde, et grand-père du prince Philip, duc d'Édimbourg.

Sitôt que Lillie n'eut plus les faveurs du Prince, les invitations de la haute société se sont retirées, et les créanciers qui ont détecté un changement de fortune pressent Lillie de régler de toute urgence l'état de ses comptes.

Son mari, Edward Langtry n'a pas assez de fortune pour soutenir le nouveau style de vie de sa femme... Leur mariage ne tient plus, et Edward boit beaucoup....

En plus de sa grossesse illégitime, il s'en suit la banqueroute de son mari et ses frasques provoquent la rétrogradation de son père du poste de doyen religieux à celui de simple pasteur à Londres.

Lillie Langtry Rare Lily Langtry in crown

A suivre ...

Voir les commentaires

Une image, une histoire -2/99- La femme du peintre

Publié le par Perceval

La-femme-de-l-artiste.jpg

Voici une série de photos, retrouvés sur une collection de négatifs sur verre. Ces négatifs proviennent d'une vente de succession, ils avaient été négligés depuis le début des années 1900.

Le photographe est un peintre français ( inconnu … ?). L'artiste vit à Paris, il s'est rendu en Espagne au début du XXe siècle et a rencontré et épousé une femme espagnole. Il prend une soixantaine de photographies d'elle, en particulier des nus. Elle devient ainsi son modèle et utilise les tirages pour sa peinture …

Sources : Marianne Clancy.

Voir les commentaires

Le Taj Mahal - Une belle histoire d'amour -2/2-

Publié le par Perceval

Au petit matin, Mumtaz Mahal ferme les yeux pour l’éternité, nous sommes le 17 juin 1631.

La dépouille mortelle de Mumtaz Mahal est baignée de camphre et d'eau de rose puis enveloppée dans cinq tissus précieux. Quatre proches parents la transportent jusqu'au lieu d'inhumation. Elle est temporairement enterrée dans un jardin au bord de la rivière Taptià deux pieds sous terre, son corps aligné du nord au sud et son visage tourné vers la Mecque.

Shahan Jahan garde le deuil pendant quarante jours. Il ne porte que du blanc, couleur de deuil, et ses cheveux se mettent également à blanchir. Il va souvent se recueillir sur sa tombe où il sanglote jusqu'à l'aube. La musique ne l'intéresse plus et il refuse de pénétrer dans le quartier des femmes que lui rappelait trop sa présence. Pendant deux ans, Shahan Jahan est un homme brisé. Cette affliction plonge son empire dans un deuil profond qui dure deux années, pendant lesquelles toutes les festivités sont annulées et où aucune musique n’émane du royaume.

Six mois après son décès, il fait transporter sa dépouille à Agra, non loin du lieu qui deviendra sa demeure final. Le jardin où sera construit son mausolée est acheté au maharaja de Jaipur.

Il convoque l’architecte perse le plus célèbre, Usad Ahmad de Lahore, fait assassiner sa femme, pour qu’il puisse ressentir la peine de cette perte et la projeter dans l’édifice. Grande est sa peine, sublime est son chef-d’œuvre.

Les travaux commencent en 1632. L’empereur fait appel aux meilleurs joailliers, aux meilleurs architectes, à des artisans venus de Perse mais aussi de l’Empire Ottoman et d’Europe afin que son palais soit l’un des plus magnifiques. La naissance du Taj Mahal a été conçue comme le plus beau des bijoux dans un magnifique écrin de marbre.

Mumtaz rejoint enfin sa somptueuse et dernière demeure en 1654. Le Shah Jahan tombe malade et le pouvoir est disputé par ses fils, dont Aurangzeb qui finit par faire enfermer son père. De sa cellule, il contemple encore pendant huit années, le Palais du Taj Mahal construit pour sa belle.

La légende dit qu’il finit par mourir, tourné vers cette lumière, celle de son amour éternel.

Le Taj Mahal, qui signifie « Palais de la Couronne », est situé à Agra, au bord de la rivière Yamunâ dans l’État de l’Uttar Pradesh en Inde.

Le chroniqueur officiel de Shâh Jahân, Abdul Hamid Lahori indique que le Taj Mahal est achevé fin 1643 ou début 1644. Mais à l’entrée principale une inscription indique que la construction s’est achevée en 1648. L’État de l’Uttar Pradesh, qui a célébré officiellement le 350e anniversaire de l’édifice en 2004, affirme quant à lui que les travaux se sont achevés en 1654.

Le Taj Mahal est construit en utilisant des matériaux provenant de diverses régions de l’Inde et du reste de l’Asie. Plus de 1 000 éléphants sont employés pour transporter les matériaux de construction durant l’édification. Le marbre blanc est extrait du Rajasthan, le jaspe vient du Panjâb, la turquoise et la malachite du Tibet, le lapis-lazuli du Sri Lanka, le corail de la mer Rouge, la cornaline de Perse et du Yémen, l’onyx du Deccan et de Perse, les grenats du Gange et du Boundelkand, l’agate du Yémen et de Jaisalmer, le cristal de roche de l’Himalaya. En tout, 28 types de pierres fines ou ornementales polychromes ont été utilisés pour composer les motifs de marqueterie incrustés dans le marbre blanc.

Le dôme central du tombeau est entouré par quatre minarets identiques, qui s’inclinent vers l’extérieur de telle sorte qu’en cas de tremblement de terre, ils s’écroulent dans la direction opposée au tombeau. À la gauche du monument se trouve une mosquée, faite de grès rouge, qui a été construite afin de sanctifier l’endroit et fournir un lieu de culte aux pèlerins.

Inscrit au patrimoine mondial de l'humanité en 1983, le Taj Mahal semble aussi immaculé aujourd'hui qu'à l'époque de sa construction. Il a connu une restauration majeure au début du XXeme siècle. En 2002 après avoir été progressivement sali par la pollution urbaine, il a retrouvé sa splendeur grâce à une ancienne recette de masque de beauté (le multani mitti) un mélange de terre, de céréales, de lait et de chaux utilisé jadis par les femmes indiennes pour embellir leur peau. Aujourd'hui seuls les véhicules non polluants peuvent s'approcher du mausolée.

Voir les commentaires

Maria Luisa Casati, par Boldini

Publié le par Perceval

 

Marquesa-Casati-with-greyhounds.-Portrait-by-Giovanni-Boldi.jpg

Portrait de Maria Luisa Casati avec un Greyhound. Huile sur toile, 1908.

Luisa Adela Rosa Maria von Amann est née à Milan en 1881 dans une richissime famille austro-italienne. En 1900, elle se marie avec Camillo, Marquis Casati Stampa di Soncino (1877-1946). Après la naissance de leur seul enfant, ils vivent chacun de leur côté. La séparation est déclarée en 1914, mais le mariage durera jusqu'à la mort du Marquis.

 Luisa-Casati--1881-1957--with-Paul-Cesar-Helleu-and-Giovann.jpg

Photographie de Mariano Fortuny réunissant le peintre Paul Cesar Helleu (1859-1927) à gauche, Boldini au centre et Maria Luisa Casati à droite. 1913.

 

Elle mène une vie totalement excentrique, se promenant avec deux guenons ou avec des serpents vivants en guise de bijoux.

En 1910 elle s'installe dans un palais vénitien sur le Grand Canal. Elle est ami avec Cocteau, Montesquiou, Diaghilev et sert de modèles à de nombreux artistes comme Man Ray, tout en aidant leur carrière, notamment celle des Futuristes. Elle a une aventure avec d'Annunzio mais aussi avec Romaine Brooks (1874-1970) portraitiste et lesbienne célèbre. 

En 1930, elle est totalement ruinée et a une dette de 25 millions de dollars. Coco Chanel est une de ses débitrices. Tout ce qui lui appartenait est vendu. Elle s'installe à Londres et finira par faire les poubelles. Elle meurt en 1957 à 76 ans, sans un sou vaillant.

Boldini a fait au moins trois portraits de la Marquise, dont un entièrement nue. Tous les artistes qui l'ont représentée se sont accordés à dire que si elle n'était pas d'une beauté exceptionnelle, il émanait de sa personne un magnétisme extraordinaire.

Boldini-Portrait-de-Maria-Luisa-Casati-nue-1914.jpg giovanni-boldini--Nue-a-la-chevelure-rousse.jpg
Boldini: Portrait de Maria Luisa Casati nue, 1914 Giovanni-Boldini- Nu à la chevelure rousse

Ce 'nu à la chevelure rousse', est sans doute aussi un portrait de la Marquise.

Voir les commentaires

La dame de Shanghai

Publié le par Perceval

Rita Hayworth, atteint son apogée de star avec le film Gilda (1946) de Charles Vidor.

Alors qu’ils sont en instance de divorce, Orson Welles lui offre, comme un cadeau de rupture, son meilleur film, La Dame de Shanghai.

Je viens de revoir ''La Dame de Shanghai '' (1947) un film de Orson Welles avec Rita Hayworth et Orson Welles...

Un film 'décalé' ( pas seulement parce qu'il est de 1947...) et envoûtant...

Plus qu'une histoire, il s'agit d'une atmosphère, d'un cauchemar... Chaque plan porte une charge d’insolite, de jeu entre les apparences trompeuses et la réalité.

Ce film est un jeu sur l'image et l'univers possible que l'on peut créer avec des images : de la fiction, de la romance, du rêve d'un monde sans rêve, de la réalisation de la beauté comme promesse. On se rend compte de la nature fascinante, magique et mythique, de l'image cinématographique, capable de métamorphoser la beauté, en apparence démoniaque et fatale...

Dans le palais des mirages, à la fin du film, images et réalité s'auto-détruisent... Ainsi ce film, démontre la force mythique, et ici le mensonge et l'artifice de l'image de la Femme : fascinante, séductrice, fatale … L'œuvre crée à la fois la belle apparence et en conjure la magie : la belle apparence est mortelle...

En ce qui concerne l'histoire, dès le départ le personnage d'Elsa 'Rosalie' Bannister est bordé de mystère, on ne sait pas trop ce qu'elle fait seule dans la calèche en pleine nuit, au beau milieu de Central Park. Welles la présente comme une tentatrice fatale, il fait jouer les couleurs... Elle apparaît dans la nuit noire, resplendissante, vêtue de blanc, on ne voit qu'elle... Tout y est, regards, sourires, beauté perfide et captivante. Rapidement, Michael O’Hara ( O. Welles ) n'est pas en mesure de résister aux provocations d'Elsa et lorsqu'elle lui propose de la suivre dans le yacht de son mari, Arthur Bannister (Peter Sloane), il accepte juste pour la revoir.

Le mari ( Bannister) insiste lui-même pour que qu’O’Hara vienne avec eux en croisière... !

Pendant le voyage, Michael fait la connaissance de l’associé du mari, l’ignoble George Grisby (Glenn Anders), personnage repoussant: voyeuriste, suintant, mesquin, vicieux et sympathisant d’extrême-droite. O’Hara pénètre ainsi un univers qui le répugne, peuplé d’individus morbides qui se haïssent mais qui restent pourtant inséparables.

En les approchant, O’Hara entre dans leur jeu : on n’échappe pas au désir de l’autre. C’est alors que Grisby fait une étrange proposition à Michael : accepter d’endosser la responsabilité de son propre meurtre contre 5000 dollars. Avec l’argent, O’Hara pourrait convaincre Rosaleen de le suivre et de quitter son mari. Il accepte, et tombe ainsi dans une sombre machination...

Il y a l'amour de Michael, amoureux de Rosalie, ou plutôt de son image, de ce qu’elle incarne par la façon dont il l’idéalise et qui devient un pantin pathétique, profondément meurtri, dont le cynisme apparent cache une souffrance réelle. L'amour de Grisby fait de désir physique et de haine de Bannister... Et, Rosalie, à force d’être aimée de tous, elle ne peut aimer personne. Elle joue de l'amour qui devient pervers... Cette relation n'est plus qu'un jeu d’identification où les uns se définissent par rapport aux autres comme l’explicite la scène des miroirs. « Te tuer c’est me tuer moi-même, c’est la même chose » dit Bannister à sa femme avant leur fusillade. Ce qui se brise, aussi, avec les miroirs c’est l’image de Rosaleen, l’image qu’en avait Michael, son idéalisation.

Le dialogue renvoie à l’histoire de ''la grenouille et du scorpion'' de Mr Arkadin ( autre film de O. Welles) . Que l’on soit grenouille comme O’Hara ou scorpion comme Rosaleen, s’est toujours par un consentement mutuelle que l’un pique l’autre.

Welles filme le désir entre Michael et Elsa, le malaise (gros plans sur les visages masculins dégoulinant de sueurs) et enfin le malheur sur la scène finale, (plans rapprochés sur les visages des époux qui s'entretuent).

La Dame de Shanghai est un film qui ne ménage pas le spectateur. La star de l'époque Rita Hayworth, de splendide femme rousse devient ici une froide blonde calculatrice, qui meurt lamentablement et dans l’indifférence du héros. L’intrigue, elle-même déroute, semble incompréhensible, et finalement Welles la relègue au second plan au profit d’une mise en abyme des rapports aliénants des personnages. Enfin, la conception narrative du cinéma classique est bousculée par la modernité du récit orienté vers l’abstraction et la métaphysique.


La Grenouille et le scorpion

Un jour, sur le rivage d’un étang, un scorpion pensif rêvait de se promener sur l’autre rive, mais il ne savait pas nager. Au loin, il aperçut une grenouille, il l’appela et lui demanda :

– « Bonjour, Grenouille, je voudrais traverser cet étang mais je ne sais pas nager. Pourrais-tu m’aider ? » – « Oui, je veux bien mais comment le pourrais-je ? », lui répondit la grenouille surprise. – « Porte-moi sur ton dos jusqu’à l’autre berge », lui dit le Scorpion. – « Certainement pas. Si je le faisais, tu me piquerais et je mourrais », répondit la Grenouille. – « Mais pas du tout, je ne te piquerais pas car sinon tu coulerais et je coulerais avec toi», lui rétorqua le Scorpion – « C’est vrai. Tu as raison. Alors d’accord! », lui répondit la Grenouille, convaincue et rassurée.

Le Scorpion monte sur le dos de la grenouille. Celle-ci commence à nager en direction de l’autre berge. Mais au milieu de l’étang, le Scorpion relève sa queue et pique la grenouille qui se paralyse et coule.

– « Je vais mourir et tu m’avais pourtant promis que tu ne me piquerais pas. Tu vas mourir également, d’ailleurs, puisque tu ne sais pas nager », s’exclama la grenouille. « Je sais, Grenouille, mais vois-tu, c’est dans ma nature… Je n’ai pas pu m’en empêcher », conclut le scorpion.

Et la Grenouille et le Scorpion sombrèrent dans les eaux profondes de l’étang.

Voir les commentaires

<< < 1 2 3 4 5 6 7 8 9 10 > >>