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Articles avec #femme tag

Le couple pendant la Grande Guerre (14-18)

Publié le par Perceval

L'impact de la guerre s'est aussi porté sur le couple, et les relations intimes homme-femme...

En France, parmi les 7,9 millions d’hommes mobilisés, environ 4 millions étaient mariés, ce qui signifie que 8 millions de personnes expérimentèrent la guerre en leur couple. Ce chiffre ne prend pas en compte les couples non mariés ou simplement fiancés. La séparation induite par la guerre concerne donc un bien plus grand nombre de personnes... Le conflit, parfois qualifié de « catastrophe sentimentale », aura donc secoué un nombre considérable d’histoires conjugales, si ce n’est brisé les relations intimes.

De nombreuses lois votées pendant la guerre sont destinées à sauvegarder l’institution du mariage, à faciliter les démarches des conjoints, à pallier l’absence de l’homme comme pilier de la famille, et - par exemple - d’exercer la puissance paternelle en cas de mobilisation du mari...

La loi sur l’allocation aux femmes de mobilisés témoigne de la très grande réactivité des pouvoirs publics face aux séparations des couples. La loi du 4 avril 1915, qui autorise le mariage par procuration, est sans doute celle qui manifeste le mieux la volonté de préserver, à tout prix, l’institution maritale mise en danger par le conflit.

Le couple est plongé pendant la guerre au cœur à tout un système de représentations, véhiculé par la presse... . La fidélité des femmes ou leur penchant pour l’adultère, l’amour vainqueur de la guerre ou les antagonismes issus du conflit, le courage et les larmes des femmes lors du départ de leurs conjoints, l’union ou l’incompréhension profonde entre les sexes, le partage et la solitude des corps et des cœurs...

Le couple apparaît, dès le mois d’août 1914, comme un vrai enjeu de guerre : le fait d’insister sur la noblesse des épouses et sur la détermination est une façon de glorifier la France. Mais, l’idée que la guerre pourrait être à l’origine d’une crise conjugale durable préoccupe de nombreux contemporains.

« Le mariage a été, lui aussi, touché par la guerre qui détruit en peu de temps ce que les siècles avaient construit. (…) Les premiers mois le lien conjugal s’était resserré. Comme le sentiment religieux, la tendresse des femmes s’était exaltée. Et il n’était guère de soldat qui ne portât sur son cœur la photographie d’une femme, souvent aussi de petits enfants (…) Mais la guerre a duré trop longtemps. Il fallut, pour vivre, s’accoutumer à l’absence. De part et d’autre, on s’y accoutuma » Henry Bordeaux( 1870 – 1963) avocat, romancier et essayiste français.

Selon certains auteurs, la séparation des couples, la très forte mortalité des hommes et le bouleversement du quotidien pour les femmes restées à l’arrière devraient provoquer la faillite de l’institution du mariage. La crise du mariage prendrait deux formes : d’une part, le déséquilibre du rapport hommes-femmes est censé faire augmenter le nombre de femmes célibataires. D’autre part, l’incompréhension mutuelle due à des expériences et à des attentes réciproques non compatibles risque de faire augmenter sensiblement le nombre de divorces.

À suivre …

Sources : Clémentine Vidal-Naquet / et Encyclopédie de la Grande Guerre. 1914-1918, Paris, Bayard, 2004

 

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Guy Pène du Bois, peintre.

Publié le par Perceval

Guy Pène du Bois, peintre.
Guy Pène du Bois, peintre.
Guy Pène du Bois, peintre.
Guy Pène du Bois, peintre.
Guy Pène du Bois, peintre.
Guy Pène du Bois, peintre.
Guy Pène du Bois, peintre.
Guy Pène du Bois, peintre.
Guy Pène du Bois, peintre.
Guy Pène du Bois, peintre.
Guy Pène du Bois, peintre.
Guy Pène du Bois, peintre.
Guy Pène du Bois, peintre.
Guy Pène du Bois, peintre.

Les ''Pène du Bois'' sont issus d'immigrés français venus s'établir en Louisiane en 1738. Guy, lui, est né à Brooklyn en 1884.

Guy Pène du Bois (1884-1958) a commencé sa formation artistique en 1899, quand il s'inscrit à la New York School of Art pour étudier avec le peintre William Merritt Chase. En 1902 , il est inscrit à un cours de peinture avec Robert Henri , dont les enseignements conduisent Pène du Bois à se tourner davantage sur la vie quotidienne... En 1905, Pène du Bois voyage en Europe pour étudier avec Théophile Steinlen , et revient aux États - Unis à la mort de son père l'année suivante.

À partir de 1906, Pène du Bois travaille comme illustrateur pour le New York américain, et il commence à écrire de la critique d' art. Il devient le rédacteur en chef des Arts et de la décoration en 1913 et également écrit pour le New York post et les magazines The Arts et hebdomadaires Arts . Il fonde une revue d'opinions d'artistes.

The Lady Witness (1938)

Les tonalités sombres et l'impasto le rapprochent des artistes de la Ashcan school. Plus tard, de 1924 à 1929, Pène du Bois ira vivre en France avec femme et enfant. Après ce séjour, sa peinture se fait plus intense, plus psychologique, son regard moins satirique. Il meurt en 1958.

Guy Pène du Bois, peintre.
Guy Pène du Bois, peintre.
Guy Pène du Bois, peintre.
Guy Pène du Bois, peintre.
Guy Pène du Bois, peintre.
Guy Pène du Bois, peintre.
Guy Pène du Bois, peintre.
Guy Pène du Bois, peintre.
Guy Pène du Bois, peintre.
Guy Pène du Bois, peintre.
Guy Pène du Bois, peintre.

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Le Ladies Home Journal

Publié le par Perceval

1887

1890

1891

1897

1900

1901

Le Ladies Home Journal était un magazine féminin américain publié par la Meredith Corporation. Son premier numéro a été publié le 16 février 1883, et le dernier le 24 avril 2014.

1902

1903

1905

1907

1910

1911

1911

1911

1914

1914

1916

1917

1918

1921

Il a été l'un des principaux magazines féminins du XXe siècle aux États-Unis.

Il a été le premier magazine américain à atteindre un million d'abonné(e)s en 1903.

1930

1933

1935

1936

1936

1936

1938

1939

1936

1941

1943

1943

Il a été le premier journal à publier certaines nouvelles d'Agatha Christie.

1948

1949

1949

1950

1951

1953

1955

1957

1957

1967

2009

2012

*****

Le 18 Mars 1970, des féministes occupent les bureaux du ''Ladies Home Journal''. Elles jugent la rédaction du journal, autoritaire, paternaliste, et tout simplement sexiste, elles exigent que le contenu soit fait par des femmes et pour les femmes....

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Jared Joslin

Publié le par Perceval

Jared Joslin

Jared Joslin est né en 1970 à Fort Collins au Colorado et vit présentement avec sa femme, Jessica, sculpteure, à Chicago.

Le travail de cet artiste est empreint des années folles. Il s'inspire de photos des années trente et quarante qui l'interpellent...

Plonger dans une autre époque de l'histoire, un autre endroit ou dans l'univers de quelqu'un(e) qui nous attire instinctivement, est une expérience indicible...

J. Joslin réinterprète et adapte son travail à son univers personnel. Il insuffle de la vie à ses personnages comme si ils étaient toujours là... Jeux de rôles avec des autoportraits... Une peinture réaliste et fantaisiste à la fois, réminiscence du passé...

Jared Joslin
Jared JoslinJared Joslin
Jared JoslinJared Joslin
Jared JoslinJared Joslin
Jared Joslin
Jared Joslin
Jared Joslin
Jared Joslin
Jared Joslin
Jared Joslin
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Le jeu d'échecs avec dames. -4/4-

Publié le par Perceval

Le jeu d'échecs avec dames. -4/4-
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Le jeu d'échecs avec dames. -4/4-Le jeu d'échecs avec dames. -4/4-Le jeu d'échecs avec dames. -4/4-

On pourrait montrer la sexualité même de ce jeu qui tend à une victoire totale sur un sexe qui se rend faible, qui tend à pénétrer ses défenses, à le dénuder, à le posséder, à le sentir expirer sous sa domination... Sexualité où le plaisir est de dominer ou d'être dominé... C'est souvent ce que les artistes ont représenté.

Une gravure du XVIIIe s. de Charles André Van Loo montre un jeune homme manifestement ne mauvaise position sur l’échiquier, battu par une jeune femme, à l'évidence beaucoup plus experte en tous jeux, peut-être se levant pour s'y livrer, cela, devant un témoin dont le regard en dit long sur l'enjeu du combat.

Le thème de la toute puissance féminine se prolonge dans une partie perdue. Il est à nouveau repris en 1836, par George Flagg qui signifie, par le regard ironique et attendri de la servante posée sur l'homme soucieux, qu'il va se faire croquer par la belle jeune femme, au port altier, qui lui fait face.

Il est encore renouvelé par Joseph West, en 1920, dans son tableau décrivant une scène du XVIIIe s., Black to move, dans laquelle l'homme, qui a les noirs, courbé devant l’échiquier, semble en difficulté alors que son adversaire féminin, avec les blancs, elle-même tout de blanc vêtue, savoure sa victoire devant un paravent suggestif. Le sol de carrés blancs et noirs nous signifie clairement que ce sont les joueurs qui sont les pièces d'un jeu de domination amoureuse.

Sur une idée du photographe Julian Wasser, ici le happening de Marcel Duchamp lors de l'inauguration de l'exposition qui lui est consacrée, en 1963, à Pasadena. M. Duchamp joue trois parties d'échecs contre la célèbre Eve Babitz, petite fille d'Igor Stravinsky agée de vingt ans et entièrement nue, la ''matant'' trois fois rapidement tout en lui parlant de l'Oiseau de feu. Eve Babitz ne connaissait pas Duchamp, mais elle avait accepté le défi... D'autant qu'elle était furieuse de n’avoir pas été invitée à la fête d'inauguration : en effet, son amant, le commissaire de l'exposition voulait éviter sa présence, alors qu'il était lui-même présent avec sa femme … Eve Babitz, se vengeait ainsi par une acte éclatant, lors de cette photo prise à sept heures du matin … !

Cette photo sera ensuite reprise par d'autres artistes ...

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James Montgomery Flagg, illustrateur.

Publié le par Perceval

James Montgomery Flagg, illustrateur.

James Montgomery Flagg (18 juin 1877 – 27 mai 1960) est un peintre et illustrateur Américain. Artiste éclectique, il fait aussi bien de la peinture classique que de la bande dessinée, mais il est surtout connu pour ses affiches.

 

Flagg est né à Pelham Manor, un village du comté de Westchester dans la banlieue de New York. Passionné par le dessin dès son jeune âge, à douze ans il voit ses premières illustrations publiées dans les magazines. À 14 ans il travaille pour Life Magazine, et l'année suivante il fait partie de l'équipe de Judge. À 20 ans, il étudie les arts plastiques à Londres et Paris, puis revient aux États-Unis, où il produit de manière prolifique des illustrations pour des livres, des couvertures de magazine, des dessins humoristiques politiques, de la publicité, et des croquis.

 

 

Son affiche la plus célèbre est créée en 1917 pour encourager le recrutement dans l'armée des États-Unis pendant la Première Guerre mondiale. Elle montre l'Oncle Sam pointant son doigt vers l'observateur.

Le personnage de l'Oncle Sam a commencé à être utilisé pendant la guerre de 1812. Oncle Sam a toujours été dépeint comme un homme bourru, mais sympathique.

James Montgomery Flagg, illustrateur.
James Montgomery Flagg, illustrateur.James Montgomery Flagg, illustrateur.James Montgomery Flagg, illustrateur.
James Montgomery Flagg, illustrateur.James Montgomery Flagg, illustrateur.James Montgomery Flagg, illustrateur.
James Montgomery Flagg, illustrateur.James Montgomery Flagg, illustrateur.James Montgomery Flagg, illustrateur.

L'un des sujets préférés de Flagg était celui des femmes. Pendant les années 1920, Flagg privilégiait dans ses dessins les courbes féminines, ce qui était contre la tendance du temps. Son image de sa femme idéale n'a jamais changé au fil des ans.  

Auto-portraits ...

James Montgomery Flagg, illustrateur.
James Montgomery Flagg, illustrateur.
James Montgomery Flagg, illustrateur.
James Montgomery Flagg, illustrateur.
James Montgomery Flagg, illustrateur.
James Montgomery Flagg, illustrateur.
James Montgomery Flagg, illustrateur.
James Montgomery Flagg, illustrateur.
James Montgomery Flagg, illustrateur.
James Montgomery Flagg, illustrateur.
James Montgomery Flagg, illustrateur.
James Montgomery Flagg, illustrateur.
James Montgomery Flagg, illustrateur.
James Montgomery Flagg, illustrateur.
James Montgomery Flagg, illustrateur.
James Montgomery Flagg, illustrateur.
James Montgomery Flagg, illustrateur.
James Montgomery Flagg, illustrateur.

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Le jeu d'échecs avec dames. -2/4-

Publié le par Perceval

Lecomte du Noüy nous plonge dans l'univers de volupté d'un harem ...
Lecomte du Noüy nous plonge dans l'univers de volupté d'un harem ...

Lecomte du Noüy nous plonge dans l'univers de volupté d'un harem ...

Quelques tableaux reprennent la lenteur, la langueur de l'Orient, qui incitent à imaginer l'abandon à ce jeu subtil de séduction où les femmes emprisonnent les hommes, l'abandon au relâchement des sens … Jean-Léon Gérôme peint des almées ou des arabes se livrant à ce jeu, et Lecomte du Noüy nous plonge dans l'univers de volupté d'un harem, comme plus tard Matisse qui aime à flanquer ses odalisques alanguies d'un échiquier, symbole d'une défaite à laquelle elles ont déjà consenti.

Un jeu de rois...

Les artistes médiévaux représentent parfois le roi jouant contre une autre roi, comme dans le roman réalisé pour Louis II d'Anjou, roi de Naples en 1352 ; ou avec un seigneur comme dans le célèbre livre de Moeurs des nobles de Jacques de Cessoles, moine lombard qui voit dans le jeu un moyen de corriger les mauvaises manières des rois et leur éviter le désœuvrement par la variété du jeu.

Ce livre peint le tableau de la société médiévale idéale calquée sur les mouvements des pièces. Le jeu devient un mode de communication délicat, mais aussi un artifice utilisé pour les déclarations courtoises et galantes.

Le jeu d’échecs, comme la chasse, serait un passe temps princier, un délassement , pas anodin, toutefois puisque la règle des Templiers interdisait les échecs et que l’Église a condamné à maintes reprises le jeu, au XIIIe s., jusqu'à obtenir de Louis IX son interdiction, en 1254... Si l'on représentait les rois jouant aux échecs, c'était pour montrer qu'ils étaient au-dessus des lois de l’Église.

Hans Muelich, Duke Albrecht V of Bavaria and his wife Anna of Austria playing chess, 1552  

On représente un roi, un prince, jouant avec son épouse – Othon IV de Brandebourg et sa femme ; Hans Mielich peint Albert II de Bavière et sa femme .. - Figures qui mettent en participation le couple dans le grand jeu du pouvoir, pour affirmer la supériorité stratégique du roi ( le doigt pointé du roi) ou qui évoquent de cette manière – la seule possible – d'autres jeux qui unissent roi et reine ; et que seuls l'artifice des échecs permet de représenter .

Les femmes jouent, et jouent certainement bien puisque, Ferdinand de Portugal, époux de Jeanne de Flandre à la fin du XIIe siècle, a la fâcheuse habitude de rosser sa royale épouse quand elle remporte la victoire !

Au Moyen Âge les femmes pratiquaient ce jeu autant que les hommes. « Aux Échecs, écrit Harold Murray dans son History of Chess, les gens des deux sexes se rencontraient sur un pied d’égalité et on appréciait beaucoup la liberté dans les rapports que permettait ce jeu. Il était même autorisé de rendre visite à une Dame dans sa chambre pour jouer aux Échecs avec elle, ou pour son amusement».

Les Échecs étaient peut-être le seul espace de rencontre d’égale à égale entre les hommes, guerriers et chasseurs, peu enclin à l’exercice intellectuel et les femmes confinées le plus habituellement à une fonction nourricière. « Et cette rencontre autorisait une liberté surprenante dans les comportements sexuels, où la femme tenait souvent le rôle le plus actif», notent Jacques Dextreit et Norbert Engel dans Jeu d’Échecs et sciences humaines.

« L’affrontement des joueurs est une métaphore à peine voilée de l’affrontement des amants lors de la conquête amoureuse », écrit Nicolas Coutant sur Images de l’amour courtois aux XIVe et XVe siècles. « Peu de temps après que la Reine apporta sa présence féminine sur l’échiquier, le jeu fut considéré comme le lieu de conquêtes romantiques autant que militaires », explique Marilyn Yalom dans son livre Birth of the Chess Queen. Un peu comme si l’existence de la Reine dans l’univers des soixante-quatre cases légitima la présence des femmes devant l’échiquier réservé jusque-là à la gent masculine.

 « Les filles de bonne famille, conclut Marilyne Yalom, pouvaient envisager ces rencontres mixtes, avec toutes les possibilités romantiques qu’elles pouvaient offrir. Les Échecs fournissaient un alibi pour les amoureux d’une rencontre dans l’intimité des jardins et des boudoirs, où ils pouvaient s’entraîner à leurs sentiments autant qu’à la pratique du jeu. Et contrairement aux dés, associés à la licence et au désordre, les Échecs devaient être joués avec une cérémonie prudente. C’était une métaphore parfaite pour l’amour… »

Au seizième siècle encore, les peintres comme Lucas de Leyde, Hans Muelich, Giulio Campi, Sofonisba Anguissola et bien d’autres immortalisent le beau sexe affrontant des adversaires masculins.

A suivre ...

Giulio Campi, 1550,  et Sofonisba Anguissola (1535 - 1625), femme peintre italienne...
Giulio Campi, 1550,  et Sofonisba Anguissola (1535 - 1625), femme peintre italienne...

Giulio Campi, 1550, et Sofonisba Anguissola (1535 - 1625), femme peintre italienne...

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Le jeu d'échecs avec dames. -1/4-

Publié le par Perceval

Le jeu d'échecs est né en Orient, probablement en Inde, avant la Chine.

Le livre des rois de Ferdowsi raconte qu'un rajah indien envoie un jeu d'échecs au grand roi persan Chosroès 1er ( VI e siècle) sans lui en dire les règles, le mettant au défi de les deviner à la seule vue des pièces.

La première référence écrite - on la doit à As-Suli - sur le jeu de Shatranj l’ancêtre des Échecs, remonte à l’an 600. On y lit une jolie histoire. Murwardi, un très auguste, mais quelque peu flambeur souverain, avait perdu toute sa fortune dans de précédentes parties contre un prince étranger. Il ne lui restait comme toute dernière possession que son épouse favorite, la divine Dilaram « confort de son cœur et de son âme ». Mais le démon du jeu et le désespoir le pousse une ultime fois devant l’échiquier dans l’espoir d’une fortune meilleure et la belle Dilaram est l’enjeu de cette partie de la dernière chance.  Flambeur, mais guère bon joueur, voilà notre prince de nouveau en difficulté et sur le point de perdre la partie. La belle, peu confiante dans les talents chatrengiques de son noble époux, épie cachée derrière le purdha, le rideau qui sépare l’espace persan entre les hommes et les femmes. Le pauvre roitelet tout penaud s’en va dire à sa belle qu’elle s’apprête à faire ses valises, sa position est perdue et il s’en revient à l’échiquier pour le coup de grâce !

Heureusement, Dilaram instruite des secrets du jeu derrière son écran chanta :

— Shaha do rukh bidayh, Dilaram ra madayh, peel-o-piyadah paysh kun -o- asp kisht maat

Ce qui signifie: « Noble seigneur, sacrifie tes Tours et non point Dilaram ! Avance ton Éléphant (le Fou persan) et ton pion et vaincs avec ton Cavalier ! » Le Roi suit les conseils de son astucieuse épouse et gagne !

Le jeu arrive en occident en passant par la Perse et le monde arabe. Comme en témoigne le Livre d'Alphonse X, qui représente des parties d'échecs fort amicales entre chrétiens et musulmans, c'est par l'Espagne que le jeu se popularise en Occident.

 

C'est à cette époque que le jeu d'échecs se féminise ( en orient aussi …). La pièce qui se tient aux côtés du roi était le vizir et elle porte encore ce nom en arabe : elle devient la reine... Pourquoi ? Peut-être par le désir du roi, de s'offrir, ou plutôt de jouer, de gagner ... la compagnie d'une femme ; consacrant définitivement l'élément féminin du jeu...

 

Dans son livre Birth of the Chess Queen, Marilyn Yalom, universitaire américaine signale que l’an mille voit le surgissement politique de femmes tel que Adélaïde de Bourgogne ou Theophano Skleraina ( princesse byzantine du Xe s.) . La promotion de la femme et le rôle politique de plus en plus grand de la reine au sein du couple royal ne pouvaient qu’entraîner cette mutation. 

 

Les femmes byzantines et musulmanes, de milieux sociaux très divers, jouaient aux échecs. Il est dit que Ali ibn Husayn, un arrière-petit-fils du prophète Mahomet, jouait avec son épouse et que le Caliphe Ma’mûn dépensa une fortune de deux mille dinars pour s’offrir une jolie esclave instruite dans le Jeu des Rois. La littérature islamique de cette époque fourmille d’historiettes opposant un homme et une coquette, en prélude à d’autres combats, s’affrontant sur l’échiquier. Dans l’une d’elles la belle Zayn al Maswâsif invite son soupirant à une partie sur un échiquier d’ébène et d’ivoire incrusté de rubis. Le pauvre amoureux, qui n’a d’yeux que pour son aimée, se déconcentre et perd rapidement, sans doute presser de passer à de plus doux assauts.

Et cet extrait des Mille et une Nuits : « Ce prince, s’étant fait apporter un jeu d’Échecs, me demanda par signe si j’y savais jouer et si je voulais jouer avec lui. Je baisai la terre et, en portant la main sur ma tête, je marquai que j’étais prêt à recevoir cet honneur. Il me gagna la première partie ; mais je gagnai la seconde et la troisième, et m’apercevant que cela lui faisait quelque peine, pour le consoler, je fis un quatrain que je lui présentai. Je lui disais que deux puissantes armées s’étaient battues tout le jour avec beaucoup d’ardeur ; mais qu’elles avaient fait la paix sur le soir, et qu’elles avaient passé la nuit ensemble fort tranquillement sur le champ de bataille. »

Dans un autre conte des Mille et une Nuits, la jolie (comme il se doit) princesse chrétienne Abrîza et ses non moins charmantes demoiselles de compagnie se livrent à un divertissement pourtant peu féminin : la lutte. Le prince (charmant comme il se doit) épie ces joutes gracieuses. Notre gaillard (on le comprend) se révèle aux donzelles et défie Abrîza en un combat à mains nues. Bien que très vaillant notre prince se trouble au contact de ce corps adorable et se fait rosser par la belle lutteuse. La princesse lui offre l’hospitalité. La nuit suivante Abrîza le défie à un combat moins brutal, une partie d’Échecs. Mais là encore, le prince est charmé par le visage exquis de la jeune fille et amoureux, il perd à nouveau, mais gagne (comme il se doit) le cœur de la ravissante chrétienne qui se convertit derechef à l’islam pour suivre son beau prince.

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Brigitte Lustenberger

Publié le par Perceval

Brigitte Lustenberger (1969, CH) a étudié l’histoire de la photographie à l’Université de Zurich.


Ses photographies se présentent en effet comme des mises en scène puisque leurs protagonistes sont appréhendés tels des personnages, selon une approche théâtrale. Elle les dirige avec soin à la manière d’un réalisateur de cinéma, en travaillant avec eux sur leurs gestes et leurs expressions faciales

Dans l’univers de Brigitte Lustenberger, tout est recherche du dépouillement pour mieux se focaliser sur les visages.

Elle sait combien ce genre photographique est par essence un mélange de connivence et de cruauté, destiné à obtenir en un temps succinct l’expression la plus juste et la plus sincère de la vérité du modèle. À la croisée de la matière et de l’esprit, du corps et de l’âme, du visible et de l’invisible, la face exprime les sentiments cachés, les humeurs et les affects. La multitude des expressions échappe à la répétition. Physiologiste de la psyché, la photographe traque et sonde la personnalité d’hommes et de femmes dans leurs attitudes et les inflexions de leur regard, afin de restituer l’irréductible singularité de leur présence. Mutiques, ils apparaissent dans la pleine intensité de leur être, tous saisis à la lumière naturelle dont Brigitte Lustenberger utilise l’action modelante à la façon d’un sculpteur maniant la glaise, puis qu’elle transcende plastiquement par la perfection des tirages.

Avec ces faces qui semblent surgir de mémoires perdues, Brigitte Lustenberger joue de la temporalité en imaginant leur fuite prématurée dans l’oubli. Si elles cristallisent le sentiment d’identité de l’homme, l’artiste suggère également qu’elles ne cessent de se dérober, d’échapper aux tentatives de les cerner et de les fixer une fois pour toutes. « Miroir des mouvements de l’âme », le visage dévoile le moi profond sans jamais l’exhiber ou l’épuiser.


Cette mise en relief de l’épiderme fournit un autre reflet de nous mêmes, de notre précaire humanité. Peu à peu les expressions s’altèrent, les flétrissures apparaissent, les joues se creusent, les cheveux blanchissent. Révéler le vieillissement nous aide à accepter notre impuissance devant l’avancée inexorable du temps, à affronter ce déclin inéluctable que les valeurs occidentales font redouter. Ces portraits constituent un moyen de retenir ces visages et de lutter contre leur anéantissement. Ainsi leur existence ne disparaîtra pas complètement, elle sera prorogée par les regardeurs, dépositaires de la mémoire.

Ce texte est de Julia Hountou pour - Bscnews.fr/


« Un miracle que nous ne voyons même plus, tellement il est commun, c’est qu’aucun visage humain, autant qu’il en existe et qu’il en ait existé, n’en reproduit un autre. […] Il n’y a pas un seul vivant qui reproduise exactement et trait pour trait l’un des milliards de visages qui nous ont précédés. Un être humain est tiré à un exemplaire unique et jamais reproduit depuis que le monde est monde. » (François Mauriac, Ce que je crois, Grasset, Paris, 1962, p. 34.)

 

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Lettres d'amour: Diderot – Sophie Volland -2/2-

Publié le par Perceval

En 1755 Sophie Volland devient la maîtresse de Diderot. Elle s’appelle « Louise-Henriette » mais Diderot la rebaptise '' Sophie '', en grec 'sagesse'.. Leur relation passionnée dure cinq ans. Puis, Madame Volland surprend les amoureux ensemble, et surcroît de malchance, Madame Diderot découvre une lettre de Sophie à son mari. Madame Volland emmène Sophie sur ses terres et Madame Diderot menace, en cas de divorce, d’interdire à Diderot de voir Angélique, sa fille chérie !

C’est à partir de ce moment que Diderot développe la métaphore d’Héloïse et Abélard pour évoquer leur amour. Les deux amants n’ont plus qu’une solution pour continuer à communiquer : s’écrire !

Le libertin et Sophie, échangent alors une correspondance passionnée et savante … Sophie, curieuse de tout, au courant des écrits des philosophes comme de ceux des scientifiques. Son intelligence vive, son jugement pertinent en font la correspondante privilégiée de Diderot pendant 14 ans.

À la cour de Versailles, Diderot peut compter sur de puissants protecteurs, à commencer par la marquise de Pompadour et Malesherbes, le directeur de la librairie.

Plus fort encore, la tsarine Catherine II de Russie lui apporte son soutien et, pour le libérer de ses tracas financiers, lui achète sa bibliothèque tout en lui en laissant l'usage. Diderot va rendre visite à sa bienfaitrice en 1773 à Saint-Pétersbourg.

En 1769, Diderot devient l’amant de madame de Maux.

En 1773-74 il effectue le voyage à Saint-Petersbourg auquel Catherine II l’invitait depuis des années. Il en revient épuisé et affaibli.

Denis Diderot décède le 31 juillet 1784, six mois après sa maîtresse Sophie Volland.

Sans doute, dans cette correspondance, Sophie par ses retards, ses lenteurs , n’y exprimait peut-être qu’une « liaison douce », toujours en deçà des attentes du philosophe. Si cette correspondance a pu s’accomplir dans la durée, c'est que Sophie était une destinataire à la hauteur.

Cette relation est exigeante, de la part des deux amants : Diderot ne s’adresse pas à Louise-Henriette, le véritable prénom de mademoiselle Volland, mais à Sophie, la sagesse, pseudonyme qui évoque cette muse parfaite dont rêve tout philosophe. Lectrice enthousiaste, sensible et indépendante, telle est Sophie. Diderot écrit d’elle qu’elle a « de l’esprit comme un démon » (15 septembre 1760)…

« Jamais passion ne fut plus justifiée par la raison que la mienne. N’est-il pas vrai, ma Sophie, que vous êtes bien aimable ? Regardez au-dedans de vous-même. Voyez-vous bien, voyez combien vous êtes digne d’être aimée, et connoissez combien je vous aime » (Paris, le 23 juillet 1759 )

L’oeuvre de Montaigne, auteur de prédilection de la jeune femme, a pu servir de guide ou d’emblème à la relation entre les deux amants, si l’on en croit le testament de celle-ci et l’association qu’elle fera, comme Diderot des années auparavant, entre un ouvrage intellectuel et un objet de faveur évoquant le corps de l’aimée :

« Je donne et lègue à Monsieur Diderot sept petits volumes des Essais de Montaigne, reliés en maroquin rouge, plus une bague que j’appelle ma pauline. »

Si l’écrivain invoque très tôt le modèle héloïsien pour définir la relation de maître à disciple qui l’unit à Sophie, c’est pour lui donner bientôt un rôle égalitaire au sein de leurs joutes intellectuelles, favorisées par une certaine androgynie physique et morale du personnage : « Ma Sophie est homme et femme quand il lui plaît » ( 10 mai 1759 ).

La correspondance révèle un personnage très important : Marie-Charlotte Volland, la sœur benjamine de Sophie, surnommée ''Uranie''... la sœur de Sophie rêvait l'amour mais était dans l'incapacité de la vivre. Elle eaimait les galanteries sans céder aux hommes de peut d'être abandonnée. La relation Diderot-Sophie-Uranie en devient étrange, insolite, complexe. Uranie semble « se fondre » dans leur amour et sa présence est ambiguë :

« Je vous félicite toutes deux, chères sœurs, de vous posséder. Je serai souvent en esprit entre l’une et l’autre, mettant vos mains entre les miennes, ne sachant laquelle des deux j’aime le plus ; autant ami de l’aînée que de la cadette ; partageant également mon respect et mon estime. »

« Votre sœur vous aime bien ; j’admire comme elle se prête à votre délire. Ne levons pas tout à fait ce petit rideau ; c’est bien assez d’en avoir écarté un point. Si vous saviez, mon amie, combien les discours les plus passionnés sont maussades pour ceux qui les écoutent de sang-froid ! Uranie nous voit tous deux dans la cahutte à travers les barreaux ; elle vient s’appuyer sur le trou, et causer gaiement avec nous. » (le 22 septembre 1761 )

La mort des amants

Lettre de Diderot à Sophie Volland

"Ceux qui se sont aimés pendant leur vie et qui se font inhumer l'un à côté de l'autre ne sont peut-être pas aussi fous qu'on pense.
Peut-être leurs cendres se pressent, se mêlent et s'unissent. Que sais-je? Peut-être n'ont-elles pas perdu tout sentiment, toute mémoire de leur premier état.
Peut-être ont-elles un reste de chaleur et de vie dont elles jouissent à leur manière du fond de l'urne froide qui les renferme.[...]
Ô ma Sophie, il me resterait donc un espoir de vous toucher, de vous sentir, de vous aimer, de vous chercher, de m'unir, de me confondre avec vous lorsque nous ne serons plus.
S'il y avait dans nos principes une loi d'affinité, s'il nous était réservé de composer un être commun; si je devais dans la suite des siècles refaire un tout avec vous; si les molécules de votre amant dissous venaient à s'agiter, à se mouvoir et à rechercher les vôtres éparses dans la nature!
Laissez-moi cette chimère. Elle m'est douce. Elle m'assurerait l'éternité en vous et avec vous...
" (Lettre du 15 octobre 1759)

Lettre de Diderot à Sophie Volland

Lettre de Diderot à Sophie Volland

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