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Marguerite de Valois – 7/-

Publié le par Perceval

L’escadron volant de Catherine de Médicis

Catherine de Médicis, après la mort de son mari Henri II en 1559 et le retrait de la favorite en titre, gouverne l’Etat pour de bon, conseillère de ses fils...

Exerçant le pouvoir, elle joue sur son statut de veuve pour légitimer ses ambitions. Mais il lui faut s’entourer d’autres femmes, jeunes et désirables, afin de redonner à la Cour un souffle nouveau.

Catherine ne les choisit pas au hasard. Elle les veut de haute naissance, donc issues des plus nobles maisons du royaume. Il est primordial qu’elles soient belles et emplies de charme, mais il faut aussi qu’elles aient de l’esprit, possèdent l’art de la conversation ainsi qu’un certain talent au chant et à la danse. Elle les prends sous sa protection, les nourrit, leur fournit des toilettes somptueuses, assure leur entretien et leur avenir : c’est un véritable honneur pour les familles, ravies de lancer leurs filles dans le monde, presque certaines de leur dégoter un mari convenable sans effort.

En retour, les demoiselles jouent le jeu. Elles deviennent l’ornement de la Cour, qu’elles égaient de leur élégance et de leur grâce, incarnant la féminité à laquelle Catherine a renoncé depuis son veuvage. Le contraste est non seulement saisissant, mais bénéfique pour la Reine mère :

Une demoiselle qui se donne facilement n’a aucun intérêt ! Il faut qu’elles soient désirables et longuement désirées pour fixer durablement les guerriers à la Cour, les intéresser. On s’embrasse, on se courtise, on s’adresse quelques sourires aguicheurs...

Ainsi, les femmes qui composent « l’escadron volant » de Catherine de Médicis deviennent de précieuses informatrices pour la Reine mère, qui n’hésite pas à se servir d’elles à des fins politiques. Séduire, faire parler et convertir aux intérêts de la couronne les plus vulnérables, voilà à quoi elles peuvent servir.

  • Il leur était formellement interdit d'avoir "l'enflure du ventre" et apprenait toutes les techniques pour ne pas tomber enceinte.

  • Il leur était aussi interdit de tomber amoureux de leur objectif (c'est que qui arriva malheureusement pour le Balafré et Charlotte de Sauve, ainsi que pour la belle Limeuil et Condé).

Renée de Rieux de Chateauneuf (née 1550-?) fut la première maîtresse du futur Henri III de 1569 à 1571. Louise de la Béraudière (surnommée la Belle Rouet) a la réputation d'avoir été la première à déniaiser deux des fils de Catherine, le futur Henri III et le futur Charles IX. Elle eut ensuite pour mission de séduire Antoine de Navarre (père du futur Henri IV) qui abjura le protestantisme pour les beaux yeux de Louise..

Henri de Navarre, est séduit par madame de Sauve mais aussi par une demoiselle de Rouet, fille d'honneur de la reine. Extrêmement séduisante, Charlotte de Sauve ( mariée ) est ensuite la folle passion du duc d'Alençon, fils de Catherine de Médicis et devient sa maîtresse vers 1578. En 1587, elle est la maîtresse très aimée de Henri le Balafré, duc de Guise (1550-1588)

Isabelle de Limeuil (décédée en 1609), (qui était catholique) a pour mission de séduire le frère d'Antoine de Navarre, le très prude et récemment veuf, Louis de Bourbon, prince de Condé, qui est de plus, prince protestant. Elle devient sa maîtresse en 1563.


Brantome (qui tombera amoureux à intervalles réguliers des filles d’honneur de la reine) décrit cet Escadron comme « une belle troupe de dames et damoiselles, créatures plutôt divines qu’humaines, qui brillaient aux entrées de Paris et d’autres villes, aux sacrées et superlatives noces des rois de France et de leurs sœurs, à l’entrevue de Bayonne et ailleurs, toutes plus belles les unes que les autres et ornées en de telles fêtes de livrées, toutes plus gentilles les unes que les autres. On les voyait reluire dans une salle de bal, au Palais ou au Louvre, comme étoiles en ciel en temps serein, et qu’il faisait beau les regarder aussi, quand la reine allait par pays, en sa litière étant grosse, ou qu’elle allât à cheval en l’assemblée ! Elles la suivaient à quarante ou cinquante, sur de blanches haquenées bien harnachées, merveilleuses sous leurs chapeaux garnis de plumes qui demandaient l’amour ou la guerre. Elles étaient religieuses de Vénus et de Diane, il fallait qu’elles eussent bien de la sagesse et bien de l’habileté pour se garder de l’enflure du ventre ! »

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Marguerite de Valois – 5/-

Publié le par Perceval

Marguerite, est aussi une véritable amazone de la politique, conforme au rôle, alors reconnu aux femmes de l'aristocratie... Sous prétexte de prendre les eaux à Spa, dans l'actuelle Belgique, Marguerite se rend dans les Flandres 1577 pour y convaincre les seigneurs révoltés contre Philippe II de choisir comme souverain François d'Alençon, le tout à la barbe de don Juan d'Autriche...

Brantôme (Richard Bohringer) « muguète » une dame galante, à dr. chez Mme de Retz, dans le film de Tacchella (1990) ...

Mais avant : le 15 mai 1577, Catherine de Médicis donne dans les jardins du château de Chenonceaux un banquet où toutes les licences seront admises.

"En ce beau banquet, nous dit Pierre de l'Estoile, les dames les plus honnêtes et les plus belles de la Cour, étant à moitié nues et ayant leurs cheveux épars comme épousées, furent employées à faire le service." Mme de Sauve est, paraît-il, décolletée jusqu'à la ceinture. 

 

Elle n'est pas la seule à exposer aussi généreusement ses appas, car l'Estoile nous dit qu'en ce printemps de 1577:

 "les dames et les demoiselles semblaient avoir appris la manière des soldats de ce temps, qui font parade de montrer leurs poitrinals dorés et reluisants quand ils vont faire leur montre, car tout de même elles faisaient montre de leurs seins et poitrines ouvertes et autres parties pectorales, qui ont un perpétuel mouvement, que ces bonnes dames faisaient aller par compas ou mesure comme une horloge, ou, pour mieux dire, comme les soufflets des maréchaux, lesquels allument le feu pour servir à leur forge".

On les embrasse dans le cou, on les culbute dans l’herbe, on les baise contre les arbres. » extrait de ''Catherine de Médicis – La Reine de Fer'', par Raphaël Dargent (2011)

.« Les halètements se mêlent aux rires, les corps n’en peuvent plus, tendus à l’extrême. C’est une obsession : se plonger dans les crinières odorantes, se presser contre les croupes aguichantes. Les corps sont offerts, à qui veut les prendre : poitrines généreuses, tendues sous les corsages, humides de sueur ; lèvres brillantes, rouges et charnues : cous blancs, doux et chauds.

Pourtant, les historiens ne sont pas unanimes : certains affirment que Catherine réprouve farouchement la débauche, et son « escadron volant » ne mérite pas une réputation aussi sulfureuse. La Cour des Valois n’est pas une Cour dissolue. Si certains se font une joie d’exagérer des scandales ou d’en inventer de toutes pièces, c’est parce qu’ils ne savent pas comment réagir face à cette nouvelle société qui prend forme, une société où la femme possède une place à part entière, répandant à la Cour un vent de sociabilité et de sentiment amoureux...

 

Le départ pour les Flandres a lieu le 28 mai 1577.

A Cambrai, Marguerite trouve sur place ce qu'il lui faut, en la personne de M. d'Inchy, le gouverneur, dont elle fait la connaissance au cours d'un bal organisé par l'évêque. Ce saint homme, se retire après le souper, effrayé sans doute par la tournure que semblent vouloir prendre les choses.

Lorsque l'orgie à laquelle participent benoîtement toutes les grandes dames de la ville bat son plein, la reine de Navarre s'éclipse à son tour dans ses appartements avec M. d' Inchy qui se montre si valeureux amant qu'elle lui demande s'il veut l'accompagner dans son voyage.

Le gouverneur accepte, et le plaisir de visiter un pays inconnu se double pour la reine Margot des délices d'une lune de miel …

Elle n'oublie pas pour autant sa mission. D'ailleurs, cette aventure galante fait partie d'un plan.

Marguerite, dans ses Mémoires, laisse entendre, en effet, qu'en se faisant accompagner par le gouverneur de Cambrai, elle pense gagner celui-ci à la cause du duc d'Anjou ( d'Alençon)... Dans toutes les villes où elle s'arrête - et où on lui fait fête - elle sait fort habilement parler de François, vantant ses mérites et promettant même des charges et des titres à ceux qui voudraient aider ce frère chéri à conquérir les Pays-Bas.

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Le Lai de Lanval - de Marie de France

Publié le par Perceval

Marie de France, au XIIe siècle, est considérée comme la première femme écrivain française. Liée à la cour d'Henri II, elle aurait vécu à la Cour d'Angleterre.

Contemporaine de Chrétien de Troyes et des troubadours occitans, Marie a fait de ses Lais ( de 1160 à 1175) des hymnes à l’amour ; à l’amour courtois : celui qui était en usage à la cour du roi Arthur.

Les histoires que raconte Marie sont puisées dans la « Matière de Bretagne » et les anciennes légendes galloises qui lui ont été transmises oralement. Le merveilleux y est omniprésent car ce sont bien des contes dont on retrouvera la trame dans des légendes ou des histoires racontées par des auteurs plus récents.

Dans les Lais de Marie de France, on y rencontre des fées qui parfois aiment des mortels, d’autres fois se métamorphosent en divers animaux . On y suggère même que certains héros de légendes auraient eux-mêmes raconté les histoires.

L’univers de ces lais comme celui des contes merveilleux se situe au-delà d’une rivière, d’une forêt, d’une mer ; on y parvient par d’étranges moyens tels que le navire fantôme de Guigemar ou la cavalcade aérienne de Lanval.

 

Le Lai de Lanval

(extraits)

 

Je vous conterai, comme elle advint,
l'aventure d'un autre lai.
Il fut fait au sujet d'un très noble chevalier ;
en breton, on l'appelle Lanval.

(...)

Le chevalier dont je vous parle
et qui avait tant servi le roi,
monta un jour sur son destrier
et partit se distraire.
Il sortit de la ville,
et arriva seul dans un pré.

(...)

Tandis qu'il était couché,
il regarda en bas vers la rivière,
et vit venir deux demoiselles.
Il n'en avait jamais vu d'aussi belles.
Elles étaient somptueusement vêtues
et lacées très étroitement
dans leurs tuniques de soie grise.
Leur visage était d'une beauté remarquable.
La plus âgée portait deux bassins
d'or pur, bien ouvragés et fins.
Je vous dirai toute la vérité sans mentir.
L'autre portait une serviette.
Elles se dirigèrent tout droit
à l'endroit où le chevalier était couché.
Lanval, qui était très bien élevé,
se leva en les voyant venir.

Elles le saluèrent en premier
lui rapportèrent leur message :
"Seigneur Lanval, ma dame
qui est si bonne, si sage et si belle
nous envoie vous chercher.
Venez donc avec nous et accompagnez-nous !
Nous vous y conduirons sans danger.
Voyez, le pavillon est tout près !"

Le chevalier va avec elles,
sans se soucier de son cheval
qui paissait devant lui dans le pré.
Elles l'ont mené jusqu'à la tente
(...) qui était fort belle et bien plantée.


À l'intérieur de cette tente se trouvait une jeune fille ;
elle surpassait en beauté
la fleur de lys et la rose nouvelle
quand elles éclosent en été.
Simplement revêtue de sa chemise,
elle était couchée sur un lit magnifique
dont les draps valaient le prix d'un château.
Elle avait le corps très bien fait et joli ;
pour ne pas prendre froid, elle avait jeté sur ses épaules
un précieux manteau d'hermine blanche
recouverte de soie d'Alexandrie ;
Elle avait découvert tout son côté,
ainsi que son visage, son cou et sa poitrine ;
elle était plus blanche que l'aubépine.

Le chevalier s'avança
et la jeune fille le fit venir près d'elle.
Il s'assit devant son lit.
"Lanval, dit-elle, mon cher ami,
c'est à cause de vous que j'ai quitté mon pays ;
je suis venue vous chercher de bien loin.
Si vous êtes preux et courtois,
aucun empereur, aucun comte, aucun roi
n'a jamais eu tant de joie et de bonheur,
car je vous aime par-dessus tout."

Il la regarda bien et admira sa beauté ;
Amour le pique d'une étincelle
qui embrase son coeur et l'enflamme.
Il lui répond avec gentillesse :
"Ma belle, si c'était votre désir
de vouloir m'aimer,
si cette joie pouvait m'arriver,
vous ne sauriez donner aucun ordre
que je n'exécute dans la mesure de mes moyens,
que cela entraîne folie ou sagesse.
Je ferai ce que vous me commanderez,
pour vous j'abandonnerai le monde entier.
Je souhaite ne jamais vous quitter.
Vous êtes mon plus cher désir."

Quand la jeune fille entendit parler
celui qui la pouvait tant aimer,
elle lui accorda son amour et son corps.

(...)

"Ami, dit-elle, maintenant je vous avertis,
je vous le recommande et je vous en prie :
ne vous confiez à personne.
Je vais vous dire la raison de la chose :
vous me perdriez à tout jamais
si cet amour était connu.
Plus jamais vous ne pourriez me voir
ni prendre possession de mon corps.

(...)

toute prête à vous satisfaire.
Aucun homme en dehors de vous ne me verra
ni n'entendra ma parole."

(...)


Il lui répond qu'il observera bien
tout ce qu'elle lui commandera.
Dans le lit, à côté d'elle, il se coucha.
Comme Lanval est bien loti à présent !
Il resta en sa compagnie
tout l'après-midi jusqu'au soir ;

(...)

Il y avait un divertissement de choix
qui plaisait beaucoup au chevalier
car il embrassait souvent son amie
et l'enlaçait très étroitement.

(...)

[ Après cette délicieuse aventure, Lanval s'en retourne en ville...]

La reine s'était appuyée
à l'embrasure d'une fenêtre.
Trois dames lui tenaient compagnie.
Elle aperçut les chevaliers du roi,
reconnut Lanval et le regarda.

Elle appela une de ses dames
et lui demanda de convoquer ses demoiselles,
les plus aimables et les plus belles.
Elles iront se distraire avec leur reine,
dans le jardin où les chevaliers se trouvaient.
Une bonne trentaine de demoiselles l'accompagnaient.
Elles descendirent les escaliers jusqu'en bas.
Les chevaliers vinrent à leur rencontre
et éprouvèrent un grand plaisir de les voir.
Ils les prirent par la main.
Cette assemblée n'avait rien de méprisable.

 

Lanval s'en va à l'écart,
très loin des autres chevaliers, il lui tarde
d'étreindre son amie, de lui donner des baisers,
de la tenir dans ses bras et de la sentir proche.
il apprécie peu la joie d'autrui
s'il ne trouve pas son propre plaisir.
Quand la reine voit qu'il est seul,
elle va le trouver ;
Elle s'assoit à côté de lui, elle l'interpelle
et lui dévoile ses sentiments :
"Lanval, je vous ai déjà fait un grand honneur,
je vous ai fort chéri et beaucoup aimé.
Vous pouvez avoir tout mon amour.
Dites-moi votre volonté.
Je vous accorde mon amour ;
vous devez être très content de moi."

"Dame, répondit-il, laissez-moi tranquille !
Je ne me soucie pas de vous aimer.
J'ai servi le roi pendant longtemps.
Je ne veux pas manquer à la foi que je lui ai jurée.
Ni pour vous, ni pour votre amour,
je ne ferai du tort à mon seigneur."

La reine se fâcha de ces propos.
Elle était en colère et s'emporta inconsidérément :
" Lanval, dit-elle, c'est bien ce que je pense,
vous n'aimez guère ce plaisir.
On me l'a dit bien souvent,
vous n'avez que faire des femmes ;
vous avez de jeunes compagnons bien élevés,
vous prenez votre plaisir avec eux.
Misérable lâche, infâme perfide,
mon seigneur est bien malheureux
de vous avoir supporté à ses côtés !
Je crois bien qu'il en perdra la faveur divine !"

À ces mots, grande fut la douleur de Lanval.
Il ne fut pas lent à lui répondre
et il dit, sous l'effet de la colère,
des choses dont il se repentit souvent :
" Madame, dit-il, dans ce commerce
je n'ai aucune aptitude ;
mais j'aime et je suis l'ami
de celle qui doit être reconnue
comme la meilleure de toutes celles que je connais.
Et je vais vous dire une chose,
sachez-le sans détour :
une de celles qui la servent,
même sa plus pauvre servante,
vaut mieux que vous, Madame la reine,
de corps, de visage et de beauté,
d'éducation et de valeur."

Là-dessus, la reine se retira.

(...)
 

Traduction de Laurence Harf-Lancner et Karl Warnke (Ed. bilingue J'ai lu - Lettres Gothiques)

Le Lai de Lanval - de Marie de France

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Marguerite de Valois – 4/-

Publié le par Perceval

Henri de Navarre, ''se console'' en batifolant avec une dame d'atours de la reine mère : la gracieuse Mme. de Sauve :

Charlotte de Beaune-Semblançay, vers 1572. Elle épouse en 1569 Simon Fizes, seigneur de Sauve Charlotte devient la maîtresse du roi de Navarre (le futur Henri IV de France) en 1572 et reste sa maîtresse jusqu'en 1577. Elle aurait eu également pour amant François d'Alençon en 1575, (frère du roi Henri III)  

Elle a "le tétin ferme et blanc, emplissant bien la main du gentilhomme, la cuisse longue et la fesse alerte". Elle est l'une des femmes utilisées par Catherine de Médicis, pour espionner les gens de la cour. Elle a également pour amant François d'Alençon en 1575, (frère du roi Henri III), qu'elle oppose à Navarre dans une furieuse rivalité.

La reine Margot nous dit dans ses Mémoires : « Il ne me parlait presque plus. Il revenoit de chez elle fort tard, et pour l'empêcher de me voir, elle luy commandoit de se trouver au lever de la royne, où elle étoit sujette d'aller, et après, tout le jour, il ne bougeoit plus d'avec elle."...........

Henri de Navarre ne se cache d'ailleurs nullement de cette liaison, même à sa femme, puisque Marguerite ajoute un peu plus loin ; "Il me parlait de cette fantaise aussi libremement qu'à une soeur, connaissant bien que je n'en étais aucunement jalouse, ne désirant que son contentement..."

Après François d'Alençon, Henri de Navarre profite des troubles de la cinquième guerre de religion pour s'enfuir, le 5 février 1576. Il vient de passer plus de trois ans comme otage à la cour... Il s'était converti au catholicisme et s'était donc lié politiquement avec le frère du roi, François d'Alençon.

Parti, il rejoint ses partisans, et renoue sans éclat avec le protestantisme, en abjurant le catholicisme.

D’octobre 1578 à mai 1579, la reine mère Catherine de Médicis lui rend visite pour achever la pacification du royaume. Espérant le maintenir plus facilement en obéissance, elle lui ramène son épouse Marguerite.

Pendant plusieurs mois, le couple Navarre mène grand train au château de Nérac. ( Nous en reparlerons ...)

 

 

 

Henri se laisse aller lui-même aux plaisirs de la séduction, il s'éprend tour à tour de deux filles de compagnie de sa femme : Mlle Rebours et Françoise de Montmorency-Fosseux dite « la belle Fosseuse », (1566 -1641). 

Marguerite suivra le conseil de sa mère et chassera Fosseuse de la cour en 1582.

Henri le prend comme une injure personnelle, mais ne fait rien pour la récupérer, il préfère tomber sous le charme de la « belle Corisande », Diane d'Andoins : femme réputée d'une grande beauté et d'une culture non moins étendue - elle est notamment en relation avec Montaigne -, elle s'éprend de littérature courtoise et c'est dans le roman de chevalerie Amadis de Gaule qu'elle trouve l'héroïne à qui elle peut s'identifier, au point qu'elle adopte son nom : « Corisande ».

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Marguerite de Valois – 3/-

Publié le par Perceval

Marguerite de Valois – 3/-

Sur l'oreiller, la Mole, entretient Marguerite d'un complot ourdi par lui et Henri de Navarre... L’époux de Marguerite, veut détrôner le roi et y placer François d’Alençon, son frère cadet.

''Fille de roi'', Marguerite prévient aussitôt Catherine de Médicis...

Immédiatement, le duc d'Alençon et le roi de Navarre sont enfermés dans leurs appartements, et accusent La Mole, qui est soumis à la question, condamné à mort et exécuté en place Saint-Jean de Grève à Paris. (1574)

La Reine Margot - Film 1994 - Extraits: Margot et La Mole Chanson : Adagio Lara Fabian

Marguerite manifeste du chagrin ... Elle suspend à sa ceinture, pour afficher son deuil, une breloque, en forme de tête de mort comme on les aime à l’époque...

Quant à Henri de Navarre, il quitte Paris. Marguerite ira le rejoindre en 1578.

On dit que Marguerite essaie consciencieusement – pendant une semaine - d'être fidèle à la mémoire du cher disparu. Mais les meilleurs sentiments ne résistent pas longtemps aux poussées d'une nature généreuse. Marguerite se sent dans un état de grande surexcitation qui la gêne pour trouver ses mots et l'empêchait de s'asseoir. Il lui faut un calmant. Elle le trouve en la personne d'un garçon de la Cour, réputé pour son intarissable vigueur. En quelques séances, il apaise le tourment de Margot.

Alors la jeune reine recommence à fréquenter les bals.

Un soir, elle rencontre le beau Charles de Balzac d'Entragues et devient sa maîtresse.

Elle ignore que ce gentilhomme est poussé vers elle par le duc de Guise, qui veux ainsi la rapprocher de son parti..

Charles IX meurt le 30 mai 1574, il avait vingt-quatre ans.

Le nouveau roi Henri III s'irrite de la nouvelle liaison de sa sœur ; et la reproche à Henri de Navarre, qui sans aucun remord se livre à la débauche la plus effrénée...

Un peu plus tard, c'est de Louis de Clermont d'Amboise, seigneur de Bussy, que Marguerite devient la maîtresse...

C'était un élégant jeune homme, "escalabreux, brave et vaillant", qui passe son temps à se battre en duel et à entrer dans le lit des jolies femmes de la Cour. Au contact de Marguerite, ce bouillant garçon se déchaîne et ce n'est entre eux que "concupiscence effrénée, conjonction cachée et consommation à l'écart".

 

Bientôt, ils commettent des imprudences. Un soir, quelqu'un les aperçoit, alors "qu'il la baise toute en jupe sur la porte de sa chambre".

 

Henri III ne tarde pas à être mis au courant des distractions que Marguerite s'offrent dans les couloirs du Louvre.

 

Bussy échappe à une tentative d’assassinat, et après quoi, il juge prudent de "changer d'air". Il quitte Paris le 22 mai 1575... Il tentera de séduire la dame de Montsoreau, et sera tué dans le piège que lui tendra le mari de celle-ci, le 19 août 1579

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Marguerite de Valois – 2/-

Publié le par Perceval

Catherine de Médicis et ses enfants - Charles IX, Henry III, François Duc d'Alençon, et Marguerite de Navarre

Catherine de Médicis et ses enfants - Charles IX, Henry III, François Duc d'Alençon, et Marguerite de Navarre

Marguerite de Valois naît en mai 1553 au château de Saint Germain. De ses 5 frères et ses 2 sœurs, le futur Charles IX la surnomme Margot. Elle reçoit une éducation de princesse à Amboise : littérature, danse et musique.

Elle est élevée dans la crainte de sa mère Catherine de Médicis, et n’a que 6 ans lorsque son père meurt.

Grande, mince, la taille fine, le teint de neige, la chevelure brune, les yeux sombres, la démarche souple et légère : Marguerite de Valois, est incontestablement belle, très belle. Au printemps 1569, dans toute la fraîcheur de ses seize ans, elle a acquis un charme et une grâce irrésistibles, elle prend conscience de sa séduction; et s'éveille à l'amour.

Les premiers balbutiements de son coeur sont pour le jeune duc Henri de Guise (1549 - Blois 1588) ( dit Henri Ier le Balafré ), duc de Guise

L'héritier de la Maison de Lorraine a presque dix neuf ans et toutes les qualités pour séduire une adolescente romanesque. Grand, athlétique, des cheveux couleur de blé, des yeux myosotis, lorsqu'il s'incline devant Marguerite, l'aimable demoiselle lui décoche son plus rayonnant sourire...

Margot ne peut résister bien longtemps. Elle succombe aux caresses et aux baisers volés, découvre la volupté et, audacieuse, multiplie les rencontres. Prudents, les jeunes gens dissimulent leur idylle. Seul le cardinal de Lorraine, l'oncle d'Henri, la remarque et l'encourage … Mais, Marguerite est surveillée, et dénoncée.. Henri d’Anjou connaît la folle ambition des Lorrains, qui rêvent d'accéder au pouvoir, par quelque moyen que ce soit. A son tour, il prévient sa mère, Catherine de Médicis...

Henri et sa mère se méfie de Marguerite ; et lui reprochent cette ''trahison''. Un complot est monté contre Henri de Guise, il quitte la Cour et se voit marier à Catherine de Clèves (1570).

Charles IX (1550 – 1574) et Catherine de Médicis, amadouent le roi de Navarre. Le roi veut se venger de ses ennemis, et accorde la main de sa sœur à un huguenot...

 

Le 20 juillet 1572, le roi de Navarre arrive à Paris, avec 800 gentilshommes, le mariage est célébré en août.

 

 

 

Marguerite de Valois a 20 ans lorsqu’est célébré au Louvre son mariage avec Henri, roi de Navarre (1553-1610), qui deviendra le futur roi Henri IV... On ne sait pas si l’affaire était préméditée mais c’est pendant les fêtes accompagnant la noce, qui a attiré à Paris la noblesse calviniste et réformée, que sont perpétrés les massacres de la Saint-Barthélemy.

A la suite de ces événements, Henri de Navarre est 'retenu prisonnier' et ne s’échappera que 4 ans plus tard.

Parmi les favoris de François de France (1555-1584, François d'Alençon, duc d'Anjou et dernier fils d'Henri II et de Catherine de Médicis),- je rappelle qu'à la Cour de Charles IX, il prend la tête du parti des Malcontents et complote avec Henri de Navarre pour s'imposer comme successeur du roi à la place de son frère Henri …- , donc parmi les favoris de François d'Alençon se trouve le seigneur Boniface de La Mole (1526-1574), célèbre comme beau danseur et fort aimé des dames... Et fort dévot ! Après la messe, il s’emploie à l'amour, persuadé « que la messe ouïe dévotement expiait tous les péchés et paillardises qu'on eût su commettre ».

Un jour, il rencontre Marguerite, moulée dans une robe de brocart, le corsage ouvert, laissant voir cette gorge "pleine et charnue, dont mouroient tous les courtisans", et il en tombe immédiatement amoureux...

La volcanique reine de Navarre a remarqué Boniface depuis longtemps... Séduite par ce bel homme, elle sent s'allumer en elle une espèce de feu "qui lui embrasait le bijou", et elle attend avec impatience qu'il veuille bien lui faire un signe...Ce jour là, il se permet un regard un peu insistant.

L'effet dépasse ses espérances. Marguerite bondit sur lui, le prend par la main et le traîne dans sa chambre, où leurs amours sont si peu discrètes que, deux heures plus tard, toute la Cour sait que la reine de Navarre a un amant de plus.

A suivre ...

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Marguerite de Valois – 1/ -

Publié le par Perceval

Portrait de Marguerite de Valois. Musée Crozatier du Puy-en-Velay

Portrait de Marguerite de Valois. Musée Crozatier du Puy-en-Velay

Marguerite de Valois ( 1553-1615) est la fille d’Henri II et de Catherine de Médicis, elle est la sœur de François II, Charles IX et d’Henri III. Elle est la première épouse ( 1572) d’Henri IV, et elle est très probablement différente de la ''reine Margot'', cette princesse dépravée, imaginée et installée dans les esprits par le roman d’Alexandre Dumas en 1845.

Marguerite n’était certainement pas cette femme-là, même s’il est avéré que, conformément aux mœurs de l’époque, elle a eu un certain nombre d’amants.

Femme cultivée - à la fois fille, femme, amante -, mécène reconnue pour ses goûts, autrice de Mémoires, de discours, de poésies et de très nombreuses lettres, femme politique intensément mêlée à la vie mouvementée du royaume de France entre 1570 et 1615, dévote éclairée, et défenseure de la cause féminine... Elle est devenue l'objet d'une légende dès la fin du XVIIe siècle, puis, au XIXe siècle, d'un mythe...

Il a existé - entre elle et Catherine de Médicis - une relation complexe et difficile... À plusieurs reprises, celle-ci utilisera Marguerite comme instrument de la raison d’État, ou comme ambassadrice voire comme otage, sans finalement tenir compte de son ressenti ou de son avis. Marguerite acceptera, cependant, d’épouser à contrecœur un prince huguenot et plus tard de s’effacer du trône de France et de voir son mariage annulé pour cause d’incapacité de donner un dauphin au royaume.

La question est de savoir si encadrée par sa mère, manipulée et rejetée par son frère Henri, utilisée et abandonnée par son mari, Marguerite fut-elle maîtresse de son destin... ?

En tout cas, certainement pour ce qui est sa vie sentimentale extraconjugale... ! Concernant sa série d’amants connus (La Môle, Champvallon ou Bussy d’Amboise et bien d’autres encore), ni les événements, ni son entourage ne semblent lui avoir imposée quoi que ce soient .

Et, dans le domaine intellectuel et culturel, Marguerite a eu une vie particulièrement riche.

Marguerite a reçu une éducation très soignée lui permettant de parler dès son plus jeune âge le latin, l’italien, l’espagnol. Son érudition fut célèbre et célébrée par de nombreux auteurs du siècle et postérieurs. À l’instar des grands humanistes de l’époque, elle connaissait fort bien les philosophes de l’antiquité, et maniait avec habileté la dialectique aristotélicienne. Par ailleurs, elle avait intégré les grands principes de la philosophie platonicienne.

. On peut distinguer trois grandes époques où Marguerite a pratiqué le mécénat culturel : la cour de Nérac à partir de 1578-1579, Usson à partir de 1586, et à Paris lors de son retour définitif.

 

- Le liber amicorum, livre d’amitié de Marguerite de Valois

Au XVIe siècle, les lettrés aiment rassembler dans un même carnet le souvenirs des rencontres faites au cours de leurs voyages ainsi que de leurs plus belles amitiés. C’est dans cet esprit très humaniste que se répandent les libri amicorum, ou livres d’amis, qui réunissent en un manuscrit les souvenirs, signatures, poèmes, dessins des proches amis de son propriétaire.

Ici est représentée la thématique de la libération par l’amour. Sur la gouache ci-dessus est représenté Persée délivrant Andromède du dragon marin qui la retient prisonnière, cette gouache fait face au huitain racontant leurs exploits mythologiques.

Cette illustration nous fait découvrir un couple dans un paysage. L’homme sur son cheval tend un bouquet à la femme qui tient une cordelette reliée à son cœur, symbolisation de la cruauté de l’amour.

L'image ci-dessus incarne le combat de deux chevaliers souhaitant obtenir les lauriers de la belle damoiselle.

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'Beauté Révélée' – auto-portrait de Sarah Goodridge

Publié le par Perceval

Sarah Goodridge (1788-1853) a fait carrière à Boston où elle a gagné sa vie à peindre des portraits miniatures... Les portraits miniatures étaient alors en vogue et donnés en marque d'affection ou d'amour... 

Souvent même, il ne s'agissait que des yeux, ou de la bouche ; ainsi ces portraits ne révélaient pas l'identité des personnes ...

Son succès de peintre lui a permis d'être en mesure de s'acheter une maison sur Beacon Hill et de soutenir sa mère invalide et sa nièce orpheline.

Daniel Webster (1782-1852) était un avocat et homme politique, venu poser pour son portrait... Une amitié et un peu plus, a grandi entre Daniel et Sarah. Mais Daniel est marié et père de trois enfants...

Webster a envoyé à Sarah plus de quarante lettres entre 1827 et 1851, et ses 'salutations' sont devenus de plus en plus familières... Comme cela est souvent le cas, elle conserva ses lettres, tandis que lui, plus soucieux de sa réputation, les détruisit...

Elle, de son côté, l'a peint plus d'une douzaine de fois et peint ses enfants et petits-enfants. Elle lui a prêté de l'argent qu'il n'a jamais remboursé. Elle lui a rendu visite seule à Washington, au moins deux fois, une fois en 1828 après la mort de sa première femme - ce fut aussi l'année où elle a peint Beauté Revealed - et de nouveau en 1841-1842, lorsque Webster a été séparé de sa seconde épouse.

Sarah Goodridge a achevé ''Beauté Révélée ''en 1828...

Elle a envoyé cet auto-portrait à Webster quand il est devenu veuf, et, par son format miniature, il était destiné à ses seuls yeux...

'Beauty Revealed' est le nom d'un oeuvre très originale, et qui est un ''auto-portrait'' de Sarah Goodridge (1788-1853). Il s'agit d'une miniature (6,7 par 8 cm) peinte avec de l'aquarelle sur un morceau d'ivoire.

 

La peintre représente ses seins dénudés : des mamelons roses, et un point de beauté . Ils sont représentés avec une gradation de couleur, ce qui donne un effet à trois dimensions. Quand elle a peint cette miniature Sarah Goodridge était âgée alors de quarante ans, ses seins semblent plus jeunes, avec "équilibre, pâleur, et fermeté" rendu par l'harmonie de la lumière, la couleur, et l' équilibre. Les seins sont encadrées par un tourbillon de tissu pâle, qui , reflète la lumière.

 

 

Daniel Webster, n'a pas répondu à cette extraordinaire proposition de don de soi... Alors sénateur américain et perpétuellement en difficultés d'argent, il avait besoin de faire un mariage plus avantageux. En 1829 , il épousa Caroline LeRoy, une riche héritière de New York. Pourtant , même ce mariage n'a pas suffi à détruire son amitié avec Sarah, et ​​elle a continué à exécuter ses commandes, elle a revu Daniel à Washington. Sarah ne s'est jamais mariée. Lorsque sa vue défaillante l'a forcée à abandonner sa peinture, elle s'est retirée dans une ferme du Massachusetts, où elle est morte en 1853 après un AVC.

Quand Daniel Webster est mort après une chute en 1852, la miniature des seins de Sarah- connus maintenant sous le nom de ''Beauty Revealed''- a été découverte parmi ses effets personnels.

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L'Amour et le XIXe siècle -3/3-

Publié le par Perceval

Les illustrations - des 'curiosa' relégués à l'Enfer - d'Achille Devéria (1800-1857),

Les illustrations - des 'curiosa' relégués à l'Enfer - d'Achille Devéria (1800-1857),

Chez les hommes, on affirme sa sexualité. Et, il est intarissable! Dans les romans, les obscénités sont codées, et la littérature chansonnière est obsédée par l'organe viril. L'imaginaire masculin se nourrit des stéréotypes de l'amour vénal de l'Antiquité. Le vieux fond libertin travaille les hommes du XIXe: ils ont lu Sade. Une fois mariés, ils ont la nostalgie de leurs aventures avec les cousettes. Les maisons closes de quartier sont là pour soulager les maris frustrés, qui rentrent ensuite sagement à la maison. C'est la sexualité utilitaire.

Vers 1860, L'époque est à l'enrichissement, à l'urbanisation. Les bourgeois souffrent de cette morale qui les enferme. Le code romantique commence à se dégrader. On n'y croit plus. Il suffit de lire la correspondance de Flaubert. Finis l'angélisme et les femmes diaphanes! Le sentiment amoureux se dévalorise. 

Madame Bovary, c'est une dérision de l'adultère, une remise en question de l'imaginaire romantique. La femme n'est plus un ange. Elle fait peur. Après la Commune, on craint que l'animalité du peuple ne prenne le dessus. C'est le vice que décrit Zola dans Nana. Pensez aux Rougon-Macquart, mais aussi à l'oeuvre des frères Goncourt, ouvrages dans lesquels la femme est un être désaxé dont le portrait traduit l'anxiété biologique. On a peur aussi des grands fléaux vénériens. L'amour comporte des risques. Il devient tragique.

Le divorce, adopté en 1792 par les révolutionnaires puis supprimé en 1816, est rétabli en 1884. Les femmes le réclament par milliers. Mais l'adultère est le grand thème du moment.

L'adultère du mari ne peut guère être poursuivi; celui de l'épouse est toujours un délit, punissable en théorie jusqu'à deux ans de prison. Mais est-il aussi répandu? Sa mise en scène dans les romans et le théâtre n'est-elle pas encore une forme d'exorcisme? En même temps, les femmes ont une mobilité plus grande. La concentration urbaine, l'éclairage au gaz modifient les comportements; la vie nocturne s'intensifie, dans les bals, les spectacles, l'opérette. Se développe alors une pratique inédite entre jeunes gens: le flirt, qui emprunte à l'ancien code romantique et concilie la virginité, la pudeur et le désir...

A la fin du XIXe siècle se dessine un nouveau type de couple, plus uni: une femme plus avertie, un homme plus soucieux de sa partenaire. La contraception se développe (avec le coït interrompu, notamment). L'égoïsme masculin perd de sa superbe. Une sexualité plus sensuelle se dessine à la place de l'ancienne sexualité génitale et rapide vouée à la procréation. Entre époux, on s'appelle «chéri(e)». Certains romans pour jeunes femmes n'hésitent plus à esquisser un érotisme voilé.

Le roman de mœurs met en scène des bourgeois et des nobles débauchés, tandis que leurs femmes, livrées à elles-mêmes, seules et mal aimées succombent à leur tour à la tentation. Il n’est alors question que de femmes adultères, de jeunes filles à l’honneur perdu ou de mères coupables.

Hommes et femmes s’affrontent dans un univers où la femme est la proie et l’homme le chasseur. Le schéma en reste à la femme chrétienne, modèle de courage et de soumission, délaissée ou trahie par un homme soumis aux appétits de la chair et jouet de femmes perverses aux mœurs douteuses.

 

 Le roman populaire à sensation fait la part belle aux femmes qui font « naître le mystère, l’épaississent puis contribuent à le dévoiler". Elles sont souvent courageuses et ont du caractère . Elles ne sont pas dénuées d’une certaine perversité parfois pour parvenir à leurs fins.

Le XIXème est somme toute une période fascinante parce qu'il conduit le passage entre l’ancien monde et la modernité. Joséphine de Beauharnais et Germaine de Staël sont des femmes de l’Ancien Régime jetées dans la Révolution puis le monde neuf qui en est né. Charlotte Brontë est représentative du milieu du siècle, héritier du romantisme. Ce romantisme est alors vécu intellectuellement par les femmes, à travers la littérature et la représentation qu’elles ont d’elles-mêmes; la créature vierge et précieuse que l’homme doit conquérir tel un preux chevalier.

Dans leur vie réelle, après la trop brève parenthèse de liberté que furent les Lumières et le début de la Révolution, les femmes voient la chape de plomb du puritanisme religieux et social leur retomber sur les épaules dès le milieu du siècle...

Sources :En particulier : Juliette Goudot ( journaliste 'Le moustique') ; Dominique Simonnet, écrivain et journaliste, avec Alain Corbin ; 

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L'Amour et le XIXe siècle -2/3-

Publié le par Perceval

1860 - Soirée dans les salons de Paris
1860 - Soirée dans les salons de Paris

1860 - Soirée dans les salons de Paris

La multiplication des préceptes médicaux viennent normer le discours sur la sexualité conjugale.

Le cours d’"hygiène sexuelle" du docteur Montalban prévient que le sperme doit être économisé comme un précieux liquide de vie, "la perte de 30 grammes de cette substance équivalant à celle de 1.200 grammes de sang". A trop vouloir foutre, l’homme se dévitalise, tandis que la femme, elle, risque de "s’énerver" ou d’être "prise d’hémorragie effrayante". Les médecins hygiénistes du XIXe siècle la diagnostiquent volontiers comme une insatiable jouisseuse en puissance.

A l’époux donc de ne pas susciter ce désir féminin trop voluptueux. Les médecins recommandent deux ou trois coïts par semaine au jeune époux. Un toutes les trois semaines suffira au quinquagénaire. Ceinture aux messieurs trop âgés. Quelques minutes de coït rapide et vigoureux doivent suffire à procréer, en position 'recommandée' du missionnaire. Pour le docteur Montalban, c’est également la position qui procurera le plus de jouissance, "les points de contact multipliés procurant les sensations les plus agréables" et si la femme s’excite trop, il sera bon de la coucher sur le côté. Tout semble se liguer contre l’orgasme féminin. Les "postures illégitimes" sont bien sûr à proscrire. Tout comme l’onanisme - le péché ultime étant "l’onanisme conjugal" (ou la masturbation réciproque) qui peut conduire à la damnation des fidèles, dans un siècle empreint de morale chrétienne.

On ne doit batifoler que dans la chambre à coucher. Les miroirs doivent en être bannis, et on doit procréer dans l’obscurité. Le plus souvent, les partenaires gardent la chemise.

Si les paysannes batifolent parfois en plein jour dans la paille, à la maison, "Madame" se doit de souffler la bougie ou la lampe à pétrole avant de rejoindre Monsieur au lit. L’apparition de l’électricité et sa popularisation à la fin du XIXe siècle ne seront pas étrangères à une certaine érotisation des habitudes nocturnes entre époux.

Si le couple conjugal, socle du corps social bourgeois que promeut le siècle, semble réglementé par la pudeur, le plaisir lui, doit s’en exclure. Et se trouver ailleurs. Au bordel, sur les boulevards, ou chez la voisine.

Les médecins dénoncent les conduites déviantes, la femme hystérique, l'homosexualité, la sexualité juvénile, toutes ces aberrations de l' «instinct génésique». La masturbation suscite leur effroi. Elle conduit, disent-ils, à un lent dépérissement. Le plaisir solitaire de la femme, c'est du vice à l'état pur. Jusqu'alors, on pensait que le plaisir féminin était lié aux nécessités de la reproduction. Soudain, en découvrant les mécanismes de l'ovulation, on réalise que ce n'est pas le cas. Il semble donc superflu, inutile, comme le clitoris.

Ce XIXe siècle, ne peut inciter qu'à la transgression...

Cette ''inquiétante étrangeté'' qu'est le sexe, devient manifeste... Le tabou prend la lumière des alcôves...

« Cette transgression des interdits, cette mise en relief des valeurs que l'on ne veut pas voir, est tout le suc du fantastique. C'est aussi la raison pour laquelle le fantastique est souvent une réflexion approfondie - car à vivre dans la chair - sur le Mal. Souffrance, folie, échec, transgression : ceci est un beau contre-courant à l'optimisme des Lumières, et c'est la raison pour laquelle le fantastique était tellement présent dans le XIXe littéraire français. »

Nombreux sont les écrivains qui aiment cultiver les expressions de la peur et de l’inconnu pour répliquer aux « certitudes » rationnelles et scientifiques de leur époque et renouer avec l’irrésistible plaisir associé à la transgression des lois de la Raison. Le goût de l’étrange et du surnaturel, inséparable de l’évocation d’un « ailleurs »

C’est aussi au XIXe siècle qu’apparaissent la psychiatrie et la psychanalyse, deux disciplines ayant pour objet l’étude et le traitement de la maladie mentale. Avant la naissance de leur clinique, on aimait se représenter l’homme comme un être cohérent, rationnel et maître de sa personne ; après elle, on sait celui-ci divisé, fuyant et habité par des forces inconnues. Le fantastique, véritable miroir de son époque, traduira bien les angoisses associées à cette nouvelle image de l’être humain. Il soulèvera, entre autres, la question qui nous concerne tous : « La normalité existe-t-elle réellement ? »

Sources :En particulier : - Juliette Goudot ( journaliste 'Le moustique') ; - Dominique Simonnet, écrivain et journaliste, avec Alain Corbin ;

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