Overblog Suivre ce blog
Administration Créer mon blog

J'aime ... Christiane Singer

Publié le par Perceval

christiane-singer-amour.jpgChristiane Singer fut lectrice à l'université de Bâle, puis chargée de cours à l'université de Fribourg avant de se consacrer à ses activités littéraires. Elle a suivi l'enseignement de Graf Karlfried Dürckheim, (disciple de C. G. Jung). Écrivain prolifique, de sensibilité chrétienne imprégnée de sagesse orientale, elle s'est abstenue de donner des leçons de morale et excluait tout dogmatisme. Son oeuvre et sa réflexion personnelles sont toutes entières centrées sur la prise en compte nécessaire du risque spirituel qui couve dans le coeur de chacun. Elle a écrit de nombreux romans et essais d'une grande qualité littéraire, dont « Histoire d'âme » qui lui a valu le prix Albert Camus en 1989, « La mort viennoise », Prix des libraires en 1979 et plus récemment « Éloge du mariage, de l'engagement et autres folies ». et son dernier ouvrage : « N'oublie pas les chevaux écumants du passé ».

  christiane.singer.jpg

Sensible à la situation des minorités spirituelles en France, elle a souhaité contribuer à l'action du CICNS en nous offrant cette interview.
Chargée de cours à l'université de Fribourg, Christiane Singer - née à Marseille en 1943 -  était écrivain et vivait en Autriche. Christiane Singer est décédée le 4 avril 2007 des suites d'un cancer. Elle venait juste de terminer un ouvrage relatant son expérience au travers de la maladie :"Derniers fragments d'un long voyage".


 

Voir également, ceci: http://0z.fr/eT5eK

 

Sur le net, il y a de nombreuses viidéos avec Christiane Singer ...

 

 

Lorsqu’elle a appris qu’il lui restait six mois à vivre, l’écrivaine Christiane Singer a commencé à rédiger ses Derniers Fragments d’un long voyage, témoignage bouleversant à l’approche de la mort.Derniers fragments Chr Singer

SINGER, Christiane. Derniers fragments d'un long voyage, Éd. Albin Michel, 2007.

 


Chers amis,

Il me faut annuler mes séminaires et mes conférences. Je vais être opérée sous peu - avec un diagnostic sévère.

Je serais heureuse que vous receviez cette nouvelle comme je l'ai reçue : le coeur ouvert et sans jugement. Toute existence est singulière; celle que je vis - et qui peut-être se prolongera - est une vraie vie pleine à ras bord d'amour et d'amitié, de rencontres et de ferveur, d'engagements pour le vivant et de folie.Les épreuves y ont leur place comme tout le reste et je reçois sans marchander celle qui maintenant vient à ma rencontre.
Votre amitié m'est précieuse. Gardons vivant ce que nous avons frôlé ensemble de plus haut,

Christiane

 

..."Je remarquais voilà quelques années qu'en vieillissant, il fallait chaque matin au réveil aller se chercher plus loin. Maintenant il peut m'arriver de partir comme à une pêche miraculeuse sans garantie de trouver dans le fatras du réel celle que j'étais hier encore"...

..."Pourquoi seulement le plaisir quand on peut avoir la joie, la gratitude, la mélancolie même ? Pourquoi seulement le succès quand tous les degrés d'insuccès jusqu'à l'échec (l'échec dont Edmond Jabès disait " Il nous comble"), souvent à l'imprévisible ? Pourquoi l'a-musement, cet espace privatif que je lis come l'interdiction de "muser", museau au vent, à la délicieuse découverte des mondes ?"....

"Tout est vie que je vive ou que je meure. Tout est Vie..."

"Tu connaîtras la justesse de ton chemin à ce qu'il t'aura rendu heureux" - Aristote.

Extrait de "Derniers fragments d'un long voyage" de Christiane Singer.

 

« Christiane Singer m’a confirmé ce que d’autres m’ont appris, du temps où j’accompagnais des personnes en fin de vie : le propre de l’humain est qu’il est habité d’une force spirituelle qui lui permet de surmonter les pires épreuves. Christiane Singer nous le jure : « Quand il n’y a plus rien, il n’y a plus que l’amour. » » Marie de Hennezel

« Elle ne marchandait pas avec la maladie. Elle avait décidé, dès qu’elle en avait appris la gravité, de la vivre pleinement. Les moments difficiles alternaient donc avec des instants de grand bonheur, de joie, d’émerveillement. Puis, au fil des pages, la sérénité et le sentiment de liberté n’ont cessé de grandir. » Marie de H.

 

 

 

Christiane Singer, a également beaucoup parlé de l'amour humain, et du mariage:

 

« Ce qui rend le mariage si lumineux et si cruellement thérapeutique, c'est qu'il est la seule relation qui mette véritablement au travail.
Toutes les autres relations aventureuses et amicales permettent les délices de la feinte, de l'esquive, de la volte-face et de l'enjouement. » Chr. Singer : (Éloge du mariage, de l'engagement et autres folies, p.30, Albin Michel, 2000)

Voir les commentaires

"Degas et le nu" au musée d'Orsay

Publié le par Perceval

Degas et le nu, au musée d’Orsay, à Paris, jusqu’au 1er juillet

 

 Nous vivons, paraît-il, dans la société du zapping compulsionnel, du besoin de surfer sans cesse d’un sujet à l’autre de peur de nous lasser. De fait, il est deux manières de tromper l’ennui. L’une consiste à passer d’une image, d’un objet ou d’un être à l’autre, pour renouveler nos impressions premières. On tourne les pages, les images et les visages en quête de divertissement.

L’autre suppose au contraire d’insister sur la rencontre, sur le regard, en refusant de se laisser divertir, pour permettre au sujet lui-même de se révéler, passé le temps de l’habitude ou de l’évidence, comme nous ne l’avions encore pas vu. C’est la contemplatio...

Deux expositions font à merveille la démonstration de la puissance de la contemplation. À Orsay, Degas, à Pompidou, Matisse ( Matisse, paires et séries, au Centre Pompidou, à Paris, jusqu’au 18 juin), sont présentés à travers le jeu de l’exploration multiple d’un sujet.

 

Le nu, pour Degas, commence de manière académique, puis narrative, avec des scènes « historiques » puis des instantanés de maisons closes, pour finir par une forme de contemplation pure du corps, comme présence, sans que n’apparaisse plus le visage des modèles. Ce corps devient finalement ligne, couleur, vibration. Il n’est pas pour autant spiritualisé. Disons plutôt aimé, jusque dans sa nature prosaïque, voire son animalité. Le peintre qui aimait tant la danse compose à sa manière une sorte de paisible « Ecce homo », essentiellement féminin pour nous dire la beauté de la condition humaine primordiale, avant tout artifice…

  (article paru dans Témoignage chrétien)

 

***

 

***

 

Exposition du 13 mars au 1er juillet 2012.


Loin des « danseuses » qui ont fait le succès de l'artiste, l'exposition présente un éventail de corps féminins dénudés qui ont passionné Edgar Degas durant près de 50 ans de création.
Interview de Xavier Rey, commissaire d'exposition.

 

 

Voir les commentaires

Madame du Chatelet; d'amour et d'étude... avec Voltaire.

Publié le par Perceval

Voltaire n’est plus souhaité à Versailles suite à la publication de son ouvrage critique « les Lettres Philosophiques ».

Voltaire et Emilie du ChateletIl décide de s’installer dans le refuge que lui propose Madame du Châtelet, une possession de famille, le château de Cirey en Lorraine ( 1735 ) . Emilie va le rejoindre et les deux amants ( depuis 1933... )  vont vivre quatre années, pratiquement hors du monde, non pas d’amour et d’eau fraîche mais d’amour et d’étude. Ils passent de longues heures, de nuit comme de jour, à débattre de questions scientifiques ou métaphysiques. Peu à peu, Emilie élabore son propre système de pensée.

Elle se passionne pour la physique et analyse les travaux théoriques de Leibniz sur l’énergie cinétique, qu’elle illustre à l’aide d’expériences. Émilie du Châtelet rédige un traité de physique, publié par l’Académie des sciences, une première pour une femme. Elle s’intéresse aux travaux de Newton ( mort en 1727 ) et entame une traduction de ses Principia mathématica, devenus Principes mathématiques de la philosophie naturelle.

 

Voltaire est un grand admirateur de Newton et cherche à mettre ses idées à la portée de tous. Emilie du Châtelet est beaucoup plus critique à l’égard de certaines de ses théories. Sa traduction ne se contente pas d’un simple mot à mot, mais elle refait les calculs, rédige ses commentaires, prend note de ses critiques. Cette traduction sera publiée dix années après sa mort ( en 1759) et reste aujourd’hui encore une référence.Emilie du Châtelet Collection Jean-Jacques Monney

 

En frontispice de son livre “Il Newtonianismo per le dame” Algarotti fait figurer le portrait d'Émilie car elle a fait la correction de l'édition de 1737. Ce livre : un dialogue avec une marquise de E*** : «  J’espère que vous laisserez sous-entendre que je suis votre marquise » lui écrit-elle. Francesco Algarotti l’aima beaucoup et la fit un peu souffrir : «  L’amour d’un amant qui décroit en raison du carré inverse des temps et du cube de la distance me paraît difficile à digérer » ( allusion à la loi de Kepler ... )

En 1748, la marquise rencontre à la cour du roi Stanislas, à Lunéville, le jeune et beau chevalier de Saint-Lambert, poète à ses heures, de dix ans son cadet. Elle en tombe amoureuse... et enceinte. Nourrie d'un terrible pressentiment, elle se hâte de terminer son oeuvre clé…

 Enfin, elle accouche d'une fillette le 5 septembre 1749, dans des conditions difficiles. Elle n'a que le temps de boucler son manuscrit et de le faire envoyer à la bibliothèque du roi avant de rendre l'âme quatre jours plus tard (la fillette mourra quelques années plus tard). 

 

A sa mort, Voltaire ( 1694-1778 ), désespéré, écrira : « Je n’ai point perdu ma maîtresse j’ai perdu la moitié de moi-même, une âme pour qui la mienne était faite, une amie de vingt ans que j’avais vu naître. »

 

***

 

 

***

 

Voir les commentaires

Les belles dames aiment les étoiles.

Publié le par Perceval

«  Les Entretiens sur la pluralité des mondes. » est écrit par Monsieur de Fontenelle pour un ami Monsieur L… (L pour « lecteur » ?), à qui il fait le compte rendu de son séjour chez Madame la Marquise de G***Marquise Entretiens sur la pluralité des mondesLe récit est découpé en six soirées, au cours desquelles Fontenelle apprend les étoiles à madame, entre deux épisodes galants.

Le « philosophe » fait sa cour, et la leçon d’astronomie est tout autant leçon de séduction… Aussi le lecteur est-il distrait en même temps qu’il est instruit. Tel est du moins le vœu de Fontenelle.


Bernard de Fontenelle ( 1657-1757) vécut quasiment cent ans, il connut le siècle du classicisme et le siècle des Lumières…

plurality2.png

 

 

 

Fontenelle prend délibérément le parti de Copernic : la terre n’est pas le centre du monde, et elle tourne autour du soleil ! Il va plus loin et pense qu’un jour on pourra voler dans les airs et traverser le ciel comme on franchit les mers… Il dit qu’on ira très certainement dans la Lune ! Fontenelle pense qu’il existe des mondes habités, il imagine même des habitants sur la Lune, sur Mars, sur Jupiter…


Au XVIIIème les femmes abordent, en général, la culture par celle délivrée dans les couvents ; mais « libertines » certaines préfèrent s’intéresser aux sciences et à plus profane… Plusieurs essais de vulgarisation leurs sont destinées. ( Lettres à Sophie et à Julie, Les astronomies des dames ..)


C’est peut-être ainsi, qu’ Emilie du Châtelet : mathématicienne, polyglotte, philosophe, comédienne et chanteuse d’opéras à l’occasion, s’intéressa aux sciences.. ?

Ce qui la rend exceptionnelle, c’est son goût profond pour l’étude, sa revendication féministe, son athéisme déclaré et la puissance de son énergie positive : « …c’est à la raison de nous faire sentir qu’il faut être heureux quoi qu’il en coûte…».


Dès l’âge de 12 ans, elle lit couramment le grec, le latin, l’allemand et l’anglais. Mme Du ChateletA l’âge de quinze ans elle a déjà parcouru l’ensemble de l’œuvre disponible de Descartes et Leibniz. Emilie éprouve une véritable passion pour les études. Un cercle littéraire se réunit régulièrement dans l’hôtel privé de la famille, occasion pour elle de faire connaissance avec Fontenelle qui lui délivre les bases d’un enseignement scientifique de qualité.


Elle épouse le marquis Florent Claude du Châtelet, semble-t-il ébloui par son intelligence, et tous deux s’engagent dans une relation souple qui laissera la marquise du Châtelet libre de fréquenter les grands hommes de son époque, comme Bernoulli, Euler, Buffon et Réaumur. Certains deviendront ses amants, notamment Maupertuis et Voltaire, qu’elle accueille quand il est en disgrâce.

 

Outre ses oeuvres scientifiques, elle a écrit "Un discours sur le bonheur", ainsi qu’une analyse de la Bible (la Genèse) car elle se définissait comme déiste, à l’image de Voltaire.

 

VOLTAIRE vient de la quitter après des années de grande passion . Elle dresse ici le bilan de sa vie , de ses ambitions et de ses amours avec Voltaire pour tenter de répondre à la question fondamentale : Comment être heureux sur cette terre ?

" Il ne faut point rougir de s’être trompé ; il faut se guérir quoi qu’il en coûte, et surtout éviter la présence d’un objet qui ne peut que vous agiter, et vous faire perdre le fruit de vos réflexions : car chez les hommes la coquetterie survit à l’amour ; ils ne veulent perdre ni leur conquête ni leur victoire, et par mille coquetteries ils savent rallumer un feu mal éteint, et vous tenir dans un état d’incertitude aussi ridicule qu’insupportable. Il faut trancher dans le vif, il faut rompre sans retour (…) " Discours sur le bonheur.

 

II faut commencer par se bien dire à soi-même et par se bien convaincre que nous n'avons rien à faire dans ce monde qu'à nous y procurer des sensations et des sentiments agréables. Les moralistes qui disent aux hommes : réprimez vos passions, et maîtrisez vos désirs, si vous voulez être heureux, ne connaissent pas le chemin du bonheur. On n'est heureux que par des goûts et des passions satisfaites ; je dis des goûts, parce qu'on n'est pas toujours assez heureux pour avoir des passions, et qu'au défaut des passions, il faut bien se contenter des goûts. Ce serait donc des passions qu'il faudrait demander à Dieu, si on osait lui demander quelque chose [...].
     

emilie-du-chatelet

Mais, me dira-t-on, les passions ne font-elles pas plus de malheureux que d'heureux ? Je n'ai pas la balance nécessaire pour peser en général le bien et le mal qu'elles ont faits aux hommes ; mais il faut remarquer que les malheureux sont connus parce qu'ils ont besoin des autres, qu'ils aiment à raconter leurs malheurs, qu'ils y cherchent des remèdes et du soulagement. Les gens heureux ne cherchent rien, et ne vont point avertir les autres de leur bonheur ; les malheureux sont intéressants, les gens heureux sont inconnus. [...]
      On connaît donc bien plus l'amour par les malheurs qu'il cause, que par le bonheur souvent obscur qu'il répand sur la vie des hommes. Mais supposons, pour un moment, que les passions fassent plus de malheureux que d'heureux, je dis qu'elles seraient encore à désirer, parce que c'est la condition sans laquelle on ne peut avoir de grands plaisirs ; or, ce n'est la peine de vivre que pour avoir des sensations et des sentiments agréables ; et plus les sentiments agréables sont vifs, plus on est heureux. Il est donc à désirer d'être susceptible de passions, et je le répète encore : n'en a pas qui veut... " Discours sur le bonheur.

 

«L’amour est peut-être la seule passion qui puisse nous faire désirer de vivre» écrivit Emilie du Châtelet.


C’était une passionnée qui adoptait parfois des comportements extravagants et ridicules vis-à-vis de ses amants, faisant d’elle la risée de la Cour. Délaissée par Voltaire vers la fin de sa vie, elle se réfugia dans sa passion du jeu, qui était pour elle une drogue et dans laquelle elle oubliait toute prudence. Il lui arriva un jour de perdre l’équivalent d'un million de dollars en une soirée, somme qu’elle ne possédait pas. Alors, pour payer sa dette, elle imagina un système financier, aujourd’hui appelé «dérivatif» pour rembourser ses débiteurs sur ses gains futurs.

 

( à suivre )


 

Voir les commentaires

L'épaule nue de Madame M. par Boldini

Publié le par Perceval

Madame-Charles-Max.jpg

 

Portrait de Madame M. ( Madame Charles Max ) 1896 par Giovanni Boldini

 

Portrait osé – la bretelle droite de la robe ayant glissé, cela laissait l’épaule à découvert - …

 Madame-Charles-Max-detail-Boldini.jpg
 Count_Robert_de_Montesquiou_1897.jpg

Madame Charles Max, personnalité du monde parisien, fut aussi une artiste. Cantatrice, elle reçut les vers ( ci-dessous...) d'un autre modèle de Boldini: 

Robert de Montesquiou 1909

 

 

 

La Beauté c’est le don de charmer sans parole ;

Elle apparaît, et dans les âmes fait le jour.

Ce qui tremblait, sourit : ce qui troublait, s’envole,

Et l’on sent palpiter les ailes de l’Amour.

 

 

Voir les commentaires

Nellie Bly: la plus importante journaliste d'Amérique.

Publié le par Perceval

Nellie Bly est le pseudonyme de Elizabeth Cochrane ou Cochran. Elle est née aux Etats-Unis le 5 mai 1864.

Nellie_Bly-3.jpgElizabeth Cochran commence sa carrière en 1885 dans sa ville natale en Pennsylvanie en tant que journaliste pour la Dépêche de Pittsburgh. Elle y envoie une lettre de colère à l'éditeur en réponse à un article du journal intitulé «Le peu de bonnes choses que font les filles ». Le rédacteur en chef est tellement impressionné par son écriture qu'il lui offre un emploi.

Elle prend comme nom de plume " Nellie Bly " emprunté à une chanson populaire de Stephen Foster. Ses premiers articles, se portent sur les conditions de travail des jeunes filles à Pittsburgh, la vie des bidonvilles, et d'autres sujets similaires… Mais la pression Nellie-Bly--May-5--1864---January-27--1922-.jpgéditoriale l'a pousse à se cantonner aux "pages féminines" pour couvrir la mode, de la société, et le jardinage, le rôle habituel des femmes journalistes. Insatisfaite de ces fonctions, elle prend l'initiative de servir comme correspondante à l'étranger .En 1886-1887, elle se rend pendant plusieurs mois au Mexique, elle écrit sur la corruption officielle et la condition des pauvres. Ses articles critiquent fortement et irritent les autorités mexicaines et entrainent son expulsion du pays.

En 1887, Cochrane quitte Pittsburgh pour New York pour travailler avec Joseph Pulitzer au ”New York World. Un de ses premiers engagements lui permet  de se faire admettre à l'asile sur l’île Blackwell (maintenant Roosevelt) en feignant la folie. Son exposé sur les conditions de vie des patients, publiés dans le New York World et plus tard recueillis dans dix jours à une maison de fous (1887), précipitent une inspection de l’asile et permet d’apporter les améliorations nécessaires aux soins aux patients. Ses enquêtes journalistiques  l'amènent jusque dans des ateliers clandestins, des prisons, et dénoncent la corruption de la justice avec la pression lobbyiste …. Elle devient une journaliste renommée.

 

  tour-dumonde-80jours-J-Verne.jpg

Le 22 novembre 1889, une journaliste américaine de 25 ans rencontre l’écrivain Jules Verne à Amiens. Ce rendez-vous est programmé depuis plusieurs semaines déjà. La jeune femme a embarqué le 14 novembre à New York, à bord du paquebot Augusta Victoria, s’est arrêtée à Londres puis a débarqué à Calais.

Nellie bly 2

 

Le point culminant de la carrière de Nellie Bly au monde commence le 14 Novembre 1889, quand elle part de New York pour battre le record de Phileas Fogg, héros de roman de Jules Verne Le tour du monde en quatre-vingts jours. Le New York World en fait un véritable événement, avec des articles quotidiens et un concours … ( avec pour le gagnant : un voyage en Europe) . Il y avait près d'un million d'inscrits au concours. Nellie Bly parcourt le monde à bord de navires et de trains, en pousse-pousse, sur des chevaux ou des ânes…  Nellie-bly-4.jpgEnfin, de San Francisco à New York, le monde l'a transporte dans un « train spécial », est accueillie partout par des fanfares, des feux d'artifice…. Le temps officile de son tour du monde est de 72 jours 6 heures 11 minutes 14 secondes. Le livre de Nellie Bly:. Tour du monde en soixante-douze jours (1890) est un grand succès populaire, et Nellie Bly est une star...

 

Le voyage de la jeune journaliste se poursuit sans encombre et un mois après son départ, elle se trouve sur l’île de Ceylan, dans la ville de Colombo, attendant avec impatience le bateau qui doit la conduire à Hong Kong, puis à Tokyo…. A chacune de ses escales dans des grandes villes, elle câble à son journal, le « New York World » un récit pittoresque de ses dernières aventures. Les lecteurs attendent chaque nouvel épisode avec une impatience comparable à celle qui touche les amateurs de feuilletons à suspens, et, au fil des jours, sa célébrité grandit aux EtatsNellie-Bly.jpg-Unis.

Lorsqu’elle arrive enfin à New York, le 25 janvier 1890, elle a parcouru 40 070 kilomètres et largement remporté son pari puisqu’il ne lui a fallu « que » 72 jours, six heures et 11 minutes.

 

 

 

À 30 ans , elle épouse Robert Seaman ( 70 ans et millionnaire) en 1895, mais après sa mort, dix ans plus tard, elle poursuit les affaires et devient une des rares femmes chef d’entreprise jusqu'en 1914 … Elle subit des revers financiers et fait faillite. Elle retourne travailler au New York Journal en 1920.

 

Nellie Bly décide de réformer fondamentalement le fonctionnement de son usine de fabrication de tôles. Elle supprime la rémunération à la pièce et introduit un salaire journalier indépendant de la productivité, et elle dépense une bonne part de ses capitaux pour réaliser des investissements sociaux dans l’entreprise : centre de loisirs, bibliothèque, club de pêche… Toutes ces « loufoqueries » sociales ne sont guère appréciées par ses pairs. La nouvelle patronne n’est pas une très bonne gestionnaire et la situation financière de l’usine devient catastrophique.

 Nellie_Bly_later_years.jpg
 nellie-bly-stamp.jpg

Nous sommes en 1914 et le monde est sur le point de basculer dans le chaos. Lorsque le conflit éclate, Nellie Bly devient correspondante de guerre. Jusqu’en 1919, elle se rend sur de nombreux fronts et publie une longue série de reportages sur la vie des soldats et l’évolution du conflit.

 

Elle meurt d'une pneumonie à l'âge de 57 ans, le 27 Janvier, 1922. Le lendemain, Le Journal du soir lui rend hommage en déclarant Nellie Bly:   "La meilleure journaliste d'Amérique.".

 

Biblio: ( en Anglais )

- Ten Days in a Mad-house

- Nellie Bly's Book: Around the World in 72 Days

 


Voir les commentaires

Renée Perle, en muse de J-H Lartigue

Publié le par Perceval

Jacques-Henri Lartigue, flâne dans son imposante Talbot, il est sur le chemin du domicile conjugal ,avec son épouse ( Madeleine Messager dite Bibi. ) qui ne l’attend plus... A moins qu’il ne se rende chez sa maitresse du moment Doriane ? renee-with-lartigue.jpg

Rue de la Pompe, au niveau du lycée Janson, deux femmes attendent un taxi. L’une qu’il nomme « l’ombrelle » lui fait signe, le prenant pour son frère… Il engage la conversation, les emmène et observe du coin de l’oeil «  l’ombrelle » : «  un long cou, un tout petit nez, une mèche noire ondulée et brillante qui lui caresse la bouche. ». premiers regards posés sur le belle Renée Perle : d’origine roumaine de 26 ans qui va devenir la muse de celui que l’on reconnaitra beaucoup plus tard, comme un des plus grands photographes français du XXème siècle.

 

«  Renée toujours près de moi avec son parfum et ses troublantes coquetteries. Elle est auréolée de tous les sortilèges qui m’entourent… »

Renee-Perle-Lartigue07.jpg

 

 

 

 

Voulant toucher au plus près la vérité indicible de cet amour naissant, il écrit : « Il faudrait un film, avec des couleurs, le relief, l’ambiance, peut-être même le parfum.  Dans ma mémoire, il n’y a qu’une vision : c’est flou. Trop près pour être mis au point, c’est sa bouche contre la mienne, de longues jambes nues, une mèche écrasée contre ma joue. C’est un gros plan. Un plan d’odeur aussi, de sa mystérieuse et furtive odeur. »

 

Jacques_Henri_Lartigue_Renee-Perle-2.jpg


«  Renée est la femelle d’un « autre » moi-même »


renee-perle-Juan-les-pins.jpgUne chambre au dernier étage de l’hôtel des Pins-parasols, à Juan les pins : «  Elle est en haut. Elle m’attend dans la chambre. Elle se coiffe, s’habille, noircit ses ses cils, mange un bonbon. ? … Ne fait rien ?.. Peu importe. Tout ce que je sais, c’est qu’elle est là-haut, m’attend et que j’irai la retrouver au premier appel de mon amour ! Elle ?.. Qui est-ce ?.. C’est Renée ! Et c’est surtout une femme ! Une FEMME ! La première que je rencontre. » la sensualité gouverne leurs journées, ponctuées par des virées au Cap d’Antibes.. Sous le charme et le plaisir des sens, Lartigue s’enivre de prises de vue, qui deviennent comme un autre acte fusionnel, un geste d’union, et Renée se donne à la chambre noire dans la clarté des jours…

Renée et son amant ne se lassent pas de sillonner les routes de l’hexagone dans des automobiles dernier cri pour se rendre dans les stations balnéaires à la mode …

Renee-perle-16.jpg  Jacques-Henri-Lartigue-Renee-Perle-D.jpg
 Renee-Perle-10.jpg  Renee-Perle-5.jpg

 


«  Une chimère. Oui, elle est ma chimère, mon rêve de toujours. »

 

Renee-perle-canape-2.jpg

 

Les textes sont empruntés au livre de Farid Abdelouahab: Muses ( Arthaud )

 


 

Renée Perle, morte en 1977 a conservé les 340 tirages originaux des photos d'elle, en souvenir ce cette folle passion, trop courte avec J.H. Lartigue.

Voir les commentaires

Sonia Kovalevskaia, des Maths... ou rien!

Publié le par Perceval

Woman teaching geometrySonia Kovalevskaia, est une mathématicienne, une écrivaine et de fait une féministe.

 

Enfant, elle contemple les notes mathématiques qui font office de papier peint de sa chambre. A quatorze ans, elle s’enseigne elle-même la trigonométrie pour comprendre la section optique d'un livre de physique qu'elle lisait. L'auteur du livre et aussi son voisin, le professeur Tyrtov, est extrêmement impressionnés par ses capacités, et convainc son père de lui permettre d'aller à l'école à Saint-Pétersbourg pour poursuivre ses études…

sonya-kovalevskaya

Sofia est déterminée à poursuivre ses études au niveau universitaire. Les universités les plus proches ouvertes aux femmes sont en Suisse, et les jeunes femmes non mariées ne sontpas autorisées à voyager seules. Sofia conclut un mariage de convenance à Vladimir Kovalevsky ( paléontologue et traducteur de Darwin) en Septembre 1868. A Heidelberg, Sofia acquiert une petite renommée.


Sofia à vingt et un ans se retrouve à Paris pendant la commune ; en effet sa sœur AnnaAnna_Jaclard.jpg et son mari français Victor Jaclard  participent à la première internationale… Avec son mari, Anna participe activement à la Commune de Paris de 1871. Elle siège au Comité de vigilance de Montmartre , elle est active dans l'organisation de l'approvisionnement alimentaire de la ville assiégée de Paris, elle a co-fondé et écrit pour le journal La Sociale, elle agit comme une des représentantes de la section russe de l'Internationale et participe à un comité sur les droits des femmes. Sonia s’acharne nuit et jour à soigner les insurgés bléssés. «  Une héroïne » dira d’elle : Louise Michel.

sofja wassiljewna kowalewskaja

Au retour, Sofia décide de poursuivre des études auprès de Karl Weierstrass à l'Université de Berlin. Weierstrass est considéré comme l'un des mathématiciens les plus renommés de son temps, et d'abord il ne prend pas au sérieux Sofia. Finalement, il réalise son génie, et lui permet , en tutorat privé, de passer son doctorat de l'Université de Göttingen, sur les intégrales abéliennes et elliptiques (1874).


En dépit de ce doctorat et des lettres de recommandation forte de Weierstrass, Sofia Kovalevskaya est incapable – comme femme - d'obtenir un poste universitaire.


De retour en Russie ; avec son mari, elle a une fille. Elle s’essaye à des articles scientifiques, des fictions, des critiques de théâtre... Elle et Vladimir cherchent fortune dans des spéculations commerciales diverses. Ils collectent des fonds en vue de fonder une université pour femmes.

 

En 1880, Sofia retourne aux mathématiques avec une ferveur nouvelle. Elle présente un document sur les intégrales abéliennes à une conférence scientifique et est très bien reçue. Elle décide de revenir à Berlin, et très vite apprend le suicide de son mari Vladimir face au désastre financier de leurs entreprises ( 1883) …

sonya-kovalevskaya 2Elle reçoit par l’intermédiaire d’un ancien étudiant de Weierstrass : Gosta Mittag-Leffler, des invitations à donner des conférences à l'Université de Stockholm. Au début, c’était seulement un poste temporaire, elle y reste cinq ans. Puis vient une série de grandes réalisations. Elle a acquis un poste permanent à l'université, est nommée rédactrice en chef d'une revue de mathématiques... Dans le même temps, elle a co-écrit une pièce de théâtre, «La lutte pour le bonheur», avec une amie, Anna Leffler.

En 1887, Sofia apprend la mort de sa sœur, Anya..

 

Sonia Kovalevsky High School Mathematics DayEn 1888, avec son étude : "Sur la rotation d'un corps solide à un point fixe » elle gagne le Prix Bordin de l'Académie française des sciences … Dans son document, Sofia développe la théorie pour un corps asymétrique où le centre de sa masse n'est pas sur un axe dans le corps. Le document est si hautement considéré que le prix est augmenté, passant de 3000 à 5000 francs. Ce prix lui permet d’obtenir une chaire à vie en mathématiques à Stockholm en 1889 et de devenir membre de l'Académie des Sciences de Russie.


Le 10 Février 1891, Sofia Kovalevskaya meurt à 41ans d’une pneumonie. Elle est enterrée à Stockholm.

sonya-kovalevsky-1850-1891-granger

Elle a écrit des souvenirs d'enfance, des pièces de théâtre (en collaboration avec Anne-Charlotte Leffler) et un roman partiellement autobiographique : Une nihiliste (1890).

http://bibliotheque-russe-et-slave.com/Livres/Kovalevskaia%20-%20Une%20nihiliste.htm

 

La beauté de mathématiques:

 

Le travail plastique de Pierre Gallais met en scène les mathématiques de manière poétique.


mathazine pierregallais-774133

 

 

"Si vous pensiez que ce qui est math n'est guère reluisant, nous vous proposons d'égayer vos maths, hier, grises.


À l'image d'un arbre: les mathématiques seraient la sève qui le nourrit mais ce sont les fruits que l'on déguste.


À l'image d'un édifice: les mathématiques seraient la charpente qui soutient la toiture mais c'est la toiture que l'on observe et qui nous abrite... "


Pierre Gallais, 2009

Voir les commentaires

Les ingénus de Verlaine

Publié le par Perceval

joseph-szabo-jones-beach-lifeguards-dream-1972.jpg

  Joseph Szabo : scènes à la plage, 1970

***

 

 

Les hauts talons luttaient avec les longues jupes,jacques-henri-lartigue.jpeg
En sorte que, selon le terrain et le vent,
Parfois luisaient des bas de jambes, trop souvent
Interceptés ! - et nous aimions ce jeu de dupes..


Parfois aussi le dard d'un insecte jaloux
Inquiétait le col des belles sous les branches,
Et c'était des éclairs soudains de nuques blanches,
Et ce régal comblait nos jeunes yeux de fous.
jacques-henri-lartigue-dancers-copie-1.jpg

Le soir tombait, un soir équivoque d'automne :
Les belles, se pendant rêveuses à nos bras,
Dirent alors des mots si spécieux, tout bas,
Que notre âme depuis ce temps tremble et s'étonne.

 

 

 

 

Les ingénus de Paul Verlaine (Les fêtes galantes.VII),  et les photos de Jacques Henri Lartigues

 

***

 

 

 California-1949.jpg

Voir les commentaires

Bloomsbury: Un cercle d'intellectuels disparus

Publié le par Perceval

« Ils adorent Diaghilev, ont des expériences homosexuelles, font des mariages libres, des enfants hors mariage, ils sont objecteurs de conscience, aiment le postimpressionnisme. Ils vivent dans l’Angleterre puritaine du début du XXe siècle. Ils forment une communauté excentrique, subversive, drôle, flamboyante, régie par ses propres règles, donc difficile à caractériser. Ce sont les membres du groupe de Bloomsbury. »

arch_bloomsbury_large.jpg

 

Il y a donc - le mythe « Bloomsbury » : récit édifiant qui se transmet au sein d’un groupe social, avec pour rite : les fameuses soirées du jeudi au 4 Gordon Square.

Les activités quotidiennes des membres du groupe de Bloomsbury. prennent place largement au sein et autour de pratiques collectives : les ateliers Omega, la Hogarth Press, les repas pris en commun à Charleston et les vacances en France et en Italie.

virginia-woolf-_and_leonard-w_1912.jpgVirginia Woolf  et Leonard en 1912

A-portrait-painting-of-Leonard-Woolf-by-Vanessa-Bell-in-194.jpg

A portrait painting of Leonard Woolf by Vanessa Bell in 1940

 


Les soirées du jeudi :

«  C’était dans cette pièce que se rassemblaient les amis de Virginia et Vanessa les jeudis soir… Les habitués avaient l’habitude d’apparaître aux environs de 10 heures du soir et continuaient d’arriver par intervalles jusqu’à minuit. Il était rare que le dernier parte avant 2 ou 3 heures du matin. Whisky, pains au lait et cacao étaient servis, et les visiteurs discutaient entre eux. » Dunca Grant

 «  C’était tard le soir ; la pièce était pleine de fumée ; il y avait un peu partout des pains au lait, du café, du whisky (..) Thoby allait ouvrir la porte (…). Bell entrait ; Strachey entrait. Ils entraient en hésitant, en s’effaçant, et s’écroulaient sans bruit dans un coin du canapé. » Virginia Woolf

«  Bell était une sorte de dieu soleil, avec de la paille dans les cheveux ; Strachey était un prodige d’esprit ; Léonard était si violent, si sauvage ; il méprisait tant le genre humain ! »V.W.

«  Dans un des petits ilots d’ordre relatif, Ducan avait dressé son chevalet et Bunny ( David Garnett ) écrivait un roman dans une série de cahiers. » V. W.

 

Ce groupe incarne, le fantasme intellectuel de la réunion des grands esprits, et - comble de curiosité - traine derrière lui une réputation sulfureuse : « La plupart de ses membres sont homosexuels, flirtant avec leurs camarades et épousant ceux de l'autre sexe. Entre autres anecdotes, Virginia Woolf a une aventure avec la poétesse Vita Sackville-West, immortalisée par son roman 'Orlando' et Duncan Grant devient l'amant de Vanessa Bell, 

Virginia-Woolf-et-Vita-Sackville-West.jpg
Virginia Woolf et Vita Sackville-West

  elle-même mariée, tout en entretenant une liaison avec l'écrivain David Garnett. C'est d'ailleurs de ce trio que naît Angelica Garnett, la fille issue de la liaison de Bell et Grant, qui apprendra à 20 ans que son père n'est pas le mari de sa mère (Clive Bell) avant d'épouser Garnett, l'amant de son vrai père... »

 

Reprenons la chronologie :

 

 

1899 : À Cambridge, un club de réflexion regroupe le futur économiste John M. Keynes et Thoby Stephen. C'est à Trinity qu'en 1899 le biographe et essayiste Lytton Strachey, Leonard Woolf, Saxon Sydney-Turner et Clive Bell étaient devenus de grands amis de Thoby Stephen, lequel les présenta à Londres à ses sœurs Vanessa ( Bell ) et Virginia ( Woolf ); c'est ainsi que

Painter-Duncan-Grant-with-economist-John-Maynard-Keynes.jpg
Le peintre Duncan Grant avec l'économiste John Maynard Keynes

le groupe de Bloomsbury vit le jour. S’y retrouvent également E. M. Forster et Mary (Molly) MacCarthy, les peintres Duncan Grant, et Roger Fry, et les critiques littéraires, artistiques et politiques, Desmond MacCarthy, et Leonard Woolf.

De plus, certains de leurs amis très proches, de leurs frères et sœurs, voire leurs partenaires, n'appartenaient pas nécessairement à Bloomsbury. L'amie de Lytton Strachey, la femme peintre Dora Carrington, n'a jamais été membre ; Lydia Lopokova, épouse de John Maynard Keynes, n'y a été admise qu'avec réticence. On a parfois soutenu qu'Ottoline Morrell, Vita Sackville-West, Arthur Waley et quelques autres faisaient partie du Groupe, mais aucun n'était considéré comme membre, ni par eux-mêmes ni par leurs amis, membres authentiques.

 

1904 : La fratrie Stephen (Thoby, Vanessa [Bell], Virginia [Woolf] et Adrian) s’installe à Bloomsbury (Londres) et baptise du nom de ce quartier leur groupe.

Vanessa-Bell--Oil-on-Canvas--by-Duncan-Grant-jpg
 Vanessa-Bell-par-Duncan-Grant

 

Le décès prématuré de Thoby en 1906 les réunit plus fortement. Lytton Strachey devint ami intime des sœurs Stephen de même que Duncan Grant du fait de ses relations homosexuelles avec Lytton Strachey, John Maynard Keynes et Adrian Stephen. Clive Bell épousa Vanessa en 1907, et Leonard Woolf, rentré de Ceylan où il exerçait des fonctions publiques, se maria avec Virginia en 1912.

Le développement artistique de Bloomsbury se fera en plusieurs phases, marquées en grande partie par la présence du peintre Roger Fry, point focal du groupe, qui lui insuffle son esprit novateur et formateur.

 

1910 : Première exposition d’art postimpressionniste organisée à Londres par Roger Fry.

 

1913 : Fondation des ateliers Omega. La société fabriquait des objets d'artisanat et de décoration. Ce fut le peintre et critique d'art Roger Fry qui fonda la société. Les objets n'étaient pas signés par les artistes et portaient simplement la lettre omega en guise de signe distinctif. Vanessa Bell et Duncan Grant fournirent plusieurs dessins à Omega…

Mobilier-decoratif-de-Roger-Fry-pour-les-Omega-Workshops-R.JPG

 Mobilier décoratif de Roger Fry pour les Omega Workshops Roubaix_Roger_Fry_mobilier_decor


L'hostilité de l'establishment au post-impressionnisme provoqua une controverse autour de Bloomsbury. Clive Bell attaqua le post-impressionnisme dans son livre Art (1914), en fondant partiellement son esthétique sur le criticisme artistique de Roger Fry et la philosophie morale de G. E. Moore. La campagne pour le vote des femmes ajouta aux polémiques de Bloomsbury, puisque Virginia Woolf et certains membres du Groupe, mais non tous, voyaient des liens entre les aspects politiques du capitalisme, de l'impérialisme, de la sexualité et de l'esthétique.

Comme à peu près tout le reste de la culture moderne, le premier Bloomsbury se vit bouleversé dans son développement par la Première Guerre mondiale. Aucun des hommes n'y a combattu. La plupart d'entre eux étaient objecteurs de conscience, ce qui, bien entendu, ajouta aux controverses contre le Groupe. Politiquement, ses membres étaient répartis entre le libéralisme et le socialisme, comme on peut le voir dans les carrières et les écrits respectifs de Keynes et de Leonard Woolf. Mais ils étaient unis dans leur opposition contre le gouvernement qui les avait plongés dans la guerre, puis dans une paix fragile.

 

1917 : Création d’Hogarth Press, maison d’édition dirigée par Virginia et Leonard Woolf. La Hogarth Press fut l'une des premières maisons à éditer des ouvrages de psychanalyse, parmi lesquels des essais de Sigmund Freud et d'Anna Freud, ainsi que de nombreuses traductions de textes étrangers (Rainer Maria Rilke, Federico García Lorca), en particulier la littérature russe (Léon Tolstoï, Fiodor Dostoïevski, Maxime Gorki, Daniel Andreiev, Ivan Bounine).

Hogarth-Press.jpgEntre autres auteurs britanniques, la Hogarth Press publia les poètes John Betjeman, Cecil Day-Lewis, W. H. Auden, Christopher Isherwood, Edith Sitwell et Stephen Spender. Parmi les membres du Bloomsbury Group et leurs proches, elle édita, outre les œuvres de Virginia et de Leonard Woolf, des textes de Leslie Stephen, Clive Bell, Vita Sackville-West, Harold Nicolson, Roger Fry, E. M. Forster, John Maynard Keynes, Robert Graves, H. G. Wells, Laurens van der Post, William Plomer, Logan Pearsall Smith ou Nancy Cunard.

Ce fut à la Hogarth Press que parut la première édition britannique de Prelude de Katherine Mansfield (1918), de The Waste Land (La Terre vaine) de T. S. Eliot (1924) et de Composition as Explanation de Gertrude Stein (1926).Roger-Fry--self-portrait--oil-on-canvas--1930-4.jpg

 

1934 : Décès de Roger Fry.               Son auto-portrait...->

 

1941 : Suicide de Virginia Woolf.

 

«  Pour que six individus, sans privilèges particuliers à l’exception de leur tempérament, puissent ainsi s’imposer, il doit bien y avoir une raison. Là où ils triomphent, à mon avis, c’est d’avoir décidé de leut prpre mode de vie  - qui n’étaient en aucun cas dépravé, sinistre ou simplement intellectuel ; mais plutôt en effet ascétique et austère – qui perdure  et leur permet toujours de pouvoir dîner ensemble, de rester ensemble, après vingt ans ; les querelles, succés ou échecs éventuels n’ont pu rien y changer. Je dois dire que je trouve cela plutôt honorable. » Virginia Woolf.

 

Sources : «  Conversation anglaise : le groupe de Bloomsbury » Exposition : Gallimard

Sites Wiki, Thomas Flamerion pour Evene.fr, article Journal des arts: L'Oeil - n° 619 - Décembre 2009…

 

vanessa_bell.jpg

Vanessa Bell

 Duncan-Grant-by-Alvin-Langdon.jpgDuncan Grant by Alvin Langdon

 Roger_Fry_-_Virginia_Woolf.jpg

Virginia_Woolf par Roger Fry

 Duncan-Grant--Interior-with-the-Artist-s-Daughter-1935.jpg

Duncan Grant, Interior with the Artist’s Daughter (Angelica), c. 1935-36


Voir les commentaires