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Portraits mondains - Laure Hayman ( 1851-1932 ) - Julius Leblanc Stewart

Publié le par Perceval

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Julius Leblanc Stewart: Portrait de Laure Hayman 1882

Odette de Grécy, est un personnage romanesque, mais vrai. Chaque lecteur a son « Odette », et n'est-elle pas d'autant plus fantasmée, qu'elle est une femme légère …?

PourMarcel Proust, il est intéressant de connaître le chemin qui le mène jusqu'à son personnage...

Cela commence avec le grand oncle de Marcel ( M. Louis Weil ) qui était l'amant d'une célèbre « cocotte », à qui il présenta son petit-neveu, jeune lycéen... Laure Hayman, est née en 1851, dans un ranch des Andes ; elle perd son père, un ingénieur, quand elle est encore enfant, et sa mère, après avoir vainement tenté d'en faire une professeur de piano, fait d'elle une courtisane.. Descendante du célèbre peintre Francis Hayman – maître de Gainsborough – elle allait être aimée du duc d’Orléans, du roi de Grèce, inspirer des peintres et des écrivains, dont Paul Bourget qui en fera le modèle de sa Gladys Harvey...

 Comme Odette, Laure habite un petit hôtel particulier rue de la Pérouse.

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Laure Hayman, Photo de  Nadar, 1879

Quand Proust la rencontra pour la première fois, à l'automne 1888, elle avait trente-sept ans. Il n'en avait que dix-sept ; « elle était potelée, mais avait une taille de guêpe et portait des décolletés très profonds garnis de festons de perles bringuebalantes ne dissimulant qu'assez peu sa gorge. Ses cheveux étaient d'un blond cendré, noués avec un ruban rose, ses yeux noirs, et quand elle était surexcitée, ils avaient tendance à s'ouvrir démesurément... » J E Blanche «  Souvenirs sur Marcel Proust » 1928

«Le jeune homme s’entêtait à lui offrir ses chrysanthèmes favoris et à l'inviter à déjeuner dans les restaurants les plus couteux. Jacques Emile Blanche insinue que la liaison de Proust avec Mme Hayman ne fut pas uniquement platonique...

Cependant, c'est comme à une œuvre d’art que le jeune Marcel va lui vouer une étrange passion, similitude avec l’amour que Swann éprouvera pour Odette.

Laure aurait remplacé, ainsi, le grand-oncle par le petit neveu et leur vingt ans de différence faisaient d’eux «  la comtesse et son chérubin ».... A noter également que le père même de Marcel, entretint également avec elle une certaine intimité, se plaisant à citer Laure chaque fois qu’il voulait donner un exemple, non seulement de la beauté et de l’élégance, mais de l’intelligence, du goût, de la finesse, du tact et du cœur.

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Un amour de Swann est un film franco-allemand réalisé par Volker Schlöndorff, sorti en 1984; avec Ornella Muti pour Odette de Crecy,  Jeremy Irons : Charles Swann , et Alain Delon : Baron de Charlus ...  

Quand Laure lit «  Le côté de Guermantes », publié en 1921, elle se reconnaît en la personne d’Odette Swann, et adresse à l'auteur une missive furibonde où elle traite l’ancien « petit saxe » de monstre et qui est celle d’une rupture. Laure est outrée de ce qu’elle croit découvrir d’elle dans Odette, cette autre femme en rose. A ce courrier, Proust répondra une ultime lettre pleine de chagrin :

« Odette de Crécy, non seulement n’est pas vous, mais est exactement le contraire de vous. Il me semble qu’à chaque mot qu’elle dit, cela se devine avec une force d’évidence. Il est même curieux qu’aucun détail de vous ne soit venu s’insérer au milieu du portrait différent. Il n’y a peut-être pas un autre de mes personnages les plus inventés de toute pièce, où quelque souvenir de telle autre personne qui n’a aucun rapport pour le reste, ne soit venu ajouter sa petite touche de vérité et de poésie. Par exemple ( c’est je crois dans les Jeunes Filles en fleurs ) j’ai mis dans le salon d’Odette toutes les fleurs très particulières qu’une dame « du côté de Guermantes » comme vous dites, a toujours dans son salon. Elle a reconnu ces fleurs, m’a écrit pour me remercier et n’a pas cru une seconde qu’elle fût pour cela Odette. Vous me dites à ce propos que votre « cage » ressemble à celle d’Odette. J’en suis bien surpris. Vous aviez un goût d’une sûreté, d’une hardiesse, si j’avais le nom d’un meuble, d’une étoffe à demander je m’adressais volontiers à vous, plutôt qu’à n’importe quel artiste. Or, avec beaucoup de maladresse peut-être, mais enfin de mon mieux, j’ai au contraire cherché à montrer qu’Odette n’avait pas plus de goût en ameublement qu’en autre chose, qu’elle était toujours ( sauf pour la toilette ) en retard d’une mode, d’une génération. » extrait de la lettre de Marcel à Laure.

«  Vous me lisez, et vous vous trouvez une ressemblance avec Odette ! C’est à désespérer d’écrire des livres. Je n’ai pas les miens très présents à l’esprit. Je peux cependant vous dire que« Dans du côté de chez Swann » quand Odette se promène en voiture aux Acacias, j’ai pensé à certaines robes, mouvements etc. d’une femme qu’on appelait Clomenil et qui était bien jolie, mais là encore, dans ses vêtements traînants, sa marche lente devant le Tir aux Pigeons, tout le contraire de votre genre d’élégance. D’ailleurs, sauf à cet instant, je n’ai pas pensé à Clomenil une seule fois en parlant d’Odette. Dans le prochain volume, Odette aura épousé un « noble », sa fille deviendra proche parente des Guermantes avec un grand titre. Les femmes du monde ne se font aucune idée de ce qu’est la création littéraire, sauf celles qui sont remarquables. Mais dans mon souvenir vous étiez justement remarquable. Votre lettre m’a bien déçu. Je suis à bout de forces pour continuer, et en disant adieu à la cruelle épistolière qui ne m’écrit que pour me faire de la peine, je mets mes respects et mon tendre souvenir aux pieds de celle qui m’a jadis mieux jugé. »

mornand louisa de 1905
Louisa de Mornand en 1905


 

Un autre modèle d'Odette a été Louisa de Mornand pour qui Proust rima ce distique : «  A qui ne peut avoir Louise de Mornand / Il ne peut plus rester que le péché d'Onan. »... «  En avril, Mlle de Mormand accomplit quelques démarches pour le préserver de ce péché... Elle lui offrit deux ravissantes photographies d'elle, l'une signée «  amie pour toujours », l'autre « l'original qui aime bien son petit Marcel », et elle l'invita à venir la voir un dimanche soir... »

Parmi les sources : http://interligne.over-blog.com/

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