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Portraits du Fayoum

Publié le par Perceval

Portrait-du-Fayoum-Louvre-702x1024.jpg Portrait-du-Fayoum-Louvre-detail-yeux.jpg

Ce portrait a été exécuté aux alentours de 161-180 après J.-C. dans la région de Thèbes en Égypte

 

Le Fayoum, est un oasis du désert de Libye, à une trentaine de kilomètres à l'ouest du Nil. C'est une riche région agricole, et les "portraits du Fayoum" en ont fait la renommée.

OVH-Peinture-Fayoum.jpgEn effet, au cours des trois premiers siècles de l'ère chrétienne, ces Grecs établis en Égypte alors sous domination romaine., après avoir embaumé leurs morts, plaçaient un portrait du défunt, peint sur de la toile de lin ou sur du bois précieux,  au-dessus du visage de la momie.

 

W. M. Flinders Petrie découvre en mars 1888 : « un immense cimetière d'époque romaine avec des chambres tombales en brique contenant encore les corps de leurs propriétaires ». L'émotion le saisit lorsqu'il aperçoit, encore fixé sur sa momie, le premier portrait, "une jeune fille magnifiquement dessinée, dans de douces teintes grises."

La majorité des portraits funéraires présentent les visages grandeur nature. Ils doivent assurer au défunt un visage dans l'au-delà identique à celui de sa vie sur terre.

Ils datent du premier au quatrième siècle après Jésus-Christ. Ils étaient peintes sur des plaquettes de bois ou sur des toiles de lin, destinées à être insérées dans des bandelettes entourant le visage de la momie et sur lesquelles on a trouvé parfois des épitaphes: Hermione l'institutrice; Dèmos, âgée de vingt quatre ans, souvenir éternel; Alinè, appelée aussi Tênos, fille d'Hérodès, excellente; Salutations répétées.

Ces portraits entretiennent un rapport étroit et presque intime avec la mort. Ils furent peints, du vivant de leur modèle, pour les accompagner dans l’au-delà...

Peintures-Art--2-2513.jpg 

«Ils représentent des hommes, des femmes et des enfants vus de face ou de trois quarts. [...] Alors que nous leur faisons face, nous éprouvons encore quelque chose de l’imprévu de cette pose : on dirait que les personnes représentées viennent de s’avancer timidement à notre rencontre. [...] C’étaient des images destinées à être enterrées, sans la moindre possibilité d’être vues à l’avenir. [...] Ce qui veut dire qu’il existait un rapport très particulier entre le peintre et la personne qui posait devant lui. [...] Ces deux personnes, alors en vie l’une et l’autre, collaboraient à la tâche de se préparer à la mort, tâche devant assurer la survie. Peindre, c’était nommer et être nommé, c’était la garantie de cette continuité.» Le peintre «se soumet au regard de la personne qui pose et pour qui il fait office de peintre de la mort ou, plus précisément peut-être, de peintre de l’Éternité. Et le regard de ceux qui posent, et auquel il se soumet, s’adresse à lui à la deuxième personne du singulier.»
Nous sommes devant «des images d’hommes et de femmes qui ne lancent aucun appel, qui ne demandent rien, mais qui déclarent qu’ils sont en vie et que toute personne qui les regarde l’est aussi ! Ces visages incarnent, dans toute leur fragilité, un respect de soi oublié. Ils confirment, envers et contre tout, que la vie était, et demeure, un don. Ces visages anciens nous sont d'autant plus précieux que leur regard peint est tout entier concentré sur cette vie» dont il sait pourtant qu’il va la perdre un jour. 
» John Berger, écrivain et peintre britannique

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Anis 16/05/2013 19:51

Absolument magnifiques !