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Partage de midi: Paul Claudel et Ysé.

Publié le par Perceval

Je lis " Partage de midi " de Paul Claudel. Parce qu'il est passionnant de lire ce qu'un auteur dramatique comme Claudel (l’homme qui s'est converti, de derrière son pilier à Notre-Dame ...)  peut dire de sa propre histoire... claudel à l'époque où il rencontre Rose

 

Claudel écrit et réécrit Partage de Midi, avec le sentiment d'écrire et de réécrire sa propre vie. Cela rejoint précisément l'objectif de ce blog: comprendre l'importance de La rencontre - entre l'homme et la femme -  ...

 

Qui se cache derrière Ysé, la flamboyante héroïne de Partage de midi ?


Ysé Ludmila Mikaël

<- Ysé: Ludmila Mikaël

 

 

Paul Claudel confie : « Elle a été la seule femme que j’ai passionnément aimée, celle qui a joué dans ma vie tout le rôle qu’une femme pouvait y jouer. » Elle s’appelle Rosalie Vetch, elle est mariée et suit son  "aventurier" de mari , avec ses quatre garçons.

Leur rencontre eut lieu en 1900, sur le paquebot qui les menait en Chine. Il rejoint son poste de consul à Foutchéou, accablé de s’être vu refuser l’entrée dans les ordres.

La beauté et la personnalité solaire de Rosalie inspirent à Paul des sentiments aussi puissants qu’insoupçonnés. Cette relation profonde ( et "passion coupable" ),  sut résister aux trahisons, aux incompréhensions et aux silences.


Partage de midi, partages de désirs...

 

Claudel, diplomate, débute comme consul suppléant à New-York (1893) puis au consulat de Boston. En 1894 il part pour la Chine où il fera trois séjours de cinq ans. Il est nommé consul à Fou Tchéou.

Francis Vetch semble être  petit aventurier dont la femme ( complice active ? ), se lasse des petites arnaques et autres inventions malhonnêtes. Ils ont quatre enfants et embarquent pour la Chine au début du siècle ; Vetch pense faire fortune à Fou-Tchéou.

 

Francis Vetch, Rosalie et paul ClaudelL’histoire d’amour entre Rosalie et le jeune diplomate semble construite de toute pièce en vue de manipuler Paul Claudel. Rosalie Vetch tombe toutefois sous le charme du Consul et une fougueuse passion de quatre ans commence alors, tandis que Francis Vetch s’éloigne, déjà perdu dans les confins de l’Empire à entreprendre quelques affaires plus ou moins légales.

Paul Claudel vit un amour fou avec Rosalie, au point même qu’il refuse une promotion de taille en 1904: le consulat de Hong Kong! Il préfère rester à Fou-Tchéou pour Rosalie.

Rosalie, enceinte, quitte brusquement Fou Tchéou sans donner d’explication et sans laisser d’adresse (1904). Paul Claudel la poursuit jusqu'à Bruxelles pour ne plus trouver qu'une médaille chrétienne accrochée à son portail, l'encourageant à retourner dans son monastère.

 

Brisé, Paul Claudel écrit «Partage de midi», oeuvre autobiographique qu'il n'entend pas, à l'époque, destiner à la scène.

Ysé partage de midi Ysé Ludmila MikaëlL'histoire conte la collision brûlante de l'inquiet Mesa avec la turbulente Ysé, sur un bateau voguant entre l'Arabie et Ceylan. Ysé rejoint la Chine avec Deciz, son pâle époux, et vient de retrouver sur le pont Amalric, une ancienne et vaillante connaissance. Mais c'est la pureté de Mésa qui attirera Ysé, poussée par le désir inconscient de le confronter à son Dieu-Amour. Jusqu'à les consumer.

 

En avril 1905, Paul Claudel et Francis Vetch se retrouvent associés dans une rocambolesque expédition, à arpenter ensemble la Belgique et les Pays-Bas pour retrouver Rosalie, en vain. Ils apprennent à cette période, que leur femme et maîtresse a décidé de refaire sa vie avec un troisième homme. Cette liaison et sa triste fin sont une étape décisive dans la vie et l’œuvre de l’auteur.


Le premier acte rassemble sur le pont d'un paquebot les quatre personnages qui se rendent en Chine. C'est midi et le soleil est aveuglant, mortel. Commence un huis clos symbolique. Quelque part au milieu de la mer et de la vie, quatre personnages passent la ligne sans retour.

 

YSÉ. — Mesa, je suis Ysé, c'est moi. Partage de midi Claudel

MESA. — Il est trop tard.

Tout est fini. Pourquoi venez-vous me rechercher ?

YSÉ . — Ne vous ai-je pas trouvé ?

MESA. — Tout est fini! Je ne vous attendais pas.

J'avais si bien arrangé

De me retirer, de me sortir d'entre les hommes, c'était fait !

Pourquoi venez-vous me rechercher ? pourquoi venez-vous me déranger ?

YSÉ. — C'est pour cela que les femmes sont faites.

MESA. — J'ai eu tort, j'ai eu tort

De causer et de… et de m'apprivoiser ainsi avec vous (...)

(... )

Vous tournez vers moi votre aimable visage. Il est trop tard !

Vous savez bien que c'est impossible ! Et je sais que vous ne m'aimez pas.

D'une part, vous êtes mariée, et d'autre part, je sais que vous avez goût Pour cet autre homme, Amalric.

(...)

YSÉ. — Que craignez-vous de moi puisque je suis l'impossible ?

Avez-vous peur de moi ? Je suis l'impossible. Levez les yeux,

Et regardez-moi qui vous regarde avec mon visage pour que vous me regardiez !

MESA. — Je sais que je ne vous plais point.

YSÉ. — Ce n'est point cela, mais je ne vous comprends pas.

Qui vous êtes, ni ce que vous voulez, ni

Ce qu'il faut être, comment il faut que je me fasse avec vous. Vous êtes singulier.

Ne faites point de grimace ! Oui, je crois que vous avez raison, vous n'êtes pas

Un homme qui serait fait pour une femme,

Et en qui elle se sente bien et sûre.

MESA. — Cela est vrai. Il me faut rester seul.

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