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Mes "apprentissages" de Colette -2/3-

Publié le par Perceval

En 1893, quand Gabriele devient madame Gauthier-Villars, elle est une jeune femme de vingt ans qui ne sait rien de la vie alors que Willy, qui en a trente-quatre, est un séducteur impénitent bien résolu à ne pas s'astreindre à la monogamie. Willy est un auteur à succès, qui fait rire la société de la Belle Epoque.

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Colette et Polaire. 
Colette (à gauche) et Pauline Polaire, c.1900s
Daniel-thouroude-de Losques(1880-1915): une-loge-celebre, Colette Polaire et Willy

« La jeunesse et l'ignorance aidant, j'avais bien commencé par la griserie – une coupable griserie, un affreux et impur élan d'adolescente. Elles sont nombreuses, les filles à peine nubiles qui rêvent d'être le spectacle, le jouet, le chef-d’œuvre libertin d'un homme mûr. C'est une laide envie, qu'elles expient en la contentant. » M App.

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  Publicité pour les "Claudine"

 Le couple s’installe à Paris, et fréquente les grands salons de madame Armand Caillavet, de madame de Saint-Marceaux ou de la princesse de Polignac. La beauté de la jeune madame Gauthier-Villars, sa vivacité d’esprit et… son fort accent bourguignon y font merveille. Dans le salon huppé de Mme Arman de Caillavet, elle rencontre Anatole France et le jeune Marcel Proust. Elle passe également dans les coulisses des théâtres légers et des music-halls, où elle se divertit en compagnie de Jean Lorrain et de Polaire et où elle croise la Belle Otero et Liane de Pougy.

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Albert Guillaume 1905 Willy et Madeleine Rassat (en sosie de Colette) dans "En Bombe"

Colette-Willy.pngSouffrance d’«une jeunesse vacante, d’une gaieté inhumée», à la proximité des jeunes Lorrain, Louÿs... Des camaraderies masculines qui auraient pu être parfois des amours évoquées en des portraits esquissés d’un geste net, rapide, délicat (Veber, Masson («mon premier ami, le premier ami de mon âge de femme» et grand mystificateur ...), Courteline, Mendes, le «gars» Lorrain), quelques plus rares relations féminines : «non que je me sentisse particulièrement misogyne, mais j'étais garçonnière, assurée dans la compagnie des hommes, et je redoutais la fréquentation des femmes comme j'eusse été hostile à un luxe qui demandait ensemble des ménagements et une certaine méfiance... »

 « De la première, de la seconde année de mon mariage, je conserve un souvenir net et fantastique, comme l’image que l’on rapporte du fond d’un rêve désordonné dont tous les détails, sous une incohérence apparente, contiennent des symboles clairs et funestes. Mais j’avais vingt et un ans et j’oubliais à chaque moment les symboles.

Les enchantements d’une réclusion volontaire ne sont pas que maléfices. Avant que l’épisode Kinceler ne me donnât la conscience du danger, le goût de durer et de me défendre, j’ai eu beaucoup de peine à accepter qu’il existât autant de différence entre l’état de fille et l’état de femme, entre la vie de la campagne et la vie à Paris, entre la présence — tout au moins l’illusion — du bonheur et son absence, entre l’amour et le laborieux, l’épuisant divertissement sensuel...

Colette-periode-2.jpg

J’avais des compensations. Je goûtais des loisirs longs et protégés comme ceux des prisonniers, et des repos d’infirme. (…)

J’avais des amis nouveaux, et point d’amie. La compagnie des hommes mûrs plaît aux filles jeunes, mais elle les attriste secrètement. Mon mari comptait quinze ans de plus que moi. Pierre Veber, témoin de M. Willy, avait rejoint après notre mariage les compagnons que méritaient, qu’exigeaient ses vingt-huit ans frais, sveltes, chuchoteurs, spirituels. Quand il venait rue Jacob, je respirais l’air qu’il agitait, son parfum d’homme jeune et soigné, je le regardais avec surprise, avec plaisir, et je ne pensais pas que j’aurais pu le convoiter. Cependant la calvitie de M. Willy miroitait sous la lampe, et non loin de lui Paul Masson, mélancolique commensal facétieux, tiraillait sa petite barbe pointue, qui grisonnait... Mon autre ami, Marcel Schwob, à trente ans n’avait de jeune que sa passion de toutes connaissances humaines, sa véhémence, son agressive lumière à éclats brusques...

Je ne m’ennuyais jamais avec mes compagnons dessaisonnés... » M. Appr.

( à suivre...)

 

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