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Maurice Denis, Marthe et la guerre -2/2-

Publié le par Perceval

Maurice Denis vit quotidiennement dans l’angoisse liée à la maladie de sa femme et certains de ses proches ont péri au front — le contexte de la guerre et la multiplication des morts qu’elle entraîne, amplifie et généralise ses méditations sur les fins dernières.

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Maurice Denis, Benay, octobre 1917 Maurice Denis,  Squelettes d'arbres » sur le plateau de Quennevières, octobre 1917


Denis, qui lit les événements à la lumière de sa foi, est troublé dans ses fondements même, comme en témoignent certains passages de son journal ; il écrit par exemple le 24 juin 1915 :

« Comment des chrétiens, à qui l’homicide est présenté comme une faute très grave, peuvent-ils, du jour au lendemain d’une déclaration de guerre, devenir des fanatiques de l’homicide ? […] Le chrétien n’admet pas qu’un père de famille se retire dans un cloître, abandonnant ses jeunes enfants ; il l’admire si ce père va se faire tuer à l’ennemi. L’héroïsme militaire fait abstraction du moi et repose sur le sacrifice... »

En mars 1915, Denis avait rejoint son foyer, démobilisé pour la naissance de son sixième enfant, François, enfant prématuré, né dans des conditions difficiles. 

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Maurice Denis, Batterie de 155 en forêt de Coucy, 1917-1918 Maurice Denis, Messe à Verneuil, 1917-1918


Dès 1915, Maurice Denis avait fait des démarches pour être peintre aux armées. Il part en octobre 1917, aux côtés d’Henri Ottmann (1877-1927) et d’André Devambez (1867-1944), lors de la neuvième des douze missions organisées par le ministère des Beaux-arts entre février et novembre 1917, auxquelles participeront en tout quatre-vingt-quinze artistes. Ses amis Nabis l’ont précédé sur le terrain, souhaitant eux aussi « voir et la scène du drame et ses figurants en action ». Son circuit sur les terres dévastées, lui font parcourit une zone qui se situe à la croisée des trois départements formant la Picardie : l’Oise (Noyon, Lassigny), la Somme (Roye, Nesle, Tilloloy, Ham) et l’Aisne (Coucy, Flavy le Martel, Benay, Barisis, Folembray).  

MauriceDenis---Autoportrait-Devant-Le-Prieure.JPG

Après la mort de son épouse Marthe en 1919, Maurice Denis se retrouve seul avec de jeunes enfants et dans un grand désarroi matériel et moral. Lorsque deux ans plus tard il rencontre Élisabeth Graterolle, il est d’abord frappé par sa ressemblance avec la défunte, puis touché par sa bonne humeur, son intelligence et sa voix de cantatrice. Il pense qu’une « telle personne dans une famille désemparée, mettrait de l’ordre, de la sérénité, de la joie » et se dit que Marthe l’aurait approuvé. Le mariage est décidé après que le peintre a présenté la jeune femme à ses enfants et s’est assuré de leur accord.

C’est cette « histoire » qui est racontée dans l’autoportrait de l’artiste peignant dans le jardin devant sa maison. Les petits garçons jouent, les grandes filles bavardent et sur la terrasse, Marthe, aussi réelle et présente que les autres, accueille Élisabeth et lui ouvre les bras.

Sources: Musée départemental St Germain en Laye Maurice Denis

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