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Maurice Denis, Marthe et la guerre -1/2-

Publié le par Perceval

Maurice Denis ( 1870-1943) , est né à Granville (Manche) sur fond de guerre franco-prussienne, le 25 novembre 1870, il est mort à Paris, accidentellement, en pleine Seconde Guerre mondiale, le 13 novembre 1943, et la Grande Guerre correspond à un tournant dans son œuvre.

La Première Guerre mondiale coïncide avec une période charnière dans la vie de l’artiste. C’est le moment où il achète Le Prieuré à Saint-Germain-en-Laye (Yvelines) qui sera sa demeure ( aujourd'hui : le musée départemental Maurice Denis). Il gère la formation du groupe Nabis, d’un nom hébreux Nebiim qui signifie prophète.

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Maurice Denis, soir de septembre - 1911 -

« Se rappeler qu’un tableau – avant d’être un cheval de bataille, une femme nue, ou une quelconque anecdote – est essentiellement une surface plane recouverte de couleurs, en un certain ordre, assemblées. »

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Cette époque correspond également à la longue maladie de sa première épouse Marthe, sa muse depuis leur rencontre à l’automne 1890, qui mourra le 22 août 1919.

Maurice Denis fait la connaissance de Marthe Meurier en 1890 et comprend aussitôt qu’elle est la femme qu’il attend. Le peintre réalisera de nombreux portraits de Marthe et la fera figurer dans de multiples compositions. Le 12 Juin 1893, il épouse Marthe dont il aura 7 enfants. Elle sera le modèle de toutes ses madones...

« Elle est plus belle que toutes les images, que toutes les représentations, que tous les effets subjectifs. Elle est en dehors de moi, ce n’est pas moi qui la crée » M Denis.

 


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Les Muses de Maurice Denis - Musée d'Orsay

Marthe est représentée deux fois : de profil et de dos sur la chaise. Maurice Denis a situé la scène sur la terrasse de Saint-Germain-en-Laye, ville où il a résidé toute sa vie.

Marthe fiancée, une seule image les différentes faces d’un visage, Denis veut suggérer en un portrait qu’une même personnalité peut posséder différents aspects, mais aussi revêtir aux yeux de ceux qui l’entourent des rôles différents. Ainsi Marthe, dont les yeux d’abord fermés s’ouvrent progressivement au regard de l’Aimé

 

Comme catholique, le peinture que Maurice Denis souhaite représenter, est un art « incarné » ( le divin qui se fait humain). Il cherche à témoigner de l'actualité du message évangélique en replaçant des scènes bibliques dans le contexte de son époque.

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Femmes au tombeau - Maurice Denis - (détail) Le triple portrait d'Yvonne Lerolle



Le 1er août 1914, jour de la déclaration de la guerre, il est en Bretagne. Il fait de démarches pour s'engager, mais il n'est pas appelé :

« Mon inaction me pèse et me fait honte, mon incapacité m’épouvante. […] Qu’est-ce que je vaux ? Est-ce que je suis prêt à me sacrifier pour Dieu, pour ma patrie, pour le roi ? Est-ce que je n’aime pas mieux une petite vie confortable et ce lâche dilettantisme que justifie ou qu’excuse la profession artistique ? » ( Journal )

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Maurice Denis - Amour, Foi, Espérance - 1915


Le 31 octobre, bien qu'inapte et vu son âge, il reçoit son ordre de mobilisation … comme garde-voie à Conches-en-Ouches (Eure), et protéger la capitale de l'encerclement de Paris ( 1870)

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« Je conçois très bien votre découragement et votre mécontentement de vous trouver dans ce milieu d’embusqués, vous si patriote et si actif. […] Mais ne dites pas que vous seriez content de voir le front. Non vous seriez malheureux et vous souffririez de voir un si triste spectacle. Si vous pouviez voir […] ces plaines sans culture, ces villages écrasés, ces églises mutilées, ces arbres brisés, ces excavations d’obus, ces hommes couverts de boue, rampant ou ne sortant qu’à la nuit, guettant l’adversaire et lui envoyant la volée de mort dès qu’un peu de vie se manifeste. Puis après, ces êtres brisés et sanglants que l’on emporte, ces cadavres qui restent sans sépulture entre les lignes. Si vous entendiez ces plaintes et ces râles, vous vous demanderiez si ce sont bien les hommes du XXesiècle, l’œuvre des nations dont la civilisation régit le monde. Et écœuré, découragé vous ne voudriez plus rester dans ce cauchemar et vous iriez bien loin chercher le coin paisible pour n’y plus songer » Lettre de Albert Martine (1888-1983) datée du 30 dec 1914

 

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