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Mathilde Kindt ( épouse Stevens ), pseudo : Jeanne THILDA (1833-1886)

Publié le par Perceval

Mathilde Stevens, née Kindt, fut une des figures emblématiques - aujourd'hui oubliée - du Second Empire et de la Belle Époque.Thilda-Jeanne.jpg

Camille Delaville (1838-1888) – journaliste qui incarne l’image de la femme instruite, indépendante, émancipée...- elle collabora au lendemain de la Commune à plusieurs journaux, sous différents pseudonymes. - décrit ainsi Mathilde :  " grande femme à la fois grasse et mince, mais dont la carnation rappelle un peu les figures de Rubens dans ses toiles modérées ; elle a les yeux bruns, les cheveux artificiellement dorés en faune, la bouche rieuse […] et de l'esprit à revendre ; c'est une personne littéralement étourdissante ; aussi est elle entourée avec enthousiasme, partout où elle va" Camille Delaville, " Courrier de Paris " in Les Matinées Espagnoles, juin 1883 .

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Née à Bruxelles en 1833, Mathilde Kindt grandit dans un milieu aisé et cultivé : son père est sénateur bruxellois. Elle épouse en 1856 le critique et marchand d'art Arthur Stevens, le frère des peintres Joseph et Alfred Stevens. Ils divorceront en 1863 ou 1870, selon les sources. L'année de leur mariage le couple s'installe à Paris.

Armand Silvestre ( 1837-1901 ), écrivain français, romancier, poète, conteur, librettiste et critique d'art, publie au «  Gil Blas », et est ami de Guy de Maupassant, nous apprend que «  le blanc est sa couleur préférée. […] Elle est passionnée de Gounod en musique et de Delacroix en peinture. Victor Hugo et Banville sont ses poètes, Gustave Flaubert son prosateur. Son parfum favori est le Ylang-Ylang "

Alors que son époux devient le marchand des peintres de Barbizon et soutient Millet,Corot, Daubigny, Whistler et Courbet, Mathilde tient un des salons les plus courus de Paris.

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S'y réunissent Baudelaire, un ami du couple et dont Alfred Stevens favorisera la venue à Bruxelles,Flaubert, Gautier, Renan, Tourgueniev, Verlaine, Offenbach, Rimski-Korsakov. Si elle séduit Barbey d'Aurevilly, Gambetta, elle inspire à son ami Maupassant : Mme Forestier, figure féminine majeure de Bel Ami (1885). 

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Bel Ami de Maupassant

Elle est la séductrice, l'égérie des hommes politiques, la femme de tête, capable de faire et de défaire l'avenir d'un jeune loup.

Mathilde Stevens ne se contente pas de jouer les égéries et les salonnières, elle se lance également dans une carrière littéraire. Elle débute en 1858 avec Le Roman du Presbytère, sous le pseudonyme Mathilde Hamelinck. Sa parution en feuilleton dans un quotidien bruxellois est rapidement interrompue : certains passages étaient susceptibles de choquer les lecteurs. 

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L'année suivante, elle donne ses Impressions d'une femme au Salon de 1859 en feuilleton dans Le Monte Cristo, journal d'Alexandre Dumas père, un habitué de ses réceptions. ... . Ses écrits piquent la curiosité du public et Mathilde Stevens voit son ouvrage réédité une vingtaine de fois. Définitivement lancée, la jeune femme débuta " sérieusement comme journaliste à La France sous le règne de Girardin, mais là, elle écrivait des choses anodines ; une fois au Gil Blas, elle a pu se livrer à sa verve étonnante et on s'arrache le journal le jour où ses articles, très pimentés et très littéraires y paraissent " . Signant Jeanne Thilda, elle donna jusqu'à la fin de sa vie une chronique hebdomadaire à ce journal républicain conservateur. Elle puise le sujet de ses chroniques dans les sphères artistiques parisiennes où elle évolue, défendant des auteurs comme Maupassant, Barbey d'Aurevilly ou encore George Sand, ou au contraire fustigeant les hommes politiques les plus en vue, les peintres comme Gérôme qui se vengea en provoquant en duel Arthur Stevens. En 1882, elle signe également dans Le Passant, revue de Camille Delaville, quelques articles.

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Rendant hommage à son amie Mathilde Stevens, décédée en 1886 suite à une longue maladie, Camille Delaville écrivait qu'elle " avait un talent tout spécial : c'était à la fois celui d'un fin lettré du XVIIIe et celui d'une parisienne quintessenciée de notre époque outrancière ", elle possédait " un style d'étrange exquisité, doué d'une bizarre saveur, c'était son secret que jusqu'ici aucun écrivain féminin n'a trouvé, même les authoresses qui ont plus de talent qu'elle

sources : Nelly Sanchez, et Claude Arthaud

 

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