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Les sept visages de Marie-Madeleine, par Jacqueline Kelen. -2-

Publié le par Perceval

La déchirée

jake-Baddeley-illuminatum-philosophorum.jpg« Pourquoi m’as-tu abandonnée ? » crie Madeleine à l’homme cloué sur un poteau d’infamie qui vient de rendre le dernier soupir. Elle croyait, la folle, que l’amour attentionné et fervent qu’elle n’avait cessé de témoigner durant ces trois années passées avec lui sur les chemins de Palestine, oui, elle était persuadée que cet amour sans faille le protégerait de toute maladie et de la mort même

( … ) Alors Marie de Magdalena se met à hurler sur les remparts de la ville, elle appelle à l’aide tous les oiseaux du ciel, toutes les gazelles du désert, elle convoque les sources, les vignes qui bourgeonnent et les petits agneaux, elle veut que tous soient témoins de cette ignominie, que tous assistent au jour de la grande faute des hommes. Les filles de Jérusalem entonnent un chant funèbre, sanglotent en déchirant leurs voiles. Elle, elle entre dans sa propre Passion :est-il plus profonde horreur que de voir mourir devant soi, sans rien pouvoir faire, celui qu’on aime plus que soi ? Mais elle va traverser, les yeux ouverts, cet abîme de douleur, elle ne va pas s’évanouir même si tout en elle est en lambeaux. jake-Baddeley-21.jpgLa seule chose qu’elle peut offrir au crucifié qui suffoque déjà, c’est, si frêle, sa présence, une façon de tenir la lampe allumée pendant le grand aveuglement des hommes…

 

L’éblouie

La mort ne saurait être un arrachement cruel suivi d’un doux oubli. Pour qui aime, aucun deuil n’est possible. Mais il est demandé de traverser la nuit sans s’assoupir ni sombrer dans le chagrin. Traverser la nuit les yeux grands ouverts, le cœur en morceaux.
Marie-Madeleine ne cherche pas à calmer sa peine, elle ne veut pas se résigner, elle ne veut pas abandonner Jésus à la mort. La plupart des disciples avaient renoncé, pour eux c’était un échec, le Maître avait faillit…
Rentrés chez eux, comme si rien ne c’était passé, comme si leurs oreilles n’avaient rien entendu, comme si leurs yeux n’avaient pas été témoins de choses étonnantes.
Les hommes se plaisent à imaginer l’amour triomphant, ils raisonnent en terme de réussite et d’échec. Les femmes le voient plus humble, extrêmement fragile, et elles ont envie de veiller sur lui ; elles persistent à croire en lui-même s’il est malmené, trahi. Les femmes ne sont pas meilleures que les hommes mais elles se fient moins aux apparences, elles sont davantage tournées vers le mystère.

Jake-Baddeley-507.jpg( … ) Elle se lève au bout de deux nuits de veille, c’est le premier jour de la semaine, et les juifs vont fêter la Pâques. Elle se redresse, elle s’ébroue elle se sent comme neuve. A nouveau elle va courir à sa rencontre, lui manifester sa tendresse intacte, lui offrir tout l’amour du monde. Elle se lève à l’aube, c’est l’Amour qui est venu la chercher au fond du silence des nuits, l’Amour qui la relève et qui lui souffle de se mettre en route. Il est toujours là l’Amour, et il ne fait jamais défaut, ce sont les mortels qui le trahissent ou se détournent de lui.

 

La question demeure en suspens : si elle n’était accourue au premier jour de la semaine, avec ses jupes froissées et sa chevelure volant dans la fraîcheur de l’aube, Jésus serait-il sorti du sépulcre ? A qui se serait-il montré si personne n’était là pour l’attendre ?

( … ) Elle était trempée de chagrin la voici inondée de lumière. Elle le voit comme elle ne l’a jamais vu, glorieux sous l’apparence humble e familière du gardien des lieux. Elle le voit comme elle l’a toujours vu, comme l’inoubliable bien-aimé, elle veut s’approcher, embrasser sa main, mais lui a cette phrase, cruelle, de ne pas le toucher, de ne pas le retenir sur terre…Jake-Baddeley-15.jpg

( … ) Depuis fort longtemps dans l’histoire humaine, seul le savoir paraît sérieux tandis que la vision, l’inspiration ne sont pas prises en considération. Marie-Madeleine en fait aussitôt l’expérience. Revenant auprès de Pierre et de Jean pour leur transmettre l’incroyable nouvelle, elle n’est pas crue, elle-même traitée de délirante…

 

La solitaire

Où ira-t-elle maintenant qu’elle a vu le Ressuscité, radieux mais refusant son approche ? Il l’aime pour toujours et il lui dit adieu. Comment vivre désormais sans sa présence très chère ?

Elle a besoin de plus d’espace possible. Elle va donc voyager, prendre la mer, mais il lui faudra aussi l’espace intérieur : elle se tourne donc vers la vie de solitaire.

 

L’insaisissable

Jake-Baddeley-13.jpgMarie-Madeleine n’apparaît comme la pécheresse mais comme la compagne, la préférée du Maître, il n’est pas question de fautes passées, de repentir, parce que Marie a part aux vérités les plus cachées, les plus précieuses de l’enseignement du Seigneur et parce qu’elle témoigne plus que les autres de l’illumination spirituelle. Ainsi, sa relation avec Jésus désigne l’étroite union entre l’âme et l’esprit, autant dire les noces mystiques auxquelles chaque adepte éveillé est convié dans le secret du cœur.

Son histoire symbolise le parcours de toute âme amoureuse de son Seigneur : errance et tourments, élévation, délivrance. Elle représente aussi toute l’humanité en marche vers la rédemption, vers sa divination. Elle est encore la sagesse cachée que méconnaissent les hommes, elle est la passante, la reine dans son royaume. Elle est le parfum de Vie, l’essence inconnaissable de l’Amour.

( …) Les existants de poussière continueront à la houspiller, à étouffer sa lumière. Elle n’aura par le dernier mot, elle aura le dernier sourire… 

*****

Les illustrations reproduisent des oeuvres de Jake Baddeley, britannique né en 1964 à Nottingham

Jake-Baddeley-9.jpg Jake-Baddeley-2009_what_is_what_was_and_what_will_be.jpg

 

 Voir aussi: Marie de magdala ( madeleine ) - la femme multiple

Article - 06:08 - marie de magdala ( Madeleine ) - La femme multiple - marie demagdala (en grec : Magdaléné). magdala est le nom de la ville où était néemarie qu'on surnomme Madeleine. …


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