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Les « petites gens » de Paris au XIXème siècle -1-

Publié le par Perceval

thomas-girtin-le-faubourg-et-la-porte-saint-denis-1801.jpgThomas-Girtin - le-faubourg-et-la-porte-saint-denis-1801

Ces estampes, nous permettent aujourd'hui, de composer un reportage sur les métiers et les mœurs à Paris au XIXème siècle. ( Sources : expo. musée Carnavalet)

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 Rue Boutebrea

La capitale est alors en pleine mutation, touchée par l’explosion démographique, la révolution industrielle et les transformations urbaines. Paris est encore un labyrinthe de ruelles étroites et sinueuses où l'on rencontre le « peuple », catégorie sociale majeure et figure mythique de l’imaginaire parisien depuis la Révolution française.

Tous les aspects de la vie quotidienne sont abordés, on découvre les conditions de vie et de travail des classes populaires : Comment se logeaient-elles ? Que mangeaient-elles ? Quels étaient leurs codes vestimentaires ? Leurs distractions ?

Avec l’art de Daumier, empreint d’humour et de tendresse, l'éclairage est tour à tour pittoresque, amusant, effrayant ou tragique sur le monde des chiffonniers, des migrants saisonniers, des ouvriers des faubourgs, des Apaches des fortifs’ ou des grisettes… ceux des guinguettes, du cabaret ou du bal musette. Également, on peut déceler les peurs que font naître ce peuple protéiforme au sein de la classe dirigeante. La précarité, l’immigration, la ségrégation urbaine, la condition enfantine sont présents en filigrane. D'ailleurs, sont aussi là : les insurrections qui jalonnent le siècle et font entrer le peuple de Paris dans l’histoire.

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 Place (ex_rue)  du Carrousel 1830             Vue de Notre Dame

*****

Au XIXe siècle, le centre de Paris se situe autour de l’Hôtel de Ville. Il y a très peu de lumière (la fée électricité n’est pas encore passée par là), les immeubles sont bas (ils ne seront rehaussés que lors des grands travaux haussmanniens) et donnent sur des cours étroites dans lesquelles les habitants n’hésitent pas à jeter des déchets divers et variés. Les épidémies sont fréquentes. La population explose à travers une immigration massive qui trouve refuge dans la zone près de la Porte de Clignancourt (à peu près au niveau des actuelles puces de Saint-Ouen).

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 Paul Gavarni: vendeuse de chocolat

Ce peuple exerce une multitude de métiers comme tondeur de chiens ou porteur d’eau (en bas, à gauche sur la gravure). Nous remarquons que les habitants portent aux pieds, des sabots, particulièrement résistants à l’usure.

Les petits ramoneurs sont particulièrement symboliques de cette migration professionnelle qui va et vient selon les saisons. Ce sont surtout les enfants, plus aptes à se faufiler dans les cheminées, qui exercent ce métier. Ils ne sont pas épargnés malgré leur jeune âge et doivent exercer des labeurs difficiles afin d’aider leurs familles à vivre.

Parmi ces anciens métiers dont la plupart ont aujourd’hui disparu, nous découvrons le marchand de coco qui vendait de l’eau parfumée à la réglisse, le vitrier et son portoir (métier toujours en activité), la foire aux maçons sur la place de l’Hôtel de Ville ou encore les Forts des Halles qui étaient des manutentionnaires chargés de transporter les marchandises entre l’extérieur et l’intérieur des pavillons des Halles de Paris. Afin de devenir « Fort », il fallait prouver sa force en transportant une charge de 200 kg sur 60 mètres sans aucune aide extérieure.

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 Edgar Degas, Les Repasseuses (1884)

Les femmes exercent souvent un métier ayant trait à l’entretien du linge. La propreté est alors associée au blanc (toiles de lin, de coton, de chanvre…) Sous le Second Empire, il existe environ 70.000 blanchisseuses à Paris qui travaillent depuis leurs domiciles à la lumière du jour, parfaites représentantes du Sweating System (exploitation du prolétariat).

C’est un travail épuisant à l’image du tableau de Degas. L’eau n’est pas propre car non traitée. L’apparition de l’eau de javel en 1780 aide cependant à maintenir le blanc du linge et un semblant de propreté.

Le monde des ouvriers spécialisés est plus enviable car lié à des activités de luxe pour les classes supérieures. Ainsi, les tabletiers garnisseurs ou les serruriers ont des modes de vie un peu plus confortables que la majorité du peuple. Ils bénéficient d’un week-end de deux jours tout au long du XIXe siècle.

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 Eugène Atget, Cour, 178 avenue de Choisy (1913)

Les logements sont rares et de nombreuses activités s’organisent dans les cours d’immeubles. C’est d’ailleurs ainsi que le métier de concierge verra le jour. Ces cours sont pourtant des lieux insalubres : il n’existe aucun système d’évacuation des eaux usées, celles-ci sont jetées depuis les fenêtres. Cela entraîne de graves problèmes d’hygiène qui donnent lieu à de grandes épidémies (comme celle de choléra en 1832).

On découvre quelques objets de la vie courante comme un petit réchaud à braises qui se trouve être également la seule source de chaleur du foyer. Les familles nombreuses s’entassent souvent dans une même pièce. On boit beaucoup de vin car il sert à la fois de reconstituant et de valeur sûre car non souillé contrairement à l’eau. L’alcoolisme est très répandu, la population tiraillée par la faim...

La première cité ouvrière de Paris voit le jour en 1849 sur une idée de Napoléon III. Elle n’aura guère de succès à cause d’un règlement interne draconien et des loyers très élevés. Ces cités sont pourvues de toilettes, de salles de bain et d’un médecin. Ces luxes restent hors de portée pour une population majoritairement pauvre.

Les logements sont souvent pourvus du strict nécessaire.

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 Honoré Daumier, La soupe (vers 1864-1865)

L’hygiène des corps n’est pas une priorité : on se lave environ une fois par semaine en été et une fois par mois en hiver.

La criminalité est élevée notamment dans certains quartiers (Belleville, Ménilmontant, etc.)

Même si les moments de repos sont rares, les Parisiens trouvent des occasions de s’amuser. Les loisirs sont simples : la promenade (on quitte alors le centre de Paris pour Montmartre), un pique-nique, un verre dans un cabaret ou quelques danses dans les guinguettes (dont le célèbre Moulin de la Galette). Il y a alors une véritable fascination pour le spectacle au point d’organiser des journées gratuites pour le peuple.

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