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Les femmes du XIXème siècle -1-

Publié le par Perceval

Puvis-de-Chavannes-creatureimg3.pngPierre Puvis de Chavannes. L'Eté. en 1873


Dire qu'une femme « heureuse » est une ménagère, qui n'a d'autres vrais soucis que ses enfants, semble en ce XIXème ( et début XXème siècle ) assez partagé... Sauf que :

- Avec la révolution industrielle, on s'interroge si une femme mariée peut remplir ses devoirs domestiques en travaillant hors de la maison. Les gens qui s’y opposent viennent surtout de la bourgeoisie.

1871-fashion-class-contrast.gifSelon Jules Ferry, une femme qui travaille n’en est plus une.

Pour l’Église catholique, l’opposition pour le travail des femmes dans les usines vient du fait qu’elles suscitent le désir sexuel dans les lieux de travail. Il arrive que les patrons exigent un droit de cuissage si une femme veut un emploi.

Les ouvriers n’ont pas vraiment d’opposition face au travail des femmes car cela rapporte au ménage un revenu supplémentaire. Les bourgeois craignent pour la suprématie masculine et la masculinisation de la femme. Celles qui travaillent le font en général sous la direction d’hommes. Le XIXe siècle fut très misogyne et la classe ouvrière fonde aussi son identité sur les symboles de virilité...

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Le lever de l'ouvrière. de Tony ROBERT-FLEURY (1838-1911)

Exposée au Salon des Artistes Français de 1905

- A partir de 1848, un grand mouvement démocratique voit le jour. Un clivage apparaît entre les femmes qui entendent participer avec les hommes au combat social et celles qui préfèrent garder la spécificité de la revendication féministe.

La grande majorité des socialistes de l'époque rejette le mouvement féministe. Proudhon, ardant avocat de l'égalité sociale et inventeur de l'adage " la propriété, c'est le vol ", consacre sa vie avec violence à la condition ouvrière, mais il est également l'un des plus virulents détracteurs du féminisme. La condition ouvrière est, selon lui, menacée par l'apparition d'une main d'œuvre ouvrière féminine à bon marché :

En 1849, Jeanne Deroin tente de se présenter aux élections législatives. Le socialiste Proudhon est l’un des plus virulents opposants à cette candidature féminine : " L'humanité ne doit aux femmes aucune idée morale, politique, philosophique […]. L'homme invente, perfectionne, travaille, produit et nourrit la femme. Celle-ci n'a même pas inventé son fuseau et sa quenouille ".

Pos_sociales_femmes.jpg

 LA SŒUR DE CHARITÉ :

"Misère et douleurs je soulage,

Dieu me soutient et m’encourage".

 LA SAGE-FEMME :

"Je vous soigne avec expérience,

Au moment de votre naissance".

 LA MAÎTRESSE D’ÉCOLE :

"Aux filles pendant leur jeunesse,

J’enseigne vertus et sagesse".

 LA MARCHANDE :

"Des femmes avec habileté,

J’augmente et pare la beauté".

 LA SERVANTE :

"Je couds, blanchis et sers à table,

Aussi je suis indispensable".

 L’OUVRIÈRE :

"À tous mes travaux, je m’applique,

Dans l’atelier ou la fabrique".

 LA PAYSANNE :

"Croyez en dieu qui par ma main ;

À tous vous donnera du pain".


 

Pour les Républicains de 1848, les femmes doivent se contenter de la famille, en raison de leur infériorité physique et intellectuelle, de leur manque d'instruction et parce qu'elles sont sous l'influence de l'Eglise et sous la dépendance économique et juridique de leur mari lorsqu'elles sont mariées.

L'historien Michelet, lui, était clairement réticent au droit de vote des femmes ; il proclama même au Collège de France :" accorder aux femmes le droit de voter immédiatement, ce serait faire tomber dans l'urne électorale quatre-vingt mille bulletins pour les prêtres ".

 En 1900 les femmes prolétaires sont paysannes, ouvrières, lingères, repasseuses, couturières, commerçantes, nourrices ou domestiques. Menant une vie plutôt remplie, elles ne se croisent qu'à la fontaine, au lavoir ou au marché. Pour les ouvriers, la "ménagère" représente un idéal de respectabilité.

En 1906, les femmes composent 38% de la population active. Une femme mariée sur cinq travaille. La plupart sont domestiques ou travaillent à domicile mais l'école obligatoire transforme les "ménagères" en vendeuses, en dactylos, en demoiselles des postes, en sages-femmes et en institutrices...

 

Les femmes peuvent enfin accèder aux écoles normales en 1879 on en comptait alors 67 pour tout le pays. Ceci dit, des voix se sont élevées lors de la promulgation de ces lois, comme en témoigne cet article du journal « Le Gaulois »  :

Contre l’éducation des jeunes filles.

La jeune fille française, élevée dans la protection vigilante de la famille, avait été avec soin préservée de l’éducation garçonnière et des brutalités de la science. Elle grandissait parmi les sourires et les joies, comme une fleur dans le soleil ; elle grandissait dans une poétique ignorance des mystères des choses [...]. Et cette paix candide de jeune fille, cette délicieuse floraison de pudiques désirs, ces élans d’idéale bonté qui plus tard font l’amour de l’épouse, le dévouement de la femme et le sacrifice de la mère, tout ce charme exquis, toute cette poésie [...], tout cela va disparaître ! On va supprimer la jeune fille [...]. On leur apprendra tout, même la rébellion contre la famille, même l’impureté. Elles n’auront même pas été vierges avant de devenir femmes...

Journal Le Gaulois25 novembre 1880

 

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Le Journal –La Traite des Blanches
Théophile Alexandre STEINLEN
Santiago Rusiñol, né à Barcelone en 1861 et décédé en 1931

Commenter cet article

Anis 27/04/2013 15:44

C'est d'une certaine façon difficile de lire cela, un tel mépris.

Perceval 27/04/2013 18:07



Oui, mais ça bouillonnait...! La guerre de 14, a permis le basculement vers le XXème siècle, et l'émancipation des femmes ...