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Les belles dames aiment les étoiles.

Publié le par Perceval

«  Les Entretiens sur la pluralité des mondes. » est écrit par Monsieur de Fontenelle pour un ami Monsieur L… (L pour « lecteur » ?), à qui il fait le compte rendu de son séjour chez Madame la Marquise de G***Marquise Entretiens sur la pluralité des mondesLe récit est découpé en six soirées, au cours desquelles Fontenelle apprend les étoiles à madame, entre deux épisodes galants.

Le « philosophe » fait sa cour, et la leçon d’astronomie est tout autant leçon de séduction… Aussi le lecteur est-il distrait en même temps qu’il est instruit. Tel est du moins le vœu de Fontenelle.


Bernard de Fontenelle ( 1657-1757) vécut quasiment cent ans, il connut le siècle du classicisme et le siècle des Lumières…

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Fontenelle prend délibérément le parti de Copernic : la terre n’est pas le centre du monde, et elle tourne autour du soleil ! Il va plus loin et pense qu’un jour on pourra voler dans les airs et traverser le ciel comme on franchit les mers… Il dit qu’on ira très certainement dans la Lune ! Fontenelle pense qu’il existe des mondes habités, il imagine même des habitants sur la Lune, sur Mars, sur Jupiter…


Au XVIIIème les femmes abordent, en général, la culture par celle délivrée dans les couvents ; mais « libertines » certaines préfèrent s’intéresser aux sciences et à plus profane… Plusieurs essais de vulgarisation leurs sont destinées. ( Lettres à Sophie et à Julie, Les astronomies des dames ..)


C’est peut-être ainsi, qu’ Emilie du Châtelet : mathématicienne, polyglotte, philosophe, comédienne et chanteuse d’opéras à l’occasion, s’intéressa aux sciences.. ?

Ce qui la rend exceptionnelle, c’est son goût profond pour l’étude, sa revendication féministe, son athéisme déclaré et la puissance de son énergie positive : « …c’est à la raison de nous faire sentir qu’il faut être heureux quoi qu’il en coûte…».


Dès l’âge de 12 ans, elle lit couramment le grec, le latin, l’allemand et l’anglais. Mme Du ChateletA l’âge de quinze ans elle a déjà parcouru l’ensemble de l’œuvre disponible de Descartes et Leibniz. Emilie éprouve une véritable passion pour les études. Un cercle littéraire se réunit régulièrement dans l’hôtel privé de la famille, occasion pour elle de faire connaissance avec Fontenelle qui lui délivre les bases d’un enseignement scientifique de qualité.


Elle épouse le marquis Florent Claude du Châtelet, semble-t-il ébloui par son intelligence, et tous deux s’engagent dans une relation souple qui laissera la marquise du Châtelet libre de fréquenter les grands hommes de son époque, comme Bernoulli, Euler, Buffon et Réaumur. Certains deviendront ses amants, notamment Maupertuis et Voltaire, qu’elle accueille quand il est en disgrâce.

 

Outre ses oeuvres scientifiques, elle a écrit "Un discours sur le bonheur", ainsi qu’une analyse de la Bible (la Genèse) car elle se définissait comme déiste, à l’image de Voltaire.

 

VOLTAIRE vient de la quitter après des années de grande passion . Elle dresse ici le bilan de sa vie , de ses ambitions et de ses amours avec Voltaire pour tenter de répondre à la question fondamentale : Comment être heureux sur cette terre ?

" Il ne faut point rougir de s’être trompé ; il faut se guérir quoi qu’il en coûte, et surtout éviter la présence d’un objet qui ne peut que vous agiter, et vous faire perdre le fruit de vos réflexions : car chez les hommes la coquetterie survit à l’amour ; ils ne veulent perdre ni leur conquête ni leur victoire, et par mille coquetteries ils savent rallumer un feu mal éteint, et vous tenir dans un état d’incertitude aussi ridicule qu’insupportable. Il faut trancher dans le vif, il faut rompre sans retour (…) " Discours sur le bonheur.

 

II faut commencer par se bien dire à soi-même et par se bien convaincre que nous n'avons rien à faire dans ce monde qu'à nous y procurer des sensations et des sentiments agréables. Les moralistes qui disent aux hommes : réprimez vos passions, et maîtrisez vos désirs, si vous voulez être heureux, ne connaissent pas le chemin du bonheur. On n'est heureux que par des goûts et des passions satisfaites ; je dis des goûts, parce qu'on n'est pas toujours assez heureux pour avoir des passions, et qu'au défaut des passions, il faut bien se contenter des goûts. Ce serait donc des passions qu'il faudrait demander à Dieu, si on osait lui demander quelque chose [...].
     

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Mais, me dira-t-on, les passions ne font-elles pas plus de malheureux que d'heureux ? Je n'ai pas la balance nécessaire pour peser en général le bien et le mal qu'elles ont faits aux hommes ; mais il faut remarquer que les malheureux sont connus parce qu'ils ont besoin des autres, qu'ils aiment à raconter leurs malheurs, qu'ils y cherchent des remèdes et du soulagement. Les gens heureux ne cherchent rien, et ne vont point avertir les autres de leur bonheur ; les malheureux sont intéressants, les gens heureux sont inconnus. [...]
      On connaît donc bien plus l'amour par les malheurs qu'il cause, que par le bonheur souvent obscur qu'il répand sur la vie des hommes. Mais supposons, pour un moment, que les passions fassent plus de malheureux que d'heureux, je dis qu'elles seraient encore à désirer, parce que c'est la condition sans laquelle on ne peut avoir de grands plaisirs ; or, ce n'est la peine de vivre que pour avoir des sensations et des sentiments agréables ; et plus les sentiments agréables sont vifs, plus on est heureux. Il est donc à désirer d'être susceptible de passions, et je le répète encore : n'en a pas qui veut... " Discours sur le bonheur.

 

«L’amour est peut-être la seule passion qui puisse nous faire désirer de vivre» écrivit Emilie du Châtelet.


C’était une passionnée qui adoptait parfois des comportements extravagants et ridicules vis-à-vis de ses amants, faisant d’elle la risée de la Cour. Délaissée par Voltaire vers la fin de sa vie, elle se réfugia dans sa passion du jeu, qui était pour elle une drogue et dans laquelle elle oubliait toute prudence. Il lui arriva un jour de perdre l’équivalent d'un million de dollars en une soirée, somme qu’elle ne possédait pas. Alors, pour payer sa dette, elle imagina un système financier, aujourd’hui appelé «dérivatif» pour rembourser ses débiteurs sur ses gains futurs.

 

( à suivre )


 

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